MEDECINE LÉGALE
L'ensemble des faits nous porte à voir un lien intime entre les faits reprochés et les troubles nerveux divers de M"*® X*.. Car, comme ditLegrand du Saulle, les vols sont commis, en général^ pendant les règles ou à la veille des époques et la perte de souvenir du vol est une chose à peu près constante chez les voleurs aux étalages. Or, M"*® X... est, avant tout, une héréditaire avec troubles hystériques et vaginisme avec métrite chronique et hémorrhagies utérines. Pour ces raisons, nous crûmes devoir conclure à Tirresponsabilité et M"^^ X... fut renvoyée des fins de la plainte.
Depuis cette époque, le vaginisme traité par des mèches iodoformées et les ulcérations utérines amendées par des topiques ont disparu ainsi que les hémorrhagies et les rapports sexuels sont devenus possibles. Il y a du reste à observer que par une sorte d'hérédité homochrome, les troubles nerveux de M'^^X... ont eu leur summum à vingt-neuf ans, comme ceux de sa tante morte aliénée à vingt-neuf ans.
IV. — M"*^ X... est alleinte d^aphasie avec hémiplégie droite incomplète; elle a de la cécité verbale, de i*agraphie, la parole volontaire spontanée est abolie, ainsi que la parole en écho; elle ne peut écrire sous la dictée.
Sa famille veut la faire lester et le notaire s'y refuse. Consulté, nous conseillons à la famille de ne pas insister; la tendance de rhémiplegie droite à disparaître nous fait d'ailleurs penser que l'amélioration pourra survenir et l'aphasie s'amender. Quelques semaines après, cette hémiplégie disparaît en effet. La malade a la compréhension de récriture, la compréhension de la parole, la possibilité de copier quelques mots. La parole volontaire spontanée est revenue en grande partie ainsi que la parole en écho; la malade peut lire un peu, mais ne peut écrire spontanément, u Je suis malheureuse, disait-elle avec la plus grande lenteur, je sais ce que je veux faire et ne puis le dire; les détails, je ne puis les dire, et je ne puis prononcer les noms propres. »
QUELQUES FAITS BCRDICO-LBOAUX. I
M"*® X.., pouvait-elle tester? Nous le pensâmes pas. Le testament par acte public doit être dicté par le testateur. Or, M™^X... ne pouvait dire les noms propres et brouillait les détails; elle était agraphique et d'ailleurs le notaire n'aurait pu légalement copier son testament; elle ne pouvait donc faire de testament olographe.
Le testament mystique était aussi chez M°^^X... bien difficile. En effet, elle avait encore de la cécité verbale et n'aurait pu lire le testament après l'avoir dicté, ce qui peut être une cause de nullité. De plus, son oubli des noms propres et l'impossibilité où M'"® X... se trouvait de rassembler les détails nous firent penser que le malade ne nous paraissait pas dans de bonnes conditions pour faire un testament mystique, alors même qu'elle l'eût écrit de sa main.
Depuis plusieurs mois, M™^X... a repris possession de ses facultés; son aphasie et les troubles variés qui la constituaient ont disparu. Elle a renvoyé de sa maison les parents qui, pendant le cours de sa maladie, avaient agi sur elle pour la faire tester en leur faveur.
Nous ne nous attarderons pas à donner la relation des cas assez nombreux d'aliénés ayant commis des délits ôu crimes que nous avons pu observer; nous rappellerons toutefois celui de la fille Madeleine, atteinte d'hystérie avec crises de sommeil, qui a été violée à l'état de léthargie par quatre individus. Mais ce rapport ayant été publié {Annales médico-psychologiques^ année 1884, p. 83), et relaté par M. Gilles de la Tourelle. {L'hypnotisme au point de vue médico-légal)^ nous ne pouvons que le mentionner.
DERMOiNEUROSE STÉRÉOGRAPHIQUE ET ERYTHRASMA CHEZ UN IMBÉCILE ALCOOLIQUE;
Par le D' Ernest CHAMBARD, ancien interne des hôpitaux de Paris, médecin adjoint des asiles d'aliénés de la Seine.
Nous observons, en ce moment, à la division des hommes de Tasile de Ville-Evrard \ un sujet de trentetroisans,nomméGeorgesR...,aUeintd'un certain degré de débilité mentale et interné au cours d'accidents alcooliques qui présente deux affections cutanées intéressantes : Tune, de nature parasitaire et du ressort de la dermatologie pure ; l'autre, symptomatique d'une véritable névrose vaso-motrice de la peau. La première de ces affections est connue des dermatologistes sous le nom d'érythrasma et nous n'en parlerons que pour être complet ; la seconde, qui se rattache davantage à nos études actuelles^ n'a pas encore de place bien déterminée dans le cadre nosologique : nous l'appellerons pro\isoiremeïitdermoneurose stéréographique, pour rappeler son caractère objectif le plus remarquable et le plus saillant.
Observation. — AntécéoeiNts HÉaKoiTAiREs : Incomplets et peu significatifs, — Antécédents personnels. — Antécédents pathologiques : convulsions dans la première enfance; fièvre typhoïde; excès alcooliques avoués remontant à plusieurs années; interne-
* Cette division a été placée, depuis la rédaction do ce travail, sous la direction médicale do M. le D' Marandon de Montvel-
DBRM0NBUR08B 8TBRB0GRAPHIQUB BT BRTTRHA8MA. 9
ment au cours tTun accès de délire alcoolique subaigu avec idées de persécution, hallucinations injurieuses et terri^ntes de l'ouie et de la vue. — Etat actuel : Habitus et état mental ; fonctions sensitives, motrices, génitales, organiques, — Erythrasma : caractères de cette dermatose ; son parasite : le microsporore minutissi^ mum. — STéRÉOGRAPHiE cutanée: phases; caractères; conditions occasionnelles ; actions des excitants mécaniques, chimiques^ électriques de la peau; sensibilité \ température locale.
R... (Georges), entre le 3 août 1883 à Tasile de Ville-Evrard avec les cerlifîcats suivants :
Certificat de police : débilité mentale avec idées confuses de persécution. — Hallucination de Toule : on rappelle voleur; on menace de le dénoncer. Paroxysme d'agitation. Perte de la vision de l'œil gauche{P. Garnier). —Certificat d'admission : débilité mentale avec hallucinations; idées de persécution; excitation passagère; cataracte de l'œil gauche (if a^nan}. — Certificat immédiat : Débilité mentale avec idées de persécution; hallucinations : on J'appelle voleur quand il passe dans les rues [Espiau de Lamaèstre).
Antécédents héréditaires. — (Fournis par le malade). Père : peintre en bâtiment, mort à trente-huit ans, de rétention d'urine. C'était un homme assez sobre^ intelligent et bon. Grands-parents paternels : pas de renseignements ; tante paternelle : rien de particulier.
Mère : morte vers trente-huit ans de pneumonie : elle était bonne, « comtae du bon pain » et pas du tout nerveuse. Grands-parents maternels : pas de renseignements ; oncle maternel : musicien, vivant et bien portant.
Six frères, morts tout jeunes d'affections indéterminées.
Les antécédents héréditaires de R... seraient donc négatifs : il ne connaît dans sa famille ni buveur, ni aliéné, ni mauvais sujet, ni criminel.
Antécédents personnels, — Né à Paris, R... a fréquenté l'école primaire de sept à treize ans et y a appris péniblement à lire, à écrire et à compter. Il travailla ensuite dans le magasin de papiers peints de son père puis, à dix-neuf ans, devint comme lui peintre en bâtiment, métier qu'il continua jusqu'à son internement. Il ne s*est pas marié et n'aurait jamais eu d'enfants.
Antécédents pathologiques. — Vers trois ou quatre ans, convulsions et, plus tard, à une époque que le malade ne peut préciser, fièvre typhoïde. Il n'a jamais eu ni incontinence nocturne d'urine, ni attaque de nerfs, ni accès d'épilepsie, ni agitation choréique, ni affections vénériennes.
Depuis l'âge de vingt-quatre ans, c'est-à-dire depuis cinq ans environ avant son entrée, R... se livrait à quelques excès alcooliquesqu'il avoue d'ailleurs de fort bonne grâce. Le matin à cinq heu. res : café noir; à onze heures : déjeuner avec trois demi-setiers de
iO PJWBOLOOIB NBRVBUSB.
vin, saivi da café sans la goutte ; à dîner : trois autres demî-setiers, café ordinairement n poussé n par une petite goutte. En outre, R... faisait pour son patron de nombreuses courses pendant lesquelles il absorbait de nombreux demi-setiers et quelques « petites vertes » et passait la soirée chez son marchand de vins qu'il aidait à fermer sa boutique. Enfin, le jour de la paye, u grande ribotte avec les amis ». Les accidents qui ont motivé son arrestation étaient, d'ailleurs, de nature probablement alcoolique : il avait été pris d'une vive agitation, se figurait qu'on allait l'arrêter, entendait des voix l'appeler « voleur » et voyait, pendant la nuit, son père et sa mère à table. C'est bien là le délire psycho-sensoriel avec idées de persécution et hallucinations injurieuses et terrifiantes de l'ouïe et de la vue, qui éclate sous l'influence de l'alcool chez les faibles d'esprit de son espèce et souvent se dédouble : la terreur et les hallucinations visuelles disparaissent en quelques jours alors que les hallucinations de l'ouïe, les idées de persécution et la croyance à la réalité du rêve pathologique persistent un temps qui est quelquefois considérable.
État actuel. — Habitus et état mental. R... âgé de vingt-neuf ans à son entrée, est aujourd'hui un garçon de trente-trois ans^ de taille moyenne, d'embonpoint modéré, de physionomie douce et ouverte ; mais présentant, en dépit de la nullité de ses antécédents héréditaires qui, fournis par lui, ne méritent aucune confiance, divers stigmates physiques de dégénérescence : tête, assez symétrique, mais, cylindrique, haute, étroite et fortement aplatie latéralement; oreilles normales; voûte palatine ogivale; mâchoire inférieure prognatha, de sorte que ses dents débordent et recouvrent celles de la mâchoire supérieure. Il offre, en outre, quelques attributs d'une constitution scrofuleuse : les chairs de sa figure sont flasques et molles, son nez et ses lèvres sont gros, ses extrémités sont froides et cyanosées et il porte à la région cervicale et surtout sous la mâchoire, un chapelet de gan* glions hypertrophiés. — Il est atteint d'une cataracte dure, d'un blanc opaque, de l'œil gauche qui détermine le strabisme externe de cet œil. Ses organes génitaux, enfin, sontbien développés et son anus est normal.
L'excitation maniaque avec délire hallucinatoire dont R... était atteint, lors de son entrée, s'était calmée paratt-il au bout de quelques jours. Il est aujourd'hui très raisonnable et cherche à se rendre utile. C'est un bon garçon, doux, serviable, d'humeur égale et plaisante ; mais d'intelligence très bornée et d'instruction presque nulle. Il n*a nullement le caractère d'un hystérique ou d'un épileptique.
Fonctions sensitives et motrices. — !<> Odorat : R... reconnaît des deux narines l'essence de térébenthine; il sent l'odeur du chloro-
DBRM0NEUR08S STBRBOQRAPHIQUB ST BRYTHRASMA. 11
forme et de Téther; mais sans reconnaître ces substances; il prend l'acide acétique pour de l'alcali et reconnaît ensuite Todeurl de l^amrooniaque tout en soutenant que le flacon précédent renfer* matt de Taicali moins fort. Il trouve enûn à Tessence de fenouil une odeur d'orange et à l'essence de menthe une odeur de camphroi erreur que commettent d'ailleurs beaucoup de personnes.
2<> Goût. — Le malade trouve à une goutte d'alcool mise sur sa langue, un goût « fort » ; mais n'en reconnaît pas la nature. Il apprécieJe goftt sucré de la glycérine et se plaint de l'amertume de Tacide picrique. Sa sensibilité gustative est égale des deux côtés.
30 pu^, ^ Toutes les couleurs sont parfaitement reconnues au moins quant à leur teinte fondamentale : une solution d'acide picrique est jaune; la solution d'éosi ne primerose : rouge pâle; le bleu de métbjle : bleu; le violet de gentiane : violet; le vert d'aniline est moins bien reconnu : le malade le voit aussi violet. La cataracte qui le prive entièrement de la vision de l'œil gauche ne nous permet naturellement pas d'explorer comparativement la sensibilité visuelle de ses deux yeux.
4^ Ouie. — L'ouïe parait normale et à peu près égale des deux c6tés, tant pour la voie chucbottée que pour le lie tac de la montre qui est entendu à près d'un mètre et demi.
5<> Toucher. — Toutes les sensibilités tactiles sont normales, et également développées des deux côtés : le contact, la pression, la piqûre, les excitations galvaniques et faradiques sont parfaitement perçues. Le sens de position est également intact.
Les fonctions sensitives sont donc, chez notre malade, tout à fait normales et s'il commet quelques erreurs dans la reconnaissance de certaines substances sapides ou odorantes, d'ailleurs peu connues de lui, on ne peut guère les attribuer qu'à son ignorance : encore on en rencontre bien de plus graves chez des sujets plus intelligents et plus instruits. Nous n'avons enfin, constaté chez lui, ni anesthésie, ni hypéresthésie partielles, ni zones hystérogènes, ni sensibilité testiculaire.
La force musculaire de R... sans être considérable est suffisante et il se livre, sans se plaindre de la moindre fatigue, aux divers soins d'intérieur dont il est chargé. Trois épreuves dynamométriques successives ont donné les résultats suivants auxquels la mauvaise construction des dynamomètres actuels enlève & peu près toute valeur absolue mais qui permettent, du moins, de comparer l'effort de préhension qu'il peut développer avec l'une ou l'autre main.
maÎQ droite, main gauche, différenca. moycnna.
1** expérience 54 49 5 51,50
S* expérience 51 51 8 51
3* expérience 52 47 5 49,50
Moyenne 52,30 49 3 30,05
i2 PATHOLOGIE NBRVRtJSB.
Fonctioni génitales. ^ Bien que ses organes génitaux n*ofifrent aucune anomalie de conformation et soient bien développés, R... prétend ne s*étre jamais masturbé et n*aToir jamais coîté : il n'aurait que de rares érections sans éjaculations et sans désirs vénériens. II ne se serait pas, livré à la pédérastie et son anus, non plus que sa verge, ne présentent aucune déformation compromettante : nous lui laissons, bien entendu, toute la responsabilité de ses dires à cet égard.
FonelUms organiques. — Les fonctions organiques sont absolument normales, chez R... et tous ceux de ses organes qui sont accessibles à Texploration clinique paraissent être en excellent état : il boit, mange et dort bien, ses digestions sont des plus régulières et sa santé générale est absolument satisfaisante.
Le malade, cependant, boit et urine beaucoup. Son urine est ambrée, légèrement trouble et sa quantité varie de 1500 à 2000 centimètres cubes. Nous l'avons analysée à diverses reprises et nous donnerons ici trois de ces analyses.
Quantité 2000 2400 2o00
Densité 1017 « 1014 1009
Réaction acide acide faibl. acide
Urée 38«* 34*20 31,59
Chlorures 5,60 4,12
Albumine néant néant néant
Sucre néant néant néant
Elénjents figurés. . néant néant néant
Erythrasma. —En déshabillant R... pour explorer sa sensibilité tactile, nous découvrîmes qu'il était porteur d'une affection cutanée que nous ne croyons pas fort rare, mais que beaucoup de médecins peu versés en dermatologie méconnaissent ou confondent avec d'autres dermatoses , plus vulgaires : nous voulons parler de l'érythrasma.
A la partie supérieure de la face interne des cuisses, à la région inguino-crurale en un mot et' dans la portion de cette région qui est immédiatement en rapport avec le scrotum, existe symétriquement de chaque côté, un placard érythémaleux, à bords nets et très légèrement saillants, à contours festonnés et arrondis, à surface brun rougeàtre, sèche, au niveau de laquelle Tépiderme, légèrement épaissi se détache sous Taction de l'ongle, en très fines squames furfuracées. Le placard gauche, qui répond à celles des bourses qui descend le plus bas, est notablement plus étendu que celui du côté droit. L'examen microscopique des squames, sur
* Au pèse-uriiie.
* Procédé d^Esbach.
' Méthode volumétrique.
BBRMONEUROSB STBRBOORAPBIQUB ET ÉRYTHRASMA. 13
lequel nous reviendrons, nous y montra facilement la présence du parasite de Férythrasma : le microsporon minntissimum.
Le malade ne sait à quelle époque faire remonter le début do cette affection qui ne s*accompagne d'ailleurs que d'une démangeaison insignifiante et sur laquelle il ne songeait nullement à attirer notre attention.
Stéréographie cutanée. — C'est aussi par hasard en voyant se dessiner sur sa peau, d^abord en rouge, puis en relief les objets qui s'étaient trouvés en contact avec elle, que nous avons découvert la dermatoneurose assez rare dont R...e8t atteint et à laquelle nous consacrons ce travail.
Toute excitation mécanique de la peau et des dermo-mnqueuses détermine chez lui l'apparition d'une papule d'urticaire dont l'évolution et les caractères objectifs sont identiques à ceux d'une papule d'urticaire spontanée et dont la configuration est subordonnée à celle du corps excitant lorsqu'il est simplement appliqué sur le tégument ou à son trajet lorsqu'on l'a promené à la surface de cette membrane; aussi peut-on imprimer un objet quelconque sur la peau de notre malade comme sur un cachet de cire ou dessiner à la surface de son corps les figures les plus compliquées. Ces empreintes et ces dessins sont visibles môme à une grande distance et nous les avons facilement reproduites par la photographie.
Traçons légèrement avec un corps mousse, baguette de verre ou cylindre de papier roulé^ sur la région sternale de R... une raie rectiligne. Nous voyons d'abord apparaître une strie mince, pâle, très fugitive qui se montre immédiatement au contact du style traceur, le suit dans sa course et s'évanouit aussitôt après son passage. Moins d*une minute après, se détache à la môme place une strie rosée, érylhémateuse, qui gagne rapidement en intensité et en largeur et devient bientôt une bande d'un rouge vif, visible à plusieurs mètres de distance, beaucoup plus large que la ligne pâle primitive. Cinq ou six minutes plus tard, la bande rouge se soulève, pâlit dans sa région axiale, reste érythémateuse sur les bords et se transforme en une véritable papule linéaire d'urticaire dont la longueur varie, selon les dimensions du corps mousse promené sur la peau, de cinq & dix millimètres et dont le relief qui augmente encore pendant plusieurs minutes, peut dépasser deux millimètres. Cette papule ne s'efface que très lentement et peut persister au moins une heure.
Si l'excitation est plus vive, si nous appuyons un peu fortement le style traceur, la ligne pâle primitive, au lieu de disparaître aussitôt, persiste quelques instants : elle se borde de deux zones érythémateuses diffuses qui s'élargissent dans les deux sens, ne
tardent pas à se réunir en l'absorbant tout entière; puis la bande
rouge ainsi constituée se soulève, pâlit à sa partie axiale et se
transforme peu à peu en papule ortiée.
14 PATHOLOGIE NERVfiUSBé
Quelle que soit doue l'inleusilé de l'exciULiou mécanique dont la peau et aussi les dermo-muqueuses, telles que la muqueuse buccale, sont le siège, révolution des papules ainsi déterminées, passe avec celle des papules d'urticaire, par les phases successives suivantes :
i^ Au contact du corps excitant : pâleur subite et fugitive, si l'excitation est faible et rapide ; plus durable dans le cas contraire, due à la contraction probablement réflexe des vaso-moteurs cutanés au niveau précis de la région excitée. {Phase d'ischémie vaso-» motrice.)
2p Quelques instants après, apparition d'une zone érylhémateuse large et diffuse due h, la dilatation neuro-paralytique des vaisseaux de la région excitée et même, par propagation, des régions marginales voisines. [Phase éryihémateuse par congestion neuro' paralytique.)
Z'^ Au bout de quelques minutes, apparition d'une papule érythémateuse, répondant exactement comme forme et dimensions à la macule érythémateuse qui lui sert de base, due à l'œdème périvasculaire déterminé par le ralentissement de la circulation sanguine dans les vaisseaux paralysés. (Phase de papulation par œdêrm neuro'paralytique.)
4^ Presque en môme temps, anémie relative des régions centrales ou axiales de la papule érythémateuse, due à la compression secondaire des vaisseanx cutanés par la sérosité œdémateuse. {Phase d'ischémie mécanique secondaire.)
o® Enfin, disparition très lente des papules, due à la résorption de la sérosité œdémateuse par les espaces lymphatiques de la peau et retour progressif à Tétat normal. {Phase de résorption lympha* tique.)
Telle est révolution et tels sont les caractères objectifs des plaques d'urticaire artiOciel que détermine chez R... toute excitation mécanique des téguments externes, quelque légère qu'elle soit. Malgré leur identité morphologique complète avec la papule d'urticaire spontané, elles ne s'accompagnent d'aucun trouble de la sensibilité, d'aucun prurit. A leur niveau cependant, il existe une notable élévation de température ainsi que nous nous en sommes assuré en appliquant comparativement, pendant un même laps de temps de quinze minutes, un thermomètre à température locale aux deux régions symétriques du corps dont Tune était couverte d'une large papule ortiée artiGcielle. Voici les résultats de l'une de nos expériences à ce sujet :
négion deltoïdienne droite : lai-ge papule. 35«7 Réqion deltoïdienne gauche normale SS"?
Après avoir bien précisé les caractères et l'évolution des papules
DBRMONBUROSE STBRÊOGRAPUIQUB ET ERYTHRASMA. 13
orliées dont on peut si facilement couvrir la peau de R..., nous nous sommes attaché à déterminer Jes conditions qui président à leur développement :
L'influence des excitations mécaniques de la peau a d*abord attiré notre attention. Nous avons vu que tout objet appliqué sur les téguments de R... ou promené à leur surface laisse sur eux son empreinte ou la trace écrite en relief de son passage. L'on conçoit dès lors que Texpérience puisse être variée de mille manières. C'est ainsi que l'on peut à volonté imprimer sur la peau du patient le chiffre d'un cachet ou TefQgie d'une pièce de monnaie, dessiner sur elle avec un style mousse des figures ou des inscriptions quelconques, la cribler de petites piqûres d'aiguille dont chacune, d'abord imperceptible, deviendra bientôt une papule conique de plusieurs millimètres de diamètre, la couturer de lignes saillantes dues à la constriction des membres et du tronc par des liens circulaires ou la marquer de l'empreinte en relief d'une main, stigmate indéniable d'une claque bien appliquée. — Mais quelque pittoresques que puissent être ces effets, ils ne nous en apprendront pas plus que le simple tracé linéaire auquel nous avons demandé notre expérience fondamentale et nous ne les multiplierons pas davantage.
Un jet d'eau, compact ou divisé, et lancé avec une certaine force (douche en colonne et en pluie) détermine à la surface de la peau de R... les mômes phénomènes que le conctact et le passage d'un corps résistant {Vexcitation hydro-mécanique). La douche en lame produit, partout où elle est promenée, une large bande érythémateuse qui ne tarde pas à devenir papuleuse. Avec la douche en petite, les effets sont encore plus curieux. Chaque gouttelette d'eau produit sa macule érythémateuse, puis sa papule d'abord congestive, puis ortiée, de sorte qu'en localisant avec un peu de soin l'action du jet d'eau divisée, l'on pourrait imprimer dans le corps du malade des éruptions génériques artificielles dont l'origine embarrasserait peut-être plus d'un dernatologiste non prévenu. Après avoir aspergé les flancs et la face interne des cuisses de R..., nous vîmes les régions se couvrir d'une magnifique « roséole syphilitique », qui devint bientôt une non moins belle roséole papuleuse et apparaître, en quelques points, des pupules d'urticaire type dont aucun dermatologiste n'aurait révoquée en doute la légitimité.
Les eoDcitations électriques de la peau ne nous donnèrent pas des résultats aussi positifs que nous l'avions espéré; nous en dirons cependant quelques mots.
L'électricité statique fut d'abord essayée. Nous dirigeâmes sur la peau de R... des étincelles d'une longueur variant de i à 15 ou 20 centimètres tirés du conducteur d'une machine diélectrique de Carré, dont les plateaux inducteur et induit mesurent respec-
tlvenient 35 et 50 cenlimèlres, puis la décharge, modérée d'ailleurs, d'une bouteille de Lejde. L'effet fut absolument nul et ce résultat négatif nous surprit d'autant plus que les étincelles de cette machine avaient souvent déterminé chez nous l'apparition de papules ecchymotiques.
La faradisation fut suivie d'effets un peu plus probants :
Le courant induit d'un appareil à chariot du type Dubois- Raymond, avec interruptions fréquentes, localisé à la peau à l'aide d'un bouton métallique sec, ne détermina ni rougeur ni papulation.
L'application du pinceau métallique fut suivie d'une série de très petites papules conffuenles qui pouvaient ôtre simplement dues à l'excitation mécanique produite par le contact des fils qui constituent le rhéophore. L'application pendant quelques secondes d'un tampon circulaire recouvert de peau humectée d'eau, fut cependant suivie de Tapparition d'une macule érythémateuse de môme forme et de môme dimension qui se recouvrit bientôt d'une série de papules coniques lesquelles, en se développant, tendaient à se fusionner et rien de semblable ne se produisait ou, du moins, tout se bornait à une légère rougeur, lorsque l'on appliquait le tampon sans faire passer le courant. Il semble donc qu'un courant induit, assez intense et assez pénétrant, produise sur la peau de R... des effets neuro-paralytiques analogues à ceux que déterminent les excitations mécaniques.
Les effets d'un courant galvanique fourni par une pile Leclanché furent moins bien caractérisés. Nous appliquâmes d'abord sous la clavicule du malade deux plaques en étain, recouvertes d'une peau humide, mais sans faire passer le courant. Cette application, prolongée pendant une minute, ne fut suivie que d'une rougeur peu marquée, dessinant surtout la circonférence des plaques, qui ne fut suivie d'aucune papulation et disparut rapidement. Les plaques étant placées de nouveau, sur une région cutanée très voisine, nous fîmes passer progressivement pendant une minute, un courant de 5 milliampères, qui monta pendant l'expérience à 6 milliampères: le résultat fut également nul. Il fallut un courant de 18 milliampères, maintenu pendant trois minutes, pour amener l'apparition, tant au pôle positif qu'au pôle négatif, de disques érythémateux légèrement chagrinés, mais sans papulation véri- Uble.
Nous ne fûmes pas plus heureux en essayant de provoquer Turticaire, chez R..., au moyen d'excitants chimiques, tels que l'application d'un sinapisme. Ce topique produit, chez lui, comme chez tout le monde une rougeur bien marquée; mais sans tendance à la papulation. L'ingestion de divers aliments dont le rôle dans la production de l'urticaire pathogénétique est bien connu, reste également sans résultat et c'est en pure perte que nous fîmes
DEKMONEUROSE STBRBOGRAPHIQUB ET ERYTHRASMA. 17
ingérera notre malade, en uneseulefoiâ, trois douzaines démoules : il trouva ces mollusques fort à son goût, se déclara tout prêt à renouveler l'expérience aussi souvent que nous le voudrions, mais n'eut ni le moindre embarras gastrique ni la plus petite éruption cutanée.
Le malade dont nous venons de relater Thisloire, mérite d^atlirer à la fois l'alteulion des dermatologistes et des ueurologistes : il réunit, eu effet, par une coïncidence assez heureuse deux affections rares de la peau, Tune parasitaire, Vérythrasma^ l'autre, d*origiue vaso-motrice à laquelle nous donnerons, au moins provisoirement, le nom de stéréographie cutanée.
I. — Vérythrasma^ décrite comme une dermatose parasitaire distincte, par Burchardt, en 1859 et von Bacrensprung, en 1862, était encore méconnue ou niée par la plupart des dermatologistes, lorsqu'en 1879, M. Ë. fiesnier, attira de nouveau Tattention sur lui et mit sou existence hors de doute. Quelques années plus tard, en 1881, Tun des élèves les plus distingués de ce maître, M. Baizer, consacra à Térythrasma un travail descriptif court, mais substantiel, auquel nous ne pouvons que renvoyer le lecteur*.
R. . . nous offre un cas d'érythrasma tellement typique que nous n'eûmes aucune difficulté à le diagnostiquer même avant tout examen microscopique. Ces placards, siégeant à la région iuguino-crurale, bien limités, d'un rouge brun sombre, presque prurigineux, couverts d'une fine desquamation furfuracée sont bien différents des surfaces diffuses, humides, douloureuses ou prurigineuses, rouges vif ou couvertes de squames lamelli-
< Baizer. — De V Eryihrasma [Annales de de/^malologie et de syphili» graphie^ tC* 12. 1883j.
Archivcs, t. XVII. 2
formes OU de croûtes de Tinlertrigo et de Teczéma de cette région. Seul, Téry thème trichophy tique pourrait en imposer; mais, alors même qu'il n'affecte pas la forme circinée qui lui est habituelle, il est plus rouge, plus squameux, plus diffus et plus douloureux. Son parasite, d'ailleurs, est tout autre; mais ce n'est pas ici le lieu de faire de la dermatologie.
L'examen microscopique des squames récoltées en raclant légèrement, à l'aide d'un rasoir, la surface des placards érythrasmateux de R..., a pleinement confirmé notre diagnostic et nous avons constaté l'existence du Microsporon minutissimum de Burchardt dont Balzer a récemment donné, dans le travail que nous citions tout à l'heure, une description très précise à laquelle nous n'avons rien à ajouter. Sa préparation est facile (éther, éosine primerose et conservation dans l'eau sucrée phéniquée ou le baume) ; mais son extrême petitesse en rend l'étude assez minutieuse : des objectifs puissants et à grand angle sont nécessaires pour le bien voir et nous nous sommes servis pour l'examiner de l'immersion homogène de 1|20 de Leitz avec le concentrateur d'Abbé.
Chez un imbécile sans prétention tel que R... le pronostic de Térythrasma, affection toute locale, indolente et très peu contagieuse, n'offre aucune espèce de gravité et bien que nous puissions le guérir en deux ou trois semaines, nous n'éprouvons aucun remords à lui conserver quelque temps cette dermatose comme une curiosité à montrer aux visiteurs du service; il en serait tout autrement chez une jolie femme, aussi importe-t-il que les médecins apprennent à connaître et à guérir cette petite affection dont la gravité est
DERMONEUROSE STBRÉOORAPHIQUB ET ÉRTTHRASHA. 19
uulle, mais qui peut, quelquefois, avoir au point de vue esthétique, une certaine importance.
II. — Nous ne counaissons encore, au moins dans la littérature médicale française, que peu d'exemples de la dermatose vaso-motrice à laquelle ce petit tra^ vail est spécialement consacré.
La plupart ont été observés cher, des femmes hystériques. Chez une de ces malades, M. Huchard* a vu, au moment des époques menstruelles, survenir des hémoptysies abondantes qu'annonçaient des plaques d'urticaire et des troubles vaso-moteurs de la peau; mais il s'agissait là, si nous ne nous trompons, d'urticaire nerveuse spontanée. Chez deux hystériques bien connues du service de M. Charcot* l'on peut tracer, avec une épingle, des caractères quelconques qui se dessinent d'abord en rouge, puis avec un relief de un ou deux millimètres. L'observation la plus complète que nous possédions à cet égard est celle de cette hystérique anesthésique, fille d'hystérique, que M. Dujardin-Beaumetz présenta le 11 janvier 1887 à la Société médicale des hôpitaux', sur la peau de laquelle l'on pouvait écrire en relief avec tant de netteté que M. Mesnet, appelé à voir cette malade, lui avait donné le nom de « femme cliché, femme autographique » sous lequel elle était connue dans le service.
Si l'hystérie semble favoriser les troubles vasomoteurs de la peau et notamment la stéréographie
« Huchard. — Traité des névroses d'Axenfeld. 2' édition, 1883.
• Bourneville etRejnard. — Iconographie photographique de la Salpétrière, t. III. 1879-81.
• Diijardin-Bcaumetz. —La femme autojçraphique. Soc. méd,des hôp' séance du 11 juillet 1879, et Annales de dermatologie et de syphiligraphie, no I. 1880. .
âO PATHOLOGIE NBRVBU8B.
cutanée^ les hystériques n'en ont pas le monopole, ainsi que le démontrent deux faits sommairement rapportés par M. Huchard, d'autres de MM. Duguet et Vulpian* et surtout le nôtre. Si, en effet, R... est un faible d'esprit, presque un imbécile, nous ne saurions le regarder comme un hystérique : il n'en a ni les stigmates, ni les accidents essentiels, ni les allures, ni le caractère.
D'autre part, des phénomènes vaso-moteurs analogues à ceux que nous observons chez notre malade, mais beaucoup moins prononcés, s'observent sur la peau de certains sujets atteints de pyrexie, adynainiques, telle que la dothiénenterie et d'affections centrales ou même périphériques du système nerveux : la raie rouge que l'on trace sur le ventre des typhiqueset des sujets atteints de méningite est une expérience classique et M. Vulpian" a vu des raies pâles ou rouges, d'anémie ou d'hyperhémie cutanée, se montrer avec facilité sous Tinfluence d'une friction légère sur les membres malades de sujets paraplégiques, hémiplégiques ou même simplement atteints de sciatiquc. Ces conditions pathologiques prédisposantes ne sauraient être invoquées dans le cas de R... qui jouit d'une excellente santé.
Les conditions prédisposantes de la névrose dermo* stéréographique que nous étudions nous sont donc inconnues et nous pouvons seulement inférer de notre observation que les excitations mécaniques de la peau, même très légères, ont sur sa détermination une influence occasionnelle évidente, puissante et
' Vulpian. — Communication craie à M. Dujardin-Becumelz. • Vulpian. — Leçons sur ^appareil vaso-moteur ^ t. U 187 i.
DBRMONBUROSE 6TBRB0GRAPHIQUB BT ÉRYTHRA8MA. H
presque exclusive. L'urticaire provoquée mécaniquement diffère beaucoup à cet égard de l'urticaire dite spontanée et les causes occasionnelles de l'une demeurent sans action sensible sur l'apparition de l'autre. Resterait à étudier le mécanisme, c'est-à-dire le comment de ces troubles vaso-moteurs dont l'expression la plus complète parait être la papule ortiée, qu'elle soit spontanée c'est-à-dire réflexe, ou consécutive, comme dans le cas que nous envisageons, à des exci* tations mécaniques de la peau. Les phases successives et le mécanisme de ces phénomènes ont été bien étudiés par M. Marey\M. Petrowski* et surtout, au point de vue histologique^ par notre maître et ami le professeur Renaut % dans son remarquable article flfenwatoses du Dictionnaire encyclopédique et nous aimons mieux renvoyer le lecteur aux travaux que nous venons de citer que d'aborder, en ce moment, à propos d'une simple observation, une question complexe et difficile. Nous ferons seulement remarquer, en terminant, l'absence complète, chez notre malade du moins, de prurit au niveau des papules, caractère négatif qui semble infirmer la manière de voir de ceux qui rattachent le prurit ortie vulgaire à une compression des nerfs intradermiques par la sérosité épanchée dans l'épaisseur du derme ^.
• Marey. — Mémoire sur la contractilité vasculaire (Ànn, des se. natu^ relies, \%h\,i. IX).
• Petrowski. — Verhalten Haut gegen leichtemechanischeReizung (Cen^ iralblatt, 1873).
■ Renaut.— Art. Dermatoses, in Dict, encyclopédique des sciences médicales,
• Depuis la rédaction de ce travail. M. Lowff, a présenté, sous le nom d'Urticaire graphique, un cas analogue à la Société m édico- psychologique (Annales médico-psychologiques. N" de novembre 1888).
RECHERCHES CLINIQUES ET EXPÉRIMENTALES SUR LES ACCI- DENTS SURVENANT PAR L'EMPLOI DES SCAPHANDRES* ;
Par M. le D' Micbrl GATSARAS,
Professeur agrégé de la Faculté d'Albèncs ; Médecin de Tasile de Dromocaitis; Membre do la Société MédiCD-psychologiquc de Paris.
III. Période des syndromes spasmodiques et taré- TOÏDES. — Celte période commence avec les symplômes spasmodiques et tabétoïdes. L'étude attentive des différents symptômes qui constituent cette période nous permet de mettre en relief : 1^ des symptômes positifs, c'est-à-dire des symptômes qui peuvent figurer au tableau de cette forme; 2"^ des symptômes négatifs, c'est-à-dire des symptômes qui ne peuvent et ne doivent même pas prendre part à la constitution de cette forme clinique d'accidents spinaux.
A. Symptômes positifs. — On voit que dans notre tableau, ces symptômes sont divisés en cinq groupes: 1*^ Syndrome de symptômes spasmodiques; 2*^ syndrome de symptômes tabétoïdes; 3° symptômes vasomoteurs; 4^ symptômes vésicaux ; 5^ symptômes rectaux.
a). Syndrome de symptômes spasmodiques, — Si Ton jette un coup d'oeil au tableau précédent, on est en
* Voir Archives de Neiuohgie, n" i7, p. 145, n» 48, p. 246.
droit d'affirmer que ce syndrome est constant et que loin de faire défaut, il est au contraire représenté d'une manière constante dans toutes les observations; par cela même, il devient un des caractères majeurs et fondamentaux de cette forme ; c'est encore une nouvelle confirmation de la loi que nous avons déjà posée, que presque toutes les paraplégies, pour ne pas dire toutes (mot qui sonne toujours mal aux oreilles), provenant de l'emploi des scaphandres, sont spasmodiques.
Quant à l'exposé des symptômes dont l'ensemble constitue le syndrome de la paraplégie spasmodique, nous serons bref, car ils ne diffèrent pas de ceux qui ont été observés au syndrome spasmodique de notre forme centrale spinale latérale, dont il est le seul aboutissant par excellence; et pour éviter la répétition, nous nous contenterons de les énumérer tout simplement. Ce sont l'exaltation des réflexes, l'épilepsie spinale aussi bien spontanée que provoquée, les secousses, la dyscampsie articulaire, les contractures passagères et enfin la démarche spasmodique. L'étude de l'évolution du syndrome spasmodique de cette forme a présenté les mêmes caractères dans sa marche que celui de la forme centrale spinale latérale : à savoir un mois environ après l'invasion de la paraplégie ce syndrome commence à se développer, ce qui est indiqué par l'exaltation des réflexes et l'épilepsie spinale; un peu plus tard, les secousses, la dyscampsie articulaire, les contractures passagères viennent s'ajouter au tableau, enfin la rigidité musculaire ayant augmenté d'intensité donne naissance à la démarche spasmodique. Là l'évolution s'arrête et
iA CLINIQUE NBRVBUSE.
le syndrome spasmodîque fait sa station définitive. Maintenant^ de deux choses Tune, ou bien ce syndrome rétrograde, cette rétrogression pouvant marcher un peu plus rapidement à un des membres inférieurs (Obs. XV, XVII, XIX), pouvant même aller jusqu'à la disparition complète de ce syndrome (Obs. XIV) ou bien il ne rétrograde que très peu ; en d'autres termes, il reste presque stationnaire. Mais il n'y a pas une seule observation, de quelque ancienne date qu'elle soit, dont le syndrome soit arrivé à la contracture permanente, au pied bot spasmodique.
b). Syndrome de symptômes tabétoides et sensitifs. — Nous voilà arrivés à l'étude d'un autre syndrome qui ne peut, qui ne doit même pas manquer de jouer son rôle dans la scène morbide de cette forme spinale. On a pu facilement remarquer que ce syndrome n'a jamais fait défaut dans aucune observation. En raison de sa constance, il devient lui aussi au même titre que le syndrome spasmodique un caractère fondamental. Ces deux syndromes caractérisent la forme centrale postéro-latérale. Le syndrome de symptômes tabétoïdes sert à la différencier de la forme centrale latérale. L'existence constante au contraire du syndrome spasmodique la distingue de la forme centrale postérieure. Les différents symptômes qui constituent ce syndrome sont :
et). Les douleurs fulgurantes^ constrictives et en ceinture. — Les douleurs qui avaient le caractère de fulgurance ont été présentées par tous nos malades. Dans la plupart des cas, les douleurs fulgurantes viennent par crises, qui durent tantôt quelques heures seulement (Obs. XIV, XIX), et tantôt quelques
DBS ACCIDENTS PAR t/bHPLOI DBS SCAPHANDRES. 23'
jours (2-3) (Obs. XV et XVIII). Il est des cas où lea douleurs vieuuent isolées et à des intervalles très irréguliers (Obs. XVII). Il va saus dire qu'elles peuvent exister et par crises et isolées (Obs. XVI).
Les douleurs qui avaient le caractère de constriction avaient été présentées parle malade de TObser- VATION XV. Quant aux douleurs en ceinture, elles n'ont existé que chez les malades des Observations XIV et
p). Troubles du sens musculaire. — Ces troubles ont consisté chez nos malades : 1^ au signe de Romberg qui a existé dansloutes les observations; en conséquence, c'est un symptôme constant; 2^ à la difficulté de marcher les yeux fermés et dans l'obscurité, qui a été présentée par tous les malades; 3^ à la perte de notion de position des membres présentée par les malades des Observations XV, XVI, XVII, XVIII.
y). Symptômes sensitifs. — Nous avons vu qu'à la deuxième période, ces troubles marchent de compagnie avec les troubles de la motilité, sous forme de paralysie, c'est-à dire d'anesthésie . Plus lard ces troubles peuvent, soit disparaître complètement (Obs. XV et XIX); soit se localiser, et alors, au lieu d'avoir des anesthésies généralisées, nous avons des dysesthésies ou anesthésies en plaques ; soit enfin changer de forme et se pervertir. Cette perversion est très curieuse pour le malade de I'Observation XVII; ainsi quand on pince à l'aide d'ua instrument piquant, par exemple une aiguille, une région quelconque du membre droit, le malade ressent la même sensation de picotements d'aiguilles sur toute la longueur du membre. La même sensation se produit par le con-
26 CLIXIQUI NERVSUBB.
tact. L'application du froid ne produit plus la même seusation de picotements d'aiguilles, mais un sentiment très désagréable et indéfinissable de tout le membre.
o). Crises gastriques. — Elles ont existé seulement chez le malade de rOfiSERVATiON XYI et avaient tous les caractères de crises gastriques, soit tabétiques, soit symptomatiques d'une autre maladie organique du système nerveux central. — Très souvent, elles accompagnaient les douleurs fulgurantes, mais quelquefois elles survenaient d'une manière isolée. Elles ne duraient que quelques heures.
c). Symptômes vaso-moteurs. — Parmi les six observations rapportées il n'y en a guère que trois qui aient présenté des troubles vasomoteurs, ayant consisté en une hypéridrose de la plante du pied gauche (Obs. XV) et en une anidrose du pied droit pour TOb- SERVATION XVI, des pieds pour TObservation XIX.
d). Symptômes véstcaux. — Tandis qu'au commencement les troubles de la vessie accompagnent presque constamment la paralysie de la sensibilité et de la motilité, à une étape plus ou moins ultérieure ils s'atténuent et plusieurs fois ils disparaissent ; c'est ce qui est arrivé aux Observations XVI, XVII et XVIII. Les symptômes vésicaux qui ont survécu chez les trois autres malades au moins jusqu'au moment de notre examen, consistent en difficulté d'uriner survenant de temps en temps pour TObservation XVI; en fréquence d'uriner, venant par intervalles irréguliers et parfois accompagnée d'incontinence pour I'Observa- TioN XVII; en incontinence opiniâtre pour TObserva- TION XVIII.
DBS ACCIDENTS PAR i/kMPLOI DES SCAPHANDRES. 27
Quant aux troubles du côté du rectum, nous ne les rencontrons plus que chez le malade de rOBSERVA* TiOPï XVIII, qui a une incontinence de selles intermittente.
B. Symptômes négatifs. — Après avoir déjà décrit les divers groupes de symptômes positifs, dont nous avons surtout mis en relief deux syndromes symptoma tiques qui sont d'une importance capitale et très constants, c'est-à-dire les syndromes spasmodique et tabétoïde qui constituent les deux caractères sine çua non de cette forme, passons à Texamen très rapide des symptômes négatifs. Les symptômes négatifs sont de deux ordres :
a). Les symptômes myatrophiques^ qui n'ont jamais existé dans nos observations, ce qui prouve une fois de plus cette loi négative que nous avons déjà formulée, à savoir que dans l'immense majorité des cas, les paralysies, provenant de l'emploi de scaphandres ne sont pas accompagnées de myalrophie.
b). Symptômes céphaliqites . — Taudis qu'on est surpris de la fréquence des symptômes céphaliques à la période très fugitive du début, au contraire plus tard, il n'y a pas un seul symptôme qui figure au tableau clinique. — Pour peu qu'on fixe son attention sur la symptomatologie de la première période, on est frappé et de la multiplicité et de la variabilité des symptômes du début de cette forme en d'autres termes le début est éminemment polymorphe. Mais du moment qu'elle passe à la deuxième période, le polymorphisme disparaît et l'uniformité fait son apparition par un complexus symptomatique presque invariable pour tous
28 CLINIQUE NBRVKUSE.
les cas, c'est-à-dire, paralysie motrice et sensilive, rétention d'urines et de selles; à une étape plus ou moins ultérieure l'uniformité devient presque monotone; en effet, le tableau clinique aboutit à un fond commun existant chez tous les malades et caractérisé par deux syndromes, celui de symptômes spasmodiques et celui des symptômes tabétoïdes.
Donc entrée en scène polymorphe et uniformité du dénouement comme caractères cliniques généraux; les nuances cliniques spéciales de symptômes du début, rintervalle spécial entre la disparition des symptômes du début et Tinvasiou de la paraplégie, le mode de rinvasion de celle-ci, les symptômes positifs et les symptômes négatifs de l'étape ultérieure de la maladie comme caractères partiels, enfin la marche de l'affection qui est dans la plupart des cas rétrogressive, parfois peu rétrogressive mais jamais progressive, tous ces caractères, dis-je, pris dans leur ensemble servent à spécialiser notre forme centrale spinale postéro-latérale. — Car son tableau clinique, tel qu'il existe pour cette forme ne se rencontre dans aucune autre maladie connue du système nerveux central.