C. — FORME CENTRALE SPINALE POSTERIEURE
ObservationXX(M. P. Marie). — Gromillel, trente-huit ans, mécanicien, père mort d'apoplexie; pas d'autres antécédents héréditaires.
Marié depuis 1871 (quatre ans après son accident, sans enfants). Bonne santé antérieure,- quelques blenuorrhagies, jamais de chancre ni d'accidents syphilitiques quelconques» pas d'alcoolisme. Jamais d'accidents d*impaludisme. — Entré dans la marine à dix-huit ans comme mécanicien chauffeur.
Le 30 janvier 1868, dans la rade d'Aden, un chaland avant
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coulé, G... reçat Tordre de Télinguer (attacher les chaînes pour le retirer), il était déjà descendu en scaphandre, le 29 janvier, puur reconnaître l'état du chaland et était resté pendant trois quarts d'heure à une profondeur de vingt-deux mètres environ; tout s'élait bien passé cette fois-là et les jours précédents (pas d'étour« dissement, pas de bourdonnements d'oreilles). Mais, le 30 janvier, après être descendu à cette profondeur, lorsqu'il voulut, en quittant son échelle, se diriger vers le chaland, tout d'un coup la coleretle du scaphandre se rompit et, à partir de ce moment, le malade ne se rappelle plus rien, il n'eut môme pas le temps de faire le signal pour se faire remonter. 11 ne sait pas au bout de combien de temps il fut remonté, mais ce temps peut être approximativement calculé, car, d'après les règleme{)ts de la marine, au bout de cinq minutes que le scaphandrier est sous Teau, on lui donne un signal auquel il doit répondre ; s'il ne répond pas, on en fait un second au bout d'une minute, et, si ce dernier reste aussi sans réponse^ on doit le remonter immédiatement. Or, notre malade n'entendit ni le premier ni le second signal, et par conséquent, il est resté sous l'eau environ^ six minutes, mais l'accident n'étant arrivé que lorsqu'il était 'déjà descendu au niveau du chaland, c'est-à-dire à une profondeur d'environ vingt-deux mètres^ il faut déduire le ten^s qu'il a mis à descendre (au moyen d'une échelle) et qui peut être estimé, croyons-nous, à trois minutes; donc le malade serait resté environ trois ou quatre minutes sous Teau après sou accident.
Au moment de l'accident, il a perdu connaissance et est resté dans cet état pendant trois semaines; il n'a eu absolument cons« cience de rien. D'après ce qu'on lui a raconté, il avait la tête considérablement augmentée de volume (il fallut scier le casque pour le lui enlever), la face était extrêmement rouge, les conjonctives complètement infiltrés de sang ; il parait qu'il ne respirait plus. On pratiqua une saignée cinq minutes après qu'il eut été remonté, le sang coulait difficilement. 11 ne semble pas avoir perdu de sang par les oreilles ni par la bouche. Au bout de trois semaines environ^ il commença à entendre parler autour de lui et à reconnaître par la voix les personnes qui l'approchaient, mais il ne voyait absolument rien (il ne distinguait pas le jour de la nuit), il avait devant les yeux une grande tache noire changeant quelquefois un peu de couleur.
Ce n'est qu'au bout de six semaines qu'il recommença à voir clair petit à petit. A ce moment, les membres inférieurs étaient complètement paralysés, les membres supérieurs l'étaient aussi un peu, le malade avait une grande difficulté à les soulever. — Les urines et les matières fécales étaient rendues sans que le malade en eût conscience; à ce moment, la sensibilité au niveau des membres et même du tronc jusqu'au cou aurait été complètement
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abolie. Dans les jambes, il avait des douleurs comme des éclairs qui partaient tout d*un coup, souvent aussi sensations de brûlure ou de froid.
Dans les yeux, il voyait des étincelles, des points brillants s'agiter devant lui. Au niveau du thorax, il avait la sensation d'un corset de fer. Souvent aussi, il éprouvait des secousses dans les jambes qui se fléchissaient ou s'étendaient tout d'un coup.
Il lui était difticile de s'alimenter, car il vomissait presque tout et ne digérait que le bouillon; à la même époque, il aurait aussi vomi du sang et eu des hémoptysies presque tous les jours.
Au bout de trois mois de soin à Aden, G... fut rapatrié, il ne perdait plus ses urines et pouvait alors se tenir un peu sur ses jambes et s'en fut dans sa famille ; mais là, au bout d'un mois, il fut repris de telles douleurs dans les jambes qu'il dut rentrer à l'hôpital de Toulon; on lui donna des bains sulfureux, et, au bout d'un mois et demi, il fut assez amélioré pour en sortir, il marchait alors assez bien et n'avait plus que, de temps en temps, de légères douleurs. Déjà, lorsqu'il quitta Aden, il avait recommencé à avoir des érections (elles avaient tout à fait disparu pendant les deux mois qui suivirent l'accident).
A partir du moment où il quitta l'hôpital de Toulon, il travailla comme ajusteur mécanicien (travail debout devant un étau) et pouvait faire ses journées de dix heures sans être trop fatigué; il se sentait seulement, le soir, toujours les jambes un peu raides, surtout au niveau des genoux, la miction était parfaitement normale; cependant, quand il était très fatigué, il lui arrivait la nuit de perdre ses urines.
En 1870, il fut rappelé à bord du Montcaîin^ mais, comme le travail de chauffeur lui aurait été trop pénible, il eut l'emploi de graisseur (il restait assis près de la transmission et n'avait qu'à verser un peu d'huile toutes les vingt minutes environ). Il fut libéré à la fin de juillet 187i. A ce moment, il se maria (pas d'enfants) et entra dans plusieurs usines commme mécanicien ajusteur, et continua à pouvoir travailler debout environ dix heures par jour.
Au commencement de 1875, il sentit ses jambes devenir plus faibles, elles ployaient sous lui, ne perdait qu'accidentellement ses urines, la nuit, quand il était très fatigué, mais ressentait de très violentes douleurs au niveau de l'appendice xyphoîde (comme des coups de poignard) et, en même temps, il lui semblait que ses reins s'ouvraient en deux. On lui a donné là des bains sulfureux et un certain nombre de médicaments qu'il ne peut indiquer au bout de six semaines; il sortii amélioré. — Ses douleurs d'estomac avaient presque disparu. Il reprit de nouveau du travail dans différentes usines. Depuis cette époque, il n'a plus cessé de travailler, quoique, à certains moments, il se sentit un peu plus fatigué.
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Au commencement de 1882, il sentit ses douleurs d'estomac revenir plus violentes ; son médecin lui dit qu'il avait une gastralgie. Â partir de ce moment, pendant deux jours, il a vomi jour et nuit (il n'avait fait aucun écart de régime). On lui a fait une piqûre de morphine, il a dormi un peu, ses vomissements se sont arrêtés ; mais ses douleurs d'estomac et de reins continuaient, il ne put reprendre son travail qu'au bout de quinze jours, les jambes étaient, elles aussi, devenues plus faibles. Depuis ce moment, tous les mois, presque à la même date, il s'est vu repris des mêmes douleurs et de vomissements, cela durait quelques jours, puis disparaissait, mais les jambes étaient de moins en moins fortes. Puis les crises sont devenues un peu plus fréquentes et sur huit jours il n*avait guère, dit-il, que deux ou trois jours de tranquillité, tous les autres jours il vomissait.
Ënfîn, dans les six derniers mois, il s'est mis à vomir tous les matins : il mangeait sa soupe, puis, trois quarts d'heure, une heure après, il vomissait delà bile ou des glaires, mais non ses aliments.
Etat actuel (13 juin 1883). — Motilité. Le malade lève bien les jambes, étant dans son lit et frappe bien avec son pied où on lui dit, mais il a un peu un mouvement de ressort, et le pied est lancé avec une certaine violence involontaire. Quand on le fait marcher, on voit qu'il a une certaine difficulté, cependant il pourrait faire environ une demi-heure de chemin ; le talon touche le sol un peu avant le reste du pied, les pieds sont légèrement portés en dehors et écartés l'un de l'autre, le malade frappe un peu le sol et chaque fois qu'un pied touche le sol, il y a un léger mouvement de ressort en même temps qu'un peu d'incertitude de l'équilibre. Il peut se tenir debout les pieds joints, même en regardant en Tair; mais, dès qu'on lui fait fermer les yeux, il tombe en arrière.
La force des fléchisseurs des jambes semble un peu diminuée, celle des extenseurs des jambes est normale, les fléchisseurs et extenseurs des pieds ont conservé leur force. — Les mains ont certainement perdu de leur force. Il n'y a pas trace d'atrophie, les muscles sont même bien conservés.
Les réflexes rotuliens sont légèrement augmentés des deux c6léi\ il n'y a pas de phénomène du pied. Les réflexes lesticulaires (créraastes) sont normaux des deux côtés; le testicule droit est augmenté de volume est très induré (orchite chronique ?), l'épididyme n'est pas induré ; sa consistance aurait plutôt un peu diminué.
Pas de sensations anormales à la face ou au cou, mais à deux ou trois travers de doigts au-dessus du mamelon jusqu'à quatre travers de doigts au-dessous du nombril, il a une sensation de corset qui le serre extrêmement fort et lui donne quelquefois des étouffemenls violents ; cette sensation du corset n'est pas continuelle, mais survient à intervalles variables, quelquefois toutes les deux heures
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plus OU moins; — elle dure un temps variable, généralement cinq à dix minutes; quelquefois aussi c'est pendant des journées entières qu'il a cette sensation et il souffre alors énormément.
Mais c'est surtout au niveau de la région sacrée que ces douleurs sont les plus fortes, parfois même elles deviennent intolérables. A cette observation était attachée une note de notre excellent confrère Parinau qui, ayant examiné le malade le 41 juin 1883, a noté : « Pas de lésions oculaires. »
Observation XXI. — Accident provoqué le io mars 1886 à la première immersion : séjour une demi-heure, décompression brusque.
— Une heure d^intervalle de bien-être après Venlèvement du casque et Cinvasion de l'accident. — Surdité psychique; lourdeur de la tête. Paralysie brusque qui a pris successivement et très rapidement : a), le membre supérieur droit ; 6), V inférieur droit; c), le supérieur gauche; d), l'inférieur gauche; anesthésie ; parésie vésicale et rectale,
— le 18 mars, retour de la motilité à V extrémité supérieure gauche ^ et le 20, au supérieur droit, sensations de brûlure, douleurs fulgu-
. vantes j crises gastriques, — Le 5 avril, possibilité de se tenir debout.
— Vers la fin de ce mois, le retour de la motilité aux membres inférieurs s'effectue complètement. Douleurs en ceinture, pci'te de notion de position de membres. — Au commencement de juin, faiblesse progressive des membres*
Etat actuel (13 juillet 1886). — Démarche ataxique. Signe de Romberg, Impossibilité de marcher sans le concours de la vue. Douleurs en ceinture, douleurs fulgurantes, crises gastriques, aboli^ tion de réflexes, incontinence d'urine accidentelle, constipation habituelle, érections incomplètes suivies d'éjaculation immédiate.— Traitement suivi pendant trois mois. Travail dans l'air comprimé, pointes de feu^ iodure de potassium, hygiène appropriée.
Etat du malade le 15 octobre 1886. ~ Amendement considérable de ce syndrome dans son ensemble.
Le nommé Michel Sgourdas, kgé de vingt-huit ans. Mère morte de maladie cardiaque ; pas d'autres antécédents héréditaires. Gomme antécédents personnels, il n'y a ni accidents syphilitiques ni impaludisme, enfin, rien qui soit digne d'être noté et qui ait une relation quelconque, soit directe, soit indirecte avec la maladie en question. Il a commencé à travailler dans Tair comprimé au mois de mai 1884. Il a travaillé environ deux années sans avoir eu aucun accident, quand le 15 mars 1886, à la première immersion faite à une profondeur de vingt-cinq brasses, le séjour dans le fond de la mer s'étant prolongé jusqu'à une demi-heure; il affirme que plusieurs fois, il avait fait des immersions à cette profondeur sans jamais prolonger son séjour au delà de dix minutes et n'a jamais eu d'accidents; notons bien que le temps de la décompression
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était toujours le môme, c'est-à-dire quarante secondes à une minute; pas d'indisposition, pas de repas avant l'immersion. Une heure se passe après la décompression et Tenlèvement du casque, et le malade se porte parfaitement bien ; pas le moindre symptôme ; au bout de ce temps, il est pris tout d'un coup d'un état qu'il appelle bizarre et qui consistait en ce quHl ne comprenait absolument pas ce qu'on disait autour de lui, et cependant, dit-ii, il entendait parfaitement bien ce qu'on disait; il croyait qu'on se moquait de lui et qu'on ne parlait pas grec, car, t comment arrive» t-il quej'entendais sans comprendre ce que j'entendais ». Au moment même de notre examen, malgré l'explication que j'ai tentée pour lui faire comprendre qu'il est bien possible d'entendre sans concevoir ce qu'on entend et malgré l'affirmation catégorique d'un de ses compagnons qu'on employait des mots d'un usage très commun, et qu'on ne se moquait pas de lui, il hésite à le croire. Il parlait très bien; il ne savait ni lire ni écrire; en outre, il avait la lôte un peu lourde. Pas de symptômes, ni gastriques, ni respiratoires, ni douloureux. Cet état, après avoir duré trois quarts d'heure, dispa* rait complètement pour faire place à une paralysie brusque et complète du membre supérieur droit, quelques minutes plus tard, du membre inférieur droit. Une dizaine de minutes après, le membre supérieur gauche est pris à son tour et devient paralytique; aussitôt après, le membre inférieur est lui-môme atteint. A ce moment donc, les quatre membres étaient paralytiques ; il ne bougeait que la tête. La sensibilité au niveau des membres paralysé» et du tronc aurait été complètemeait abolie. N'oublions pas d'ajouter qu'il a rendu involontairement ses urines et ses selles.
Le 18 mars au matin, le malade commence à mouvoir son bras gauche; vers le coucher du soleil, ce membre était complètement dégagé de sa paralysie» Le 20 mars, à son réveil, il voit que son extrémité droite commence, à son tour, à se dégager, et dans quelques heures, le dégagement s'est tout à fait opéré. L'état de ses membres inférieurs n'a pas du tout changé. Continuité de la parésie vésicale et rectale. Dans les membres,- il avait des sensations de brûlure. Il est resté au lit une vingtaine de jours, durant lesquels le malade avait dans les membres des douleurs isolées, comme des éclairs qui partaient tout d'un coup. Il a eu aussi deux fois des crises gastriques. Soudain le malade aurait été pris de douleurs à l'apophyse xyphoïde d'une violence extraordinaire et de vomissements opiniâtres, d'abord alimentaires, puis biliaires et parfois sangui-* nolents. Chaque crise a duré une journée.
Le 5 avril, il peut se tenir sur ses jambes et marcher un peu à l'aide de deux appuis. Depuis ce moment, l'amélioration de la paralysie a si rapidement progressé, que le 8 avril il a pu marcher sans appui, mais il sentit ses membres faibles et lourds pendant quelques jours encore; de sorte que, à la fin du mois d'avril, ses
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membres ont recouvré leurs fondions. Par contre, de nouveaux symptômes «e déclarent : l» le malade sentait la base de soc thorax serrée comme dans un étau ; 2* il ne sentait pas bien le sol et il lui arrivait fréquemment de perdre la notion de position de ses membres.
Au commencement de juin, après une très longue course, il sent ses membres s'affaiblir et se ployer sous lui. Cette faiblesse augmentait d'un jour à Tautre et rendait la marche difDcile, surtout quand il faisait obscur.
Etat actuel (13 juillet 1886). — La marche du malade est nettement ataxique, il projette brusquement ses jambes en marchant. Le talon touche le sol un peu avant le reste du pied ; le malade frappe le sol. Toutes les fois que ses pieds touchent le sol, il a un mouvement de ressort. Le malade oscille lellement,les yeux fermés, qu'il est obligé de les ouvrir pour éviter de tomber en arrière. La marche est impossible sans le concours de la vue. Il a des ânesthésies en plaques étendues. Les douleurs en ceinture n*ont pas cessé de tourmenter le malade à des intervalles très irréguliers; leur durée variait de dix minutes à quatre heures. — Les douleurs fulgurantes surviennent, plus espacées, mais, par contre, plus fortes.
Les crises gastriques sont plus fréquentes, plus violentes et, chaque fois, elles durent deux à trois jours. Aucun écart de régime ne précède l'invasion des crises; des digestions immédiatement après les crises sont normales. La force des muscles est bien conservée, excepté celle de fléchisseurs de la cuisse qui semble un peu diminuée. Il ny a pas trace d'atrophie musculaire; pas de troubles vaso-moteurs. Il y a une abolition complète de réflexes, facilement constatable par les procédés élémentaires.
L'incontinence d'urines ne survient qu'accidentellement, surtout après la fatigue et les excès d'alcool. Il est habituellement constipé. — Les érections sont incomplètes et Téjaculation se fait immédiatement après l'introduction incomplète du pénis. Il n'y a pas de symptômes céphallques. Nous avons ordonné au malade le travail dans l'air comprimé, l'application de petites pointes de feu, l'iodure de potassium et une hygiène appropriée à son état. Notre malade a fidèlement suivi le traitement prescrit pendant trois mois.
Etat du malade le \o octobre 1886. — La démarche est incertaine, mais il ne projette plus brusquement ses jambes et il ne frappe pas le sol ; le mouvement de ressort est très léger; il sent ses jambes plus fortes et peut faire une heure de chemin sans se fatiguer beaucoup. — Le signe de Roraberg est bien moins marqué. Les douleurs fulgurantes sont améliorées sous tous les rapports ; fréquence, intensité.
Les douleurs en ceinlure sont plus tolérable5,et ne donnent plus
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la sensation d'éloufTemeut qui les accompagnait avant le traite ment.
Les crises gastriques n'ont pas reparu.
Les érections sont plus complètes, sans être encore tout à fait normales. Nous l'avons engagé à continuer son traitement ; malheureusement, nous avons perdu le malade de vue.
Observation XXII. — Accident survenu le iZjuin 1883. -^Première immersion, 41 heures du matiny 20 brasses de profondeur ; une heure et demie de séjour, décompression brusque. — Intervalle de trois fleures de bien-être parfait entre le moment de la décompression et l'invasion de l'accident, — Dyspnée, toux quinteuse, hémopihisic, douleurs de l'apophyse xyphoide. — A 10 heures du soir, disparition de ces symptômes, — Intervalle de bien-être pendant un temps impossible à définir entre la dispantion de ces symptômes du début et l'invasion de la paraplégie. — Paraplégie, anesthésie, rétention d'urines, fièvre légère, — Vers la fin de juin, douleurs uréthraks; et un peu plus tard, douleurs comme des éclairs dans les membres inférieurs. — Au bout d'un mois après Vinvasion de Vaccident, possibilité de se tenir debout et vers la fin de juillet, possibilité de marcher sans appui. — En septembre, pas de trace de faiblesse des membres ; continuité de douleurs uréthrales et de douleurs fulgurantes; sensations de biijilure à la cuisse gauche. — Vers le commencement de 4884, faiblesse dt membres, qui, dès lors, augmentait de mois en mois.
Etat actuel (15 mai 1883). — Ataxie ébauchée. Signe de Romberg. Anesthésie de la surface antérieure de la cuisse droite. — Engourdissement des pieds. Douleurs fulgurantes. Chute des ongles. PolluUon par crises. Incontinence d'urines paroxystique^ spasmodique. Traitement suivi de trois mois. Travail dans l'air comprimé. Application de pointes de feu. Galvanisation de la moelle et de Vurèthre par le cathéter galvanique trois fois par semaine, iodure de potassium et arsenic.
Etat du malade (le 20 septembre 1885J. — Amendement considérable qui équivaut presque à la guérison.
C... Chatzi-Yannakis, âgé de trente-trois ans. Père mort de fièvre typhoïde ; pas d'autres antécédents héréditaires ou personnels. Il a commencé à travailler en juin 1882, et il a fait régulièrement ses campagnes pendant une année, sans avoir jamais eu d'accidents.
Le 43 juin 1883, à 11 heures du matin, à la première immersion, 20 brasses de profondeur, après avoir prolongé imprudemment son séjour pendant une heure et demie, il s'est fait brusquement remonter comme d'habitude. Le malade affirme que, dans l6
cours de Tannée précédente, il avait déjà fait plusieurs fois des immersions à cette profondeur et plus et avec la même décompression ; mais il n'a jamais séjourné au fond plus d'un quart d'heure ; pas de refroidissement, pas de toux, pas de repas avant Timmersion. — Trois heures se passent, après la décompression et Tenlèvementdu casque, pendant lesquelles le malade se porte parfaitement biep. Au bout de ce temps, il était 2 heures et demie, il a été pris d'une dyspnée très intense, d'une toux quinteuse accompagnée chaque fois d'hémoptysie en quantité assez abondante et, à peu près au même moment, de douleurs très violentes à Tapophyse xyphoïdienne^ au point qu'il poussait des cris pitoyables. Pas de vomissements, pas de symptômes céphaliques, pas d*artropathies ou myopathies douloureuses. A 8 heures, la dypnée disparaît, la toux quinteuse devient plus rare et la douleur gastrique < diminue beaucoup d'intensité, pour disparaître à 10 heures du soir. A ce moment donc, il y a disparition complète de tous les symptômes; le malade cause bien, mange bien, et à minuit environ, il s'endort. Le lendemain matin, à sou réveil, il constate avec surprise qu'il est tout à fait paraplégique de ses membres inférieurs, au point qu'aucun mouvement n'était possible. Rien aux membres supérieurs ni à la face. La sensibilité aurait été complètement abolie. Il n'a pu uriner. Pas de rétention de fèces. On l'a fait transporter à la capitale de son pays (l'île de Chypre, sur les côtes de laquelle il péchait des éponges) et le médecin, dit-il, a constaté qu'il avait un léger mouvement fébrile, 38<». Le médecin a appliqué le cathéter, il ordonne des frictions énergiques avec Tesprit camphré, l'application de ventouses scarifiées à la région lombaire et des purgatifs.
Le 15 juin, ce médecin constate l'absence de fièvre et commande de continuer ses frictions énergiques et de lui appliquer une seconde fois des ventouses scarifiées. Les jours suivants, il continuait le cathéterisme, des vésicatoires collants et des médicaments qu'il ne peut pas définir.
Vers la fin de juin, le malade est tout d'un coup pris de douleurs uréthrales, se produisant au cours de la miction qui, bien qu'améliorée, se faisait cependant avec une grande difficulté et avec lenteur. Il a gardé le lit à peu près un mois ; à cette époque, il a eu dans les jambes des douleurs qui les parcouraient tout d'un coup, comme des éclairs. Au bout de ce temps, il a pu se tenir sur ses jambes, et marcher un peu, en s'aidant de deux appuis. Dès ce moment, l'amélioration a si rapidement progressé que, vers la fin de juillet, il aurait pu marcher sans appuis.
Au mois de septembre suivant, il n'avait plus aucune faiblesse dans ses jambes et faisait de longues courses sans se fatiguer. Il n'en était pas de même pour ses douleurs uréthrales qui, survenant
par intervalles irréguliers, se produisaient au cours de la miction. Elles étaient variables d'intensité, parfois légères, le plus souvent atroces, au point que le malade sentait son canal déchiré, parcouru par des lames de rasoir; la dyurie coexistante servait à prolonger le supplice du malade. Les douleurs fulgurantes n'ont pas cessé de visiter le malade. Il avait des sensations de brûlures à la cuisse gauche. Vers le commencement de 1884, après un refroidissement, dit-il, il sent ses membres faibles. Cette faiblesse, loin de disparaître, augmentait au contraire de mois en mois, c'est ce qui Ta fait venir me consulter à Athènes.
État actuel (IS mai 1885). — Si l'on examine avec attention le malade, il n'est pas trop difficile de se convaincre qu'il est en voie de devenir réellement ataxique. C'est un ataxique ébauché — qu'on me passe cette expression. — Si on commande en effet au malade de se lover subitement d'une chaise basse pour se mettre immédiatement en marche, à ce moment, nous observons une certaine hésitation et une certaine maladresse ; il se tient debout difficilement, c'est pour cela qu'il reste assis la plupart de la journée et qu'il prend un bâton pour avoir un appui; il oscille quand il essaye de se tenir sur une jambe. Il ne peut, lorsqu'il marche, ni s'arrêter brusquement, ni se retourner très vite sans osciller. Il lui est très difficile de marcher à reculons. 11 descend l'escalier très lentement et avec une grande circonspection, en s'aidant de la rampe (signe). Il marche très difficilement, sans le concours de la vue. Il a des oscillations très manifestes, détermi* nées dans l'équilibre, môme avec l'appui d'une canne, par l'occlusion des yeux. La force musculaire ne parait pas du tout diminuée.
Toute la surface antérieure de la cuisse gauche, à savoir la région qui, à une époque antérieure, était le siège de la sensation de brûlure, toute cette surface, dis-je, est anesthésique sous tous les modes. Trè^ souvent, le malade est pris d'engourdissements de pieds par suite desquels il a une sensation vague de ses chaussures et de ses caleçons. Cet engourdissement variable d'intensité» lorsqu'il se prépare un changement de temps, ou lorsqu'il se fatigue, devient très fort en même temps quïl s'étend à la cuisse. Les douleurs fulgurantes sont aggravées aussi bien comme fréquence que comme intensité.
Les ongles sont tombés et cette chute a eu lieu en dehors de toute cause locale préalable, soit traumatique, soit autre, et sans être accompagnée soit de suppuration, soit d'inflammation, soit d'ulcération.
€ Un matin, dit-il, je me suis levé et j'ai observé que mes ongles ne se tenaient plus que très peu à leurs racines, ils étaient décollés: alors, je les ai détachés avec une grande facilité et sans
la moindre douleur. » Maintenant les ongles nouveaux sonl petits, difformes, arrondis et D*ont pas la moindre ressemblance avec un ongle normal. Il n'y a pas de troubles vaso-moteurs.
Il n'y a aucune trace de myatropbie, pas d'allération de la contraclilité élastique.
Le malade a des pollutions de deux, trois, quatre fois par nuit; cela dure deux ou trois nuits de suite, au bout desquelles plusieurs semaines se passent sans pollutions. Ces pollutious ne sont pas du tout motivées ni par une continence préalable, ni par une excitation erotique, ni par des rêves lascifs, etc., etc. Quelquefois même il lui arrive d'avoir des crises immédiatement après avoir eu des rapports avec sa femme. Elles ne sont pas du tout accompagnées d'éréthisme vénérien. Ses érections sont incomplètes et insuffisantes pour l'accomplissement intégral de l'acte de coït. L'éjaculation est h&tive et ne développe aucune sensation voluptueuse.
Les douleurs uréthrales depuis deux mois déjà n'ont plus reparu. La dyosurie a été remplacée par Tincontinence, qui se fait d'une manière paroxystique; tout d*un coup un jet d'urine lui échappe involontairement.
Il n'y a rien du côté du rectum. Pas de symptômes céphaliques.
Nous lui avons ordonné des immersions dans l'air comprimé; l'application de pointes de feu; la galvanisation de la moelle et de rurètbre par la sonde galvanique trois fois par semaine, l'iodure de potassium et l'arsenic. 11 a suivi ce traitement pendant quatre mois et Tamélioration a été considérable.
Etat du malade, le 20 septembre 1885. — L'ataxie ébauchée n'existe presque plus, les oscillations déterminées dans l'équilibre par l'occlusion des yeux sont à peine appréciables. Les engourdissements n'ont plus reparu. Les douleurs fulgurantes sont très rares et bien moins intenses. Les pollutions ont disparu et les érections sont plus complètes.
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