DE L*1HHUNITÉ CONTRE LE CHOLÉRA
Fauteur arrivée conclure que le lait de sa chèvre avait un pouvoir immunisant au moins dix fois supérieur à celui du lait de la mienne '. Je me permettrai de mettre en doute cette affirmation. Dans mon travail je n'ai abordé que le côté pour ainsi dire qualitatif de la question et ne me suis pas attaché à déterminer la dose minima nécessaire à l'immunisation des cobayes. En admettant même que les doses rapportées dans mes expériences soient des doses minima, l'affirmation de M. Klemperer n'en reste pas moins inexacte. Si au lieu de se rapporter au compte rendu de la Semaine médicale^ cet auteur eût lu mon travail in extenso dans les Comptes rendus de la soc. de bioL, il aurait vu que dans mes expériences la dose vaccinante minima était non pas de 5, mais de 1 ce. (Exp. III). Le pouvoir vaccinant du lait de sa chèvre ne serait donc que deux fois supérieur à celui du lait de la mienne. Mais, si l'on va au fond des choses, il est facile de voir que cette proportion est encore exagérée. En effet, ma première chèvre avait reçu en tout, comme on l'a vu plus haut, 37,1 ce. d'une émulsion de cultures virulentes sur agar. Gomme d'après mes expériences comparatives 1 ce. de cette émulsion était au moins égal à 2 ce. de cultures sur bouillon, il s'ensuit que ma chèvre avait reçu une quantité de culture égale à 74,2 ce. de culture sur bouillon. Quant à la chèvre de Klemperer elle n'avait reçu au moment de la première expérience (15 septembre), époque où d'après cet auteur le lait de sa chèvre était dix fois plus vaccinant que celui de la mienne, — à cette époque, disons-nous, sa chèvre n'avait encore reçu que 67 ce. de cultures chauffées pendant deux heures à 70® et seulement 12 ce. de cultures virulentes sur bouillon. Comme les cultures chauffées sont 3 à 4 fois plus faibles que les cultures virulentes non chauffées, il s'ensuit que la chèvre de Klemperer avait reçu une quantité de cultures dont la viru-
i. En parlant de mon travail, Klemperer Tattribue, je ne sais pourquoi, à M. Oamaleïa. Des citations aussi inexactes rendent toute bibliographie complète presque impossible. Ainsi si on avait voulu chercher le travail de M. Gamaleïa sur ce sujet on n*aurait pu le trouver nulle part. Klemperer cite la Semaine médicale où a paru non pas mon travail, mais la communication faite en mon nom à la Société de biologie par M. Oamaleïa.
714 KETSCHBR.
lence ne dépasse pas celle de 34 ce. de cultures virulentes. En comparant ces chiffres on voit donc que ma chèvre avait reçu au moins deux fois plus de cultures que la chèvre de Klemperer. En plus, ma chèvre aregu ses cultures en six semaines et même en moins de temps, tandis que la chèvre de Klemperer a reçu les siennes presque en trois mois, ce qui n'est pas la même chose. On peut donc conclure de ce qui vient d'être dit que le lait de la chèvre de Klemperer était plus faible que le lait de ma chèvre, fait qui nous explique Téchec qu'a obtenu Klemperer dans ses tentatives de traiter l'infection cholérique de ses cobayes par le lait de sa chèvre. Ce qui diminue encore la valeur de ses expériences, c'est la méthode qu'il a choisie pour contrôler l'immunité de ses cobayes contre le choléra. En effet, en injectant les cultures cholériques au même endroit que le lait, l'auteur ne s'est pas mis à l'abri d'une objection, à savoir que les bons résultats qu'il obtenait étaient dus à l'action directe du lait sur les vibrions cholériques. Cette objection est d'autant plus valable que, comme j'ai pu m'en convaincre bien des fois, le lait peut rester dans la cavité péritonéale pendant vingt-quatre heures sans se résorber.
A côté des expériences sur des cobayes, Klemperer a fait encore une expérience sur un homme auquel il avait injecté sous la peau 5 ce. de lait. Partant de cette idée que le degré d'immunité d'un individu peut être jugé d'après les propriétés immunisantes du sérum de son sang, l'auteur fit une série d'expériences avec le sérum du sang de son individu vacciné avec le lait. Ces expériences ont montré que 0,35 ce. de sérum du sang de cet individu suffisaient pour conférer l'immunité à des cobayes. Mais comme Fauteur a oublié de déterminer le pouvoir immunisant du sang de son individu avant l'injection vaccinante de lait, les expériences en question ne sont pas décisives en Tespèce.
L'autre travail paru, après ma communication à la Société de biologie, est celui du docteur V. Popoff * fait sous la direc-
i. La transmission de l'immunité contre le choléra par le lait des vaches paecinées, Vratch, 1893, n« 10.
DB L*IMHniaTÊ CONTRE LE CHOLÉRA. ISS
tion de Gamaleïa au laboratoire du professeur Pastematskv, de Saint-Pétersbourg. L'auteur de ce travail vaccinait la vache par des injections sous-cutanées et intra-péritonéales dé cultures très virulentes du choléra de SaintrPétersbourg dont un demi-ce. suffisait pour provoquer la mort d'un cobay& L'auteur a injecté en tout 269 ce. de cultures en vingt et une fois avec la dose supérieure de 65 ce. Le lait de vache ne ren» fermait pas de vibrions cholériques et conférait l'immunité aux cobayes à la dose de 2 à 10 ce. en injection intra-périto>néale, et à des chiens à la dose de 100 à 200 ce. en injection intra- veineuse. L*auteur a de plus constaté que les substances immunisantes du lait passent dans le sérum de ce liquide et sont détruites par TébuUition.
En terminant ce travail je tiens à remercier vivement M. le professeur Straus de ses indications et conseils précieux pendant le temps que j'ai passé à son laboratoire. J'exprime également ma reconnaissance à M. Gamaleïa de m'avoir indiqué le sujet de ce travail et aidé de ses conseils pendant son exécution.
Voici, à titre d'exemple, quelques-unes de mes expériences.
ExpÉBiENGB I. — Le 2 octobre on injecte à trois cobayes dans le péritoine 10, 5 et 2 ce. de lait de la cbèvre vaccinée n<> 1. Le 3 octobre on inocule ces cobayes ainsi qu'un cobaye témoin arec un demi-ce. de cultures cholériques injectées dans le péritoine. Le cobaye témoin meurt au bout de quelques heures, tandis que les trois premiers restent bien portants. •
ExpéaiBNCE II. — Le 4 octobre on injecte 1 ce. de lait dans le p^toine d*un nouveau cobaye. Le lendemain on lui injecte, de même qu^à un nouveau témoin, un demi-ce. de cultures cholériques. Le témoin succombe, le cobaye vacciné reste bien portant.
ExpÉBiBNGE m. — Le 9 octobre on introduit dans le péritoine d'un cobaye 5 ce. de lait. Le 10, on lui inocule dans la cuisse, de même qu'à un cobaye témoin, un demi-ce. de cultures cholériques. Le témoin succombe, le cobaye vacciné survit.
ExpÉRiBNCB IV. — Le 10 octobre on injecte dans le péritoine d'Vin cobaye 6 ce. de lait. Le lendemain on lui injecte dans les muscles, de
176 KETSCHER.
même qu'à un • cobaye témoin, une dose mortelle de cultures cholériques.. Le lendemain de cette injection, le cobaye témoin est trouvé mort, le cobaye vacciné bien portant.
ExpÉBiENCB V. — Le 19 octobre deux cobayes reçoivent chacun dans les muscles de la cuisse un demi-ce. de cultures cholériques. L'un d'eux, traité ensuite par l'injection de 5 ce. de lait de la chèvre vaccinée n* 2, survit à l'infection, tandis que l'autre succombe.
Expérience VI. — Deux cobayes reçoivent le 26 octobre une injection intramusculaire de cultures cholériques. L'un reçoit immédiatement 5 ce. de lait dans le péritoine et survit ; l'autre succombe.
Expérience VIL — Le 24 octobre deux cobayes reçoivent chacun une injection intra-muscuiaire d'un demi-ce. de cultures cholériques. L'un reçoit aussitôt après 5 ce. de' lait dans la veine jugulaire, et succombe au bout de deux jours; l'autre cobaye meurt en vingt-quatre heures.
Expérience VIII. — Le 26 octobre on fait à un cobaye une injection de 5 ce. de lait dans la veine jugulaire, et immédiatement après on lui fait, de même qu*à un cobaye témoin, une injection intra-musculaire de cultures cholériques à la dose d'un demi-ce. Le cobaye témoin meurt en vingt-quatre heures, le cobaye vacciné au bout de deux jours.
Expérience IX. — Le 5 octobre on introduit dans l'estomac d'un cobaye 10 ce. de lait et le lendemain 15. Le 7 octobre on lui injecte, de même qu'à un cobaye témoin, un demi-ce. de cultures cholériques. Le cobaye qui avait reçu le lait meurt dans la soirée, mais un peu plus tard que le cobaye témoin.
Expérience X. — Le 9 octobre, un cobaye reçoit dans Testomac 15 ce d*une solution de bicarbonate de soude à 5 p. 100, puis 17 ce. de lait. Le lendemain on lui introduit par la même voie 8 ce. de la solution de bicarbonate de soude et 1 1 ce. de lait. Le 1 1 octobre on lui fait, ainsi qu'à un cobaye témoin, une injection d'un demi-ce. de cultures cholériques. Le lendemain, le cobaye témoin est trouvé mort; le cobaye qui avait reçu du lait est malade et meurt quelques heures après.
Expérience XI, — Le 2 octobre un cobaye reçoit dans l'estomac 6 ce d'une solution de bicarbonate de soude à 5 p. 100, et près de 8 ce. de lait. Le lendemain on lui injecte de nouveau 6 ce. de solution alcaline et n ce. de lait. Le 4 octobre on lui injecte dans le péritoine, demAme qu'à un cobaye témoin, un demi-ce. de cultures cholériques. Le témoin , succombe, tandis que le cobaye vacciné reste en vie.
DE l'dcmunité goutrb le choléra. 777
Expérience XII. — Le 5 octobre deux cobayes sont inoculés avec un demi-ce. de cultures cholériques chacun, qu'ils reçoivent dans le péritoine. Une heure plus tard, un d'eux reçoit dans le péritoine 5 ce. de lait, et reste» indemne, tandis que le cobaye témoin meurt sept heures après rinfection.
Expérience XIII. — Le 6 octobre quatre cobayes sont inoculés chacun avec un demi^cc. de cultures cholériques. Trois reçoivent ensuite dans le péritoine, chacun 5 ce. de lait : un trois heures, un autre quatre heures, le troisième six heures après Tinfection. Le lendemain les deux derniers et le cobaye téinoin sont trouvés morts; mais le premier cobaye, celui qui a reçu Tinjection intra-péritonéale de lait trois heures après rinfection, reste en vie.
Expérience XIV. — Le 16 novembre deux cobayes reçoivent chacun dans les muscles un demi-ce. de cultures cholériques. L'un reçoit au bout de quatre heures, quand la température est déjà tombée au-dessous de la normale, 4 ce. de lait dans le péritoine. Le lendemain les deux cobayes sont trouvés morts.
Expérience XV. — Le 4 octobre on fait à trois cobayes une injection intra-péritonéale de lait de 5 ce. chacun. Pour le premier cobaye, le lait a été auparavant chauffé pendant trente minutes à 70^; le lait du second a été porté à l'ébullition ; enfin le lait du troisième n'avait subi aucune manipulation. Le 5 octobre, au matin, les trois cobayes et un cobaye témoin sont inoculés dans le péritoine avec un demi-ce. de cultures cholériques chacun. Le même jour, vers 5 heures du soir, le cobaye témoin et le cobaye dont le lait a été bouilli, se trouvent à l'agonie ; le cobaye qui avait reçu du lait chauffé préalablement à 70^ est malade; le cobaye auquel on avait injecté du lait non chauffé est indemne. Le cobaye témoin meurt dans la soirée, et les deux autres pendant la nuit. Seul le cobaye qui avait été vacciné avec du lait non ehauiïé reste vivant.
Expérience XVI. — Le 6 octobre un cobaye reçoit 5 ce. de sérum du lait dans le péritoine. Le lendemain on lui fait, de même qu'à un cobaye témoin, une injection intra-péritonéale d'un demt-cc. de cultures cholériques. Le cobaye témoin meurt dans la soirée et le cobaye vacciné reste en vie.
Expérience XVII. — Le 27 octobre deux cobayes reçoivent chacun dans les muscles un demi-ce. de cultures cholériques. L'un reçoit, immédiatement après l'infection, 4 ce. de sérum dans le péritoine, et reste en vie. Le cobaye témoin succombe.
778 KBT8CHBR.
ExpiRiBNCE XVIU. — Le 2 novembre un cobaye reçoit une injection intra-péritonéale de 5 ce. de sérum du lait. Le 3, on lui injecte, de même qu'à un cobaye témoin, un demi-ce. de cultures cholériques dans les muscles. Le cobaye témoin meurt, tandis que le cobaye vacciné reste en vie.
ExpÉEiBNGE XIX. — Le 30 octobre un cobaye reçoit dans le péritoine 5 ce. d'une solution d'albumine du lait dans un alcali faible. Le lendemain on lui fait, ainsi qu'à un cobaye témoin, une injection intra-musculaire d'un demi-ce. de cultures cholériques. [Le cobaye témoin succombe, tandis que le cobaye vacciné reste en vie.
ExpÉRiEMGB XX. — Le 26 octobre deux cobayes reçoivent chacun une injection intra-musculaire d'un demi-ce. de cultures cholériques. Un d'eux reçoit le lendemain 6 ce. de lait dans le péritoine. Le cobaye témoin meurt en vingt-quatre heures, et le cobaye vacciné au bout de 20 jours.
Expérience XXI. — Le 19 janvier un cobaye est vacciné avec 1 ce. de lait. Le lendemain il reçoit, de même qu'un cobaye témoin, un demice. de cultures cholériques. Le cobaye témoin succombe en moins de vingtrquatre heures, le cobaye vacciné au bout de 10 jours.
Expérience XXII. — Le 19 novembre un cobaye reçoit 5 ce. de lait dans le péritoine. Au bout de 16 jours on le trouve mort.
ExpÉaiENGB XXIII. ~- Le 23 novembre un cobaye reçoit une injection intra-péritonéale de 5 ce. de lait et succombe au bout de 21 jours.
ExpÉBiBNGB XXIV. — Le 4 décembre un cobaye reçoit dans le péritoine 5 ce. de lait contenant un demi-ce. p. 100 d'acide phénique. Au bout de 27 jours on le trouve mort.
Par M. le jy UBDOUZ-LBBARD
Chof du laboratoire de la clinique des Enfaots malades.
La lumière exerce en général une action nuisible sur les microbes ; elle diminue leur vitalité ou les tue, et par là devient un agent prophylactique puissant contre le développement des maladies infectieuses. Le bacille diphtérique n'échappe pas à cette règle. MM. d'Espine et Marignac^ ont constaté que les cultures sur sérum que Ton conserve « sans précaution particulière dans une armoire vitrée perdent leur activité assez rapidement ». MM. Roux et Yersin* ont montré qu'un bouillon de culture de diphtérie peut garder sa virulence pendant treize mois, dans des tubes clos et à Tobscurité. Ils ont observé que dans une fausse membrane exposée au soleil, àTair et à la pluie, pendant les mois d'avril et de mai 1890, les bacilles étaient morts, alors qu*une autre fausse membrane desséchée et qui était restée pendant cinq mois dans une armoire fermée, donnait encore des colonies sur sérum.
Nous allons exposer nos recherches sur le même sujet : Faction de la lumière sur le bacille diphtérique.
1. Contribution à l'étude de la diphtérie : Bévue méd. de la Suisse Romande, no* 1 et 2, 20 janvier et 20 février 1890.
2. Contribution à V étude de la diphtérie : Annales de Vlnstitut Pasteur, juillet 1S90, n* 7.
7S0 LEDOUX-LEBARD.
L — Aciion de la lumière sur le développement des cultures du bacille diphtérique. Lumière diffuse. Lumière directe du soleil.
Pour faire agir la lumière diffuse sur les cultures de diphtérie, nous avons installé derrière une fenêtre du laboratoire une étuve semblable de forme à Tétuve de Gay-Lussac, mais dont les parois antérieure et supérieure étaient remplacées par des verres mobiles. Cette étuve-serre était réglée à l'aide d'un régulateur de Schlœsing; la température s'y maintenait à 33'-35\ Les parois intérieures étaient recouvertes de lames de fer-blanc bien poli destinées à réfléchir la lumière sur les tubes de culture suspendus à une tige de verre horizontale. Les cultures témoins non éclairées étaient placées dans la même étuve, mais dans un étui de papier noirci intérieurement.
Les cultures de diphtérie sur gélose et en bouillon de bœuf avec peptone et sel, éclairées par la lumière diffuse dans cet appareil, n'ont pas offert de différence sensible de développement, comparées aux cultures non éclairées. Elles ont conservé leur virulence.
j ExpÉRiBNCR I. -— Une culture à la lumière diffuse à 35<» donne par réen-
I semencement, après quarante'tr ois jours, une culture vinUente.
Une coltare de diphtérie sur gélose est exposée à la lumière diffuse I dans l'ètuve-serre, à 35<*, à partir du 6 mars 1893. Au bout de quarante-
\ trois jours, on ensemence un tube de gélose avec celte culture pour
I constater si elle est encore fertile. Le tube ensemencé est mis à Tobs-
î curité à 34« et donne de nombreuses colonies. Une de ces colonies sert
i à ensemencer un tube de bouillon qui après deux jours à l'étuve obs-
i cure à 35^ est inoculé à 2 cobayes.
, L'un des cobayes inoculé sous la peau avec 1/10 ce. de ce booilloQ
f meurt en quatre jours.
^ L'autre cobaye inoculé avec 1/2 ce. de ce bouillon de culture meurt
en deux jours.
Exp. II. — Virulence de bouillon de culture de diphtérie : i • après soùsante- ' huit jours, 2° après cent jours d*exposition à la lumière diffuse à 35*.
1* Un premier tube de bouillon est ensemencé avec une culture virulente de diphtérie, puis trois autres tubes semblables sont ense*
mencés successivement, chacun avec le précédent. Les jours d'ensemencement sont les 24 mars, 16 mai, 27 mai, 29 mai 1893.
Tous ces tubes sont éclairés à la lumière diffuse dans Tétuve-verre à35«.
Le 31 mai, nn cobaye est inoculé sous la peau avec 1/4 ce. du dernier bouillon de culture Agé de deux jours. Il meurt le 2 juin.
Un cobaye témoin, inoculé aussi le 31 mai, avec uu bouillon de culfnte de deux jours, mais développé à l'obscurité dans la môme étuve, est mort également le 2 juin.
2** La série des cultures qui précèdent est continuée par l'ensemencement d'un tube de bouillon le 14 juin, tube qui reste exposé à la lumière diffuse à 35<>.
Le 12 juillet, c'est-à-dire après cent jours d'éclairage depuis l'ensemencement du premier tube de culture, on inocule 2 cobayes avec le dernier bouillon de culture. L'un reçoit sous la peau 1/10 ce. l'autre ipL ce. de ce bouillon.
Un cobaye témoin est inoculé avec 1/10 ce. de bouillon de culture qui avait été ensemencé le 11 juillet et maintenu à 35<> dans une étuve obscure depuis ce temps.
Les cobayes sont morts tous trois le 16 juillet.
La diphtérie se cultive bien, quoique plus lentement en dehors de Tétuve, à la température de la chambre. Or, les cultures sur gélose et en bouillon, dans ces conditions moins favorables de température et exposées à la même lumière diffuse qui éclairait Tétuve précédente ont poussé tout comme des cultures témoins à Tobscurité.
Il ne faut pas conclure de là que la lumière diffuse est toujours sans action sur le développement des cultures de diphtérie, mais seulement qu'elle est telle au degré d'intensité qu'elle possédait dans nos expériences. Il suffit, en effet, d'une lumière plus intense pour modifier ce développement.
Le 36 juillet, on ensemence six tubes de bouillon avec une culture de diphtérie. Trois de ces tubes sont enveloppés d'un double étui de papier, noir intérieurement, blanc à l'extérieur, l"" On place un tube muni de son étui et un tube sans étui, derrière une fenêtre du laboratoire, à la lumière diffuse venant du nord. 2*^ Deux tubes semblables aux précédents sont placés sur le toit, dans une boite peu profonde, ouverte sur Tune de ses faces et fixée solidement, de telle sorte que la face ouverte disposée verticalement et regardant au nord laisse
Ttô LEDOUX-LEBARIK
entrer largement la lumière diffuse, tandis que les parois latérales de la boite abritent les deux tubes contre la lumière directe du soleil. On peut regarder cette lumière diffuse comme supérieure en intensité à celle qui éclaire les deux premiers tubes. Z"* Les deux derniers tubes sont suspendus, sur le toit, au soleil.
Le temps a été mauvais et le soleil couvert du 24 au 31 juillet. Néanmoins, la différence des intensités lumineuses agissant sur les tubes de bouillon s'est traduite par une différence parallèle dans le développement des cultures examinées le 31 juillet :
Les deux premiers tubes (soumis à la lumière diffuse faible) donnent l'un et Tautre une culture sans différence sensible.
Des deux tubes exposés à la lumière diffuse sur le toit, le tube enveloppé a seul fourni ime culture; dans Tautre, le bouillon est resté clair ou n'a subi qu'un trouble à peine appréciable.
Même résultat pour les tubes au soleil. Seul le tube abrité contre la lumière a donné une culture.
Du bouillon ensemencé de diphtérie et exposé au soleil, ne s'est pas cultivé davantage dans deux autres essais.
Ainsi l'action de la lumière sur le développement des cultures de diphtérie dépend de son intensité. Pour la lumière diffuse, cette action est nulle ou bien elle empêche le développement, selon que la lumière est faible ou intense; la lumière du soleil a toujours arrêté le développement.
II. — Action bactéricide de la lumière. Lumière diffuse. Lumière directe du soleil. Bacilles diphtériques dans du battU" lon^ dans teau distillée. Bacilles à l'état sec.
Le développement des cultures en bouillon à la lumière diffuse nous montre que celle-ci ne possède qu'un pouvoir bactéricide faible ou nul sur les cultures récentes en bouillon. Les bacilles résistants deviennent de plus en plus nombreux, puisque la culture apparaît en quelques jours et trouble le liquide. Môme en plaçant le bouillon de culture à la température ordinaire pour laquelle le développement est plus lent
ACTION DE LA LUMlàRB SUR LE BACULB DIPHTÉRIQUE. 783
et en Taspirant dans des effilures de pipettes fermées ensuite à la lampe pour diminuer l'épaisseur et par suite augmenter la transparence de la colonne liquide, nous n'avons pu constater après 6 heures, après 20 heures d'éclairement à la lumière diffuse, une diminution sensible de la richesse du bouillon en bacilles.
Exp. m. — Bacilles diphtériques dans du bouillon, dans de Veau dis^ tillée, La dilution des bacilles dans l'eau distillée est stérile après 6 heures, 20 heures d'éelairement à la lumière diffuse; la dilution dans le bouillon reste très riche en bacilles vivants après les mêmes temps.
Le 29 mai, une petite quantité de bouillon de culture de diphtérie âgé de 2 jours est portée à Taide d'une pipette dans un tube de 0",i5 de long et de O'^yOOS de diamètre. On remplit aussi avec ce bouillon dQ longues effilures de pipette dans toute leur longueur, et on les ferme k la lampe à leur extrémité inférieure. Quelques effilures ainsi remplies sont fermées à leurs deux extrémités et séparées ainsi de la portion élargie de la pipette. On se propose, en employant des tubes d'une part, des effilures d'autre part, d'observer s'il y aura une dififérence dans l'action de la lumière sur le bouillon de culture en présence de l'air dans le tube, et sur le même bouillon soustrait à l'action de l'air dans les effilures.
On prépare aussi des tubes, pipettes effilées et effilures semblables aux précédents, mais que l'on remplit avec une dilution dans l'eau distillée d'une parcelle de culture de diphtérie sur gélose âgée de quel* ques jours.
Les tubes, pipettes et effilures sont suspendus à l'aide de fils à une tige de verre horizontale et exposés à la lumière diffuse venant du nord, derrière la fenêtre du laboratoire, le 29 mai à midi.
Le même jour à 6 heures, on fait des ensemencements sur sérum avec la dilution de culture dans l'eau distillée provenant soit des tubes, soit des pipettes effilées,, à effiiure remplie de ce liquide, soit des effilures fermées aux deux bouts. Tous les ensemencements restent stériles.
A la même heure, on fait aussi des ensemencements avec le boni Uoix de culture exposé de même à la lumière diffuse dans des tubes, pipettes effilées et effilures semblables aux premiers ; tous les ensemencements donnent d'innombrables colonies.
Le lendemain, 30 mai, à 5 heures de l'après-midi, soit après vingt heures environ d'éclairage à la lumière diffuse, nouveaux ensemencements avec un tube et une effiiure contenant la dilution dans l'eau distillée. — Pas de culture.
Les ensemencements faits à la même heure avec le bouillon de cul-
184 LSDOOX-LBBARD.
tare contenu dans un tube, une efïllure de pipette, une effilure fermée aux deux bouts, donnent de nombreuses colonies.
On n'a pas obsen'é de difTérence entre les cultures provenant des tubes et ceux provenant des effilures.
Nous n*avons pas étudié laction de la lumière sur les bouillons de culture âgés de plusieurs semaines ou de plusieurs mois, dont la composition est profondément modifiée par la vie même des bacilles et leurs sécrétions, et où la prolifération est ralentie ou nulle. Mais il faut bien que cette action soit nuisible aux bacilles, s'il est vrai que les cultures maintenues à l'obscurité conservent plus longtemps leur vitalité.
La lumière diffuse, impuissante & modifier les bacilles diphtériques placés dans ce milieu, favorable à leur développement, représenté par le bouillon de viande, tue ces mêmes bacilles en dilution dans Teau distillée. Une vingtaine d'heures d'éclairage, en juillet, à la température de la chambre, représentent le maximum de temps nécessaire pour stériliser la dilution. Dans une expérience faite à 38*, l'ensemencement sur sérum après neuf heures d'éclairage ne donnait plus que quelques colonies. A l'aide d'ensemencements successifs, on constate la diminution rapide du nombre de bacilles vivants dans la dilution (Exp. IV, V, VI). Il faut alors pratiquer les ensemencements avec la même quantité de liquide. Dans ce but, nous nous servions d'une même anse de platine ou d'une même pipette effilée flambée au bec de Bunsen, ou bien encore la dilution à éclairer était répartie dans des effilures de pipettes aussi égales que possible, et le contenu de chaque effilure servait pour un ensemencement.
Ezp. IV. — Action de la lumière diffuse à 35<». Diminution rapide du nombre des bacilles en dilution dans Veau distillée.
Le 12 avril, on prépare une dilution dans l'eau distillée stérilisée d'une parcelle de culture de diphtérie sur gélose. Cette dilution, occupant le fond d'un tube à essaii est placée dans i'étuve-serre à 35<*, à partir de 9 h. 30 du matin.
On fait des ensemencements sur séram avec des quantités égales de cette dilution à 11 h. 25, à 4 h. 15, à 6 h. 20, à 7 heures.
On a soin d'agiter et de mélanger la dilution avec le fil de platine
ACTION DE LA LUIQÈRB SUR LB BAGILLB DIPHTÉRIQlTB. 785
aTant chaque ensemencement, et on se sert d'une même anse de platine.
Un tube de sérum ensemencé avec la dilation, au début de Texpérience, donne d'innombrables colonies.
Le tube de sérum ensemencé à 11 h. 25 donne aussi d'innombrables colonies; celui de 4 h. 15 donne 105 colonies; celui de 6 h. 20, 2 colonies; celui de 7 heures, 5 colonies.
Exp. V. -^ Action de la lumière diffuse à 35o. Les bacilles en dilution dans Veau distillée diminuent rapidement de nombre et sont tous tués au bout de 17 heures. Une dilution semblable conservée à 35<» et à l'obscurité reste riche en bacilles au bout du même temips» Les bacilles soumis à la lumière restent virulents.
Le 6 avril 1893, on prépare une dilution dans l'eau distillée stérilisée de culture de diphtérie sur gélose âgée de quatre jours. Cette dilution, qui occupe le fond d'un tube à essai, est mise à l'étuve obscure à 35®.
Une autre dilution dans l'eau distillée de la mônie culture est faite pareillement au fond d'un tube à essai, et exposée à la lumière diffuse dans l'étuve-serre à 35**.
Aux mêmes heures, on fait des ensemencements sur sérum, avec des quantités égales de dilution éclairée et de dilution non éclairée. Voici les résultats obtenus :
HBURBS
dM
DURÉE
de
l'éclairaoi.