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CONGRÈS DES NATURALISTES ET MÉDECINS ALLEMANDS

Session de Fribourg 4883.

Section de psychiatrie et neurologie.

Le con fifres annuel de la société des aliénistes allemands* et l'exposition d'hygiène de Berlin portent Cette année préjudice au

« Voy. Archives de Neurologie, t. VIII, p. 359.

congrès des naturalistes. Conformément aux errements en vigueur dans ]es précédentes réanious, les psychiatres et neurologues se sont groupés en une seule section. Cette manière de faire, qui a l'avantage d'associer deux faisceaux d'une même branche, a Fin-^ convénient de disséminer un certain nombre de communications relatives à ia neurologie. C'est ainsi que bien des mémoires de la dernière catégorie ont été présentés à la section de médecine interne. Pour remédier à cette confusion, il faudrait que Ton choisit d'avance la section à laquelle on destine les travaux de neurologie que l'on a exécutés. La section doit tenir trois séances qui seront successivement présidées par les professeurs Jolly, Kirn, Hitzig; secrétaires, MM. Hindenlang et Locherer.

L^installation a lieu par les soins de M. Kirn. A la suite de quelques paroles de bienvenue, il émet l'espoir que le concours de deux branches de connaissances sœurs produira des fruits plus abondants. 11 transmet à l'assemblée des invitations à visiter l'asile d'illenau et à participer au congrès des psychiatres suisses à Wal» dau près Bern.

Séance du \9 septembre 4883.

PfiÉsiDENCE DE M. JoLLY (de Strasbourg).

M. WiLLE (de Bâle) prend la parole sur quelques relations cliniques de V alcoolisme chronique. — Après avoir commenté les manifestations symptomatiqueset anatomo-pathologiques de l'alcoolisme chronique, l'auteur établit un parallèle critique entre ses observations et ses recherches, qui ont porté sur soixante et un cas (53 hommes, 8 femmes) et les éléments de même ordre contenus dans la bibliographie. 11 arrive aux conclusions suivantes:

4 <> L'alcoolisme chronique n'est pas une forme morbide ; ce n'est pas non plus un genre nosologique, c'est un complexus symptomatique général ;

V* Ce complexus symptomatique revêt plusieurs modalités; ce sont : a), le type de Maguus Huss,qui existe dans 80 à 85 p. 400 des cas, et dérive d*un affaiblissement du système nerveux central, localisé sur les tractus psychiques, sensitifs, sensoriels, secrétoires, vaso-moteurs et trophiques, ainsi que sur les centres; 6)^ un mode combiné caractérisé par des tableaux symptomatiques spinaux des plus variés ;

3<^ L'étiologie s'en résume exclusivement dans les excès alcooliques longtemps prolongés représentés presque absolument par de l'eau-de-vie ;

4» L'alcoolisme chronique possède différents rapports de parenté

Archives, t. VllL 45

avec la paralysie progressive; mais c'est un lout autre processus morbide ;

5® Le diagnostic différentiel est souvent très difficile, parfois même impossible, quand le temps d'observation est limité;

6<* Ce diagnostic repose avant tout sur les éléments de Tétiologie et sur ceux de l'évolution. La paralysie générale ne provient jamais exclusivement de Talcoolisme; elle n'a jamais le même stade prodromique; en fait de symptômes, elle affecte une marcbe différente. L'alcoolisme chronique n'est progressif que pour un temps, jamais sa progression n'est continue; ou bien il est curable (70 à 85 p. iOO des faits), ou bien il est mortel (43 à 45 p. 400) ; les rechutes ne sont possibles qu'à la suite de nouveaux excès alcooliques d'ailleurs très fréquents, tandis que dans la paralysie générale les rechutes sont spontanées, la mort y constituant la règle ;

1^ La marche de l'alcoolisme chronique est, comparativement, aiguë; elle comprend plusieurs semaines à plusieurs mois. Les guérisons sont parfois complètes; mais, dans l'immense majorité des cas, elles sont défectueuses ;

8* 11 existe aussi, au point de vue anatomo-pathologique, une différence entre les deux processus. Tandis que la paralysie générale a pour substratum une encéphalite diffuse, l'alcoolisme chronique procède plutôt de troubles locaux du système nerveux central, de foyers hémorrhagiques et emboliques, et incidemment de troubles généraux de la nutrition. Assez souvent on manque d'altérations macroscopiques.

Discussion. — M. Schcle parta^'e les mêmes opinions sur la paralysie générale alcoolique. Son tableau clinique ne correspond pas à celui de la paralysie générale classique: toujours il vient s'y ajouter des symptômes accessoires qui, modifiant le complexusde la paralysie générale, engendrent des formes mixtes. Règle générale, la paralysie générale alcoolique a une évolution torpide; tandis que le type pur se fait remarquer par une excitabilité initiale, lalcoolique témoigne d'un affaiblissement psychique très prononcé d'un bout à l'autre. Différences nécroscopiques : à la paralysie générale vraie appartient l'intensité des altérations méningées, à la paralysie générale alcoolique ressortit l'atrophie cérébrale. Toutefois, il ne faudrait pas être absolu, car l'orateur a vu également des adhérences méningées dans la paralysie générale; il est vrai qu'alors il s'agissait, non plus d'une évolution chronique ordinaire, mais d'une marche aiguë et souvent suraiguë confinant à l'habitus du délire aigu: ce sont évidemment là des cas exceptionnels. Il a aussi observé, dans deux faits d'encéphalite relevant d'une paralysie générale alcoolique, une dégénérescence grise du nerf optique que l'on pouvait poursuivre jusqu'aux ganglions. On devrait, selon lui, accepter la pathogénie de la paralysie générale, de parles excès alcooliques, sous la double formule que voici :

4° L'abus de& boissons alcooliques produit Talcoolisme chronique duquel émane la paralysie générale typique ;

â® Les excès de boissons précèdent; il s'en développe, au cours du temps, une paralysie générale, sans qu'on observe le stade intermédiaire de Talcoolisme chronique; d'où, cliniquement, une forme non spécifique, mais typique^ et, en certains cas, galopante.

M. Mendel croit qu'outre les cas dans lesquels Talcoolisme chronique produit un tableau clinique semblable à celui de la paralysie générale, qu'outre ceux dans lesquels l'alcoolisme chronique doit être tenu pour un des éléments étiologiqucs de la paralysie générale, il en existe encore, et ils seraient assez fréquents, dans lesquels l'alcoolisme chronique survient au début de la paralysie générale, amené par celle-ci; on a sous les yeux la combinaison de deux états pathologiques.

M. Ë. Krœpëlin (de Leipzig). Etudes expérimentales sur les associations d'idées, — Les expériences ont d'abord été instituées sur des individus sains; il s'agissait de se rendre compte des associations verbales. Elles devront servir ultérieurement de base à qui recherchera les conditions pathologiques. L'auteur adopte les classifications antérieures, principalement celles de Trautholdt. D'après lui, il y aurait prédominance des associations d'origine externe sur les associations d'origine interne. Les substantifs jouent le plus grand rôle, comme représentants immédiats des impressions sensorielles, dans la formation des associations d'idées; ils contribuent k la formation de 90 p. i 00 des associations. Ce qui frappe encore, c'est la tendance que présentent les individus à associer par induction, c'est-à-dire en allant du général au particulier ; ce mécanisme serait dix fois plus fréquent que le mécanisme inverse. Quant aux origines des associations, sur une série de 1,000 essais, 41 p. 403 se rapportent à la première enfance, 36 p. 100 à la période scolaire, 23 à l'époque des études libérales. — La mensuration du temps nécessaire à l'association des idées pratiquée par la méthode de Wundt a fourni des valeurs considérablement plus courtes que celles des observateurs antérieurs. La raison de cette différence réside surtout dans la modification de la méthode des calculs. Ainsi M. Krœpeliu n'a pas seulement pris des moyennes; il a tracé comme ordonnées les fréquences de chacune des valeurs observées, et employé comme abseises les divers espaces de temps notés. Pour lui, de même que pour Trautholdt, on a, par ce procédé, déduction faite des réactions antécédentes, les valeurs 0,400"; 0,570" qui correspondent à la durée la plus fréquente du temps que demande une association d'idées. Le temps le plus bref appartient aux associations d'idées déterminées par le son pur et par l'accoutumance verbale. Le

â2à Sociétés savantes.

temps le plus long ressortit aux associations d'idées provoquées par la recherche intellectuelle sur la signification du mot, notamment quand le mot, qui joue le rôle d'incitant, représente une abstraction; on note alors 0,750"-0,775". Le temps qu'il faut pour reconnaître si un objet est agréable ou désagréable comporte seulement 0,175" à 0,200". La recherche intellectuelle d*un mot dans unedes catégories d'expression exige simplement 0,03" à 0,05". — L'influence de l'exercice sur les associations d'idées s'est, une fois, manifestée par le retour des mêmes conceptions, ainsi que par la fixité de la direction de l'ensemble de l'activité associative. Ainsi, en répétant les mêmes mots, qui jouent le rôle d'incitateurs, on fait reparaître plus de 50 p. iOO des associations d'idées dans les quatre premiersjours; puis^ la proportion décroît rapidement; cependant, même après plusieui-s mois, il en reste encore âO à 25 p. 100 de constantes, ce qui prouve combien est stéréotypé le cadre dans lequel se meut en ^Tande partie notre pensée. La direction du cours de nos conceptions peut être influencée de telle sorte qu'en répétant souvent un flux de propositions associatives déterminées, c'est-à-dire en associant par le langage une somme de propriétés ou d'activités données, on force l'individu, malgré sa résistance la plus énergique, à se rappeler des conceptions de même sorte pendant plusieurs minutes, voire pendant quelques jours. Inversement, la fatigue allonge le temps nécessaire aux associations d'idées, les rend difficiles; ceci est notamment vrai pour celles qui imposent de hautes exigences au travail psychique; on enregistre dans l'espèce un nombre très marquant d'associations purement extérieures en rapport avec des sons, des rimes, etc. — Influence des médicaments. L'éther et le nitritc d'amyle allongent d'abord, surtout Téther, le temps que demande une association; puis, on constate une abréviation réactionnelle, surtout marquée quand ou expérimente le nitrite d'amyle. Cette abrévation est peut-être moins accusée que par l'éther, à cause de la grande intensité du sommeil produit. L'alcool engendre aussi deux stades; l'abréviation du temps que réclame l'association est initiale, tandis que l'augmentation devient secondaire ; ici aussi le stade d'abréviation n'est pas toujours très évident. L'alcool paraît agir sur la qualité des associations d'idées; le genre des combinaisons conceptuelles qui prédomine sous l'influence de cet agent est celui qui procède de consonnances et d'habitudes. — Différences individuelles, La fréquence relative des associations internes et externes ; l'influence variable exercée sur les combinaisons conceptuelles par les symboles verbaux, par les souvenirs des individus, par l'ancienneté ou la nouveauté des impressions; le nombre des associations stéréotypées : voilà quel a été le fonds principal des expériences, en ce qui concerne ce paragraphe. 11 est incontestable que l'appréciation de ces nuances est de la plus

grande importance pour rintelligênce de l'individualité psychique. Des divergences remarquables ont surgi, quant à la durée des associations; pour associer, M. Krœpelin met 0,170'' de plus que M. Trautholdt. Certaines tâches, telles que celle de trouver une rime, fontmonter cette différence à 0,300''; s*agit-il, au contraire, d'associer des propriétés, la différence s'abaisse à 0; elle devient négative quand il s'agit d'associer des activités, des faits. Il est évident que, dans l'espèce, les bases générales des combinaisons conceptuelles se développent de manières tout à fait diverses. Une autre personne en expérience éprouvait une excessive difficulté à associer les propriétés, de sorte que la plus grande partie de son bagage verbal se composa de participes; en même temps, la mémoire était remarquablement faible pour ces associations. C'est à l'étude plus suivie de ces différences individuelles dans diverses directions, étude dont l'orateur attend aussi des conclusions sur bien des états psychopathiques, qu'on empruntera des documents relatifs à ces formes de transition difficiles qui ne nous fournissent encore guère de points de repère à l'appui d'une appréciation scientifique exacte.

M. KiRN (de Fribourg). Sur les psyehoses chloraliques. — 11 existe relativement peu de médicaments capables de produire, par intoxication chronique, des psychoses parfaitement développées. Citons les doses exagérées, longtemps prolongées, de nicotine, d'ergotine S de morphine, d'alcool. On a aussi signalé une étiologie par abus du chloroforme (quelques cas). Or, le rhloral, ce proche parent du chloroforme, est également capable d'engendrer des effets toxiques aigus et chroniques. Parmi les effets aigus, il faut ranger des affections cutanées polymorphes, une hypérémie passive du système vasculaire céphalique entraînant un trouble de la connaissance, et, finalement, la paralysie du cœur. Parmi les résultats de l'empoisonnement chronique, il faut nommer de graves difficultés de la digestion, un notable affaissement de la nutrition générale, de violentes douleurs dans les membres, de légers troubles psychopathiques. Quant à la production d'une psychose parfaite résultant du chloral, elle n'a jamais été décrite avant M. Kirn. Voici l'observation. Un homme de trente-cinq ans, indemne de tare héréditaire, organique, ou diathésique, prend, depuis iSll, pour combattre des accès d'asthme qui reparaissent à peu près tous les huit à dix jours, 6 grammes d'hydrate de chloral associés à 5 centigrammes de morphine. Les pauses intervallaires devenant de plus en plus courtes, il finit par absorber presque journellement 8 grammes d'hydrate de chloral et 6 centigrammes de morphine (décembre 1882). Au bout deplusieurs mois d'abrutissement, on constate de l'inappétence, de la diarrhée,

» Voy. Archives de Neurologie, t. tlt, p. 218 et 242 et t. VI, p. 111.

âSO SOCIÉTÉS SAVANTES.

un amaigrissement, progressif, du ténesme vésical, des douleurs lancinantes dans Jes membres et le dos, de Tinsomnie, de raffaiblissemenl des facultés morales, de 1 aboulie, de l'agitation psychique. Le 4 juillet (admission à l'hôpital), le chloral est brusquement abandonné, tandis que Von continue la morphine, mais à petites doses. Dans les premiers jours qui suivent, agitation excessive, hallucinations très vives, exclusivement de Touïe, entraînant de l'angoisse ; déchéance pondérale de 20 kilogrammes ; teinte anémique terreuse, expression anxieuse; pouls petit; diarrhéerépétée;ténesnievésicalfréquent(ni albuminurie ni glycosurie); douleurs dans les extrémités inférieures. Aggravation progressive atteignant son acmé au bout de quatre semaines : craintes perpétuelles de la mort. L'amélioration se fait sentir graduellement depuis le mois d'août; il ne reste alors que de la céphalée et des bourdonnements d'oreilles. A la fin d'août, reparaissent les accès d'asthme sans qu'il y ait de rechute au point de vue mental. Dans le courant de septembre, le taux de la santé générale est meilleur, sauf oscillations quantitatives ; les hallucinations de l'ouïe, devenues rares, n'occupent pas opiniâtrement l'attention du malade; les perturbations somatiquesont rétrocédé; le patienta regagné 7 kilog. 5. — Les rapports de cause à effet semblent indubitables. L'auteur fait remarquer l'analogie frappante avec certaines psychoses alcooliques, tant à l'égard de l'époque d'apparition de phénomènes (période d'acmé correspondant à la suppression de l'excitant accoutumé) qu'en ce qui concerne la modalité symptomatique (prédominance des hallucinations de même genre que celles des buveurs persécutés) ; enfin le délire cesse avec la cause. — Pathogénie. Le chloral paralyse les petits vaisseaux encéphaliques ; de la dystrophie des centres nerveux en rapport avec l'afTaiblissement psychique, l'impotence morale, la dépression de l'activité cardiaque et de la nutrition générale. La suppression brusque du médicament entraîne une réaction inverse du côté de la circulation ; alors apparaît un nouveau tableau morbide (hallucinations, agitation), créé par Thypérémie. Il faut ensuite un certain temps pour que l'équilibre se rétablisse. Le pronostic dépend naturellement de la durée du trouble. Les rechutes doivent être aussi dangereuses que pour les psychoses alcooliques et morphiniques.

Discussion, — M. Schuele tendrait plutôt à rattacher les perturbations psychiques à l'abstinence. L'abus du chloral, qui n'est pas douteux, avait déprimé l'activité psychique, mais l'action du shock n'est pas plus démontrée que celle de la suppression brusque. Il se demande si les phénomènes pathologiques se seraient montrés de même façon si, au lieu de supprimer brutalement le chloral, on avait rétrocédé lentement.

M. Fischer, en employant à Pforzheira pendant très longtemps, chez les agités, de très hautes doses de chloral, n*a pas observé de dommages semblables.

M. KiRN réplique que le deuxième stade qui, pour lui, relève principalement de la suppression brusque, n*a dès lors aucune relation immédiate avec le cbloralisme chronique. Mais le premier stade s'y rattache directement. Le deuxième est Teffet concurrent et de l'intoxication et de la suppression brusque. Il faut encore tenir compte de la réceptivité individuelle variable, suivant les personnes comme suivant les époques.

M. JoLLY se rallie à cette manière de penser; elle est conforme à ses observations particulières.

Séance du 20 sq>i€mbre 1883.

Présidence de M. Kirn (de Fribourg).

M. Erb (d'Heidelberg). 'Remarques sur certaines formes d'atrophie nêvropathique (connue sous le nom de névrite dégénérative multiple). — En s'appuyant sur une observation de névrite dégénérative multiple, récemment publiée par Strûmpell *, M. Erb prend pour thème la nature non inflammatoire de certains cas baptisés du nom de névrite. Il inclinerait à en rapporter la pathogénie à des troubles du côté des centres trophiques. Ce sont, du reste, moins des conclusions que des propositions encore hypothétiques qu'il formule en ces termes.

i® Il est possible etprobableque des troubles purement fonctionnels affectant les centres trophiques de la moelle, vers la périphérie (zones des nerfs moteurs et des muscles), occasionnent des désordres anatomiquement perceptibles (atrophie dégénérative).

2o 11 est possible qu'à côté de la destruction complète, de la séparation radicale des centres trophiques d'avec les tractus et postes cellulaires environnants, ces centres deviennent le siège d'autres processus pathologiques qui ne se traduisent pas fatalement, forcément, par le tableau de Tatrophie dégénérative to'ale de la zone d'action périphérique de ces centres.

Par conséquent, la nature périphérique de ces affections (y compris la paralysie saturnine) ne saurait encore être admise comme définitivement démontrée.

Discussion. — M. Jolly. Les cas d'hémiatrophîe faciale plaident, comme l'atrophie nêvropathique des extrémités, en faveur d'un trouble fonctionnel sis dans les centres trophiques. La probabilité

Voy. Archives de Neurologiey Revues analytiques.

est grande. Cependant il se peut que les cas isolés de névrite multiple dégénérative aient diverses genèses. Ainsi un de ces faits, consécutif à un rhumatisme articulaire, viendrait à l'appui de la genèse périphérique,

M. Struempell. Les hypothèses ne sauraient être substituées aux points de repère étiologiques. Bien des motifs appuieraient, dans Tespèce, Texistence d*une affection infectieuse. Il n'est aucunement impossible que la matière infectieuse spécifique se localise tantôt surtout dans les nerfs, tantôt de préférence sur les segments moteurs de la moelle, tantôt peut-être aussi en môme temps sur ces deux sortes d*organes.

M. ScHULTZB redoute les confusions. Il croit notamment que les hypothèses de M. Krb ne sont pas nécessaires pour les affections des nerfs périphériques qui procèdent par dégénération évidente. Il lui parait difficile, en ce qui concerne la paralysie saturnine, de rattacher, aune altération fonctionnelle des cellules nerveuses ganglionnaires, la dégénérescence périphérique qui, dans les cas de longue durée de la lésion, se produit à une place déterminée, car les segments de conducteurs qui établissent la continuité entre les cellules et les morceaux de nerfs dégénérés demeurent intacts. La non-participation des nerfs sensitifs dans la paralysie saturnine n'a pas encore été démontrée.

M. Seelighurller adhère pleinement aux idée^s de M. Strûmpell. Déjà, dans sa monographie sur la paralysie spinale infantile, il a supposé rinfection. Il a à son actif la genèse simultanée d'une poliomyélite chez deux enfants de la même famille. Il se rappelle encore un cas observé pendant la vie, et dont Tanatomie pathologique a été décrite par Félix Marchand sous le nom de névrite parenchymateuse. La rareté des troubles sensitifs dans la paralysie saturnine s'explique par ce fait qu'au fond c'est le domaine du radiai qui se trouve atteint; or, dans la paralysie traumatique du nerf radial, les troubles de la sensibilité sont, de prime abord, très faibles en intensité comme en étendue.

M. JoLLY (de Strasbourg). Sur les allures des muscles à l'égard de l'électricité statique. — II se sert d'une machine électrique (électricité par influence) mue par des moteurs à eau. La disposition d'un séchoir à flamme de gaz surmonté d'une haute cheminée permet de l'utiliser par un temps humide. M. Joliy préfère solliciter les contractions musculaires par l'excitation bipolaire plutôt que par l'excitation unipolaire; il modère la force des décharges en interposant dans le circuit une chaîne variable d'étincelles, ou en employant la bouteille de Leyde. Dans trois cas d'atrophie de certains muscles à réaction faradique épuisée, il trouva un peu de diminution de l'excitabilité galvanique (contraction un peu

paresseuse) ainsi qu*un léger amoindrissement de la réaction à l'électricité statique (contractions lentes). Trois autres faits, les uns d'atrophie périphérique, les autres d*atrophie spinale, montrèrent à la fois une forte diminution de la réaction pralvanique et une disparition de l'excitabilité faradique et statique. D'expériences instituées sur des lapins, il résulte que, pendant le stade d*hjperexcitabilité galvanique, il n y avait pas d'augmentation de Texcitabilité statique, mais plutôt une légère diminution de celle-ci. D'une manière générale, on trouva que rincitation des muscles dégénérés nécessitait une plus grande quantité d'électricité, par décharges détachées^ que Tincitation des muscles bien portants.

M. MoNAKOw (de Saint-Pétersbourg}. Recherches expérimentales sur les atrophies corticales, avec pièces à Tappui. — Les expériences ont été pratiquées chez des lapins et des chats nouveau-nés. Pour déterminer si les atrophies secondaires périphériques survenues après Tablation de région limitées de Técorce dérivent bien de ces régions corticales, et non d'endroits éloignés, M. Monakow a, dans un but de contrôle, détruit les fibres de projection de ces régions corticales à l'intérieur de la capsule interne. Il prenait, avant d'agir, ses dispositions pour réussir à l'aide d'un scalpel et fonctionner juste. Chez l'animal devenu adulte (lapin), la destruction du tiers postérieur delà capsule interne, dans la région où passent les faisceaux de Gratiolet, se traduisait d'un côté par l'atrophie de la sphère visuelle, d'autre part, par les mômes phénomènes que lorsqu'on a enlevé cette sphère elle-même. Il était toujours facile, en tenant compte de résultats expérimentaux antécédents, de savoir soupeser les lésions inintentionnées, inévitables. Or, ces causes d'erreur mises à part, l'atrophie de récorce de la sphère visuelle se limitait aux troisième et cinquième couches corticales, tandis que les autres couches demeuraient assez intactes. Il faut avant tout insister sur l'atrophie très prononcée des cellules pyramidales géantes. — La section (chez un chat) du faisceau pyramidal au-dessous de la capsule interne, détermine, quand on épargne la zone dite motrice, d'une part, une atrophie descendante totale du faisceau pyramidal, et d'un autre côté, une atrophie circonscrite des champs moteurs d'Hitzig. Ici aussi, l'atrophie se limite à la troisième couche de l'écorce et à une petite portion de la cinquième couche; les autres couches restent intactes. On trouve en outre une réduction générale des circonvolutions correspondantes. Comme, à la suite de quelques destructions d'ailleurs incomplètes des pyramides (moelle allongée) chez les lapins, il ne s'est pas montré d'atrophie ascendante essentielle des faisceaux pyramidaux, M. Monakow tend à mettre l'atrophie de la zone motrice sur le compte de la section des

Iraclus cortico-thalamiques, ou à la fois de ces derniers et des faisceaux pyramidaux.

Discussion. — M. Hitzig rappelle les travaux de Schiff. Il y a matière à rattacher Tatrophie des cellules pyramidales à une dégénérescence ascendante des fibres nerveuses sensitives sectionnées qui, sans nul doute, doivent exister à côté des fibres motrices dans les circonvolutions appartenant aux centres moteurs.

M. Krœpelin rappelle que dans les destructions périphériques des nerfs moteurs (par ex. du facial), on n'a, jusqu'à ce jour, point observé d'atrophie centripète gagnant les noyaux nerveux. Donc, il regarderait comme fort probable la relation pathogénétique entre les altérations de Monakow et la lésion des tractus sensibles.

Séance du 2i septembre 1883. —Présidence de M. Hitzig (de Halle),

M. Mendel (de Berlin). Contribution à Vanatomic pathologique de la paralysie progressive des aliénés '. — Faut-il, comme le veut M. Tuczek*, croire que, dans la paralysie générale, l'atrophie des fibres nerveuses à myéline est primitive et que tout autre altération est secondaire? L'examen de nombreux cerveaux de paralytiques généraux, fait par la méthode de Weigert, montre que les fibres nerveuses n'ont pas disparu, qu'il n'existe pas, sous ce rapport, de différence entre Técorce des cerveaux normaux et celle des cerveaux pathologiques. (Pièces à Tappui.) Pour lui, la paralysie générale est une encéphalite interstitielle.

M. WiTKOwsKi. Sur la névroglie,— U nuieur rappelle que, dans un travail antérieur ', il s'est rallié aux anatomistes qui considèrent la névroglie comme étant de nature nerveuse, et qu'il a essayé de démontrer qu'elle est proche parente de la myéline. Les raisons à l'appui sont : la coïncidence temporelle pour les deux substances de phases de développement pleines d'importance ; le passage de la myéline en des milieux d'une matière semblable à la névroglie au niveau des extrémités nerveuses (myéline tluide) et dans les dégénérescences; enfin les acquisitions de l'expérience pathologique sur le sort commun subi par les deux matières au moment de la formation de la névroglie ou à propos de certaines dégénérescences secondaires. Somme toute, depuis lors, deux communications se sont fait jour, celles de Gierke et Ranvier.

* Voy. les Archives de Neurologie, t. Vil, p. 367. «W., t. VII, p. 365.

3 ^/.,t. VIII. p. 73.

— Gierke se garde, à bon droit, d'admettre l'hypothèse trop libérale des noyaux libres, parce que le système nerveux central possède beaucoup plus de celhiles qu'on ne racceplo généralement. Mais il va trop loin en rattachant tout ce qui est granuleux à un contenu cellulaire. Il oublie que le développement du système nerveux central comporte une période fondamentale dans laquelle se forme une riche substance intercellulaire. — Ranvier fait provenir toute la substance finement granuleuse de la destruction des fibres nerveuses à myéline. On sait, depuis KOelliker et W. Krause, que Técorce grise contient un |?rand nombre de ces fibres, même dans les couches les plus externes. Mais ces fibres ne sont pas assez nombreuses pour permettre d'expliquer l'origine de toute la substance moléculaire, et l'on ne saurait comprendre pourquoi elles ne se détruisent que dans la substance grise. Enfin, cette théorie ne nous donne pas la clef de la grande différence qui sépare la substance blanche de la substance grise (aspect, réaction ; développement).— Ranvier attribue aux cellules araignées la même origine qu'aux cellules nerveuses; il les rattache au neuroépithélium. Mais Tanatomie pathologique des processus scléreux plaide suffisamment en faveur de l'origine conjonctive de ces éléments organisés qui, rigoureusement, sont en rapport avec les parois vasculaires. — Comme on ne saurait parler de cellules araignées sans toucher un mot de la paralysie générale, M. Wilkowski termine par l'appréciation suivante. Au point de vue clinique, les symptômes oe paralysie générale, se montrent en diff'érentes affections alésions diffuses (encéphalite, méningite, foyers multiples), parfois même sans qu'il existe d'état nécroscopique clair. Quant à Tanatomie pathologique de l'encéphalite chronique, les préparations, discussions et analyses deMendel entraînent l'assentiment complet de l'orateur : il s'agit bien d'une lésion, et spécialement de i'hyperplasie, des cellules araignées, qui progresse conjointement aux parois vasculaires et particulièrement aux cellules de la tunique adventice. C'est donc aussi bien une inflammation interstitielle qu'une aff*ection vasculaire. Les altérations décrites par Tuczek * ne peuvent, en tout cas, être considérées comme constantes, car M. Witkowski a pu, lui aussi, constater l'intégrité des fibres dites tangenlielles dans le cerveau de paralytiques généraux. .

A la suite de la. discussion, alimentée par MM. Hitzig, Mendel et Witkowski, le président déclare close la dernière séance de la section. (A%. Zeitsch. f. Psych. XL, 5.) P. Kéraval.

' Voy. Archives de Neurologie, t. VII, p. 365 et suivantes.

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