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CH. ACHARD ET M. SOUPAULT

tention du malade, obtenir de lui, dans an instant de lucidité, une ré* ponse précise.

Les renseignements fournis par la mère du malade viennent conûrmer le diagnostic de délire alcoolique. On apprend, en effet, que le malade, jusque-là bien portant, s'est mis à boire de Tabsinthe en grande quantité il y a deux mois, à la suite de chagrins. Il s'eni?ra ainsi plusieurs fois par semaine. Il y a trois semaines, en rentrant un soir chez lui, il se plaignit de fatigue, de fourmillements dans les pieds et de douleurs dans les genoux. Le lendemain en se levant il sentit ses jambes engourdies et put à peine se traîner en se tenant aux meubles environnants. Enfin le surlendemain il ne put se tenir debout et dut s'aliter définitivement. Il éprouvait de très violentes douleurs dans les pieds ; puis ces douleurs se sont étendues à tous les membres inférieurs. Depuis une huitaine de jours les membres supérieurs sont affaiblis. Enfin le malade a été pris de délire deux jours avant son entrée à Thôpital. On a remarqué encore chez lui un amaigrissement très prononcé et très rapide depuis le début des accidents.

Au bout de quelques jours, le délire étant devenu plus tranquille, l'examen physique est plus facile et l'on constate aisément un affaiblissement marqué de la force musculaire. Aux membres inférieurs, la paralysie frappe surtout les extenseurs des orteils, en particulier celui du gros orteil : d'où résulte l'attitude du pied varus-équin avec chute du gros orteil. Le triceps crural est aussi le siège d'une impotence très accentuée : si Ton ordonne au malade de mouvoir les jambes, il ne parvient pas à élever le pied au-dessus du lit, mais il fléchit seulement la caisse sur le bassin et la jambe sur la cuisse, en laissant trsdner la plante du pied sur la surface du lit. Abolition des réflexes rotuliens.

Aux membres supérieurs, qui sont assez fortement atteints, la pa* ralysie frappe surtout les extenseurs : la main est tombante et incapable de s'étendre sur l'avant-bras ; les doigts sont à demi fléchis dans la paume de la main et ne peuvent se redresser. Les interosseux et l'éminence thénar sont paralysés.

Les muscles paralysés présentent un peu d'atrophie. On ne trouve pas tous les éléments de la réaction de dégénérescence, mais la contractilité faradique est très diminuée sur les extenseurs des doigts et, à un degré moindre, sur le triceps crural et sur les muscles antéro-extemes de la jambe.

Il y a, en divers points du corps, une certaine hyperesthésie, mais l'état psychique du malade ne permet à ce point de vue qu'une exploration imparfaite.

La face est indemne. La voix est un peu chevrotante.

Il n'y a pas de fièvre. Aucun symptôme thoracique. La respiration est régulière, mais fréquente (28 à 36 par minute). Le coeur est régulier* mais ses battements sont faibles, mal frappés et très fréquents; le pools est de 120 à 140 par minute.

Cn peu d'incontinence des sphincters.

15 avril. Le malade va plus mal; il a été pris de iièyre (38°,5); la langue est sèche. La respiration est irrégulière et toi:gours rapide; malgré la dyspnée, on ne perçoit aucun symptôme physique ; pas de toux, ni d'expectoration. Les battements du cœur sont ondulants et très rapides (150) sans arythmie. Troubles vaso-moteurs : la piqûre, la pression, le frottement de la peau provoquent, au bout de quelques minutes, l'apparition d'une rougeur qui persiste assez longtemps. Le tremblement a augmenté ; le délire est aussi un peu plus marqué que les jours précédents. La parole est presque inintelligible.

17 avril. Diarrhée. Somnolence. Respiration stertoreuse, 38 par mt*aate. Pouls : 145. Température = 38<',5. La nuit, délire et agitation, hallucinations terrifiantes.

19 avril. Chute brusque de la température (36<^,8 le matin; 36<»,ô le soir). Pouls, 125. Respiration, 24.

22 avril. Élévation subite de la température '(39<^,1). Agitation considérable, délire, hallucinations. Diarrhée.

Le 23 : température du soir, 39o,2. Le 24 : température du matin, 31^ fi. Le malade est frappé tout à coup de syncope et meurt.

Autopsie. — Les méninges cérébrales sont congestionnées , elles présentent quelques épaississements granuleux et sont en certains points légèrement adhérentes à la substance cérébrale. Celle-ci est molle et nullement résistante ; elle montre, sur les coupes, un fin piqueté hémoirhagique. La moelle parait normale.

Les poumons sont congestionnés aux deux bases et contiennent dans ces parties de nombreux foyers de splénisation : de petits fragments du parenchyme, plongés dans l'eau, tombent au fond du vase. Quelques granulations fibreuses au sommet droit.

Le cœur a une consistance un peu molle ; sa couleur est normale. Pas de lésions visibles à l'œil nu.

Congestion du foie, de la rate et des reins.

Arborisations vasculaires sous-péritonéales et sous-muqueuses sur l'intestin, surtout sur l'iléon et le gros intestin.

Examg:« msTOLOGiQUE. — Dans les poumons, les noyaux de splénisation présentent une congestion vive, avec des points hémorrhagiques et nne oblitération des alvéoles par des cellules desquamées.

Les coupes longitudinales du myocarde (fragments durcis soit par l'alcool, soit par la liqueur de Maller, suivie ou non d'acide osmique) montrent que les cellules musculaires ont subi une fragmentation très prononcée ; mais la striation est bien conservée, les noyaux se colorent bien. Entre les faisceaux musculaires se voient quelques amas d'éléments embryonnaires. Sur les coupes transversales, on remarque de petits ilols scléreux contenant de nombreuses cellules. Les artérioles sont le siège d'une légère périartérite ; les capillaires sont entourés de noyaux plus ou moins nombreux; plusieurs vaisseaux contiennent un

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coagulum hyalin avec quelques globules rouges et une bordure de leucocytes.

Dans les reim, la capsule de Bowmann est un peu épaissie ; les artérioles présentent un léger degré d'endartérite. Les cellules des tubuli contiennent çà et là quelques gouttelettes graisseuses très fines.

Dans le foie, les cellules sont infiltrées de graisse d'une façon très irréguliëre ; celle-ci s'y trouve soit en grosses gouttes, soit en granulations très fines.

Pas d'altérations dans le bulbe,

La moelle ne présente pas de lésions notables. Le canal central est déformé et la commissure grise contient quelques exsudats yitreux. Les cellules des cornes antérieures sont normales ; quelques-unes seulement, en très petit nombre, à la région cervicale, semblent un peu tuméfiées et transparentes.

Nerfs et muscles. — Les pneumogastriques examinés à la partie supérieure du thorax présentent un certain nombre de tubes à myéline en dégénérescence wallérienne. Mais dans ces nerfs la plupart des tubes sont sains.

Dans le phrénique droit, recueilli au niveau du péricarde, les lésions dégénératives sont assez marquées ; cependant les tubes sains sont encore fort nombreux.

Il n'en est pas de même dans les nerfs médian, cubital et radial droits, dans lesquels les altérations sont bien plus avancées.

Un filet cutané du radial contient à peine quelques tubes normaux^

Le tronc du nerf sciatique ne présente guère d'altérations.

Il n'en est pas de même du tibial antérieur, dans lequel la dégéoération est très prononcée.

Les muscles interosseux dorsaux, thénar, extenseur commun des doigts, ne présentent pas d'altération appréciable.

Obs. II. — Glaire B..., âgée de 25 ans, relieuse, entrée à l'infirmerie de la Saipêtrière, salle Pinel, n^ 7, le 42 août 1891.

Elle raconte que, deux jours auparavant, à la suite d'une vive contrariété, elle a eu une attaque convulsive qui a débuté par une sensation d'étouffement ; puis elle s'est débattue violemment, brisant les objets situés à sa portée, vociférant. L'attaque a duré quelques heures et a disparu graduellement, la malade n'a pas entièrement perdu connaissance, ne s'est pas mordu la langue et n'a pas perdu ses urines. Depuis cette attaque hystériforme, elle ne peut marcher, ni se tenir sur ses jambes, et parle difficilement.

État de la malade à l'entrée. — On constate que la parole est hésitante; la malade bégaye, mais les mouvements de la langue se font avec facilité. La mémoire paraît affaiblie et la malade a de la peine à trouver certains mots.

Elle se tient difficilement debout; elle vacille et écarte les jambes

pour éviter de tomber. Un appui lui est nécessaire ; elle ne peut s'avancer qu'en sautillant et en se cramponnant aux objets voisins. La force musculaire des membres inférieurs parait conservée et la malade résiste bien aux tentatives d'extension et de flexion de ces membres. Aux membres supérieurs, il en est de même ; la pression du dynamomètre donne seulement quinze divisions, à droite comme à gauche; mais la malade est de petite taille, ses muscles sont peu développés ; elle a un aspect infantile. On note un peu d'incoordination motrice aux membres inférieurs et surtout aux membres supérieurs : les yeux étant fermés, si l'on ordonne à la malade de porter l'index à son nez, elle n'atteint pas le but, ou n'y parvient qu'après une série d'oscillations.

Les réflexes tendineux sont conservés.

Un peu d'obtusion générale de la sensibilité, surtout à droite.

La nuit, la malade est très agitée, et il est nécessaire de lui mettre la camisole. Elle a des hallucinations, elle croit voir un chien sur son lit, assister à un naufrage; elle appelle son mari, se débat ; elle présente eo divers points du corps des ecchymoses résultant des coups qu'elle s'est portés dans son délire. Le jour, elle' se rend compte qu'elle a eu des hallucinations, mais elle conserve une certaine incohérence dans les idées.

Cet état persiste pendant plusieurs jours. De plus il survient quelques vomissements ; il y a une diarrhée légère, avec un peu de douleur à la pression de l'abdomen, mais sans météorisme; la rate est un peu augmentée ; la langue est sèche et recouverte, ainsi que les dents, de fuliginosités noirâtres ; la langue et la face interne de la joue gauche présentent deux petites ulcérations douloureuses qui semblent dues à une morsure (elles ont guéri en quelques jours). La température, normale le matin, s'élève un peu dans la journée. Le pouls est à 100.

Au bout d'une dizaine de jours, l'état de la malade s'est peu modifié. U y a toujours du délire nocturne. La malade éprouve des vertiges intenses lorsqu'on la fait mettre sur son séant. Le trouble des mouvements persiste. On constate que les réflexes rotuiiens sont abolis.

C'est alors qu'on apprend du mari les renseignements suivants qui permettent de fixer le diagnostic jusque-là fort hésitant.

Antécédents, — Père alcoolique ; deux sœurs nerveuses, dont l'une a une asymétrie faciale prononcée. Réglée à 13 ans, mariée à 24, la malade a fait, en janvier 1891, sans cause apparente, une fausse couche de quatre mois. Elle a toujours été d'un caractère impressionnable, mais n'a jamais eu d'attaque d'hystérie avant l'attaque signalée plus haut Depuis près d'un an, elle faisait des excès alcooliques et buvait une grande quantité de vulnéraire. Depuis deux mois, elle avait de rinsomnie ; elle éprouvait des cauchemars, des hallucinations, entendait des voix, voyait auprès d'elle des personnes étrangères, des animaux, des cercueils. Elle aurait eu aussi de la diplopie. Depuis deux mois également, sont survenus des vomissements pituiteux, le matin à

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