Archiv. fur Pathol, wid Pharmac
bien ! chez trois chiens, quand même le quart ou le tiers du pancréas était bien grefîé sous la peau, aussitôt que j'ai enlevé le reste contenu dans la cavité abdominale, il s'est manifesté une glycosurie intense. Dans un cas on a noté 90 à i 00 p. \ 000 de sucre dans les urines.
Chez deux chiens opérés de la môme façon (résection de la portion interne), la glycosurie n'eut pas lieu, non plus que les autres phénomènes de la suppression du suc pancréatique dans l'intestin. A Tautopsie je constatai que la partie greffée était encore attachée au duodénum.
Dans un autre cas,rablation de la partie intra-abdoniinale après la greffe ne fut pas suivie de glycosurie, mais se manifestèrent tous les autres phénomènes de dérangements digestifs qui ont lieu lorsque le pancréas est enlevé. Quelques jours après, j'extirpai la partie greffée; cependant la glycosurie ne se produisit point. L'animal continua à maigrir jusqu'à la mort.
Lépine, auquel nous devons d'importantes expériences, a cru et croit encore que le pancréas forme un ferment spécial qui passe directement dans le sang, où il décompose le glucose, et lui donne le nom de ferment glycolytique. S'il vient à faire défaut, alors auraient lieu Thyperglicémie et la glycosurie consécutives.
Il explique Tintermittence de la glycosurie dans les cas où le pancréas fait entièrement défaut en admettant qu'il y a des réserves du ferment glycolytique ; il croit en outre que ce ferment peut avoir d'autres sources que le pancréas.
Lépine croit aussi que la glycosurie par empoisonnement par la vératrine ou la phloridzine doit être attribuée, différemment de celle d'origine pancréatique, à une hyperproduction de sucre dans l'organisme.
11 est obligé d'avouer que le diabète pancréatique est une maladie compliquée, et pour interpréter le phénomène remarqué par v. Mering et Minkowski que le glycogène hépatique diminue avec rapidité dans le diabète expérimental, il ne nie pas qu'outre la glycolyse, on peut avoir une formation exagérée de sucre dans le foie.
Enfin il admet que dans certaines conditions les peptones peuvent être transformées en sucre *.
1. Expériences faites avec Barrai et Metroz. {Comptes rendus, t. CXV, p. 304, août 1892.)
Hédon s'est toujours de plus en plus convaincu que le diabète déterminé par Tablation du pancréas ne dépend ni du défaut de sécrétion extérieure ni des lésions des organes voisins (vaisseaux ou nerfs) ; mais qu'il faut plutôt l'attribuer à la suppression d'une fonction spéciale de cette glande, qui agit comme une glande sanguine ; il fut affermi dans cette conviction par les dernières expériences de Minkowski, répétées par lui-même, consistant à greffer des portions de pancréas en dehors de la cavité abdominale.
Il semble à Hédon que quand même il serait bien démontré que le pancréas possède la qualité de glande sanguine, il est néanmoins encore difficile de déterminer la nature de son action. S'il trouve séduisantes les recherches de Lépine, il ne saurait admettre qnele ferment glycolytîque ne se trouve jamais dans le pancréas contrairement à ce qui arrive pour les autres glandes sanguines. Ayant tenté à la suite de beaucoup de recherches de faire diminuer le titre d'une solution de sucre en ajoutant ou des morceaux de pancréas immédiatement après l'extirpation, ou une infusion de la glande broyée dans de l'eau ou de la glycérine, il n'a jamais réussi.
A Lépine qui dit n'avoir jamais trouvé accumulé dans le pancréas le ferment supposé, il répond que dans un pancréas récemment extirpé la vitalité des cellules glandulaires ne pouvant être abolie tout d'un coup, on devrait trouver dans le pancréas une accumulation du ferment, ce qui ne se vérifie pas.
Hédon croit que dans le sang des animaux diabétiques il n'y a pas un agent diabétogène ; il invoque le résultat d'une de ses expériences que voici : En transfusant 300 grammes de sang d'un chien fortement diabétique, dont les urines contenaient 71,4 p. 100 de sucre, et le sang 4,22 p. 100, directement de la carotide dans la jugulaire d'un autre chien, qui, malgré l'extirpation totale du pancréas ne présentait dans les urines que tout au plus 1 p. 100 de sucre, cette proportion ne s'est pas augmentée après la transfusion. Il lui semble, en effet, résulter de l'ensemble des observations de tous les expérimentateurs, en y comprenant les siennes, qu'il y a un rapport entre l'intensité variable du diabète qui prend naissance à la
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suite de râblation du pancréas, et la propriété plus ou moins bien conservée de l'organisme de former du glycogène, mais il déclare qu'en admettant tout cela, il estime que la vraie cause du phénomène est encore à trouver. Il déclare enfin que le problème le plus compliqué est toujours la recherche des causes de Tazoturie.
L'interprétation qui subordonne la dénutrition azotée, et conséquemment Tazoturie à la consommation des hydrates de carbone ne lui semble pas applicable à tous les cas. En effet, il a observé un chien qui malgré l'extirpation totale du pancréas, avait eu un diabète très léger, et cependant maigrissait et présentait l'ensemble bien connu de la cachexie.
Que faut-il dire des conjectures et des convictions de ce confrère?
Il ne lui réussit pas d'obtenir une diminution du titre d'une solution de glycose ni avec une infusion, ni avec des morceaux de pancréas, et il nie pour cela, contrairement à l'avis de Lépine, l'accumulation d'une substance glycolytique; il nie que le sang des diabétiques ait un pouvoir diabétogène et il convient néanmoins que le pancréas est une glande sanguine, qui forme un ferment glycolytique. Il récuse le fait observé par d'autres, à savoir qu'après l'extirpation totale du pancréas, la glycosurie peut manquer ou ne se manifester que faiblement ; et cependant il rapporte des cas observés par luimême, où la glycosurie a manqué tout à fait pendant vingt jours, ou Ton n'en constata qu'une très petite trace (1 p. 100).
J'avoue que j'admire l'attitude expérimentale de ce collègue, mais je n'ai pas encore compris sa manière de raisonner.
L'hypothèse d'un ferment spécial versé du pancréas dans le sang directement ne peut donc se soutenir.
Gley a fait une autre expérience : il a lié toutes les veines pancréatiques, et ensuite il a vu se produire la glycosurie. Trois seulement des sept animaux qui subirent cette opération eurent la glycosurie, deux temporairement et un durablement.
Il se croit pour cela autorisé à admettre dans le pancréas une sécrétion spéciale qui passe directement dans le sang et qui sert à transformer les matières sucrées dans l'économie.
C'est l'hypothèse de Minkowski ou à peu près. En Tabsence de cette sécrétion pancréatique, la transformation et Temploi des matières sucrées n'auraient pas lieu, et ainsi s'effectuerait leur élimination, d'où la glycosurie.
Que faut-il penser de cette conclusion? La ligature de toutes les veines du pancréas ne conduit-elle pas à la mort de la glande ? Et puis il y a quatre insuccès sur sept expériences, et on pourrait même dire six insuccès, parce que dans deux cas il trouva seulement une glycosurie passagère. Du reste, cette hypothèse tombe sous la même critique que la précédente.
Thiroloix ayant observé que la destruction du pancréas, obtenue par injections à travers le canal de Wirsung, n'était pas suivie de glycosurie, crut que la condition efficiente de la glycosurie était le traumatisme qui frappe les nerfs dans la manœuvre opératoire et dans ses conséquences anatomiques. 11 se conformait ainsi à la théorie du diabète nerveux de Lancereaux.
Il dit avoir montré que l'on peut réduire le pancréas à l'état d'un simple cordon fibreux, sans produire de glycosurie et sans déranger la nutrition, ce qui Tautoriseà soutenir avec tous les physiologistes modernes, que la suppression du suc pancréatique n'a aucune influence sur la pathogénie du diabète.
En attendant, il a répété l'expérience du disloquement du pancréas, comme l'a fait Hédon. Vingt-cinq jours après, il enlève la portion abdominale avec le pédoncule nervo-vasculaire, laissant sous la peau une bonne partie bien greffée, ce dont il s'assura par la continuation du flux du suc pancréatique normal, sans jamais observer de glycosurie, si ce n'est d'une façon passagère; l'animal demeure en parfaite santé. Au bout de vingt jours de cette deuxième opération, c'est avec surprise qu'il vit se manifester une glycosurie intense avec tous les antres phénomènes du diabète. Pour expliquer cet événement, il pense qu'il a dû y avoir suppression, pour des raisons inconnues, de l'absorption de la sécrétion interne du pancréas. Ceci le force à modifier sa première opinion et à se conformer à l'hypothèse de Lépine, avec cette variante que peut-être l'innervation exerce son influence sur la sécrétion
interne. Les conjectures de Thiroloix manquent de base, il me semble, et quand il dit qu'ayant réduit le pancréas en un cordon fibreux, il n'a pas vu paraître la glycosurie, je ne conçois pas comment le pancréas peut être détruit pour toutes ses fonctions, sauf la prétendue sécrétion interne.
Pour confirmer l'action décomposante exercée sur les matières sucrées par une sécrétion spéciale du pancréas, Capparelli (de Catane) relate une expérience faite par lui et que voici. En injectant dans le péritoine de petits morceaux (le quart ou la moitié) d'un pancréas frais, enlevé à un chien, émulsionnés simplement dans de l'eau salée au 0,76 p. 100, bien stérilisée, et le tout fait avec rapidité, il a vu, chez un chien diabétique, après quatre heures, diminuer le sucre de 27 à 5 p. 100*.
Gley et Thiroloix ont trituré le pancréas frais avec du sable stérilisé; ils en ont filtré l'extrait et l'ont injecté dans la cavité du péritoine d'animaux diabétiques, mais ils n'ont obtenu aucune modification dans la proportion de la glycosurie.
Quant à moi, j'ai vu temporairement seulement cesser la glycosurie chez les chiens sansr pancréas quand j'ai exécuté sur eux n'importe quel traumatisme (extirpation de la rate, résection intestinale, amputation de cuisse, etc.), ou par l'injection dans les veines d'eau pure ou d'une solution de carbonate de soude à 1 p. 100.
L'expérience de Capparelli n'a donc aucune importance. Cavazzani frères, assistants à l'Institut de physiologie de Padoue, ayant exécuté plusieurs extirpations de pancréas, ont, eux aussi, constaté que ces extirpations ne sont pas toujours suivies de glycosurie, et ont aussi constaté les lésions anatomiques que j'ai signalées dans le foie, dans la moelle épinière et dans les reins.
Pourexpliquer la glycosurie pancréatique, ils se reportent à la doctrine de la glycogénie hépatique, et ils tentent de donner une théorie propre, en admettant que dans le diabète pancréatique il s'agit d'un accroissement de production de sucre
i , Capparelli, Études sur la fonction du pancréas et sur le diabète pancréatique. {Actes de l* Académie Giœnia des sciences naturelles de Catane, voL V, série 4, mars 1892.)
SUR LA PATUOGÉSIE DU DIABÈTIi. 481
par le foie y déterminé par névroparalysie des filets nerveux du plexus hépatique qui serait blessé daris f extirpation du pan-créas.
Us croient que dans le diabète pancréatique la cellule hépatique, sous Tinfluence du plexus hépatique, séparerait les molécules albuminoïdes du sang pour former du glucose plus qu'elle ne le fait dans les conditions normales. Les cellules hépatiques seraient sollicitées à cela parce que Talbumine alimentaire, sans Faction du suc pancréatique, se décompose plus facilement, et perd la propriété de se renouveler.
Us repoussent les hypothèses de Minkowski, de Lépine, de Hédon, etc., pour les mêmes raisons exposées par moi, et ils rejettent aussi la mienne, qui soutient que la glycosurie est le produit d'un procès de désassimilation par auto-intoxication consécutif à la suppression du suc digestif du pancréas, parce que, « s'il en était ainsi, Ton devrait avoir le diabète dans tous les cas de ligature du conduit pancréatique, ou de fistules pancréatiques, ou de maladies du pancréas, etc., ce qui ne se vérifie pas; ou bien la glycosurie devrait cesser ou diminuer par le jeûne, ce qui ne se vérifie pas ».
Mais cette considération ne saurait pas s'accorder avec le fait que dans les cas de diabète humain comme dans ceux de diabète expérimental, il se vérifie précisément qu'après le jeûne la glycosurie se réduit aux plus petites proportions, ou cesse tout à fait.
L'objection que la ligature du canal de Wirsung, ou la fistule pancréatique, en empêchant que le suc se déverse dans l'intestin, ne produisent pas de diabète, n'est pas détruite. D'abord il n'y aurait rien d'étonnant à cela, puisque la suppression totale du pancréas ne produit pas toujours de glycosurie, comme cela ressort de leurs propres expériences. Et puis, ces auteurs pensent-ils que la ligature du conduit de Wirsung, ou une fistule pancréatique suffisent à empêcher n'importe quelle effusion du suc pancréatique dans l'intestin? Tout le monde connaît l'existence de conduits accessoires; et nous devons supposer que dans ces cas la glande se forme de nouveaux conduits pour verser sa sécrétion dans le duodé-
482 N. DE DOHINICIS.
num, OU qu'en liant le canal de Wirsung les phénomènes d'autophagie qui ont été admis par tous, quand manque Faction digestive du pancréas, n'ont pas lieu. Mes dernières expériences du reste viennent trancher la question (voir page 483).
Je passe maintenant à leur hypothèse.
Bernard, comme l'on sait, admettait que le glucose se forme dans Torganisme, non pas aux dépens de l'alimentation hydrocarbonée, puisque après plusieurs mois d'une diète de viande exclusive, on avait encore la formation de glucose.
Contre la glycogénie hépatique de Bernard, beaucoup d'objections furent faites par Pavy , Lehmann, Donnet, Meissner, Bitter, Schiff, etc.
Seegen chercha à réhabiliter la théorie de Bernard, et il s'efforça de démontrer que les cellules hépatiques forment du glucose aux dépens des albuminoïdes et des graisses, puisque, en faisant agir une solution de peptone ou de graisse émulsionnée sur des morceaux de foie, l'on a pu constater une augmentation de sucre et de matières hydrocarbonées en général.
Le glycogène, au contraire, serait produit par le sucre alimentaire.
En se conformant à ces vues, les frères Cavazzani attribuent aux altérations du foie la glycosurie pancréatique parce qu'elles sont les plus précoces à se vérifier.
Au sujet de cette hypothèse, il me suffît de faire deux simples remarques :
1* D'un côté chez les chiens qui n'ont jamais présenté de glycosurie, ou en très petite quantité, l'on a trouvé les lésions bien connues du foie au même degré, sinon plus intensesque celles des chiens qui avaient été fortement glycosuriques. D'autre part, il est évident que plusieurs maladies hépatiques avec destruction du parenchyme et lésions semblables à ceUes qui se trouvent dans le diabète naturel et dans le diabète expérimental ne donnent pas lieu au diabète sucré, en exceptant quelque rare et légère glycosurie.
â"" Quant à la neuroparalysie des filets du plexus hépatique, ils la supposent bien hypothétiquement. Il est certain
que si la destruction expérimentale ou naturelle du ganglion cœliaque a donné lieu à la glycosurie, elle ne Ta pas fait toujours, ou tout au plus en petites proportions, et seulement d'une manière transitoire. En outre, personne n'a parlé de destruction du plexus hépatique, et eux-mêmes ne Tout pas démontrée.
J'ai lié l'artère hépatique et les nerfs qui l'accompagnent; j'ai oblitéré la veine porte, et je n'ai pas vu de diabète chez les vingt animaux qui ont été soumis à cette expérience, si ce n'est temporairement une très légère glycosurie, c'est-à-dire de 2 à 3 p. 100, pendant trois ou quatre jours, juste le temps que duraient les graves désordres intestinaux, et peut-être même pancréatiques. Il serait à désirer qu'on vérifiât bien l'expérience résultant de l'opération des Cavazzani qui, en excitant avec un courant électrique les filets du plexus hépatique, ont vu augmenter la proportion du glucose dans le sang des veines sushépatiques, expérience du reste très ingénieuse et qui mérite d'être admirée. Néanmoins ce résultat ne me semble qu'un fait intéressante rapprocher d'autres analogues. C'est une nouvelle preuve à ajouter aux exemples bien connus de glycosurie, comme celles qui résultent des empoisonnements par le curare, la phloridzine, la vératrine, etc., etc.
Hypothèse de l'auteur. — Les difficultés qui se rencontrent dans la recherche de la pathogénie de certains phénomènes compliqués, difficultés très graves en ce qui concerne la pathogénie du diabète pancréatique, expliqiient les exagérations hypothétiques qui sont souvent faites.
Dans la recherche d'inconnues, souvent il arrive que l'esprit des investigateurs force même les faits les plus évidents à se plier à leurs conceptions subjectives.
Je ne prétends pas, moi non plus, être exempt de ce péché originel! J'ai, néanmoins, tâché de suivre sans passion les révélations des expériences en les mettant d'accord avec celles faites par la clinique éclairée par l'anatomie pathologique, et ainsi j'ai émis une hypothèse personnelle, prêt à la modifier si les faits la démontraient être insoutenable.
Toute la question roule donc sur la pathogénie de la glycosurie, et il me semble nécessaire que la théorie qui prétend
484 N. DE DOUINICIS.
la résoudre mette d'accord tous les faits bien constatés par la clinique et par Texpérimentation.
La clinique a constaté ce qui suit :
1° Un diabète sucré et un diabète insipide qui, dans certains cas, se transforment Tun dans l'autre, c'est-à-dire que le diabète sucré devient insipide, et réciproquement l'insipide devient sucré.
2^ Une évidente prédisposition héréditaire ou de famille au diabète sucré.
3® Le passage de certaines diathèses {arlhritisme, goutte, polyurie, etc.), au diabète sucré.
4" Le diabète, qu'il soit sucré ou insipide, grave ou léger, est constamment accompagné d'azoturie, de phosphaturie et fréquemment, mais non toujours, d'acétonurie.
S"" Dans les cadavres des diabétiques, quelquefois l'on a trouvé de graves altérations et même la destruction du pancréas, quelquefois Ton n'a rien trouvé, et, vice versa^ dans certains cas avec altérations destructives de la glande, on n'a pas le diabète sucré.
L'expérimentation a constaté :
1° Qu'à l'extirpation complète du pancréas succède immanquablement la forme grave du diabète le plus fréquemment sucré, et bien des fois insipide.
Dans l'une comme dans l'autre se sont établies constamment, et avec la même intensité, la cachexie, la polyphagie, la polyurie, etc., et de même les lésions anatomiques.
2° Un traumatisme de toute sorte, d'une certaine intensité, a pu produire chez les animaux une glycosurie légère ou transitoire, comme aussi ce traumatisme a pu suspendre pour peu de temps chez les animaux la glycosurie préexistante, même à un degré très élevé.
Outre cela, il faut réfléchir que la glycosurie peut être déterminée par plusieurs raisons, et sur ce point il y a eu plein accord.
Je rappelle d'abord la glycosurie provoquée par Bernard au moyen de la piqûre du quatrième ventricule, et puis la glycosurie qui se produit par l'action de poisons, de fortes émotions morales, par méningite, tumeurs et autres mala-
dies du cerveau, par des altérations des fonctions du tube digestif, dans certains cas de cirrhose hépatique et ainsi de suite; mais toutes ces glycosuries ne sont ni constantes, ni intenses, ni durables. Enfin la glycosurie par extirpation expérimentale du pancréas elle-même n'est pas constante; quelquefois elle est intermittente, mais ordinairement elle est intense, grave et durable jusqu'à la mort.
Cela dit, s'il est vrai que le glucose est une substance dont la composition chimique est précisément définie. Ton ne peut nier que tous les moments étiologiques de la glycosurie doivent converger, quel que soit le mécanisme que Ton veut imaginer, vers un point pathogénétique commim.
Une théorie donc serait la bienvenue, celle qui serait propre à expliquer le mécanisme de la pathogénie de la glycosurie, quelle qu'en soit la cause, sans contrarier Texactitutle des phénomènes ou des faits observés. Et nous devons mettre d accord les faits expérimentaux avec les faits cliniques.
Si laclinique a démontré qu'un diabète humain sucré peut devenir insipide etvice versa, ce serait absolument une absurdité que de vouloir attribuer la glycosurie dans ces cas à une lésion anatomique définie, les effets de laquelle devraient être constants comme la lésion qui les produit.
Et si l'expérimentation vient à confirmer ce que la clinique a révélé il y a longtemps déjà, pourquoi en être surpris, pourquoi s'y refuser comme à une chose invraisemblable, récusant une observation de fait?
Si la clinique nous a démontré et nous démontre tous les jours une prédisposition de famille au diabète et les passages non seulement de la forme insipide à la forme sucrée et vice versUy mais aussi de certaines diathèses comme la goutte, l'arthritisme, lapolysarcie, etc. , au diabète (un vrai darwinisme pathologique), l'interprétation de ce fait ne se peut certainement trouver dans un ferment formé par le pancréas ni dans la destruction ou irritation du plexus hépatique, ou dans des oscillations quantitatives du glycogène du foie, etc. ; mais il me semble bien plus logique de la rechercher dans les conditions fondamentales biologiques des tissus.
J'ai déjà assez dit au sujet de Thypothèse du ferment
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diastasique et glycolytique, selon les vues de Minkowski, Lépine et Gley, comme de la théorie nerveuse de Lancereaux, Thiroloix et d'autres : je ne prétends pas exclure le foie ni les nerfs du complexus des moments pathogéniques du diabète pancréatique; notammentpourle8nerfs,^je pense qu'ils peuvent entrer, ou même qu'ils entrent toujours en jeu sous forme d'actions trophiques et vasomotrices, par une manière qui ne nous est pas encore bien connue.
La glycosurie par émotions psychiques * et par la piqûre de Bernard nous le démontrent incontestablement.
Lorsque des causes aussi différentes produisent un effet unique et homogène comme la glycosurie, nous devons convenir que le mécanisme de la pathogénèse ne peut se trouver en localisations et en activités différentes de l'économie.
Lorsque la glycosurie expérimentale aussi bien que la naturelle persistent dans bien des cas nonobstant la diète exclusivement azotée, et même après un jeûne prolongé, nous devons nécessairement eu conclure que la formation du sucre doit avoir lieu aux dépens des tissus de l'organisme comme des matières alimentaires.
Les dernières et importantes expériences de Lépine, plus haut citées, confirment la possibilité d'une origine du sucre aux dépens des peptones dans le sang, et comme il fut déjà noté antérieurement, Seegen et d'autres ont reconnu la possibilité de la genèse du sucre aux dépens de la décomposition de l'albumine, et comme l'ont soutenu Pettenkofer et Voit. Je laisserai ouverte la question en ce qui regarde le glycogène de l'organisme dans la genèse du sucre, puisque sur l'importance biologique de ce corps nous n'avons pas de connaissances exactes. Mais, quels que soient son influence, sa participation, son rôle dans le mécanisme de la pathogénie du diabète sucré, nous devons toujours trouver l'agent qui le met en jeu.
Le glycogène des organes serait aussi la source du sucre dans Torganisme, d'après Krankow', qui s'est occupé de
1. De Rbnzi, Db Dominxcis et autres, Infiuenza nervosa sulla origine del Diabète, Rivisla cUnica e terapeutica. An. VI,
2. Krankow, Sur Vorigine du sucre dans le diabèie, Wratseh, n* 4, 1S90 ; BiCentralbl. f, innere Med., n* 41, octobre 1890.
déterminer la quantité du sucre et du glycogène dans les différents organes et tissus des cadavres d'individus morts par diabète sucré, mais il apparaît, d'après cet auteur, à la suite de la dégénération cellulaire.
La distribution du glycogène des organes dans le diabète, dit-il, s'écarte fortement de la règle; ainsi le glycogène se trouve dans certains organes, dans lesquels à l'état normal il n'existe pas, par exemple dans le cerveau. Que devons-nous inférer de cela? Que le glycogène lui-même représente un corps métabolique, un produit de dégénérescence cellulaire, une matière réduisible en sucre, ou égale au sucre comme produit de la susdite dégénérescence. Mais la cause de tout cela reste toujours à élucider. Maintenant, arrivant au pancréas et à mon hypothèse pour expliquer la pathogénèse de la glycosurie diabétique, j'ai raisonné et je raisonne ainsi :
La base de cette pathogénèse doit être la caducité de la cellule, la facile décomposition des substances cellulaires et alimentaires. De telles modifications ne trouvent-elles pas leur rapport rationnel avec la suppression de la fonction du pancréas? Cette fonction est indispensable pour la digestion qui est une condition sine qua non pour la nutrition et l'activité normales de tous les tissus de l'organisme. Le défaut d'une si importante fonction, ainsi que tout le monde en convient, est suivi de cachexie grave, irréparable et rapidement progressive jusqu'à la mort.
Légitimement, à une telle cachexie se lient la caducité et la dégénérescence de la cellule et la décomposition du peptone et de l'albumine cellulaire.
Mais puisque chaque cachexie ne donne pas toujours lieu à la glycosurie, il doit y avoir quelque. autre chose qui est capable de déterminer la formation du sucre aux dépens des substances ainsi modifiées.
En tenant compte de ce fait que la glycosurie se produit également, que les animaux soient nourris de matières amylacées, ou de viande seulement, ou de peptone, ou même qu'ils soient tenus à jeun pendant quelques jours, je me suis convaincu que le matériel d'où dérive le sucre qui s'élimine par
les urines est fourni par Torganisme à la suite d'un procès de désassimilation ou de dédoublement anormal.
Il fallait; en conséquence, chercher l'agent de ce procès de désassimilation. Alors je pensai à une action toxique exercée par une substance spéciale produite par les conditions modifiées de Tintestin à la suite du manque de suc pancréatique {empoisonnement positif) ; ou bien comme un produit de métamorphose anormal dans l'échange général de la matière organique par le défaut d'éléments réparateurs («mpoisonnement négatif) et vraisemblablement pour Tune et pour l'autre cause réunies.
Le soupçon d'empoisonnement positif s'imposa en observant constamment le fait que le foie est rapidement atteint par de graves altérations nutritives tout à fait semblables à celles causées par le phosphore, par l'arsenic, etc.
Le défaut de glycosurie chez les animaux privés totalement de pancréas sans que pour cela les lésions anatomiques connues fissent défaut, n'ôte rien à mon hypothèse, puisque, dans les procès de dédoublement, les combinaisons chimiques diverses, pour des causes qui se cachent dans la profonde obscurité de la zoochimie, n'arrivent pas à la formation du glucose, ou aboutissent à un emploi différent dans l'économie. Une disposition spéciale de la cellule doit aussi être admise lorsque nous voyons que le diabète humain reconnaît une prédisposition de famille, ou une disposition acquise; car tout observateur constate le fait d'une alternance de la forme insipide et de la forme sucrée chez le même individu, et de l'intermittence de la glycosurie dans le diabète humain, comme dans le diabète expérimental.
En attendant, mon hypothèse qui explique chaque iait observé dans les cas de diabète humain et expérimental se concilie bien avec la différence des causes de la glycosurie et l'unité de l'effet. Nous pouvons bien expliquer comment la piqûre de Bernard, les empoisonnements divers avec la phloridzine, avec le curare, la vératrine, etc., les dérangements de la digestion (diabète alimentaire ou chylogène de Cantani) , les émotions, les traumatismes divers ou les lésions du système nerveux, peuvent causer la glycosurie plus ou moins
transitoire ou permanente. Nous pouvons expliquer le fait expérimental observé par moi et d'autres, à savoir que les injections de solution de saccharine ou l'usage de riodoforme chez l'homme ou chez le chien diabétiques ont triplé et quadruplé la quantité journalière des urines et du sucre, le régime demeurant le môme, comme cela s'observe aussi, à la suite de la transfusion de sang de la veine porte, qui aurait dû, en apportant à l'animal diabétique le ferment glycolyliquc, faire diminuer la quantité de la glycosurie; taifdis que l'usage de sels do cuivre, de sulfonal, d'opium, font diminuer la glycosurie, et quelquefois la font totalement disparaître.
Toutes ces actions ne s'interprètent pas différemment que par les modifications de l'échange matériel, étant donné la caducité de la cellule par défaut de substances normales, convenablement préparées par la digestion pour réparer les pertes et conserver son intégrité chimique moléculaire.
Le système nerveux, et précisément la partie qui préside à l'échange matériel, doit certainement prendre part au complexus, et il le fait parce qu'il est excité anormalement et d'une manière spéciale, étant lui-même lésé dans sa nutrition, et parce qu'il trouve son action préparée par les conditions chimiques anormales des tissus.
L'hypothèse soutenue par moi d'une intoxication pour comprendre la pathogénie de la glycosurie n'a rencontré de faveur auprès de personne. Mais jusqu'à présent des réfutations sérieuses n'ont pas été élevées, selon moi.
J'ai cherché à appuyer mon hypothèse sur cinq chiens, rendus fortement glycosuriques par Tabiation du pancréas; j'ai pris l'intestin, je l'ai ouvert et mis pour vingt-quatre heures dans une solution hydroalcoolique afin d'obtenir la solution des toxines que je soupçonnais incapables de provoquer la glycosurie.
Après un traitement chimique convenable, j'ai injecté ces produits dans le péritoine de chiens sains, tenus auparavant en observation.
Les urines de ces animaux recueillies après les injections pendant les premières quarante-huit heures, contenaient du glucose dans la proportion de 2 à 3 p. 1000. En répétant l'expérience avec le contenu intestinal d'animaux sains, ou du moins non diabétiques dans les mêmes conditions, la glycosurie ne s'est pas manifestée.
ARCB. DB MBD. EXPBR. — TOME V 33
SUR L'ÉTIOLOGIE
DE