‹ Archives de neurologie (volume 3)Chapitre 21 sur 39 · SOCIÉTÉ PSYCHIATRIQUE DE BERLIN · texte numérisé non relu

SOCIÉTÉ PSYCHIATRIQUE DE BERLIN

Séance du io mars 1883.

M. Lœhr, président, ouvre la séance: il souhaite la bienvenue à MM. Hirssh (de Magdebourg] et Hasse(de KOnigslutter) et consacre à la mémoire de M. Weyert (d'Owinsk) des paroles de regret. L'assemblée se lève par respect pour ce membre décédé. L'ordre du jour appelle la communication de M. Zenker intitulée : Tentative d'homicide d*une mélancolique sur son mari; inculpation de meurtre. Une femme de trente-quatre ans coupe le cou à son mari pendant son sommeil avec un grand couteau de boucher. On l'arrête, sans qu'il vienne à Tidée dé personne que son état mental puisse offrir des doutes. Toutefois on délègue le kreisphysikus pour examiner les blessures de la victime. L'insignifiance de ces blessures et certaines particularités relatives aux allures de l'inculpée (renseignements des voisins) sollicitent le pressentiment de l'irresponsabilité de cette femme. En conséquence, le médecin légiste demande et obtient de scruter l'état mental. Il découvre l'existence d'une mélancolie avec hallucinations sensorielles, idées de persécution, troubles de la sensibilité générale et instincts pervers. C'est pour punir son mari des mauvais traitements qu'il lui faisait endurer (coups, moqueries) qu'elle a voulu lui infliger une douleur sans le tuer.

M. Knecht prend la parole Sur les rapports qui existent entre les anomalies de formation et les névroses dans les psychoses. — Ce travail* publié in extenso j sous le titre de : Propagation de la dégénérescence physique des criminels et rapports entre les signes de dégénérescence et les névropathieSt sera l'objet d'une analyse •.

Discussion. — M. Jastrowitz. De nombreux individus, sans présenter de signes de dégénérescence, sont atteints de psychoses graves à caractère dégéhératif : ce sont spécialement les épileptiques et les criminels. Mais la régularité et la forme du corps n'ont souvent rien à voir avec la tare psychique. Il lui parait douteux que des anomalies déterminées du crâne (crétinisme, individus aztèques, crânes et palais étroits, asymétries) correspondent à des formes morbides dégénératives fixes.

* Archives de Neurologie ^ t. VI, p. 419.

• Voy. Revues analytiques dans les Archives de Neurologie.

âOGlÊTfiS SAVANTES. ^37

M. ScHRŒTTEB.— L'hérédité du développementest loin d'être chose sûrement établie.

M. Knecht Ta toujours constatée quand il a pu exercer un contrôle. Sous la rubrique: « Signes de dégénérescence », il a compris les mêmes éléments que Richter (de Dalldorfj ^

M. Richter fait remarquer que ses deux cents cas n'ont trait qu'à des individus infestés par l'hérédité; il en a exclu la paralysie générale qui, pour lui, ne constitue pas une affection héréditaire.

MM. WiEBECKE et Ji.STROwiTZ croieut que l'bérédité n'est pas si rare que cela dans la paralysie générale.

M. Ideler demande si les criminels en question présentaient ces anomalies de Torgane sexuel nombreuses à Daildorf. Affirmations de M. Knecht.

M. Lœhr insiste sur l'importance statistique de l'ivrognerie chez les criminels; on y doit puiser un argument de plus pour combattre l'ivresse.

M. Richter mentionne le genre d'hérédité caractérisé par lui à l'aide de l'expression de a cerveaux de famille»; il s'agit de l'existence, chez les membres d'une même famille, d'un type de circonvolutions, qui, dans quelques cas, est véritablement surprenant quant aux dégénérescences proprement dites des circonvolutions chez les aliénés ; elles sont bien plus rares qu'on ne tend ordinairement à l'admettre.

M. Knecht confirme ces allégations. Dans les cerveaux de criminels, il n'a presque trouvé que de l'asymétrie, notamment des circonvolutions frontales, certains sillons se jettent les uns dans les autres, d'autres affectent une disposition radiaire.

M. Grunewald. Communication sur un cas de trouble mental douteux, — Elle sera publiée in extenso *.

Une courte discussion s'engage à ce sujet. Il en résulte que, contrairement à l'opinion de la majorité des aliéuisles réunis à Tisenach', la législation n'est pas suffisante.

M. Lœhr annonce que cette année le congrès des aliénistes allemands doit avoir lieu à Berlin, à l'occasion de l'exposition d'hygiène de cette ville *. Il demande que la Société veuille bien se joindre à la Société de psychiatrie et maladies nerveuses de Berlin pour faire les démarches nécessaires à la réception solennelle des membres du congrès. On lui donne pleins pouvoirs à cet effet.

* Voy. Arch, de Neurologie, t. V, p. 360.

* Nous l'analyserons alors.

» Voy. Arch. de Neurologie, t. VI, p. 143.

*/d., t. VII, p. 359.

238 SOCIETBS SAVANTES.

Séance du ib juin 1883.

La Société occupe uq pavillon de reiposilion d'hygiène, fort (.Tacieusement mis à sa disposition.

M. Lœhr, président, souhaite la bienvenue à l'assemblée. Il lit un compte rendu des travaux produits pendant l'année qui vient de s'écouler. L'addition aux statuts (du M déc. 4 878), d'après laquelle la révision du protocole de chaque séance est confiée à deux membres éligibles tous les ans, est ainsi modifiée : cette révision sera effectuée par deux des membres présents à chaque séance.

On procède au choix du bureau. Par acclamations, M. Lœhr est choisi comme président et M. Bernhard, comme secrétaire.

M. F. Falk présente la motion que la Société s'assemble désormais régulièrement en décembre,- février, avril, juin. La discussion soulevée aboutit à un rejet.

M. Oppenheiu lit un long mémoire sur VExpression du visage chez les aliénés» — Nous en éliminons les indications et citations bibliographiques, tout intéressantes qu'elles soient, pour en consigner le substratum déjà très fourni. — La monotonie, c'est-à-dire l'immobilité rigide des traits, qui dépasse certaines limites, est si fréquente, si répandue chez les aliénés qu'elle constitue un des éléments les plus importants du jugement dans la pathologie de la mimique. Chez les mélancoliques, on constate souvent le masque fixe delà douleur avec des variantes; d'ordinaire c'est l'expression d'une douleur contenue (légère élévation de l'extrémité interne du sourcil, léger abaissement d'une des commissures buccales ou des deux, regard dirigé à terre), mais on observe aussi des désespoirs muets avec anxiété farouche. Dans la stupeur, il faut qu'on ait affaire aux formes les plus prononcées {catalepsie, létanisation) pour que l'on note la rigidité réelle de la statue comprenant jusqu'à l'immobilité des globes oculaires ; en d'autres cas, le visage demeure fixe, mais les yeux et les paupières remuent, sans que cependant le regard se pose sur aucun objet (hébétude), ou bien c'est l'étonnement qui se trouve peint sur la face. Le mécanisme se rattache soit à l'arrêt des processus psychiques, soit à la direction de la pensée dans une voie déterminée. Pour ne pas confondre la monotonie faciale de la stupeur avec le mutisme et l'immobilité qui se relient à des hallucinations, il suffit de saisir les allures du patient; un plissement fugitif du front, un regard de côté empreint de méfiance, un coup d'œil trahissent la communication avec le monde extérieur. Dans la folie systématique, la monotonie de la physionomie émane de conceptions délirantes fixes, et par suite, revôt toute sorte de mo-

dalités, suivant la nature de ces conceptions et leur teneur. Dans les stades avancés de la paralysie générale, Tunitonalité du masque répond à Tétat de déchéance psychique, et en même temps aux troubles de la raotilité ; souvent on a devant soi un sourire stéréotypé ; il est plus rare de noter l'expresbion du pleurard. — Le polymorphisme de l'expression, c*est, par définilion, la succession extrêmement rapide d'expressions les plus diverses et même les plus opposées. H se voit dans Texcitation maniaque où, tel est souvent l'aftlux des idées que les sentiments correspondants ne viennent se peindre sur le^ traits que sous forme d'indices fugaces. Pareille ondulation relève du désordre dans les idées d*origine hallucinatoire ; la vitesse des changements de l'humeur peut être si accentuée que les muscles sont incapables de marcher du même pas, d'où l'expression égarée, tourmentée de la face. -^Inconséquence de la physionomie . On désigne ainsi l'incohérence du jeu de la mine; en un mot, l'expression du visage ne se rapporte pas à la teneur de la conception qui semble lui avoir donné naissance. Or, il est déjà difficile, chez des gens sains d'esprit, de déterminer les rapports entre les processus psychiques el les mouvements mimiques; car, si, chez tous les peuples, les mouvements du visage qui traduisent la pensée sont au fond les mêmes (Darwin), il existe d'importantes variétés individuelles, il existe des visages immobiles par habitude, par dissimulation. De même, chez les aliénés, il en est qui, tout en ne délirant plus, conservent les contractions musculaires accoutumées, et, inversement, certains malades savent masquer leur délire. Malgré cela, il est évident quel'étonnementdes déments et des idiots ou des débiles vient simplement de la pauvreté de leur bagage psychique, que la môme expression immotivée du paralytique général procède de la même cause, à laquelle il faut joindre l'endommagement de l'appareil moteur. Le rire ou le sourire de l'aliéné n'a pas non plus toujours pour cause un processus psychique, et souvent il s'allie à un sentiment inverse; néanmoins, l'expression de paramimie ne convient pas à ce contraste, car, à l'instant où la bouche sourit, l'idée douloureuse est interrompue par une pensée réconfortante; ainsi, le désespéré pensera à ce moment qu'il ne peut plus rien lui arriver de pis. Dans le sourire sarcastique, la sensation de plaisir est fournie par la conscience qu'a l'individu de sa supériorité. Le sourire de l'homme embarrassé ou obséquieux correspond au sentiment de sa petitesse; il résulte d'un amoindrissement persistant des facultés intellectuelles ou à une sorte d'enchaînement momentané des facultés. Le rire franc irrépressible de l'aliéné, au milieu d'une conversation, ne s'accompagne d'aucune expression de la face qui le fasse soupçonner ; généralement, il représente non pas une impulsion irrésistible, mais le résultat d'une hallucination. Le ricanement s'observe fré-

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quemment chez les paralytiques généraux el les déments. Le sourire témoigne de divers états de déchéance psychique; il est très souvent stéréotypé; chez les hallucinés et les erotiques affectés de débilité mentale, il est hésitant; chez l'idiot, le sourire fixe ou hésitant s'accompagne d'une inclinaison de la tête qui regarde en bas. Dans bien des cas, le sourire prend sa source dans les hallucinations et dans les conceptions délirantes, même chez les déments, car il suppose une série de réflexions dont un haut degré d'infirmité intellectuelle a peine à faire les frais; en revanche, les plus dégénérés sont encore capables de sentir la petite somme de plaisir qui sufOl à produire le sourire. Déments et idiots esquissent souvent un sourire d'individu gêné; il en est de même pour les épileptiques en état d'affaiblissement intellectuel, à l'époque où ils ne sont plus sous le coup d'attaques convulsives ou d'hallucinations graves. En bien des cas, il y a sous roche, dans l'espèce, une idée de présomption vaniteuse. De même que chez Thomme sain, le sourire paramimique vrai est excessivement rare; la teneur générale des idées contraste effectivement avec l'expression de la face, mais le sourire traduit, à l'instant de sa genèse, le mouvement passionnel corrélatif de l'organe central ; jamais on ne voit, en tout cas, une mine éplorée chez un aliéné hanté par des conceptions gaies. En ce qui concerne l'observation d'une physionomie grave, imposante, chez un malade qui vous expose les choses du monde les plus simples, les plus innocentes, on ne saurait y contredire, cette allure ressortit aux imbéciles, et même aux gens non psychopathes. — Les troubles dans le rapport entre le jeu de la mine et les influences extérieures viennent de ce que les processus psychiques ne sont plus influencés du tout ou normalement par le monde extérieur, soit que les incitations n'entraînent pas de réaction, soit que les sollicitations se pervertissent dans leur trajet d'entrée ou de sortie, soit que les réflexes mimiques s'exécutent trop facilement, la physionomie ne correspondant, par exemple, à aucune excitation. Les hallucinations, les illusions, les conceptions délirantes, les entraves apportées à l'exercice du jugement entraînent toute espèce de perturbations de ce genre. Ce n'est pas des gens qui parlent seuls, qui font des gestes et prennent des poses spéciales isolément, qu'il s'agit ici ; tout individu sain, plein d'imagination, peut se jouer inconsciemment pareille comédie ; ce qui est en question, c'est la préoccupation de l'aliéné qui, loin de s'apercevoir de la scène dont il est l'acteur, continue, quoi qu'on fasse pour le distraire, la pièce à laquelle il participe. Certains hallucinés font, pendant qu'on leur cause, abstraction des manifestations sensorielles d'ordre subjectif, mais un regard de côté, un sourire sans motif, une situation spéciale de la tête et du regard trahit leur double vie. D'autres mélangent les impressions

vraies aux fausses perceptions, d'où leur aspect égaré. Il est rare de constater une insensibilité totale des malades à l'égard des agents extérieurs, tandis que d'ordinaire la réaction qui répond au stimulus extérieur est anormale en ce sens que ce dernier provoque la formation de pensées et sensations fausses; souvent, par exemple, chez les déments complets ou imparfaits, une très faible excitation déchaîne une forte réaction du côté de la mimique. Les a parte sont bien souvent constitués par l'expression articulée d'une seule pensée; mais, le plushabituellement, ils représentent la réponse ou la question formulée à une personne imaginaire (hallucination), et alors l'halluciné se contente de mouvoir les lèvres, parce que son interlocuteur ne lui parle que sur un ton de chuchotement ; souvent même il adopte ce diapason pour le langage ordinaire, croyant que, de même que son invisible, le personnage réel n'a pas besoin d'éclats de voix pour comprendre. Les hallucinés, à la période d'affaiblissement intellectuel, répètent souvent entre les lèvres ce qu'on leur dit, tant ils sont habitués à converser avec leur moi ou avec les créatures de leur délire. Les grifïKwes reflètent, les unes, l'acmé insolite des sentiments passionnels; les autres^ la participation involontaire des muscles de la face à Tai^tion impétueuse des autres muscles du corps (état maniaque et surtout délire aigu); d'aucunes, la paralysie, l'incoordination des mouvements associés; quelques-unes, enfin, l'hérédité. Les tics localisés, ou généralisés au visage entier, des déments qui jadis étaient mélancoliques, émanent peut-être de l'habitude contractée pendant le cours du délire (ils peuvent disparaître sous l'influence de la volonté); on en rencontre de véritablement convulsifs dans les formes dégénératives de troubles psychiques. C'est à des troubles de l'innervation que doivent être rapportées les grimaces du paralytique général. Il en est de même pour les épileptiques. Des expressions bestiales particulières résultent de certaines grimaces (exagération dans les contractions de plusieurs muscles du nez, des lèvres, reniflements, etc.); les hallucinations de l'odorat et du goût en sont les fauteurs coutumiers. Chez les déments et les idiots, la série des mouvements nécessaires dans l'acte de goûter précèdent souvent l'articulation des sons (embarras, difficulté de trouver les mots). L'unilatéralité d'action de quelques muscles, l'asymétrie fonctionnelle qui engendre les expressions de dédain, de mépris, de finasserie, existe au summum dans la paralysie générale, et, à un degré plus ou moins prononcé, chez les déments de tous ordres ; résultante d'un défaut d'innervation, elle entraîne une asymétrie permanente des sillons, des plis du visage, des traits en un mot, d'où une physionomie étrange, d'ailleurs immuable, qui donne aisément le change quand on se propose de diagnostiquer, à son aide, les sentiments intimes du sujet. — (Eii et regard. L'expression brillante et lumineuse de Thomme

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iotelligenl disparait chez Jcs déments (diminution de l'affectivité), s'aifaitflit quand les paupières ne battent plus, devient va^'ue en bien des cas (stupeur, hallucination, démence). Beaucoup d'hallucinés déments ne lèvent pas les yeux; leur paupière supérieure recouvre le globe oculaire; ils paraissent honteux. Distraction des hallucinés dans la conversation. Fixité anxieuse du persécuté ; re^'ard scrutateur et perçant dans ses moments d'inquiétude les plus accentués ; regard hébété du paralytique général. Suivant que le ^lobe de l'œil est plus ou moins caché par les paupières, son volume semble de dimensions moindres ou exagérées :exophthalmie apparente de certains épileptiques et paralytiques généraux ; microphthalmie des stades avancés de la paralysie générale, de la démence, de l'idiotie. — £n somme, si l'aliénation mentale déligure les traits du visage, il est certain qu'il est des aliénés de toutes catégories qui conservent une physionomie convenable presque jusque dans les stades terminaux de leur maladie (fous systématiques; folie circulaire). Mais, on général, lexagération des sentiments anormaux qu'ils éprouvent, en surmenant l'activité de la charpente musculaire du visage, aboutit au même icsultat qu'un demi-siècle d'impressions normales; aussi le faciès de l'aliéné se sillonne-t-il de rides nombreuses, profondes, prématurées; seuls les idiots et les déments présentent une face lisse. La laideur est la règle, soit de par la contorsion des traits, soit à raison d'une expression spéciale qui déforme un beau visage (bouche béante des déments). Des troubles trophiques s'ajoutant finalement à ces perturbations, le visage apparaît bouffl de graisse (épileptiques, etc.), etc. — M. Oppenheim espère que son travail, tant incomplet soit-il, suscitera des recherches de la part des autorités scientifiques.

Le temps étant mesuré, la discussion est écartée.

M. Kahlbaum. -— Sur les affections nerveuses et mentales de la jeunesse et leur traitement pédagogique dans les établissements spéciaux, — Dans tous les asiles, on compte actuellement un nombre croissant de jeunes malades. Tout en faisant la part de l'habileté plus grande des médecins dans l'art du diagnostic, et de leur jugement, général à notre époque, sur l'opportunité d'un traitement approprié, on est cependant obligé de reconnaître que les jeunes gens (de ii à 25 ans) sont plus souvent malades aujourd'hui que jadis. Et alors, ou bien, quelle qu'en soit l'intensité, l'affection passe proportionnellement vite, sans qu'on ait à redouter de rechute, ou bien elle se montre très opiniâtre, même quand elle revêt une faible intensité, et, dans ce cas, la récidive est fréquente, à raison d'une guérisou incomplète. On constate, en tant que formes, avant tout, la dysthyniie et la vésanie (mélancolie et manie des auteurs), la catatonie (qui comprend la mé-

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lancolie stupide et la mélancolie associée à des symptômes maniaques et choréiques); on note, au second plan, Ja folie systématique (paranoia), la dysphrénie consécutive à ]a fièvre typhoïde, au rhumatisme, à la malaria, la folie épileptique et épileptoïde^ et Taliénatiou mentale hystéroîde accompa^rnée ou non de conceptions irrésistibles (faiblesse nerveuse, neurasthénie). Souvent ces types ne se différencient pas de ce qu'ils sont à un âge plus avancé. Souvent aussi ils sont caractérisés par la prédominance de particularités d*ordre moral, de perversités greffées sur un arrêt ou un affaiblissement précoces des facultés intellectuelles. Telle est même , chez un grand nombre de malades, l'importance de ces deux sortes de symptômes, qu on a, non sans raison, établi un groupe dit de la folie morale (perversités morales) et un autre groupe où la faiblesse psychique domine la scène (hébcphréniedeKahlbaum).Cesdeux groupes méritentle nom d'espèces morbides; jusqu'alors ce sont leurs allures symptomatiques et leurs rapports étiologiques et diagnostiques qui leur fissurent leur autonomie; plustard, on leur trouvera un substratumanatomique et physiologique. 11 en faut tirer que bien des cas de folies qui sévisseut sur la jeunesse, empruntent leur existence, soit à la modification pathologique des facultés morales, soit à un trouble dans l'évolution des facultés intellectuelles ; cette genèse n'a rien de surprenant, à une période où se développent les deux ordres d'éléments psychiques en question. Les symptômes d'ordre éthique comportent l'échelle entière des faiblesses et des vices de l'humanité ; les lacunes sont : les unes générales, indéterminées, polylatérales (défaut du point d'honneur, frivolité, etc.); les autres, spéciales, déterminées (kleptomanie, dipsomanie, pyromanie, etc.). Voilà pour les troubles négatifs, synonymes d'absence de sens moral. Il en existe encore de positifs ; ici c'est un excès de rigorisme dont font foi la plupart des conceptions irrésistibles ( mal du toucher, folie du doute, etc.). Quoi qu'il en soit, l'impossibilité, pour de tels malades, de comprendre ou de pratiquer, malgré les meilleures intentions du monde, les principes de la loi sociale éclate d'elle-même. Les perturbations intellectuelles se composent de symptômes négatifs (faiblesse psychique) ou de symptômes positifs : à côté de vides dans l'intelligence, les jeunes gens envisagés présentent une exagération de l'imagination, une aptitude, plus ou moins bien pondérée, à faire des vers, et même à composer des morceaux de poésie vraie, aptitude elle-même plus ou moins utilisable. En un mot, comme dans la scrofule et la tuberculose, on peut distinguer une hébéphrénie floride et une hébéphrénie torpide. Remarquons enfin qu'assez souvent ces manifestations s'accompagnent de processus choréiques ou choréiformes, ainsi que des signes de dégénérescence. — Presque toujours l'hérédité marque de sou sceau ces psychoses; les parents

étaient des névropathes, plus rarement des fous. D*ailleurs, fréquemment, le patient a été gravement malade dans sa plus tendre enfance (fièvre typhoïde, — pneumonie, — affections céphaliques ou encéphaliques), et son état de faiblesse consécutive a été la cause d'une éducation négligée ; la mort précoce des générateurs, la mauvaise entente du ménage, la situation d'unique enfant sont également signalés comme autant de motifs d'une mauvaise éducation. — Au surplus, d'ordinaire, les jeunes aliénés de notre catégorie sont dans un état de faiblesse générale, rappelant les dystrophies, dyscrasiques ou autres ; ceux qui semblent vigoureux, puissants, doivent souffrir d*anémies locales. Signalons enfin des malaises nerveux semblables en tous points à ceux des hystériques. — Tel est le tableau complet des processus pathologiques sus-mentionnés. Chacun de ces traits doit servir de point de repère au traitement.

L'habitus extérieur de chaque individu et sa manière d'agir fournissent un premier jalon sur le mode d'application, le genre, l<i dose des enseignements pédagogiques à mettre en œuvre. Mais, en tout cas, tous ces jeunes aliénés doivent être occupés ; outre les occupations physiques, on prescrit soit des lectures, suit Tétude d'une branche quelconque de connaissances. Voici du reste, comment M. Kahibaum comprend la Pédagogie médicale des maladies neii^euses et mentales des jeunes gens. Une première proposition la domine entièrement. Avant tout, assurer à Téconomie, par le repos, le calme, la réparation préalable des forces, la plénitude de ses facultés, tout en éveillant la confiance, et en provoquant de la part du pensionnaire la demande d'une occupation. En second lieu, joindre à renseignement psychique, le travail mécanique et artistique afin d'harmoniser les aptitudes de l'individu. Enfin le temps et l'accoutumance sont des éléments sans lesquels on n'obtiendrait aucun résultat réel et durable, car il s'agit d'arracher le patient à des habitudes, à des instincts qui sont devenus sa seconde nature et de lui inculquer de nouvelles idées par la nouvelle existence à laquelle on le forme graduellement. De là la nécessité de professeurs spéciaux. M. Kahibaum en a trois résidents qui vivent, parlent^ travaillent avec les élèves. L'un d'eux enseigne les sciences naturelles, un autre les langues anciennes, l'allemand, l'histoire, la philosophie; le dernier, les langues modernes. Certains élèves doivent en outre être confiés à des professeurs particuliers. L'enseignement manuel et artistique est donné par un relieur, un modeleur, un cartonnier expert en fins travaux de cartonnage. De la ville viennent un peintre-dessinateur, un peintre sur porcelaine, un professeur de gymnastique, des professeurs d'horticulture. On dirige les jeunes gens sur les matières pour lesquelles ils se sentent le plus d'aptitudes; mais, quand ils ont commencé une profession, on leur choisit une branche de con-

naissances en rapport avec elle (histoire naturelle pour les agriculteurs, etc.). En tout cas, aucun d'eux ne saurait se soustraire à Tobligalion de suivre les cours de morale et de psychologie ; renseignement des devoirs et de la nature de Thomme forme le caractère et apprend à se dominer. La division delà journée et le plan des études à faire quotidiennement ont une grande importance.

Les trois premières heures de la matinée sont consacrées à renseignement psychique.

Entre chaque heure, on intercale une pause de quinze minutes.

On fait ensuite le premier déjeuner: un quart d'heure.

Puis viennent, deux heures d'enseignement mécanique et artistique avant midi.

Des six après-midi de la semaine :

Deux sont remplies par des promenades en commun au dehors ; Deux par la gymnastique, des exercices, des jeux, des chants; Deux par des travaux horticoles.

Les professeurs de science sont encore chargés d« la surveillance, et participent à renseignement mécanique, à tour de rôle; ils font une leçon ou une conférence scientifique plusieurs fois par semaine devant les autres malades de rétablissement qui ne relèvent pas du même groupe.

Tel est le système scolaire, académique, applicable non seulement aux jeunes aliénés, mais aussi à des malades plus âgés, en convalescence. Outre que la connaissance de soi-même facilite Texercice raisonné de la volonté, les descriptions générales sont souvent l'occasion de dire à des adultes bien des choses dont on redouterait l'exposé en tête à tête.

La lecture de ces deux mémoires ayant absorbé le temps disponible, les travaux annoncés deMM. Falk et Friedmann sont ajournés, et toute discussion devient impossible. Aussi M. Basse propose-t-il de fixer désormais la limite des communications à vingt minutes ou trente minutes au maximum en cas d'agrément du président; chaque orateur, à l'occasion d'une discussion, ne pourra parler plus de dix minutes. Cette motion est adoptée.

La séance close, on visite l'exposition d'hygiène. {Allg. ZeiUchr. f, Psych,^ XL, 5.) P. Kéraval.

OCIÉTÉ DE PSYCHIATRIE ET MALADIES NERVEUSES DE BERLliN<

Séance du % janvier 1883. — Présidence de M. Westphal.

Le bureau et les commissions de réception sont renouvelés par acclamation pour l'année 4883.

M. Rrmak explique, pièces en mains, le mécanisme du grand galvanomètre àunité absolue consiruil par Edelmann de Munich, déjà décrit par Ziemssen. (Arch, f. Klin. Médic,, t. XXX., 4 882). Il se distingue des autres galvanomètres absolus parcefaitquerinstallation d'une vis qui occupe la plate-formeinférieure du galvanomètre horizontal transforme ad libitum chaque raie divisionnaire de Téchelle décimale en un dixième de milliampère, en un milliampère, en dix, en cent miiliampères (millimètres). On obtient ainsi une gomme sensible très commode pour tous les buts que Ton se propose dans Texamen, et l'on possède en somme un appareil de mensuration absolue. L'instrument se recommande par le rapide amortissement des oscillations de Taiguille, oscillation absolument égale des deux côtés quand l'appareil est placé bien d*aplomb. La pratique journalière n'en retirera cependant de grands bénéfices que lorsqu'on se proposera d'exécuter des recherches fines, d'instituer, par exemple, un traitement sur l'acoustique; dans ce cas, la possibilité d'enregistrer des fractions de milliampère assure des avan. tages inconnus jusqu'alors. Mais sou usa^e habituel exige une trop grande circonspection dans la manœuvre pour qu'il se répande; un rien peut en faire manquer le fonctionnement. En revanche, celui qui possède un galvanomètre aussi exact, arrive, en observantcomparativemeut les oscillations de son galvanomètre vertical qui correspondent aux valeurs absolues des courants, à se confectionner un tableau empirique des plus précieux.

Discussion :

M. Bernhardt insiste sur le soin qu'il faut apporter constamment à manier le galvanomètre d'Edelmann.ll s'est dressé une table comparative qui contient les valeurs du galvanomètre vertical de Erb et celles du galvanomètre absolu d'Edelmann. 11 a mê*ne trouvé, en chacun des essais institués par lui, des fluctuations numériques intéressantes, il continuera ses recherches.

M. Mendel fait sur le faisceau solitaire une communication ap-

* Voy. Arch, de Neurologie, t. VI, p. 275.

puyée par des préparations anatomiques. On sait que Benel a fout récemment prétendu que les troubles vaso-moteurs et trophiques émanaient de la lésion du faisceau solitaire. Ce faisceau, pour ie professeur français, prend son origine dans le faisceau intermédiaire latéral; il fournit des fibres au pneumogastrique, au glossopharyngien et se rend finaUment au nerf intermédiaire de Wrisberg. Or, M. Mendel, après avoir pratiqué des coupes de toute nature dans les régions en question, de l'homme, du singe et du chien, est arrivé aux résultats suivants. On reconnaît d'abord ce faisceau à la hauteur de la deuxième paire cervicale; divisé en plusieurs fascicules, il est situé à peu de distance du canal central et se trouve enfermé dans les cornes latérales; plus haut, il est rejeté un peu en dehors et en arrière du noyau de l'hypoglosse, se reporte graduellement vers les parties extrêmes et postérieures, et parvient ensuite au bord externe du noyau du pneumogastrique. C'est ici que, sur des coupes verticales et transversales, on voit à l'extrémité antérieure du noyau du pneumogastrique le faisceau s'amincir extrêmement vite; sur des coupes verticales antéropostérieures, les fibres pénètrent, en décrivant un arc de cercle légèrement convexe en avant, dans la masse grise du noyau du glos* sopharyngien. Aucune pièce ne démontre sûrement que le faisceau ait rien à voir avec le spinal, avec le pneumogastrique ou avec les nerfs situés au-dessus du glosso-pharyngien. Il paraît, au fond, constituer la racine ascendante du glosso-pharyngien. Au bord interne de la substance gélatineuse de la corne postérieure, on rencontre sur des coupes verticales et transversales, jusqu'aux troisième et quatrième paires cervicales, des factions transverses de faisceaux nerveux dont la forme ressemble énormément à celles du faisceau solitaire. Henle qui seul, les a signalées, les figure sous la rubrique de faisceau originel du faisceau solitaire; or, ils n'ont certainement aucune relation avec celui-ci, ils montent plus haut que ce dernier, sans que M. Mendel soit arrivé jusqu'ici à en déterminer l'extrémité supérieure.

La discussion qui s'engage à ce sujet, met en lumière la manière de voir de M. Wernicke. Le faisceau en question serait, pour lui, en rapport avec les origines du pneumogastrique ; sur des coupes réussies de fibres émanées du segment du cercle postérointerne (section transverse du faisceau solitaire), on observerait des tractus qui passeraient dans le tronc du glosso-pharyngien et du nerf vague. — M. Mendel maintient la rectitude de ses assertions.

Séance du 12 mars 1883. — Présidence de M. Westphal.

M. Pelizœus ouvre la séance par le développement de son mémoire préalablement annoncé sur le Phénomène du genou chez le»

enfants. — Tandis que Berger {Centralblatt d'Erlenmeyer) a observé 1 absence du phénomène du genou chez 4,59 p. 400 d'adultes; qu*Eulemburg a vu manquer ce réflexe tendineux chez 4,8 p. 100 dhommes faits {Verhandlung der Aerzie-Versaumlung, session d*Eisenach), chez 5,65 p. 400 d'enfants de cinq à six ans; chez 4,21 p. iOO d'enfants de la première année de la vie; que Bioch {Ârch. f. Psych, t. XII, p. 471) en a également constaté le défaut chez cinq enfants fréquentant l'école sur 694 (mais dans des conditions particulières indiquant la diathèse névropathique avant que l'individu examiné fût malade), Pelizœus a vu le phénomène du genou ne manquer que chez 0,4 p. 4000^

Une discussion prend naissance entre MM. Meyer, Remak, Westphal, Pelizœus. Elle montre qu'il faut se garder d'illusion pouvant prendre leur source dans le malin plaisir d'imitation que se donnent les garçons assis en série pour être examinés (Meyer); qu'on parera k toute difficulté en faisant coucher sur le dos ces individus en question, la jambe étant maintenue à demi-iléchie (Remak); qu'il importe de réitérer à plusieurs reprises espacées ses recherches sur un même sujet, parce que diverses circonstances telles que la température, la fatigue, la marche antérieure, une tension involontaire, peuvent manifestement exercer une certaine influence sur le mode de réaction (Westphal). En tout cas, des investigations de Pelizœus, il ressort que le phénomène du genou est une manifestation commune normale. C'est ce qui confirme le faible nombre des exceptions relatées; mais en môme temps ces quelques exceptions engagent à rechercher les particularités capables d'en fournir la clef. Le renforcement bilatéral du phénomène n'entraîne pas de conclusions spéciales, car il peut aussi être très marqué chez des individus névropathiques.

M. Wernicke prend ensuite la parole sur un cas de tabès avec symptômes encéphaliques d'une lésion en foyer. Un homme de cinquante et un ans, malade depuis cinq ans, présentait depuis trois ans des troubles de la marche. Quatorze jours avant son entrée à l'hôpital, il était obligé de s'aliter. Auparavant il avait présenté de la diplopie, mais, à l'époque de son admission on ne constatait ni inégalité pupillaire, ni aucun autre symptôme cérébral ; le tabès était très accusé. Le 22 sept. 1884, on pratiquait sans succès l'élongation des deux sciatiques. Quelques mois plus tard, survenait un court accès convulsif accompagné de perte de connaissance sans autre inconvénient; trois jours après, nouvelle attaque semblable, mais cette fois, aphasie sensorielle (surdité verbale). Graduellement l'intelligence s'altère, plusieurs accès convulsifs se montrent

Ce travail, publié m extenso ailleurs, se trouve analysé dans les Revues analytiques.

encore, la démence arrive et la morl a lieu au milieu du tableau clinique de la paralysie générale. — Autopsie, Adhérences corticales caractéristiques. Tout le lobe temporal gauche (étroitesse et aplatissement des circonvolutions) est altéré ; on trouve en outre dans sa moitié antérieure, étendu d*avanten arrière, un foyer de ramollissement brunâtre du volume d'une prune. L'orateur conclut à l'existence d*un ramollissement inflammatoire; le pourtour du foyer, très vasculaire et très injecté, est, de même que le fond même de la lésion, infiltré de cellules granuleuses : ces altérations présentent dans i'écorce une étendue plus large que dans la substance blanche ; dégénérescence graisseuse des cellules nerveuses dans leur voisinage. Les cordons postérieurs de la moelle offrent la dégénérescence grise.

Discussion :

M. Westphal croit que c'est un cas de paralysie générale ayant commencé par des tabès, et qu'il s'estcompliquédela formation d'un foyer dans le lobe temporal gauche. Il est possible, ajoute-t-il, que ce foyer ait occasionné l'aphasie et les accès coovulsifs; mais la chose n'est pas démontrée parce que les mêmes manifestations se montrent aussi, comme l'on sait, dans cette maladie, sans qu'il existe d'affection en foyer.

M. Mendel demande si l'on a procédé à l'investigation microscocopique exacte de l'écorce du cerveau, etsi, danb la moelle les cordons postérieurs étaient seuls altérés.

M. Wernicke affirme à nouveau qu'il s'agit d'un cas de tabès compliqué d'affection en foyer tout spéciale, dont l'origine première était une bémorrhagie.

M. Rabow. Contribution à la casuistique de la sensation sexuelle contraire (Inversion do sens génital)». — L'auteur rapporte les confidences extrêmement intéressantes d'un homme jeune qui, dès sa jeunesse, se sentait irrésistiblement attiré vers le sexe masculin.

Discussion :

M. Westphal mentionne le cas d'un Américain qui, tout marié qu'il était, présentait un instinct irrésistible à se revêtir de vêtements et de bottines de femme, à porter un corset. Son père, comme dans le fait de M. Rabow, se suicida. Ici aussi l'empâtement, le pathos du style et l'indignation morale sont caractéristiques. M. Westphal n'a vu qu'une fois en des observations semblables des lésions lesticul aires (atrophie). Il ne croit pas que la

Voy. Archives de Ne^tralcgie, t. ïlï, p. 53; t. IVI p. 132; t. V, p. 374 et 375; t. Vf, p. 268.

castration réussisse le moins du monde dans cette anomalie mentale. — Meyer, au contraire, p.ense que peut-être une opération de celte sorte agirait utilement, de même que l'extirpation des ovaires dans l'hystérie. — Hirschberg demande combien de malades se sont suicidés; il en connaît un fait communiqué par Hutchinson. — A une interpellation de Bernhardt, M. Westphal reprend qu'on doit tendre, à l'aide de moyens connus, à modérer l'impulsion sexuelle; contre l'anomalie psychique, il n'y a pas de remède.

Séance du j avril 1883. — Présidence de M. Westphal.

M. KoRTUM décrit à la Société Vétat anatomique de V encéphale d'une idiote avec pièces à l'appui : ces pièces proviennent d'une fillette de quinze ans, idiote dès sa plus tendre enfance. On avait noté pendant la vie, les rudiments les plus inférieurs de Tintelligence (absence presque totale de la parole, etc.), un développement somatique extrêmement restreint, une paralysie totale des deux extrémités, supérieure et inférieure, du côté droit. En même temps, il existait une contracture incoercibh; en flexion du coude et de l'articulation radio-cubitale inférieure d'un côté, et du genou opposé ; pied-bot varus-équin à droite. Les régions paralysées et atrophiées étaient simultanément insensibles. En agissant sur les doigts et les orteils du côté gauche, on provoquait des mouvements associés de môme que dans les organes homonymes du côté paralysé. L'enfant mourut d'une diphthérie au cours de laquelle elle présenta, à trois reprises différentes, des accès d'épilepsie. Awtopsie : L'encéphale dans son entier est diminué de volume; il ne pèse que 673 grammes;la réduction est excessive dans l'hémisphère cérébral gauche; il y a en outre asymétrie des sillons et des circonvolutions des deux hémisphères. Cet arrêt de développement est dû à une sclérose atrophique des circonvolutions, quelles qu'elles fussent. La sclérose porte surtout : à gauche, sur la première externe antérieure et postérieure (première frontale), sur le lobule paracentral, sur l'origine de la seconde et de la troisième frontale, sur l'opuscule entier, sur la partie antérieure du lobule pariétal supérieur, sur le lobule supersmarginal (pariétal inférieur de Richer) sur presque tout le lobe occipital — à droite, sur le lobe occipital presque entier, sur la circonvolution du corps calleux. Brièveté et. minceur de ce dernier, notamment dans sa partie postérieure. L'orateur entre ensuite dans le détail de l'étiologie et de la pathogénie, il rapproche également les phénomènes observés pendant la vie de l'état nécroscopique décrit.

M. Mendel traite ; De la Paranoia secondaire. Le mot grec 7r«pavoia, synonyme de folie systématique, a sur cette expression l'avantage qu'il n'est pas compris du public. C'est Heinroth qui s'en ser-

vit pour la première fois. Zeller fut l'auteur qui distingua une forme primitive et une forme secondaire de la maladie (issue par exemple de la mélancolie), Griesinger qui, au début, ne reconnaissait que la forme secondaire, finit, à la suite des travaux de Snell, par admettre une paranoia primitive. Puis vint Sander qui décrivit un genre spécial de cette forme primitive, sous le nom de folie systématique «originaire». En 487&, Westphal, le premier, exposa avec netteté ce qu'il faut entendre par la locution de folie systématique, il en étudia le développement et contesta qu'elle pût émaner de la mélancolie. Koch rejeta également l'idée de la folie systématique secondaire. Pour Mendel, la paranoia secondaire est rare, car il n'en connaît que cinq cas sur cent cinquante faits ; mais elle existe. Il en communique trois observations relatives au sexe féminin, dans lesquelles il s'agit d'une folie systématique s'étant développée à la suite de syndromes mélancoliques arrivés, selon toute apparence, au terme définitif de leur évolution, syndromes mélancoliques eux-mêmes primitifs sans aucun doute. M. Mendel fait ressortir la ressemblance apparente entre les manifestations et les conceptions délirantes des mélancoliques et des fous systématiques; la différence qui sépare ces deux genres d'aliénation mentale réside dans ce fait que le lypémaniaque trouve en lui-môme la matière de ses plaintes, de ses accusations, tandis que le monomane les puise dans le monde extérieur.

La discussion sur ce sujet est ajournée.

M. Bernhardt clôt l'ordre du jour en présentant à l'assemblée le galvanomètre de poche d'Edelmann. Ziemssen l'a déjà décrit dans le tome XXX des Deutsch, Arch. f, Klin. med., 1882, mais depuis, l'instrument a, sur des indications du docteur Stirtzing (de Munich), subi les améliorations suivantes. L'aimant en fer à cheval a été entouré d'un modérateur cylindrique creux, d'une épaisseur convenable, qui détermine rapidement le retour à la position d'équilibre de l'aiguille magnétique déviée sous l'infiuence ducourant. Knsecondlieu, on rencontre à l'intérieur un appareil de fermeture accessoire qui diminuant d'un dixième des tours de spire du galvanomètre, permet l'estimation de courants dix fois plus forts que ceux pour lesquels a, dans le principe été établi l'instrument. — Une vis est en communication avec cet appareil de fermeture. Quand on n'y touche pas, il faut sur l'échelle lire de à 2 milliampères en passant par des dixièmes, on peut même apprécier les centièmes. Si au contraire on attire la vis, il faut compter de à 20 milliampères. Comparé au grand galvanomètre, le galvanomètre de poche coûte trois fois moins, et est facile à transporter sans inconvénient. Intercalé dans le circuit de n'importe quelle batterie, il met l'expérimentateur à môme d'évaluer la force du courant en unités absolues.

Séance du 11 juin 1883. — Présidence de M. Westphal.

M. RiCHTKR (de Dalldorf) apporte à la Société Tencéphale d'un homme de cinquante-deux ans atteint de folie systématique hallucinatoircy dans lequel il a trouvé trois foyers hémorrhagiques. Le patient, né en 1829, indemne de toute hérédité (on ne signale dans son arbre généalogique qu'un frère qui était buveur) entre pour la première fois à la Charité, d'où il ert transféré à l'asile, en août ÎSSl. On porte alors le diagnostic de folie systématique hallucinatoire. Il en sort non guéri. Deuxième entrée en septembre de la même année; état mental identique compliqué de formications dans la main gauche et d'une sensation veloutée toute particulière sur la peau de l'oreille gauche, qui seraient apparues à la suite d'une attaque accompagnée de vomissements: affaiblissement de la vision, qui nécessite le port de lunettes-conserves n" 46, Tacuité visuelle de l'œil gauche étant moindre que celle de l'œil droit. Renvoi sans guérison, en janvier 1882. — Troisième entrée en décembre 188â; à ce moment, le fond de l'œil ne présente que de la pâleur des papilles, un état trouble de moyenne intensité de la rétine, un rétrécissement assez prononcé des vaisseaux rétiniens. Cette fois, les phénomènes subjectifs déjà décrits sont doublés de tics prenant leur origine dans l'appareil dentaire; le malade ne peut s'empêcher de faire les mouvements maxillaires, linguaux et palatins d'un homme qui goûte ; quand il mord dans un aliment, il lui semble qu'il coupe une rave ou un morceau de charbon, que ces substances crient sous la dent, etc.; insomnie entretenue par des envies incessantes d'uriner. Le 14 janvier, vomissements; le soir, la température est des plus normale, de telle sorte que tout diagnostic reste impossible jusqu'au 49; ce jour-là^ le malade quitte le lit; mais, le 21, on l'y retrouve en état de stertor, avec de l'écume à la bouche; les extrémités gauches ne résistent que faiblement à l'action qu'on prétend exercer sur elles; c'est à peine si leur pincement provoque quelques mouvements; les régions céphaliques ne présentent. aucune espèce de phénomènes paralytiques; les pupilles sont égales et réagissent bien. Le 22, même état. Le 24, état normal. Le 25, hémiplégie faciale du côté gauche; amblyopie bilatérale très nette; les pupilles égales réagissent parfaitement, mais le champ visuel est extrêmement restreint à gauche, car le patient ne voit que lorsque l'objet atteint le voisinage immédiat du point de fixation. Le 30, stupeur très prononcée. Le 3 février, nouveaux vomissements; somnolence excessive, soif intense. Le 12, la jambe gauche reste en arrière pendant la marche. Le 13, vomissements, chute suivie d'un assoupissement profond, résistant à toute sorte de sollicitations; les

bOOIETES SAVANTES. 253

membres soulevés relonibent comme s'ils avaient la lourdeur du plomb; peu de réaction aux excitations douloureuses. Mort. — ilM^opsiéî. L'hémiplégie droite contient trois liémorrhagies de divers âges. La plus vieille (coloration jaune) siège dans le lobe temporal droit qu elle a détruit, en s'étendant jusqu'au voisinage du pédoncule cérébral; la seconde (de couleur brun-rouge) occupe la paroi externe de la corne postérieure du ventricule latéral droite sans avoir ni pénétré dans le ventricule (épendyme complètement intact), ni détruit les circonvolutions limitrophes extérieures (lobule pariétal inférieur et lobule du pli courbe de Richer) ; enkystée dans une sorte de membrane, elle mesure 7 centimètres de diamètre antéropostérieur, 4 centimètres de diamètre vertical, 1 centimètre et demi de diamètre transverse et se termine de 4 centimètres et demi de la pointe du lobe occipital ; la troisième est constituée par un coagulum récent qui remplit les troisième et quatrième ventricules et a déchiré les pédoncules cérébraux, surtout celui de droite. — L'auteur attribue au lobe temporal droit Tamblyopie de rœil gauche, les formications de la main et les sensations de la région auriculaire du même côté, ainsi que les perceptions subjectives de l'appareil dentaire. 11 rattache l'hémiplégie gauche et les paralysies des extrémités et du facial de côté, à la destruction des fibres qui, de la couche optique, gagnent le lobule occipital. La pathogénie des foyers proviendrait, pour lui, d*embolies. On constatait, en outre, des reins granuleux, contractés, et un cœur volumineux.

L'ordre du jour appelle la discussion relative au travail de M. Menoel sur la Pai*anoia.

M. Jastrowitz n'a jamais vu une mélancolie vraie se transformer en folie systématique, mais il a vu des fous systématiques, à une période avancée de leur maladie (démence), être tourmentés par des conceptions lypémaniaques teintées d'hypochondrie.

M. Westphal reconnaît qu'à l'inverse de ce qui se passe dans la folie systématique, les mélancoliques s'accusent eux-mêmes, mais des plaintes peuvent aussi s'observer chez le fou systématique ; elles émanent alors d'idées de persécution et sont provoquées par des hallucinations sensorielles. Ce n'est donc pas la teneur des idées délirantes, c'est leur genèse qui est prépondérante. Comme, dans les cas de Mendel, il s'est écoulé un certain intervalle entre le temps de l'existence de la mélancolie et l'époque d'apparition de de la folie systématique, ultérieure, on pourrait croire que le même individu a été successivement atteint de diverses psychoses indépendantes les unes des autres. Caries faits mêmes où la constatation d'un enchaînement direct parait nettement ressortir sont passibles de l'objection suivante : lorsque la folie systématique a semblé prendre son origine dans une mélancolie, on a toujours relevé en

même temps des idées liypochondriaques ; or, celles-ci ont invariablement constitué le point de départ des conceptions ultérieures de la folie systématique.

M. Mœli insiste sur l'alternance dans un certain nombre de p3rturbations mentales (alcooliques, puerpérales, consécutives à la masturbation) d'auto -accusations lypémaniaques, et d'idées de persécution; les cas chroniques eux-mêmes démontrent la réalité de cette assertion. Presque toujours, chez les mélancoliques qui s'accusent, pleurent, se lamentent sur leur sort, on trouve qu'ils ont été, pendant une période préalable plus ou moins longue, le jouet d'hallucinations ; ils entendaient des voix, se croyaient poursuivis ou caressaient des projets originaux, impraticables. La teneur des idées délirantes ne saurait servir de base à une division entre la mélancolie et la folie systématique.

Ce n'est pas, réplique M. MkiNdkl, la teneur, mais bien la genèse des conceptions délirantes qu'il invoque. L'intervalle qui s'est écoulé entre la mélancolie et la folie systématique n'a jamais été chez ses malades une période de parfaite santé ; le nouveau complexus psychique s'est montré dés la première semaine qui s'écoulait après l'état lypémaniaque. 11 est extrêmement difficile de démontrer l'enchaînement psychopathique pour chaque cas particulier, mais l'un de ces cas est clair. Ainsi, une femme mélancolique se met tout à coup à accuser ses parents et devient alors la terreur de la maison; plus tard se développent des idées de persécution et de la mégalomanie. Sans doute, deux de ces observations témoignent de conceptions hypochondriaques qui dominent la scène ; mais qui pourra saisir la ligne de démarcation qui tranche entre la mélancolie pure et la mélancolie hypochondriaque? Les exemples de Mœli doivent être écartés parce qu'il s'agit de déments. — M. Mœli s'inscrit alors contre cette interprétation de M. Mendel; il y avait dans l'espèce non pas affaiblissement intellectuel , mais abandon et manque de confiance en soimême.

M. Falr traite de la guérison d'une psychose durant depuis des années. L'observation rapportée par l'orateur prouve la nécessité d'être très circonspect avant de prendre une décision en matière de divorce pour cause d'aliénation mentale. En elfet, la ménopause s'accompagna, dans l'espèce, de la guérison complète d'un trouble psychique ayant débuté en 1855, et ayant nécessité une interdiction de vingt et un ans. C'est au début de sa soixantième année que le malade se rétablit sans que, depuis deux ans que cet heureux résultat a eu lieu, l'état normal ait, en quoi que ce fût, été modifié. — M. Falk. ajoute à ce fait l'histoire d'une rémission chez un paralytique général de trente-huit ans. Ce fut au bout de mois de séjour dans un asile que l'amélioration fut assez pro-

Doncée pour nécessiter la sorlie. 11 y a de cela quatre ans et la santé est demeurée parfaite.

M. Gnauck rappelle à ce propos à la Société que, quelle que soit la perfection des rémissions dans la paralysie générale, l'étude de récidives s'oppose à ce qu'on prononce le mot de guérison, d'autant plus qu'on doit toujours se demander si Ton a affaire à une paralysie générale classique, ou si Ton n'a pas sous les yeux des affections semblables à complexus symptomatique presque identique.

M. Westphal pense que les maladies mentales les plus anciennes peuvent effectivement guérir, notamment sous l'influence d'une affection intercurrente aiguë, ou à l'époque de la ménopause. C'est par années qu'il faut compter avant de prononcer l'épithète d'incurable. Quant à la paralysie générale, il est exact que l'on se trouve souvent en présence de rémissions de longue durée, mais il ne croit pas à la guérison réelle. La folie congestive serait, pour lui, une invention de M. Baillarger, et rien de plus. P. K.

Relation d'un voyage psychiatrique en Danemark, EN Suède et en Norvège (Suite) » ;

Par le D' GLAUS (de l'asile de Sachsenberg).

II. Hôpital Conradsberg de Stockholm. Médecin en chef : professeur Oehrstrœ m. — Cet asile d'aliénés s'élève sur le territoire de deux anciens domaines, celui de Conradsberg et celui d'Hedwigsberg. Ouvert le 29 novembre 1861, avec 101 malades, la plupart fournis par transfert de l'ancien asile de Stockholm (maison de fous deDanviks), il a coûté, tant pour sa construction que pour l'achat des deux domaines, 855,684 couronnes 7ooeres*(l, 197, 958 fr.) Le nombre des malades a progressé si bien qu'au début de 1882 il contenait 139 hommes et 117 femmes payant les trois prix de pension dé]à indiqués.

L'établissement occupe, dans l'île de Kungsholm, sur le lac Malar, une hauteur. On l'atteint en un quart d'heure, après avoir

• Voy. Archives de Neurologie, t. VII, p. 278 et 398; t. VIII, p. 109.

* Nous rappelons que la couronne vaut 100 œres ou 1 fr. 40 c.

quitté la station terminale du tramway qui conduit au faubourg de Kungsholm. Le territoire extérieur de la propriété, en partie placé entre deux routes départementales très fréquentées, est limité par une haie élevée. Le corps de bâtiment principal présente une façade de 550 pieds de long dirigée vers le nord-ouest. L'architecture en est riche, ouvragée, et les constructions du milieu lancent dans les airs une tour imposante. On remarque aussi un perron élevé, et de grandes fenêtres à plein cintre. Le front principal des bâtiments, qui est en même temps le plus long, contient dans les constructions médianes, à deux étages, les habitations du médecin en chef et du médecin-adjoint, les diverses salles de l'administration, le temple. Puis, de chaque côté, se dressent les corps de logisdesmalades qui, eux, n'ont qu'un étage :àgauche les hommes ; à droite les femmes. Tout près du bâtiment du milieu, est la section des pensionnaires de première classe ; puis, vient celle des tranquilles et propres des deux dernières classes. Ceux-ci habitent encore en partie dans les ailes latérales plus petites qui divergent à angle droit, et contiennent en outre la section des déments tranquilles et malpropres. Une quatrième et une cinquième section sont reléguées, de chaque côté, dans un édifice qui n'a qu'un rezde-chaussée; elles ont trait aux^ agités et aux tapageurs : cet édifice forme un autre angle droit, par rapport aux ailes latérales^ dont le sépare un étroit corridor. Chaque section possède son promenoir extérieur, enclos d'une palissade en taquets (tranquilles) ou d'une enceinte de planches larges mesurant 4 mètres et demi de hauteur (agiles). — Les lieux d'habitation des malades sont très propres. Il existe des salles de jour et des réfectoires séparés très ornés de gravures et de fleurs, même pour les pensionnaires des deux dernières classes. Dans le quartier des hommes, quelques ménages de gardiens sans enfants tiennent, par les soins des femmes, les appartements en bon état : on se loue beaucoup de cette disposition. — Les dortoirs sont contigus aux locaux du jour. Les lits sont en bois, mais on projette d'en mettre en fer. Ceux des gâteux sont recouverts d'un enduit blanc sur fond rouge, on les visite soigneusement une fois par semaine. Un pot de chambre en porcelaine sous chaque Ht. Les fenêtres ne sont armées de grilles que dans la section des agités; ailleurs, les croisillons en sont très solides et divisent longitudinalement les carreaux, de telle sorte que l'intervalle de deux d'entre eux ne puisse admettre la tête. Les agités sont chauffés à l'eau chaude; elle circule, suivant le procédé de Léon Duvoir, dans des tuyaux en fer, entre le sous-sol et le grenier : cet excellent système n'assure pas la ventilation, aussi fautil ouvrir souvent les fenêtres. Autre part, dans l'établissement, ce sont les poêles de faïence qui fonctionnent (bois). Eclairage au pétrole. Fosses mobiles désinfectées au phénol et au chlorure de chaux. Une conduite apporte l'eau partout, la pression nécessaire

est produite par la machine à vapeur .'placée près du lac. La cuisine se fait à la vapeur ; ses locaux occupent une construction à rez-de-chaussée annexée en arrière du corps de logis médian. Les chambres de bains contiennent des baignoires en bois enduites de couleurs à Thuile. — A l'origine, il y avait, de chaque côté, huit cellules pourles maniaques en état de fureur, et, dans la quatrième section, cinq petites chambres pour un ou deux patients. Dans ces derniers temps, on a augmenté le nombre des cellules; il atteint maintenant 25 p. 100 et Ton s'occupe encore actuellement d'exécuter les constructions que comporte cette augmentation. Les cellules un peu petites, au moins quelques-unes, ont leurs lits fixés au sol, elles sont enduites de couleurs à Thuile, renouvelées tous les deux mois. L'éclairage provient d'une étroite fenêtre grillée, sise en haut et sur le côté. Des portes doubles percées d'un judas, avec verroux, en haut comme en bas, sont chargées de la fermeture. Toute cellule possède ses latrines dont le siège est percé d'une ouverture allongée, assez étroite. Depuis quelque temps, le directeur, pour empêcher que les malades ne détruisent et ne frappent à l'aide du couvercle, Ta remplacé par un coussin en étoffe très solide, vernie. Mais on lui a donné de trop grandes dimensions; il pourrait en guise d'escabeau, permettre d'atteindre la fenêtre. Les cellules sont chauffées par le moyen de l'eau chaude; les tuyaux conducteurs passent sous le plancher pourvu d'ouvertures convenablement aménagées.

Le personnel médical comprend un médecin en chef et un médecin-adjoint. Les médicaments viennent de Stockholm. On tient volontiers au lit les mélancoliques. On ne mettrait en usage les moyens de contrainte que pour cinq à six cas par an. Rareté des évasions et des suicides. Un gardien et une gardienne en chef surveillent un gardien par huit malades ; le traitement est de 300 couronnes (420 fr.) pour les employés hommes de ce genre, et de 200 couronnes (280 fr.) pour les employées femmes.

L'aire de l'établissement comporte un peu plus de 23 hectares 82. La plus grande part du sol cultivé forme des jardins. Le nombre des journées de travail s'est, en 1880, pour une moyenne de 2o4 malades, élevé, à 23,831 ; soit : 1 0,700 faites par les hommes et 13,131 faites par les femmes.

Résumé du budget i Receltes; 73,186 couronnes 82 œres (102.461 fr.), pour l'année 1880 t Dépenses: 117,911 couronnes41 œres (165,075 fr.).

Mouvement de îa /Nombre total de pensionnaires : 1,229, dont 140 admis à population de [ plusieurs reprises.

1862 en 1881, V ...... l^Gném 487, soit 39,63 p. lOO

c'cst-a-dire ; "^s^^^^^^ 68, soit 5,53

pendant une ) ^^ traitement.^ | ^^^^ améliorés. 9,36

période de f Morts 303, soit 24,65

20 ans. ^ Demeurés à l'établissement. 256, soit 20,83.

Aacbives, t. VIll. 17

258 VAUIA.

III. Hôpital central d'Upsala. — A une demi -heure d*Upsala, situé sur les rives d'un canal, cet asile occupe un terrain fertile un peu en pente. Sa façade principale se dirige vers le nord-ouest, il résulte de Tutilisalion, il y a environ soixante ans, de vieux locaux hospitaliers. Les divers quartiers de malades et les constructions agricoles consistent en une série de bâtiments disséminés, la plupart à un étage, portant l'empreinte de leur ancienneté, anguleux et resserrés. Dans les dernières années on a, au sud-est du vieil établissement, élevé un nouvel édifice, uniquement destiné aux hommes, qui doit porter le nombre des places à 425 et, par suite, transformer Thôpital d'Upsala en le plus grand asile d'aliénés de la Suède ; Tensemble de la dépense atteindra, après Tinstallation complète, 4,050,000 couronnes (4,470,000 fr.). Ceci fait, les vieux bâtiments seront exclusivement réservés aux femmes. Actuellement, rétablissement n'a de pensionnaires que de deuxième et troisième classes, mais l'on projette d'ajouter, en temps opportun, à la nouvelle construction, quelques ailes latérales pour la première classe. La population présente est de 4 09 femmes et 400 hommes. — Les récents bâtiments sont à deux étages. Enduits de blanc et couverts en ardoises, ils se composent de plusieurs ailes qui forment l'U. Au milieu, se dresse le corps de logis de l'administration; en dehors résident les aliénés calmes, les aliénés agités et les maniaques en état de fureur; de chaque côté, prennent place quatorze cellules, un peu petites, comme dans le vieil asile qui en compte vingt. Ces cellules, à parois cimentées, sont éclairées latéralement par des ouvertures à fortes grilles, généralement pratiquées dans les régions supérieures. Elles possèdent des lieux d'aisances et sont munies de doubles portes, sans judas d'observation. Chauffage à l'eau chaude; les tuyaux parcourent librement le plafond, ce qui constitue un appel aux suicides. Les autres quartiers ont des poêles en faïence ordinaire (bois). — Les salles de jour et les dortoirs sont en partie scindés par des séparations verticales. Chez les agités, les fenêtres sont grillées ; ailleurs, leurs croisées sont consolidées par des tringles en fer. Eclairage, latrines, bains comme à Conradsberg. Une conduite d'eau amène d'une source l'eau potable, bonne et en quantité suffisante, par Tintermédiaire d'une machine élévatoire. La vapeur sert à la cuisine et à la buanderie. Les promenoirs placés extérieurement sont entourés d'un mur ou d'une palissade de planches.

Service médical : un médecin en chef, un médecin adjoint, un élève en médecine. Pas de pharmacie. Tous les paralytiques généraux, considérés par le directeur comme autant de syphilitiques, sont traités au moyen de frictions mercurielles, sans qu'on mentionne d'ailleurs de guérisons.

Un pasteur habite Upsala. Un gardien par dix malades. Un

^'ardieu el une gardienne en chef. Evasions rares. Un suicide l'année précédente.

La superficie de Tasile est de 8 hect. 82. Culture à la bêche. Journées de travail, en 1880, pour une moyenne de 483 malades •- 25,904, dont 12,434 attribuées aux hommes, 43,473 attribuées aux femmes. On donne de petites fêtes à des intervalles convenables.

Rnilirpt An 4A5tA i Rpcelles : 37,082 couronnes 12 œres (51,915 fr.). Duugeieniônu j Dépenses : 93,351 couronnes 80 œres (130,972 fr. 50).

i Présents au i" janvier: 233.

Guérisons 19,73 p. liO.

Améliorations 5,83.

Non guéris 0,43.

Morts 1,35.

IV. Hôpital de Wexiô, — Situé dans la province de Smaaland, à vingt minutes environ de WexiO, sur une hauteur, il a sa façade principale dirigée vers le nord-est. Wexio, à l'extrémité nord du lac du même nom, est une station de chemin de fer et une petite vihe bien construite de 4,000 habitants. C'est là qu'a passé ses dernières années, c'est là qu'est enterré le plus grand poète de la Suède, Esaias Tegnér. L'établissement qui nous occupe existe depuis vingtcinq ans. 11 compte 145 hommes et 105 femmes. Le bâtiment principal est tout en longueur. L'édifice du milieu, à deux étages, contient les locaux affectés aux malades de la première classe, et ceux des bureaux ; puis viennent les aliénés tranquilles des deuxième et troisième classes, à droite pour les femmes, à gauche pour les hommes, en deux longues ailes latérales d'un étage, auxquelles s'ajoute, à angle droit, une aile de deux étages. Enduit blanc ; couverture en ardoises ; pas d'ornement architectural. En arrière de la construction principale, un corps de logis spécial renferme les cellules, vingt-huit pour chaque sexe. A droite des corps de bâtiment centraux, existe une maison d'ateliers avec la salle d'autopsies; à gauche, on voit l'habitation du médecin-adjoint, avec le temple, et plus loin, en dehors, divers édifices agricoles. L'asile est entouré d'une épaisse grille en palissade, élevée et noire; l'entourage des promenoirs du quartier cellulaire est formé de planches en bois, élevées, peintes en rouge.

Les locaux d'habitation des pensionnaires de troisième classe sont très simples; plus riants sont ceux des malades de meilleure condition. On mange dans les corridors, mais il y a des salles de jour spéciales. Les dortoirs sont en partie contigus aux salles de jour. Les lits en bois ont 62 centim. de large, soit 40 ceutim. de moins que dans les autres établissements. Les gâteux sont suspendus avec les pièces de la literie dans des hamacs de toile à voile solide, à la partie supérieure de la caisse du lit; on les assujettit

avec des ceintures: on évite ainsi au patient la sensation de froid produite par Thumidité du réceptacle. Fenêtres grilJées ou dont les croisillons sont renforcés par des barres de fer. Eclairage au pétrole. Système des fosses mobiles. Une machine élévatoire pompe dans un puits, sis ausous-soi du bâtiment principal, Feau nécessaire aux usages domestiques, et la distribue à l'aide d'une conduite. Cette machine fournit de la vapeur à la cuisine, à la buanderie, et le chauffage à Teau chaude. Baignoires en bois. Les lavabos sont disposés de telle sorte que les bassins métalliques soient simultanément remplis et évacués. Une simple pompe voisine donne Feau potable. On supplée à Tinsuffisance du chauffage à Teau chaude par des poêles en faïence qui, dans les cellules, sont entourés d*un grillage en bois. Les cellules, petites, à parois cimentées, contiennent des lits assujettis au sol et une latrine ; elles jouissent de l'éclairage latéral par Tintermédiaire d'une ouverture étroite et élevée.

L'établissement possède un médecin en chef et un médecinadjoint. Ce dernier habite la ville et s'occupe d'une clientèle très nombreuse. Le pasteur habite aussi WexiO. L'asile a son cimetière. Les médicaments sont tirés de la ville. La superficie du terrain est à peu près de 6 hect. 61 dont une portion est affermée. 11 n'y a pas de bétail, mais le médecin en chef et l'intendant ont chacun à leur service privé un cheval etdeux vaches. Le système des adjudications préside à la fourniture des denrées alimentaires. Journées de travail en 4880 : 8,630 pour les hommes (20 à 30 hommes), et tissage de 5,07â pieds d'étoffe par 35 à iO femmes.

/ Nombre de malades : 250.

Mouvement \ ^^9^^^^ 28. 13 h., 15 f., soit 11,20 p. 100.

rift la nonulation ) Guérisons 3,20.

de la population / améliorations 3,21 .

^'^*««^- / Non guéris MO.

\ Morts 3,20.

Résumé du budget • Recettes 44,727 couronnes, 80 œres (61,619 fr. 75). de 1880. l Dépenses 86,784 » 12 » (121,497 fr. 70).

V, Hôpital de Lund. Directeur: D» Oedmann. — C'est le plus nouvel asile qu'ait visité M. Claus. Ouvert depuis trois ans, il est destiné à 350 malades. Le coût de sa construction a été de 1,625,298 couronnes 7 œres (2,275,410 fr.), sans compter le prix des 31 hect. 54 qui forment le territoire de rétablissement, et qui ont été empruntés aux riches possessions hospitalières de la province de Schonen, c'est-à-dire à la plus fertile province de la Suède. Comme Schonen a toujours subventionné avec la plus grande bienveillance les autres établissements, on a pu mettre à profit pour la construction la libéralité de l'Ëtat. Toutefois, on cons-

truîra le prochain asile à moins de frais. De la place du marché de la vieille ville universitaire de Lund, on atteint, en une petite demi-heure, l'hôpital en question. Lund est une station sur le chemin de fer du sud de TEtat; elle a près de 14,000 habitants. Elle aurait été pendant plusieurs années la résidence de Tegnér ; il y écrivit sa Frithjofsaga. L'établissement, situé dans une vaste plaine, fortement exposé aux vents, a été construit par l'architecte le plus important de la Suède. 11 se compose d'un grand nombre de pavillons à un étage, en briques, richement ornementés. L'ensemble des bâtiments médians est formé de neuf constructions destinées aux pensionnaires de seconde et troisième classes; ce tout représente un rectangle allongé dont la façade principale regarde le nord-ouest. Le milieu du fronton est occupé par les édifices réservés à l'administration, au temple et à l'habitation du second médecin, etc. A droite, on a placé le quartier des femmes; soit, sur la même ligne que le bâtiment d'administration, un pavillon pour aliénés calmes et demi-calmes, puis, à angle droit par rapport à l'étroit côté, la division cellulaire (deuxième construction), enfin les locaux attribués aux gâteux (troisième construction), qui regardent le long côté postérieur. On a procédé à la même répartition à gauche, en ce qui concerne les hommes. La partie moyenne du long côté postérieur est prise par la cuisine derrière laquelle est la buanderie. Au nord-ouest des bâtiments du centre, sur un terrain un peu plus haut, s'élèvent trois pavillons : celui du milieu, le plus petit, constitue l'habitation du médecin en chef; les deux latéraux sont destinés chacun à quinze patients de la première classe et à douze convalescents des classes inférieures. Le territoire extérieur de rétablissement est, à l'exception du côté limité par la rivière Hoje, enfermé dans une palissade en bois d'une hauteur notable, peinte en rouge, qui doit être ultérieurement remplacée par une haie de nerpruns déjà plantée. Ses promenoirs, en partie pourvus de préaux couverts, sont entourés de planches en bois, de neuf pieds de haut environ, dans la division des agités et des gâteux (coloration vert-sombre) et, pour la section des malades calmes et demi calmes, de grilles en bois de môme couleur d'une élévation correspondante ; des ouvertures ont été ménagées de façon à ne pas masquer la vue. Dans chaque pavillon, abstraction faite du quartier cellulaire et des locaux d'habitation des pensionnaires de première classe, on a élevé des séparations verticales entre les pièces. Chaque section, désignée à l'aide de lettres, comprend une salle de jour, un réfectoire, une chambre de travail, une tisannerie, un parloir, une chambre de bains; la désignation de ces locaux est marquée en dehors sur la porte, de même que l'entrée et la sortie. Les salles de jour et les dortoirs sont spacieux, clairs, tapissés et ornés de gravures et de fleurs; les murs chez lès agités et les gâteux sont enduits de couleur à la chaux, qui, plus

tard, sera remplacée par de la couleur à Thuile. Les escaliers sont en pierre; il n'esl pas de palier à la paroi duquel on ne voie Textrémité terminale d'un large tube, en communication avec la conduite d'eau commune, sur laquelle, en cas d'incendie, on pourrait adapter un tuyau d'arrosage. Les dortoirs, situés au premier, renferment dix à douze lits; ils dispensent par tête 600 pieds cubiques d'air. Lits en fer ou en bois, larges de 72 centimètres ; les matelas de gâteux sont remplis de paille ou d*une sorte de fougère spéciale. Il n'y a pas de gardiens dans les dortoirs, mais il existe une veille de nuit. Parmi les fenêtres, les unes sont munies de croisillons étayés par des rayons de fer, les autres sont simples ; elles sont grillées dans les lieux d'aisances. Des volets permettent de faire l'obscurité dans les dortoirs. L'installation de la buanderie est la même qu'à WexiO. Eclairage au pétrole. Fosses mobiles désinfectées au pbénol et au chlorure de chaux ; elles n'exhalent pas d'odeur. Chauffage des cellules à l'eau chaude; les tuyaux principaux courent sous le plancher, et assurent en même temps la ventilation, en vertu d'une disposition particulière ; ailleurs, on use de calorifères en faïence. Les tuyaux de réserve du chauffage à l'eau chaude rampent librement sur le plafond ; aussi, l'année dernière, un malade s'en servit pour se suicider. Depuis, on les a recouverts de tôle. Chaque quartier renferme vingt-sept cellules spacieuses, dont dix-sept jouissent de l'éclairage latéral par une ouverture étroite et élevée, les autres prenant le jour et l'air par une grande fenêtre latérale. Leur habitus n'offre pas de différence avec les descriptions déjà présentées. Six sont munies de doubles portes. Tout quartier cellulaire a deux promenoirs. Le D' Œdmann a inventé des cellules à air. Elles résultent du dressage vertical dans la cour du quartier, sur un sol en gazon, de quatre parois en bois, revêtues d'un enduit, fermées de partout excepté en haut ; l'ouverture supérieure totale permet le contact direct de l'atmosphère. — Les cuisines et la buanderie marchent à la vapeur ; elles la tirent d'une commune chaudière. Une source située derrière le bâtiment central offre son contenu à une machine élévatoire qui déverse l'eau, après l'avoir fait passer à travers un filtre, dans un réservoir situé à l'extrémité opposée, un peu plus élevée, du territoire de l'établissement; de là elle est distribuée à chacun des corps de logis. Un filtre à charbon la reçoit encore avant qu'elle ne serve aux usages. Ce filtre à charbon se compose du filtre anglais de C. Cheavin (Boston-Rapid Waterfilter) et d'un filtre suédois de Kuntze moins actif. Après la première filtration, aulieumêmedôla pompe àfeu, l'eau contient encore trois à quatre millionièmes de substances organiques. Après la seconde, elle n'en a plus que 0.7 à I. Il existe également un puits dont l'eau semble plus fraîche. Les baignoires, d'ordinaire au nombre de deux, par chambre de bains, sont en bois ; les pensionnaires de pre-

mière classe se servent seuls de baignoires en métal émaillé, dont on n'est guère satisfait.

Un médecin en chef, un médecin-adjoint, un interne qui réside dans le pavillon de la première classe: voilà Je personnel médical. On prend, comme dans les autres établissements suédois, les observations suivant le besoin. Les médicaments viennent de Lund. Les visites sont autorisées le mercredi seulement quand il ne tombe pas un jour de fête, de 10 heures à 4 heure. Ce jour-là des renseignements oraux sont transmis sur les malades. On n'a pas prévu les distractions, les divertissements des jours fériés, et il n'est même pas question des cadeaux de Noël ; on ne les fait pas entrer dans le traitement moral. Les moyens de contrainte sont peu employés — Un pasteur s'occupe de l'asile, mais il habite Lund; c'est là, d'ailleurs, qu'on enterre les morts. Un corps de logis spécial renferme la salle mortuaire et la salle d'autopsies; il contient des caves; c'est au nord de l'établissement qu'il est situé. Un gardien et une gardienne en chef sont à la tête d'infirmiers dont la proportion est de un pour dix malades, sans compter les nombreux gardiens particuliers pour lesquels on paie annuellement 460 couronnes (2î4 fr.), plus 60 œres par jour, comme entretien. — Le bilan du travail se liquide, en 1880, pour une moyenne de 450 aliénés, à 4,491 journées, dont 5,876 à l'actif des hommes et 6,035 au compte des femmes ; le domaine de la propriété, encore très nu, fournit un fonds de labeur inépuisable. L'asile possède trois chevaux ; il n'existe, en fait de bétail, que quelques vaches pour les fonctionnaires. Toutes les subsistances sont tirées de Lund.

Résumé du budget t Recettes 37.366 couronnes 81 œres (32,313 fr. 50). de 1880. \ Dépenses 134,724 » 43 » (188,614 fr. 20).

L'établissement n'est pas encore complètement occupé. Il n'y vit que 271 malades (167 hommes, 10^ femmes).

i Présents au début de l'année 195

Réceptions dans le courant 178

Améliorations 35

Non guéris 20

Morts 23

VI. Asile d*Hernôsând. — Nous avons déjà dit que M. Claus n'a pas visité cet asile, mais qu'il a enregistré les indications qui lui ont été fournies par le directeur actuel de Lund, M. CEdmann, autrefois médecin en chef de cet établissement.

L'asile d'Hernôsand, qui a plus de vingt ans d'existence, est

arrivé, par une multiplication croissante du nombre de ses lits, à contenir 414 hommes et 106 femmes de deuxième et troisième classe et deux pensionnaires de première classe pour chaque sexe. II est silué au nord-ouest de la Suède. La ville d'HernOsand, qui compte 5,000 habitants, est le lieu de résidence du sénéchal et de révoque ; elle est, par le bateau à vapeur, à vingt-quatre ou quarante-huit heures de Stockholm. Son asile occupe, sur les rives du golfe de Bothnie, un terrain assez escarpé dont la limite postérieure est constituée par des montagnes boisées d'une certaine élévation. Le bien-fonds |de la propriété comporte 13 hectares 24 ares ; il est enclos de murs assez hauts, si ce n'est du côté de la mer. Les bâtiments, généralement à un étage, forment par leur disposition d^ensemble un Y à sommet obtus. La construction du milieu, la principale, a sa façade tournée à l'ouest ; c'est dans le sous-sol qu'ont été reléguées la cuisine et ses dépendances, la pharmacie, la salle d'autopsie; au rez-de-chaussée existent le temple, des chambres de réception, l'habitation du gardien et de la gardienne en chef, ainsi qu'une série de chambres pour les malades demi-agités avec quatre chambres d'isolement ; à droite les femmes, à gauche les hommes. Au premier étage, les aliénés calmes ; ici aussi quatre chambres d'isolement. Dans les mansardes ont été installés des logements convenables pour quatre pensionn<iiîres de première classe. Dans l'angle obtus de la figure, deux ailes, partant du corps du logis principal, sont destinées : l'une, celle du nord, au quartier des femmes; l'autre, celle du sud, au quartier des hommes. C'est la constitution du sol, jointe à la nécessité'de dispenser largement l'air et la lumière, qui a imposé la configuration décrite ; c'est pour la même raison que le quartier des hommes a seul un sous-sol complet, tandis que, chez les femmes^ le roc a restreint l'aménagement de pièces en contre-bas : on n'y trouve que quelques pièces réservées aux besoins agricoles et un corridor, tandis que, chez les hommes, il y a en outre divers ateliers. Le rez-de-chaussée renferme les gâteux ; le premier étage, les agités. Cinq chambres d'isolement dans chaque section. Aux deux ailes latérales est annexé un quartier cellulaire circulaire, sans étages, divisé de chaque côté en treize cellules. Salles de jour et de travail partout séparées. Les corridors, qui occupent la partie interne des habitations, peuvent être utilisés comme réfectoires, grâce à l'existence de tables pliantes assujetties aux parois murales sur le côté des fenêtres. Un chemin de fer apporte, par le corridor de la cave, les aliments de la cuisine dans un wagon disposé spécialement à cet effet. On trouve encore des escaliers dérobés à paliersdépourvus de parapets. Eclairage au pétrole. Au-dessus de la porte des cellules et des chambres d'isolement, on a percé des œils-de-bœuf discoïdes, destinés à l'éclairage, munis d'un verre épais. Nulle part de fenêtres grillées; les croisillons sont

garnis de fer ; on les ferme à Taide d'un systôme à chevilles, mais Taération peut être fournie par des valves mobiles dont plusieurs sont munies. Volets dans tous les dortoirs. Toutes les salles dispensent 600 pieds cubiques d*air par tête, et même 800 pour les gâteux. — Dans les cellules, le squelette de la fenêtre est entièrement en fonte de fer, les carreaux ont une grandeur de six à huit pouces, et le battant ne peut être ouvert que de cinq pouces. Les malades disposent de 950 à 1,050 pieds cubiques d'air dans les cellules et les chambres d'isolement ; leurs fenêtres ne cammencent, dans les premières, qu'à neuf pieds du sol, et mesurent près de quatre pieds de large sur deux pieds de haut ; ce sont, dans les secondes, de grandes fenêtres latérales. Des doubles portes assurent Tisoleraent ; sur celle de l'intérieur, on a installé un guichet valvulaire pour l'observation. Chaque cellule a ses latrines et son poêle en faïence entouré de lames de fer quand l'agitation mérite Je nom de fureur (Storniceller). Le chauffage du poêle s'opère par le dehors, dans le quartier cellulaire seulement; il aide, mais insuffisamment, à la ventilation. — L'établissement puise son eau dans le lac Bond à l'aide de 7,000 pieds de tuyaux, en longueur. Ce lac (situé à 80 pieds au-dessus du niveau de l'asile) fournit un liquide pur, de bon goût, de quantité illimitée. Chaque quartier possède deux baignoires ; le quartier cellulaire n'en a qu'une; elles sont peintes à l'huile et entourées de bandes de fer. Chaque chambre de bains dispose d'un appareil à douches. Un cylindre en cuivre reçoit l'eau qui doit être chauffée, et sert en même temps de poêle. La buanderie occupe le voisinage de la mer. La cuisine est remarquable par l'installation de quatre grandes chaudières et de deux foyers à rôtir.

Le médecin en chef et le médecin-adjoint habitent avec l'intendant une construction sise à gauche de la construction principale. Un gardien et une gardienne en chef commandent à dix gardiens et à onze gardiennes; du moins il en était ainsi en 1880.

Résumé du budget à C Recettes , 34,528 couronnes 19 œrs (48,339 fr, 50.) la même époque ( Dépenses 37,879 couronnes I œrs (53,030 fir. 70.)

/ Population. 209. (106 hommes, 103 femmes).

Mouvement IP^r'V'-- 3» = *» »>. 12 f., soit 14 83 p. 100.

j. I. n»n..i.>:»» ) Guénsons.... 6,26.

êiTmô i Améliorations s;39.

f Non guéns 2,8'j'.

V Morts 9:7h. 2f 4,31.

(Allg. Zeitsch. f. Psych.y XL., 1 et 2.) P. Kébaval.

V. De la folie à double forme, circulaire^ alterne ; par le D' Mordret,

médecin en chef de Tasile d'aliénés de la Sarthe.

Ce travail, présenté àTAcadémie de médecine en 1880 a mérité un prix à son auteur. — 11 repose sur trente-cinq observations personnelles, bien détaillées, mais dont la lecture ne donne pas une idée de la folie alterne aussi nette que celle de l'ouvrage entier qui reproduit tout ce qui a été écrit sur cette question, surtout par Falret et Baillarger. — Les points de vue plus particuliers de l'auteur sont les suivants : dans cette forme de folie, le désordre des actes et des sentiments est plus grand que celui des idées; les hallucinations ^^énésiaques, surtout chez les femmes sont très fréquentes; il y a trois degrés dans cette maladie; le deuxième est signalé par l'invasion des hnllucinations et le troisième, c'est « le fonds de la manie et de la mélancolie sans leur relief. (Falret) ». L'auteur n'admet pas une forme paralytique de cette maladie, mais reconnaît qu'elle peut compliquer la paralysie générale (soixante-dix observations à l'appui). L'auteur en fait une vésanie spéciale ayant une place à part dans le cadre nosologique. A. propos de sa nature, M. Mordret fait remarquer que ni la tropho-névrose, d'après la théorie de Meyer, ni l'action paralysante des nerfs de Setschenow, d'après Erlenmeyer, ne suffisent pour expliquer le passage d'une phase à l'autre dans cette forme morbide, et préfère expliquer ses deux phases par la théorie de l'anémie et de l'hypérémie cérébrale. — C'est une maladie rare, puisque dans son service, M. Mordret n'en constate actuellement que treize cas sur quatre cent quatre-vingt-un malades. Charpentier.

VI. Étude sur le morphinisme chronique (thèse, 1883); par M. Danie

Jouet.

Description des accidents somatîques dus à l'intoxication mopphinique ; souffrances réelles et réclamations vives du malade dès les premières semaines, si on le soustrait à la morphine; cet état signalé par M. Charcotest le premier signe de l'imprégnation morphinique ; léger amaigrissement pendant les cinq ou six premiers

BIBLTOORAPHIR. 267

mois. — Troubles psychiques : torpeur intellectuelle générale, apathie, tendances à l'isolement, parfois poussées mentales avec accès de violence, déchéance morale invoquée souvent par des criminels voulant chercher l'irresponsabilité dans Tabus de la morphine. — Tremblements de la langue et des mains. Le tremblement des mains est distinct du tremblement sénile et du tremblement alcoolique ; les vibrations se font par poussées de cinq ou six oscillations de suite, et les intervalles entre chaque oscillation sont égaux ; chaque oscillation a une forme régulière et se compose d'une ligne ascendante et d'une ligne descendante formant un angle très aigu, sans plateaux (recherches faites dans le service de M. Charcot). Hyperesthésie générale fréquente; hyperexcitabilité des réflexes. — Troubles des sens ; vue : œil morne reprenant son éclat à chaque nouvelle injection ; diminution de la puissance d'accommodation, pupilles souvent rétractées, anémie permanente de la rétine (Parinaud), troubles de l'odorat et du goût (saveur acre et métallique); parfois hallucinations de la vue et de l'ouïe. — Troubles de la vie de nutntion : torpeur de la vie végétative, peau pâle, cyanosée ou terreuse ; stases veineuses ; petitesse et irrégularité du pouls (la morphine abaisse la pression et augmente les systoles cardiaques). — Boulimie fréquente, vomissements nombreux, selles rares, éruptions cutanées fréquentes et qui, d'après M. Charcot, ne seraient que des manifestations de diathèses anciennes réveillées par les injections chez des sujets cachectisés par le morphinisme.

Complications. Impuissance génitale après une période d'excitabilité génésique; aménorrhée fréquente, albuminurie, fièvre morphinique sous trois formes : intermittente, typhoïde, hectique.

Amorphinisme et morphiomanie psychique. L'amorphinisme comprend l'ensemble des symptômes douloureux éprouvés par le malade intoxiqué dès qu'il est soustrait à la morphine; c'est une morphiomanie somatique qui fait que l'organisme imprégné s'aperçoit et se révolte d'un retard dans l'administration du médicament; dans la morphiomanie psychique, il y a impulsion irrésistible pour la morphine, mais sans troubles réels si la morphine est supprimée.

Cette thèse cite des cas de mort brusque par injection de morphine chez des malades atteints d'affections vésicales ou cardiaques. (Obs. de M. Féré.)

M. Féré a également communiqué à l'auteur de la thèse une observation à* zmorphirdsme dans le cours d^une grossesse ; les troubles douloureux déterminés par la suspension de la morphine ressemblèrent à ceux d'un avortement. La grossesse fut cependant menée à bien ; mais l'enfant avait subi les conséquences de Tabslinence de la morphine : mouvements brusques et agitation

268 BIBLI00RÂPH1B.

continaelle avec cris, les soixante premières heures de la naissance. (Obs.de M. Féré, lue à la Société de biologie, octobre 4883).

Charpentier.

VII. Des paralysies du nerf sciatique poplité externe d'origine pel^ vienne ; (thèse de Paris, 1884.) par Dorion.

Les accouchements laborieux, les tumeurs ou les phlegmons développés dans la cavité pelvienne, peuvent déterminer du côté des membres inférieurs, des troubles moteurs d'une étendue très variable. Tantôt» il s*agit d*une paraplégie complète, tantôt la paralysie est unilatérale ou prédominante d'un côté; tantôt enfin, la paralysie est non seulement unilatérale mais partielle. Quelquefois, la paralysie partielle est limitée aux nerfs sciatique poplité interne et externe, respectant la portion crurale du sciatique. Le plus souvent elle est circonscrite au nerf sciatique poplité externe, mais non pas exclusivement, comme le pensait Lefebvre : il est rare, en effet, que le sciatique poplilé interne ne soit point touché dans une certaine mesure. M. Dorion aurait pu combattre plus victorieusement la théorie ingénieuse de Lefebvre, s'il avait pris la peine de se mettre au courant des études anatomiques relatives à cette question. Lefebvre en effet expliquait la localisation, qu il croyait exclusive, de la paralysie au sciatique poplité externe, par le fait que cette branche nerveuse serait la continuation du nerf lombo-sacré qui, grâce à sa position, peut être comprimé isolément dans le bassin. Or, il y a longtemps que nous avons démontré * que la disposition anatomique invoquée par Let'ebvre n'existe pas et que le lombo-sacré répartit ses filets à peu près en parties égales au sciatique poplité interne et au sciatique poplité externe. L'explication de M. Dorion fondée sur la bifurcation prématurée du sciatique, peut être combattue précisément par les arguments qu'il oppose à celle de M. Lefebvre, et on peut ajouter que la compression isolée de deux troncs au moins juxtaposés est encore plus difficile à comprendre que celle du lombo-sacré.

Ch.F.

VIII. Etudes cliniques de Neuropathologie ; par José Armanguk Y TusET. (Barcelone, Ramires. 1884.)

Ce volume est un recueil de plusieurs travaux déjà publiés par M. Armangué y Tuset soit en France, soit en Espagne. On y trouve un certain nombre d'observations sur des points différents de la

* Ch. Féré.— Note sur un point de tanatomie du nerf sciatique, {Buil, soc. anatomique, 1879, p. 110 et Progrès médical, 1879, p. 649.)

BIBLIOORAPHIB. 269

neuropathologie : Aphasie et Antonomasie, paralysie par compression, urticaire chronique^ spermatorrhée et impuissance par influence psychique f etc..

Nous reproduisons d'après l'auteur les conclusions de deux iné« moires plus importants sur la méningite granuleuse et sur la migraine ophthalmique.

La rougeole, malgré la bénignité apparente qu'elle affecte en Espagne provoque fréquemment Tapparition de lésions tuberculeuses ou scrofule uses et surtout de la méningite granuleuse et de la biépharite scrofuleuse.

La méningite granuleuse, suivant toute probabilité, n'est pas toujours tuberculeuse, quoiqu'elle le soit le plus souvent ; mais il semble qu'on pourrait admettre l'existence d'une méningite basilaire scrofuleuse qui ne parvient pas à la nature tuberculeuse.

La méningite granuleuse est curable, qu'elle soit ou non tuberculeuse ; les récidives sont fréquentes.

L'iodure de potassium est le meilleur médicament. La méningite tuberculeuse quand ses lésions sont surtout localisées en un point peutscrvir à l'étude des localisations cérébrales; notamment pour l'aphasie.

Quanta la migraine ophthalmique ^ voici les conclusions auxquelles arrive ladteur : Elle Cit connue depuis le siècle dernier et a été déjà bien décrile avant Galezowski; on n'a rien ajouté à ce qu'ont dit les auteurs qui l'ont décrite antérieurement. — Ce n'est pas une espèce morbide distincte, mais une variété de la migraine vulgaire.

Les preuves de cette identité sont : l'identité d'étiologie, de symptômes, de gravité, de traitement, de pathogénie, démarche, de durée, l'existence de variétés formant transition entre l'une et l'autre migraines, l'apparition d'attaques de Tune ou l'autre forme chez le môme individu; la transformation de l'une et l'autre formes par transmission héréditaire.

On. doit regarder comme migraines ophthalmîques beaucoup de scotomes scintillants et d'hémianopsies transitoires non suivies de céphalalgie. — Il y a beaucoup de formes de migraine, et toutes peuvent exister sans céphalalgie. La migraine a d'intimes relations avec beaucoup de névroses, surtout avec l'hystérie et l'épilepsie. La migraine est une névrose du grand sympathique produite presque toujours par hérédité, diathèse ou troubles digestifs ; elle exerce son action sur la circulation encéphalique au moyen des vaso-moteurs. La migraine peut produire des paralysies, des convulsions, de Tamnésie, la folie, la perte de connaissance, l'aphasie, l'anesthésie, la surdité, l'agueusie, l'anosmie, i'amblyopie, l'hémianopsie, des fourmillements, etc.. On devrait dans ces cas, au lieu de migraine ophthalmique dire migraine complexe avec perturbations visuelles. La migraine est sujette à des lois

:270 INDEX BlBLIOGRAPltlWK^

fixes ; ses iocalisalions cérébrales sont analogaM à celles des lésions organiques. P« M.

Des rémisnons dans Vataxie locomotrice; par M. Borderemt. (Thèse de Paris, 4884.)

Contribution à l'étude des phénomènes nerveux de la fièore <yphoidCy leurs rapports avec la température; par £. Riberolles. (Thèse de Paris, 1884.)

De la folie à la ménopause; par Guimbail. (Thèse de Paris, 4884.)

Etudes d'ophthalmoscopie dans la méningite ei dans les maladies cérébro-spinales ; pair H. Bouchut. (Thèse de Paris, 4884.)

Action hypnotique et sédative de la paraldéhyde dans les différentes formes d'aliénation mentales; par Nercjui. (Thèse de Paris, 4884.)

Quelques considérations sur le traitement du goitre exophthal-» miquepar l'iode et ses composés; par Galup. (Thèse de Paris, 1884.)

Contribution à Vétude du mécanisme de la mort par les courants électriques intenses; par Grange. (Thèse de Paris, 1884).

Des kystes hydatiques de la base du crâne; par Odile. (Thèse de Paris, 4884).

GoNCOOas DES ASILES d'auénés. — Uo concours s'ouvrira le 20 octobre prochain, à l'Assistance publique, pour une place de médecin- acy oint des services d'aliénés des hospices de Bicêtre et de la Salpêtrière.

Conditions du concours. — Ce concours sera ouvert le lundi 20 octobre 4884, à midi, à Tamphilhéâlre de l'administration de TÀssistance publique, avenue Victoria, 3. MM. les docteurs qui voudront concourir se feront inscrire au secrétariat général de l'administration de l'Assistance publique, de midi à trois heures, ety déposeront leurs titres. Le registre d'inscription des candidats sera ouvert le lundi 15 septembre et sera clos le mercredi 1"' octobre 4884, à trois heures.

Conditions et programme du concours, (Extrait de F arrêté préfectoral du 9 juillet 1880, approuvé par le Ministre de V intérieur. — Les candidats qui se présentent aux concours ouverts jpovLT les places de médecin-adjoint des quartiers d'aliénés dans les hospices de Bicétre et de la Salpêtrière doivent justifier de la qualité de Français et être âgés de 28 ans au moins. Ils doivent

justifier en outre : Soit de quatre années (fiuternai dans les

hôpitaux et hospices de Paris ou dans les asiles publics d'aliénés et d'une année de doctorat; soit encore de cinq années de doctorat. Les candidats doivent se présenter au secrétariat général de l'administration pour obtenir leur inscription en déposant leurs pièces et signer au registre ouvert à cet effet quinze jours au moins avant l'ouverture du concours. Les candidats absents jde Paris ou empêchés devront demander leur inscription par lettre chargée. Toute demande d'inscription faite après Tépoque fixée pour la clôture du registre ne peut être accueillie. Le jury du concours est formé dès que la liste des candidats a été close. Cinq jours après la clôture du registre d'inscription, chaque candidat peut se présenter au secrétariat général de l'administration pour connaître la composition du jury. Si des concurrents ont à proposer des récusations, ils forment immédiatement une demande motivée par écrit et cachetée qu'ils remettent au directeur de Tadministration. Si, cinq jours après le délai ci-dessus fixé, aucune demande n'a été déposée, le jury est définitivement constitué, et il ne peut plus être reçu de réclamations. Tout degré de parenté ou d'alliance entre un concurrent et l'un des membres du jury donne lieu à récusation d'office de la part de l'administration. Le jury du concours pour les places de médecin-adjoint du service de aliénés dans les hospices de Bicêtre et de la Salpêtrière se compose de huit membres, savoir : Quatre médecins tirés au sort parmi les médecins aliénistes des hôpitaux et hospices, en exercice ou honoraires, les médecins chefs de service des asiles publics d'aliénés du département de la Seine, en exercice ou honoraires, et le médecin du bureau d'admission de Sainte-Anne, après cinq ans d'exercice, et trois médecins tirés au sort parmi les médecins des hôpitaux en exercice ou honoraires.

Les épreuves du concours pour la place de médecin-adjoint du service des aliénés dans les hospices de Bicêtre et de la Salpêtrière sont réglées de la manière suivante : 1" une épreuve écrite sur Tanatomie et la physiologie du système nerveux pour laquelle il sera accordé trois heures; 2* une épreuve clinique commune sur un malade. — 11 sera accordé au candidat dix minutes pour l'examen du malade et vingt minutes pour développer oralement son opinion devant le jury, après cinq minutes de réflexion; 3» une épreuve clinique sur les maladies mentales : un seul malade. — Il sera accordé vingt minutes pour l'examen du malade; et vingt minutes pour la dissertation, après cinq minutes de réflexion ; 4® Une épreuve écrite comprenant une consultation après l'examen d'un aliéné, et un rapport sur un cas d'aliénation mentale. Il sera accordé au candidat quinze minutes pour l'examen de chacun des malades, et une heure et demie pour la rédaction du rapport et de la consul-

talion. La lecture de cette consultation et du rapport sera faite au début de la séance suivante ; 5* une épreuve clinique sur deux malades d'un service d'aliénés. — Le candidat aura quinze minutes pour Texamen de chacun des deux malades et trente minutes pourla dissertation orale, o près cinq minutes de réflexion. — Le maximum des points à attribuer pour chacune de ces épreuves est fixé ainsi qu'il suit : Pour la première épreuve écrite, 30 points. Pour l'épreuve clinique commune, 20 points. Pour répreuve clinique sur les maladies mentales, à un seul malade, 20 points. Pour la deuxième épreuve écrite, 30 points. Pour répreuve clinique sur deux malades, 30 points.

Un fou. — Le D' Cabrol, de Bourbonne-les- Bains, vient d'être victime d'une attaque, inattendue. Un cultivateur de Marlinville (Vosges), amenait au docteur son fils, âgé de vingt-huit ans, qui avait parfois des accès d'aliénation mentale. A peine élaient-ils entrés dans son cabinet que des cris retentirent. Le fils aîné du D' Cabrol accourut et vit sou père renversé par terre, la figure ensanglantée. M. Léon Cabrol dégagea son père, qu'il entraîna au dehors, et appela au secours. Un aide-major accourut à ces cris et tous deux, aidés du père du fou, réussirent à maintenir le forceoré, qui, à cheval sur la croisée, les rouait de coups de poing. Les infirmiers de l'hôpital militaire arrivèrent et mirent au fou furieux la camisole de force. H a été dirigé sur une maison de santé.

Bbrmbtt (A.-H.). — A statistical inquiry into the nature and treat^ mentof epilepsy. Bi-ochure in-8o de 47 pages. Loadon, 1884. H.-K. Lewis- 136, Gowel Street. W.-C.

BouRNEViLLE, BouTiER, BoNNAiBE, Leflaive et SÉ6LÂ8. — Recherches cliniques et thérapeutiques sur l'épilepsie, V hystérie et l'idiotie. Compte rendu du service de Bicétre pour Tannée 1883, ln-8'> dexxvm-151 pages, avec 2 planches et 8 figures. Prix fr. Pour les abonnés des Archives, fr.

Brianchi (LJ* — Sulla vertigine /aWn^ea. Brochure in-8o de 26 pages. Napoh, 1883. Tipografico deirUnione.

— Difetlo porencefalico in individuo emiplegico dalCinfanzia e con arresto di sviluppo degli arti del lato emiplegico. Brochure m-V* de 18 pages, avec 6 planches lithographiques. Napoli, 1884. Tipografico deir Unione.

— // reflesso tendines e specialemenie il fenomeno del ginocchio dal particulare punto di visla délia sua semioloaia e patologia nella paralisi progressiva degli alienati. Brochure in-8« ae 8 pages. Napoli. Manicomio provincia.

Castobani (R.^ — Memoria sulla cura delVectropio cicatriziale {anto^ àlefaroplaslig. Brochure in-8o de 32 pages, avec 36 planches. Extrait de la R. Ace, medico chirurgica di Napoli, Napoli, 1884. Tipografia F. Discops.

Le rédacteur^éranty Boubkbvu.lb.

Étreui, Ui. UsMtMi, tinp. .- 884.

Vol. VUf. Novembre 1884. N* 24.

CLIINIQUE NERVEUSE

MALADIE DE THOMSEiN ET PARALYSIE PSEUDO- HYPERTROPHIQUE;

Par le D' Romain YIGOUROUX.

L'augmentation de volume des muscles a été notée dans quelques-uns des cas de maladie de Thomson déjà publiés^, tandis que, dans quelques autres, il est nettement spécifié que cette augmentation n'existait pas. Nous venons d'observer un malade qui présentait à la fois, de la façon la plus évidente, les symptômes de la maladie de Thomsen et ceux de la paralysie pseudo-hypertrophique. 11 ne saurait être question, pour r instant, de déduire de ce fait la nécessité d'une relation entre ces deux affections ; mais il est utile de constater la possibilité de leur combinaison.

M. X..., âgé de dix-neuf ans, nous est adressé par M. le professeur Ch ARGOT. C'est un jeune homme de stature moyenne

1 V. BaUet et Marie, Arch, de Neurologie 1883; -r- Marie, Revue de mé' decine 1884.

Archives, t. VUL «8

dont Tapparence est plutôt un peu grêle. Tout d'abord, nous constatons chez lui les signes classiques de la paralysie pseudohypertrophique. Les membres inférieurs, à partir du bassin, ont un développement athlétique. Ils sont même d'un dessin très correct, et rappellent exactement ceux de certains danseurs. C'est dire que tous leurs muscles sont également atteints.

La palpation donne la sensation caractéristique de la pseudohypertrophie : il semble que les aponévroses d'enveloppe aient disparu et que les muscles forment avec le pannicule graisseux sous-cutané une masse homogène de consistance pâteuse. Au cou et aux membres supérieurs, on note l'aspect pseudo-hypertrophique des faisceaux claviculaires des trapèzes, des deltoïdes, et, à un moindre degré, des triceps et biceps. Tous ces muscles sont plus volumineux que ne le comporte le reste de la musculature du sujet, et présentent la consistante susdite. L'apparence des muscles des avantbras est n )rmale ; les muscles intrinsèques des mains (thénar, hypothénar, interosseux) sont manifestement hypertrophiques. Le développoment des muscles du tronc ne présente rien de particulier.

La force musculaire est très diminuée ; ainsi, la pression des mains est, au dynamomètre, de 15 kil., tandis que, pour un homme sain de cet âge et de cette stature, elle devrait être de plus de 50 kil. Lorsqu'on demande au malade de résister, autant qu'il le peut, aux mouvements qu'on fait exécuter à ses membres, on constate que sa résistance est très faible, malgré le spasme qui survient, ainsi que nous le verrons plus loin.

Le malade ne peut se relever tout d'un coup lorsqu'il s'est baissé pour ramasser un objet à terre. Il le fait en plusieurs temps, en finissant par prendre avec les mains un point d'appui sur ses cuisses.

L'examen électrique donne les résultats que l'on est habitué à rencontrer dans les cas de ce genre. L'excitabilité que l'on pourrait croire normale^ pour le courant faradique, est notablement diminuée pour le galvanique. On ne peut obtenir de contraction des muscles des membres qu'avec un courant de 110 à 120 dix-millièmes (Ampère). Pour le biceps brachial, il faut même aller jusqu'à 160. On remarque que pour produire ces courants assez énergiques, il suffit d'un nombre relativement petit d'éléments, lOà 12 Léclanché. La résis*

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tance électrique du malade est donc bien au-dessous de la moyenne, et cela explique pourquoi son excitabilité faradique ne semble pas différer davantage de la normale. Nous croyons suffisant de donner cette indication sommaire, sans reproduire les chiffres relatifs à chaque muscle ou nerf en particulier. Il n'y avait d'ailleurs pas d'altération qualitative de Texcitabilité.

L'examen électrique fait en outre découvrir quelques particularités qui se rattachent à Tautre affection, dont il nous reste à parler.

En effet, ce n'est pas de la faiblesse de ses muscles que le malade se plaint, car il peut rester plusieurs heures sttr pied, et fait d'assez longues promenades, mais bien, la raideur qu'il accompagne la plupart de ses mouvements. Voici ce qu'il rapporte à ce sujet : Lorsqu'après être resté quelque temps assis, il se lève pour marcher, ses jambes se raidissent, il doit attendre plusieurs secondes pour se mettre en marche et ses premiers pas sont lents. La même raideur se produit s'il est resté debout immobile. Ensuite les mouvements des jambes deviennent plus aisés. La même particularité a lieu pour les membres supérieurs. Si le malade étend vivement le bras pour saisir un objet, le bras reste raide et étendu, et la main se serre sur l'objet.

Ce spasme ne se produit pas seulement après une immobilité plus ou moins prolongée. Il accompagne aussi tous les mouvements volontaires qui doivent être exécutés rapidement ; et, dans ce cas, il tend à se généraliser. Par exemple, si, dans la rue, le malade veut hâter le pas pour éviter une voiture, ses jambes se raidissent, il ne peut avancer et rarement, dans ce cas, il réussit à conserver son équilibre. Le plus souvent il tombe, et alors il se sent envahi par une raideur générale qui ne lui permet de se relever qu'après un certain temps. Aussi n'est-ce qu'avec beaucoup de précautions qu'il s'aventure dans les rues de Paris (il habite la campagne).

Nous nous assurons de l'exactitude de cette allégation en demandant au malade de se mettre immédiatement à marcher^ Il se lève de sa chaise et reste immobile ; si on le poussait, dit-il, il tomberait. Les muscles des cuisses et des jambes sont durs et manifestement contractés. Nous lui disons de serrer notre main fortement, puis de la lâcher ; ses doigts ne s'ouvrent que lentement et difficilement, tandis que les bras et

Tavant-bras sont contractures. Le spasme dure quelques secondes.

Les muscles de la mâchoire et de la langue sont aussi affectés. Les premiers mouvements de la mastication et de Tarticulation de la parole sont arrêtés, mais pas toujours, par une raideur des parties qui se dissipe ensuite.

Le malade dit que cette gène des premiers mouvements volontaires est beaucoup plus prononcée lorsqu'il se sent observé.

Les réflexes tendineux sont très exagérés. Ij" excitabilité mécanique n'est pas augmentée, en ce sens que la percussion d*un muscle avec le marteau ne provoque pas sa contraction en masse ; mais, au niveau du point percuté, il se produit une dépression de la pe;iu, en forme de sillon étroit et profond, indiquant la contraction du faisceau musculaire sous-jacent. Cette dépression persiste pendant plusieurs secondes.

Les particularités de Texamen électrique dont la mention a été omise plus haut sont les suivantes : toute contraction provoquée par le courant, soit faradique, soit galvanique, devient tétanique et dure un peu plus que le courant. Cela s'observe aussi bien pour l'excitation directe que pour Tindirecte (c'està-dire que l'électrode excitatrice ait été placée sur le corps du muscle ou sur le nerf). En outre^ nous avons constaté chez ce malade le même fait que chez celui de MM. Ballet et Marie, à savoir la facilité plus grande de produire la contraction tonique avec l'anode qu'avec la cathode (des deux espèces de courant). Cela était surtout visible sur le vaste interne de la cuisse et le biceps brachial.

De l'état psychique il y a peu de chose à dire. Le jeune homme avait été mis au collège : ses allures spéciales lui rendaient assez difficile la vie en commuun, si bien qu'on dut le retirer. Mais il n'aurait pu, dit-il^ faire quand même de bonnes études à cause de son peu de mémoire ; sa conversation indique une intelligence et un jugement au moins ordinaires. Le sens génital parait, chez lui, fort éveillé et impérieux. La non satisfaction de ce besoin lui donne de l'irascibilité et un faciès vultueux.

Le début de la maladie ne peut être précisé ; il remonte en tout cas fort loin. Le malade ne se souvient pas d'avoir été autrement que maintenant et ses parents ont remarqué sa gaucherie dès sa première enfance. Il n'a pas eu d'autres ma> ladies. Nous avons interrogé son père qui est arthritique, sa

mère qui a été nerveuse^ son frère aîné qui jouit d*une bonne santé ; aucun n'a pu nous signaler dans la famille une affection analogue.

Dans le cas qui vient d'être rapporté, la maladie de Thomsen et la paralysie pseudo-hypertrophique coexistent, sans que l'une d'elles soit en rien modifiée par Tàutre. Chacune conserve ses caractères au point que nous avons pu la décrire séparément, comme s'il s'agissait de deux malades différents.

Parmi les symptômes que nous avons rattachés à la maladie de Thomsen, nous appellerons l'attention sur l'exagération des réflexes qui^ pourtant, n'a pas été signalée dans cette affection.

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