C. — Accidents extea-xerybux
Jusqu'à présent, nous avons traité des accidents nerveux survenant par l'emploi des scaphandres, à savoir ceux qui sont provoqués par la localisation de l'agent pathogène au système nerveux. Cet agent peut très bien se localiser en dehors du système nerveux, à un autre tissu ou organe et nous avons alors les accidents que nous appelons extra-nerveux.
La localisation extra-nerveuse, qui est d'une fréquence extraordinaire, est celle qui a lieu aux muscles et aux articulations. C'est elle aussi qui a été constatée depuis fort longtemps par tous les auteurs qui ont écrit sur la question. J'entends les douleurs musculaires ou articulaires^ les myopathies ou arthropathies douloureuses. Il y a trçs peu de plongeurs à scaphandre qui n'ont pas eu d'accidents douloureux au cours de leurs travaux. Ces douleurs peuvent siéger partout et se localiser à une région déterminée ou bien se généraliser, de manière à ressembler alors à un rhumatisme articulaire aigu. Elles sont ou non accompagnées de gonflement appréciable. La durée de ces douleurs» qui ordinairement sont assez intenses pour arracher des cris aux malades, est très courte et dans Timmense, majorité des cas, ne dépasse pas les vingt-quatre heures.
410 CLINIQUS NBRVK18E.
Cet accident est si bien connu que nous croyons au moins inutile de rapporter des observations où l'élément douleur ne figure plus à titre de symptôme, comme nous Tavons déjà bien des fois rencontré, maïs bien à titre de forme clinique à part, c'est-à-dire que l'élément douleur constitue alors exclusivement le tableau clinique de l'accident.
Les autres local isattons extra-nerveuses para issent très rares. Je n'entends pas qu'il est rare de constater des troubles viscéraux et surtout respiratoires, cardiaques et gastriques; ce sont même au contraire des symptômes quel'onvoitsouventfigurer dansla symptomatologie des malades appartenant aux différentes formes cliniques. Je dis seulement qu'il est rare de voir une localisation de l'agent pathogène faite uniquement et exclusivement aux poumons, au cœur ou au tube digestif. Quant à moi, je n'ai. pas observé des cas d'accidents survenant par l'emploi des scaphandres dont le tableau clinique soit constitué exclusivement et uniquement par des symptômes respiratoires cardiaques ou gastriques.
A. Localisation hépatique.' — Une seule fois, j'ai observé un malade à localisation exclusive au foie. Il s'agissait d'un malade dont j'ai malheureusement perdu l'observation très détaillée et si intéressante qui, après la décompression et l'enlèvement de son casque, a senti des douleurs intenses à l'hypocondre droit. le l'ai observé quelques jours après son accident et son foie débordait de quelques travers de doigts. lia guéri, dans un mois ; le foie était revenu tout à fait à sa place, ne débordait plus et l'ictère concomitant s'est
DES ACCIDENTS PAR l'eMPLOI DES SCAPHANDRES. 411
complètement dissipé. Je ne l'avais soumis à aucun traitement pour suivre la marche naturelle de son accident.
Enfin, la localisation peut dominer au tissu conjonctif sous-cutané et nous avons alors Temphysème souscutané dont voici une intéressante observation :
B."— BMPHTSiMB 80U8-CUTANB 0BNBRALI8B.
Observation LV.
Jean Paloyannos, âgédelrente*sept ans; les antécédents, aussi bien personnels qu'héréditaires, n'offrent rien d'important, il irayailiait déjà depuis des années dans Tair comprimé.
Le B août 4885 n'étant pas indisposé et n'ayant pas chargé son estomac, il descend à une profondeur de 20 brasses; il n'avait encore demeuré que quelques minutes (dix minutes environ) au fond, quand tout d'un coup, le tube en caoutchouc se rompt sans solution complote de continuité en deux pointes différentes, dont l'une était à la partie du tube submergé et l'autre à celle qui se trouvait sur le bateau. Immédiatement, le plongeur se sent serré par le costume. On le retire violemment, tandis que celui-ci avait déjà perdu, durant l'ascensiou, sa connaissance. On lui enlève le casque et le plongeur marmottait quelques mots inintelligibles, n'ayant conscience de rien. Sa narine droite et son oreille homonyme saignaient abondamment. Ce saignement avait déjà été observé par ses compagnons, pendant que le plongeur portait encore le casque, à travers les verres.
On commence à le débarrasser de son costume, ce qui a été obtenu non sans difficulté, à cause du gonflement généralisé de tout le corps. La tète à son tour n'a pas tardé à participer à ce gonflement et en effet, elle s'est gonflée monstrueusement, de manière à défigurer d'une façon hideuse le visage du nlalade. C'étaient surtout les paupières qui avaient formé des masses volumineuses, faisant deux saillies frappantes qui ressemblaient à deux œufs, ce qui a effrayé énormément ses compagnons. Ce gonflement continuait à augmenter et au bout d'une heure il avait atteint son maximum d'intensité, de développement. A ce moment, le malade était revenu de sa perte de connaissance. En même temps, il y avait sur son corps des plaques plus ou moins étendues, noirâtres. En lui ouvrant les yeux, on s'apercevait que l'œil droit était presque uniformément noir et on ne distinguait plus la cornée de la sclérotique. Il n'y avait aucune trace de paralysie.
41 i CLINIQUE NBRVKUSB.
Si ou ie pinçait, on le frottait, on le touchait, il sentait très bien» Il n'y a?ait pas de troubles de la vessie, du leciain. ou des organesgénitaux. Il n*y avait non plus ni palpitations, ni troables respiratoires, ni symptômes gastriques.
Le malade pendant trois jours n*a pas fait dlmmerslons et, malgré les frictions énergiques qu*on lai faisait, le gonflement persistait. Le quatrième on rhabille -difficilement et il descend dans un but thérapeutique, ayant fait plusieurs immersions à une profondeur de 10 à 42 brasses et ne prolongeant pas son séjour au del4 de douze à quibze minutes. Le cinquième jour de son accident, il était déjà très amélioré et sa périphérie assez diminuée de volume, il continue ses immersions. Le sixième joor, après avoir fait cinq immersions, son corps reprend la forme, c*est seulement les plaques n.)irfttres et les ecchymoses conjonctivales qui ont persisté quinze jours.
C— LOCALISATION THYROIdIBNNB.
Hémorrhagie dans le corps thyroïde. — Cette localisation extra-nenreuse a été observée par M. Pérochaud, interne des hôpitaux de Nantes, dans son travail intitulé : « Trois mois à la clinique chirurgicale de t école de plein exercice à Nantes^ » et publié dans le Progrès médical^ n^ 31, 2 août 1884. Voici la relation textuellement empruntée de ce fait :
« Cette hémorrhagie est survenue chez un plongeur, en travaillant sous une cloche. La tumeur est du volume d'une petite orange et siège au lobe droit. La régression est lente, mais progressive. La façon brusque et les circonstances dans lesquelles est survenue la tumeur, sa consistance, sa régression, etc., ne laissent aucun doute sur la nature de cette lésion fort rare.
coMPLBxrri dbs accidents survenant par l'emploi
DBS SCAPHANDRES.
Maintenant que nous avons étudié les di&érentes
'-«Se:,
DBS ACCIDENTS PXH L^BMPLOI DES SCAPHANDRES. 413
formes cliniques, isolées de tout mélange, et dégagées de toute complication, auxquelles se rangent les cas d'une pureté et d'une simplicité remarquables, il ne nous est certes pas difficile d'analyser les cas complexes^ composés, les cas dont la sympto* i'ii:. matologie est composée par des symptômes qui appar-
f^- tiennent aux différentes formes décrites. — C'est
n L; ainsi que la surdité, par exemple, que nous avons vue
se manifester cliniquement seule, isolée et dégagée de tout élément étranger et par cela même constituer la variété auriculaire de notre forme sensorielle, l'aphasie qui, elle aussi, peut se présenter, nous l'avons déjà étudiée, simple et pure, de manière à constituer la forme aphasique. La perte de connaissance qui à son tour peut, isolée de tout autre symptôme, figurer à titre de forme clinique. Ces trois symptômes, dis-je, Taphasie, la surdité et la perte de connaissance, peuvent exister ensemble et se succéder, se grouper à titre de symptômes pour constituer un accident céré^ brai complexe, composé j comme on le voit dans l'observation suivante :
Obseevation LVI.
Histoire. — Nikiias Pagonis, âgé de Irenle ans, homme robuste, sans antécédents héréditaires ou personnels dignes d'être notés. Il a commencé son travail en (877. Il avait travaillé pendant deux années, faisant régulièrement ses campagnes pour la pèche des éponges, sans accident quel qu'il soit.
Le 10 juillet 1870, il faisait des immersions à une profondeur de 20 à 22 mètres, demeurant quinze ou seize minutes au fond ; il faisait la concurrence à un autre plongeur qui pochait, lui aussi, des éponges au môme endroit. Il avait déjà fait cinq immersions sans rien sentir. Inutile de répéter que la décompression élait toujours brusque.
11 décide de faire une sixième immersion. Il élait déjà 2 heures, il élait descendu tout d'abord k une profondeur de dix brasses,
414 CLINIQUE KKRVEUSE.
pour arriver graduellement à des profondeurs plus grandes. Le vaisseau, à cause du vent contraire, l'entraînait malgré lui, et après une vaine résistance, le plongeur était forcé de le suivre en regrettant les éponges qu'il laissait derrière loi. Cette lutte a continué pendant dix minutes, il était arrivé à la profondeur de 23 brasses. Six minutes se passent après la décompression et l'enlèvement de son casque pendant lesquelles le plongeur se porte presque bien ; il n avait qu'un certain degré de céphalalgie ; il avait Tair d'un homme qui pense à qaelque chose de sérieux.
Au bout de ce temps, il se lève pour marcher, mais ayant remarqué qu*il titubait trop, il a été obligé de se coucher. On lui donne de Thuile pour vomir, ce qui en effet réussit. Bientôt après il tourne lesyeux^ serre les mâchoires et est dans une perte de connaissance complète. G*est avec beaucoup de peine qu'on lui a ouvert la bouche pour lui administrer de Thuile et ie faire vomir, mais sans succès. Ses compagnons, comptant énormément sur le vomissement comme moyen thérapeutique, iai ont titillé la gorge avec une plume d'oie^ ce qui l'a fait vomir. Tous s*étaient mis à le frictionner, surtout à la région gastrique qui était gonûée. A 4 heures du soir, le malade était complètement revenu, et il riait, en voyant ses compagnons titiller son pénis par plaisanterie. Cependant, il ne pouvait articuler un seul mot, il criait. Il concevait très bien la parole entendue ; il ne savait ni lire ni écrire. A 5 heures du soir» ce malade commeo^ çait à parler, mais il ne trouvait pas les mots voulus et très souvent, il substituait quelques mots à tout ce qu'il voulait dire ; c'est ainsi qu'au lieu de pain, il disait éponge, mot qui Joi éM le plus cher. Peu à peu l'articulation des mots se faisait de mieux en mieux et vers minuit^ il n'y avait plus aucune trace d'aphasie; il parlait comme avant son accident. Pas de troubles, ni de la motililé ni de la sensibilité. Le malade s'endort et se lève à 6 heures du matin parfaitement bien portant, ne se plaignant de rien jusqu'à midi, lorsqu'il sort du bateau pour se promener sur lés côtes de Macri et prendre l'air sans être accompagné de personne.
Il retourne au bateau à 3 heures du soir ; on lui parle et on remarque qu'il n'entendait rien et par conséquent ne répondait pas; il était si sourd qu'il n'entendait pas le bruit de la chaîne qu'on traînait.
11 est resté dans cet état de surdité complète qui existait à ce moment à Tétat d'isolement pendant trois jours; il n'avait pas travaillé ces jours-là. Le quatrième jour, il fait une immersion à une profondeur de 12 brasses et après avoir demeuré une demi-heure, il s'est fait décomprimer. Il a aussitôt ressenti uoe ainélioialiou de sa surdité. Le cinquième jour, il descend deui
fois dans les mômes conditions. L'amélioration était telle qu'il entendait presque bien. Enfin, le sixième jour, il fait encore trois immersions à la suite desquelles le malade entendait aussi bien qu'avant son accident. — La guérisou fut absolue et définitive.
' Chez un autre malade, la rougeur des conjonctives accompagnée de brûlure comme symptômes oculaires de la forme sensorielle; les douleurs aux lombes et à l'estomac, symptômes fréquents des divers accidents survenant par Temploi des scaphandres; la céphalalgie, autre symptôme céphalique assez fréquent; Taphasie motrice de la forme aphasique; une véritable crise mentale de notre forme mentale; les vertiges de la forme vertigineuse; enfin une parésie des membres inférieurs avec aneslhésie et un certain degré de rétention d'urines qui, elle aussi, peut survenir à titre de forme clinique à part, formant alors à elle seule le tableau clinique deTaccident; tous ces symptômes, disje, dont la plupart à Tétat de simplicité, d*isolemeut, constituent les formes cliniques spéciales, peuvent coexister, se succéder, se grouper pour constituer l'accident complexe, composé du malade dont voici l'observation :
Observation LVII.
Le nommé R. Chais, frère de l'autre M. Chais, dont l'observa* tion est relatée, âgé de trente ans, sans antécédents héréditaires ou personnels, a commencé le métier de plongeur à scaphandre en 1874. 11 a travaillé pendant quatre ans, faisant réguhèrement ses campagnes de l'année sans aucun accident.
Le 5 juillet 1878, il travaillait à une profondeur de 24 brasses, il était obligé de lutter contre un courant de mer assez fort, il a demeuré chaque fois douze minutes. 11 fait, dans ces conditions, cinq immersions sans accidents, il redescend pour la^ sixième fois au même endroit.
Cinq minutes après l'enlèvement du casque, il a été atteint
d*une brûlure dans les veux qu'il frottait fortement et qui étaient rouges. Presque en même temps, un mal de tête intolérable arec des douleurs intenses aux lombes et à Testomac surviennent an malade. A ce moment, le malade était pris d'une parésie des membres inférieurs qui lui paraissaient très lourds. La sensibilité aurait été complètement abolie. Au bout de trois minutes, surviennent des vertiges très forts, mais il n'avait pas perdu connais^ sauce.
A ce moment, on lui demande comment il va; le malade ne répond que ha t ha I ha 1 et après quelques efforts, il finit par bieu prononcer la syllabe ta; il voulait dire Nickitas, c'était le nom de son capitaine. Ayant constaté qu'il ne pouvait pas parler, il fait signe, par la mimique, qu'il se trouve très mal. Il eoncev&it parfaitement bien ce que l'on disait autour de lui. Le malade né sait ni lire ni écrire.
Au bout de vingt minutes, le trouble du langage et dans l'espèce Taphasic motrice, disparaît pour faire place à des symptômes mentaux suivants. Le malade se met à rire d'une façon éclatante et spasmodique. Ce rire est tellement fort et si particulier^ d'après le récit du capitaine Nickitas lannaras, homme instruit et fort intelligent, qu'au lieu de les faire rire, il les a effrayés. — Notons bien que le malade se rappelle ce rire, mais il ne parait pas en conserver un souvenir bien précis.
Ce rire s'est prolongé pendant- un quart d'heure environ, au bout duquel il se met à chanter une chanson turque de la catégorie spéciale de chansons qu'on appelle manés et qui sont très goûtées dans son pays.
Son capitaine ajoute qu'il a très bien chanté la chanson tout entière. Le malade interrogé sous ce rapport nous affirme qa*il n'a pas le moindre souvenir de cette chanson. Cette chanson s'est prolongée aussi une demi-heure, au bout de ce temps, il a recommencé à rire. Enfin, les chansons alternées avec les rires ont fait durer cette scène pendant trois heures et demie, juste. Pendant ce temps, le malade se frottait follement la tôte avec ses mains. Au bout de ce laps de temps, le malade revient à son état normal, parfaitement bien portant et ne se plaignant de rien, sauf peut-être d'un certain degré de lourdeur de tête.
Le 5 août 18S0, c'est-à-dire vingt-cinq mois depuis son premier accident, il descend à une profondeur de 40 mètres et demeure douze minutes, au bout desquelles il s'est fait remonter. Il avait déjà fait cinq immersions dans la même journée et de suite. Immédiatement après la décompression et l'enlèvement du casque, le plongeur est pris du même accident. Il ne différait absolument eu rien de l'accident antérieur au point de vue des symptômes céphaliques : brûlure des yeux, rougeur conjonclivale, vertige, mal de tête, douleurs aux lombes et à l'estomac, apbasie motrice^
alternance des rires et des chansons, presque de même durée, acoompagdé de frollenlcint deiatéîe* LapàrésteseulenièniaUliefi dé se dissiper aTec les autres symplômasi au bout' de trois heures et demie, a au contraire persisté celle fois pends^nt trois jours, où tout rentre dans Tordre.
Nou9 croyons inuliie de multiplier les cm de ee genre. Gela serait abuser outre mesure et sans profit de l'attention de notre lecteur. Il suffit de savoir que les cas complexes sont composés par des symptômes divers et multiples qui, à l'état de simplicité et d*isolement) constituent les formes typiques et simples. Ces combinaisons, cette complexité ne sont soumises à aucune loi, à aucune règle, parce que les accidents complexes dépendant directement d'une localisation faite au hasard à différents points de l'Organisme humain, et surtout de l'axe cérébro-spinal, l'on peut aisément concevoir sous quels tableaux multiples et variés ils peuvent se présenter au clinicien. Mais, malgré celle complexité, nous pouvons parfaitement bien nous rendre compte des accidents de ce genre, les interpréter, les analyser, comme nous l'avons déjà démontré; et quelle que soit la forme sous laquelle puisse se présenter ce Prolhée, nous sommes toujours dans la possibilité de le saisir et le reconnaître par la connaissance précise des formes simples et typiques que nous avons déjà si longuement décrites.
C'est d'ailtours la maniète de procéder pour toutes les maladies surtout du système nerveux. Nous tackofis avant tout de connaUre quoi? le type. Et une fois que nous fé possédons à fond, notre œuvre est presque achevée. Toutes les formes atypiques et anormales peuvent être aisément interprétées et analysées: C'est là un des secrets du génie de Charcot, secret qui
AucHivBs, l. XVII. 27
a côuduit cet illustre maître à éclaircir d'une lumière si vive un si grand nombre de points concernant la neuropathoiogie.
multiplicité et variabilité des accideivts chez le même plongeur a scaphandre au cours de son travail dans l'àir comprimé.
Si parfois il arrive au même plongeur à scaphandre dètre atteint à différentes époques de son travail de la même forme d'accident, à preuve, par exemple, le malade de TObservation XLY qui a eu depuis le 10 juillet 1873 jusqu'en 1882 quinze fois le même accident, c'est-à-dire quinze hémiplégies, ceux des Observations XXXII et XXXIII, dont le premier a été atteint trois fois et le second deux fois du même accident, d'aphasie motrice au cours de leur travail; le plus souvent, au contraire, le scaphandrier est atteint au cours de son travail des accidents les plus multiples et les plus variés. Pour démontrer combien est grande la variabilité et la multiplicité des accidents qui peuvent survenir chez le même plongeur à scaphandre au cours de son travail, nous allons relater un certain nombre d'observations.
Obskryation LVIII. — Le 10 juin 1878^ à la suite de la première immersion de la journée ^ à la profondeur de 23 brasses , décompression brusque, trente-cinq minutes au fond. Dix minutes ei'tiitervalle entre la décompression et l'invasion de V accident. — Hémiplégie gauche, trois jours de durée. — Le ^juillet 1879, première immersion, îO brasses de profondeur^ vingt-cinq minutes de séjour, décompression brusque. — Immédiatement après la décompression : monoplégie du membre inférieur droit une heure et demie de durée. — Le 45 septembre 1880, première immersion^ tl brasses de profondeur, une demi-heure de séjour au fond^ décompression brusque. — Paraplégie double, deux heures de durée.
Histoire. — Pholis (>aUouraki:s,â;:édeviugUlroiâaiis, àaosanté-
DES ACCIDENTS PAR L*EMPL01 DES SUAPU.VXDRES. 419
cédents héréditaires ou personnels ; il a'commencé son métier de plongeur à scaphandre en mai 1878. Il a travaillé un moissans accidents. Le 10 juin de cette année, il fait sa première immersion à une profondeur de 23 brasses et après avoir prolongé son séjour au fond pendant trente-cinq minutes, il s*est fait brusquement remonter. Il avait déjà fait plusieurs immersions antérieurement à la même profondeur; de plus, il s'est fait décomprimer aussi brusquement que celte fois-ci, sans accidents ; mais il n'a jamais demeuré plus d'un quart d'heure tout au plus.
Dix minutes après la décompression et Tenlèvement du casque, il a été pris d'un engourdissement général accompagné de frissonnement; pas de perle de connaissance. — Cet engourdissement après avoir duré une heure, a disparu pour faire place à une hémiplégie gauche. La bouche était de travers, ses membres supérieur et inférieur du côté gauche, ne pouvaient exécuter le moindre mouvement. Cet état, accompagné d*un certain degré
. do céphalalgie a duré trois jours seulement, au bout desquels le
malade se portait parfaitement bien, au point qu'il a repris son travail.
Le 20 juillet 1879, il descend à une profondeur de 20 brasses, et, après avoir séjourné vingt cinq minutes, il s'est fait, brusquement, comme d'habitude, décomprimer. 11 avait fait, antérieurement, des immersions dans les mêmes conditions, sauf le séjour qui n'a jamais duré plus de douze à quinze minutes, sans accidents.
Pas de refroidissement, pas de toux, pas de repas avant l'immersion.
Presque immédiatement après Tenlèvement du casque, le malade est atteint, le long de l'extrémité supérieure droite, surtout aux épaules, de douleurs intenses qui ont duré cinq minutes environ. Au bout de ce temps, une paralysie de la sensibilité et de la motililé survint au plongeur ; pas d'autres symptômes. Cette paralysie a duré une heure et <lemie , au bout de laquelle le malade se porte parfaitement bien, remuant son membre paralytique aussi bien qu'avant l'accident.
Le 15 septembre 1880, il fait sa première immersion de la — journée y à une profondeur de 22 brasses et après avoir demeuré une demi-heure, il s'est fait brusquement décomprimer.
Ce plongeur affirme cette fois-ci encore qu'il est descendu un grand nombre de fois à cette profondeur et avec la même décompression, sans accident, mais il importe de remarquer qu'il n'a jamais demeuré au fond plus de quinze minutes. — 11 était parfaitement bien portant et il n'a pas mangé avant l'immersion. Immédiatement après l'enlèvement du calque, cet homme est pris d'un engourdissement général sans perte de connaissance et presque en même temps, d'une paralysie de la sensibilité et de la motilité des quatre membres. 11 ne pouvait bouger que la tête.
420 CLINIQUE NBRVBUSE.
Pas d'aulres sTmplômes. Au bout de deux heures, il recoitTre Pusage de ses membres et le malade ]e lendemain iiiatiu a repris sou travail. Ce plongeur, depuis cette époque jusqu^au 10 arril 1885, jour de notre examen, n*a pas eu d'accidents.
On voit donc que ce plongeur à scaphandre a été aileiut au cours de son travail de trois accideots tout à fait différents. Le premier était une hémiplégie gauche, le second était une moooplégie du membre inférieur droit et le troisième une paraplégie des quatre membres. Tous les trois étaient fugitifs, transitoirea.
OasuTATiaN LIX. — Plusieurê aetidemÈê à^ukmrmx -à êifêrtnâes épaqtêts. — Le i% juiM. iSS», âmns dis cem^ihêm 4e trmomi imposaiMûs à déiermiiur^ héwnpUgk drmU fmfiêht, ~ Le 2l^jmiàiek 1882, première immersi<m, 2S èrmêiê de profmdmf^ vimgêcimq minutes de séjour au fond, ce qui a provoqué une dyspnée ei mme éwmr abondoMef décompression exirémemitU hnaqme, — Aeeident app«rienmnt à la forme etHiraU spmmk Méreik,
Histoire. — De mètres Guaris, Agé de ▼ingt-hiût ajas, huis antécédents héréditaires ou pecsoiuiets, a GomineDeé à travaiUer dansFair comprimé en 1877.
l^' H a été atteint plusieurs fois aux différentes régions dn eocps d'accidents douloureux dont U dorée vahait d« deax à vin^tquatre heures.
'2!^ Le 16 juin 188^ dans des conditioas da travail qae la plangeui* ne peut pas détermiuer, il a élé pc» d'tuie doaleur extrèsnemeut vive avec anxiété au creux épigastriqae, qui an bout de quelques minutes a été remplacé par an eagCMtfdisseiaaAi très fort suivi bientôt d'une paralysie du m^aibre sapériear et Inférieur droit; sa bouche aurait été de travers. Enméafte temps le malade avait un trouble du langage assez prooaBcé, il ne poavait articuler qu'un certain nombre de mais qa'il sabstituait d^uite m^.niére indifférente à toat ce qu*il voulait dira Au boutd'ana demi heure, la paralysie et Taphasie ont complétenent disparu et le lendemain malin il reprend sou travail.
3^ Le 20 juillet 1882, ce scaphandrier étant descendu à une profondeur de 26 brasses environ, fait prolonger de vin^tHânq miuules son séjour au fond, il fut pris d'une dyspnée avec sensation de suffocation et d'une sueur abondante. Inuaédiatement ti fait signe de le faire monter. Ses compagnons tcoiiJ»iâ& L'ont fait r emonter très rapidement et lui ont enlevé le cas^aOt de socta <|ae la décompression a été instantanée.
DES ACCIDENTS PAR ï/kMPLO| DES SCAPHANDRES. Mi
Aus«ilôt la décompression faile le plongeur à scaphandre est pris d*une douleur très intense à reslomac sans perte de connaissance. Au bout de quelques minutes, ces douleurs gastriques disparaissent pour faire place à un engourdissement qui s'étendait de Testomac aux pieds et qui a été suivi d*une paralysie des membres inférieurs qui est devenue complète dans deux heures. A ce moment, le malade a eu une rétention d*urine qui a nécessité le sondage. La constipation est opinifttre. Le malade sentait bien quand on le pinçait et quand on le touchait. Notre homme a été forcé de garder le lit pendant quarante jours. Au bout de ce temps, c'est-à-dire environ vers le commencement de septembre, il a commencé son métier dès qu*il s'est senti capable de remuer un peu ses membres.
Le mieux se faisait sentir d'un jour à Tautre. Le.i membres reprenaient des forces et après un mois il marchait sans appui.
Etat actuel (iO juin 1884). — Le malade a un léger boitement, quand il marche, il frotte le sol de temps en temps» il élève un peu 8e% hanches et enfin il a les allures d*une marche spasmodique à peine esquissée. Dyscampsie légère des articulations. — Secousses. — Exaltation iles réflexes. — EpiJepsie spinale spontanée et provoquée. — Rien d'anormal à la sensibilité examinée sous tous ses modes, de temps en temps le malade a des engourdissements aux membres surtout sous riofluencedes yariations atmosphériques. -- Sensation désagréable k la région lombaire. Pas de troubles trophiques ou vasomoteurs. — Il est quelquefois obligé de pousser pour uriner. — Constipation. — Fonctions génitales un peu émoussées. — Pas d'autres symptômes cépkaliques ou autres.
Ce plongeur à scaphandre a eu donc trois accidents absolument différents Tun de l'autre. Il a eu au cours de son travail : 1^ des accidents douloureux multiples;
2^ Un accident cérébral appartenant à la forme paralytique, type hémiplégique ;
3^ Un accident spinal appartenant à la forme centrale latérale.
ÛBSiaVAnoN LX.
!•' aecidenl. 29 ieptembre 1873. {Septième immersion finie §out les mêmes conditions que les si9 précédentes^ à savoir 24 brasses de profondeur, dix minutes de séjour au fond et décompression
422 CLINIQUE NBRVBUSB.
brusque. — Accident cérébral complexe {po'te de connaissance^ aphasiCy hémiplégie.)
2« (13 septembre 1878.) Huitième immersion. Mêmes conditions de travail profondeur de 22 brasses, séjour de dix à douze minutes et décompression toujours brusque. — Perle de connaissance^ parap légie trans itoire .
3« (3 mars 1881). — Troisième immersion faite sous les mêmes conditions que les deux précédentes comme profondeur 20 brasses ^ séjour une demi-heure.
4*^ (2 juin 1883.) — Troisième immersion, profondeur de 24 brasses, séjour de sept à huit minutes, décompression brusque comme les deux précédentes, — Accident appartenant à la variété inlramyé^ lilique de la forme spinale unilatérale.
Le nommé Antoine Antonoglus, sans anlécédents hérédilaires ou personnels, âgé de trenle-cinq ans, a commencé en mai 1873 son Iravail dans l*air comprimé, il a travaillé pendant cinq mois environ sans accidents. Le 29 septembre, bien portant et à jeun, après avoir déjà fait 6 immersions à une profondeur de 24 brasses, dix minutes de séjour au fond et décompression brusque ; il est redescendu dans les conditions de travail exactement semblables, pas de fatigue.
Immédiatement après la décompression et renlèvement du casque, il perd connaissance et reste, n'ayant conscience de rien, pendant dix heures, de 10 heures du matin à 8 heures du soir. Au bout de ce temps, le malade revient sans pouvoir articuler un seul mot, il ne prononçait que quelques sons inarticulés. En même temps, le malade ne distinguait pas les objets environnants, ii n'avait conservé que la perception lumineuse.
Bientôt aprè^, le malade est atteint subitement d'une paralysie du membre supérieur et inférieur droit, la bouche était aussi de travers. 11 importe de remarquer qu'un gonflement de la moitié droite delà poitrine s'était développé^ qui donnait naissance à un trigmus, à un bruit de frottement quand on le frottait, sans rougeur ni autre changement de la coloration de la peau de celte région. Il comprenait parfaitement la parole entendue. A minuit, il articulait très bien tous les mots. A ce moment aussi, iî a commencé à remuer un peu ses membres paralysés. 11 s*endort et le matin se lève bien portant. C'est le gonflement qui j^eul a persisté et dont il y a encore aujourd'hui des traces.
2<^ Le 13 septembre 1878, après avoir fait 6 immersions à une profondeur de 22 brasses, dix à douze minutes de séjour et décompression brusque, il redescend à jeun dans les mêmes conditions de travail. Immédiatement après la décompression et l'enlèvement du casque, le plongeur perd connaissance pendant trois heures, au bout desquelles il revient, n'ayant absolument rien.
DES ACCIDENTS PAR î/bMPL01 DES SCAPHANDRES. 443
3*^ Le 3 mars 1882, à la suite de la troisième immersion, faite à une profondeur de 20 brasses comme les deux précédentes, pas de refroidissement, pas de toux, pas de repas avant son éclusement, enfin pas de fatigue.
Une heure après la décompression brusque et Tenlèvement de son casque, c'était dix heures du matin, le plongeur est atteint d'une paralysie complète des membres inférieurs, qui a été bientôt suivie de perte de connaissance absolue. Â une heure du soir, cet homme revient complètement. La paralysie n'était plus complète ; le malade a pu se tenir debout et à Taide des appuis^ faire quelques petits pas. La sensibilité aurait été diminuée. Il n*a pas pu rendre ses urines ni ses selles.
A 5 heures du soir, il revient à son état normal. Pas trace de paralysie. La sensibilité est normale, il a pu rendre ses urines tout seul. Knfin rien, et le lendemain matin il reprend son travail.
4* Le 2 juin i883, n'ayant pas la moindre indisposition, aprè^ être déjà descendu deux fois à la profondeur de 24 brasses, demenrant toutefois 7 à 8 minutes et se faisant brusquement remonter, il redescend à jeun pour la troisième fois dans les mêmes conditions. Aussitôt après la décompression, il a été frappé d'une perte de connaissance complète qui n'a pas duré plus d'un quart d'heure, au bout duquel il est pris d'une parôsiedu membre inférieur gauche, les trois autres ayant conservé leur motilité intacte. La sensibilité aurait été émoussée, pas de troubles de la vessie ou du rectum. Ponctions génitales normales. La parésie s'améliorait d'un mois à l'autre, lentement, mais progressivement.
Etat actuel, 3 septembre 4883.
Le malade marche bien, on ne peut pas distinguer le moindre boitement. C'est seulement après une longue course que notre homme sent de la fatigue à ce membre.
Son membre parétique après une fatigue ou sous l'influence d'une émotion morale, s'agite souvent au réveil, d'un tremblement involontaire. Impossible de provoquer ce tremblement. 11 y a une exaltation considérable des réflexes de ce membre. Son membre parétique parfois se fléchit et s'étend tout d'un coup.
11 y a des anesthésies par plaques, à ce membre, la sensibilité est intacte à l'autre .
Rien du côté du sens musculaire, de la nutrition des muscles, des vaso-moteurs, de la vessie, du rectum et des organes geaitaux.
Aucun symptôme céphalique.
Les fonctions des autres organes paraissent se faire régulièrement.
Etat DU malade, le 13 novembre 1883. — Rien. Guérison complète et déflnitive.
CLINIQUB NERVBUSE.
Ce scaphaadrier, comme on Ta renaarqué, a eu au cours de son travail quatre accidenta différents. Le fM*ea)ier es) un accident cérébral complexe. La perte de connaissance qui peut figurer toute seule au tableau clinique d'un accident survenant par l'emploi des scaphandres, l'aphasie de la fome aphasique et rhémi-* piéçie de la forme cérébrale paralytique ont contribué à la constitution de cet accident complexe. Le second est un accident cérébral simple, typique, la perte de connaissance qui, à elle seule, constituait le tableau clinique de l'accident. Le troisième est un accident complexe à la constitution duquel ont contribué la perle de connaissance et la paralysie spinale transi^ toire. Enfin le quatrième est un accident appartenant à la forme spinale unilatérale et plus spécialement à la variété intramyélitique de cette forme,
Dece» obaeryations,o9 peut voir combien est grande la multiplicité et la variabilité des accidents qui peu* vent survenir chez le même plongeur à scaphandre ins le cours de son travail. Je pourrais multiplier laa ^s de ce genre si je ne craignais de fatiguer l'attention de notr^ lecteur.
Nous terminerons ce chapitre par une courte description des troubles trophiques çt urinairea des paraplégiques scaphandriers et des aceidents mortels.
MORT DES PARALYTIQUES SCAPHANDRIERS ACCIDENTS VORTSUi*
Je ne veux pas insister beaucoup sur les troubles trophiques et urlnaires qui se rencontrent dans ces accidents spinaux des scaphandriers, car ils ne diffè-
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F6Dt absolument en rien de ceux qui s'observent dans les affections spinales de toute autre origine. On a pu remarquer parmi les observations rapportées déjà des cas de ce genre : Eschares sacrées à formation rapide. Troubles urinaires ; l'urine est aibumineuse, ammoniacale et parfois sanguinolente. Mais si les scaphandriers qui font les sujets de nos observations ont échappé à la mort, il n'en est pas moins vrai que Tapparition de ces troubles, comme toujours du reste, est redoutable, car Tétat général s'aggrave, le marasme se prononce et le malade meurt*
A preuve par exemple deux observations dont la première est due à l'excellente thèse de M. Alphonse Gall * et la seconde au travail de MM. Tetzis et Parissis', toutes les deux relatives à des plongeurs paraplégiques morts de suitea d'escbares à développement rapide» Je reproduis intégralement ces observations.
Le 1*^'' juillet 4869, sur la côte de Rhodes, le nommé Nicolas Boditis, qui plongeait à la machine depuis trois mois environ» remonta d'une profondeur de 35 à W métrés. Au bout d*une demiheure, i) est pris de fortes douleurs dans la région épigastrique, et en même temps s'aperçoit qu'il ne peut plus se tenir sur ses jambes. On le ramène & Rhodes, où il s'adresse d*abord à un charlatan qui le fait mettre dans un four» Il n'est pas soulagé, comme on le pense bien; les douleurs d'estomac persistent; la paralysie de la partie inférieure du corps était complète et portait sur les jambes, les cuisses, la vessie et le rectum, Aux douleurs de la région èpigastrique s'ajoutait la tension du ventre ; il y avait trois jours qu'il n'avait pas uriné et qu'il n'avait pas eu de selles, quand il Ht appeler un médecin italien, qui para au plus pressé en le sondant et qui essaya ensuite de guérir sa paraplégie. On lui donna divers remèdes et on lui O.t des frictions ; mais il a été impossible de savoir au juste quel traitement pn lui fit suivre.
Un mois après l'accident, il arrive à Calymnos où le voit le
* 4oc. cit
* Loc. cit.
0'' Pélicanos. A ce moment il est complètement paralysé de toute la moitié inférieure du corps, aussi bien du côté de la motiliié que de celui de la sensibilité. La vessie et le rectum participent à la paralysie.
De plus, il porte à la partie postérieure et inférieure du tronc une large escbare de 14 centimètres sur 15. Toutes les parties molles sont ulcérées et le sacrum est à nu. Â la hauteur des deux grands trochanters, on voit aussi deux plaies ; l'une a amené la destruction de la peau ; dans l'autre, Tos est à nu. Escbare au calcanéum droit. Escbare à la partie inférieure et externe du cinquième roétatasien gauche et à la plante du même pied. Douleurs atroces dans la région de l'estomac ; constipation constante. Le malade est très anémié.
Ou lui donne d'abord du sirop de lactate de fer, du quinquina, du vin vieux de Chypre et une alimentation aussi réparatrice que possible. On lave les plaies avec une décoction de camomille et de quinquina ; on le panse avec du vin aromatique. De temps en temps un purgatif avec Tbuile de ricin ou la poudre de jalap.
Pas d'amélioration ; les eschares s'agrandissent ; une fièvre à type intermittent quotidien, à exacerbations revenant tous les soirs, se déclare. C'était évidemment de la fièvre hectique.
L'appétit est presque nul, l'état général s'aggrave encore ; une eschare gangreneuse envahit le prépuce et enfin le malade succombe dans le marasme trois mois après son accident.
Il y avait un mois que la paralysie de la vessie avait cessé ; mais il n'avait eu aucune amélioration du côté de la motilité et de la sensibilité des membres inférieurs.
J. Z... d'Hydra, âgé de vingt-cinq ans, s'étant plongé trois fols de suite dans le golfe Argolique, le 26 décembre 4876, à une profondeur de 15 brasses, commençant alors jpour la première fois l'ouvrage de plongeur, fut attaqué d'une paraplégie, aussi fut-il transporté à Kranidiou du Péloponèse, où il demeura vingt jours et où lui furent donnés les premiers soins. Je le visitai, quand il fut transporté, ici, le 46 janvier 4877; il me raconta qu'étant remonté du fond de la mer, après l'enlèvement du casque, lui survint de la lypothimie et qu'il perdit connaissance; étant revenu à lui, il vit ses membres inférieurs paralysés. Je l'examinai et je vis que ses membres inférieurs étaient paralysés et insensibles; la vessie était complètement paralysée et le rectum n'agissait plus; les autres fonctions du corps étaient normales. Comme étant loin de son pays, il n'était pas convenablement soigné, la peau à la région du sacrum avait commencé à devenir rouge ; j'attirai immédiatement l'attention de ses proches sur cela, en ordonnant des couches convenables, des changements fréquents de position et des lavements de cette région avec de l'eau de Goulard et avec de la décoction de quinquina ; des toniques à Tin-
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iérieur et une nourriture tonique et du vin ; il est inutile de dire que je le sondais deux fois par jour et que je provoquais des évacuations par des lavements. L*élat du malade s*améliora par ces soins, ia peau à la région du sacrum revint à son état normal et le malade sembla pendant quelque temps marcher à la guérison. II commença alors à sentir le besoin d*uriner et à remuer les doigts des pieds ; il semblait qu'il allait recouvrer entièrement le mouvement et la sensation des membres inférieurs; mais malheureusement il était pauvre et ne pouvait pas suffire aux dépenses ; aussi continuait-il exactement le traitement médical, mais dans la maison il n'y avait pas les personnes qu'il fallait pour Faider à changer souvent de position, ni les moyens pour avoir la propreté nécessaire dans sa couche, etc., par conséquent au mois de mars se présentèrent de nouveau les symptômes de la gangrène très intenses ; la peau devint de nouveau rouge, elle s'ulcéra et les parties molles commencèrent à devenir gangreneuses ; les os se dépouillèrent et le sphacèle de ces parties du corps s'étendit jusqu'à la surface postérieure du tiers supérieur des cuisses. Je fis usage contre la gangrène de l'acide phénique et de l'acide salyci* lique qui arrêtait, à ce qu'il paraissait, davantage le progrès de la gangrène ; enfin tout fut inutile ; la gangrène amena de grandes lésions auxquelles le malade résista, gardant l'appétit et n'ayant point de fièvre ; mais enfin la diarrhée survint et la fièvre avec des frissons et des sueurs, et l'épuisement, faisant des progrès, amena la mort le 24 juin.
Voici maintenant, entre autres, une observation empruntée aux mêmes auteurs, qui est relative à un scaphandrier mort de troubles urinaires.
M. D..,, de Kalymnos, âgé de vingt-quatre ans, plongeant à scaphandre depuis un an, très hardi, fut affecté de la paraplégie, lorsque je le visitai, le l®** septembre 1878, il me raconta que, s'étant plongé trois jours avant à plusieurs reprises à une grande profondeur de vingt-six à trente brasses, il ayait senti, en remontant, après l'enlèvement du casque, les symptômes ordinaires de la paraplégie, c'est-à-dire, des vertiges, la tendance à la lypotbymie et des douleurs aux membres inférieurs ; il demanda qu'on le déshabillât et alors il vit qu'il avait la parapléf^'ie; ses camarades, comme il était loin de la ville d'Hydra, lui donnèrent les soins ordinaires et le sondèrent: le troisième jour de son attaque, il vint à Hydra et il me disait qu'il se trouvait bien, si ce n'est que ses membres inférieurs étaient attaqués ; ces membres avaient perdu complètement la motilité ; la sensibilité s'étendait seulement jusqu'aux cuisses. Je lui ordonnai le traitement ordi-
428 CLINIQUE NKRVBUSE.
naire, l'applieation des veiitoiues Bcarifiées, le sondage fail par nioi-mdine, remploi du calomeJ comme purgatif; aiasi peodaai quelques jours» son élat semblait s améliorer: le mouvement ûbm doigts des pieds avait déjà commencé, mais le malade délestant le eatbétérisme t&chait, par des pressions fortes à Thypogastre, de provoquer la sortie de Turine ; de là et du séjour prolongé de Turine dans la vessie^ survint l'inflammation de celle-ci. Le ma* lade comment à sentir des douleurs fortes à Thypogastre ; la vessie ne se vidant pas complètement, était saillante de quelques doigts au-dessus de la symphyse pubienne. £n examinant les parois de la vessie, on trouvait qu'elles grossissaient peu à peu ; Tappétit diminuait, la fièvre apparaissait avee des frissons et se terminait par des sueurs; il survenait deê délires s*alteruant avec le coma et les soubresauts des tendons ; la langue se séchap les vomissements survinrent, et le malade s'affaiblissaut petit à petit décéda le 24 octobre dans une pleine anestUéste, après qn*on eut employé vainement tous les moyens pour le sauver ; pas d*es* chares.
Le cas échéant, soit que ces troubles trophîques et urinaires ne font pas du tout leur apparition, soit qu'ils ne se terminent pas par la mort, le paralytique scaphandrier survit. Quant à la marche ultérieure de ces paralysies et leurs pronostics, je me suis déjà longuement entretenu et on a pu remarquer que je ne suis pas, tant s'en faut^ autorisé par mes observations de souligner les paroles suivantes de Paul Bert:
(( Mais trop fréquemment les paralysies des membres inférieurs sont persistantes, et nous avons rapporté des observations nombreuses qui font un lamentable tableau dé ces malheureux dont presque toujours la mort vient, au bout d'un temps variable, terminer les souffrances. Dans aucun des faits que nous avons rapportés une paraplégie ayant duré plus de deux jours n'a été complètement guérie. »
Au contraire, j'ai fait suffisamment ressentir que des paraplégies, qui durent des mois et plus d'une année, guérissent fréquemment, s^améliorent dans la
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majorité des cas, rarement restent stationnaires pour ainsi dire indéfiniment, le scaphandrier restant en qualité d'infirme pour toute sa vie. Mais je dois confesser que je n'ai pas encore observé de mort par tes progrès seuls et naturels de )a paralysie.