‹ Archives de neurologie (volume 2)Chapitre 16 sur 87 · P. KÉRAVAL · texte numérisé non relu

P. KÉRAVAL

IL La mort par la décapitation ; par M. le docteur Paul Loye. Lecrosnier et Babé et Progrès médical^ Paris, 1888.

Notre ami, M. Paul Loye, préparateur de physiologie à la Sorbonne et de médecine légale à la Faculté, dont les lecteurs du Progrès médical ont pu apprécier déjà les qualités littéraires, vient de publier un ouvrage fort intéressant, écrit avec clarté et élégance, malgré la nature du sujet; ce n*est en eifet qu'un travail de physiologie pure, où sont réunies, développées, expliquées les nombreuses recherches expérimentales et les études cliniques de l'auteur. Qu'on nous pardonne do parler ainsi; mais est-il un mal plus grand que la décapitation I

Comme notre collaborateur le déclare dans son introduction, il ne faudrait pas voir en ce livre le roman delà guillotine. D'ailleurs M. le Doyen de la Faculté, M. le professeur Brouardel, le dit dans la préface où il présente ce volume au public médical. « On ne trouvera là que des faits très scientifiquement précisés, que des discussions qui se maintiennent exclusivement sur le terrain de la science. » La sentimentalité n'a rien à voir ici ; il ne s'agit pas de savoir s*il faut, oui ou non, admettre la peine de mort. M. Loye, en homme de science, n'a voulu s'occuper que des faits. Si les gens du monde et les journalistes parcourent cet ouvrage, ils y trouveront pourtant matière à enseignement; puissent-ils au moins y apprendre à distinguer la Vérité de cette fausse science, mise sans cesse à contribution par la plupart de nos écrivains littéraires contemporains.

Ce travail renferme des notions qui se rapportent à la physiologie pure et d'autres qui sont du domaine de la médecine légale. A la première de ces sciences se rattachent les nombreuses expériences, tentées sur les animaux par M. Loye et grâce auxquelles il a pu étudier une importante question, celle du nœud vital, puis les observations de décapitation, prises au pied de la guillotine et contrôlées par des savants connus.

Des documents rassemblés, notre ami a pu tirer les conclusions suivantes : La mort par la décollation s'accompagne chez le chien de phénomènes tout différents de ceux observés chez l'homme décapité. Le chien s'agite, se convulsé ; l'homme est calme, inerte. Le premier meurt surtout par asphyxie ; le second, par le développement de phénomènes inhibitoires, dus à l'irritation énergique et subite du système nerveux. Chez l'homme donc, suspension immédiate du pouvoir réflexe et pas d'agonie. Pour obtenir chez le chien les znômes effets que chez ce dernier, il est nécessaire de frapper

ranimai en un point da bulbe qui esl le nœud vital. La région du noeud vital ne parait pas» pour Thomme, être aussi limitée que pour le cbien.

Tout ceci est exposé dans une série de chapitres qui ont pour titre : i* La tête après la décapitation et le tronc après la déca« pitation chez les animaux ; 2« La mort par la décapitation (phénomènes dans la tète et le tronc) chez ]*homme. On trouvera au début de chacun d'eux un résumé des principales déductions. Au point de vue médico-légal, mentionnons Timporlance de ces recherches, en ce qui concerne le diagnostic des décapitations complètes et incomplètes. Quand la décapitation est incomplète, comme dans la plupart des cas d'assassinat, la mort aurait lieu par asphyxie; quand elle est complète, Tindividu succombe par inhibition. Un autre fart a bien sou intérêt : après la décapitation, le cœur bat encore pendant plus d'une heure. Doit-on considérer comme vivant un corps séparé de la tête? Non évidemment; donc Tarrêt du cœur ne peut plus être considéré comme le terme de la vie. Tout un chapitre est, à la fin de l'ouvrage, consacré à l'étude de la décapitation légale par la guillotine, la hache ou le glaive, à la décapitation suicide (coups de rasoir, décollation par une locomotive, par une sorte de guillotine, etc.}, enfin à la décapitation homicide. A ce propos, M. Loje discute le moment de la mort d'un décapité et montre comment on peut déjouer une simulation de suicide par la décapitation; il termine en prouvant que le procédé de supplice actuel est encore le meilleur, le plus doux et le plus humain. Le mécanisme de la mort par la fulguration n'est pas encore suffisamment élucidé, même en Amérique, pour qu'on puisse substituer à la guillotine lélectrie! té. Marcel Baudouin.

IlL DéQvnérescence et criminalité. — Essai physiologique, par Ch. Fkré. (Paris, Félix Alcan, 1888.)

M. Th. Ribot, dans sa très remarquable leçon d'ouverture du cours de psychologie expérimentale au Collège de France, fai.sait observer que, bien que la psychologie ne fût pour les physiologistes qu'un prolongement de' leurs recherches, elle n'en exerçait pas moins sur plusieurs d'entre eux une séduction louable. C'est à cette tendance que nous devons l'ouvrage du médecin de Bicêlre, et, nous ne nous en plaindrons pas, car outre qu'il contient une critique judicieuse des idées défendues par l'Ecole ita« lienne d'anthropologie criminelle, ce livre est également plein de vues hardies originales et suggestives, qu'un style ai.sé ne contribue pas pour peu à faire agréer.

Les notions anatomiques sont insuffisantes pour caractériser le type criminel, mais la physiologie permet d'établir théoriquement

certaines dèâ relations qui existent entre la maladie et le crime : la criminalité est une forme de dégénérescence et c*est comme telle qu'on la doit considérer pour la prévenir ou la traiter. Ainsi résumerions-nous la thèse que défend M. Féré.

L*élude à i'aidu d'appareils enregistreurs des modifications physiologiques qui se produisent sous l'influence des états émo« tionnels,. modifications caractérisées par l'augmentation ou la diminution d'inten.sitô des phénomènes vitaux, selon la nature ou la force de l'émotion, sert d'introduction à l'ouvrage dont le chapitre P' est consacré à l'origine et à l'évolution du Droit de punir, — Une société dont l'objet principal est la protection des associés doit, pour remplir son but, empêcher, et sinon, réparer les dommages causés à l'un de ceux-ci. La peine est tout d'abord appropriée à l'une et l'autre fonction, puis appliquée qu'elle est par le pouvoir religieux ou légal, elle dévie de cet objectif pour ne plus servir qu'à sanctionner la morale artificielle édifiée par ce pouvoir dans son intérêt propre, au mépris do l'intérêt de tous; elle devient par suite, fréquemment injuste ou excessive au point d'attirer la sollicitude publique sur ses victimes. Ou en arrive alors à chercher à en exonérer certains criminels. Les folies à grand appareil bénéficient à l'origine de ces immunités qu'ultérieurement, grâce à Pinel, Trélat, Legrand du Saulle, on étend aux folies avec conscience.

De là en vient-on à rechercher si tous les criminels ne sont pas des aliénés, ou mieux si le crime n'est pas en somme une maia- die. Or, entre le crime et la folie il est difficile de marquer une limite, car il existe entre eux ce lien indissoluble de la communauté originelle. La criminalité est à ce point associée aux dégénérescences physique et psychique qu'on la peut affirmer n'être qu'un de ses modes se distinguant seulement par la plus grande fréquence de son hérédité directe.

Cependant, on ne peut en inférer, comme M. Lombroso tente de le démontrer, qu'il existe un type d'homme criminel dont le critérium anthropologique repose sur un ensemble de caractères biologiques ou auatomiques.

L'auomalie morale du criminel que cherche à établir M. Garo* falo ne s'appuie non plus sur aucun document de valeur indiscutable. Aussi, est-il seulement permis d'affirmer que le malfaiteur n'est caractérisé que par son méfait.

H y aurait donc, d'après M. Féré, non pas identité mais parenté étroite entre l& crime et la folie. L'auteur trouve une explication suffisante de ce lien dans l'origine commune de ces dégénérescences, ce qui lui est prétexte à un intéressant chapitre de sociologie pathologique. Les modifications cosmiques sont lentes, mais elles déterminent néanmoins des modifications organiques rapides, d'où nécessité pour l'homme de s'adapter à de nouvelles

156 BIBLIOaRAPHIB.

conditions d'existence en un délai relativement conrt; beaucoup s'épuisent dans la lutte qu'ils soutiennent contre les éléments en ▼ue de cette adaptation, et devenus par suite incapables d'efforts soutenus, sont amenés à s'entretenir aux dépens des efforts d'autrui.

Suit-il de cette apparente fatalité que l'épuisé, dégénéré, puis criminel soit responsable lorsqu'il est reconnu coupable ? Pour la solution de cette question, M. Féré se récuse, à juste titre, à mon avis, se basant sur des raisons qui rendent pour le moins hypothétique Texistence du libre arbitre dont on fait dépendre universellement la responsabilité.

Il lui suffit de définir ce qu'est le criminel au point de vue physiologique et de rechercher les meilleurs moyens pour pré« venir et traiter If criminalité.

Le dégénéré improducteur ou destructeur est un nuisible contre lequel la société a le devoir de protéger ses membres. £t, comme, ainsi qu'on l'a vu, les dégénérés sont les fruits, ou mieux les résidus de l'évolution sociale, à la société incombe également le soin de réparer intégralement les conséquences matérielles des actes de ces nuisibles.

L'application de ces principes réaliserait, pense M. Feré, un moyen préventif des plus efficaces, comme au3si la diffusion des notions relatives à rhérédité, et le perfectionnement physique et psychique des dégénérés. Pour ce qui est des mesures à prendre vis-à-vis des nuisibles, la société doit tenir le criminel en tutelle jusqu'à ce qu'il ait réparé sou dommage, et sinon se borner à le mettre dans l'impossibilité de nuire en dépensant pour lui le strict nécessaire. En tous cas, le principe de Té^alité devant la loi doit être absolu en matière de criminalité, et rien n'autorise à décréter une immunité en faveur d'une catégorie quelconque de dégénérés.

Sans doute, l'exposé de ces données sollicite la discussion, et cette dernière notion en particulier semblera hardie, car elle bouleverse les idées courantes. Mais sentiment n'est pas raison, et nous acceptons volontiers avec l'auteur la conséquence logique des conceptions qui précèdent.

Quant au traitement de la criminalité^ le seul moyen curatif auquel l'expérience semble favorable est ïassûlanee sous la forme du patronage familial, auquel l'auteur consacre un exposé bien fait. Quelques pages sur l'emprisonnement cellulaire terminent ce livre dont je n'ai donné qu'une idée bien imparfaite, mais suffisante, je pense, pour engager à le lire. Paul Blocq.

lY. Le la suggestion et du somnambulisme dans leurs rapports avec la jurisprudence et la médecine légale ^ ; par M. J. Liégeois, pro-

« !'• édition, 1887. — 2« édition ipient de paraître).

BIBLIOORAPHIB. 187

fesseurà la Faculté de droit deNancj^ un vol in-18de 758 pages Paris, 0 Doin, 1889.)

On se souvient qu*au mois de mai 1884, M. Liégeois, professeur de droit à la Faculté de Nancy lisait devant TAcadémie des Sciences morales et politiques de Paris un mémoire sur la suggestion hypnotique dans ses rapports avec le droit civil et le droit criminel.

Dans ce mémoire Fauteur exagérait partilièrement le rôle des suggestions dites criminelles et pour montrer combien était peu fondée son opinion, nous le mettions au défi, dans notre travail snr l'Hypnotisme et les états analogues au point de vue médico-légal de nous apporter un seul fait^ un seul crime dans la perpétration duquel la suggestion fut intervenue.

Depuis, il y a quelques jours h peine (20 octobre 4 888), M. Lié« geois a fait paraître sur la même question un important ouvrage dans lequel, ainsi qu'il fallait s'y attendre, les arguments que nous avions présentés, ont été vivement discutés. On nous permettra donc de nous étendre quelque peu et de nous appesantir sur les nouvelles raisons — nous ne disons pas documents — apportées par M. Liégeois à Tappui de la thèse qu'il défend.

Mais, avant d'entrer dans le corps même de la discussion, nous devons avouer que la première lecture de ce livre a été pour nous une véritable déception. Nous nous attendions en effet — pour en faire notre profit — à voir discutées par un professeur de droit devant la compétence duquel nous nous inclinions à l'avance, les questions juridiques qui se rattachent au viol chez les inconscients à propos duquel notre législation est si défectueuse et si incomplète comparativement aux législations étrangères. Nous espérions que M. Liégeois voudrait bien nous faire connaître son opinion circonstanciée sur la responsabilité qui incombe aux hypnotiseurs ayant déterminé des accidents graves chez leurs sujets; sur la question de savoir si les hypnotiseurs non médecins commettent oui ou non le délit d'exercice illégal de la médecine, toutes choses qui méritaient bien, ce nous semble, d'être traitées dans un livre consacré à l'hypnotisme médico-légal.

Eh bien, de toutes ces questions, M. Liégeois n'a cure : le livre dans ses grandes lignes est une apologie de la thérapeutique sugges* tive inaugurée, suivant l'auteur, par M M. Liébeault et Bernheim ; de plus, les accidents consécutifs aux manœuvres hypnotiques intem* pestives n'existent pas ou tout au moins ne semblent pas exister par lui. Quant au délit d'exercice illégal de la médecine, quant à là question qui se pose partout aujourd'hui de l'interdiction des représentations théâtrales données par les magnétiseurs de tréteaux, elle est tranchée par Topinion suivante qu'on « doit à Donato, à Hauser à Léon, une certaine reconnaissance pour la part qu'ils ont prise à

iSS BIBLIOGRAPUIK.

Ja propagftliou deThypaolisme. «Nous reviendroas sur ce dernier point de la question qui mérite après les exploits de ces empiriques plus que les éloges de M. Liégeois.

Nous avons aussi été fort étonné, nous qui suivons les cours de la Salpôtrière depuis 4876; en apprenant qu'à l'époque (1884) où M. Liégeois présentait son mémoire à TAcadémie des Sciences « les phénomènes que préseuleAi Thypnotisme, le somnambulisme ei la suggestion étaient fort peu connus ». Pour un peu M. Liégeois aurait été le premier à s'occuper du côté juridique de la question, car il laisse complètement ignorer à ses lecteurs qu'en 4860 Charpignon écrivait sur la matière une brochure des plus sublantielles. Il est vrai que ce médecin ne se montre pas tendre pour les magnétiseurs-amateurs. Mais ce sont là des vétilles et nous avons bien mieux à faire que de nous étonner, lorsque M. Liégeois veut bien nous apprendre que, non seulement il est inutile d*ôtre médecin pour étudier convenablement Thypnotisme, mais encore que cetle ignorance des choses delà médecine est un avantage dansTespèce.

Il paraît, en effet, qu'on a opposé à M. Liégeois uu déclinatoire d'incompétence en la matière, pour parler le langage juridique. Aussi, l'auteur qui, avec l'École de Nancy, considère l'hypnotisme comme un sommeil non pas pathologique mais physiologique qu'il n'e^t pas une névrose mais un sommeil réel — toutes choses pour l'appréciation desquelles il est beaucoup plus utile d'avoir fait des études de droit que de médecine — Tauteur de cela, noua écril-il (p. V.): « Les phénomènes hypnotiques, en médecine, c'est ou peu s'en faut une révolution. Je suis d'autant plus à Taise pour le proclamer que je ne suis pas médecin. Si, à cause de cela on me dit que je ne suis pas compétent, je répondrai que c'est parfois un avantage parce que dans ce cas on n'a pas de préjugés, et je rappellerai que Pasteur a fait d'assez belles découverles, que la médecine semble destinée à utiliser chaque jour davantage. » Etre le Pasteur de l'hypnotisme, l'ambition n'est pas minime, et véritablement, lorsque M. Liégeois veut bien nous apprendre qu'il aura plus d'une fois l'occasion de nous citer nous « médecin nourri des enseignements de la Salpétrière » partant rempli de préjugés et « le plus souvent pour nous combattre » nous tren^blons hélas, pour les appréciations toutes médicales qui forment le fonds de notre travail. Et pourquoi donc M. Liégeois nous combattra-t-il le plus souvent? Parce que nous n'avons pas fait la part assez large à la suggestion, parce que nous avons refusé de la charger de tous les crimes commis par les hypnotiseurs, de tous les accidents, y compris ceux dont ne parle pas M. Liégeois, tels par exemple que les attaques d'hystérie survenues à la suite des hypnolisations lucratives, à la suite des représentations théâtrales données par les magnétiseurs pour lesquels M. Liégeois à de la reconnaissance. La suggestion ! mais

BIBUOQRAPUIE. io9

c*est la clef de tous les phénomènes hypnotiques. La léthargie, Ja catalepsie, le somnambulisme en tant qu*étals séparés, antononies, tels que nous le comprenons à la Salpôtrjère, n'existent pas c'est la suggestion qui les détermine. Si l'on presse le nerf cubital d'un sujet endormi et qu'il se produise la griffe cubitale et rien autre, c'est encore de la suggestion, car évidemment on a suggéré au sujet, inconsciemment ou non, de mettre en œuvre, les muscleset/e5 56u/s musc/es animes par ce nerf.Mais M. Liégeois n'est pas médecin et c les préjugés » que nous avons sur la connaissance physiologque de l'innervation de ces muscles n'existent évidemment pas pour lui. 11 ne nous reste plus qu'à nous déclarer confondu. Toutefois, qu'il nous soit encore permis delui demander comment il reconnaît quand un sujet dort véritablement. C'est, nous répond-il, avec M. Bernheim, qu'en état d'hypnose il est suggestible. Vraiment, dans la vie ordinaire, la réponse est acceptable, mais croit-on, puisque M. Liégeois parle médecine légale, qu'un tribunal déclarera non simulateur, un individu par ce fait même qu'il avalera pour un verre de Champagne, le verre d'eau qu'on lui aura présenté. Cela nous paraît bien insuffisant à nous médecins qui, dans une expertise, avons l'habitude de ne pas nous contenter de la simple affirmation que nous soup< çonnons intéressée. Hélas, il faudrapourtant bien, que comme nous en traitant de la simulation, M. Liégeois en arrive lui aussi à tabler sur ces stigmates physiques de l'hypnotisé. Il sera bien forcé d'admettre cette hyperexcitabilite neuro-musciilaire dont il ne veut à aucun prix lorsqu'il nous dit (p. 683} c qu'un homme robuste peut difficilement rester les bras étendus plus de 10 a 15 minutes et qu'un hypnotisé pourra, au contraire, conserver pendant des heures les positions les plus bizarres les plus hétéroclites données à ses bras ou à ses jambes. Il y a là un moyen très sérieux de déjouer la simulation. » Est-ce que ce ne sont pas là des stigmates physiques découverts, disons-le, en passant par MM. Charcot et Paul Richer, à l'aide de l'appareil enregistreur de Marez, sur des hystériques hypnotisables, et pour noire part nous n'hésitons pas à rappoi*ter celte tétanisation cataleptique des muscles à une forme modifiée de Thyperexcilabilité neuro-musculaire.

Et voilà encore que d'autres stigmates physiques c état des pupilles rendues insensibles à une lumière vive, anesthésie généralisée ou localisée, piqûres ou pincements faits à Timproviste aa moment où le sujet s'y attend le moins » ont aussi une valeur très sérieuse. » Qui donc trompe-t-on ici, se fût écrié Beaumarchais? Mais M. Liégeois n'est pas médecin ; pour lui le sommeil ordinaire est une auto-suggestion, le somnambulisme dit naturel n'est qu'un état physiologique à l'instar de l'hypnotisme : tout par la suggestion, telle est sa devise. Aussi quelle indignation

160 BIBLIOORAPUIB.

n*est pas la sienne lorsque, soutenant que les dangers réels de rhjpnotisme ne résident pas dans la suggestion, nous écrivons : « Qu*on nous apporte un cas authentique (de crime commis à laide de la suggestion], nous nous déclarerons ébranlé mais pas encore convaincu. » « En vérité, dit-il (p. 637) faudrait-il donc pour faire prendre au sérieux la suggestion, apporter à nos contradicteurs un crime réel, un cadavre véritable? Cela nous ne pouvons le faire, on le sait bien et alors on s'empresse d'en triompher. »

Et certainement nous triomphons de cet aveu arraché à M. Liégeois par son indignation même, et nous n'espérions pas qu'il nous ferait la partie aussi belle. Toutefois, que M. Liégeois se rassure; nos prétentions n'iront pas jusqu'à exiger de lui qu'il nous apporte ce cadavre récalcitrant ; mais enfin, lorsqu'on s'est montré aussi afflrmatif, quelques bonnes preuves bien palpables ne feraient pas mal dans le tableau, et nous constatons encore une fois — avec M. Liégeois lui-même — que depuis deux années que nous avons formulé notre demande, à la série de viols en léthargie que nous avions rapportée, aucun fait criminel n'est venu se joindre qui fût susceptible d'être interprété par celte suggestion, pierre angulaire de l'édifice que M. Liégeois a élevé à l'hypnotisme médico-légal. Ce désir immodéré de faire la suggestion, le bouc émissaire de tous les crimes commis en état d'hypnotisme ne nous parait pas devoir être favorable à M. Liégeois car à bout d'arguments palpables, elle le conduit à des discussions dans lesquelles on reconnaît bien plus le professeur de droit, habitué à discuter sur des textes que le médecin raisonnant d'habitude sur des faits, sur des observations.

Qu'on lise en effet les lignes qui suivent la tirade désespérée dans laquelle M. Liégeois se refuse à jouer le rôle d'assassin par persuasion et Ton constatera que son ardeur à la lutte l'entratne à des citations incomplètes qui ont pour effet immédiat de dénaturer singulièrement ce que nous avons écrit.

« En terminant sur ce point, dit-il (p. 637} je demanderai à M. Gilles de la Tourette, dont je ne veux méconnaître d'ailleurs ni les mérites, ni les excellentes intentions — on va voir que les roses cachent toujours des épines — de nous dire à laquelle des deux opinions par lui exprimées, il s'arrête en définitive? Car je remarque qu'il nous dit (p. 382) « l'hypnotisme peut être la cause c ou le prétexte de grands dangers : ce n'est pas dans la sug- « gestion que résident ces derniers; il avait écrit dix pages plus « haut): LA suggestion est certainement une arme dangereuse ». Mais nous nous arrêtons a une seule et même opinion, M. Liégeois, et nous vous aurions été obligé de] ne pas nous mettre^ malgré nous-même, en contradiction devant ceux de vos lecteurs qui ne possèdent pas notre livre, car la phrase est ainsi conçue:

VARfA. 164

« La sufTgcstion est certainement une arme dan^'ereuse ; mais de là à la charger de toutes les malédictions, jusqu'à en faire un danger public il y a fort loin, » La voici notre opinion, et cette fois complètCf comme la phrase qni l'exprime, celle que nous émettions il y a deux ans et dans laquelle les faits -r heureusement du reste — n'ont fait que nous confirmer.

Nous nous arrêterons là dans cette discussion et dans Tanalyse du livre de M. Liégeois, dont à notre tour nous ne voulons « méconnaître ni les mérites, ni les excellentes intentions ».

Nous l'engageons cependant à méditer la vieille formule c Qui veut trop prouver, ne prouve rien » et étant donné les bizarres Ihéories médicales qui émaillent à chaque page l'ouvrage de notre auteur, nous avons bien peur que TEcoIe de Nancy ait trouvé en lui le malencontreux ami de la fable.

Gilles de l\ Touretie.

Afin de dégager notre responsabilité au sujet de l'arrêté minis* tériel qui fixe les conditions du concours pour les places de médecins adjoints dans les asiles, nous publions le rapport que nous avons été chargé de faire sur cette réforme.

Rapport sur l'organisation d*un concocrs pour l'admission aux

EMPLOIS DE MÉDECINS ADJOINTS DES ASILES d'ALIÉNÉS, RU nOm de la

Commission spéciale composée de MM. Bourneville médecin dje Bicétre, député de la Seine, président, Donnet, médecin directeur de l'Asile de Vaucluse, et Giraud, médecin directeur de FAsile S'-Yon.

Monsieur le Ministre)

Par un arrêté en date du 6 mars dernier, et conformément à un avis du Conseil des inspecteurs généraux des établissements de bienfaisance et des asiles d'aliénés, vous nous avez chargés d'étudier le meilleur mode de concours à organiser pour Tadmission aux emplois des médecins adjoints des asiles publics d'aliénés. La commission s'est réunie le samedi 17 mars. Elle a pris connaibsance aussitôt après son installation par M. Monod, directeur de l'Assistance publique et des institutions de prévoyance, des documents mis à sa disposition par l'Administration et elle a retenu comme base de sa discussion le rapport fait au Conseil des ins«

Archives, t. XVIL i 1

\Qi Varia.

J'accompagne. Elle n'avait pas à se préoccuper de la qucslion de principe, c'est-à-dire du recrutement des médecins adjoints par le concours, puisque ce mode de recrutement est admis des maintenant par vous. C'est en effet le meilleur moyen d'apprécier l'intelligence et les connaissances des candidats. Il y a longtemps d'ailleurs que le Conseil général de la Seine en a réclamé le rétablissement pour le recrutement du personnel médical de ses asiles. Nous disons le rétablissement et non pas Tinstitution, car le Concours a existé jusqu'en 4839 pour les quartiers d'hospice de Btcétre et de la Salpêtrière qui ont constitué durant une longue période les seuls asiles consacrés aux aliénés dans le départe* ment. Le Concours supprimé par l'Empire a été rétabli en «879 par M. Herold, préfet de la Seine, pour ces deux établissements. De plus, M. Herold avait ultérieurement décidé que la place de médecin adjoint de l'Asile clinique (Sainte-Anne) serait donnée à la suite d'un Concours analogue à celui des médecins des quartiers d'alignés de Bicôtre et de la Salp6trière. 11 n'avait pas voulu étendre ce mode de nomination au recrutement des médecins en chef de Sainte-Anne S Vanclnse et Ville-Evrard, malgré son vif désir, parce que la question était soumise à l'étude de la CommiV sion ministérielle chargée d'étudier les réformes que peuvent cornporter la législation et les règlements concernant les asiles d'aliénés» Le cinquième groupe de cette commission, ainsi que le rappelait M. Regnard, avait formulé ce vœu que les médecins adjoints et les médecins en chef des asiles fussent nommés au concours *.

Ceci rappelé, voyons comment il convient d'organiser le concours. Les uns ont proposé de faire un concours central et unique pour toute la France ; les autres de faire des concours régionaux, et en particulier de faire un concours spécial pour les asiles du département de la Seine. Le Conseil des inspecteurs généraux s'est rallié au Concours régional. Voici, d'après le rapport de M. Regnard, les raisons qui ont motive la décision de ce Conseil:

« La première condition pour rendre le concours efiicace, dit-il, est évidemment de s'assurer un nombre suffisant de candidats. Or, un examen rapide de la question en fait apercevoir de suite toutes les difficultés. Etablir à Paris le siège du Concours pour tous les départements, en distribuant les candidats heureux de Lille à Marseille et de Paris à Nancy, suivant les vacances, parait d'abord une tentative bien risquée. D'une façon générale, et en mettant à part les hommes qui ont l'ambition de faire leur chemin à Paris,

* Arrêté du 3 mars 4879.

■ Boiirnc ville. — Rapport sur le personnel médical et administratif des asiles d'aliénés.

]es médecins désireux d'enlrer dans les asiles tiennent à rester, sinon dans leur dépariement d'origine, au moins dans une localité qui n'en soit pas trop éloignée. Et, comme les places vacantes ne seraient pas déterminées dans le système d'un concours central et unique, beaucoupdejeunesgensseraient certainement détournés de ridée de concourir par la crainte d*ètre envoyés à cent lieues de leur pays. On ne peut songer d'autre part à instituer le concours par département : il est trop certain que dans beaucoup de cas, les candidats ne se présenteraient qu'en nombre insuffisant.

« Pris entre les difficultés d'un Concours central et unique, et l'impossibilité du système par département, vous avez pensé avec moi, Messieurs, que C établissement d'un Concours par région pouvait résoudre le problème. On prendrait pour centre des villes possédant des facultés de médecine ou des Ecoles préparatoires, comme Nancy, Lyon, Lille, Bordeaux, Gâen ou Rennes, Angers ou Nantes, etc. Ce serait Taffaire d*une commission spéciale de déterminer ces centres, qui, d'ailleurs, ne devraient pas être trop multipliés. »

« S'il m'était permis d'ajouter mon opinion personnelle, ajoute M. Reguard, j'émettrais le vœu que le département de la Seine formât une région à lui seul, tant en raison du nombre de ses asiles, qu'à cause de sa situation spéciale. Les objections soulevées contre cette opinion ont été réfutées d'une façon péremptoire, à mon avis, par le D'' Bourneville, dans le rapport auquel je faisais allusion plus baut. »

« On a objecté, dit-il, la crainte de créer une oligarchie médicale et aussi celle d'éloigner plutôt les jeunes médecins de la spécialité des maladies mentales. Mais cette oligarchie médicale existe dès maintenant pour les médecins des hôpitaux de Paris, pour les médecins des hôpitaux et les professeurs des facultés de médecine de toutes les grandes villes. Cette suprématie d'ailleurs est juste, puisqu'elle repose en général sur la valeur scientifique démontrée par des Concours répétés et par des publications souvent nombreuses. Loin d'éloigner les candidats, le Concours spécial en créerait, car beaucoup d'internes des hôpitaux qui se font inscrire pour le Concours de médecins ou de chirurgiens se dirigeraient sur celui des asiles, et cela parce qu'ils pourraient demeurer à Paris ou dans le voisinage, et rester dans le courant scientifique, tandis qu'ils ne prendront jamais part à un Concours qui aurait pour conséquence, s'il se termine en leur faveur, de les éloigner pour longtemps des asiles de la Seine '. »

* Rapport jur V organisai ion du personnel médical et administratif des asiles d'aliénés, présenté à la Commission charge d'étudier les réformes que peuvent compurlcr la législation et les règlements concernant les asiles d'aliénés, par Bocrnrville (1885).

< Dans tous les cas, messieurs, reprend M. Reguard, si l'on n'accepte pas la spécialisation de la Seine, en raison du caractère insolite que pourrait avoir cette mesure en apparence, vous serez certainement d'accord avec moi, pour reconnaître qu'on ne peut joindre aux asiles de ce département, pour former la région dont il sera le centre que les deux établissements les plus rapprochés, ceux de Glermont et d'Ëvreux. »

La discussion s'est engagée sur le premier article de TAvis du Conseil des inspecteurs, article ainsi conçu:

c Le Concours devrait être établi par régions^ en prenant pour centre.de chacune d'elles soit une faculté, soit une Ecole préparatoire de médecine. >»

M. Donnet, après aVoir rappelé que, suivant le nouveau projet de loi sur les aliénés, adopté par le Sénat, les médecins adjoints seront nommés sur une liste de présentation dressée à la suite d'un concours public, déclare qu'on pourrait peut*ôtre, dans Tin. térèt de l'étude des maladies mentales dans les Facultés de province, organiser au siège de ces facultés, un concours pour les places de médecins adjoints vacantes dans les asiles du ressort de chacune de ces Facultés. IL écarte les écoles préparatoires. Bnfin, il estime que les médecins adjoints d'une région pourront être nommés médecins en chef ou médecins directeurs dans toutes les autres régions.

M. Giraud est partisan d'un concours unique pour toute la France. Il croit que l'objection tirée de ce que les candidats pourraient reculer devant les frais d'un déplacement, lorsqu'ils résident loin de Paris ne lui parait pas fondée. En pratique, les jeunes docteurs qui désirent devenir médecins d'asile ne se contentent pas de faire une demande écrite; ils viennent faire des démarches à Paris. En second lieu, il soutient avec M. Donnet que l'avancement des médecins adjoints ne devrait pas être limité à la région dans laquelle ils ont été nommés. « Il n'y a pas lieu, dit-il, de tenir compte des circonscriptions pour la nomination des chefs de service, car ce serait créer des inégalités parmi les médecins adjoints. » On serait même amené à retarder l'avancement des uns au profit des autres moins méritants, si le hasard veut que des vacances aient lieu dans telle ou telle région, et Ton produirait ainsi du découragement.

Il y a dans les asiles des postes de début pour les chefs de service. Ce sont les asiles de médiocre importance et loin des grands centres dépopulation. Si l'on supprime le roulement des chefs de service au début de leur carrière, on nuira au bon recrutement des médecins aliénistes, parce que ceux qui acceptent volontiers une résidence peu agréable avec la perspective d'avoir un poste plus important quand ils auront acquis de l'expcricnce et fait

lears preuves se récuseront s'ils doivent passer toute leur carrière dans ces postes qui sont aujourd'hui des postes de défaut. Ces asiles ne seront plus demandés que par des médecins ayant des intérêts dans le pays, et souvent n'ayant pas réussi à avoir une clientèle. »

M. Bourneville a insisté vivement en faveur d'un concours régional. C'est un excellent moyen d'exciter rémutation au sein de chacune des Facultés, sans compter qu'on est ainsi assuré d'avoir des candidats en nombre sufOsant. Beaucoup d'anciens internes des hôpitaux de Paris, de Lyon, de Bordeaux, etc., prendront part à des concours qui ont lieu sous les yeux de leurs maîtres, de leurs camarades, et qui leur permettront de rester dans le voisinage de leur pays.

Beaucoup d'anciens internes des hôpitaux hésiteront à prendre part à des concours qui lee exposent à aller comme médecins adjoints à l'autre extrémité de la France. L'institution du con-^ cours et sa spécialisation par régions auront pour résultat d'élever le niveau du corps médical des asiles d'aliénés.

A la suite de cette discussion, la commission a voté les résolutions suivantes :

Le concours pour tes places de médecins adjoints des asiles d'aliénés de France devra être établi par régions^ en prenant pour centre de chacune d'elles les villes qui possèdent une Faculté de médecine de l'Etat,

Les candidats devront être docteurs en médecine de Tune desdites Facultés de l'Etat et de nationalité française. Ils seront admis à concourir dans toutes les régions, suivant leur convenance.

Les médecins adjoints pourront être nommés médecins en chef ou médecins-directeurs dan,s toute la France.

La Commission a ensuite examiné s'il y avait lieu de faire un concours spécial pour les asiles du département de la Seine, en raison du nombre et de l'importance des asiles qu'il renferme, ou si, conformément à l'avis du conseil des inspecteurs, « on ne devra joindre au département de la Seine, pour la région dont Paris sera le centre, que les deux établissements les plus rapprochés, ceux de Clermont et d'Evreux ».

M. Bourneville a rappelé les raisons qu'il avait données autrefois en faveur d'un concours spécial pour les asiles du département de la Seine : Multiplicité des asiles : (Bicétre, la Salpétrière, Sainte-Anne, Vaucluse, Ville-Evrard, Villejuif, sans compter la création d'un second asile sur le domaine de Ville-Evrard) ; population considérable des aliénés (plus de 10,000) ; candidats nombreux fournis par l'internat des hôpitaux et l'internat des asiles ; nécessité de relever l'enseignement scientifique de la médecine mentale à Paris et d'avoir dans les asiles d'aliénés un per-

sonnel instruit et aussi capable que celoisies hôpitaux. Il a ajouté que si, cdDforméiTient à Tarlicle 3 de la loi du 10 janvier 1849, l'adminislratiou de l'Assistance publique avait conservé la tutelle des aliénés, elle aurait procédé pour la nomination des médecins de Sainte-Anne, Ville-Evrard et Vaucluse, comme elle l'a fait pour les médecins des quartiers de Bicétre et de la Salpôtrière et que les chefs de service de ces asiles seraient médecins des hôpitaux comme Tétaient ou le sont : MM. Trélat, Archambault, Baillarger. Delasiauve, Moreau (de Tours), J. Voisin, Bourneville, Charpentier, Deny, Gh. Féré et Chaslin.

Cette opinion avait été soutenue éner^'iquement par M. Herold, devant la commission minislérielle. 11 avait signalé la nécessité d*avoir dans les asiles d'aliénés de la Seine des chefs de service dans la force de l'âge et capables par leurs travaux scientifiques de contribuer à la bonne renommée de la Faculté de médecine de Paris.

Ces raisons n'ont pas été acceptées dans leur intégrité par la majorité de la commission. Mais elle a été unanime pour admettre que, dans l'intérêt de l'enseignement, il y avait lieu de demander un concours spécial pour la nomination des médecins aliénistes chefs de service dans les asiles les plus voisins de chacune des Facultés, c'est-à-dire :

Pour Paris, les asiles de Sainte-Anne, Bicôtre et la Salpêtriére;

Pour Bordeaux, Tasile de Bordeaux ou du Château Picou ;

Pour Montpellier, le quartier des aliénés de l'hospice Saint-Eloi;

Pour Nancy, l'asile de Maréville.

Il a été convenu aussi que les conditions de ce concours seraient équivalentes, autant que possible, à celles des concours pour le recrutement des médecins ordinaires des hôpitaux. A Paris, par exemple, les conditions pour les places des médecins, chefs de service de l'Asile clinique (Sainte-Anne) seraient les mômes que celles qui ont été établies pour les concours des médecins aliénistes de Bicétre et de la Salpôtrière, lesquelles sont calquées sur les conditions du concours des médecins des hôpitaux. 11 va de .*oi que les médecins de Bicôtre, de la Salpôtrière et de Sainte- Anne, nommés au concours, auront la faculté de choisir leurs services, comme les médecins des hôpitaux, et au fur et à mesure des vacances et jouiront des mêmes prérogatives. 11 en est de même pour les Facultés de province où il y avait deux asiles. La Commission pense que, de cette façon, on exciteraitl'émulation des médecins adjoints et on rendrait d'incontestables services à l'enseignement de la médecine mentale ^

' Le jury du concours des médecins aliénistes de Bicétre et de la Salpêtriére se compose de trois médecins ordinaires des hôpitaux et de quatre médecins aliénistes tirés au sort.

. La Commission a ensuite abordé l'examen des conditions spéciales du concours et elle a adopté les résolutions ci-après :

Un concours sera ouvert, au chef-lieu de la région y toutes les fois que le nombre des places vacantes ou des vacances à prévoir sera de deux au moins. Le nombre des places données sera supérieur d'une à celui des places vacantes, -

Celte proposition subsidiaire a été adoptée à la suite de remarques présentées par M. Giraud, au sujet des inconvénients que peut présenter, pour le service, la vacance prolongée d'un poste de médecin adjoint dans les asiles où il n'y a qu'un médecin de ce grade. Dès que le médéèin disponible serait placé et qu'il se produirait une vacance,' ou procéderait à un concours pour deux places. Le premier médecin nommé occuperait la vacance et le second resterait à la disposition de l'administration.

L*avis du conseil des inspecteurs porte « que le jury désigné nar M. le ministre de l'intérieur se composera de médecins en cnef des asiles et d'un inspecteur général des établissements de bienfaisance, » et il ajoute que « uu professeur de la Faculté ou de TRcole préparatoire de médecine, suivant le cas, pourra ôlre désigné aux lieu et place d'un des médecins des asiles d'aliénés i et que les juges seraient au nombre de cinq.

La Commission a été unanime pour modifier cet article, ainsi qu'il suit :

« Le jury sera composé : I *> dtf trois médecins en chef des asiles de la région; — 2* d'un inspecteur général, docteur en médecine; — 3** d'un professeur désigné par la Faculté de médecine ; — 4* d'un juge suppléant. — Les médecins en chef et le juge suppléant seront tirés au sort parmi tous les médecins en chef des asiles de la région.

L'avis des inspecteurs généraux indique qu'il y aura deux épreuves : 1^ une question écrite, éliminatoire dans Je cas où le nombre des candidats serait supérieur à trois pour une place; %^ une épreuve orale, comprenant : a) une question de pathologie interne ou externe ; — 6) une question portant sur la pathologie mentale et la médecine légale des aliénés.

La Commission a été unanime à modifler ainsi cet article :

Les épreuves seront au nombre de quatre : i^ une question écrite, portant sur Vanatomie et la physiologie du système nerveux, pour laquelle il sera accordé trois heures au candidat. Le maximum des pomts sera de trente;

2* Une question orale portant sur la médecine et la chirurgie ordinaires, pour laquelle il sera accordé vingt minutes de réflexion et quinze minutes pour la dissertation. Le maximum des points sera de vingt. Cette seconde épreuve sera éliminatoire dam le cas où le nombre des candidats serait supérieur à trois pour une place;

3<> Une épreuve clinique sur deux malades aliénés. Il sera accord^

(renie minutes pour Vexamen des deux malades, quinze minutes de réflexion et trente minutes d* exposition. Vun des deux malades devra être examiné plus spécialement au point de vue médico-UgaU Le maximum des points sera de trente,

La plupart des concours actuels présentent une lacune regrettable et sur laquelle nous avons souvent appelé l'attention. C'est qu*on n*y tient aucun compte des travaux antérieurs des candidats.Aussi ne pouvons-nous qu'approuver l'innovation que demande ravis du Conseil des inspecteurs. Sur ce sujet, la Commission s*est arrêtée à la rédaction suivante :*

4<* Les travaux scientifiques antérieurs des: candidats seront examinés et appréciés par le jury et feront l'objet d^un rapport qui pourra être communiqué aux candidats sur leur demande. Le maximum des points sera de dix. Ils devront être donnés au début de la première séance de lecture des compositions écrites.

La Commission a pensé que le concours pour les places de médecins adjoints devrait être supérieur aux concours habituels de rinternat et qu*il était indispensable de se rendre compte si les candidats avaient étudié non seulement la pathologie mentale, mais encore et surtout la clinique mentale.

Tel est, monsieur le Ministre, le résultat des travaux de la Commission que j*ai été chargé par elle de vous transmettre. £lle espère que vous accepterez les propositions qu'elle vous soumet et que, dans un délai très rapproché, vous voudrez bien organiser le concours pour le recrutement des médecins adjoints de tous les asiles de France et un concours spécial pour les places de médecins-chefs de service dans les asiles d'aliénés, situés dans le voisinage des six Facultés de médecine de France.

La Commission s'est réunie le mercredi, 9 mai, pour entendre la lecture du rapport qui précède. Elle en a approuvé les termes et en a adopté toutes les conclusions qm nous reproduisons ci-après.

Page 1