ÉTUDE DE LKTIOLOGIE DU TABES
sur un symptôme isolé, mais sur Tensemble des symptômes existant chez notre malade, nous aurions, malgré l'état normal des muscles oculaires et du fond de l'œil, pleinement le droit de diagnostiquer le tabès ordinaire s'il n'existait dans la littérature toute une série de cas concernant justement des gens empoisonnés par un poison quelconque (l'alcool au premier plan, le plomb, le sulfure de carbone, etc.) ou ayant eu une maladie infectieuse (la diphtérie, par exemple), cas dont les symplômes formaient un tableau ressemblant beaucoup à celui des symptômes du tabès, mais dans lesquels le tabès n'existait cependant pas. Quelques auteurs ont donné à des cas de ce genre le nom de pseudo-tabes^ d'autres celui d'ataxie aiguë, etc.
En nous servant d'un travail très intéressant de M. Leval-Piquechef % nous pouvons reconnaître les
• Notre nomenclature n*a pas encore fixé de règles d'après lesquelles les auteurs puissent se servir de cette particule • pseudo », certain que le lecteur comprendra au moins en quoi Xa pseudo-maladie se distingue de la véritable. Pour cela, il suffit de comparer la signification de cette particule dans les tableaux de la pseudo-sclérose (Westphal, Arch, v, Psych, Bd. XIV, w. I), de la pseudo-paralysie bulbaire, de la pseudo^ hypertrophie musculaire, du psewio-tabes, etc., par exemple. C*est pourquoi je suis pleinement d'accord avec M. Alihaus (Veber Sclérose des Rùckenmarks, 1884, p. 224), qui conseille de borner la dénomination de pseudo-sclérose aux cas semblables à celui de M. Westphal; mais en môme temps, je ne puis considérer comme bien fondée la remarque faite à ce sujet par lui à mon adresse et à celle de M. Ballet, parce que cette remarque a été visiblement causée par le fait que M. Alihaus n'a pas justement compris le titre de notre travail commun publié dans le tome VII des Archives de Neurologie. Nous n'avons justement pas décrit une n fausse sclérose y*^ mais une • fausse sclérose systématique de la moelle épinière » et si M. Althaus avait bien voulu remplacer le mot « fausse » par celui de « pseudo », il aurait dû nommer notre cas » sclérose pseudo-systématique » et non ^pseudo-sclérose systématique »• Nous ne pouvions donc aucunement c amener de confusion dans la nomenclature», puisque notre but était de démontrer non pas une pseudcsclérose, mais une sclérose véritable, mais pseudo-systématique , ce à quoi iM. Althaus n'a pas fait attention, ce qui est à regretter.
^ Des pseudo ta bes , 1 885 ; Lille.
Archives, t. XVII. 2li
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signes qui distinguent la pseudo-tabes du labes vulgaire.
Avant tout, c'est l'absence des altérations anatoroiques dans la moelle épiuière; naturellement ce point ne peut pas avoir d'importance dans notre cas^ puisque notre malade est vivant.
Secondement, le développement aigu. Mais d'abord, M. Levai- Picquechef admet même un délai de trois ans comme développement aigu et de plus, il est lui-même troublé par l'existence des tabès vulgaires rapides (Fournier, Erb., Vincent, etc.). Qu'est-ce qui peut donc décider le diagnostic dans une marche relativement si rapide du tabès? 1) l'autopsie, mais nous n'en pouvons pas parler ; i) la suite typique ou non typique du développement du tabès. En ce qui concerne notre cas, nous avons justement fait remarquer que le développement de la maladie était assez typique ; 3) a la terminaison est favorable » et a dans le tabès on a affaire à une maladie où la mort est à peu près certaine; dans l'autre cas (le pseudo-tabes), la guérison est au contraire la règle » (voir rintroduction du livre)». Cette amélioration s'opère habituellement « sublata causa ». Cependant, dans notre cas^ nous voyons précisément le contraire : taudis que les symptômes plombiques, constipations, coliques, liséré aux gencives, ont disparu, les symptômes nerveux ont progressé devant nos yeux et il ne se produit aucune apparence d'amélioration; 4) dans les pseudo-tabes les troubles des organes génito-urinaires sont très rares; dans notre cas, il y a impuissance génitale absolue et tendance, peu fréquente il est vrai, à la rétention d'urine; 5) dans le pseudo-tabes, il n'a pas de
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symptômes ophthalmiques,inyo8e, symptôme d'Argyl" Robersom, etc.; mais nous avons déjà parlé de cela en ce qui concerne notre sujet et nous y reviendrons encore. Ensuite, dans le pseudo-tabes se remarquent souvent des phénomènes parétiques et une douleur lors de la pression des grands troncs nerveux : aucun de ces phénomènes ne se retrouve chez notre malade. Nous devons ajouter ici que ces parésies observées si souvent dans le tableau clinique nommé pseudo-tabes, ont donné, non &ans fondement, le droit de considérer beaucoup de cas d'ataxies pseudo-tabétiques comme non véritables, mais comme des ataxies paralytiques seulement. C'est ce qu'ont démontré avec raison MM. Charcot. (Voyez Leval-Piquechef, 457 et Brissaud'.)
Sans entrer dans plus de considérations, si Ton admet l'existence d'une telle unité clinique à laquelle on puisse donner le nom de pseudo-tabeS, notre cas, d'après ce que nous avons dit, ne se rapproche pas de ce tableau clinique ou du moins, ne doit absolu* ment pas être rangé dans cette catégorie.
Nous avons pourtant dans la littérature une série de cas se rapprochant du tabès vulgaire par l'ensemble de leurs symptômes, mais qui occupent pour le mo^ ment une place à part, grâce à leur étiologie spéciale et à quelques signes particuliers, dépendant de cette étiologie. Ce sont précisément les intéressants cas de tabès causés par l 'ergot isme décrits par M. Puczek', ils n'ont pas été relevés par M. Leval-Picquechefdans l'histoire des cas de pseudo-tabes, parce qu'il s'y trou-
* Des paralysies toxiques ^ 1886, p. 38.
• Àrch. f. Psych, Bd. XIII, n* I.
vait des altéralious très caractéristiques des cordoDS postérieurs de la moelle épiuière.
Par la comparaison avec les cas de tabès dus à Tergotisme, notre cas acquiert un intérêt particulier 'en ce que ces mêmes symptômes qui nous ont fait réfléchir dans notre diagnostic se retrouvent dans plusieurs cas de Fuczek. Dans aucun de ces cas il n'y avait ui myose, ni symptôme d'Argyl-Robertson, et dans les Observations XX, XXII (ce dernier cas très curieux), XXIV, XXV, XXVI, XXVII, la largeur de la pupille était parfaitement normale; nous voyous donc que le symptôme qui nous troublait le plus — Tétat normal des yeux dans notre cas, — n'est pas une preuve parlante contre la possibilité d*une lésion des Taisceaux postérieurs, et que même, au contraire, dans le tabès toxique (non syphilitique) ces symptômes ophlhalmi* ques ne se reproduisent pas, d'ordinaire.
Une seconde coïncidence intéressante, c'est l'étal de la sensibilité chez quelques-uns des malades de M. Fuczek. Dans le cas XXIII^ par exemple, la sensibilité tactile était normale, mais la sensibilité à la douleur était fortement affaiblie dans tout le corps (p. 115, eu cursivedans le texte). Dans le cas XV, où les yeux étaient parfaitement normaux, on remarquait, outre la perte des réflexes rotuliens, outre des fourmillements, etc., un violent afiaiblissement de la sensibilité dans tout le corps (p. 117). « Fiefste Nadel- Stiche, écrit Fuczek, werden niergends scbmerzhaft empfuuden >t ; les réflexes cutanés de la plante des pieds très amoindris; sensibilité farado-cutauée égale à zéro; dans ce dernier symptôme aussi, il y a coïuci-