IV. — l'immunité pnbumonique
Les expériences de vaccination pneumonique que j'ai faites en employant des vaccins d'origines diverses m'ont conduit à préférer le filtrat d'un hachis d'organes de lapin mort de septicémie pneumonique à tous les autres liquides vaccinaux. J'ai montré que ce vaccin était préférable parce qu'il était presque complètement dépourvu de toxicité, parce que son inoculation au lapin n'était jamais suivie, chez cet animal, d'amyotrophies et de paralysies, comme l'inoculation des cultures insuffisamment chauffées, parce qu'enfin aucun autre vaccin ne conférait au lapin, à dose égale, une immunité aussi solide et aussi persistante. J'ajouterai que ce liquide vaccinal me parait être celui dont les effets sont le plus constants, et, par suite, sont le plus faciles à comparer dans une longue série d'expériences.
A quelque procédé de vaccination que l'on se soit adressé, et quel que soit le mode d'extraction de la toxine que l'on ait préféré, on doit, en tous cas, ne jamais se servir que dé pneujnocoques très virulents : cette condition domine toutes les autres.
Cette condition remplie, on peut vacciner les lapins les plus gros (2 kilos à 2^,5) en leur inoculant soit 10 ce. dans la veine de l'oreille, soit 24 ce. sous la peau de culture chauffée et stérilisée, ou de macération de hachis d'organes de lapin mort de septicémie pneumonique.
On peut injecter ces doses de vaccin en une seule fois ou en trois à quatre jours consécutifs. On détermine alors chez le lapin une maladie légère, passagère, sorte d'ébauche de septicémie pneumonique caractérisée par de la perte de l'appétit, de la diarrhée, de l'amaigrissement et une ascension de la température qui s'élève à 40<» ou 4{<»,5. Au bout de vingtpquatre à quarante-huit heures, l'animal reprend son appétit normal, la température tombe et la diarrhée cesse.
L'immunité du lapin se manifeste trois à quatre jours après l'inoculation vaccinante infra-veineuse, ou seulement quatorze jours après lorsque l'injection du vaccin a été faite sous la peau (Klemperer (17).
La date de l'apparition de l'immunité à la suite des inoculations progressivement croissantes et successives de liquides toxiques stérilisés est un peu plus tardive, mais peut s'observer du 5* au 6<* jour, lorsque les inoculations vaccinantes ont été faites en trois ou quatre jours consécutifs.
Lorsqu'on vaccine le lapin au moyen de cultures atténuées, on ne peut éprouver l'immunité du lapin au moyen d'une inoculation virulente que lorsque l'animal supporte sans aucune réaction l'inoculation
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)ntra-veineuse de 2 oa 3 ce. de ces caltares atténuées, aa bout d*une semaine environ.
On n'avait pu, jusqu'à ces derniers temps, rapprocher la date de l'injection d'épreuve de celle de l'injection vaccinante.
Lorsque l'inoculation virulente d'épreuve suit de trop près la vaccination, le lapin meurt plus rapidement que le témoin. Si la vaccination est insuffisante, dans les cas par exemple où l'on s'est servi de cultures de pneumocoques plus ou moins atténuées, l'inoculation virulente d'épreuve tue le lapin qui succombe plus ou moins tardivement après le témoin : l'examen de son sang n'y décèle que peu ou pas de pneumocoques, mais y montre la présence d'une grande quantité de leucocytes; seul, souvent, l'ensemencement de ce sang permet d'y mettre en évidence la présence du pneumocoque.
Tout récemment, M. F. Klemperer (18) est parvenu à rapprocher la date de l'inoculation virulente d'épreuve de celle de l'injection vaccinante, à h&ter, par conséquent, l'apparition de l'immunité en réduisant le liquide de culture de pneumocoques au dixième de son volume, par évaporation dans le vide à 60<*. Il obtenait avec ce vaccin, en trois jours, une immunité complète et dix fois plus forte que celle obtenue avec la même dose de culture non concentrée. Il est même parvenu, avec ce liquide, à immuniser les lapins immédiatement après l'infection, et, comme nous le verrons plus loin, à guérir chez ces animaux une infection pneumonique subdiguô.
Lorsqu'on se place dans les conditions que j'ai signalées, on obtient chez le lapin une immunité remarquablement solide; il peut supporter l'injection dans le sang, quatre jours après sa vaccination, de 1 ce. de sang de lapin mort de septicémie pneumonique ; alors que deux gouttes de ce sang tuent les témoins en douze heures.
Les premières inoculations virulentes sont suivies parfois d'un malaise passager (fièvre 40<», perte d'appétit, diarrhée), mais au bout de vingt-quatre heures, l'animal est complètement rétabli. Lorsqu'on répète cea inoculations virulentes tous les huit jours, les effets toxiques qu'elles déterminent vont en s'atténuant, et le lapin supporte, sans aucune réaction, la 4" ou la 5* injection des pneumocoques les plus virulents, aux doses de i à 2 ce.
La durée de cette immunité est des plus variables : Foà (5 et 6) l'a vu persister six mois. G. et F. Klemperer (17), en renouvelant chaque semaine les inoculations virulentes, ont vu l'immunité persister encore au bout d'un mois. Plusieurs animaux que j'avais vaccinés avec du filtrat de hachis d'organes de lapins morts de septicémie pneumonique (19) et auxquels j'inoculais chaque semaine des cultures virulentes, se sont montrés réfractaires au bout de trois mois, et si je n'ai pu suivre plus longtemps la persistance de leur immunité, c'est que j'ai dû les sacrifier pour étudier leur sérum. Parfois, sans qu'on puisse •en saisir les causes, on voit cette immunité qui, pendant un certain
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temps, s'était moutrée remarquablement solide, disparaître tout à coup, et l'animal succombe à une inoculation yirulente. Dans ce cas encore, comme lorsqu'il s'agit des vaccinations imparfaites, on constate un nombre considérable de leucocytes dans le sang, et l'ensemencement du sang permet souvent seul d*y déceler la présence du pneumocoque.
Cette immunité artificielle du lapin contre la septicémie pneumonique peut se transmettre héréditairement. G. et F. Klemperer (17) Tout observé dans un cas : deux lapins (mâle et femelle) vaccinés eurent six petits qui, trois semaines après leur naissance, subirent une inoculation virulente à laquelle un seul succomba : les cinq autres résistèrent à deux autres inoculations virulentes mortelles pour les témoins. II semble pourtant que la transmission héréditaire de cette immunité soit inconstante et peut-être même assez rare, car M. P. Foà (5) n^a observé que des faits négatifs.
Presque tous les bactériologistes qui sont parvenus à conférer artificiellement au lapin l'immunité contre la septicémie pneumonique ont cherché à saisir les conditions de cette immunité : ils ont cherché ce que devenaient les pneumocoques injectés dans le sang des animaux vaccinés et ont ainsi été amenés à étudier les humeurs, et, en particulier, le sérum sanguin des lapins réfractaires.
G. et F. Klemperer (17) ont injecté dans la veine marginale de l'oreille des lapins vaccinés 1 ce. d'une culture virulente du pneumocoque et ont examiné le sang de ces lapins immédiatement après l'inoculation virulente, puis deux heures, et enfin un jour après. Immédiatement après l'injection virulente dans le sang, le nombre des leucocytes ne s'était pas accru ; on y retrouvait quelques rares pneumocoques très difficiles à déceler, libres ou inclus dans les cellules de la rate. L'inoculation de 2^ fi de ce sang dans les veines d'un lapin était complètement inoffensive pour cet animal , peut-être, disent MM. Klemperer, parce qu'on lui introduisait dans le sang du sérum curateur en même temps que le pneumocoque. Cette interprétation n'est guère justifiée par ce fait, que j'ai mis en évidence, que la culture du pneumocoque dans le sérum des lapins vaccinés, âgée de vingt-quatre heures, tue en quelques heures les lapins auxquels on l'inocule. Il semble bien plus vraisemblable que l'innocuité de l'inoculation de MM. Klemperer tient plutôt à la faible quantité numérique des pneumocoques ainsi injectés, puisque eux-mêmes reconnaissent qu'il était extrêmement difficile de retrouver quelques pneumocoques dans les nombreuses préparations microscopiques qu'ils faisaient avec ce sang : cette inoculation n'est, eu effet, qu'une injection extrêment diluée d'une culture virulente, et Ton sait que le lapin résiste quelquefois à de telles injections.
Deux heures après Tinoculation, MM. Klemperer ont trouvé dans le