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XVI. Du RÔLR DE LA PROi^PËRlTÉ ET DR L*ADVKRSITÊ CONSIDÉRÉES

coiâMB CAu&Es DR LA FOLIE; par T.* A. Ghapman. {Journal of mental Science, juilleUSSî, p, 189.)

Il y a quelques années, un aliénisle anglais, le D' Yellowlees, ?*appuyant sur des faits qui paraissaient lui donner raison, émettait cette opinion, passablement singulière, et que rien, croyonsnous, n*est venu confirmer depuis, que l'adversité est favorable à Ja stabilité mentale; bien entendu, il tenait également pour vraie la réciproque de cette proposition.

M. Ghapman s'est attaché à montrer dans ce travail que, contrairement à l'opinion que nous venons de rappeler, les cas aigus de folie diminuent à mesure que la prospérité augmente; il a toutefois limité ses études à une classe sociale particulière, la classe agricole, et à une forme spéciale de la prospérité, Taisance pécuniaire ; il fait remarquer aussi que les cas dans lesquels cette aisance parait prendre le caractère prophylactique le plus marqué sont ceux où une augmentation de salaire, une amélioration de la modeste récolte, écartent du paysan le besoin ou Tindigence, dont il demeure pourtant encore bien voisin. Il semble en effet, bien que cette opinion ne soit pas formulée dans l'article, que *auteur admettrait sans peine qu'un excès de prospérité cesserait

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de jouer à regard de FaliénalioD, le rôle prolectear de la simple aisance. Dans les limiles qui viennent d'être précisées, M. Chapman a pu s'assurer, par une judicieuse comparaison des statistiques des asiles et des statistiques agricoles, qu'à la prospérité agricole se lie une diminution du nombre des cas de folie, et qu'avec cette diminution coïncide aussi un abaissement du taux de la mortalité, en sorte que Ton voit se relever parallèlement la santé somatique et la santé mentale. R. M. G.

XVII. Paralysie et aphasie congénitale chez un idiot ; atrophie des circonvolutions; par James Shaw. {Journal of mental Science, juillet<882, p. 210.)

Il s'agit d'un cas où Ton constatait une hémiplégie droite presque complète, de l'aphasie, une monoplégie crurale gauche, l'absence de tout instinct sexuel, et l'abolition du pouvoir locomoteur: la vision et Taudition étaient conservées et, en apparence, normales; la faculté de mouvoir librement les yeux dans toutes les directions était intacte.

Les principaux faits constatés à l'autopsie sont les suivants: atrophie extrême de la circonvolution pariétale ascendante gauche; atrophie ou arrêt de développement, de la frontale inférieure gauche ; atrophie d'une portion de la pariétale ascendante droite; développement considérable, et même relativement, très considérable du cervelet. R. M. C.

XVIII. Sur LA décoration et le mobilier des asiles; par A.-R. Urqhuart. {Journal of mental Science, juillet1882, p. 167.)

L'auteur, qui dirige en Angleterre un asile important, s'est plu à donner dans cet article des renseignements très détaillés sur la façon dont il entend la décoration et l'ameublement des asiles d'aliénés. Il ne croit pas, — et il faut l'en féliciter, — que le médecin qui dirige un établissement d'aliénés ait le droit de bénéficier du vieil adage romain: « Le minimis non curât prœtor y\ et ceux de ses collègues de France qui pourront lire cet article (impossible à analyser en raison môme des questions de détail qu'il traite) y trouveront assurément de sages conseils et d'utiles indications, R. M. C.

XIX. Sur la pathologie de la paralysie générale; par Joseph Wi- GLESV70RTH. (Joumul of mental Science, janvier 1883, p. 475.)

Le point principal sur lequel Tauteur se propose d'insister dans ce travail c'est le grand développement de la névroglie (cellules et

fibres tout à la fois) ; en effet, il n'a rencontré aucun cas de paralysie générale où ce développement ne se soit montré à un degré très accusé, bien que variable suivant les cas. Ainsi qu'on devait le prévoir, Thyperplasie delà névroglie est surtout marquée dans les régions où ce tissu est particulièrement abondant à l'état normal, c'est-à-dire dans la première couche corticale, et dans la couche de cellules fusiformes située au-dessous de la cinquième couche.

En comparant une série de douze coupes de la substance corticale chez des paralytiques généraux et une série de douze autres coupes de la même substance chez des sujets atteints d'autres affections mentales variées, l'auteur s'est assuré que Thyperplasie du tissu connectif existait à un degré plus ou moins marqué dans tous les cas de la première série, tandis qu'elle faisait absolument défaut dans tous les cas de laseconde.

Sans suivre l'auteur dans tous les détails de son argumentation, nous reproduirons ici sa conclusion finale qui est la suivante: «La conclusion à laquelle on arrive finalement, c'est que la paralysie générale est une inflammation interstitielle vraie du cerveau, à marche subaiguê ou chronique ; qu'elle est en somme une véritable cirrhose du cerveau, en tout comparable à la cirrhose des autres organes, à celle du foie par exemple; ou, en d'autres termes, que l'hyperplasie du tissu connectif est l'élément primitif de la maladie, et que les cellules nerveuses ne sont atteintes que consécutivemenf. »

M. Wiglesworth n'ignore pas que cette manière de voir n'est pas nouvelle, bien qu'il ait trouvé jusqu'ici peu de partisans en Angleterre ; il sait qu'elle est partagée par Rokitansky notamment, et par d'autres pathologistes ; mais arrivé à cette conclusion à la suite de recherches absolument indépendantes, il a pensé qu'il ne ferait pas œuvre tout à fait inutile en publiant ce travail. Il termine par quelques considérations sur l'accord qui existe entre la théorie qui vient d'être exposée et le tableau clinique de la paralysie générale. R. M. C.

XX. Sur les effets de la fièvre typhoïde chez les aliénés ; vingtdeux observations; par C.-M. Campbell. {Journal of mental Science, juillet 1882, p. 212.)

Une petite épidémie de fièvre typhoïde qui a éclaté durant l'automne de 1881 dans l'asile du comté de Durham, a fourni à M. Campbell l'occasion d'étudier l'infiuence de cette maladie sur la marche de l'aliénation mentale. Le bâtiment affecté aux femmes a seul été atteint, et vingt-sept cas ont été observés : cinq appartenaient au personnel, et se sont terminés par la guérison. Sur les viiifit doux autreî^qui atteignaient des aliénés, il n'yaeu qu'un

cas de mort, par péritonite au vingHème jour, chez une malade qui portait en outre depuis longtemps une affection mitrale. — Restent vingt et un cas à étudier: sept ont été graves, neuf de moyenne intensité, cinq légers.

L'étude de ces vingt et un cas, au point de vue de Tinfluence de la fièvre typhoïde sur l'affection mentale, a donné les résultats suivants :

4® La marche de la convalescence mentale n*a reçu, chez les deux malades atteints, aucune influence défavorable de la maladie intercurrente;

2° Dans un cas où il n'y avait eu, jusqu'à l'apparition de la fièvre, aucune amélioration de l'état mental, l'amélioration a commencé pendant le cours delà fièvre, et a marché de pair avec la convalescence physique jusqu'à une guérison définitive;

S* Chez une paralytique générale l'amélioration a commencé durant la dernière période de la fièvre et a suffisamment progressé pour permettre la sortie de la malade ;

4° Dans deux cas, mais d'une façon particulièrement remarquable dans l'un d'eux, où le pronostic était devenu très défavorable, la guérison mentale a commencé pendant la fièvre typhoïde ;

5" Une amélioration mentale très nette a été observée dans deux cas; une amélioration légère dans deux autres cas;

6° Dans les dix cas restants, où le pronostic était soit désespéré, soit au moins très défavorable, l'état mental n'a été aucunement influencé par la maladie intercurrente.

Deux cas sont particulièrement remarquables : dans l'un, la démence était si profonde, elle durait depuis si longtemps sans le moindre indice d'amélioration que le cas était considéré comme désespéré; néanmoins, il y a eu une amélioration marquée. — Dans l'autre, une amélioration fort sensible est venue pareillement démentir un très fâcheux pronostic.

S'il était permis de tirer des conclusions d'un nombre aussi restreint de faits, on serait amené à penser que la fièvre typhoïde exerce sur les affections mentales une influence favorable, sans toutefois que Ton puisse se rendre compte avec quelque précision du mécanisme de cette influence. R. M. C.

XXI. De l'occupation dans le traitement des maladies mentales DANS LES CLASSES SUPERIEURES; parDavid BowER. {Journal of mental Science, juillet 4882, p. 182.)

Frappé des bons résultats que donne, dans le traitement des aliénés une occupation régulière, l'auteur s'est attaché à faire bénéficier des mêmes avantages les malades des classes élevées.

H déclare n'avoir rencontré que peu de résistance chez ses pen-

sionnaires; encore les malades, les plus réfractaires au premier abord, ont- ils souvent renoncé d'eux-mêmes à toute résistance et sont-ils venus spontanément réclamer l'occupation qu'ils avaient repoussée ; il en est ainsi surtout lorsque la régularité des occupations est devenue la règle de la maison, et que la contagion de Texerople se fait sentir. M. Bovirer a obtenu ainsi de très bons résultats, même chez des malades agités; qui auparavant passaient des journées à crier ou à déchirer leurs vêtements. 11 va sans dire qu'i! est impossible de déterminer à l'avance la nature des occupations qu'il convient de donner aux malades des classes élevées ; s'il est quelques travaux à Taide desquels on peut occuper indistinctement la plus grande partie de ces malades, il y a grand avantage à utiliser à ce point de vue toutes les aptitudes individuelles ; dans l'application de cette méthode, il faut que l'initiative du médecin soit aussi large que son ingéniosité doit être active. Aussi dans les préceptes qu'il formule, et dont nous donnons ci- dessous la traduction, l'auteur n'a d'autre but que d'indiquer les grandes lignes du traitement :

« 40 Jl ne faut jamais exiger d'un corps faible un travail physique excessif;

« 2® L'oc<;upation que l'on donne aux malades des classes élevées doit être soigneusement mise à Tabri du reproche de servilité ;

« 3<^ Cette occupation doit être constamment variée, afin que le malade ne vienne pas à s'en fatiguer. Ce précepte impose au médecin-directeur un surcroit de peine et de sollicitude réfléchie, mais il est indispensable au bon fonctionnement du système; et le médecin d'asile privée qui ne se sent pas décidé à accepter ce surplus de travail, fera mieux de renoncer à l'application de cette méthode ;

« 4*» Non seulement il faut varier le travail des malades, mais il faut multiplier pour eux les récréations et les amusements, qu'ils goûteront d'autant mieux que les intervalles auront été consacrés au travail ;

f( 5<^ Enfin il faut que les malades aient une bonne et substantielle alimentation, qu'il y ait de fréquentes réunions des pensionnaires des deux sexes^ que le travail soit chaque semaine coupé par un congé ou deux demi-congés, et qu'à leurs heures de loisir les malades soient admis à participer aux distractions et aux amusements du monde extérieur. » R. M. C.

XXII. Deux cas d'épilepsieliée a une tumeur cérébrale ; par Herbert Packer. (Journal of mental Science, octobre 4882.)

Premier cas. — Fille de quinze ans, sur laquelle on n'a que peu de renseignements ; paraît avoir eu des attaques peu fréquentes depuis trois ans. A plusieurs reprises, accidents pulmonaires à

forme congestîve, avec température élevée; mauvais état général. Elle est irritable, refuse les médicaments, parle d'une façon peu inlelligible, se plaint comme si elle souffrait dès qu'on la remue. Elle a eu plusieurs attaques à l'asile; ces attaques sont très violentes et s'accompagnent de mouvements très étendus; elle tombe hors de son lit, et ou a de la peine à Tempêcher de se blesser. Trois jours avant sa mort, elle tombe dans le coma. Depuis son entrée, elle gâtait.

A Tautopsie (soixante-huit heures après la mort), on trouve la dure-mère un peu adhérente ; une matière semi-purulente assez abondante occupe le réseau de la pie-mère entre les circonvolutions, surtout vers la base. L'ablation de l'encéphale laisse écouler deux ou trois onces de liquide semi-purulent, venant de l'espace sous-arachnoïdien.

Le tissu cérébral est ferme; à la base du cerveau, on voit une membrane résistante, étendue sur Tespace interpédonculaire, et au-dessous de cette membrane une tumeur, arrondie, revêtue d'une mince capsule, molle, de couleur jaune pâle, partant du lobe cérébral moyen droit, faisant saillie dans l'espace interpédonculaire, repoussant vers le dehors la partie adjacente du lobe moyen, et déplaçant les nerfs, la commissure et le tractus optiques, la troisième paire et le pédoncule droit. La protubérance était un peu repoussée vers la gauche, et le nerf de la quatrième paire légèrement comprimé.

Une coupe montre que le corps strié du côté droit est occupé et gonÛé par cette masse molle; la tumeur avait à peu près deux pouces et demi de diamètre; elle était enveloppée d'une mince capsule, et séparée de la couche optique et, en partie, de la corne descendante du ventricule latéral, par de la substance cérébrale. L'examen microscopique montra qu'il s'agissait d'un sarcome à cellules arrondies, avec dégénérescence de la portion centrale.

Deuxième cas,-- Homme de dix-neuf ans, atteint de manie épileptique; aurait eu depuis trois ans, lors de son entrée à l'asile, des attaques avant et après lesquelles il se montre très violent et accomplit inconsciemment des mouvements étendus (sauts pardessus des tables, des chaises, etc.).

A son entrée on ne note aucune paralysie motrice; au point de vue mental, il est irritable, excitable, déraisonnable, incohérent; il a perdu la mémoire; en dehors de l'état de mal, il est docile, mais très susceptible. 11 a pendant plusieurs jours de suite jusqu'à vingt et trente attaques par jour; puis il redescend jusqu'à une seule attaque quotidienne mais, s' accompagnant de mouvements très étendus, et suivie de jactitatioii très violente des membres ; dans un de ce^ moments de violence, il s'est fracturé Tolécràne. Bientôt les accès deviennent trop fréquents pour pouvoir

être comptés, c'est-à-dire que le maladiî plongé dans le coma est pris toutes les cinq ou dix minutes d'un accès classique spasmodique. C'est dans cet état qu'il succombe.

A Tautopsie (soixante-douze heures après la mort), on trouve la dure-mère un peu adhérente; le tissu cérébral est ferme. A gauche, dans la portion extra-ventriculaire du corps strié, et relalivemeut près de la base, on trouve une tumeur, du volume d'une grosse noix, globuleuse^ entourée d'une capsule, de consistance ferme, largement alimentée par des vaisseaux sanguins, et assez semblable^ au point de vue de la couleur et de la consistance, à la substance corticale du rein. R. M. C.

XXIU. L'oBTUsioN NERVEUSE {ncrcous dulness) au point dk vue physique ET MORAL ; SON IMPORTANCE RELATIVEMENT A LA PEINE CAPITALE ;

par W. Henry Kesteven. (Journal of mental Sdcncf, juillet 1882, p. 177.)

L'état particulier que l'auteur désigne par ces mots « Nervous dulness », mots que nous avons conscience de ne traduire que très imparfaitement par l'expression « obtusion nerveuse», est un état plus aisé à décrire qu'à résumer en une déGnition précise. Ce n*est pas, à proprement parler, une maladie, bien qu'une maladie puisse en être la cause; c'est le plus souvent sans doute un état congénital, résultant d'un mode vicieux ou incomplet de développement du tissu nerveux. Anatomiquement, rien ne différencie le le tissu nerveux de ces « obtus » du tissu nerveux des sujets normaux; et l'auteur est amené à conclure que ce n'estpoint la quantité, mais la qualité de la substance nerveuse qui est imparfaite. De pareilles modifications demeurent inaccessibles à nos procédés actuels de recherche; mais si l'on admet cette théorie, aujourd'hui acceptée par beaucoup, que la force nerveuse n'est qu'une modification spéciale du mouvement, on pourra concevoir l'état dont il s'agit comme résultant d'une sorte de viscosité des molécules constituantes de la substance nerveuse.

Lorsqu'il est congénital, cet état peut être héréditaire ; lorsqu'il estacquis, il peut être dû, soit à une inlluence pathologique, soit à des habitudes vicieuses, personnelles ou ancestrales; quoi qu'il en soit, ces malades n'attirent souvent l'attention par aucune infériorité intellectuelle; quelques-uns même passent pour intelligents; ils raisonnent juste, ue paraissent nuisibles ni aux autres ni à eux-mêmes, et sont cependant capables, le cas échéant^ de faire le mal sans savoir que ce qu'ils t'ont est mal. L'explication que donne M. Kesteven de ces faits est la suivante : « Us sont absolument insensibles à ces fines vibrations subsidiaires des processus mentaux qui se retrouvent au fond de toute pensée, de toute opération mentale. . Agissent-ils mal, c'est qu'ils n'ont au-

cune conscience de ces stimulations plus douces, qui influent sur les autres homnieS) et qui, s'illes eussent senties, auraient corrigé, ou au moins tenu en écbcc leur tendance à mal faire».

Si cette obtusion atteint surtout la portion du tissu nerveux qui est affectée aux opérations mentales, le danger est éventuel, mais réel; en effet, tant que le sujet vivra dans des conditions telles qu'il n*ait besoin de faire appel ni aux sentiments, ni aux pensées consécutives dont il est incapable, sa conduite sera normale; mais, que ces éléments, qui lui manquent, viennent à lui devenir soudainement nécessaires, et Thomme raisonnable de tout à l'heure devient, sans transition, insconscient par imperfection: en d'autres termes, fou et irresponsable.

Au point de vue médico-légal, de pareils états nerveux ont une importance de premier ordre : sans rechercher si l'obtusion intellectuelle dont paraîtrait atteint un criminel est héréditaire ou personnelle, et dans ce dernier cas, s'il ne Ta pas préparée et acquise par des habitudes vicieuses^ une première difficulté, bien plus insurmontable, arrête au seuil de la question le magistrat et l'expert; c'est que, Taccusé n'ayant jamais donné de signes d'aliénation, ils n'ont Tun et l'autre d'autre document que Taflirmation du prévenu, qui déclare avoir été inconscient du caractère criminel de l'acte commis.

Il sufût que de pareils états cérébraux existent, et que leur possibilité soit reconnue, pour que le législateur y trouve un argument bien puissant contre la peine capitale. Et l'auteur sachant bien qu'on va lui reprocher de voir désormais des fous partout et des criminels nulle part, ne pressent l'objection que pour s'incliner devant elle: « Assurément, dit-il, au point de vue psychologique, tout crime est une folie... Le critérium grossier dont se contente la loi pour déterminer si un homme est ou non sain d'esprit, ce critérium qui consiste à rechercher si le criminel a eu ou n'a pas eu conscience de la criminalité de l'acte, est insuffisant, et son insuffisance est admise par tout le monde. Si tous les crimes étaient regardés comme des actes de folie, on adopterait à l'égard du crime une méthode plus rationnelle, et l'on chercherait non pas à le punir, mais à l'empêcher ; or, ce dernier résultat est précisément celui que le châtiment, capital ou non, est impuissant à atteindre. Il faut faire pour le crime ce que l'on fait pour la folie : mettre le criminel dans l'impossibilité de commettre un nouveau crime ; on peut sûrement y réussir sans lui ôter la vie. » L'auteur ajoute un peu plus loin que pour réaliser une pareille réforme, il ne faudrait rien moins assurément que la reconstitution sur de nouvelles bases de toutes les prisons et de tous les asiles d'aliénés; mais nous ne sommes pas du tout sûr, dit-il en terminant, qu'une reconstitution de ces établissements ne soit pas précisément l'une des meilleures choses que l'on puisse souhaiter. » R. M. C.

XXLV. Un cas d'endartérite, avec folie et aphasie; par Richard B. MiTCHELL. {Journal of mental Science, juillet 4882, p. 223.)

Cette longue et intéressante observation, suivie d'un minutieux compte rendu de l'autopsie ne peut guère s'analyser; aussi nous bornerons-nous à résumer les remarques que l'auteur y a ajoutées; on y trouvera les symptômes cliniques principaux utilement rapprochés des lésions anatomiquesles plus importantes. Ces remarques portent surtout sur trois points.

Le plus important de ces points, c'est l'impossibilité où se trouvait la malade de parler. Cette aphasie ne paraissait liée à aucune absence soit d'idée, soit d'intelligence ; elle comprenait bien ce qu'on lui disait, essayait de lire à haute voix si on le lui demandait, et s'efforçait de son mieux, et avec une expression de physionomie intelligente, de répondre aux questions qu'on lui posait; c'est en somme l'élément ataxique et amnésique qui semblait prédominer dans cette forme d'aphasie. 11 paraît certain que l'ataxie et la parésie des muscles de l'articulation jouaient un rôle au moins partiel dans les troubles observés du côté du langage ; en effet : 1® d'abord la gravité des troubles du langage variait proportionnellement à l'intensité de Tataxie dont la langue était atteinte, et aussi à l'intensité de l'ataxie générale; 2° la parole était lente, laborieuse ; elle procédait par « explosion » ; 3<» le langage était d'autant plus inarticulé que la malade faisait de plus vifs efforts pour parler ; 4* elle était rarement capable de répéter un mot lorsqu'on le lui demandait. A ces faits correspondait un état anormal des cellules des noyaux d'origine de la neuvième paire et de celles du corpus dentaium de la moelle.

Mais, en outre, la malade disait souvent oui quand elle voulait dire non; elle faisait un signe affirmatif au lieu du signe négatif qu'elle voulait faire, et réciproquement; ici l'intervention d'une ataxie des muscles de l'articulation du langage devient insuffisante pour expliquer les faits; on voit apparaître l'élément amnésique, une forme de défectuosité de la mémoire par incoordination, forme dans laquelle la malade oublie les mots propres à l'expression de sa pensée, et n'a pas la conscience qu'il en emploie d'impropres. Ceci correspond à des lésions des circonvolutions frontales, et en effet on constatait nettement que la circonvolution la plus atteinte était celle de Broca.

Le second point est relatif à la présence d'une sclérose miliaire dans le système cérébro-spinal. Il est à remarquer H <» que les plaques de sclérose étaient nombreuses et distinctes sur des coupes qui n'avaient subi l'action de l'alcool que pendant trente heures au plus; 2° qu'aucune trace de sclérose miliaire n'a pu être constatée ni dans le corps strié, ni dans la moelle allongée, ni dans la région cervicale de la moelle, bien que des coupes prises dans ces

régions aient subi Faction de J'alcool pendant exactement le même temps et exactement dans les mêmes conditions que les coupes de la circonvolution frontale droite ascendante, du vertex gauche, et de diverses autres portions du cerveau et de la moelle qui étaient parsemées d'îlots plus ou moins rapprochés de cette lésion ; 3® que les îlots étaient aussi nettement visibles sur les coupes (pii n'avaient subi que peu de temps l'action durcissante de l'acide chromique que sur celles qui y avaient été exposées plus longtemps.

Le troisième point concerne des petits corps, que Tauteur croit n'avoir pas été décrits jusqu'ici; ces petits corps, ronds, d'un diamètre maximum de 1/200 de pouce, fortement colorés par le carmin se rencontraient dans les lobes frontaux, mais surtout dans la partie postérieure de la troisième circonvolution frontale gauche; ils occupaient les couches les plus profondes de la substance grise et la substance blanche immédiatement située au-dessous. Ils étaient nombreux ; les plus gros présentaient un contour inégal, un aspect mûriforme et se composaient évidemment de plusieurs petits corps identiques aux corpuscules amyloîdes, et qui n'étaient peut-être que ces corpuscules même. Ces agrégats corpusculaires étaient toujours au voisinage d'un vaisseau. Ils ont été examinés par M. Batly Tuke, qui ne se souvient pas d'en avoir observé de semblables. Il est difficile de donner une théorie de leur origine. Dans quelques cas, on inclinait à croire qu'ils occupaient la place d'un vaisseau oblitéré et remplacé par une masse de noyaux ayant proliféré. R.M.C.

XXV. Le réflexe du genou dans la paralysie générale; par W. Ju- Lius Mickle. (Journal of mental Science, octobre 1881, p. 343.)

L'auteur de ce mémoire, connu depuis longtemps par une série d'intéressants travaux sur la paralysie générale, a étudié avec soin l'état du réflexe du genou dans cette maladie; il constate d'abord que ce réflexe peut être normal, exagéré, diminué, ou absent. Dans ses recherches, qui ont porté exclusivement sur des hommes, il a trouvé que le groupe des cas dans lesquels le réflexe était normal et le groupe de ceux où il manquait complètement ou presque complètement dépassaient respectivement en nombre le groupe des cas où le réflexe était nettement exagéré. Il faut noter encore que ce réflexe peut varier chez le môme individu à différentes périodes de la maladie; il s'en faut aussi qu'il soit toujours égal aux deux membres ; il varie encore dans sa rapidité absolue et dans sa promptitude à répondre à l'acte qui le provoque ; on peut même quelquefois constater l'existence d'un réflexe exagéré dans son étendue, tout en étant tardif dans son apparition. Enfin, l'activité des mouvements réflexes provoqués par certaines impressions superficielles, telles que le chatouillement ou le pince-

Â^CHIVES, t. VIIL H

nient de la peau n'est pas nécessairement en rapport avec Tintensite du réflexe du genou, ou de tout autre réflexe dit profond.

L'auteur, s'appuyant exclusivement sur ses observations personnelles, a résumé comme il suit les rapports qui existeutentre Tétat du réflexe du genou et les principaux faits ou symptômes qui se rattachent à la paralysie générale :

4<^ Etiologie. Dans le groupe où le réflexe manque, c'est l'alcoolisme qui jouele rôle capital dans Tétiologie; lasyphilis^ en revanche, tient une place considérable au point de vue étiologîque dans le groupe où l'on rencontre une exagération du réflexe.

2^ Dysphaêie. En considérant l'ensemble des cas, les troubles du langage sont sensiblement égaux dans les deux groupes, peut-être cependant un peu moins marqués dans le groupe où le réflexe manque.

3® Attaques apoplectiformes. Elles sont à peu près égales en fréquence et en intensité dans les deux groupes; s'il y a une légère différence, elle est au profit du groupe où le réflexe manque.

4* Hémiparésie temporaire. Elle suit, — lorsqu'eUe n'est pas liée à des phénomènes convulsifs — la même règle que les deux symptômes précédents.

h^ Attaques épileptif ormes. Elles sont un peu plus fréquentes dans le groupe où manque le réflexe ; en revanche, les attaques quasi-syncopales — analogues au petit mal de l'épilepsie vraie ? — ont été observées presque exclusivement dans le groupe qui présente une exagération du réflexe.

6*> Etat intellectuel. 11 est à peu près semblable, somme toute, dans les deux groupes. (On peut cependant mentionner que la manie et la démence étaient un peu plus marquées dans le groupe où les réflexes étaient exagérés; mais peut-être n'y a-t-il là qu'une coïncidence fortuite.)

7* Hallucinations. Plus fréquentes dans le groupe où le réflexe fait défaut.

8» Incontinence d*urine. En considérant l'ensemble des cas, on trouve que la malpropreté et le gâtisme, les évacuations involontaires (surtout d'urine) se montrent avec plus de fréquence, de précocité et d'intensité dans les cas où le réflexe fait défaut.

90 Douleur. Les douleurs tant soit peu vives des membres et du tronc sont plus fréquentes dans les cas où le réflexe manque.

iO*^ Sensibilité tactile des pieds. La perception des sensations tactiles au pied n'est l'objet d'aucune différence bien accusée.

i4« Sensibilité et réaction au pincement des extrémités. L'une et l'autre sont plus souvent diminuées ou absentes dans les cas où le réflexe fait défaut que dans ceux où il est exagéré.

i2^ Réaction au chatouillement. Elle est un peu plus souvent absente ou affaiblie dans le groupe où le réflexe est nul.

IIEVUB DB PATHOLOGIE MBIfTALB. 241

i2* Démarche. En prenant rensemble des cas, elle est un peu plus aiaxiforme dans les cas oà le réflexe manque.

M"* Pupilles. En prenant renscmble des cas^ les pupilles 'sont plus dilatées chez les malades à réflexe nul que chez les sujets à réflexe exagéré. (On trouve plus souvent la pupille droite plu» dilatée que la gauche dans les cas on le réflexe est très accusé que dans ceux où il nmnque.)

450 Etat des yeux par rapport à la lumière. Dans les cas où le réflexe est nul, Tiris est un peu plus paresseux.

iQ"" Accommodation. Pas de diliérence marquée entre les deux groupes. R. M. C.

XXVI. Un cas de paualtsie générâlk chez une femme, par F. M. Co- WAN. ( The Journal of mental Science, janvier 1884, p. 530.)

Observation. — Femme de trente-six ans, ayant été fille publique, mariée depuis, deux enfants ; présente tous les symptômes de la démence paralytique. Le début remonte à deux ans; il y a eu une période maniaque d'une grande violence, ainsi que les idées ordinaires de grandeur. La syphilis est recherchée avec le plus grand soin ; on n'en découvre aucune trace. Jamais d'attaques apoplectiques ni épileptiformes. — Faiblesse progressive, séjour au lit, eschares, marasme, mort.

Autopsie. — La pie-mère se détache facilement, sauf sur la frontale ascendante, les pariétales et les lobules paracentraux. Les circonvolutions frontales sont atrophiées ; les sillons qui les séparent sont élargis et contiennent des veines dilatées. Une dépression du volume d'une balle de fusil occupe le sommet du lobule paraceutral droit.

Le cerveau pèse 1,170 grammes; son tissu est œdématié. La substance grise est réduite à l'état de simple lamelle sur les lobes frontaux. L'épendyme ventriculairvî, surtout dans le quatrième ventricule, est couvert de granulations.

Au microscope, au lieu de trouver, comme d'ordinaire, des lésions de la névroglie, du tissu connectif cérébral, on trouve la névroglie normale (à peine une légère prolifération des noyaux, dans six préparations sur quarante). Les seules altérations observées ont leur siège dans les cellules nerveuses et dans les vaisseaux.

Les petits vaisseaux artériels sont atteints d'endartérite, en sorte que leur calibre est notablement réduit. De distance en distance, à des intervalles très réguliers, la tunique interne fait saillie à l'intérieur du vaisseau, de façon à en réduire le calibre au tiers du calibre normal, sans jamais toutefois l'oblitérer complètement. Cette diminution de la circulation artérielle a donné lieu à une stase marquée et à une transsudation dans les espaces périceliplaires ; d'où atrophie et désintégration des cellules.

S12 RBVUB VE PATHOLOGIE MEMTALK.

L'endartérite dans ce cas était-elle d'origiae sjphilitîquo ? L'auteur ne le pense pas, paisqae malgré d'attentives recherches, il n'a pu trouver aucune trace de sjphilis» R. M. G.

XXVII. Un cas de goitre exopethalvique avec vante; par J. Car- LYLE JoHNSTONE. {The Joumal of mental Science, Janvier 4884, p. 521.)

Un résumé des réflexions de Tautour fera ressortir les points les plus intéressants de cette très longue observation :

H^Le premier point à noter, c'est que le sujet de lobservation est une femme de trente-deux ans, mère de trois enfants, n'ayant eu antérieurement aucune maladie sérieuse, mais oriffinaire d'vn district où le goitre est endémique ; V* i\ j 9, lieu de remarquer ensuite. Tordre d'apparition des phénomènes; cet ordre, en etfet, n'est point celui que Ton observe habituellement; chez la malade dont il s'a^rit, ce sont des vomissements violents qui ont ouvert la marche ; ensuite est venue l'hypertrophie du corps thyroïde, puis rexophthalmie, et, en dernier lieu seulement les palpitations nerveuses ; 3® les troubles psychiques ont été souvent signalés dans le gottreexophthalmique ; ils peuvent aller parfois] nsqu'à Taliénation. Chez cette malade, on notait de l'irritabilité, un caractère capricieux, une excitabilité émotionnelle marquée, des manifestations hystériques, des alternatives d'excitation et de dépression ; tous ces symptômes se sont exagérés au point de constituer un cas de manie aiguë ; 4*» la marche ultérieure des symptômes a été la suivante : la malade qui était dans un état aigu d'excitation maniaque, avec émaciation et épuisement extrêmes, et qui présentait tous les symptômes pénibles de la maladie de Graves, s'est améliorée au point que la manie s'est calmée, que les forces et la nutrition se sont relevées, et (|ue le goitre exophthahuique l'incommodait à peine ; on aurait pu croire laguérison proche; mais après l'apparition de troubles moteurs et sensoriels limités à gauche, troubles dont l'exophthalmie persistante à gauche avait pu faire prévoir l'éventualité, l'existence de lésions cérébrales graves devint manifeste ; 5» parmi les symptômes secondaires les plus dignes d'attention étaient des sueurs profuses et soudaines, des rougeurs intenses et une chaleur brûlante à la peau, la tendance aux affections cutanées et les troubles digestifs; 6« à Vaulopsie^les lésions les plus remarquables étaient le ramollissement rouge des circonvolutions de l'hémisphère droit, l'état du sympathique et du corps thyroïde, et la présence d'un thymus volumineux.

Le ramollissement rouge envahissait toute la substance corticale des deux tiers antérieurs de l'hémisphère droit et quelques circonvolutions seulement du tiers postérieur. La substance blanche était hypérémiée et pointillée ; elle Tétait aussi du côté gauche, mais à

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un degi^ moindre. La subsUnoe grise à gaucbe était assez fortement injectée, mais ne présentait pas d'autreanomaiie.

Les ganglions cervicaux supérieurs (qui, malheureusement, ont été seuls examinés), présentaient, à côté de cellules saines, des cellules plus ou moins pigmentées» et d'autres légèrement ati^ophiées; la masse pigmentaire, souvent très nette, allait parfois jusqu'à remplacer complètement la cellule. Le tissu connectif était plus abondant qu'à Télat normal.

Le corps thyroïde est considérablement et uniformément hypertrophié ; sa section montre dan« le lobe droit quelques kystes de la grosseur d'un pois, contenant uue substance blanche, cireuse, colloïde. Les artères et les plexus veineux sont volumineux. La capsule fibreuse et le tissu connectif sont épaissis. Au microscope on constate une hypertrophie considérable en cerlains points, et de l'atrophie dans d'autres.

Le thymus est remarquablement volumineux, et de consistance ferme. R. M. G.

XXVIll. Un cas ressbhblant a la paralysie générale; — méningite SUIVIE d'epancubiient de lymphe et de pus; par J. Manley. [the Journal of mental Science f}an\iQv 1884^ p. 519.)

Obsbrvatjon.— Homme de trente-six ans ; pas d'hérédité nerveuse ni tuberculeuse. Renseignements très incertains sur la durée de la maladie antérieurement à son entrée à l'asile. Son premier acte déraisonnable consiste à se croire le propriétaire de biens qui ne lui appartenaient pas et sur lesquels il exerçait le droit de propriété par des plantations, des aménagements, etc. Il était en outre inquiet, excité; il fallait deux hommes pour le garder. — A son entrée, il a des idées incohérentes^ ne veut pas s'habiller, souille son lit; il a menacé sa mère; c'est ce qui a motivé son internement. La parole est épaisse ; l'état de la langue n*est pas indiqué an point do vue du tremblement. Souvent, il ne répond pas aux questions, et ne parait pas les comprendre; il a l'air excité; il n'est pas solide sur ses jambes. Bientôt son excitation tombe, il s'affaiblit de plus en plus et perd tout à fait la parole. Alité par faiblesse, il a promptement des eschares étendues ; puis survient uue série d'attaques épileptiformes, et le malade meurt.

Autopsie, — Sur l'os frontal, pus crémeux. Les membranes sont pâles; l'arachnoïde a évidemment été le siège d'une inflammation aiguë ; elle est couverte d'un mélange de lymphe molle et de matière purulente qui tendait à se frayer un chemin par la lame criblée del'ethmoîde, et qui avait creusé la substance osseuse du frontal. Par sa couleur et sa consistance, cet enduit ressemble, sur les circonvolutions, à une mince couche d'omelette. En incisant la dUre-mère, on donne issue à environ 400 grammes de

214 REVU& m PATBOLOOI8 MSNTALE.

liquide mêlé de pu$* Le tissu cérébral était de consistance à peu près normale^ mais pâle* R. M. C.

XXIJi[. StMPTÔVES MENTAUX PRÉCURSEURS D* UNE ATTAQUE d'aPOPLEXIE;

par G. Savage. {Journal of mental Science^ avril 1883, p. 90.)

Le sujet de cette observation est un homme de cinquante- cinq ans, marié, goutteux^ ayant usé largement de la vie sans commettre d'excès, n'ayant aucune affection constitutionnelle, et d'une intelligence très au-dessus de la moyenne. D'abord tourmenté par de l'insomnie (il y a un an), il se plaint ensuite de douleurs névralgiques occupant surtout le globe oculaire et pour lesquelles il consulte divers médecins. Puis il devient irritable, émotif et sa mémoire diminue. Ensuite surviennent des hallucinations de Touïe, sans rien de terrifiant (sonnettes entendues la nuit, conversations, d'ailleurs indifférentes , entendues à des distances invraisemblables, etc.), auxquelles succèdent des hallucinations de Todorat. En môme temps il maigrit, s'affaiblit, etflnalement il est pris d'une attaque d'apoplexie affectant le côté gauche. Les mouvements convulsifs furent très violents, le malade ne reprit jamais connaissance, et mourut en moins d'une semaine.

M. Savage pense que, dans ce cas, la rupture artérielle a été précédée d'un trouble de la nutrition cérébrale, reconnaissant probablement pour cause l'état athéromateux (goutte) des artères de la base. Au trouble de la circulation a succédé une altération de la nutrition qui a eu pour résultat l'apparition successive des diverses hallucinations signalées dans l'observation clinique.

XXX. Trois observations î symptômes ordinaires de la paralysie générale dans l'une; SYMPTÔMES DOUTEUX DANS L'AUTRE ; SYMPTÔMES ACCUSÉS DANS LA TROISIÈME; PACHYMÉNINGITE DANS LES TROIS CAS;

par G.-H. Savage. (The Journal of mental Science^ janvier 4884, p. 51t.)

Voici le résumé de ces trois observations :

Observation L — Homme de cinquante-neuf ans, célibataire ; un aliéné dans la famille ; pas d'idées de suicide; dangereux pour les autres. Excité, incohérent, idées do grandeur; attaque les gardiens et les malades sans motif; malpropre. Blessure du cuir chevelu (avec lésion osseuse ?) il y a sept ans. Début de la maladie, il y a quatre moLs. Pupilles égales. Parole lente, parfois .hésitante pour un mot long. Pas de tremblement de la langue ; un peu de tremblement des lèvres. Les idées de grandeur sont très marquées. Le malade meurt après avoir présenté les signes de l'albuminurie et la respiration de Cheyne-Stokes.

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Autopsie, Artères cérébrales altérées : membrane épaisse, comprenant Tarachnoîde (pachyméningite). Adhérences sur toute la surface des lobes frontaux. Adhérence extraordinairement marquée entre les surfaces médianes des lobes frontaux. Pas d'atrophie bien accusée. La substance grise parait avoir Fépaisseur normale; dans chacun des pJexus choroïdes on trouve une petite tumeur du volume et de la forme d'un haricot. Dépôts pigmentaires en divers points, notamment sur la dure- mère au niveau de la surface horzontale du frontal et sur la face supérieure de la tente du cervelet.

Observation II. — Homme de trente-trois ans, marié ; grandpère mélancolique; pas d'idées de suicide ni d'homicide; sobre. — Agitation sans but, propos incohérents, crainte déraisonnable des incendies, se croit volé par des clients qui emportent des marchandises sans les payer. A eu lors de sa première attaque (il y a quinze jours) de Thésitation de la parole, de l'insomnie; a été violent, a refusé de manger. A son entrée : tremblement delalangue peu marqué, pupille normale , sensibilité conservée ; illusions» dépressiou, insomnie. Démarche normale; réflexes du genou plutôt exagérés. Le 30 juin, perte complète de connaissance et paralysie motrice : tête tournée à droite; déviation conjuguée des yeux du même côté. Pupilles égales, répondant un peu à la lumière; réflexes cutanés conservés. Le malade ne reprend pas connaissance. Mort.

Autopsie, — En sciant le crâne, on entame la dure-mère, il s'écoule alors environ 120 grammes de sang en partie liquide, en partie coagulé. L'hémisphère droit est très aplati et comprimé. Les circonvolutions paraissent atrophiées de ce côté, mais cette apparence d'atrophie est due surtout à la compression. Au-dessus de la région comprimée, on trouve un sac volumineux, dont les parois sont formées d'une membrane jaunâtre, transparente, homogène, et ne paraissant pas vasculaire, au moins à l'œil nu. Cette membrane se réfléchissait de la pie-mère de rhémîsphère droit sur la surface arachnoîdienne de la dure-mère. Le sac contenait une quantité considérable de sang caillé, mou, noirâtre; on a vu comment s'était écoulé le reste du contenu de ce sac. — Dans la fosse temporale gauche, épanchement sanguin peu considérable. — La pie-mère se détachait facilement des droonvolutions. Pas d'adhérences. Substance grise normale, mais pâle.-^ Le plancher du quatrième ventricule est légèrement granuleux. Les ventricules latéraux ne sont pas agrandis et ne contiennent pas de liquide.

Observation III. — Femme dont Tâge n'est pas indiqué ; une sœur a été atteinte de manie puerpérale, une autre de delirium tremens. Six mois d'insomnie; ensuite excitation et idées de grandeur. Parle ou marmotte incessamment . — Après des pertes d'argent considérables, elle avait été prise de mélancolie; il y eut une

â16 RBVUB DE PATHOLOOIB MEKTALE

amélioratioa appréciable, puis une rechute a?ec agitation et idées déraisoDuables (parenté avec la famille royale, fortune exagérée); elle était incapable de prendre soin d'elle-même , de se tenir propre. Hallucinations de Touîe. •*• A son entrée à Tasiie : mêmes idées de grandeur ; tremblement de la langue ; parole épaisse ; pupilles un peu inégales; marche incertaine ; réflexes du genou un peu exagérés ; refus fréquent de manger. Un mois après son entrée: pupilles égales; réflexes normaux ; incohérence ; idées de grandeur; mémoire presque entièrement perdue. — Deux mois plus tard, série d'attaques. Mort.

Autopsie. — Dure-mère facile à détacher à droite, mais adhérente à gauche à l'arachnoïde, dont la cavité était remplie d'une fausse membrane molle, facile à soulever, excepté au vertex, où elle adhérait à la pie-mère, et par places à l'écorce. La dure-mère de l'hémisphère droit enlevée, on voyait de petits lacs de liquide sous-arachttoîdien clair, qui remplaçaient au niveau du vertex des circonvolutions atrophiées; ces modifications étaient surtout marquées à la base de la première frontale du côté droit, et au sommet de la frontale ascendianie. L'atrophie, le soulèvement de l'arachnoïde par du liquide se rencontraient dans les points correspondants du côté gauche, mais à un degré moins marqué. L'atrophie était surtout accusée dansles régions qui viennent d'être indiquées. Il y avait de nombreuses adhérences entre les membranes et Técorce, surtout à la région frontale, des deux côtés. R. M. €.

XXXI. Un cas de mélancolie avec stupeur et catalepsie ; par James Adam. {Journal of mental Sciencey janvier 4881, p. 508.)

Bésumé de l'observation. — Les principaux renseignements recueillis sont les suivants : jeune fille de vingt et un ans, bonne santé habituelle ; pas d'antécédents héréditaires. A onze ans, elle aurait eu un léger coup de soleil sous l'influence duquel elle aurait tenu des propos « bizarres», mais il n'est resté aucune trace de cet incident. Il y a six mois, elle se plaint de maux de tête, qui cependant n'entravent pas ses études (elle est très studieuse). Bientôt, après une améhoration due à un changement d'air, la céphalalgie frontale et occipitale reparait et la force à cesser tout travail intellectuel. U y a quatre mois, apparition de troubles intellectuels marqués. On la conduit chez une parente, où elle donne des signes très accusés de dépression mentale ; elle voudrait être morte, elle devient morose, susceptible, silencieuse. 11 y a six semaines, elle commence à refuser de manger et de se coucher, déclarant que le jeûne et les veilles peuvent seuls la soustraire aux influences malveillantes qu'elle subit ; la dépression augmente, se manifestant par des actes déraisonnables. Puis, tout d'un coup, elle se remet à manger; la dépression diminue, mais la stupeur et

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la taciturnité subsistent. (In soir, elle paraissait endormie ; on ne put la réveiller même en la secouant; il fallut des efforts réitérés pour lui faire ouvrir les jeux. Cet état cataleptolde reparut fréquemment, mais sans durer plus de quelques minutes. Bientôt apparurent de TexcitatioD, des tendeurs nocturnes, des idées de suicide avec commencement d'exécution, des ^grossièretés de langa^'e contrastant singulièrement avec son éducation; enfin elle refusait de manger, et il fallut avoir recours à Talimenlation forcée. Lorsque l'auteur l'examina, elle était très anémique, souffrait d'une violente inflammation du pharynx, avait un pouls très rapide et à peine perceptible, un regard fixe, des pupilles dilatées, une tendance marquée à la catalepsie ; elle se croyait un ange de destruction.

Pendant que M. Adam la soignait, c'est-à-dire depuis le 13 juillet jusqu'au 7 novembre, ou note successivement les faits suivants : elle se croit une peraonne royale et tient des propos déraisonnables; elle présente de l'œdème des extrémités inférieures, et le 23 juillet, un état syncopal assez grave (cet état s'était déjà produit plusieurs fois dans safamille). — En août: alimentation forcée d'abord, puis volontaire; les symptômes mentaux diminuent; mais l'état cataleptique persiste. Etat œdémateux général. — En septembre, l'œdème a presque disparu; l'état cataleptique est beaucoup moins accusé; santé générale améliorée. Pour la première fois le 19, elle répond à uue question, et le 20, elle parle et elle chante. —Novembre : malgré quelques rechutes passagères, la convalescence progresse favorablement, bien qu'elle ne soit pas tout à fait débarrassée de ses idées délirantes et que le retour de l'état cataleptique paraisse devoir être provoqué par la cause la plus légère. R. M. C.

XXXII. UiN CAS DE FOLIE siMULHE ; par A. RoBERTSON. {Joumul of mental Science, avril 1883, p. 81.)

Il s'agit d'un homme accusé de vol avec effraction, qui, peu de temps après son entrée en prison, commit une tentative de suicide tellement naive que la simulation fut aussitôt suspectée ; à partir de ce moment il refusa de travailler, et, par moments, de parler ou de répondre; quand il parlait, ses propos étaient sensés, sauf en un point: poursuivi pour vol, il se prétendait coupable d'assassinat et croyait ou paraissait croire qu'il allait être jugé pour ce dernier crime; il était calme, morose, mais propre dans sa personne et dans sa tenue. 11 aurait déclaré avoir vu du monde à la fenêtre de sa cellule.

Examiné par M. Robertson, il a l'air inquiet, rusé, sournois, évite visiblement de se laisser fixer, et répond aux questions qui portent sur des faits antérieurs au crime d'une façon généralement.

mais non toujoars, raisonnable: il prétend ignorer tout ce qui se rapporte au vol, déclare qu'il est poursuivi pour assassinat, et qu'il a en effet gravement maltraité d'abord, puis jeté dans un canal où elle s'est noyée, une femme avec laquelle il vivait. On lui dit que cette femme est vivante; il remercie du renseignement, mais répète au bout de quelques minutes sa première assertion ; il déclare se repentir de son crime etse met à pleurer; puis il se plaint que des milliers de rats viennent la nuit dans sa cellule, et tient d'autres propos absurdes du même genre.

Le jugement étant proche, on avait pressé l'expert de donner son opinion; il refusa de se prononcer après un premier examen, et put avoir avec le prisonnier deux autres entrevues, dans lesquelles, tout en continuant à s'accuser d'assassinat, le prévenu déclara qu'il avait 10,000 fr. en or, qu'il allait hériter de i 00,000 fr., avec lesquels il irait au Pérou et achèterait une propriété à Cailao. Dans la dernière entrevue, il déclara en outre que rile de Sainte-Hélène lui appartenait. — Bien qu'on ait pu constater sur divers points où le doute n'était pas possible, l'intégrité et même l'excellence de sa mémoire, il affirme lors des deux dernières entrevues, n'avoir jamais vu l'expert, à moins que ce ne soit il y a très longtemps. — Enfin on ne peut noter aucune trace d'exaltation ni de dépression.

L'expert constata dans son rapport, outre l'absence des signes ordinaires propres à divers troubles mentaux, la présence de deux formes de délire qui ne se rencontrent jamais simultanément chez le même sujet, et d'après l'ensemble des faits observés, il conclut à la simulation.

L'avocat plaida la folie ; l'accusé s'appliqua très habilement à en donner les signes pendanlles débats, etfut néanmoins condamné à sept ans de servitude pénale.

Après le jugement rendu, le condamné avoua sans difficulté au médecin de la prison qu'il avait simulé la folie. R. M. C.

XXXIU. De; l'admission des aliénés dans les asiles; par le D' Léonard Webkr. {Journal of nervous and mental diseases, janvier 1884, p. 70.)

Le comité permanent delà Société médico-légale de New- York estime que la loi qui régit l'internement des aliénés dans les asiles n'est pas une garantie suffisante contre les abus. — Dans un des premiers numéros du Med. légal Journal^ il demande que toute personne soupçonnée de troubles cérébraux soit soumise à l'examen d'un juge de la cour assisté de deux experts. — Il y aurait lieu, par suite, de nommer des commissaires spéciaux qui auraient pour mission de visiter les asiles et de mettre en liberté les individus qui pourraient être rendus à la vie commune.

80CIÊTB8 SAVANTES. 2t9

Le D' Léonard Weber fait ressortir que lapplication de ces mesures favorablement jugées par l^opinion publique causerait à La santé des malades de graves préjudices. Tous les observateurs, ditil, s'accordent à reconnaître que les soins donnés aux aliénés chez eux ne sont couronnés d'aucun succès. Les chances de guérison sont d'autant plus sûres que rinternement e^ plus rapide. 11 importe^ par conséquent, d'éclairer Topinion publique et non de lui faire des concessions au détriment des malades. -» Les abus qui pourraient consister à faire enfermer une personne saine d'esprit seront efficacement prévenus par une loi sévère. — Le système d'inspection des asiles tel qu'il se pratique en Angleterre n'a jamais mérité l'approbation de ceux qui ont voulu le connaître.

A. CUANTESIESSB.

SOCIÉTÉ MÉDICO-PSYCHOLOGIQUE

Séance du 26 maiK — PaÉsmENCE dk M. Foville.

Des mesures proposées pour la surveillance des aliénés traités en dehors des établissements spéciaux, publics et privés. — M. Falhet. Dans la dernière séance, j'avais passé en revue les législations étrangères sans tirer aucune conclusion, dans le seul but de provoquer une discussion sur l'opportunité des mesures que nous aurons à prendre au sujet des aliénés traités en dehors des établissements publics et privés.

Aujourd'hui je vais essayer d'en formuler quelques-unes. Vous savez que la loi de 1838 esl muelte sur la question, tandis que, dans le nouveau projet de loi on a proposé certaines mesures de surveillance pour cette catégorie d'aliénés. Les familles ont actuellementle droitde soigner leurs aliénés chez elles, à la condition qu'ils ne troublent pas la sécurité et Tordre publics. La nouvelle loi supprime ce droit et le réserve seulement aux parents les plus rappro-

i Voy. p. 106.

220 SOCIÉTÉS SATANTBS.

chés, comme dans certaines législations élrangëres; mais on admet aussi que certains parents pourront, tout aussi bien que des étrangers, abaser de Jeur malide, d'uù résulte la nécessité d'une surveillance exercée sur les parents. Y a-t41 avantage à modiûer ainsi la loi de 1838? — Les faits, accumulés dans divers recueils et ceux que nous a cités M. Parant prouvent qu'il y a des abus nombreux. Ces abus relatifs aux aliénés ne se rencontrent pas dans les asiles, mais dans les familles et à domicile. Les articles nouveaux de la prochaiue loi sont donc pleinement justifiés.

L'application des mesures édictées par la loi sera difficile. Qui est-ce qui sera tenu de déclarer à l'autorité compétente la folie d'un individu soigné chez lui? — Dans certains pays, le plus proche parent doit faire la déclaration. Comme Taliéné soigné seul sera soumis aux mêmes formalités que s'il était traité dans un asile, les livres, inspections, visites, etc., constitueront un ennui pour les familles qui ne feront pas les déclarations; sans compter que beaucoup de parents pécheront par ignorance. Dans beaucoup de cas, il sera donc bien difficile d appliquer la loi. Malgré cela, il y aurait moyen de sortir du statu quo, en distinguant des autres les aliénés déjà placés. Pour ceux-ci, la surveillance à domicile serait une chose simple.

A quelle autorité s'adressera-t-on pour exercer la surveillance? — Usera inefficace d'en charger le juge d'instruction, le procureur de la République ou le commissaire de police. 11 vaudrait mieux instituer des commissions locales, sous la dépendance d'une commission centrale traitant toutes les questions relatives aux aliénés. Mais pour que de semblables commissions puissent fonctionner, il faut une sanction à leurs décisions; c'est le préfet ouïes tribunaux qui seront chargés d'en assurer l'exécution. En résumé, malgré de grandes difficultés d'application, il faut introduire dans la nouvelle loi la surveillance des aliénés traités à domicile. Cette surveillance ne devra pas s'appliquer aux aliénés soignés par des tiers, mais à ceux traités dans leur famille. Elle devrait être exercée par une commission locale relevant elle-même d'une commission centrale, et dont le rôle consisterait à exiger des certificats médicaux fréquents sur l'état du malade, à lui faire des visites, à tenir un registre où serait consigné tout ce qui aura trait au malade, et à faiie cesser les abus dont il pourrait être victime.

M. LuNiER combat les conclusions de M. Falret, qui compare les aliénés traités dans leurs familles à ceux soignés par des étrangers; les derniers doivent seuls être surveillés, car, malgré les faits regrettables que tout le monde connaît des séquestrations à domicile, on éprouve une certaine répugnance à pénétrer dans les familles. 11 pense qu'il suffirait, pour éviter le retour de pareils actes, d'ajouter à l'art. 3âl duCode pénal cette simple formule: Les dispositions

SOOIBT&S SAVANTES. 2^1

relatives à la séquestration illégale pourront également s*app]iquer aux aliénés séquestrés chez eux. On sait que ta jurisprudence actuelle ne considère comme séquestrés illégalement que les individus non aliénés séquestrés dans les asiles publics ou privés.

M. Christian ne partage pas la manière de voir de M. Falret. Vous connaissez, dit-il, les faits à propos desquels M. Parant vous a fait une communication : deux aliénés ayant été séquestrés dans leur famille à Toulouse, l'opinion publique s'émeut; la justice est saisie et une enquête est ouverte. Celte enquête révèle que lesdeu^ victimes, un jeune homme imbécile et son père en démence, sont tous les deux des malades qu'il eût été impossible de laisser vivre en liberté; elle constate également que des soins hygiéniques bien entendus leur ont fait défaut, qu'ils n'ont pas été traités et soi- 'gnés comme il aurait fallu ; mais comme il a été impossible de prouver qu'ils eussent été réellement maltraités, après une longue et minutieuse information, une ordonnance de non lieu fut rendue.

Les cas de ce genre ne sont pas absolument rares: j'en connais un certain nombre et, tous, vous en avez certainement rencontré. Il faut remarquer, — c'est du moins ce que j'ai cru remarquer dans les faits qui me sont personnellement connus — que les séquestrations ne se produisent que dans les familles peu fortunées, habitant des villages ou des hameaux écartés; elles sont extrêmement rares dans les villes, les conditions de logement, de milieu ne s'y prêtant guère. A la campagne aussi longtemps que l'aliéné peut, sans inconvénient trop grave, jouir de sa liberté, vous savez qu'on le laisse vagabonder tout à son aise. Mais, du jour où il a commis un méfait, du jour où il devient incommode ou dangereux, on l'enferme comme on peut. On ne lui donne pas grand confort,et cela, pour une raison bien simple, c'est qu'on n'en apas pour soi-même. On ne le couche ni mieux ni plus mal que les membres valides de la famille; il est nourri comme eux, c'est-àdire pauvrement; peut-être même sa ration est-elle diminuée parce qu'il est une bouche inutile, qu'il ne rapporte pas au ménage. Pour ces infortunés, l'asile est un paradis; mais que de fois ai-je vu refuser le placement d'office, 1h commune ni le département ne voulant assumer les frais d'entretien ! Que voulez-vous alors que deviennent ces pauvres gens? Ils s'arrangent comme ils peuvent, et l'aliéné en pâlit.

Voilà, je crois, comment les choses se passent le plus généralement et l'on voit fort bien qu'il n'est pas question de traitement, mais qu'il s'agit simplement de se protéger contre un aliéné qui peut devenir malfaisant. Quand cela se fait sans qu'il y ait sévices graves, mauvais traitements, il ne saurait y avoir aucune responsabihté pénale. Et comment, en effet, pourrait-elle exister? Ne

Ecrait-il pas inique d'exiger de gens dans l'indigence qu*ils donnent èi un des leurs un bien-êlre qu'ils ne peuveut se donner à euxmêmes ?

Il peut arriver, je ne Tignoro pas, que dans ces conditions^ l'aliéné séquestré soit réellement maltraité et victime de sévices graves; il peut arriver que sa famille même, lorsqu'elle est dans l'aisance, le néglige d'une façan çyslématique, qu'elle le prive du nécessaire, dans l'espoir d'ôlre plus tôt débarrassée d'une charge qui lui pèse. Mais alors, il y a crime, la justice doit intervenir. Seulement, je pense que les règles ordinaires de la procédure suffisent, la preuve en est dans les exemples que M. Parant a rapportés et qu'il est facile de mulliplier.

Dans le projet de M. Parant, il s'agit de bien autre chose : une famille est frappée dans un de ses membres qui devient aliéné ; elle ne peut se résoudre à se séparer de lui, s'imaginanl qu'en le gardant près d'elle, elle aura plus de chance de le guérir, ou du moins, d'adoucir ses souffrances. Elle se refuse à le confier à des étrangers; elle tient à tenir secret le malheur dont elle est victime. Est-il besoin de dire quels intérêts majeurs peuvent être enjeu?

C'est à ce moment, que M. Parant veut faire inlervcnir l'autorité. Théoriquement, cela paraît être assez facile, on créera une nouvelle catégorie de fonctionnaires inspectenrsàplusieursdegrés qui inspecteront les familles, se contrôleront les uns les autres : nul aliéné n'échappera à leur vigilance. Mais en pratique, les choses se passeront-elles aussi simplement? Je suppose une famille dans laquelle il y a un enfant épileptique ou idiot, ou une fille hystérique, ou une femme mélancolique hypochondriaque, ou un mari alcoolique et je pose cette première question : Sont-ce là des aliénés qui tomberont sous le coup de la nouvelle loi? Et vous dites oui, j'objecterai que ce ne sont nullement des folies véritables, mais de simples névroses, de simples névropathies et nous pourrons discuter indéOniraent sans résoudre la question. Voilà donc une première difficulté. Il en est une autre, bien plus grave. J'admets que la question de diagnostic soit tranchée, qu'il ne puisse y avoir aucun doute sur la nature du mal, que ce soit réellement une maladie mentale; qui sera chargé de faire la déclaration à l'autorité? Sera-ce le médecin de la famille, celui qu'elle honore '

de sa confiance, à qui elle dit ses douleurs les plus intimes? Lui I

demanderez-vous de violer le secret professionnel ? Aucun médecin |

n'y consentira jamais! Si ce n'est pas le médecin, sera-ce le père, ,

le chef de famille? Mais quand il sera persuadé qu'il a un aliéné parmi les siens, lui demanderez-vous d'étaler aux yeux de tous, I

de rendre publique la plaie douloureuse qu'il s'efforce de tenir |

cachée, et qu'il peut avoir un intérêt immense à ne pas révéler? Lui demanderez-vous de faire contrôler le médecin de son choix

par le médecin de Tadministralion? Le père ne parlera pas, le puDÎreZ'VOus? — Ce n'est donc ni le médecin, ni le père, qui dénoncera le crime de soigner un aliéné au milieu de sa famille. Qui sera-ce? Sans doute quelque domestique inOdèle, quelque voisin malveillant, quelque ennemi jaloux?... Vous donnerez une prime à la délation.

Mais je me trompe! Toutes ces difficultés n'existent pas, Tautorité a été régulièrement divisée; magistrats, inspecteurs, commissaires se sont mis en campagne. J'imagine que Tun de ces inspecteurs sera un médecin chargé, à intervalles plus ou moins éloignés, de visiter les malades. Quelle sera sa mission? Examinera-t-il si l'aliéné est bien nourri, convenablement vêtu, si on lui donne du vin, de la viande en quantité suffisante, si on lui fait prendre l'air? Inspectera-t-il sa chambre? verra -t-il comment elle est orientée, si elle a le cube d'air indiqué dans les livres d'hygiène les plus récents? contrôlera-t-il les prescriptions du médecin traitant?... Remarquez que s'il ne fait pas tout cela, son rôle est inutile, et, s'il le fait, pouvez-vous imaginer un inquisiteur plus importun? Quelle est la famille qui voudrait se soumettre à de pareilles obligations? Quelle est la loi qui oserait l'y contraindre? Et si, d'aventure, cette loi existait, ne faudrait-il pas jurer de lui désobéir?

Je crois que le foyer domestique doit rester inviolable, que l'autorité de la famille doit être repectée jusqu'à ses dernières limites. Ce sont là les bases fondamentales de notre droit, et jamais on n'a admis qu'il pût y être dérogé à moins d'un intérêt supérieur, suffisant pour motiver la dérogation proposée. Le seul argument que je rencontre est celui-ci : l'aliéné maintenu dans sa famille^ soigné par les siens, peut devenir la victime de son entourage; il se peut qu'il soit maltraité, circonvenu, dépouillé de ses biens, mais ce n'est qu'une possibilité, et, si telle est notre sollicitude, pourquoi la borner à l'aliéné? Ce que vous craignez pour lui, je le redoute tout autant pour le phthisique et, en général, pour<n'importe quel malade. En est-il un seul qui soit assuré de garder sa vigueur intellectuelle, son énergie morale, qui puisse résister à toute suggestion, à toute contrainte opposées à ses intérêts, et qui ne soit jamais entouré que de parents dévoués et désintéressés? Pour être logique, il faudra que vous demandiez des inspections dans un cas comme dans l'autre. Notez, d'ailleurs, que si votre loi est votée, elle sera forcément inutile. Elle n'atteindra pas ceux que vous visez, parce que ceux-là, quoique vous fassiez, se cacheront. Ils ne diront pas qu'ils ont un aliéné chez eux, ni qu'ils le tiennent séquestré. Vous n'atteindrez que les familles qui feront leur devoir, et, pour ces familles votre loi sera vexatoire, insupportable.

Il m'est arrivé assez souvent de recevoir dans mon service des

paralytiques généraux, arrivés à la dernière période de leur maladie. Quand je m'étunnais que ces malades eussent pu rester si longtemps dans leurs familles, j'apprenais que, du jour où ils avaient été frappés, ils avaient trouvé à leur foyer une gardemalade vigilante, infatigable. Gesjeuncs femmes, habituées au luxe, n'ayant connu de la vie que les frivolités et les plaisirs quittaient tout, renonçaient à tout, et, sans une plainte, sans un murmure, s'installaient au chevet de celui dont elles avaient promis de partager la bonne, comme la mauvaise fortune, et dont elles voyaient avec désespoir sombrer l'intelligence. Rien n'avait jamais pu les rebuter, et cependant elles n'avaient même pas cette consolation suprôme d'être payées de leurs sacrifices, par une parole d'affection ou de reconnaissance. Elles faisaient leur devoir; mais, messieurs, dans ce devoir, vaillamment accompli, dans ce dévouement obscur, cette abnégation de tous les instants, c'est là qu'est l'honneur du foyer et voilà ce que Ton nous propose de contrôler, de réglementer I La femme qui se dévoue pour son mari, le mari qui sacrifie tout pour sa femme, l'enfant qui recueille pieusement ses parents, les parents qui se résignent à tout plutôt que d'abandonner leurs enfants, voilà ce qui excite votre méfiance!

Reste un dernier argument : la législation qui nous est proposée existe en Ecosse, elle a été essayée en Belgique, peut-être dans d'autres pays encore.

Je vous avoue que cet argument me laisse froid, que les Ecossais, que les Belges acceptent telle législation qu'il leur plaira, c'est affaire à eux de la concilier avec leurs mœurs, avec leurs habitudes, mais cela ne prouve en aucune façon ni l'utilité, ni la possibilité de son introduction chez nous.

Marcel Briànd.

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