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3 ce. d'une émulsioa d'une culture cholérique de Massaouah sur agar. Pourtant son lait, pris peu de temps après la mort, possédait des propriétés vaccinantes très prononcées. Par conséquent, ici encore, les antitoxines s'étaient formées à une période où les toxines avaient déjà eu le temps d*attaquer les cellules et les tissus de l'organisme et d'y provoquer des lésions irréparables.
Tels étaient les résultats de mes expériences, lorsqu'on novembre un grand nombre de mes cobayes vaccinés avec le kdt de la seconde chèvre et qui avaient bien supporté les injections de doses mortelles de cultures cholériques, ont commencé à dépérir pour succomber à une véritable cachexie 12, 20 ou 30 jours après les injections de cultures cholériques. Pour m'expliquer les causes de cette mort, je m'attachai en premier lieu à l'examen bactériologique du péritoine de ces animaux. Les recherches faites dans cette direction m'ont alors montré que la cavité péritonéale de ces cobayes contenait toujours des staphylocoques aureus et albus. Il fallait donc admettre que ces bactéries avaient pénétré dans le péritoine avec le lait; et en effet, le lait de mes chèvres ensemencé sur agar donna naissance à des colonies de staphylocoques. Pensant que le lait n'était peut-être pas recueilli d'une façon suffisamment stérile, j'ai refait les mômes expériences en lavant le pis de la chèvre avec une solution phéniquée et en laissant tomber par terre les premières portions de lait, de façon à ne recevoir sur des tubes d'agar que les parties profondes du lait. Malgré ces précautions, le lait donnait toujours naissance à des colonies de staphylocoques. Il était par conséquent certain que le lait renfermait des staphylocoques. Mais d'où venaient-ils? Connaissant d'après les expériences de Pernice et Scagliosi que les staphylocoques injectés sous la peau peuvent passer dans le lait, je me suis demandé si, dans mes expériences, les staphylocoques ne venaient pas des cultures cholériques que j'injectais à mes chèvres. En ensemençant alors les cultures cholériques dans des cellules de Pétri, j'ai pu me convaincre que les cultures étaient en effet souillées par des staphylocoques. Les staphylocoques
DE L'imiUNITÉ CONTRE LB CHOLÉRA* TIl
provenaient donc de mes cultures cholériques injectées dans le péritoine, et ont passé de là dans le lait. Mais la mort des cobayes vaccinés était-elle attribuable à ce micro-organisme? Pour répondre à cette question, j'injectais à des cobayes du lait de chèvre et les laissais sans les soumettre à des inoculations cholériques. Ces cobayes succombaient dans le même espace de temps que les cobayes vaccinés et soumis ensuite à des injections cholériques. Il était donc démontré que les cobayes succombaient non pas au choléra, mais à l'injection d'un lait contaminé.
Les cultures cholériques furent alors débarrassées des staphylocoques par le procédé de cultures dans des cellules de Pétri. Mais malgré cela les staphylocoques n'ont pas disparu du lait qui en contient encore à présent, c'est-à-dire au bout de cinq mois. Ce fait de la persistance tenace des microbes dans le lait n'est pas du reste unique dans la littérature. Ainsi Nencki*, qui a injecté des streptocoques pyogènes, streptococcus de la scarlatine et streptococcus de l'érysipële dans les glandes mammaires des chèvres, a constaté que ces coccus restent vivants des mois entiers, tout en conservant leur virulence. Nocard' a remarqué que les bacilles du charbon, injectés dans les glandes mammaires des chèvres vaccinées contre l'anthrax, y restent vivants et virulents plus de deux mois, en passant dans le lait.
En résumant les faits que je viens d'exposer, j'arrive aux conclusions suivantes :
i'' Le lait des chèvres vaccinées possède des propriétés immunisantes.
2"" L'immunité conférée par le lait se manifeste immédiatement après l'incorporation de ce liquide.
S^" L'immunisation par la voie stomacale ne réussit pas.
4^ Le traitement par le lait n'est efficace que lorsqu'il est commencé très peu de temps après l'infection, au bout d'une
1. M. Nbncki, Recherches chimiques sur les microbes produisant Vinflam' malion des glandes mammaires des vaches et des chèvres laitières. Archives de sciences biologiqueSf publiées par Tlnstitut Impérial de médecine expérimentale à Saint-Pétersbourg, 1891, t. I.
2. Cité d'après Roux. De Vimmunité, Annales de VInstitut Pasteur^ 1891.
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heure environ, c'est-à-dire pendant la période d'incubation.
8* L'ébullition détruit les propriétés immunisantes du lait; une température de TO"" les affaiblit notablement.
G"" Le sérum du lait possède les mêmes propriétés immunisantes que le lait lui-même.
T" Les substances immunisantes du lait sont précipitées par l'alcool.
8* Le lait ne renferme pas de vibrions cholériques ; par conséquent l'immunité que confère le lait est basée sur la transmission directe des antitoxines.
9® Les vibrions cholériques se développent très bien dans le lait des chèvres vaccinées.
10** La proportion d'antitoxines du lait augmente avec chaque injection ; dans l'intervalle de deux injections consécutives, cette proportion diminue et la diminution est d'autant plus marquée que le temps qui s'est écoulé depuis la dernière injection est plus long.
41® La chèvre peut succomber à une injection de cultures cholériques quand même son lait renferme une proportion considérable d'antitoxine.
Depuis la communication de mes recherches à la Société de biologie de Paris, deux travaux ont paru sur la même question, confirmant les résultats principaux de mes expériences. Le premier en date de ces travaux est celui de Klemperer^ 11 a immunisé deux chèvres laitières par des injections intra-péritonéales de cultures cholériques sur bouillon ou agar, soit virulentes, soit chauffées pendant deux heures à 70*. Pour se rendre compte des propriétés vaccinantes du lait de ses chèvres, îe liquide était injecté dans le péritoine des cobayes qui, vingt-quatre heures après, recevaient une injection intra-péritonéale de cultures cholériques. Ces expériences ont montré que 0,8 ce. de lait de la première chèvre suffisaient en injection intra-péritonéale pour rendre le cobaye réfractaire à l'infection cholérique. En comparant le pouvoir immunisant du lait de sa chèvre avec celui du lait de la mienne,
1. WeiUre Unterauchungen ûùer Schutzimpfung des Menschen gegen atiatiêche Choiera. {Bei^lin, KUn, Wochenschr,, 1892, n* 50.)