‹ Archives de neurologie (volume 2)Chapitre 27 sur 87 · FORME APHASIQUE · texte numérisé non relu

FORME APHASIQUE

On sait déjà que, parmi les symptômes de la période du début, les trouble» de la parole ont plus d'une fois figuré comme constituant un des symptômes du groupe céphalique. Maintenant nous allons les voir non plus à titre de symptômes, mais à titre de forme clinique. Les troubles de la. parole font alors à eux seuls tous les frais du tableau clinique. Ce sont eux qui constituent toute la symptomatologie. Parmi les modifications variées que la faculté du langage a présentées chez nos malades appartenant à cette forme, nous distinguons (a), l'aphasie motrice; (6), la surdité verbale et (y), l'aphasie complexe.

* a). — Apqasie motrice. — Les trois observations qui suivent sont des cas d^aphasie motrice simple et pure dégagée de toute autre espèce de trouble du langage.

Observation XXXII.

Nicolas Tsarlampas, âgé de trente-cinq ans. Nous avons soi* gneasemeut interrogé Thérédité, sans avoir pu trouver aucun antécédent nerveux dans sa famille. Les antécédents personnels n'offrent non plus rien d'important.

11 a commencé à travailler dans l'air comprimé, le 14 juil« let 1878, il a travaillé pendant trois ans à peu près, sans accident, faisant régulièrement ses campagnes pour la pèche des éponges.

Le 10 juillet 1881, après avoir déjà fait quatre immersions à une; profondeur qui variait entre 20 et 22 brasses et 7 à 8 minutes de durée» il est redescendu pour la cinquième fois à la profondeur de 25 brasses, môme séjour et môme décompression brusque.Jl.se

fait remonter el immédiatement après la décompression et Tenlèvement du casque il est pris de mal de tôte ; il essaye de parler, mais il ne peut y arriver ; il a perdu tout à fait la mémoire des mouvements spécialisés qu'il faut faire pour articuler les mots. Tout son vocabulaire était réduit à l'émission de quelques sons inarticulés

11 s'entendait parfaitement bien avec son entourage, par la mimique et surtout par l'écriture. Le malade sachant bien écrire, écrivait ce qu'il voulait. Le capitaine du bateau lui répondait aussi, soit par l'écriture, le malade étant dans la possibilité de comprendre très bien ce qui était écrit, soit en lui adressant des paroles, le malade concevant parfaitement bien ce qu'on lui disait.

Ce plongeur n'aurait eu ni perte de connaissance, ni bouche

de travers, ni paralysie des membres, ni autres troublées céphaliques.

Cet état a duré une heure et demie au bout de laquelle le malade a brusquement récupéré l'usage de la parole. Depuis lors, il se portait bien, continuait à exercer son métier de scaphandrier, faisant régulièrement ses campagnes, durant deux années environ.

Le 10 août 1883, après avoir fait cinq immersions à la profondeur de 25 à 26 brasses, six à sept minutes de séjour au fond, il est redescendu non seulement pour la sixième fois à la môme profondeur, mais encore il a prolongé son séjour jusqu'à douze minutes.

Il se fait brusquement remonler comme toujours. Immédiatement après la décompression et l'enlèvement du casque, il est atteint de vertiges. A ce moment, il essaye de se plaindre à ses compagnons de ses sensations vertigineuses, mais il ne peut prononcer un seul mot. H se rappelle que dans son attaque précédente (il y avait déjà deux années) il pouvait écrire, il essaye et il y arrive parfaitement. Profitant alors de la conservation de ce mode d'exprimer sa pensée, il s'entendait avec ceux qui l'entouraient.

Le malade concevait bien ce qu'on lui disait et ce qu'on lui écrivait.

Cette fois-ci encore, le malade n'avait eu ni perte de connaissance, ni bouche de travers, ni autres symptômes paralytiques. Pas d'autres troubles céphaliques.

' La sensibilité, la vessie et le rectum n'auraient pas été troublés.

Cette aphasie a duré pendant une heure, au bout de laquelle elle a tout à fait disparu. Depuis ce moment, il n'a pas cessé sou travail dans l'air comprimé, faisant ses campagnes.

Le 10 juillet, à son retour à Ëgine, ayant fait sur les côtes de cette île sa première immersion, à la profondeur de 25 brasses, il commet la faute de rester au fond vingt minutes, au bout des*

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quelles il se fait remonter brusquement. Le malade afGrme d'une manière catégorique qu'il avait déjà antérieurement fait plusieurs immersions à cette profondeur sans accident, mais jamais il n'avait prolongé son séjour au delà de 6-10 minutes.

Dix minutes environ se passent après la décompression et Tenièvemeut du casque, et le malade se porlait très bien et n'avait aucun trouble du langage. Au bout de ce temps, il était à peu près trois heures, tout à coup, dans le cours de sa conversation, il s'arrôlè et ne peut plus articuler un seul mot; il ne dit que ho... bo... ho... On le fait transporter à Egine, où j'étais à se moment en train de me livrer à mes recherches et on m'appelle pour lui donner mes soins.

Etat actuel (10 juillet 1884, 10 heures du matin, c'est-à-dire une heure après l'accident}. — Le malade se trouve dans une incapacité presque absolue de parler, substituant toujours quelques sons inarticulés à tout ce qu'il veut dire. 11 comprend parfaitement bien ce qu'il entend^ car si par hasard on lui dit des choses inexactes, il proteste énergiquement par la mimique. Je lui ai donné un journal à lire; lui ayant demandé s'il comprenait, il m'a fait un signe affirmatif. Mais, pour être plus sûr, je lui ai écrit : « Donnez-moi la brosse, le crayon, l'encrier, etc., etc. » Il le faisait aussitôt. Enfln, je lui ai proposé d'écrire son nom, son pays, son âge, etc., etc., ce qu'il a fait correctement.

Le malade n'a pas perdu un seul instant sa connaissance. Il n'a pas d'autres symptômes céphaliques. Pas de bouche de travers. Pas de paralysie de membres.

Pas de troubles de la sensibilité, du sens musculaire, de la vessie, du rectum et des organes génitaux. Pas de lièvre. Rien du côté de la poitrine, du cœur, des artères, etc. Les fonctions des autres organes paraissent se faire régulièrement.

Etant déjà en connaissance de la fugitivité extrême des accidents cérébraux, j'ai prédit au malade et à ses parents que ses troubles de la parole disparaîtraient très rapidement.

Nous lui avons prescrit de l'eau colorée, ut aliquid fiât, pour ne pas empêcher la marche naturelle de l'accident. J'ai recommandé à son frère de m'appeler en toute hâte, dès l'amélioration commencée.

A onze heures, le malade commence à pouvoir articuler quelques mots. Je fus appelé inïmédiatement, et je me rendis aussitôt chez mon malade. Mon pronostic était pleinement confirmé, en effet, le malade a recouvré intégralement la parole. La durée totale de l'aphasie n'avait pas été de plus de deux heures.

Observation XXXIH. — Accident provoqué le 40 octobre, à la première immersion, profondeur de 32 brasses^ séjour de quatre mi*

'ili'i CLINIQUE NRRVBU8B.

nutes, décompression brusque, — Immédiatement après la décompression, à dix heutes du matin, aphasie motrice. — Dans Vaprèsmidi, commencement du retour de la mémoire et des mouvements spécialisés pour l* articulation des mots. Substitution de quelques mots à tout ce qu'il veut dire, — A onze heures du soir, disparition de V aphasie motrice.

Le 45 août, deuxième accident fîTaphasie motrice^ d^une durée de deux heures, survenu à la première immersion, profondeuf de 48 brasses, séjour d'une heure, décompression brusque, — Plusieurs immersions antérieures faites dans les mêmes conditions, sauf le séjour, qui n'a jamais duré plus de lo-18-20 minutes.

Histoire. — Ki^SiS (Emmanuel), âgé de vingl-neuf ans. Ses antécédents héréditaires n'offrent rien d'important. Les antécédents personnels non plus. Il aurait attrapé seulement à Tâge de vingt ans une chaude-pisse qui a guéri dans l'espace de deux mois.

Il avait commencé son travail dans Tair comprimé en 1875 et il aurait travaillé pendant quatre ans de suite sans accident, ' Le 10 octobre, 1879, à la première immersion faite à une profondeur de 32 brasses, et après un séjour de 4 minutes, il s'est fait brusquement remonter. Immédiatement après renlèyement du casque, il était 10 heures du malin le scaphandrier est pris d'une impossibilité absolue d'articuler nn seul mot ; il n'émettait que quelques sobs inarticulés. Le malade concevait parfaitement bien ce qu'on lui disait, mais il ne pouvait y répondre. Le malade ne savait ni lire ni écrire.

Dans Taprès-midi, vers 4-5 heures, le malade a commencé à pouvoir articuler quelques mots qu*il substituait à tout propos. Dès ce moment» son vocabulaire s'enrichit d'une heure à l'autre avec une rapidité telle quà 11 heures du soir le malade était dans la capacité absolue de parler et d'articuler tous les mots. Le malade n'aurait eu ni bouche de travers, ni perte de connaissance ni autre symptôme céphalique^ pas de paralysie des extrémités. La durée totale de cette aphasie motrice a été de 13 heures à peu près.

Depuis cette époque, il a fait régulièrement ses campagnes jusqu'en 1884, sans accident sérieux, sauf quelques accidents douloureux des diverses articulations, le malade ne pouvant définir les conditions qui ont causé ces douleurs.

Le 15 août 188i, il fait la première immersion de sa journée à une profondeur de 18 brasses; il fait prolonger son séjour pendant une heure. Il aurait fait antérieurement un grand nombre dim* mersions à la môme profondeur et bien au-dessus de 18 brasses, la décompression étant toujours la môme, mais notons bien qu'il n'aurait jamais prolongé son séjour à cette profondeur au delà de 15-18-20 minutes. — Immédiatement après la décompression.

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le malade est pris d'engourdissements aux lèvres et aussitôt après de rimpossibilité d*articuler les mots ; il comprenait parfaitement ce qu*on lui disait.

Pas de perte de connaissance» pas de paralysie des membres, pas de bouche de travers enfin pas d*autres symptômes soitcéphaligues soit autres. — Cet état a duré 2 heures au bout desquelles il a disparu tout à coup.

Observation XXXIV. — Accident survenu le 2 juillet, à la cinquième immersion, profondeur de 22-24 et quatre à cinq minutes de séjour. Quatre immersions antérieures faites tout à fait dans les mêmes conditions. Décompression isochrone pour toutes les immersions. — Une heure d'intervalle de bien-être entre' la décompression et Ttnvasion dé Vaccident. — Première aphasie motrice trois à quatre minutes de durée suivie d'un intervalle de six^ sept minutes, — Deuxième aphasie motrice quatre à cinq minutes de durée suivie aussi d'un intei'valle de six à sept minutes. — Troisième aphasie motrice de la même durée, suivie d'un intervalle presque isochrone

' aux deux autres, — Quatrième aphasie motrice suivie cette fois-ci de guérison complète du malade.

Histoire, — Paul Calamatas, âgé dé 30 ans. Son père mort de fièvre typhoïde, pa6 d*autres antécédents héréditaires. Les anté-* cédents pei*sonnels n'offrent non plus rien d'important ; il aurait eu un catarrhe bronchique dans son enfance. 11 a commencé son travail dans l'air comprimé, en mai 1886, il avaii travaillé deux mois sans accident. — Le 2 juillet, ayant déjà fait quatre immer* sions à une profondeur de 22 à 24 brasses, et quatre à cinq minutes de séjour, il se fait descendre pour la cinquième fois tout à fait dans les mômes conditions. Inutile d^ajouter que la décompression a été isochrone pour toutes les cinq immersions, il est intéressant de noter que ce plongeur n'était pas du tout indisposé, quMl n'avait pas mangé avant son immersion, qu'il n*était pas fatigué. -— Une heure après la décompression et Tenlèvement du casque, le malade se porte à merveille. Au bout de ce temps, le scaphandrier est pris tout à coup d'une incapacité absolue d'articuler les mots; il comprenait parfaitement bien ce qu'on lui disait, sans pouvoir y répondre, il n'émettait que des cris. Le malade ne savait ni lire ni écrire. Au bout de trois à quatre minutes, ce trouble de la parole disparaît subitement et complètement. Ce retour du langage n'était pas destiné à durer bien longtemps; en effet, après six à sept minutes, pendant qu'il parlait, il s'arrête tout d'un coup ; il ne peut plus continuer sa con« versation, il criait.

Ce nouveau trouble du langage, qui consistait dans Timpossibi-

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litéde parler, tandis qu'il comprenait parfaitement bien ce qu'il entendait, n*était pas non plus destiné à durer plus longtemps que le premier. En effet, au bout de quatre à cinq minutes, il disparaît brusquement et complètement. Au bout de six à sepl minutes, un troisième trouble de la parole, tout à fait pareil aux deux autres précédents et de môme durée, survient au malade. Enfin, au bout de six à sept minutes d'intervalle, un quatrième et dernier trouble de la parole a atteint le malade, exactement sous le même aspect clinique que les trois autres.

Après cinq minutes environ, ce trouble delà parole disparaît et le malade n*avait plus rien. — Pas de perte de connaissance; pas de bouche de travers ; pas de paralysie des extrémités; pas d'autres symptômes quelconques.

Etat actuel, rien, cœur et système artériel, normaux.

6). — Surdité psychique ou verbale ou des mots (VoRTTAUBHEiTJ. — ^ Nous u'avoDs à relater qu'une seule observation de cette aphasie^sensorieile qui est la suivante. On sait déjà que la surdité des mots a figuré à titre de symptôme de la période du début de la forme centrale spinale postérieure chez le malade de TObser- VATiON XXI. Nous allons maintenant la voir à titre de forme à part.

Observation XXXV. — Accident survenu le 3 avnlj à la suite de la première immersion faite à une profondeur de 20 brasses, dix mi^ nutes de séjour; fatigue due à la marche et à h lutte contre le cow rant de mer. Plusieurs immersions €mtérieures de la même pro^ fondeur, de même séjour et de même décompression; pas de fatigue toutefois; pas de refroidissement; pas d'affections pulmonaires, pas de repas avant l'immersion, — Immédiatement après la décom-^ pression et l'enlèvement du casque, impossibilité absolue de concevoir tout ce qu'il entendait. Pas d'autres troubles du langage. — Durée de trois heures.

Histoire. — Spyridion Garacatsanis, âgé de vingt-sept ans. L'hérédité interrogée soigneusement n'a montré rien d'important. Les antécédents personnels n'offrent non plus rien qui mérite d'être noté. Il avait commencé à travailler dans Tair comprimé, en mars 1885. Il aurait travaillé un mois à peu prés sans accident. Le 3 avril il faitlapremière immersion de sa série à une profondeur de20 brasses, il n'aurait pas séjourné plus de dix minutes mais il a

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été. très fatigué, étant obligé de marcher et de lutter contre un courant de mer très fort. Il se fait brusquement remonter. «- Les jours précédents, il aurait fait plusieurs immersions dans des conditions exactement semblables comme profondeur, comme durée de séjour et comme rapidité de décompression, sans jamais, ditil, avoir été fatigué. Il importe aussi de noter que ce scaphandrier était parfaitement bien portant et qu'il n'avait pas chargé sou estomac avant s(m immersion.

Aussitôt après la décompression et Tenlèvement du casque, le scaphandrier est pris d'une sensation de brûlure qui commençait des pieds et suivant alors une marche ascendante, remontait à la tôtc. Presque en môme temps, il a été atteint d'une impossibilité de comprendre ce qu'on lui disait.

11 afiirnie d'une façon catégorique qu'il entendait parfaitement ce dont on lui parlait mais il ne pouvait pas y répondre car il ne comprenait pas les mots parlés par son entourage.

11 entendait si bien que le moindre frottement ou le moindre bruit qui se faisait autour de lui était perceptible à ses oreilles.

Il parlait très bien et aussi correctement qu'avant son accident. Ce scaphandrier n'a appris ni à lire ni à écrire.

Le malade n'aurait eu ni vertiges, ni perle de connaissanse, ni autres symptômes céphaliques. Il n'aurait eu non plus ni bouche de travers, ni paralysie des extrémités, ni autres troubles quelconques. Cet élat n'avait pas duré plus de trois heures.

y). — Aphasie complexe. — De cette aphasie com^ plexe nous n'avons à relater qu'un seul cas que nous avons observé de visu.

Observation XXXVI. — Accident survenu le 40 octobre, Première immersion, profondeur de 46 brasses, séjour d'une demi heure, décompression brusque. Plusieurs immersions antérieures de la même profondeur et bien au-dessus, de même décompression, le séjour n*ayant jamais duré plus de quinze à vingt minutes. — Immédiatement après la décompression et t enlèvement du casque à 40 heures du matin, impossibilité déparier. — Incapacité incorhplète de concevoir la parole entendue. — Impossibilité de com^ prendre tout ce qui est écrit. — Agraphie. Traitement par com^ pression. Immersion à 4 heures du soir. Retour de la parole au fond de la mer. Guérison complète à 5 heures. —

Histoire. — Nichitas Mavroyannis, âgé de trente ans. Sa mère est morte d'un cancer à la matrice; pas de maladies nerveuses dans sa famille, pas d'antécédents personnels , il aurait eu danà

son enfance la coqueluche. Il a commencé son travail dans l*air comprimé, Télé de 1883, et il a travaillé pendant une année et quelques mois sans accident.

Le iO octobre, il fait sa première immersion près du Pirée à une profondeur de 16 brasses seulement, et après avoir prolongé son séjour au fond pendant une heure et demie, il se fait remonter. — 11 va sans dire que ce scaphandrier avait déjà antérieurement fait des immersions à la même profondeur et bien au-dessus et de même temps de décompression sans jamais demeurer au fond en pareil cas plus de quinze à vingt minutes. Pas de refroidissement, pas d'aéeclions pulmonaires; pas de repas avant Timmersion.

Immédiatement après la décompression et Tenlèvement du casque, à 10 heures du matin, il est surpris de constater qu'il est dans rincapacité absolue de proférer un seul mot, il ne prononçait que quelques monosyllabes, il comprenait incomplètement ce qu'on lui disait. On le fait transporter au Pirée et on m'appelle en toute hâte. Je me rendis aussitôt près de mon malade. ' Etat du malade le 10 octobre à deux heures du soir. — Le Ynalade se trouve dans Timpossibilité d'articuler un seul mot. Il ne profère que quelques monosyllabes, en les substituant à tout ce qu'il veut dire. Il conçoit un peu ce qu'il entend, car si on lui dit qu'il n'est pas un bon scaphandrier et qu'il ne descend pas à des profondeurs très grandes au delà de 45 à 20 brasses, il proteste énergiquement par ses monosyllabes et par la mimique. 11 faut toutefois noter que cette capacité de comprendre est restreinte. Ainsi, en mettant devant lui une tasse, un sucrier et un morceau de papier et en lui disant : donnez-moi le morceau de papier, il me donne l'encrier. Si on lui donne un journal à lire, on constate qu'il ne comprend plus; impossible de déchififrer un seul mot: je vois, mais fait-il observer par signes, mais je ne comprends pas. Si on lui propose d'écrire, on voit qu'il ne peut y parvenir ; pour la plupart des mots il n'écrit que la première lettre ; pour quelques-uns, la première syllabe, et puis il s'arrête, il ne peut plus avancer.

L'examen fait par les doigts parait montrer qu'il y a d<a Thémiopie.

Excepté sa grande émotivité, il n'y a pas d'autres symlômes céphaliques. Il n'y a aucune trace de paralysie nulle part. — Il n'existe pas de troubles de la sensibilité générale et sensorielle et du sens musculaire. Rien du côté des urines. Les fonctions du cœur et des autres organes paraissent se faire régulièrement

Je lui ai conseillé de faire immédiatement une immersion de 40 brasses de profondeur et de prolonger son séjour pendant une heure. Il lait son immersion à quatre heures. Le malade affirme que déjà au fond il a été surpiis de constater qu'il pouvait parler;

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OU le fait monter cl immédiatement après la décompression, ses compagnons voient non sans étonnement qu'il n'avait plus de troubles du langage ; c'était à cinq heures du soir. Il vient me remercier à Athènes à huit heures du soir, et nous avons remarqué qu'il parlait très bien, qu'il concevait parfaitement bien ce qu'on lui disait^ qu'il lisait et qu'il écrivait tout adssi bien qu'a* vaïit rinvasion de son accident.

Les observations qui précèdent montrent à Tévidence que la faculté qme Thomme possède d'exprimer sa pensée par des signes peut être atteinte tantôt d'une manière isolée, un seul de ses éléments constitutifs étant modifié, altéré, et complètement aboli. C'est ainsi que, chez les hommes des Observations XXXII, XXXIII et XXXIV, cette faculté n'a été modifiée que dans un de ses éléments à savoir la mémoire des mouvements coordonnés qu'il faut faire pour articuler les mots. Les malades de ces observations étaient absolument incapables de proférer un seul mot : par contre, la mémoire auditive n'avait pas été modifiée, les malades entendaient tout et comprenaient tout. En ce qui concerne les malades des Observations XXXIII et XXXIV, la mémoire visuelle des mots et la mémoire des mouvements graphiques ne peuvent pas être prises en considération, car ces deux personnes n'ont jamais acquis ces deux facultés du langage. C'est seulement le malade dé I'Obskrva- TiON XXXII qui possédait ces facultés d'exprimer sa pensée et qui lisait, mentalement, tout avec facilité; il écrivait couramment et il concevait parfaitement tout ce qu'il lisait et tout ce qu'il écrivait. Or, nous étions là en présence d'une aphasie motrice (type fiouillaud-Broca).

Par contre, chez l'homme de 1 'Observation XXXV,

la facultas signatrix de Kant n'a été altérée ni modifiée que sous le rapport de sa mémoire auditive des mots; le. malade entendait tout, mais il ne comprenait rien. Il n'aurait pas perchi la mémoire des mouvements coordonnés pour articuler les mots; il proférait tous les mots. Chez lui, il n'y avait ni mémoire visuelle des mots, ni mémoire des mouvements graphiques. Il n'avait jamais appris ni à lire ni à écrire. Nous n'avons pas observé de cas de cécité verbale ou cécité des mots (Wortbiindheit), isolée et dégagée de tout mélange. Tantôt plusieurs éléments constitutifs de la faculté du langage peuvent être altérés. Ainsi, chez le malade de I'Observation XXXYlJe langage a été modifié sous plusieurs rapports. 11 avait perdu tout à fait la mémoire des mouvements coordonnés qu'il faut faire pour articuler les mots ; le malade ne proférait pas un seul mot : b), la mémoire visuelle des mots : il ne pouvait pas lire, mentalement, ce qui était écrit; c), la mémoire des mouvements graphiques : il n'était pas capable d'écrire; dj^ incomplètement la mémoire auditive des mots ; il concevait imparfaitement ce qu'on lui disait. Les caractères généraux des troubles du langage qui peuvent survenir par l'emploi des scaphandres sont au moins dans la majorité des cas les suivants : a)^ la brusquerie de l'invasion ; b)^ leur durée très courte; et c), leur brusque disparition.

A propos de ces caractères qui spécialisent en quelque sorte les troubles du langage de cette origine^ n'oublions pas de noter le fait original qui s'est passé chez le malade de TObservation XXXI, Son aphasie motrice survenant brusquement et d'une durée momentanée disparaissait non moins brusquement durant quelques

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mioutes pour réapparaître après, et ainsi de suite, quatre fois eu tout. Ou assistait là à une aphasie motrice réitérée.

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