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BulL de la Soc. de biologie (juillet

C05TBIBUTI0N A l'ÉTUDE DU VIBRION AVICIDE. . 59

curateur du sérum, voici comment nous avons procédé : chaque expérience comprenait deux séries de trois cobayes; l'une des séries devait être traitée par le sérum normal, l'autre par le sérum de lapin immunisé ; enfin un septième cobaye servait de témoin.

Le premier jour on injectait à un cobaye de chaque série 5 centimètres cubes de sérum soit sous la peau, soit dans le péritoine. Le lendemain ou le troisième jour, on injecte aux deux autres cobayes de chaque série la même quantité de sérum à Fun sous la peau, à l'autre dans le péritoine. Tous ces six cobayes plus le témoin avaient été, un quart d'heure environ avant l'injection du sérum, inoculés avec trois gouttes (dose mortelle) d'une culture virulente du vibrion avicide sous la peau. Nous avons eu soin de choisir ce mode d'inoculation et non l'inoculation intra-péritonéale, espérant donner plus de valeur à nos résultats, puisque nous avons ainsi supprimé l'action directe du sérum sur le microbe. Les cobayes traités parle sérum normal sont morts en même temps que le témoin ou après une courte survie; il faut faire exception pour un cobaye qui avait reçu le sérum normal vingtquatre heures avant le contrôle et qui a résisté.

Les cobayes traités par le sérum d'animal immunisé ont tous résisté ; on peut même employer le mot guéri, car tous les animaux avaient présenté les premiers symptômes de la maladie vibrionienne (empâtement et œdème au point d'inoculation).

Dans une autre série d'expériences les résultats ont été beaucoup moins nets ; il est vrai qu'ils ne sont nullement contradictoires avec ceux que nous venons d'énoncer. Pour expliquer cette différence dans nos résultats, nous pouvons in* voquer plusieurs arguments. Le sérum que nous avions recueilli était fortement teinté en rouge, condition défavorable à l'étude du pouvoir curateur. De plus ces expériences avaient été faites durant le mois de juillet par une température exceptionnellement élevée, circonstance propice à l'altération rapide du sérum, que nous avons été obligé de conserver dans l'eau glacée. Dans cette seconde expérience, tous les animaux qui avaient été traités par le sérum de lapin

normal sont morts à peu près en même temps que le témoin ; des cobayes traités par le sérum de lapin immunisé , un seul a guéri ; Fun a présenté une survie de douze à quinze heures sur le témoin ; le troisième est mort à peu près en même temps que lui.

Ces expériences démontrent nettement Tinefficacité du sérum de lapin normal, quoique cet animal soit naturellement assez réfractaire au vibrion avicide. Nous ne voulons pas insister sur Faction du sérum de cobayes, n'ayant eu que des résultats négatifs, auxquels il ne faut pas attacher une trop grande importance.

Par contre, il est hors de doute que le sérum de lapin immunisé possède à la fois des propriétés vaccinales et curatives. Il nous a paru intéressant de signaler la possibilité de guérir par cette méthode une infection septicémique à marche aussi rapide et à issue aussi constamment fatale.

Nous pouvons résumer de la manière suivante les résultats que nous avons obtenus.

I. — Le vibrion avicide peut perdre irrémédiablement sa virulence, sans qu'il soit possible de Texalter à nouveau par les procédés connus et cela sans doute par le fait du vieillissement.

La culture atténuée donne naissance à des colonies dont la forme diffère notablement de celles des colonies que donne le vibrion avicide virulent : dans le premier cas on a des colonies de couleur marron, à bords irréguliers, sinueux, à aspect granuleux, entourées d'un halo brillant et déterminant une liquéfaction lente de la gélatine ; dans le second cas on a des colonies parfaitement arrondies, finement grenues, d'un jaune clair et qui liquéfient rapidement la gélatine.

Cette variété des formes de colonies ne doit pas étonner outre mesure, puisque nous savons que le vibrion avicide est un microbe polymorphe. Ceci est tellement vrai qu'en culti-

CONTRIBUTION A L ÉTUDE DU VIBRION AVIDDE. 61

vantle vibrio dans le bouillon de thymus nous avons observé une forme filamenteuse du microbe.

II. — La vaccination chimique contre le vibrio est facile à obtenir. On la réalise avec des cultures stérilisées par la chaleur, par les essences, par la filtration à la bougie, avec l'extrait glycérine des toxines, avec les produits volatils.

En traitant la culture par la méthode de M. Gautier pour l'extraction des bases (acétate de plomb, acide oxalique, etc.), on obtient avant l'intervention de Talcool un produit à peine toxique, permettant de vacciner le cobaye, même après une seule injection et en vingt-quatre heures. L'immunité est ainsi acquise très rapidement; elle est persistante.

L'alcool atténue et parfois annihile complètement la propriété vaccinale ; la substance vaccinale est détruite ou décomposée par l'alcool.

III. — Les cultures du vibrion avicide renferment une substance qui est précipi table par le sulfate d'ammoniaque, qui présente la plupart des réactions des albuminoïdes, et qui possède également des propriétés vaccinales.

IV. — Lorsqu'on stérilise les cultures du vibrio sans dépasser la température de 60°, l'injection intra- veineuse donne naissance chez le lapin à des phénomènes d'intoxication (prostration, diarrhée, hypothermie, lésions) qui rappellent sensiblement le tableau clinique et les lésions de la maladie vibrionienne. Les cultures chauffées à 120° donnent lieu à des phénomènes toxiques beaucoup moins nets et différents des précédents.

Enfin l'injection intra-veineuse de ces cultures stérilisées à faibles doses souvent répétées nous a permis de vacciner le lapin et par conséquent nous a donné le moyen d'étudier Faction an ti toxique du sérum de lapin immunisé.

V. — Le sérum d'animal immunisé vaccine le cobaye et guérit l'animal infecté, tandis que le sérum d'animal normal n'a guère de pouvoir vaccinal et aucune vertu curative.

En terminant ce travail, nous tenons à rappeler Tétroite parenté, sinon peut-être l'identité qui existe entre le vibrion avîcide et le vibrion cholérique, tel que nous avons appris à le connaître d'après les dernières recherches. Cette parenté avait été depuis longtemps signalée par M. Gamaleïa, et d'un récent mémoire de M. Vincenzi * il résulte que le vibrion cholérique très virulent présente les plus grandes analogies avec le vibrion avicide. Un certain nombre de résultats obtenus par M. Vincenzi concordent parfaitement avec ceuxquenous avons obtenus de notre côté avec le vibrion avicide. Étant donné cette similitude, il devient fort probable qu'une grande partie de nos résultats sont applicables au vibrion cholérique, ce qui donnera peut-être un certain intérêt au présent mémoire '•

Nous prions encore une fois M. le professeur Straus, dans le laboratoire duquel ce travail a été fait, d'agréer l'expression de nos plus sincères remerciements.

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