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DES ATTAQUES D'HYSTÉRIE A FORME D'ÉPILEPSIE PARTIELLE

(ÉTUDE d'une nouvelle VARIÉTÉ d'ÉTâT DE XAL ÉPILEPTIFORIIS) ' ;

Par le D' Gilbert BALLET, ex-cbef de clinique de la Faculté, et Gaston CRESPIN, interne des hôpitaux.

Nous croyons avoir établi, à l'aide des deux faits qui précèdent, d'une part, la réalité d'une variété particulière d'attaques d'hystérie, l'attaque à forme d'épilepsie partielle, constituée uniquement dans cer* tains cas par la phase épileptoïde avec convulsions unilatérales, sans grands mouvements, souvent même sans hallucinations ; d'autre part, la possibilité du dia-

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gnostic différentiel entre Tépilepsie partielle fausse et Tépilepsie partielle vraie en tenant compte de la présence de certains symptômes, de Tabsence de certains autres.

Il nous reste à compléter la démonstration en rapportant quelques autres faits analogues à celui de notre Observation I.

Au moment où nous observions Rosa G... dans le service de M. Legrand du'SauIIé, nous suivions, dans le service de M. Charcôt, une malade atteinte d'attaques convulsives, sur la nature desquelles notre maître n'avait pas cru pouvoir se prononcer sans réserves. S'agissait-il d'une simple hystérique ou d'une épileptique par lésion cérébrale? Le tableau symptomatique autorisait à la fois les deux hypothèses, sans qu'il fût permis de faire entre les deux un choix décisif. Le cas de Rosa Q... est venu fort opportunément résoudre la difficulté et démontrer que nous avions affaire a des accès d'hystérie. Voici le fait en question.

Observation III K — Ang... (Eudoxie), vingt-neuf ans, couturière (service de M. Gharcot, à la Salpétrière).

Antécbdbnts héréditaires. — Nous n'obtenons sur les antécédents héréditaires aucun renseignement positif qui mérite 4*ètr« signalé.

AliTÉCÉDENTS PERSONNELS ET HISTOIRE DE JJi MALADIE. — La

malade raconte que c'est à l'âgé de dix-neuf ans que les premiers accidents nerveux se sont manifestés. A la suite d'une frayeur occasionnée par une tentative de viol, Ang... fut prise d'une attaque de nerfs et cracha du sang. Les crachements de sang, qui semblent dus à des hémoptysies, se sont reproduits

1 Le résumé de cette observation a été communiqué par Tun de nous à Ift Société médico-psychologique dans la séance du 29 octobre 18S3.

à plusieurs reprises. La malade a eu aussi des épitaxis, et depuis un an et demi, plusieurs pertes utérines.

Les attaques de nerfs se sont renouvelées assez souvent depuis leur première apparition, notamment en janvier 1882, c'est-à-dire quelques jours avant l'entrée de la malade à Thôpital. Ang... ne nous fournit que des renseignements fort vagues sur les caractères de ses attaques. Ce que nous apprenons de plus précis, c*est que les accès sont annoncés par une' sensation de strangulation et qu'ils s'accompagnent de perte de connaissance.

Examen de la malade. — à) Phénomènes permanents. — Ang... présente lors de son arrivée à la Salpétrière des troubles marqués de la sensibilité générale et spéciale.

L Sensibilité générale. — Elle est profondément altérée dans tous ses modes et sur toute l'étendue du corps. La sensibilité au contact est simplement diminuée, celles à la douleur et à la température sont presque complètement abolies. — Le sens musculaire est affaibli, particulièrement au niveau des membres supérieurs. Ces troubles de la sensibilité générale sont là à l'état permanent, paraissant s'accentuer un peu à la su.He des périodes d'attaques dont nous allons parler; s'atténuer au contraire dans Tintervalle des crises, mais jamais nous n'avons constaté leur disparition et le retour à l'état normal. Ce qu'il y a aussi de remarquable dans la distribution de ces troubles, c'est leur généralisation à tout le corps, avec légère prédominance à gauche cependant.

IL La sensibilité spéciale n'est pas moins touchée que la sensibilité générale. La malade sent très mal les odeurs. -* là'ouîe est diminuée, surtout à gauche. A droite, Ang... perçoit le tic-tac d'une montre à la distance de trois centimètres; à gauche, elle perçoit à peine le bruit, même lorsque la montre est appliquée contre le pavillon de l'oreille. — Quant au goût^ Ang... ne perçoit pas les saveurs : elle n'apprécie le goût ni du sulfate de quinine ni de la coloquinte. Cependant sur le côté gauche de la langue, les saveurs sucrées sont en partie perçues. — Vue. Il existe de l'amblyopie à droite et à gauche, surtout à gauche, si bien que l'œil droit étant fermé, la malade ne distingue presque plus les objets. L'œil gauche est en outre achromatopsique. Mais le fait le plus saillant, c'est Texistence d'un double rétrécissement très accusé du champ visuel {Fig. 8, a et b).

III. Points douloureux. — Les seuls points douloureux sont les points ovariens, surtout à gauche.

o Si

Se

b) Attaques. — Depuis son entrée à la Salpêtrière, la malade a été prise d^attaques, à plusieurs reprises. Ces attaques reviennent par séries, et se reproduisent en grand nombre pendant

DBS ATTAQUES D HYSTERIE.

plusieurs jours. La première série d'attaques s*est montrée en mai 1882, une deuxième à la fin de novembre et au commencement de décembre de la même année ; en février, juillet et octobre 1883, trois nouvelles séries d'accès.

I. Description des attaques. — a) Aura. Les attaques se succédant d'ordinaire à intervalles très rapprochés, l'aura fait défaut, ou du moins la malade ne peut indiquer avec précision ce qu'elle ressent, car elle est plongée, comme nous allons le voir, dans un état subcomateux. Mais lorsqu'on surprend un accès isolé ou l'accès initial d'une série, on se convainc, à l'aide des renseignements fournis par Ang..., que la crise convulsive est annoncée par des phénomènes prémonitoires : il s'agit d'un sentiment d'étouffement, de strangulation assez vif, tel qu'on l'observe communément au début des attaques hystériques.

Fig, 9. — Attaque de Rosa 6... (Obs. I.)

b) Puis les phénomènes apparaissent et évoluent comme il suit : la malade perd connaissance, ou du moins cesse de donner tout signe de conscience, la tête s'incline vers l'épaule gauche, la commissure labiale du même côté est fortement convulsée ; les paupières sont abaissées et animées de petits battements, mais lorsqu'on les soulève, on constate que les deux yeux regardent en haut et à gauche. Il y a, en somme, rotation à gauche de la tête et des yeux avec spasme des muscles de la face, principalement et quelquefois exclusivement du côté gauche.

En même temps que la tète se place dans l'attitude que nous venons d'indiquer, les membres du côté gauche se tétanisent : le membre supérieur se raidit dans l'extension, le poing fermé et un peu soulevé au-dessus du plan du lit ; la jambe gauche est aussi dans l'extension et très raide. De ce côté, il y a simplement tétanisation ; pas de convulsion clo

nique, pas de contractions imprimant aux divers segments du membre des mouvements à grande amplitude^ comme ceux que nous allons voir se produire à droite. {Fig, 9).

Les convulsions des membres droits, bien que plus accusées que celles des membres gauches, débutent toujours après ces dernières : le bras droit se place dans Tabduction légère, la main dans la pronation forcée, avec flexion sur Tavant-bras, le pouce étant recouvert par les autres doigts ; Tavant-bras se

Flg. 10. — Observation de Rosa G... — Tracé comparatif de la contraction des muscles de l'avant-bras du côté droit et du côté gauche.

a, 6, Muscles de ravant-bras droit en tétanisme; — e, Convulsions cloniquesdes mêmes muscles ; — a * h\ Muscles de ravaht-br.ts gauche au repos ; — b*, Ces muscles entrent en contraction en h ', alors que ceux du côté droit sont déjà convulsés depuis un instant.

fléchit sur le bras et se porte sur la partie latérale et postérieure du tronc. Le membre inférieur est dans Textension forcée et en tétanisme. {Fig, 10.)

Après la période de convulsions toniques précédemment indiquées, se produisent quelquefois de petites secousses des muscles convulsés; ces secousses constituent comme Tébauche d'une période de convulsions cloniqucs.

L'attaque est alors terminée, la tête reste un peu inclinée vers le côté gauche, mais sans raideur ou se place dans la situation qu'elle occupe d'habitude chez une personne au lit. Mais la malade reste plongée dans un état quasi-comateux : les yeux sont fermés, on n'obtient pas de réponse lorsqu'on

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questionne Ang..., oa ses réponses se traduisent par quelques monosyllabes sans signification précise, ou des bouts de phrases sans suite. Quelquefois cependant, lorsqu'on la questionne vivement, Âng... répond : « J*ai mal à la tête ».

Dans Tattaque, telle que nous venons de la décrire, on ne constate aucun phénomène rappelant la période des grands mouvements^ ou la période hallucinatoire de Tattaque de grande hystérie.

Les accès se succèdent à courts intervalles, parfois même d'une façon continue, un nouvel accès débutant aussitôt que le précèdent est terminé.

II. Variétés de Tattaque. *— Dans la plupart de ces périodes de crises, les attaques ont revêtu les caractères que nous venons d'indiquer. Dans quelques-unes toutefois, il y a eu des variantes. En novembre 1882, par exemple, a eu lieu une série d'accès : quelques-uns de ces accès différaient sensiblement de ceux dont nous venons de parler; par rapport à ces derniers, on pouvait les considérer comme des accès incomplets ou avortés.

Voici la description desdits accès, d'après les notes que nous avons recueillies au lit de la malade : la tête s'incline vers la gauche, le côté gauche de la face est animé de petits mouvements convulsifs, le membre supérieur du même côté, puis la jambe, sont dans l'extension et raides. I^s membres du côté droit sont flasques ; ils ne présentent ni raideur, ni mouvements conviilsifs.

Plusieurs fois même nous avons assisté à des attaques plus incomplètes encore, en ce sens que tous les phénomènes se limitaient à la tête et la face, sans que les membres, pas plus à gauche qu'à droite, ne prissent part aux convulsions.

Exceptionnellement nous avons relevé l'apparition de symptômes qui font d'habitude partie de l'attaque de grande hystérie : c'est ainsi qu'à deux ou trois reprises, nous avons constaté des hallucinations visuelles : à la fin de l'accès convulsif, la malade se remue dans son lit, comme si elle avait peur : elle nous dit voir une perruche verte à tête rouge. Tout à coup elle s'écrie : « Tiens, la voilà qui s'est envolée ». Plusieurs fois aussi après les attaques, Ang... a éprouvé une sensation de vertige. « Je tombe », nous disait-elle, la tète me tourne. »

III. Effets de la compression ovarienne et des inhalations chloroformîques sur les attaques. — La compression ovarienne unilatérale ou bilatérale, pratiquée avec la main ou à l'aide de

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la ceinture conipressive, a toujours été impuissante soit à empêcher Tapparition des attaques, soit à les arrêter au cours de leur évolution. Nous devons dire cependant qu*une fois, une compression très énergique avec les mains a paru atténuer un peu les accès.

Nous avons cherché, à Tépoque d'une crise, à arrêter les accès au moyen des inhalations de chloroforme, dont Teffet est d'habitude infaillible contre les attaques de grande hystérie. Or, voici ce que nous avons constaté : le chloroforme amène la cessation momentanée des accès; mais ceux-ci reparaissent avec la même intensité un quart d'heure environ après la cessation des inhalations.

Le bromure de potassium administré à la dose de 8 à 10 grammes, pendant plusieurs jours, durant les crises, a paru sans effet.

IV. Température. — Quel qu'ait été durant les différentes crises la fréquence des attaques, dont le nombre a atteint plus de cent par jour, la température rectale n'a jamais dépassé 370,5.

V. État de la malade au sortir de la période de crise. — D'habitude, à la suite de ses crises, surtout lorsqu'elles ont compris un grand nombre d'accès et ont duré plusieurs jours, il existe une sorte d'état parésique du membre supérieur gauche. La malade éprouve quelque difficulté à mouvoir ce membre. En examinant les choses de près, nous sommes arrivé à cette conviction qu'il ne s'agissait pas là d'une paralysie vraie, telle que celle qu'on observe communément à la suite des attaques d'épilepsie partielle due à une lésion cérébrale. Si Ang... ne peut mouvoir son bras qu'avec difficulté, cela parait tenir à un état douloureux de l'articulation scapulo-humérale gauche, état douloureux qui dépend lui-même probablement des contractions forcées, souvent répétées, des muscles péri-articulaires. Nous avons été conduit à cette conviction par ce fait, que les mouvements communiqués sont pénibles et rendus presque impossibles par suite de la douleur qu'ils déterminent au niveau de la jointure.

Résumé de Vobservation. — a) Symptômes permanents : Anesthésie généralisée incomplète intéressant la sensibilité générale et la sensibilité spéciale, avec prédominance de l'anesthésie à gauche ; — b) Symptômes accidentels et intermittents : Accès convulsifs, les uns localisés aux muscles moteurs de la tête et de

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la face gaache^ d'autres étendus aux muscles moteurs des membres gauches, d'autres enfin généralisés ; mais avec début constant des phénomènes convulsifs par le côté gauche. — Absence de grands mouvements. — Hallucinations inconstantes, constatées à la suite de quelques-unes des attaques seulement. — Pas d'élévation de la température ; pas de paralysie consécutive aux accès, mais simplement de l'impotence fonctionnelle du membre supérieur gauche, se rattachant à un état douloureux de l'articulation de l'épaule du même côté.

Qu'Ang. . fût une hystérique, cela ne faisait pas question : elle présentait ou avait présenté un trop grand nonobre des symptômes afférents à la névrose (hémoptysies sans tuberculose, troubles de la sensibilité générale, points douloureux) pour qu'il y eut doute à cet égard. Mais pour hystérique qu'elle fût, elle pouvait être simultanément atteinte d'une lésion du cerveau, et de fait, ses attaques, comme on vient de le voir, rappelaient de fort près celles de l'épilepsie jacksonnienne, et non celles qui, jusque-là^ avaient été observées chez les hystériques. Aussi eût-on certainement penché pour l'épilepsie, si l'absence d'hyperthermie et de paralysie nette des membres convulsés à la suite des attaques, si l'existence d'un double rétrécissement concentrique du champ visuel, tel qu'on ne l'a jamais encore, à notre connaissance, rencontré dans les cas de tumeur cérébrale, n'avaient éveillé les doutes et provoqué les hésitations.

Le cas de Rosa G... vint jeter la lumière sur celui d'Ang... La seconde comme la première malade était atteinte d'attaques hystériques à forme d'épilepsie partielle.

Dans les deux observations d'hystérie qui précèdent, les convulsions, on l'a vu, se sont présentées avec l'as-

pect qui caractérise Tépilepsie partielle dite hémiplégique ou latéralisée^ c'est-à-dire que les spasmes intéressaient la face et les deux membres d'un côté du corps, se généralisant même ultérieurement au côté opposé. Mais il est des cas dans lesquels la fausse épilepsie partielle revêt la forme monoplégique ou circonscrite, les convulsions se limitant soit à un membre, soit à la face, ou envahissant à la fois la face et le membre supérieur sans intéresser le membre inférieur correspondant.

La première observation de cet ordre que nous ayions rencontrée est celle dune malade du service de M. Charcot.

Observation IV. — Fore... (Camille), dix-huit ans. Les renseignements que la malade nous fournit sur ses antécédents héréditaires ou personnels sont peu circonstanciés. La mère de Fore... a été atteinte de paralysie des membres (?) à la suite de couches. Son père est d'un caractère très violent. La malade a perdu plusieurs sœurs en bas âge; un de ses frères serait mort de méningite.

L'affection actuelle a débuté à Tâge de dix-sept ans. A cette époque, à la suite dune vive contrariété, F... eut une aUaque avec perte de connaissance. Cette attaque se seiait accompagnée de paralysie du bras gauche. — Les attaques se sont reproduites à plusieurs reprises. De plus, F... est de temps en temps affectée de toux hystérique. Elle dit qu'elle « fait alors comme un chien qui aboie ». Cette toux persiste parfois des journées entières. La malade entre à la Salpétrière, dans le service de M. Charcot, en janvier 1883.

Nous ne constatons pas chez elle les symptômes permanents habituels de l'hystérie. La sensibilité générale (au tact, à la douleur, à la température) est conservée des deux côtés du corps. Il n'y a pas de trouble marqué de la sensibilité spéciale. — Pas de zones douloureuses ou hystérogènes. Toutefois la malade se plaint d'éprouver entre les deux épaules un sentiment de fatigue. — Le système vaso-moteur est un peu affecté.

Il suffît, en efFet, d'exercer avec les doigts une faible pression pour déterminer de la rougeur cutanée.

Malgré l'absence des signes qui révèlent d'ordinaire l'état hystérique, il n'est pas douteux que cette malade soit affectée de la névrose. Les attaques, qu'à différentes reprises, elle a eu depuis son entrée à l'hôpital le démontrent suffisamment.

Nous n'avions jamais été témoins de ces attaques, mais nous pouvons néanmoins en tracer la description sommaire, d'après les renseignements précis qui nous ont été fournis par la surveillante du service et par les voisines de lit de Fore...

Ces attaques ne se ressemblent par toutes. 11 en existe deux variétés principales.Les premières, très nettement hystériques, se caractérisent comme il suit : Elles sont annoncées par des prodromes. Plusieurs heures avant sa crise la malade se sent agacée, devient très irritable. Puis se manifeste une sorte d'aura qui consiste tantôt en une douleur occupant le milieu du crâne et se propageant des deux côtés, avec sensation de battements au niveau des points douloureux, tantôt en une simple raideur du bras gauche. — A la suite de cette aura, la malade tremble, claque des dents, éprouve un sentiment de froid sur tout le corps, enfin elle perd connaissance. Alors elle gesticule et se tord dans son lit. Parfois elle pleure et crie, ou se met à rire. Puis elle est en proie à des hallucinations. Elle croit être en chemin de fer, voyager dans les Vosges. Elle veut aller chez sa mère, s'imagine être en voiture, fouette les chevaux ; ou bien elle aperçoit des araignées noires qui descendent du plafond. Elle prononce des mots inintelligibles. Ces attaques se terminent quelquefois en dix minutes; d'autres fois, elles se sont prolongées pendant plusieurs heures.

A diverses reprises. Fore... a eu des syncopes soit isolées, soit consécutives aux attaques précédemment décrites.

Mais, en dehors des phénomènes précédents la malade eu présente d'autres qui constituent l'intérêt de son cas, au point de vue auquel nous nous plaçons ici. Elle est prise, en effet, de temps en temps de spasmes convulsifs du membre supérieur gauche. Ces spasmes s'accusent de la façon suivante : le membre se raidit, Tavant-bras se fléchit sur le bras, puis se con> tourne derrière le tronc, en s'appliquant fortement contre la poitrine, au point de déterminer une douleur assez vive. Presque en même temps, la tète s'incline vers là droite, — Dans une seule matinée, on a vu le manège du membre supérieur

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gauche se reproduire six fois de suite. Puis le spasme coûvulsif a été remplacé par une sorte de tremblement.

D*ordinaire, les convulsions du bras ne s'accompagnent pas de perte de connaissance. Hais, dans quelques cas, elles sont suivies des attaques que nous avons décrites plus haut; avec délire et hallucinations.

Aucun doute ne saurait s'élever sur la nature hystérique du spasme du bras observé chez Fore..., L'absence de tout phénomène permanent du côté du membre (exagération des réflexes, parésie) à la suite des crises éloigne l'hypothèse de phénomènes épileptiques. Ajoutons que la réalité de l'hystérie chez cette jeune fille, est suffisamment démontrée par l'existence chez elle de la toux, des attaques de tremblement, des hallucinations qui se sont manifestées à différentes reprises, avec des caractères non équivoques.

Nous devons observer toutefois que, n'ayant pas eu la bonne fortune d'être témoins des accès de spasmes, et obligés de les décrire de seconde main, nous n'eussions ajouté que peu d'importance au cas de Fore..., s'il n'acquérait uu véritable intérêt du fait de son rapprochement avec les autres, notamment avec le suivant, que nous devons à l'obligeance de notre ami E. Brissaud, médecin des hôpitaux.

Observation V. (Communiquée par M. E, Brissaud, chef de clinique de la Faculté.) Epilepste Jacksonmenne de nature hystmque, — Guérison spontanée.

Marie G..., femme de ménage^ âgée de quarante-cinq ans, entrée à la Pitié, salle Laënnec^ n® 9, service de M. le professeur Jaccoud, le 26 novembre 1883.

Cette femme a toujours eu une santé excellente; elle est encore très bien réglée. Le jour même de son entrée à Thôpital, à peine a-t-elle répondu à deux ou trois questions, qu'elle est

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brusquement interrompue^ au milieu d'un mot, par une attaque convulsive. Les globes oculairessedirigenten haut et à gauche; puis la tête se tourne lentement du côté gauche en se renversant, les paupières palpitent un instant et tous les muscles de la face sont pris d'un spasme tonique accompagné de quelques petites secousses. La moitié gauche du visage est plus énergiquemeut contractée que la moitié droite. Les mâchoires sont serrées ; un peu d'écume salivaire coule entre les lèvres, la coloration de la face est pâle, mais non cyanique. Ce spasme tonique dure de cinq à six secondes ; puis le bras gauche se porte en avant et en dehors, l'avant-bras demi-fléchi et dans la pronation forcée, la main hermétiquement fermée. A peine le bras est-il entré en convulsion, que les muscles du visage sont pris de mouvements cloniques,qui, prédominant à gauche, tiraillent la commissure labiale gauche, l'aile du nez, tous les traits à gauche. En même temps le bras s'élève par saccades, cinq ou six fois, puis retombe flasque; la face reprend son aspect symétrique et la respiration devient stertoreuse.

Après une douzaine d'inspirations profondes, la malade pousse un soupir, ouvre les yeux et reprend la conversation ; elle commence par dire qu'elle a entendu ce qu'on disait pendant sa crise, qu'elle n'est pas épileptique, qu'elle voudrait bien parler, mais qu'elle ne le peut pas, etc. Cette crise a duré en tout vingt à trente secondes; elle n'est pas douloureuse; telle qu'elle vient d'avoir lieu, elle représente son maximum d'intensité. Jamais la jambe n'a été prise. Environ deux minutes après ce premier accès, un second se déclare, puis un troisième; après quoi la malade répond, sans être interrompue, aux questions qui lui sont adressées.

Il y a trois ans, elle était grosse de trois mois quand la première crise a éclaté, suivie de crises identiques qui se reproduisirent à intervalles variables pendant douze jours, La grossesse se termina bien ; l'enfant vint au monde bien constitué, et la mère se décida à le nourrir. Au huitième mois delà lactation, les crises réapparurent, toutes pareilles aux premières; mais cette fois elles durèrent trois semaines. Enfin, cette foisci, elles durent déjà depuis trois semaines.

Aucune circonstance particulière ne paraît les avoir provoquées. Elles surviennent la nuit comme le jour, et, la nuit, elles n'ont pour la malade d'autre inconvénient que de la réveiller. Depuis cette époque, elles reviennent environ toutes

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les cinq à huit minutes; elles sont plus rares la nuit; elles sont plus fréquentes quand on s'approche de la malade et qu'on l'interroge.

Jamais cette femme n'a eu d'ictus apoplectique ; jauiais elle n'a éprouvé d'affaiblissement dans les membres du côté gauche. Elle n'a pas d'anesthésie ; elle a seulement une exagération notable du réflexe tendineux avec tendance à la trépidation spinale. Elle dit n'avoir éprouvé aucune maladie; elle n'a eu, en tout cas jamais de rhumatismes articulaires, et son cœur est parfaitement normal quant à son rhy thme et quant à ses bruits. — Dans sa jeunesse elle était rêveuse, elle avait parfois de petites attaques de nerfs, mais qui ne ressemblaient en rien à celles d'aujourd'hui. Du reste, elle ne peut fournir de renseignements sur ce point ; elle ne se rappelle plus. Pas d'ovarie.

Dans la journée qui suit son entr^ ' à l'hôpital, elle a des crises à tout instant; les deux jours suivants le nombre en est moins considérable; toutefois on ne les compte pas.

Du 30 novembre, elle commence à les compter, en piquant chaque fois une carte avec une épingle. Le 1^^ décembre, 18 accès diurnes (les accès nocturnes ne sont pas marqués) ; le 2, 18; le 3, 12; le 4, U; le 5, 17; le 6, 16; le 7, 28. Ce jour-là, à la visite du soir une crise a lieu, qui parait moins violente que les précédentes. Le bras ne se soulève qu'à peine; les yeux ne restent convulsés en haut et à gauche que momentanément, et la malade peut diriger son regard tant bien que mal vers l'objet qu'on lui indique. La tète est enfin moins fortement renversée, et le cou est moins raide. Cependant les trois phases de tonus, de clonisme et de stertor persistent.

Le 8 décembre, au matin^ pendant la visite^ au moment où le professeur Jaccoud s'approche d'elle, la malade est prise d'un accès qui commence par cinq à six secousses de hoquet, suit son cours comme d'habitude, et, au lieu de se terminer par la respiration stertoreuse aboutit à un clonisnte diaphrugmatique, comme on n'en voit guère que dans l'hystérie. Sous l'influence des contractions du diaphragme, le ventre est ballotté de bas en haut, et l'on entend à distance le clapotement des liquides intestinaux. Puis la malade fond en larmes, gémit quelques instants, et est prise aussitôt après d'un fou rire.

A partir de ce jour, les accès diminuent de nombre et d'intensité; ils conservent cependant leurs premiers caractères, à

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part Tabsence du stertor terminal; si bien que la malade, circulant dans les salles et étant prise tout à coup de ses convulsions faciales, continue à marcher comme si elle n'avait qu'un tic unilatéral du visage. Le 19 décembre, elle quitte r hôpital, encore sujette à de petits accès très rares et tout au plus gênants.

Aucune médication n'a été entreprise. Il n'y avait à soupçonner ni la syphilis, ni l'alcoolisme, ni le saturnisme, ni une lésion corticale du cerveau, et encore moins l'épilepsie. — Le diagnostic d'hystérie à convulsions jaksonniennes avait été porté dès les premiers jours, et, pour contenter la malade, on lui avait simplement prescrit une potion gommeuse.

Ou voit que chez cette malade, comme chez la précédente, les phéuomènes couvulsifs ont été bieu limités. Eu effet, les accès de Marie C... sout caractérisés pas uu monospasme brachio-facial avec rotatiou de la tête et des yeux du côté convulsé. La malade ne perd nullement connaissance dans sa crise. C'est bien, dans la forme, de Tépilepsie partielle. Mais il n'y a là qu'une apparence, car les attaques éprouvées par Marie C... sont sans conteste des attaques d'hystérie. On les voit, en effet, se transformer à un moment donné, et aux phénomènes épileptiformes se surajoute un ensemble de manifestations dont la nature hystérique est indéniable. Qu'on remarque, en effet, ce passage de l'Observation : « La malade est prise d'une attaque qui commence par cinq ou six secousses, du hoquet, puis suit son cours comme d'habitude, mais au lieu de se terminer par la respiration stertoreuse, aboutit à un clonisme diaphragmatique, comme on n'en voit guère que dans l'hystôtie. Sous l'influence de la contraction du diaphragme, le ventre est ballotté et fait entendre à distance le clapotement des liquides intestinaux. Puis la malade fond en larmes, gémit quelques instants et est

â9t CLDCIQCB XSKYKCSE.

prise aussitôt après d*an fou rire. » N'est-ce pas là de l'hystérie au premier chef?

Ajoutons d'ailleurs que chez cette femme, pas plus que chez les autres, les couTulsioiis n'ont été suivies de phénomènes paralytiques.

Les faits qui précèdent démontrent surabondamment , croyons-nous , la réalité du type nouveau d'attaques hystériques sur lequel nous venons d'appeler l'attention.

Une dernière remarque. La reconnaissance de ce type n'aurait qu'un intérêt secondaire et purement nosographique, si les convulsions partielles tenaient, dans la symptomatologie de l'hystérie, la place qu'y occupent d'habitude, les convulsions à forme de grand mal, et si elles étaient d'ordinaire suivies, comme celui-ci, des autres phases de l'attaque, la phase des grands mouvements et des hallucinations. Mais ce qui leur donne un cachet en quelque sorte à part, et en même temps une importance de premier ordre au point de vue diagnostique, c'est que, dans bon nombre de cas, le plus souvent, si nous en jugeons par nos observations, elles constituent toute l'attaque. De là la nécessité d'en bien connaître la possibilité dans l'hystérie, et de rechercher lorsqu'on se trouvera eu face d'un accès d'épilepsie partielle ou, mieux encore, d'une série d'accès, les éléments symptomatiques accessoires (température et autres) qui seuls peuvent permettre de porter le diagnostic uosologique.

Arrivés au terme de ce travail^ nous résumerons en quelques propositions les enseignements qui nous semblent s'en dégager.

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