‹ Archives de médecine expérimentale et d'anatomie pathologiqueChapitre 142 sur 298 · GH. ACHARD ET M. SOVPAULT · texte numérisé non relu

GH. ACHARD ET M. SOVPAULT

jeun, puis, au commencement d'août, des coliques et de la diarrhée, an affaiblissement général, des crampes dans les mollets et de la difficulté à marcher. La malade a beaucoup maigri.

Suite de la maladie; — Vers le commencement de septembre, on remarque que l'incoordination motrice devient très prononcée, surtout aux membres supérieurs. Les extenseurs des doigts sont le siège d'une parésie qui s'accuse de plus en plus, et les mains prennent l'attitude tombante caractéristique.

Les membres inférieurs ont une tendance à se placer en flexion, la malade est habituellement couchée « en chien de fusil » sur le côté gauche, elle évite tout mouvement. La pression sur les masses musculaires des mollets provoque de vives douleurs. L'incontinence des urines et des matières apparaît et s'établit d'une façon définitive.

Les hallucinations persistent, surtout nocturnes; la malade voit des animaux, tombe dans des précipices, a des visions terrifiantes ; elle veut se lever, quitter son lit, mais n'en a pas la force et évite de remuer à cause des douleurs résultant des moindres mouvements. La parole est traînante et difficile.

Il n'y a pas de fièvre. Un peu de diarrhée persistante.

Vers le 15 septembre, on voit se produire l'attitude tombante despieds avec chute des gros orteils, résultant de la paralysie des extenseurs. Les membres inférieurs sont en flexion, surtout celui du côtégauche. Les tentatives faites pour imprimer des mouvements à cesmembres sont très douloureuses et provoquent des cris.

22 septembre. On constate la réaction de dégénérescence sur le» extenseurs à Tavant-bras droit. Il y a une diminution prononcée de la contractilité faradique dans tous les muscles des avant-bras et de» jambes. La sensibilité, un peu obtuse, est néanmoins conservée ; il y a surtout du retard dans les sensations de douleur.

6 octobre. Apparition d'une eschare au niveau du sacrum et de la fesse gauche sur laquelle la malade est habituellement couchée. La rétraction des membres inférieurs en flexion fait des progrès. Les douleurs sont toujours vives.

20 octobre. Des ulcérations se forment au niveau du talon et sur la mafléole interne du côté droit. La malade est plongée presque constamment dans une sorte de subdelirium, en proie à des hallucinations.

Le 2 novembre au matin, la malade était dans l'état habituel; la température était de 37<»,2. Dans la journée, la surveillante remarqua tout à coup sa grande pâleur ; en outre ses réponses étaient absolument inintelligibles. La température prise à ce moment atteignait 41^. Il était 5 heures du soir : à 7 heures, on la trouva morte.

Autopsie. — Cœur petit, ferme, rouge; valvules saines. Quelques taches graisseuses à l'origine de l'aorte.

Poumons : au sommet droit, quelques granulations tuberculeuses avec points caséeux.

Foie : un peu augmenté de volume et d'aspect légèrement gras. haie volumineuse, ferme; poids : 240 grammes. Intestins : Le cœcum présente une ulcération arrondie, profonde, à bords relevés, épaissis, à fond sanieux, ayant les dimensions d'une pièce de 50 centimes. Il y a une injection vasculaire assez marquée sur la muqueuse du gros intestin, surtout dans le côlon descendant et TS iliaque où se voient des arborisations très développées et des follicules saillants. Aucune lésion du péritoine.

Encéphale : quelques adhérences légères au niveau de la faux du cerveau ; petites ecchymoses sur les méninges.

Moelle: Il n'y a pas d'adhérences notable des méninges à la moelle, si ce n'est au niveau du renflement cervical où existent de petites brides que l'on rompt très facilement. En cette région la dure-mère est congestionnée et présente une teinte rosée. Au niveau des dernières racines postérieures du renflement lombaire, la moelle est recouverte d'une sorte de voile blanchâtre, laiteux,' disposé en traînée.'

Examen histologique. — Le eœur ne présente pas d*altération appréciable. Le foie présente des Ilots d'éléments embryonnaires dans les espaces portes, et quelquefois aussi dans les lobules; les cellules contiennent quelques gouttelettes graisseuses. Dans les reins Tépithélium des tubes est très granuleux ; les glomérules sont le siège d'une prolifération cellulaire peu prononcée.

Dans le bulbe on constate que les vaisseaux sont souvent entourés de leucocytes abondants; en certains points même il existe de véritables foyers leacocytiques au niveau desquels le tissu nerveux est dissocié. On trouve notamment, sur une coupe faite au niveau des noyaux d'origine du pneumogastrique, dans la moitié gauche du bulbe, un de ces foyers un peu en dehors de l'olive et un autre en dedans et un peu en avant du noyau sensitif des nerfs mixtes. De ce côté il existe aussi, sur le bord externe du plancher du 4»» ventricule, un petit foyer de désintégration, au niveau duquel le tissu sous-épendymaire est dissocié et en voie de désagrégation; ce foyer est entouré d'une infiltration cellulaire très prononcée.

Dans la moelle cervicale, on constate une sclérose légère des cordons de GoU et une sclérose encore plus légère des cordons latéraux. Le canal central est déformé et présente de nombreux prolongements au niveau desquels les cellules épendymaires profondes sont le siège d'une prolifération abondante. Un exsudât vitreux homogène dissocie la commissure grise au voisinage du canal central et remplit en partie le sillon antérieur.

Les cellules des cornes antérieures présentent des altérations très profondes. Néanmoins, dans la région cervicale, ces altérations ne sont pas généralisées; sur certaines coupes, les cellules sont absolument normales; sur d'autres, les cellules saines et les cellules altérées se métanQent en proportions variables ; ordinairement les lésions frappent

366 CH. AGHARD ET M. SOUPAULT.

les diverses cellules d'un même groupe. D'une manière générale, les lésions. Tont en augmentant à mesure qu'on se rapproche de la région dorsale.

Ces altérations consistent dans la perte des prolongements, la forme

ovoïde ou arrondie du contour cellulaire, et dans la transformation vitreuse. Les cellules ainsi altérées sont tuméfiées ; aucun espace vide ne les entoure. Elles se colorent en rose par le picro-carmin et ont une apparence homogène; cependant on peut encore voir dans quelques-

unes un amas de granulations jaunâtres comme dans les cellules normales. Dans un grand nombre de cellules ainsi altérées on voit, sur les préparations à l'hématoxyline, un nucléole bien coloré, compris dans une masse nucléaire faiblement teintée ; cette masse nucléaire apparaît quelquefois de face et présente un contour irrégulier, polygonal; mais le plus souvent elle est vue de profil : elle offre alors une apparence

PARALT5IB ALOOOUQUB A FORME AIGUË. 367

fisiforme on ovalaire et elle est rejetée sar le bord de la cellule, comme si elle était repoussée et aplatie par le corps cellulaire tuméfié. La couleur et les dimensions de ce noyau des cellules nerveuses le distinguent absolument des petites cellules qui sont nombreuses dans la névroglie de la substance grise, et qui ont l'aspect de leucocytes avec noyau rond et fortement teinté par les réactifs colorants. Ces leucocytes sont fréquemment appliqués au corps des cellules nerveuses et leur forment parfois une couronne incomplète.

Une forme d'altération cellulaiie qui parait représenter un stade plus avancé est la suivante. Les cellules offrent des contours indistincts ; elles sont diminuées de volume et réduites à une masse vitreuse, irrégulière, d'apparence épineuse : cet aspect est dû à des empreintes multiples de vacuoles existant au pourtour de la cellule. Les noyaux ne sont plus visibles dans ces éléments. En certains points, on remarque de petits amas de leucocytes qui paraissent correspondre à un'débris de cellule nerveuse.

Dans la région dorsale, on trouve au voisinage du canal central le même exsudât hyalin qu'à la région cervicale, mais en moindre abondance. Très légère sclérose des faisceaux pyramidaux. Mêmes altérations cellulaires que précédemment.

Dans la région lombaire, il n'y a pas d'exsudat; le canal central est remplacé par un amas d'éléments cellulaires très nombreux et disséminés dans la névroglie. Les altérations cellulaires sont très étendues ; il n'y a poar ainsi dire pas de cellules saines.

Les racines antérieures présentent des lésions dégénératives en assez grand nombre. Les racines postérieures paraissent saines.

Les nerfs pneumogastriques, examinés à la partie supérieure du thorax, sont le siège d'une dégénération vallérienne assez avancée (boules de myéline assez espacées). Dans le pneumogastrique du côté gauche les tubes altérés sont nombreux, mais les tubes sains sont de beaucoup les plus nombreux. Dans celui du côté droit les lésions sont moins étendues encore.

Les nerfs médians droit et gauche sont le siège d'altérations très profondes; les tubes sains y sont exceptionnels.

Les radiaux présentent aussi des altérations considérables, surtout du côté droit. Elles sont extrêmement prononcées dans un filet cutané.

Les sciatiques présentent une dégénération très étendue des tubes à myéline. Les vaisseaux sont normaux. Le tissu conjonctif périfasciculaire est dissocié en certains points par une masse hyaline colorée en jaune brunâtre par le picro-carmin.

La dégénération est pins marquée dans le tibial postérieur gauche ; on y trouve aussi en quelques points une légère infiltration d'éléments embryonnaires dans le tissu périfasciculaire.

Le muscle fléchisseur superficiel des doigts paraît sain.

n en est de même du demi-membraneux de la cuisse.

Page 1