DES ANIMAUX IMMUNISÉS
Par M. le D' MIRONOFF (de Kharkoff)-
Les travaux récents sur le traitement de certaines maladies infectieuses par le sérum des animaux immunisés m'ont conduit à me demander si les mêmes principes ne pouvaient être appliqués aux affections provoquées par le streptocoque. Les recherches que j'ai faites dans cette direction ont été exécutées au laboratoire de M. le professeur Straus, que je remercie pour les conseils qu'il m'a prodigués.
Les auteurs qui ont abordé celte étude ne sont pas d'accord sur cette question. Ainsi Lingelsheim * a essayé sans succès de conférer aux souris blanches l'immunité contre le streptocoque par deux procédés. D'après le procédé de C. Fraenkel, il a injecté, dans le péritoine, à six souris blanches, 0,3 centimètres cubes d'une culture.de streptocoques vieille de quatre semaines et chauffée préalablement pendant i heure à 65®. Quinze jours après, pour s'assurer du degré
1. Lingelsheim. Experiment. Unfersuch. iiber morpholog., cullttr. und palhog. Eigenschaflen verschiedener Streptokkoken [Zeitschr. f. Ihjg.^ Bd X, Heft il, 1891).
ARCU. DK MKD. EXPKll. — TOME V. 30
d'immunité, il injecta à ces animaux une culture virulente : les six souris succombèrent dans le même laps de temps que six autres souris témoins. Dans une autre série d'expériences portant sur 12 souris, Lingelsheim essaya de produire l'immunité suivant le procédé de Behring, c'est-à-dire en atténuant les cultures virulentes par l'addition de trichlorure d'iode, en proportion et pour un temps variable (p. 357, /. c), et en injectant tous les 10 jours 0,3 centimètres cubes de cultures de plus en plus vimlentes. Certaines souris ne furent injectées qu'une fois, d'autres plusieurs fois. Sur les 12 souris, 10 ont succombé, quand on éprouva leur immunité par l'injection d'une culture virulente, et 2 seulement ont survécu.
On voit donc que les expériences de Lingelsheim sur l'immunisation des souris blanches contre le streptocoque ont presque complètement échoué. Behring^ dit, à ce sujet, qu'il est très difficile de conférer aux lapins et aux souris une immunité considérable contre le streptocoque ; l'immunisation est à peine plus facile que celle des cobayes contre la diphtérie.
Roger ^ est arrivé à des conclusions tout opposées. Il dit avoir réussi à immuniser une série de 6 lapins en leur injectant des streptocoques cultivés d'une façon particulière. Il préparait un bouillon de viande qu'il couvrait d'une couche d'huile d'olives et dans lequel il cultivait pendant 18 jours le streptocoque de l'érysipèle. Le bouillon filtré à travers une bougie de porcelaine était ensuite chauffé à 110^ (l'auteur ne dit pas pendant combien de temps) et injecté dans la veine auriculaire de lapins à la dose de 10 à 54 centimètres cubes par lapin pesant un peu moins de 2000 grammes. Une seule de ces injections suffirait pour immuniser les lapins qui, tous les six, ont supporté, après la vaccination, l'injection des cultures virulentes, tandis que les lapins témoins, injectés avec la même dose de cultures virulentes, ont succombé de 2 à 8 jours après l'injection.
1. Bbbrino. Untersuchungen und Ergebnisse betreffend den Sireptoeaccus Longus (Centralb. f, Bacteriol. und Parasitenk,, 1892, Bd XII, n* 6).
2. Action des produits solubles du streptocoque de Térysipèle (Comp. rend» hebd. de séances et mémoires delà Soc. de biologie, 1891, t. XIV, p. 539-54t.)
IMMUNISATION DES LAPINS CONTRE LE STREPTOCOQUE. 443
Les résultats que m'ont donnés mes expériences ne concordent complètement ni avec ceux de Lingelsheim, ni avec ceux de Roger.
J'ai commencé mes recherches avec le streptocoque de Térysipèle obtenu de M. Roger par Tintermédiaire de M. Gamaleïa. La virulence de cette culture a été préalablement exaltée par le passage à travers 3 lapins à tel point que, tandis que la culture primitive sur bouillon, vieille de 24 heures et injectée dans la veine de l'oreille du lapin, à la dose de 5,5 centimètres cubes, tuait l'animal au bout de 75 heures, le streptocoque obtenu du sang du troisième lapin, provoquait la mort de l'animal en 48 heures, à la dose de 1 centimètre cube d'une culture de 6 jours, injectée également dans la veine auriculaire (toutes mes expériences ont été faites avec de gros lapins pesant de 2,000 à 2,500 gr.).
En examinant les cultures du streptocoque, j'ai remarqué qu'au bout de 2 à 3 jours, quand le streptocoque poussait modérément, et déjà au bout de 24 heures, quand son développement se faisait rapidement, le bouillon changeait de réaction et, de faiblement alcalin, devenait acide. 11 arrivait même que l'acidité du milieu arrêtait le développement du streptocoque. J'eus alors l'idée de préparer, dans de petits ballons, 25 centimètres cubes de bouillon que j'additionnai de 2 grammes de carbonate de chaux. Sur du bouillon ainsi préparé, le streptocoque pouvait pousser pendant un mois et davantage sans changer la réaction du milieu qui restait faiblement alcaline. La virulence du streptocoque était aussi exagérée dans ces conditions. Ainsi, sur deux souris blanches ayant reçu sous la peau, chacune 0,5 centimètres cubes d'une culture de 5 jours du même streptocoque mais ensemencé sur du bouillon simple et sur du bouillon additionné de carbonate de chaux, seule la souris inoculée avec du streptocoque du bouillon alcalinisé, succomba au bout de 14 heures; la souris qui avait été injectée avec de la culture sur bouillon simple, resta en vie. De plus, si à une culture de 3 jours sur bouillon ordinaire, présentant déjà la réaction acide, on ajoutait du carbonate de chaux en laissant les cultures se développer encore pendant 3 ou 4 jours, on constatait : l^' que la
réaction du bouillon devenait neutre, et 2® que la virulence du streptocoque avait augmenté. Ainsi 0,5 centimètres cubes de cette culture ont suffi pour tuer une souris blanche en 5 jours, et Tensemencement de ses organes donna lieu au développement du streptocoque ; tandis qu'une autre souris injectée avec la même quantité de la même culture mais non additionnée de carbonate de chaux, resta en vie. Enfin Taddition de carbonate de chaux au bouillon conserve pour plus longtemps la vitalité de la culture.
Tous ces faits m'ont conduit à me servir, dans mes recherchés, du streptocoque cultivé sur du bouillon additionné de carbonate de chaux.
J ai abordé la question de la possibilité et des moyens d'immunisation des lapins contre le streptocoque, par les trois voies suivantes :
A. Vaccination avec des cultures préparées d'après le procédé indiqué par Roger.
B. Vaccination avec des cultures virulentes du steptocoque à dose progressivement croissante.
C. Vaccination successive : a) avec des cultures stérilisées par la chaleur portée à 70-100*»; b) avec des cultures chauffées à 60®, et c) avec des cultures virulentes à dose progressivement croissante. Les injections étaient faites d'abord sous la peau, ensuite dans la veine de l'oreille.
Ces expériences m'ont donné les résultats suivants :
A. SÉRIE DE SIX LAPINS VACCINÉS AVEC DES CULTURES PRÉPARÉES d'après LE PROCÉDÉ DE M. ROGER.
Deux lapins (n°* 12 et 13) ont été vaccinés par Tinjection sous-cutanée de cultures préparées d'après ce procédé», filtrées sur bougie de porcelaine et chauffées à 100» C. pendant une heure.
1. De la viande coupée en petits morceaux etlmêlangée avec son poids d'eau est chauffcc à l'autoclave pendant 30 minutes à une tcmpëraiurc de 120«, neutralisée ensuite avec du bicarbonate de soude et chauffée encore une fois à 120O pendant 30 minutes. On ajoute alors une couche d'huile d'olive de 1 à 2 ce.
IMMUNISATION DES LAPINS CONTRE LE STREPTOCOQUE. 445
1« Le lapin n« 13 (2000 grammes) reçoit, le 15 novembre 1892, 10 ce. de culture en injection sous-cutanée. Après l'injection, la température (le son corps reste normale (39**, 2-39°, 5), mais à partir du 3* jour on constate de la diarrhée et de l'inappétence. La diarrhée alla en augmentant et amena la mort de Tanimal, au 9* jour après l'injection, au milieu de phénomènes d'épuisement très accusé (la perte totale du poids pour ce temps a été de 22 p. 100 du poids initial).
2* Le lapin n» 12 (2200 grammes) reçoit 1), le 15 novembre 1891, en injection sous-cutanée, 20 ce. de culture qui a servi pour le lapin n<» 12. L'animal a présenté pendant quinze jours une élévation de la température à 40 ',3, une diarrhée assez intense et de la perte de l'appétit, puis il se rétablit complètement. Trois semaines après la première injection, on fait au lapin une seconde injection sous-cutanée de 20 ce. de la même culture. Cette fois l'animal n'a presque pas été malade, et, huit jours après la seconde vaccination, on lui injecte dans la veine de l'oreille 2 ce. d'une culture virulente qui, à la même dose et dans les mêmes conditions d'expérimentation, tue un lapin témoin en 67 heures. Deux jours après cette injection, le lapin vacciné a été pris de diarrhée et sa température monte à 41'*,2. Les jours suivants, la température se maintint à 41*» et ne descendit à 37*» que quelques heures avant la mort. Pendant tout ce temps le lapin cessa de manger; la diarrhée était devenue muqueuse, l'amaigrissement avait fait des progrès considérables et, au cinquième jour, on constata une suppuration de l'articulation tibio-tarsienne de la patte antérieure du côté gauche. Le lapin succomba au septième jour après l'injection. L'ensemencement du sang pris dans le cœur, l'ensemencement de ses organes et du pus de l'articulation donnèrent un développement de cultures pures du streptocoque. Ce streptocoque poussait pourtant plus lentement et ses chaînettes étaient plus courtes que d'habitude.
Les deux lapins suivants de la même série ont été vaccinés avec la même culture préparée d'après le même procédé. Seulement ces cultures n'ont pas été filtrées, mais les streptocoques injectés étaient tués par le séjour à Tautoclave pendant 20 minutes à une température de 120**.
Le lapin n<» 14 (2 300 grammes) avait reçu une première fois, le 15 novembre 1892, 5 ce. de culture en injection sous-cutanée. Dès le lendemain la température s'éleva à 41o,l pour atteindre 40°,8 pendant
d'épaisseur et l'on chauffe de nouveau pendant 30 minutes à 120*. Le bouillon refroidi est ensemencé avec des streptocoques et laissé à une température de 300 pendant 15 jours.
les dix jours suivants. Le troisième jour la diarrhée s'établit, puis un amaigrissement très marqué (perte de poids de 24 p. 100). Le lapin succomba à l'inanition le vingtième jour après Tinjeclion.
Le lapin n^ 16 avait reçu une première fois, le 15 novembre, une injection sous-cutanée de 10 ce. de la même culture, et resta malade pendant quatre jours : la température monta à 40°, 2 et 41»; l'animal ne mangeait rien et avait de la diarrhée. 11 se rétablit ensuite un peu, bien que la diarrhée et la perte d'appétit persistassent encore jusqu'à la fin de troisième semaine. Vingt-cinq jours après la première injection, quand le lapin était complètement rétabli, on lui fit une seconde injection sous-cutanée de même culture, mais à la dose de 20 ce. Cette fois rétat de malaise ne survint qu'au bout de trois jours et dura seulement six jours : la température monta de nouveau à 40<>,2, et, comme après la première injection, on constata de la perte d'appétit et une diarrhée, celle-ci un peu moins intense. Le lapin finit pourtant par se rétablir et commença à engraisser. Dix-neuf jours après la seconde injection, on lui fit une troisième injection intra- veineuse de 2 ce. d'une culture virulente qui, à la même dose et dans les mêmes conditions d'expérimentation, tuait le lapin témoin en trois jours.
Le lapin vacciné a supporté cette injection sans la moindre réaction si ce n'est une légère élévation de la température de 0*,6, au troisième et au quatrième jour après l'injection.
Les deux derniers lapins de cette série ont été vaccinés de la même façon que les lapins n«» 14 et 16, mais avec cette différence queTinjeclion était faite dans le péritoine.
Le lapin n° 17 a reçu une première fois, le 15 novembre, 10 ce. de culture en injection intra-péritonéale. Le lendemain il y eut une élévation de la température à 40^,5, puis tout rentra dans l'ordre. Quatre jours après la première injection, on en fait une seconde encore de 10 ce., également dans le péritoine. Cette fois la température s'éleva seulement au bout de trois jours, mais à partir du 9« jour l'animal cessa de manger, l'amaifîrissement devint progressif, de sorte que vingt-trois jours après la seconde injection, le lapin perdit 23 p. 100 de son poids. n mourut d'inanition au 25* jour après l'injection.
Le second lapin n« 18 (de 2170 grammes) reçut dans le péritoine 15 ce. de culture, et supporta cette injection sans présenter de réaction. Quatre jours après on lui fit une seconde injection intrapéritonéale de H ce. Cette fois survint une légère diarrhée qui disparut assez rapidement; onze jours après cette seconde injection, on en fit une troisième de 20 ce. de la même culture, dans le péritoine. L'animal supporta cette injection comme la précédente, sans la moindre réaction et commença même à engraisser, mais à partir du onzième jour, la température monta à 40»,6 et même 41«,6, une diarrhée violente fit son apparition, l'animal se mit à maigrir et succomba seize jours après la dernière injection. Son sang ni ses organes ne renfermaient de streptocoques.
IMMUNISATION DES LAPINS CONTRE LE STREPTOCOQUE. 447
Les expériences que je viens de rapporter montrent que les cultures du streptocoque, préparées d'après le procédé de M. Roger, conservent leurs substances toxiques quand elles sont débarrassé es de leurs micro-organismes mécaniquement et chauffées à 100** pendant 1 heure aussi bien que lorsque, sans être filtréeSy elles sont soumises pendant 30 minutes à une température de 120®. L'injection de ces cultures provoque, la première fois, une réaction se manifestant déjà au bout de 24 heures et est caractérisée par de la fièvre, de la perte d'appétit, de la diarrhée plus ou lûoins intenses. Tous ces phénomènes disparaissent progressivement et Tanimal se rétablit, ou bien ils vont en augmentant et amènent la mort de ranimai épuisé. La terminaison, fatale ou favorable, paraît dépendre et de la dose de culture injectée et de la force de résistance de chaque animal. Les injections subséquentes des mêmes cultures provoquent également une réaction, mais celle-ci survient plus tardivement, au bout de 3 ou 4 jours, et est ordinairement moins intense. Il paraît donc qu'une injection bien supportée confère à l'organisme une certaine résistance envers le poison sans toutefois le garantir complètement contre les cultures virulentes. L'histoire du lapin n** 12 qui avait bien supporté 2 injections de 20 centimètres cubes de culture vaccinante et a succombé à l'injection de cultures virulentes, met ce fait bien en évidence et montre en même temps qu'avec ce procédé on n'arrive pas à conférer à l'animal une immunité bien marquée contre les cultures virulentes.
Quant à la question de savoir pourquoi M. Roger obtenait l'immunité chez ses lapins à l'égard des cultures virulentes par une seule injection de cultures filtrées sur porcelaine et chauffées, il m'est très difficile d'y répondre. Aucun de ses lapins n'a succombé, bien qu'il injectât 30 et môme 34 centimètres cubes de culture vaccinante à des lapins au-dessous de 2 000 grammes, tandis que moi, qui expérimentais sur des lapins plus forts et ne leur injectais jamais, pour la première fois, plus de 20 centimètres cubes, je n'ai pu réussir à obtenir le résultat •annoncé. Peut-être la différence dans mes résultats respectifs tient-elle à la virulence différente des cultures dont chacun de nous s'est servi.
B, VACCINATION AVEC DES CULTURES VIRULENTES DU STREPTOCOQUE A DOSE PROGRESSIVEMENT CROISSANTE
Parti du fait signalé par divers auteurs, par Roger notamment S à savoir que Tinjection de cultures virulentes sous la peau de l'oreille, en provoquant Térysipèle, confère en même temps rimmunité à des lapins, j'ai essayé d'obtenir le même résultat chez ces animaux en leur injectant dos cultures virulentes dans le péritoine. On sait du reste que Tinjection dans le péritoine de cultures du streptocoque faite avec la seringue de Pravaz, ne provoque ordinairement pas de péritonite.
C'est donc par ce procédé que j'ai vacciné 3 lapins.
{) Le lapin n® 19 (2100 gr.) reçoit la première fois, le 22 novembre, dans le péritoine 1 ce. de culture virulente. L'injection est supportée sans réaction sauf une élévation de la température de 0<*,5. 5 jours après le même lapin reçoit une nouvelle injection intra-péritonéale de la même culture, mais à la dose de 3 centimètres cubes. Cette fois la température reste presque normale, mais à partir du 4« jour l'animal cesse de manger et commence à avoir des selles un peu ]ilus liquides que d'ordinaire. Cet état persiste pendant quinze jours, puis le lapin se rétablit complètement. Le croyant suffisamment immunisé, je lui injecte dans la veine de l'oreille, 22 jours après la seconde Injection, 2 centimètres cubes, d'une culture virulente qui à la même dose tue un lapin témoin (n« 24) en neuf jours. Cette injection est supportée presque sans réaction, si ce n'est un peu d'inappétence pendant les trois premiers jours. Mais au neuvième jour la température monte brusquement à 40°,4, et malgré cette ascension j'ai l'imprudence de faire le même jour (le 28 décembre) une nouvelle injection intra-veineuse de 3 centimètres cubes de culture virulente. Il y eut ainsi action accumulée des deux doses, et trentesix heures après on trouve déjà des phénomènes indiquant une lésion du cervelet (nystagmus, mouvements rotatoires de la tête à droite). Ijol mort survint deux jours et demi après la dernière injection. A l'autopsie on ne trouva pas trace d'inflammation péritonéale; l'intestin était diarrhéique, la rate, le foie et les reins hyperémiés, la face postérieure des deux poumons hépatisée. Dans le cervelet et une partie du cerveau existait une inflammation de la pie-mère avec propagation du processus à la dure-mère. Pas de lésions médullaires. L'ensemencement du sang et des organes donna lieu au développement de cultures pures du streptocoque.
1. Contribution à l'étude expérimentale du streptocoque de Térysipèle [Revue de médecine, 1892, n*» 12).
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2) Le lapin n^ 20 (2300 gr.) reçoit la première fois, le 22 novembre, dans le péritoine 3 centimètres cubes de culture virulente. Comme la réaction se manifeste par une légère ascension de la température à 390,8, on fait, 5 jours après la première injection, une seconde, de 5 centimètres cubes (de la même culture) également intra-péritonéale. Dès le lendemain, la température s'élève à 40^,5 et se maintient à cette hauteur pendant trois jours. A partir du troisième jour, perte d'appétit, diarrhée et dyspnée violente. Au septième jour, la température commence cà tomber et au huitième jour s'arrête à 3oo,4, une heure avant la mort de l'animal. A l'autopsie on ne trouva pas de péritonite, mais une pleurésie séro-purulente double et une péricardite de même nature. De plus, hyperémie des reins, du foie et de la rate, mais sans abcès métastatiques.
3) Le lapin n* 24 (a) (2 500 gr.) reçut, pour la première vaccination en injection intra-veineuse, 2 centimètres cubes de culture virulente : pendant une semaine entière la température resta élevée à 40<*,5-41**, l'appétit diminua (perte de poids de 7 pour 100), mais le lapin se rétablit en fin de compte; vingt- sept jours après la première injection on lui administra, en injection sous-cutanée, 3 centimètres cubes de culture virulente qui eut pour résultat le dépérissement progressif de l'animal, mais sans que sa température s'élevât au-dessus de la normale. Il survint aussi de la diarrhée et le lapin succomba à l'épuisement vingt-trois jours après la deuxième injection, ayant perdu 32 p. 100 de son poids initial. Les cultures faites avec ses organes restèrent stériles.
Ces expériences montrent que par ce procédé on n'arrive pas non plus à conférer à Tanimal une immunité contre le streptocoque, bien que le péritoine supporte très bien des quantités notables de cultures virulentes injectées avec la seringue de Pravaz.
C. VACCINATION SUCCESSIVE I i) AVEC DES CULTURES CHAUFFÉES PENDANT UNE HEURE A 70-100**; 2) AVEC DES CULTURES CHAUFFÉES PENDANT UNE HEURE A 60®, ET 3) AVEC DES CULTURES VIRULENTES A DOSE PRO- GRESSIVEMENT CROISSANTE.
4) Le lapin n« 4 (2080 gr.) reçoit une première fois, le 27 octobre, sous la peau, 5 centimètres cubes d'une culture chauffée pendant une heure à 70* C. Pas d'autre réaction qu'une diarrhée légère. Au bout de trois jours, seconde injection sous-cutanée de 3 centimètres cubes de la même culture. Cette fois Tanimal tombe malade : la température monte à 40",2, pendant les premiers quatre jours le lapin mange à peine, pendant huit jours il a de la diarrhée et perd 10 p. 100 de son poids. Il finit
pourtant par se rétablir. Neuf jours après la seconde injection on lui en fait une troisième, également sous-cutanée, de 8 centimètres cubes d'uue culture chauffée pendant 30 minutes à 65* G. Pendant trois semaines l'animal a présenté une diarrhée assez intense et une légère élévation de la température (de 0%5), mais sans perdre l'appétit, de sorte que pour cette période la perte du poids fut insignifiante (30 gr.). La diarrhée a fini par s'arrêter, et le lapin se rétablit complètement. Uu mois après la troisième injection, on lui en fait une quatrième dans le péritoine^ de lOcentimètres cubes d'une culture non filtrée préparée d'après le procédé Roger et chauffée pendant 20 minutes à 120** (la même culture qui a servi à vacciner les lapins n** H, 16, 17 et 18). Gomme cette injection ne provoque pas la moindre réaction, je considère le lapin comme suffisamment préparé et lui injecte, le 19 décembre, dans la veine de l'oreille, 2 centimètres cubes d'une culture virulente qui, à la même dose, tue un lapin témoin dans neuf jours. Gette cinquième injection est supportée presque sans réaction si ce n'est un peu d'inappétence pendant deux jours. Au bout de huit jours le lapin était entièrement rétabli et avait même gagné 20 p. 100 de son poids.
Neuf jours après la cinquième injection, on fit une nouvelle injection intra-veineuse de 3 centimètres cubes de culture virulente. L'injection a été supportée sans réaction. Le lapin pouvait par conséquent être considéré comme immunisé.
Le 2 janvier le lapin reçut de nouveau, en injection sous-cutanée, 5 centimètres cubes d'une culture virulente à laquelle le lapin n* 35 avait succombé le sixième jour après l'injection de 1 centimètre cube, et enfin le 2o janvier on lui injecta de nouveau sous la peau 10 centimètres cubes de culture virulente. Le lapin supporta ces deux dernières injections presque sans réaction aucune.
On le sacrifia le 3 février par saignée dans le but d'obtenir son sérum. Le sang et les organes ensemencés donnèrent des résultats négatifs.
2) Le lapin n^ 5 (2 360 gr.) reçoit une première fois, le 28 octobre, en injection sous-cutanée, 5 ce. d'une culture chauffée pendant une heure à 70o G. et la supporte sans réaction. Au bout de 3 jours on fait une seconde injection sous-cutanée de 8 ce. de même culture, mais chauffée pendant 30 minutes à 65» C. Gette injection ne provoque pas d'élévation thermique, mais il survient un peu de diarrhée et de la perte d'appétit. L'animal finit par se rétablir après avoir toutefois perdu 16 p. 100 de son poids. Huit jours après cette seconde injection, on en fait une troisième de 8 ce. de culture préparée comme celle qui a servi à la seconde injection : la température monta pendant 3 jours à 40^,3 G., la nutrition devint mauvaise, la diarrhée fit son apparition et le lapin succomba au 8* jour après la dernière injection. A l'autopsie on trouva un amaigrissement considérable et des intestins diarrhéiques. L'ensemencement des organes donna des résultats négatifs.
IMMUNISATION DES LAPINS CONTRE LE STREPTOCOQUE. 451
3) Le lapin n* 7 (2200 gr.) reçoit une première fois, le 9 novembre, sons la peau 6 ce. de culture sur bouillon, vieille de 6 jours et chauffée pendant une heure à 70° G. Pas de réaction et le lapin commence même à engraisser. Quinze jours après» on fait une seconde injection souscutanée de 10 ce. de même culture, mais chauffée pendant une heure à 160*» C. Cette injection est aussi supportée sans réaction, et l'animal gagne même 250 grammes. Huit jours après cette seconde injection, on injecte sous la peau 10 ce. d'une culture virulente. Pendant deux jours ranimai ne mange pas, mais le rétablissement est rapide et cette fois encore le lapin engraisse. Le 8 décembre, 8 jours après la troisième injection, on injecte dans la veine de l'oreille 2 ce. d'une culture virulente qui à la dose de 1",5 tue un lapin témoin en 67 heures. Deux jours après cette injection on trouve une élévation de la température, de la perte d'appétit, de la diarrhée et, tous ces phénomènes allant en augmentant, l'animal succombe 19 jours après la dernière injection. A noter qu'au 6° jour après l'injection, il survint une arthrite soppurée de l'articulation tibio-tarsienne de la patte antérieure du côté droit.
A l'autopsie on trouva un amaigrissement considérable (l'animal avait perdu 40 p. 100 de son poids depuis la dernière injection), un exsudât purulent dans le péritoine, la plèvre et le péricarde, des intestins diarrhéiques une hyperémie du foie, de la rate et des reins. L'ensemencement des organes, du sang pris dans le cœur, et du pus rotiré de l'articulation, donnèrent lieu au développement de cultures pures du streptocoque. Le streptocoque est par conséquent resté dans l'organisme pendant les 19 jours qui s'écoulèrent entre la dernière injeclion et la mort de l'animal.
4) Le lapin n* 8 (2220 gr.) reçoit sous la peau, une première fois, le 9 novembre, 8 ce. d'une culture chauffée pendant une heure à 10^, Cette injection provoque une légère élévation de la température et un peu de diarrhée dont l'animal se rétablit rapidement. Quinze jours après cette injection, on en fait une seconde, de 5 ce, d'une culture virulente mais chauffée pendant une heure à une température de 60*. Pas de réaction; 8 jours après, troisième injection sous-cutanée de 6 ce. d'une culture virulente. Perte d'appétit pendant 2 jours, puis rétablissement complet. Au bout de 8 jours (le 8 décembre) injection dans la veine de l'oreille de 2 ce. d'une culture virulente dont 1",5 tue un lapin témoin {n? 23) en 67 heures. Cette injection provoque une élévation de la température à 40<^, 8 pendant le3« et le 4« jour, de l'inappétence et unelé^'ère diarrhée qui durent 10 jours. Mais au bout de 20 jours, le lapin était complètement rétabli et commençait même à engraisser. Le 28 décembre, on lui fait dans la veine de l'oreille une injection de 4 ce. de cultare virulente (une dose deux fois supérieure à la dose mortelle pour un lapin non vacciné), et cette injection est supportée par l'animal sans la moindre réaction. Le 11 janvier 1893, le lapin reçut de nouveau
452 MIROHOFF.
SOUS la peau o ce. de la culture yirulenle qui avait causé la mort du lapin-témoin n* 35 le 6« jour après l'injection de 1 ce. ; le 25 janvier, nouvelle injection de 8 ce. de culture virulente. Ces deux injections ne donnèrent lieu à aucune réaction et le lapin augmenta de poids (2800 gr.). — Le 8 février, on^ injecta de nouveau, sous la peau de Tabdomen, 15 ce. de culture virulente. Dès le 3« jour, élévation de la température à 40°,5-4io,5, diarrhée et anorexie; de plus, suppuration du tissu cellulaire sous-cutané, d*abord au lieu d'injection et s'étendant ensuite à presque toute la paroi antérieure de Tabdomen, à toute la région fessière et aux jambes postérieures. Mort le 2t février. A Tautopsie on ne trouva rien de bien remarquable, à part la suppuration sus-décrite du tissu cellulaire et Thyperéniie des organes parenchymateux. Les organes donnèrent des cultures de streptocoques de virulence extrême.
5) Le lapin n» 9 (2000 gr.) reçoit, une première fois, le 9 novembre, sous la peau, 5 ce. d'une culture chauffée pendant une heure à 70* C. (comme les lapins n" 7 et 8). Pendant 10 jours il y eut de la diarrhée et de la perte d'appétit, mais l'animal finit par se rétablir. Vingt et un jours après celte injection, on lui eu fait une seconde, sous-cutanée, de 4 ce. d'une culture virulente. Pendant 5 jours la température se maintient à 40*,o, puis tout rentre dans l'ordre. Douze jours après la seconde injection, on injecte dans la veine de l'oreille 2 ce. d'une culture virulente qui à la dose de 1 ,o ce. avait tué le lapin-témoin n° 23 en 67 heures. Toute la réaction se limite à une élévation passagère de la température à 40<»,8, et le lapin reste bien portant. Dix jours après, il fut tué par saignée, et son sérum mis à part pour être étudié au point de vue de ses propriétés curatives, l'animal étant considéré comme immunisé.
6) Le lapin n<» 10 (2100 gr.) reçoit une première fois, le 9 novembre, sous la peau 5 ce. de la même culture qui a servi pour les trois lapins précédents et qui a été chauffée pendant une heure à 70<» C. Le lendemain de l'injection, la température monte à 40°,5 et reste à cette hauteur pendant o jours; en plus, pendant 17 jours le lapin a de l'inappétence et de la diarrhée dont il se rétablit du reste après avoir perdu 10 pour 100 de son poids. Vingt-huit jours après cette injection, on lui fait dans le péritoine une injection de 10 ce. d'une culture préparée d'après Roger, mais non filtrée et chautfée pendant 20 minutes à une température de 120°. A la suite de cette injection la température s'éleva une fois à 40<', sans qu'il survînt d'autres symptômes morbides. Cinq jours après cette seconde injection, on euQtune troisième, dans la veine de l'oreille, de 2 ce. d'une culture virulente de 1",5 qui a suffi pour tuer le lapin-témoin n» 23 en 67 heures. Le lapin supporte cette injection sans présenter de réaction et commence même à engraisser. Seize jours après cette injection, nouvelle injection dans la veine de l'oreille de 4 ce. d'une culture virulente (dose deux fois supérieure à la dose mortelle pour un lapin non vacciné). Cette injection provoque
IMMUNISATION DES LAPINS, CONTRE LE STREPTOCOQUE. 453
une élévation de la température h 40°,2 et 41«, du 4» au 7« jour, et de la perte de Tappétit. Le lapin ne s'en rétablit pas moins et gagna 44 p. 100 de son poids. Le 2 janvier 1893 le lapin reçut de nouveau, en injection sous-cutanée, 5 ce. d'une culture virulente à laquelle le lapin, témoin n» 35 avait succombé le 6° jour jprès l'injection de 1 ce. Il supporta cette injection presque sans réaction aucune, à part la température qui le 2» et le 3* jour s'élevait à 40«,2. Le 22 janvier, le lapin fut tué par saignée dans le but d'obtenir son sérum. Les cultures faites avec les organes restèrent stériles.
7) Le lapin n»» 11 (2,160 gr.) avait reçu une première fois, le 9 novembre, sous la peau, 10 ce. de même culture que le lapin n^ 10, culture chauffée pendant une heure à 70° G. La température reste normale, mais dès le lendemain il survint de la diarrhée qui» avec la perte absolue de l'appétit, amena la mort de l'animal 8 jours après l'injection. A l'autopsie on ne trouva pas d'autres lésions qu'un catarrhe de l'intestin grêle et du gros intestin.
Ainsi, sur les 6 lapins de la première série vaccinés avec les cultures préparées d'après le procédé indiqué par Roger, j'en ai perdu cinq; les 3 lapins de la seconde série, vaccinés avec des cultures virulentes, ont succombé tous les trois ; enfin sur les 7 lapins de la troisième série vaccinés successivement avec des cultures chauffées à 70° C.,avec des cultures chauffées à 60'' et enfin avec des cultures virulentes à dose progressive, j'en ai perdu quatre.
Ces résultats ne sont guère brillants ; mais ces recherches m'ont permis d'établir une sorte de schéma pour la préparalion des lapins auxquels on désire conférer l'immunité contre le streptocoque. La méthode en question se réduit à ceci :
Pour la vaccination, il faut choisir des lapins vigoureux, ne pesant pas moins de 2 000 grammes, qui observés depuis quelque temps n'ont pas présenté de diarrhée et possédaient tin bon appétit.
Pour la première injection on peut prendre une culture préparée selon Roger, préalablement filtrée ou non filtrée, mais chauffée pendant 30 minutes à une température de 100 ou 120°. Mais comme la préparation de cette culture est assez compliquée et exige près de 3 semaines sans présenter le moindre avantage, on peut aussi se servir d une culture ordinaire sur bouillon additionné de carbonate die chaux, vieille
de S à 10 jours et préalablement chauffée pendant une heure à lOO"" C. Gomme un grand nombre de lapins succombent à la première injection, il est très important de ne pas employer, pour la première fois, des doses trop fortes. Si la culture fraîche possède une virulence telle qu*à la dose de 2 centimètres cubes elle tue un lapin en 3 jours, il ne faut pas en injecter la première fois plus de 3 à S centimètres cubes. Il est préférable de faire Tinjection sous la peau, car l'injection intraveineuse parait avoir une action plus énergique et, de plus, rend rapidement la veine de Foreille impropre aux injections ultérieures ; quant aux injections intra-péritonéales, on ne sait jamais si l'aiguille n a pas traversé l'intestin, bien qu'en procédant avec attention on puisse ordinairement éviter cet accident.
Pour la seconde injection on peut prendre ou bien une quantité de culture double de celle qui avait été employée pour la première injection, ou bien injecter la même quantité de culture ; seulement celle-ci sera chauffée pendant une heure à 88-60**. A partir de la troisième injection on peut se servir des cultures virulentes à dose progressivement croissante. Quant aux intervalles à laisser entre les injections, ils doivent être de 18 jours environ. Bien entendu, on tiendra compte des particularités de chaque cas et l'on ne fera la seconde injection que lorsque Fanimal sera complètement rétabli de la précédente.
C'est en me conformant à ces préceptes que j'ai vacciné la série suivante de 10 lapins ;
Le lapin n» 25 (1 900 gr.) fut injecté pour la 1" fois (20 octobre 1892 avec 5 ce. d'une culture chauffée à 120'» qu'il supporta sans réaction aucune; 2« fois (29 décembre 1892), nouvelle injection de 5 ce. d'une culture chauffée à 60°; 3» fois (1 janvier 1893) nouvelle injection de 5 ce. de culture virulente : réaction nulle; enfin 4" fois (20 janvier 1893), injection sous-cutanée de 10 ce. de culture virulente ; mort le 23 janvier 1893. A l'autopsie : péritonite séro-purulente généralisée et pneumonie gauche.
Le lapin n« 26 (2000 gr.) a reçu, en injection sous-cutanée, la i^fois (20 décembre 1892), 10 ce. de la même culture virulente que le n» 25, chauffée à 120«; malade pendant un mois, il se rétablit ensuite. La
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2* fois (23 janvier 1893), on lui injecta 5 ce. d'une culture chauffée à 60", réaction nulle. La 3» fois (6 février 1893), après injection de 1",5 de culture virulente ; il resta bien portant pendant 9 jours, mais, à partir du 10« jour, la température s'éleva à 40%5 et 4i<», survint de la diarrhée et la perte de l'appétit, Dans le sang pris de la veine de l'oreille on constata (le 17 février), par des cultures, la présence du streptocoque, et sur le ventre, au lieu d'injection, une suppuration étendue du tissu cellulaire sous-cutané, occupant les parois antéro-latérales de l'abdomen et toute la patte gauche postérieure. La température restant constamment au-dessus de la normale et le poids du corps diminuant progressivement, la mort du lapin eut lieu le 28 février, c'est-à-dire 22 jours après la dernière injection. A part la suppuration du tissu cellulaire sous-cutané sus-indiquée, on constata à l'autopsie une pneumonie bilatérale ; on obtint du sang des organes des cultures pures de streptocoque.
Le lapin n» 27 (2 500 gr.) fut vacciné, à partir du 20 décembre 1892, par deux fois (à 8 jours d'intervalle) avec 10 ce. d'une culture chauffée à 120" et à 60" : réaction nulle. La 3« fois on lui injecta 10 ce. d'une culture virulente dont la toxicité était au-dessous de la normale ; le lapin supporta bien cette ii\jection; c'est alors que, 13 jours plus tard, on lui fit une 4* injection sous-cutanée de iO ce. d'une culture virulente dont
2 ce. causèrent le 4* jour la mort du lapin de contrôle. A la suite de cette injection survint l'élévation de la température à 40° et 40",4 qui persista pendant 12 jours et la détérioration de la nutrition ; et, comme on l'a constaté ultérieurement, il se développa une péritonite purulente et une péricardite extrêmement abondante. L'issue fatale eut lieu après 19 jours de maladie.
Dans le cours de la maladie on ût 3 injections de sérum curatif : la 1" fois (8" jour de maladie) 3",5 de sérum du lapin n" 10; la 2« fois (11* jour) 3 ce. du même sérum et la 3* fois (18" jour de maladie) 2*',5 de sérum du lapin n" 4. Malgré ce traitement le lapin succomba le 19" jour de maladie. A l'autopsie on trouva une péritonite purulente généralisée et une péricardite de même nature très eJ^ondante (le péri<* carde contenait jusqu'à 2 cuillerées à bouche de pus). Le pus, le sang et les organes donnèrent des cultures pures de streptocoque.
La lapine n"28 (2 150 gr.) reçut le 20 décembre 1892 5 ce. de culture chauffée à 120" : réaction nulle. Le 28 décembre on lui injecta de nouveau 5 ce. de culture chauffée à 60" : anorexie et diarrhée pendant
3 semai/ies, mais elle se rétablit ensuite. Le 23 janvier elle reçut de nouveau 5 ce. d'une culture chauffée à 60" pendant 1 heure : léger malaise pendant 4 jours. Le 6 février 1893 on lui injecta 1%5 de culture ▼irulente : pendant 3 jours fièvre allant jusqu'à 40",2-41", mais elle se rétablit ensuite. Le 20 février on lui injecta de nouveau sous la peau 2",5 de culture virulente : dès le 2« jour après cette injection, fièvre (41 ",5), anorexie et mort le 16" jour. A l'autopsie, 4 fœtus putréfiés dans
les deux cornes utérines, péritonite fibrino-purulente généralisée et pneumonie droite.
Le lapin n» 33 (2250 gr.) fut injecté pour la !'• fois (o janvier 1893) avec 0 ce. d'une culture chauffée à i20o et pour la 2* fois (20 janvier) avec 7*«,o d'une culture chauffée à d8» pendant i heure; enfin le i»' février il reçut 2 ce. de culture virulente : il supporta très bien toutes ces injections et augmenta même de poids (2,570 gr.). Le 9 février il reçut de nouveau 2 ce. de culture virulente : rétablissement complet après
3 jours de maladie. Le 23 février on lui injecta (pour la 5* fois) 3 ce. d'une culture virulente à laquelle le lapin n" 36 avait succombé le 3® jour, réaction nulle et augmentation de poids (2,600 gr.). Le 5 mars il supporta sans réaction aucune 5 ce. de culture virulente injectée dans la veine de l'oreille. Enfin le 15 mars on lui injecta dans la veine de l'oreille droite 6 ce. de culture virulente : érysipèle dé l'oreille droite, abcès du globe oculaire droit et mort le S» jour. A l'autopsie on constata en outre une pneumonie bilatérale.
Le lapin n« 34 (2200 gr.) fut malade pendant 10 jours après la 1" (5 janvier 1893) injection de 5 ce. d'une culture chauffée à 120°. Il supporta sans réaction aucune la 2° (26 janvier) injection de 6 ce. d'une culture chauffée à 60^. Il resta malade pendant une semaine après l'injection (6 février) de 2 ce. de culture virulente. On lui injecta le 23 février 3 ce. d'une culture virulente qui provoqua le 3« jour la mort du lapin n° 36, et le 5 mars de nouveau 5 ce. de culture virulente dans la veine de l'oreille. Il supporta sans réaction les 2 dernières injections en augmentant même de poids (2,800 gr.). Enfin le 15 mars on lui injecta dans la veine de l'oreille 6 ce. d'une culture virulente qui tua le lapin n° 33 : pendant 4 jours, fièvre allant jusqu'à 40<*,4 et anorexie; mais il se rétablit tout de même et il fut sacrifié le 29 mars par saignée pour obtenir son sérum.
Le lapin n»» 36 (2 270 gr.) reçut pour la 1" fois (16 janvier 1893) 4 ce. d'une culture chauffée à 120°; le 26 janvier 1893 de nouveau 5 ce. d'une culture chauffée à 60*^ : il supporta ces deux injections sans réaction aucune. Le 6 février on lui injecta 2 ce. de culture virulente dont il ne se ressentit nullement. Le 20 février nouvelle injection de 3 ce. de culture virulente : mort le 3« jour par suite d'une péritonite purulente septique généralisée. L'épanchement du péritoine et les organes fournirent des cultures pures de streptocoque.
Le lapin «<> 37 (2 100 gr.) reçut pour la première fois (16 janvier),
4 ce. d'une culture chauffée à 120»; le 26 janvier de nouveau î> c\;. d'une culture chauffée à 60« et le 6 février 2 ce. de culture virulente : il supporta très bien toutes ces injections et augmenta même de poids (2 550 gr.). Injection dans la veine de l'oreille avec 3 ce. (20 février) et
5 ce. (o mars) de culture virulente ; réaction nulle et augmentation de poids (2 750). Enfin, on lui injecta le 15 mars 6 ce. de culture virulente à laquelle avait succombé le lapin n° 33 : lièvre (40o,5) et anorexie peu-
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dant 3 jours et rétablissement ultérieur; sacrifié le 27 mars par saignée pour obtenir son sérum.
Le lapin n° 38 (2 180 gr.) reçut pour la première fois (16 janvier 18i)3) 5 ce. d'une culture chauffée à 120® : réaction presque nulle. Le 29 janvier on lui injecta iO ce. de la même culture que la l'* fois : à partir du 4« jour fièvre, anorexie et diarrhée ; mort le 14 février. A l'autopsie : pleurésie purulente bilatérale et péricardite de même nature.
Le lapinn^ 39 (2 120 gr.) supporta bien une première injection (16 janvier 1893) de 5 ce. d'une culture chautTée à 120®. Il resta malade pendant 4 jours à la suite d'une 2* injection (29 janvier) faite avec tO ce. de la même culture que la i'« fois. Le 16 février on lui injecta sous la peau de l'abdomen 2®®,H de culture virulente : élévation de la température allant jusqu'À 40®,5-41«,8; diarrhée, perte de l'appétit et suppuration étendue du tissu cellulaire sous-cutané occupant toute la moitié droite de l'abdomen, la patte postérieure droite et toute la région fessiére. Mort 8 jours après la dernière ii^jection.
L'examen détaillé des protocoles d'expériences sus-cités nous met à même d'élucider les causes de la mortalité si énorme survenue pendant la vaccination des lapins de la dernière série. La mort d'une partie des lapins est attribuable à des fautes commises pendant les expériences; c'est ainsi que le lapin n* 25 a succombé par suite de la différence trop considérable entre les doses précédant et suivant la vaccination. Une autre partie a succombé par suite des suppurations étendues survenues d'abord aux lieux d'injection et s'étendant ensuite (par continuité) dans le voisinage; témoin les lapins n*8, n'26etn*39.
Enfin les autres lapins ont succombé aux inflammations septiques des membranes séreuses (péritoine, péricarde, etc.), ou par suite des suppurations causées dans le globe oculaire, le cerveau, etc., par les cultures injectées dans la veine de l'oreille.
Ainsi l'immunité contre le streptocoque, conférée aux animaux, même à un degré assez élevé, ne les préserve pas contre les affections septiques locales : telle est une des causes prochaines de la mort survenant pendant les vaccinations réitérées.
Toutefois, en élevant avec précaution la dose des cultures virulentes, on arrive à obtenir des animaux supportant sans réaction aucune des quantités de culture virulente dix fois
ARCn. I>B IfÉD. EXPKR. — TOME V, 31
supérieures à celles qui sont fatales pour des animaux non vaccinés.
En élevant les doses avec précaution, on peut, pendant plusieurs mois, obtenir, à ce qu'il paraît, une immunité plus notable encore ; mais malheureusement nous ne sommes pas à môme d'en préciser la limite extrême, nos expériences ne nous permettant pasde nous prononcer là-dessus. Néanmoins le fait que, malgré l'immunité relativement assez considérable conférée, par exemple, au lapin n* 8, U survenait tout de même une suppuration locale étendue, qui causa la mort de ranimai ; ce fait, dis-je, permet d'élever des doutes sur la possibilité d'obtenir une immunisation très accusée et surtout l'immunité absolue.
Ayant obtenu du sérum des lapins immunisés contre le streptocoque, j'ai commencé par essayer son influence sur le développement du streptocoque lui-même. Dans ce but, je l'ai ensemencé sur le sérum du lapin n** 9, doué seulement d'immunité, pour ainsi dire au premier [degré, c'est-à-dire, n'ayant supporté qu'une seule et unique dose mortelle de culture virulente, et sur le sérum du lapin n** 37 à immunité plus ou moins accusée.
Les résultats obtenus furent identiques dans tous ces cas : le streptocoque se développe bien sur le sérum des animaux immunisés et, transporté de là, après quatre jours, dans le bouillon, le micro-organisme y pousse très bien.
Quant à la virulence des cultures développées sur le sérum des animaux immunisés, elle ne semble différer en rien de la virulence des cultures développées dans le bouillon ou sur le sérum ordinaire.
C'est ainsi que le lapin n® 32 succomba le sixième jour après une injection intra-veineuse de 2",5 d'une culture virulente (âgée de 6 jours) développée sur le sérum du lapin immunisé n° 9. Le lapin succomba à la septicémie et, à l'autopsie, on constata un érysipèle phlegmoneux de l'oreille où l'injection fut faite et l'hyperémie des organes parenchy-
IMMUNISATION DES LAPINS CONTRE LE STREPTOCOQUE. 459
mateiix. Le sang et les organes fournirent des cultures pures de streptocoque.
De même aussi une injection sous-cutanée faite au lapin n* 62 (2 080 grammes) avec 3 centimètres cubes d'une culture virulente (âgée d*un jour), développée sur le sérum du lapin n* 37, causa la mort de l'animal en vingt heures, tandis que le lapin n^ 63 (2100 grammes) ne succomba que le quatrième jour, avec les phénomènes ordinaires de la septicémie streptococcique après une injection de 3 centimètres cubes de la même culture (âgée elle aussi d'un jour), mais développée dans le bouillon ordinaire additionné de carbonate de chaux. De la sorte la virulence de la dernière culture se montra moins accusée que celle développée sur le sérum immunisé, ce qui s'observe aussi ordinairement pour toutes les cultures développées sur le sérum simple.
Quant aux propriétés vaccinantes du sérum des lapins immunisés contre le streptocoque, j'ai expérimenté sur trois animaux (n*'' 40, 41 et 43) et sur un animal-témoin (n® 43). Après avoir préalablement injecté aux trois lapins du sérum vaccinant du lapin immunisé n** 10 en quantités variables, je leur en injectai une vingt-quatre heures après la vaccination, des cultures virulentes de streptocoque; le lapin-témoin n® 45 reçut, en même temps qu'eux, les cultures virulentes à la même dose. Or, tous les lapins vaccinés supportèrent bien les cultures virulentes, tandis que le lapin-témoin n^ 48, lui, succomba. Mais ici je dois attirer l'attention sur le peu de virulence des cultures employées : c'est ainsi que le lapin-témoin fut à même d'y résister assez longtemps et ne succomba que quarante-huit jours après la première injection; d'autre part, il faut avouer que le sérum vaccinant ne fut injecté aux trois lapins qu'en quantités pas trop notables.
Les histoires détaillées des quatre lapins rendront un compte exact de la marche de ces expériences.
Le lapin n* 40 (2 250 gr.) reçut le 25 janvier 1803 4 ce. de sérum vaccinant du lapin n* 10 et 1 heure et demie plus tard 1 ce. de culture virulente de streptocoque. Résultat : réaction nulle. Le 2 février nouvelle injection intra-veineuse de 2 ce. de culture virulente qui provoqua une seule fois l'élévation de la température à 40«,5. A part cette fièvre
Je lapin resta toat à fait bien portant et le 20 février son poids s'éleva jusqu'à atteindre 2500 gr.
Le lapin n^ 41 (2 100 gr.) fut le 25 janvier injecté sous la peau de 2«s5 de sérum du lapin n<* 10 et 24 heures après de l^sS de culture virulente de streptocoque. Le lapin resta tout à fait bien portant jusqu'au 2 février. Le 2 février injection intra-veineuse de 2 ce. de culture virulente : réaction nulle. Nouvelle injection de 3 ce. de culture virulente le 7 février. Enfin le 16 février injection de 3*%5 de culture virulente. Le lapin supporta tout cela sans réaction aucune et augmenta môme de poids (2 500 gr.).
Le lapin n* 43 (2 280 gr.) reçut en injections sous-cutanées le 24 janvier 3 ce. et le 25 janvier 2 ce. de sérum vaccinant du lapin n* 10. Une heure et demie après la deuxième injection on lui injecta l***,» de culture virulente : réaction nulle. Le 2 février nouvelle injection intra- veineuse de 2 ce. de culture virulente : résultat négatif comme dans le cas précédent. Le 6 février le lapin reçut 3 ce. de sérum vaccinant du lapin n° 4 et le 7 février de nouveau 2 ce. de culture virulente : pendant 3 jours consécutifs élévation de la température à 40<*-40<',5; mais, à part ce trouble, tout resta à l'état normal. Le 16 février nouvelle injection sous-cutanée de 3''% 5 de culture virulente; comme résultat : la température s'éleva par deux fois à 40<»,3 et à 41^ et l'appétit baissa; mais le lapin ne tarda pas à se rétablir et à augmenter de poids (2 700 gr. le 10 mars).
Le lapin-témoin n^ 45 (2 100 gr.) reçut le 25 janvier, en injection souscutanée, l's5 de culture virulente : pendant 7 jours élévation de la température allant à 40<»-40«,6, perte de l'appétit et diarrhée. Le 2 février injection intra- veineuse de 2 ce. de culture virulente : l'état morbide continue. Le 7 février, nouvelle injection sous-cutanée de 3 ce. de culture virulente et enfin le 16 février 1893 de nouveau 3",5 : fièvre persistante, appétit diminué, diminution de poids et, le 13 mars, mortde septicémie chronique. Le sang et les organes fournirent des cultures de streptocoque.
Il résulte donc de ces expériences que le sérum de ces animaux immunisés contre le streptocoque est doué de propriétés vaccinantes, même introduit qu'il est en quantités relativement faibles, à la dose de 1-2 ce. par kilogramme d'animal. Mais dans ces cas Faction vaccinante du sérum n'est pas bien énergique. Pour qu'elle soit plus accusée, on Tinjectera en quantités plus considérables; témoin les deux expériences suivantes avec les lapins n^* 46 et 42.
Le lapin n® 46 (1 730 gr.) reçut le 26 janvier 1893, en injection souscutanée, 6 ce. de sérum du lapin n» 10 et le 27 janvier, en injection sous-cutanée aussi, 3 ce. de culture virulente de streptocoque. Le lapin
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supporta cette injection presque sans réaction et ce n'est que le 6* jour qu'on nota une unique élévation de la température à 40^. En revanche le lapin témoin n° 42 (1 700) succomba à la septicémie le 13* jour après l'injection de 2 ce. seulement de la même culture virulente : le sang et les organes donnèrent des cultures de streptocoque.
On voit donc que lo sérum des animaux immunisés contre le streptocoque, introduit à la dose de 3-4 ce. par kilogramme d'animal à vacciner, confère à celui-ci une immunité, contre le streptocoque, nettement accusée.
Les expériences ultérieures avec les lapins n^ 64, 65 et 66 ont démontré que l'immunité conférée par Tintroduction du sérum des animaux immunisés contre le streptocoque ne diffère en rien de l'immunité conférée par n'importe quel autre procédé : tout en préservant contre la septicémie aiguë, il n'empêche pas les phénomènes septiques locaux, ce qui peut être considéré comme cause prochaine de l'issue fatale survenant pendant les injections ultérieures des cultures virulentes à dose élevée.
Avant de passer à l'étude des propriétés curatives du sérum des lapins immunisés contre le' streptocoque, il me fallut résoudre la question suivante : Quel degré d'immunité doiton conférer à l'animal pour qu'on puisse se servir de son sérum dans un but curatif ?
J'ai commencé mes expériences avec le sérum du lapin n® 9 qui avait supporté presque sans réaction la dose de 2 ce. d'une culture virulente de streptocoque ayant tué, à la dose de 1",5, le lapin-témoin n"* 23 en 67 heures.
Ayant injecté à trois lapins, dans la veine de l'oreille, la culture virulente de streptocoque à la dose de 2^,5, j'ai laissé le n® 30 (2 200 grammes) comme témoin, tandis que les deux autres furent soumis au traitement par le sérum du lapin n«9.
Lapin n» 3! (2 200 gr.). Une demi-heure après l'injection d'une culture virulente j'ai commencé le traitement en lui injectant dans la ▼eine de l'oreille : le !•' jour 1",5 de sérum, le 2« jour 2 ce, le 3* jour
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de nouveau 2 ce, et le 5® jour 3 ce. Malgré ce traitement la marche de la septicémie ne différa en rien de celle chez le lapin-témoin n« 30 : même élévation de la température à 40®,5 et à 41 «, anorexie, diarrhée, tous les deux succomhèrent le 6« jour après l'injection. On obtint du sang et des organes de ces 2 lapins des cultures pures de stroptocoque. Quant à l'autre lapin n*» 29 (2 400 gr.), le traitement ne fut institué chez lui que 2i heures après l'injection d'une culture virulente, alors que sa température atteignait déjà 41 <*,3. C'est ainsi que le 2« jour on lui injecta dans la veine de l'oreille 2«%5 de sérum curatif du lapin n** 9, le 3® jour 2",2o, le 5« jour 3",5 et le 6" jour 5 ce. Malgré ce traitement le lapin succomba à la septicémie le 7» jour après l'injection, avec les phénomènes ordinaires de cette affection (élévation de la température jusqu'à 4lo,3, anorexie, diarrhée) et le sang de même que les organes fournirent des cultures pures de streptocoque.
On voit donc que le sérum sanguin du lapin immunisé, pour ainsi dire, seulement au premier degré ne contient pas assez de substances bactéricides pour que, introduit en petite quantité (1 ce. par 1 kilogramme d'animal) môme répétée pendant trois à quatre jours, il coupe court à une septicémie déjà en évolution.
Mais les expériences que nous venons de décrire laissent non résolue la question de savoir quelle est la cause principale de Téchec subi : serait-il dû à Tinsuffisance de l'immunité conférée à l'animal dont on a tiré le sérum curatif, à ce que le sérum fut injecté à doses peu élevées, soit enfin à ces deux causes réunies ? C'est la dernière supposition qui semble être la plus vraisemblable.
La série des expériences dont on va lire l'exposé fut entreprise avec le sérum du lapin n® 4 qui finit par supporter sans réaction aucune 10 ce. de culture virulente.
Ayant provoqué la septicémie chez trois lapins (n®* 47, 48 et 51) en leur injectant des cultures virulentes de streptocoque et ayant attendu pendant 24 heures jusqu'à ce qu'aient éclaté chez eux des phénomènes sep tiques manifestes, j'en ai traité deux par des injections de sérum du lapin n<* 4 en les répétant pendant les premiers 4 jours à la dose de 2 ce. par kilogramme d'animal. Voici les résultats obtenus par moi.
Le lapin n® 47 (2 100 gr.) reçut le 5 février 4893, en injection souscutanée, 5 ce. d'une culture virulente de streptocoque. Le 6 février le lapin est très abattu, température à 40%6, diarrhée. Injection sous* cutanée de 5 ce. de sérum du lapin n« 4. 7 février : l'abattement per-
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siste» température : 40^2, nouvelle injection sous-cutanée de 5 ce. de sérum, 8 février : le lapin commence déjà à se rétablir; température : 39<*,6, l'appétit réapparaît; nouvelle injection de 5 ce. de sérum du lapin n« 4 et enfin le 9 février encore 2 ce. de sérum. Le lapin se rétablit complètement et augmenta de poids ; c'est ainsi que son poids était de 2 200 gr. le 26 février et le 10 mars de 2380 gr. déjà.
Le lapin n'* 48 (2 050 gr.) reçut le 5 février 1893, en injection souscutanée, 3 ce. d'une culture virulente de streptocoque. Le 6 février le lapin est abattu, anorexie complète, température : 40*,2, diarrhée; injection sous-cutanée de 4 ce. de sérum du lapin n® 4. 7 février, température : toujours à 40^, abattement persistant, mais pas de diarrhée ; nouvelle injection de 4 ce. de sérum du lapin n« 4. 8 février, température : toujours à 40^,7, appétit affaibli, selles normales; nouvelle injection de 4 ce. de sérum du lapin n<» 4. Knfin le 9 février 2 ce. du même sérum. Malgré ce traitement l'état fébrile continua pendant longtemps, Tappétit resta affaibli et le lapin diminua de poids (1 600 gr.). Le 16 février survint une synovite de l'articulation tibio-tarsienne gauche antérieure et, au lieu d^injeetion, un abcès du volume d'un œuf d'oie. Mais plus tard tout rentra dans l'ordre et le lapin se rétablit complètement. L'abcès fut incisé; déformation et ankylose de l'articulation lésée; la température redevint normale et le lapin augmenta de poids ; le 25 mars il atteignait presque 2 100 gr.
Le lapin-tëmoin n® 51 (2000 gr.) -reçut le 5 février 1893, en injection sous-cutanée, 3 ce. de la même culture virulente que les lapins n<>* 47 et 48. Le 6 février température 40", 2, diarrhée, anorexie complète. 7 février, diarrhée persistante, température 40**,8, abattement, appétit affaibli. 8 février, température 4l°,6, diarrhée disparue, anorexie complète. Dans la suite, la température du lapin continua à rester élevée (40<^,2-41<>,6) jusqu'à la mort; il survint, au lieu d'injection, un abcès qui s'étendit ensuite à toute la moitié gauche de l'abdomen et à la moitié supérieure de la jambe gauche antérieure, et le poids diminuant progressivement jusqu'à 1 380 gr., le lapin snceomba le 5 mars 1893, c'estrà-dire 28 jours après l'injection. A l'autopsie, outre la suppuration du tissu cellulaire sous-cutané sus-décrit, on constata la présence d'une pneumonie gauche. Le sang et les organes fournirent des cultures pures de streptocoque.
Ces expériences démontrent que le sérum des animaux immunisés contre le streptocoque, à un degré plus ou moins notable^ exerce une influence sur la marche de la septicémie ayant déjà éclaté. Cette influence est d*autant plus accusée que le sérum est introduit en quantité plus élevée (2-3 ce. par kilogr. d'animal) et que les injections sont répétées pendant quelques jours. Cette action, semble-t-il, est attribuable
à ce que le sérum curatif s'oppose à l'éclosion de la septicémie aiguë et à ce que, dans une certaine mesure, il peut être considéré comme une médication abortive de cette affection. Mais comparable en cela à l'immunité artificielle contre le streptocoque, le sérum curatif n'entrave nullement le développement des processus septiques locaux.
Enfin rexpérience suivante montre encore, d'une manière pias accusée, l'action curative du sérum des animaux immunisés contre le streptocoque. Ayant provoqué la septicémie chez les deux lapins n"* 57 (2 150 gr.) et n<^ o8 (2 150 gr.), on soumit le lapin n*^ 58 au traitement par le sérum du lapin immunisé n'* 37 injecté une seule fois à dose élevée (8 ce). Cette dose suffit pour couper court à la septicémie déjà en évolution et le lapin était rétabli complètement dès le 3* jour, tandis que le lapin-témoin n* 57, ayant reçu la même dose (5 ce.) de la même culture virulente, succomba le 13" jour avec les phénomènes ordinaires de la septicémie (température constamment élevée jusqu'à 40<^,5, anorexie, diarrhée).
Il en résulte donc que les doses élevées de sérum curatif, 4-5 ce. par 1 kiloc r. d* animal, possèdent le pouvoir de couper court, en 3-4 jours, à une septicémie déjà en évolution.
On avait déjà vu par les expériences précédentes que le sérum des animaux immunisés est impuissant à guérir les processus septiques inflammatoires locaux ; mais néanmoins j'ai institué encore les deux expériences suivantes qui souligneront ce fait avec plus d'énergie.
Le lapin n* 59 (2 350 gr.) a reçu le 29 mars 1893, en injection intrapéritonéale, 4 ce. d'une culture virulente de streptocoque. Pendant l'injection on piqua à plusieurs reprises le péritoine avec Taiguille de la seringue pour provoquer plus sûrement la péritonite; et, toujours dans le même but, on malaxa énergiquement le venti-e et les intestins après Tinjection.
Le 30 mars la température du lapin monta à 40**,5, l'appétit fat affaibli et il y avait de la diarrhée. C'est alors que je lui injectai sous la peau 10 ce. de sérum curatif du lapin n^ 37. A partir de là la température descendit à la normale et pendant toute la durée de Texpérience se maintint à 38<»,7-39«. Mais la diarrhée persista de même que l'anorexie et le lapin succomba le 10 avril 1893, c'est-à-dire le 12« jour après l'injection. A l'autopsie : péritonite fibri no-purulente généralisée et pleurésie gauche de même nature et de volume énorme.
Le lapin-témoin n^ 61 (2 170 gr.) reçut, avec les mêmes manipula-
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tioiis, en injection intra-péritonéale, 4 ce. de culture viralente et succomba le 6* jour à une péritonite sep tique fibrino-purulente , mais, par opposition au lapin n<» 59, il présenta pendant toute la durée de l'expérience un état fébrile assez marqué (40<*,5).
Ainsi, même introduit à dose élevée (5 ce. par 1 kilogr. d'animal), le sérum des animaux immunisés contre le streptocoque ne s'oppose pas au développement des processus septiques inflammatoires locaux, quoiqu'il rende l'animal apte à lutter pendant un temps assez notable et recule l'issue fatale pour un laps de temps plus ou moins considérable.
Les observations cliniques montrent qu'une attaque d'érysipèlene met nullement à l'abri de la récidive. Ainsi Cachera^ écrit que :
1) L'érysipèle peut se répéter presque indéfiniment;
2) Ces récidives surviennent presque toujours au même endroit ; et
3) A cet endroit on peut constater le streptocoque érysipélateux à l'état latent même dans les ^intervalles entre les attaques.
Vers la fin de sa thèse, l'auteur rapporte l'histoire de quelques malades chez lesquels Férysipèle récidivait tous les ans, plusieurs fois par an et même tous les mois.
D'après Jaccoud ', les premières attaques d'érysipèle sont d'ordinaire très accusées par leur intensité et leur durée; elles s'affaiblissent au fur et à mesure de leur répétition. Chaque attaque joue pour ainsi dire le rôle d'une vaccination.
S'il est vrai qu'elle ne confère pas d'immunité contre l'affection elle-même, le malade continuant toujours à souffrir de l'érysipèle, l'attaque lui confère tout de même de l'immunité symptomatique ; le degré de cette immunité est proportionnel au nombre des attaques subies.
Les observations cliniques que nous venons de rapporter
1. Cachbra (Charles). Contribution à l'étude de l'érysipèle à répétition. Paris,