‹ Archives de médecine expérimentale et d'anatomie pathologiqueChapitre 191 sur 298 · ÉTUDE HISTOLOGIQUB SUR LES ALTÉRATIONS SÉNILES DE LA RATE · texte numérisé non relu

ÉTUDE HISTOLOGIQUB SUR LES ALTÉRATIONS SÉNILES DE LA RATE

bourgeonne, ne produit des rejetons qu'à cause de la puissance germinative résultant de la fécondation d'où est sorti l'être dont elle fait partie. Gomme Ta dit Cl. Bernard, la multiplication sans fécondation des cellules du corps est un phé-* nomène comparable à celui delà parthénogenèse desinsectes. Une première fécondation suffit pour ébranler, provoquer la puissance de segmentation incluse dans toute les cellules qui se développeront dans Tètre futur. Mais, toujours comme dans la parthénogenèse, il vient un moment où cette force s'épuise, où la fécondation redevient nécessaire à la perpétuité de l'espèce. L'être qui a fourni l'élément fécondant meurt par suite de l'épuisement de la puissance germinative de ses propres cellules. (Il serait d'ailleurs curieux de savoir si ces cellules pourraient retrouver une nouvelle activité sous l'influence des plasmas nucléaires administrés d'une façon ou d'une autre.) On voit que la théorie de Ganstatt doit être modifiée et que le point de départ des lésions séniles doit être placé dans le noyau et non dans le cytoplasma. Il nous importe peu qu'une cellule devienne granulo-graisseuse et disparaisse si elle a donné auparavant des gemmes, des éléments jeunes et actifs, et si, avant de mourir, ces derniers sont féconds à leur tour. En résumé, la perte du pouvoir de segmentation que le noyau cellulaire acquiert par la fécondation initiale, point de départ de Têtre tout entier, voilà quelle est la véritable cause de l'involution des cellules et des tissus.

En examinant dans le détail quelques organes à ce point de vue, on s'aperçoit que, malgré l'unité du processus général, les différences d'un organe sénile à un autre sont énormes ; et ce ne sont pas des difl^érences de degré, mais surtout de nature. Les cellules sont trop individualisées pour se comporter semblablement dans chaque organe. On reconnaît alors l'inutilité de lois trop générales et de synthèses prématurées et la nécessité d'une analyse détaillée portant sur chaque organe ou sur chaque système ; dès à présent on peut considérer deux types morbides répondant à la sénilité. (Je dis morbides, puisqu'il résulte de ces lésions des troubles fonctionnels constituant de véritables maladies.) Le premier est

celui des organes à structure simple; dans le second on se trouve en présence d'organes à structure compliquée. Quelques exemples vont mieux préciser notre pensée qu'un développement de cet énoncé.

1^ Organes simples. — La glande sous*maxillaire est composée dans sa partie essentielle^active^de cellules sécrétantes; les éléments disparaissent en grande partie chez le vieillard, comme je Tai montré dans des recherches faites à Thospice d'Ivry. La glande est à peu près constamment atteinte, et pourtant elle conserve son volume apparent car les intervalles laissés libres par la disparition de ses acinis sont comblés par du tissu graisseux. Souvent il n'existe plus qu'un squelette de glande se découpant sur un fond adipeux, au lieu des acinis serrés de l'état adulte. Les cellules caliciformes ne se multipliant plus, la glande disparaît, sans sclérose ; et ce processus accompagne la disparition des dents, la raréfaction du maxillaire inférieur qui sont constants. Le pancréas s'atrophie souvent de la même façon. Yulpian a noté sa transformation en un bloc graisseux gardant encore la forme de la glande ; j'ai eu l'occasion de montrer à la Société unatomique un cas semblable recueilli chez un vieillard.

2*" Organes compliqués. — La situation change avec des organes plus compliqués. Dans l'ovaire par exemple, il existe une variété de cellules qui priment toutes les autres; ce sont les ovules. Bien qu'ils soient inclus dans le stroma ovarien en très grande quantité, et que leur abondance dépasse énormément pour chaque être femelle ce que ce dernier en peut utiliser, les ovules finissent par disparaître totalement de l'ovaire des vieilles femmes. Un grand nombre sont sans doute résorbés à la ménopause. On peut rencontrer assez fréquemment dans les hospices de vieillards des ovaires dont le stroma ovigère est réduit à une couche purement fibreuse; sans aucun ovule. Quel que soit son volume apparent, voilà un organe mort fonctionnellement, par suppression d'un, élément primordial.

Pour le testicule les faits sont semblables. Les ovules mftles disparaissent plus tardivement des tubes testiculaires que de la trame ovarienne ; mais l'organe atteint la sénilité à

ÉTUDE HISTOLOGIQUB SUR LBS ALTÉRATIONS SÉNILBS DE LA RATE. 525

une époque relativement peu avancée delà vie de Tindividu, et toujours par suppression de ses éléments primordiaux. Quand ils sont épuisés, dépensés, ils ne peuvent plus se refaire, rindividu a épuisé son capital de cellules mâles, Torgane est sénile. Ses ovules mâles ou femelles sont en effet différenciés avant la naissance; et, quelque grand que soit leur nombre, il est limité. Les autopsies des vieillards nous montrent que la dépense totale en est possible avant la mort de l'individu chez l'homme comme chez la femme.

Dans le cerveau, les grandes cellules pyramidales de Técorce se pigmentent et s'atrophient à partir d'un certain âge , entraînant la disparition des systèmes de fibres qu'elles commandent, et ces éléments sont différenciés eux aussi à une époque relativement précoce du développement, comme l'ont montré les belles recherches de M. W. Wignal sur le système nerveux, et quand ils sont disparus, aucune cellule du voisinage ne peut les refaire.

On comprend maintenant ce que nous entendons par la disparition d'un élément primordial dans un organe. Ces idées sont d'ailleurs fort simples, et les faits que nous venons de rappeler bien connus. Quand les métamorphoses séniles de tous les organes seront connues comme celle que nous venons de rappeler, la synthèse de la sénilité et de la mort de l'être sera possible.

Pour contribuer dans notre faible mesure à cette synthèse, nous allons décrire trois types tout à fait différents l'un de l'autre au point de vue de ces métamorphoses, bien qu'appartenant tous trois au même groupe des glandes vasculaires sanguines; ce sont la rate, le corps thyroïde, la capsule surrénale. Nous avons choisi les glandes closes parce qu'elles sont moins accessibles aux infections venues de l'extérieur ; l'histoire sénile du poumon, du rein ou du foie est tellement chargée jusqu'ici de faits pathologiques acquis, que l'on ne peut prendre actuellement ces organes comme types de la description d'un processus physiologique en somme, puisque ce n'est que le dernier chapitre de l'évolution des cellules.

526 A.*pH. PILUET.

La rate a été négligée en général chez les vieillards parce que les variations de volume si frappantes dans i*àge adulte et dans les maladies infectieuses, sont, par suite de l'âge, considérablement réduites de proportion. La broncho-pneumonie, Tinfection urinaire, les processus microbiens les plus aigus ne gonflent pas énormément la rate sénile. Elle ne présente donc pas d'ordinaire les énormes dimensions que prend Torgane dans les maladies infectieuses et qui sont bien connues depuis les recherches de Piorry. Aussi n'aurons-nous à citer que peu de travaux. D'abord la thèse d'agrégation de M. Brousse, qui note Tépaississement des cloisons de tissu conjonctif, d'où résulte une sclérose très appréciable, l'atrophie ou la disparition de la plupart des glomérules de Malpighi, l'oblitération d'un grand nombre de vaisseaux et la réduction considérable de la pulpe splénique ; en sorte que l'organe est presque entièrement réduit à une masse de tissu conjonctif parsemée de vaisseaux (Brousse, De rinvolution sénile. Thèse agrég. 1886, p. 47). Birsch-Hirschfeld, dans son traité d'anatomie pathologique, classique en Allemagne, dit que l'atrophie simple sénile de la ratedébute le plus sou vent dès la cinquantième année. Elle n'est pas proportionnelle à l'amaigrissement général du corps; elle est au contraire beaucoup plus accentuée proportionnellement que pour le reste de l'individu. La consistance est augmentée ; comme l'atrophie porte de préférence sur les cellules lymphoïdes, le stroma fait saillie sur la surface de section, relativement à la pulpe qui est de coloration rougefttre, souvent pigmentée. Les autres auteurs ne nous donnent que des renseignements plus vagues, en sorte qu'il est inutile d'y insister ici.

Pour nous rendre compte de l'altération splénique dans la vieillesse ; il nous faut dresser un tableau de la rate normale, chez l'enfant ou l'adulte, et lui opposer le tableau des rates dégénérées. Les conclusions s'imposeront alors d'ellesmêmes ; et, dans le nombre des lésions observées, on pourra établir une certaine hiérarchie et ne pas confondre les dés-

Page 1