ÉTUDE D*UN CHAMPIGNON PYOGÈNE PARASITE DE L*HOMME
Abcès au point inoculé, pus typique, guérison rapide. Cette femelle a mis bas plus tard des petits bien portants. Tous, ont été conservés plusieurs mois sans rien d*anormal.
Expérience VI. — Cobaye inoculé de 2 ce. d*ane culture de huit jours, dans la paroi musculaire abdominale. Abcès limité. Sacrifié sept jours après. Pus ayant toujours les mêmes caractères à ensemencements stériles. Lavage, suture, guérison en deux jours.
EXPÉRIENCE VII. — Inoculation dans la paroi costale d'un cobaye d'une culture de cinq jours. Abcès profond, à pas typique, ayant détruit la paroi musculaire sur une vaste étendue. Le bouillon inoculé venait d'une culture obtenue par un ensemencement de pus d'abcès.
Expérience VIIL — Injection dans le péritoine d'une femelle de cobaye, de 5 ce. d'une culture de huit jours. Six jours après, ouverture à l'extérieur d'un abcès de la paroi abdominale. Le 7* jour, Tanimal sacrifié présente une fusée purulente faisant communiquer entre eux des abcès sous-cutanés, intra-musculaires et sous-péritonéaux ; ce dernier communique avec une collection limitée du péritoine qui est entourée de quelques fausses membranes dont une importante est adhérente à une anse intestinale ulcérée superficiellement. Le péritoine pariétal est épaissi, congestionné dans toute sa partie antérieure. Le pus présente toujours les mêmes propriétés.
Expérience IX. — i* Injection intra-péritonéale de 3 ce. 5 de culture de cinq jours, chez un cobaye; 2® même injection de 7 ce. chez un autre. Ici, les deux résultats ont été négatifs, en ce sens que les deux cobayes n'ont rien présenté d'anormal extérieurement, ont été gardés de longs mois en bon état, et que leur autopsie finale après sacrifice a été négative.
Expérience X. — Injection, dans la cavité pleurale de deux cobayes, de 1 ce. *de culture de cinq jours. Pas de résultats, même à longue échéance.
Expérience XI. — Je réunis en un seul bloc un certain nombre d'essais qui ont été sans résultats, malgré, un examen attentif :
i^ ScariQcations cutanées, frottées avec une culture sur carotte portée par une spatule de platine ; protection de la plaie par un verre de montre ;
2® Irritation des conjonctives avec un fil de platine imprégné de culture ;
3^ Injections rectale et uréthrale de bouillon actif ;
4* Ingestion forcée, par tubage de l'œsophage, chez deux cobayes, d'une assez grande quantité de bouillon cultivé ;
ARCH. DB MBD. BXPBR. — TOMB T. «S
5» Nourriture pendant deux jours, d'un cobaye, avec du son arrosé d'un bouillon de culture.
A propos de Texpérience V, je dois signaler la facilité avec laquelle chez certains cobayes on peut faire des injections intra-veineuses par les veines de la partie interne des pattes antérieures. Si j'indique ce fait, c'est que je ne l'ai trouvé mentionné nulle part.
2* série ^ exécutée en 1893.
Cette série d'expériences a été entreprise avec des cultures provenant d'un réensemencement, au 10 janvier 1893, d'un bouillon datant du 21 septembre 1891.
Expérience I. — Injection sous-cutanée, chez un lapin, de 3 ce. 5 d'une culture de vingt-deux jours. Quelque temps après, on trouve un noyau induré assez volumineux, sans trace de fluctuation ; douze jours plus tard, le noyau n'a plus que le volume d'un pois; puis finalement il se résorbe et disparaît.
ExpÉRiENCB II. — Ii^jection sous-cutanée, chez un cobaye, de 2 ce d'une culture de vingt-deux jours. On n'obtient qu'une légère induration, qui disparait au bout de quelques jours.
Expérience III. — Injection à deux cobayes 3 ce. d'un bouillon de sept jours. Cinq jours après, ils présentent chacun un gros noyau induré, étendu, au point d'inoculation. Cette tumeur fluctue quelques jours après, puis elle se résorbe rapidement chez l'un d'eux (femelle pleine), et en une vingtaine de jours chez l'autre.
Expérience IV. — Cinq cobayes sont inoculés successivement, sous la paroi abdominale, d'un bouillon de culture de cinq jours. Le n<^ i, avec 5 ce. de bouillon.
Les cobayes 2, 3 et 5 n*ont jamais rien présenté d'anormal. Le cobaye 4 a présenté une petite tumeur qui s'est résorbée en quarante jours environ.
Le premier cobaye, sacrifié dix-huit jours après, présentait un petit abcès de la paroi abdominale. Le pus, examiné avec soin, a montré les mêmes caractères et les mêmes propriétés que ceux obtenus dans la première série.
ÉTUDE d'un champignon PYOGÈNE PARASITE DE L*HOMME. 675
Interprétation des résultats, — Si Ton se reporte au tableau des expériences, on remarque que toutes les inoculations sous-cutanées ou intra-musculaires faites avec des cultures jeunes ont donné des résultats positifs; suppuration spéciale, typique, entièrement sous Tinfluence unique du champignon, puisque les cultures ont toujours été pures, sauf un cas négatif.
Le champignon pyogène a donc une action très prompte et très énergique; les cultures injectées dataient de trois à quinze jours et les résultats étaient comparables en intensité. Les abcès qu'on laissait évoluer provoquaient quelquefois de vastes décollements ; le plus considérable obtenu Ta été avec une culture résultant d'un ensemencement de pus, ce qui semblerait prouver que le passage par Tanimal active encore l'énergie du parasite. Malheureusement le temps m'a manqué pour inoculer en série et vérifier complètement cette donnée. Les injections intra-veineuses ont été négatives. Cependant, malgré les précautions employées, il se produisait des abcès aux points d'inoculation, par reflux hors de la veine dans le tissu conjonctif périvasculaire. Ces deux cas sont très instructifs, car ils montrent d'un côté la virulence de l'agent, de l'autre sa prédilection marquée pour le tissu de soutènement.
Les injections dans les cavités séreuses n'ont pas donné de résultat : l'expérience VIII semblerait prouver le contraire; mais d'après l'autopsie, il était évident que le péritoine n'avait été atteint que secondairement par propagation des abcès de la paroi.
Enfin les essais d'inoculation sur les muqueuses n'ont pas été suivis de succès.
La propriété pyogène ne s'atténue pas rapidement, car les bouillons de 15 jours sont aussi actifs que ceux moins ftgés.
La deuxième série d'expériences nous montre que de longs mois après le parasite est encore actif, mais s*est considérablement atténué, car les abcès abandonnés à eux-mêmes se sont résorbés au bout d'un temps plus ou moins long, et le nombre des inoculations positives n'a été que de six sur un total de neuf.
Histologie pathologique. — Des morceaux détachés de la paroi des abcès étaient immédiatement fixés par l'alcool ab-
solu; on faisait ensuite des coupes, que Ton colorait par les différents procédés connus, afin de rechercher le parasite à leur intérieur.
Les recherches du mycélium ou de la levure ont été complètement stériles ; mais je dois ajouter qu'il en a été de même pour tout autre micro-organisme. Cependant les préparations sont très intéressantes à étudier au point de vue de la réaction des tissus contre un produit étranger.
Dans le iissu musculaire^ les faisceaux primitifs sont dissociés par une infiltration abondante de cellules embryonnaires, mais surtout de cellules fusiformes à gros noyau ovalaire, allongé, entremêlées de fibrilles conjonctives. On y rencontre çà et là des leucocytes à noyaux fragmentés.
Les fibres musculaires sont altérées, car, au lieu de leur coloration caractéristique par le picrocarmin, elles prennent une teinte jaune verdàtre très claire; leur striation longitudinale est très accentuée et les fibrilles sont nettes ; quant à la striation transversale, elle est peu marquée.
Dans le tissu conjonctif on rencontre de nombreux débris de faisceaux de fibrilles conjonctives bien nettes, des cellules migratrices, fusiformes, lymphatiques en abondance. Il y a de plus tendance à l'organisation, car on remarque de nombreux capillaires de néoformation.
Dans les parties plus voisines du centre de Tabcès, on remarque surtout des cellules lymphatiques à noyaux fragmentés d'une façon variée. Les unes ressemblent à de petits kystes renfermant plusieurs boules ovoïdes très nettement colorées en rouge avec partie centrale plus claire; d*autres présentent deux ou trois noyaux discoïdes nettement séparés et colorés uniformément ; d'autres encore ont des noyaux en boudin ; enfin, les noyaux de certaines d'entre elles ne prennent pas le carmin, mais seulement une coloration jaune brun plus ou moins prononcée.
Au milieu de cette agglomération, on rencontre quelques globules, du sang et des granulations de diverses espèces; en certains endroits, il y a d'abondants dépôts de fibrine fibril« laire, mais c'est surtout dans l'adhérence intestinale de l'observation VIII qu'ils sont le plus remarquables.
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Une des préparations les plus instructives est celle du kyste puriforme formé dans la veine de la paroi abdominale (observ. IV), qui montre un contour nettement organisé et des n plus richement vascularisé.
9 Enfin, fait très intéressant, dans l'observation VIII, Vépi"
^ derme irrité a réagi d'une façon toute spéciale. La peau de
^i cobaye, qui ne contient que quelques strates de cellules de
Malpighi, est considérablement augmentée d'épaisseur. Les
t cellules dentées, nettement délimitées, forment une couche au
{. moins dix fois plus épaisse; les noyaux présentent des dégé-
} nérescences très variées. On se croirait en présence d'un épi-
thélioma pavimenteux lobule au début, car on remarque de
nombreux lobules cornés. Dans une préparation, j'ai même
rencontré une coccidie nettement caractérisée.
. En résumé, nous voyons que les tissus sont fortement
^ irrités et que la réaction a été très vive ; il y a eu organisation
pour lutter contre l'envahissement du champignon, qui, de
fait, n'a pu pénétrer dans l'intimité des parenchymes; après
avoir provoqué une destruction de tissu conjonctif plus ou
moins complète suivant les cas, il est resté cantonné dans
le pus.
Étude comparée du muguet. — Le champignon qui m'a donné ces résultats avait une telle analogie de forme avec le muguet, qu'il m'a fallu étudier ce dernier comparativement, en employant les mêmes modes d'examen et d'expérimentation.
Le muguet que j'ai employé venait de deux sources bien différentes. Un premier échantillon m'a été fourni par M. Nicoile, interne aux Enfants-Assistés dans le service de M. Hutinel; la prise a été faite sur un enfant de quelques mois. L'autre échantillon provient d'un muguet lingual développé chez une tuberculeuse cachectique, du service de mon maître M. H. Martin, à l'hôpital du Danube. Malgré ces deux origines différentes, les cultures et les résultats ont été absolument semblables.
Au point de vue morphologique, je n'ai trouvé aucune différence entre le champignon étudié plus haut et le muguet : les cultures et les réactions colorantes sont absolument les
mêmes. Au point de vue expérimental il n'en est plus ainsi.
MM. Gabriel Roux et Linossier ont fait des injections intra-veineuses et ont obtenu des mycoses parenchymateuses au moyen du muguet; avec mon champignon, résultats négatif s, même après une longue attente, et les doses employées étaient comparables. Le muguet injecté dans le tissu cellulaire sons-cutané ne m'a jamais produit d'abcès, comme le champignon étudié ci-dessus ; il n'y a jamais eu de collection résorbée. Je dois même ajouter que les staphylocoques qui l'accompagnaient, cultivés purement et inoculés, m'ont donné des résultats aussi négatifs.
Il semble résulter de séries expérimentales parallèles que, si le muguet préfère les muqueuses et les parenchymes glandulaires (le rein surtout), le champignon étudié ici affectionne particulièrement le tissu conjonctif.
Conclusions. — De l'étude expérimentale, il ressort que le champignon obtenu du pus d'un abcès gingival est pyogène, et par conséquent qu'il a pu être un facteur dans la genèse de cette collection. Cette conclusion est d'autant plus légitime que, d'une part, nous avons démontré sa grande virulence (vitalité si l'on veut), et d'autre part que les staphylocoques qui l'accompagnaient alors n'eurent qu'une existence précaire qui ne me permit pas d'en obtenir des bouillons.
Au point de vue spécifique, on peut faire deux hypothèses qui peuvent se soutenir également : ou bien ce champignon est une espèce particulière distincte et qui reste à déterminer, ou bien c'est un muguet ayant acquis des propriétés spéciales par suite d'un habitat anormal.
Ce n'est que Tétude des abcès, de la cavité buccale qui pourra nous renseigner à cet égard, surtout si l'on y rencontre des organismes de même condition. Il serait donc très intéressant de les examiner à ce point de vue pour vérifier si le fait est assez fréquent, ou au contraire si l'on se trouve en présence d'un cas particulier.