Voir BouKOBS, loc, cit,^ p
Le 15 mars nous avons examiné la gorge de notre malade ; elle ne présentait rien de particulier. Nous avons alors procédé à des cultures du mucus pharyngien. Avec un fil de platine recourbé en anse à son extrémité et stérilisé à la lampe, la région amygdalienne a été légèrement grattée , de manière à ramener un peu de mucus sans produire d^érosion à la muqueuse. Ce mucus a été ensemencé en stries sur du sérum en tubes, et placé àTétuve à 37®.
Le 17 marSy les tubes ne présentaient pas trace de culture.
Le\% mars (48 heures après l'ensemencement), apparaît un commencement de végétation qui se traduit par quelques taches blanchâtres, légèrement saillantes.
Le 20 mars. Les cultures ont une belle apparence : à l'examen microscopique des lamelles, on voit un grand nombre de/^e/iteôaciVfe^, présentant tous les caractères morphologiques de ceux de la diphtérie, sur lesquels nous avons insisté précédemment.
Nous ensemençons des tubes de bouillon et de gélatine le 21 mars y en ayant soin de faire deux séries distinctes : dans les tubes Â, nous ensemençons des colonies qui présentent à la culture et au microscope tous les caractères de bacille de Lôffler; dans le tube B nous mettons des colonies qui à la culture et à l'examen microscopique ne semblent pas présenter d'une façon aussi nette les caractères de ce bacille.
Le 22 mars. Un demi-centimètre cube de bouillon du tube À est inoculé, sous la peau du ventre d'un cobaye A, et un demi-centimètre cube du tube B est inoculé, dans les mêmes conditions, avec des instruments stérilisés, sous la peau du ventre d'un cobaye B.
Le 23 mars. Les cobayes se portent bien; ils mangent de bon appétit, ont le poil brillant, la respiration normale, etc. Au niveau des inoculations sous-cutanées n'existe aucun noyau d'induration.
Les tubes de gélatine, qui, la veille encore, étaient restés stériles, commencent à pousser ; on aperçoit en effet sur tout
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le trajet du fil de platine, dans la gélatine, une traînée blanchâtre : des parcelles colorées et examinées au microscope nous montrent tous les caractères morphologiques du bacille diphtérique. Cette rapidité dans le développement du bacille sur gélatine est encore une preuve en faveur de la pseudodiphtérie ^ puisque le bacille virulent de Lôffler ne trouve pas, dans ce milieu placé à une température peu élevée, des condi^ tions suffisantes pour son développement.
Et dans les cas, peu nombreux d'ailleurs, oti le bacille virulent a poussé sur gélatine, la culture n'a commencé à apparaître que tardivement et non pas le deuxième jour,comme dans ce dernier cas.
Le 24 mars. Le cobaye B est mort ; il n'existe aucune trace d'induration, même légère, au niveau du point d'inoculation. A l'autopsie de l'animal (qui était une femelle pleine), on trouve tout le poumon droit splénisé; rien au poumon gauche ; la rate est normale ; les autres organes sont sains : dans le mucus du poumon splénisé, on rencontre un grand nombre de streptocoques. On se souvient que le tube B, qui avait servi à Tinoculation du cobaye B, avait reçu des cultures dont les caractères de diphtérie n'étaient pas très nets.
Le 25 mars (le cobaye a été inoculé le 22 mars) on trouve, au niveau du point d'inoculation, la peau du ventre légèrement indurée. L'animal continue cependant à se bien porter et à manger de bon appétit.
Le lendemain (26 mars), l'induration a augmenté de volume ; il commence à se former un léger exsudât au-dessous de l'induration; et sur l'un des côtés existe une petite croûte.
Nous frottons un fil de platine stérilisé sur la partie supérieure de la croûtelle, dans la partie exsudative, et nous ensemençons des tubes de gélose et de gélatine, et nous touchons légèrement des lamelles. Celles-ci, colorées et examinées, laissent voir un grand nombre de bacilles présentant tous les caractères de ceux de la diphtérie > Des cultures apparaissent les jours suivants dans les tubes de gélose et de gélatine. Celles-ci sont semées dans du bouillon; 1/2 centimètre cube est inoculé le lendemain sous la peau du ventre d'un cobaye qui, deux jours plus tard, présente, au niveau
du point d'inoculation, Vinduration caractéristique. En quelques jours elle disparaît, et Tanioial continue à se bien porter.
Conclusions. — Le malade a eu, avec la scarlatine, une angine diphtérique, reconnue telle par le laboratoire bactériologique du Val-de-Grâce. Plus de deux mois après le début des accidents, alors que toute trace de diphtérie avait disparu, Texamen bactériologique de la gorge a permis de déceler l'existence, au niveau de Tépithélium pharyngé, de ftaaVfe^ de la diphtérie. Ces bacilles présentaient tous les caractères morphologiques de ceux de Lôffler, mais s'en distinguaient parce fait important qu'ils n'amenaient pas la mort des animaux inoculés, n'occasionnant qu'une simple induration passagère au niveau de la piqûre. C'était donc, non pas le bacille de la diphtérie, mais le bacille de la diphtérie atténuée qui avait poussé dans les tubes.
Lôf/ler a prétendu que ces deux bacilles, V inoffensif et le virulenty étaient très voisins, mais n'étaient pas identiques.
Mais, depuis les recherches de Roux et Yersin^ on admet généralement leur identité. D*abord Ces auteurs ont pu atténuer des cultures virulentes en les plaçant à 40**, dans un courant d'air; elles devenaient inoffensives pour les animaux, alors qu'auparavant elles les tuaient. De plus ces bacilles atténués prennent dans les cultures les caractères du bacille pseudo-diphtérique ; ils sont plus courts et poussent mieux à une température plus basse sur les différents milieux.
On peut donc admettre avec Roux et Yersin, et Bourges^ qu'il existe des diphtéries qui ont pour origine le bacille pseudo-diphtérique ; devenu virulent grâce à certaines conditions encore mal déterminées, il peut être le point de départ de contagions nouvelles.
Pourquoi notre malade, atteint deux mois auparavant de diphtérie vraie, n'était-il plus porteur, lors des examens bactériologiques, que de bacilles atténués, de bacilles de pseudo-diphtérie? On ne peut qu'émettre des hypothèses. Cependant il nous semble rationnel d'admettre que le bacille viioilent a perdu ses propriétés, à la suite du traitement particulier auquel le médecin du régiment avait soumis les malades :