CAS DE MELANCOLIE ANXIEUSE
Sortie un peu améliorée au bout de cinq mois, elle rentra chez sa mère pendant deux mois. Là, le délire recommença avec une plus grande intensité : elle entendit alors des voix, deux voix d'hommes dans les deux oreilles, qui l'appelaient « la femme de VApocalypse ». Quand elle disait aux autres personnes d'écouter, elle n'entendait plus rien; elle courait à sa fenêtre et ne voyait personne. Ces hallucinations étaient aussi bien diurnes que nocturnes : la nuit, un coq criait : ti On va V arrêter, la misérable! » et elle n'osait plus se lever le matin ni sortir dans la rue, parce qu'elle avait vu la nuit toute la garnison de Paris qui venait l'arrêter.
A cette époque, elle refusa de cohabiter avec son mari, parce que Dieu lui avait révélé que c'était un crime. Une nouvelle tentative de suicide dans laquelle elle essaya de se couper les veines du pli du coude avec des ciseaux la fit réintégrer dans la maison. Là, son corps a changé de nouveau; c'était partout des nerfs qui se formaient dansTestomac, dans le ventre; elle sentait de l'électricité partout. D'ailleurs le délire depuis cette époque, malgré une nouvelle sortie de huit jours, parait n'avoir fait que s'accentuer dans le même sens. A. ce moment M™* A. M... essaya de se couper les veines du jarret pour laisser couler son sang qui était décomposé et le renouveler.
Janvier 1884. État actuel. Taille élevée, tête assez bien conformée ; les bosses frontale, pariétale et occipitale droites paraissent un peu peu plus saillantes que les gauches. La voAte palatine et le voile du palais sont réguliers et symétriques; les dents sont irrégulièrement plantées. Le visage est symétrique, le lobule de Toreille bien détaché. Pas de strabisme : pupilles égales et normalement dilatées.
Tout le corps est bien conformé ; les tibias sont légèrement incurvés en dedans, les genoux très gros, et la jambe très maigre, hors de proportion avec le reste du corps qui est partout le siège d'un embonpoint notable. Pas d'affaiblissement paralytique, pas de tremblement; parole bien articulée, pas de traces de scrofule ni de rachitisme. La sensibilité spéciale est conservée, mais il y a des troubles notables et variés de la sensibilité générale. Ce qui domine, c'est surtout de Tanesthésie irrégulièrement distribuée, mais aifectant principalement tout le côté gauche. M*« A. M... s'enfonce elle-même des épingles à cheveux dans la peau, sans éprouver de douleur. En outre, les sensations sont confuses : les deux pointes d'un compas assez écartées l'une de l'autre (7 à 8 centim.) ne donnent presque partout que la sensation d'une seule piqûre et encore est-elle souvent très peu nette. En revanche, certaines parties du corps, surtout le creux poplité, la face antérieure du bras droit sont le siège d'une hyperesthésie notable et, dan.^ ces régions, le moindre frôlement de la peau devient douloureux. En même temps, il existe des troubles vaso-moteurs et la plus
légère piqûre d'épingle s'entoure de suite d'une zone de rougeur diffuse. Pas d'illusions ni d'hallucinations des sens spéciaux. La peau est peu colorée, jaunâtre, sèche : les cheveux, qui ont blanchi depuis quelque temps, sont secs et cassants. Pas d'œdème des extrémités ni de coloration bleuâtre. La santé physique est bonne, les menstrues sont régulières, l'appélit conservé malgré un léger état saburral des voies digestives ; les urines rares et scdimenteuses ne contiennent ni sucre ni albumine. Seul le sommeil est très irrégulier. Le faciès est caractéristique : les traits un peu grippés, contractés, les sourcils froncés, le front ridé expriment l'anxiété et la souffrance, le regard fixe, souvent baissé vers la terre, la figure immobile et insensible indiquent une profonde concentration de la pensée. Les mouvements sont lents, la marche se fait à petits pas, les pieds se soulèvent à peine de terre, le moindre mouvement semble coûter une peine infinie; il faut incessamment exciter M»» A. M... pour la déterminer à se lever, à s'habiller, à marcher, à travailler un peu. Elle se lève fort tard, reste assise le plus souvent et dans les positions les plus bizarres. — Si elle sort de son inaction, ce n'est qu'avec peine, pour fort peu de temps, en versant des larmes abondantes, et en formulant d'une voix traînante des plaintes monotones sur la douleur que cela lui cause, des regrets sur ce qu'elle était autrefois, et des inquiétudes sur le sort qui lui est réservé. Les conceptions délirantes tournent toujours dans le môme cercle, sont absolument systématisées et la malade est tellement persuadée de leur réalité que rien ne peut ébranler sa conviction. On peut les rapporter à trois sortes d'idées, qui sont par ordre de prédominance : des idées hypochondriaques, des idées de damnation, des idées d'immortalité.
C'est ainsi que M"^« A. M... se plaint continuellement d'avoir le corps absolument changé; elle n'a plus de muscles, plus de sang, plus de veines. Elle a senti toutes ces modifications se faire successivement, et alors il ne lui restait plus que des nerfs qui ont pris partout un grand développement. Son palais est détruit, son estomac brûlé, sa langue acidulée, ses ongles durcis, ses dents aiguisées; les gencives, qui ont disparu peu à peu, ont été remplacées par des nerfs; ses pieds sont d'une conformation particulière, sa poitrine est toute en nerfs, tout son corps est dur comme du bois et la rigidité l'empêche de faire le moindre mouvement. Elle ne peut rester ni assise ni couchée, parce que tous ses nerfs lui font mal. Aussi, change-t-elle continuellement de position, inventant les modes de station les plus bizarres. Elle ne sort guère de ce cercle d'idées, répète toute la journée les mômes phrases, examine continuellement ses mains, ses bras et n'y trouve plus de veines; touche, pince sa peau dont la rigidité l'effraye ; demande toujours des médicaments et refuse de les prendre parce qu'elle sait qu'ils
CAS DB MÉLANCOLIE ANXIRUSB. Hf
sont inutiles, puisqu'eWc n*est pas en monde ou en chair de monde. Elle le sait bien, car, lorsqu'elle a voulu s'ouvrir les veines, elle n'a trouvé que des nerfs; si on la disséquait, on verrait bien qu'elle est d'une conformation tout à fait exceptionnelle.
Elle voudrait ôlre tout, excepté ce qu'elle est, et ce désir s'exprime souvent sous les formes les plus drôles. Il suffit d'un mot prononcé devant elle ou d'un objet qui frappe sa vue pour que M~« A. M... en forme l'objet de ses souhaits. C'est ainsi qu'elle voudrait être balayeuse des rues, laveuse de vaisselle, ou bien chat ou chien, ou encore idiote tout à fait pour ne pas se rendre compte de ses douleurs. En somme, elle voudrait aller dans la vie comme tout le monde.
Dans la sphère des sentiments affectifs, nous retrouvons encore ces préoccupations hypocbondriaques. M"« A. M... se plaint de n'avoir p/M5 de cœur, elle n'a jamais aimera mère, elle ne peut aimer son mari, ni son enfant qu'elle dit maudite, sans veines ni sangr comme elle.
Cependant toutes ces souffrances actuelles ne sont rien en comparaison de tous lessuppliccb qui lui sont réservés. On l'écartèlera, on la martyrisera de toutes les façons, et cela pendant toute l'éternité ; car Dieu l'a maudite, parce qu'e//e a fait le péché de la chair. Elle est la femme apocalypse^ la cause des malheurs du monde. Si, par hasard, elle apprend la maladie ou la mort d'une personne, elle s'accuse d'en être l'auteur, verse des larmes abondantes et son anxiété augmente encore à ce moment. > Elle est le diable qui, sous la forme du serpent, a tenté Eve; Satan s'est incarné en elle; elle porte sur le front la marque de sa damnation. C'est elle que Dieu a punie en châtiant l'ange rebelle et qu'il a condamnée, comme le bouc émissaire, à expier ainsi jusqu'à la fin des siècles sa faute et les crimes du genre humain.
Cette idée d'immortalité s'est développée sous l'influence des révélations que Dieu lui a faites et par suite de l'inutilité des tentatives de suicide et de sa constitution particulière. Elle a existé de tout temps, puisque c'est elle qui, sous la forme du serpent tentateur, a été la cause de la chute de nos premiers parents. Elle ne mourra pas, car elle n'est pas en chair de monde; d'ailleurs, Satan est immortel. Cette idée augmente encore sa tristesse et son anxiété.
Elle se lamente sans cesse de ne pas voir la fin de ses supplices, elle voudrait pouvoir mourir comme tout le monde. Elle demande souvent de connaître un poison assez violent pour la tuer et si elle ne présente plus actuellement des idées de suicide, c'est parce qu'elle est bien convaincue de l'inutilité de ses tentatives.
Notons, pour terminer, que les idées hypocbondriaques, de non-existence ou de destruction de divers organes sont accompagnées d'idées analogues se rapportant aux choses métaphy-
siques. Elle n'a pas d'âme, la religion n'existe pas^ les prêtres ne sont pas des prêtres; si Dieu existe, il ne jouit pas des attributs qu'on lui prête. Il n'est ni bon, puisqu'il Ta châtiée sans qu'elle Fait mérité et sans Tavoir prévenue qu'elle péchait; ni miséricordieux, puisqu'il l'a condamnée à souffrir jusqu'à la fin des siècles; ni puissant, puisqu'elle ne peut guérir.
A quelle forme d'aliénation mentale doit-on rattacher cette observation? Il nous semble qu'on ne peut guère hésiter qu'entre deux formes, le délire chronique et la mélancolie anxieuse, et encore l'hésitation n'est guère possible. En effet, bien que nous constations chez M"^* A. M... des idées hypochondriaques, des idées de persécution, des idées de grandeur, ni la marche du délire, ni la nature des idées délirantes, ni les réactions qu'elles déterminent chez elle ne sont celles que Ton observe chez les délirants chroniques.
La maladie débute ici par un accès de mélancolie avec dépression suivi de guérison et ce n'est qu'une dizaine d'années plus tard qu'apparurent les idées de damnation. Prises en ellesmêmes, ces idées de diffèrent pas beaucoup de celles que l'on peut observer chez certains persécutés démonopathes , mais nous ferons remarquer qu'elles s'accompagnent ici d'hallucinations de la vue très intenses, rares chez les délirants chroniques, et qu'elles sont primitives dans l'évolution du délire. Ce n'est qu'un peu plus tard que sont apparues les idées hypochondriaques comme conséquence logique d'ailleurs des idées de damnation. Les souffrances qu'endure M™* A. M..., la destruction de ses organes ne sont pour elle qu'un des mille supplices que souffrent les damnés et que l'expiation de ses fautes.
Gela ne se passe pas ainsi chez les persécutés ordinaires : c'est alors, après une période plus ou moins longue de préparation, les idées hypochondriaques qui apparaissent les premières et ce n'est que plus tard, cherchant la cause de ses souffrances, que le malade finit par les attribuer à toutes sortes de persécutions dirigées contre sa personne.
Quant à l'idée d'immortalité qui, au moins lorsqu'on la considère d'une façon abstraite, est une idée de grandeur, elle est contemporaine, dans le cas actuel, des idées de damnation, c'est-à-dire presque primitive; tandis que, chez un délirant chronique, elle marque une période très avancée du délire, n'apparaît qu'après de longues années et souvent même le
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malade meurt ou tombe en démence avant que ses idées, délirantes en soient arrivées à cette période de leur évolution.
D'un autre côté, si l'on considère en elles-mêmes, sans s'inquiéter de leur mode d'apparition, les différentes idées délirantes que présente notre malade, on voit qu'elles ont aussi des caractères particuliers qui les distinguent de celles que Ton observe chez les aliénés atteints de délire chronique. Gomme le fait justement remarquer M. Cotard, chez les persécutés les différents organes sont attaqués de mille manières, par décharges électriques, influences magnétiques, magiques, action des francs-maçons... Mais, ils résistent toujours à ces attaques, semblent renaître au contraire plus vivaces, et toutes les influences nuisibles auxquelles ils sont en butte ne peuvent ni les transformer, ni les détruire. Chez les malades dont nous nous occupons^ au contraire, la transformation ou la destruction est un fait accompli, et M** A. M... ne fait que répéter qu'elle n'a plus de veines, de muscles, de sang. Tout son corps est changé en nerfs, elle n est plus en chair de monde. Cette forme particulière de délire hypochondriaque se rapproche beaucoup, au contraire, de celle que M. Baillarger a signalée chez les paralytiques généraux qui s'imaginent que leurs organes sont changés, détruits ou complètement obstrués, qui prétendent n'avoir plus de bouche, d'estomac, avoir le larynx bouché, le ventre obstrué... Mais, chez ces derniers malades , l'absurdité de ce délire, qui se contredit d'un moment à l'autre, suffit pour porter un diagnostic que viennent confirmer les symptômes propres à la paralysie générale.
Les idées de damnation, comme nous l'avons dit plus haut, ne présentent guère ici rien de particulier, si ce n'est qu'elles s'accompagnent de doutes ou de négations métaphysiques analogues aux idées hypochondriaques et qui, chez notre malade au moins, semblent en être une conséquence logique. Quant à l'idée d'immortalité, il semble assez difficile au premier abord, surtout lorsqu'elle est comme ici logiquement déduite, de la distinguer des idées du même genre que l'on trouve chez les persécutés mégalomanes. Et cependant quelle différence! ces derniers en effet, une fois arrivés à cette période de leur délire, se consolent facilement des souffrances qu'ils ont endurées ou endurent encore en envisageant In haute position ou les avantages qui les leur occasionnent :
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convaincus de leurs brillantes destinées ou de leurs qualités exceptionnelles, ils en arrivent à regarder de haut le genre humain et se considèrent avec orgueil comme étant d'une essence particulière. Sans crainte d'être paradoxal, nous pouvons dire que, chez M"® A. M... et les malades qui lui ressemblent, celte idée dimmortalité est une conception délirante de nature triste; et nous n'en voulons pour preuve que l'angoisse qu'elle détermine chez l'aliénée qui en gémit sans cesse, se désole de souffrir toute l'éternité, demande instamment un poison qui la délivre, et réclame à grands cris la mort, qui chez les autres créatures au moins , marque un terme aux souffrances et peut permettre quelques efforts de résignation.
Les réactions que le délire provoque chez ces malades ont aussi des caractères distincts. Après une période plus ou moins longue; le persécuté qui commence à se reconnaître dans le chaos de ses idées délirantes, s'agite, remue, discute sans cesse avec ses ennemis imaginaires que ses hallucinations mettent en rapport avec lui. Il cherche à les fuir ou essaye de se porter sur eux à de justes représailles, les accusant d'être la cause de tous ses malheurs par leur influence nuisible; déposant sans cesse des plaintes contre eux et appelant la justice à son aide. Si d'abord il essaye quelquefois de se suicider pour échapper à ses ennemis, il ne tarde pas à réfléchir que la vengeance vaut mieux que la mort et il en arrive souvent à l'homicide. Telle n'est pas la conduite de notre malade. Au lieu d'une activité quelquefois extrême, nous trouvons une indolence, une apathie invincibles; au lieu de discussions, ce ne sont que des plaintes monotones sur son malheureux sort, sur les souffrances qu'elle endure ; au lieu d'accusations contre les autres^ elle s'accuse elle-même d'être la cause des misères du monde. Elle fait des tentatives de suicide répétées et si elle a eu des impulsions à l'homicide, ce n'est pas par esprit de vengeance ou pour attirer sur elle l'attention de la justice, mais pour éviter à son enfant, qu'elle croit maudite comme elle, toutes les souffrances qu'elle endure. D'un autre côté, notons en passant que ces impulsions ne sont pas paroxystiques et ne s'accompagnent pas des phénomènes ordinaires qu'elles présentent chez les héréditaires dégénérés, dont le délire d'ailleurs, n'a pas la même coordination, la même marche continue et progressive, la
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même ténacité provoquant une conviction inébranlable. Du reste, les antécédents physiques, intellectuels et moraux de notre malade empêchent absolument de la classer dans ce groupe particulier et d*en faire autre chose qu'une prédisposée.
Si notre malade s'éloigne beaucoup des délirants chroniques, elle se rapproche d*un autre côté d*une façon sensible des mélancoliques anxieux ordinaires. D*abord, disons qu'elle a eu déjà des accès de mélancolie, et qu'à moins d'admettre une transformation complète de la nature de la maladie, fait très rare (au moins chez une malade simplement prédisposée), on ne peut qu'en faire une variété de mélancolie. Et, en effet, comme dans la mélancolie anxieuse commune, M"' A. M... est dans un état d'angoisse intense, de souffrance qu'exprime assez la contraction des traits de la physionomie ; elle gémit sans cesse, répétant continuellement les mêmes plaintes, exprime son anxiété par des soupirs, des pleurs, des expressions de regret, de désespoir, réclame du secours ; elle reste apathique, et indolente, indifférente à tout, occupée seulement de son triste état. Et tous ces symptômes durent depuis le premier jour de la maladie. Si l'on voit par hasard, chez certains persécutés, survenir un état d'anxiété pareil, cela n'est que passager et le délire ne tarde pas à reprendre sa forme caractéristique.
Les signes physiques sont aussi ceux que l'on observe chez les mélancoliques ordinaires, peut-être un peu atténués, mais quoi d'étonnant à cela en considérant la longue durée de la maladie ?
D'un autre côté, les troubles de la sensibilité spéciale et générale, relatés dans l'observation ci-dessus, sont bien tels qu'on les observe dans la mélancolie anxieuse. Ici, peu d'hallucinalions de Touïe, mais des hallucinations très intenses de la vue, des illusions du goût, de l'odorat, des troubles très graves de la sensibilité générale donnant lieu à autant de sensations fausses ou faussement interprétées. De toutes les formes de vésanie, c'est certainement la mélancolie qui présente le plus souvent ces sortes de troubles de la sensibilité; et si, chez certains persécutés on trouve quelquefois de Tanesthésie ou de Thyperesthésie, ces phénomènes n'offrent jamais, au moins toute la durée de la maladie, le caractère de prédominance que nous leur voyons dans le cas actuel. Ici, au contraire, ce sont
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eux qui dirigent la scène et donnent lieu aux conceptions hypochondriaques qui, à leur tour, entretiennent Tétat mélancolique.
Cette prédominance des troubles sensoriels commence donc déjà à distinguer cette forme particulière de la mélancolie anxieuse, distinction que la nature des idées délirantes ne fait que rendre évidente.
Ce qui domine chez les anxieux ordinaires ce sont les idées de perte, de ruine, de déshonneur^ de culpabilité. S'il y a des idées hypochondriaques, elles s'expriment par des plaintes ou des préoccupations exagérées sur Tétat de la santé, sur des sensations maladives de toute nature auxquelles s'associent souvent des idées d'empoisonnement. Les malades alors sentent leur tête vide ou brûlante, leur bouche collée, ils se plaignent de Tétat de leur estomac, de leurs intestins ; quelquefois, ils gémissent de ne plus prendre goût à rien, ils craignent de ne guérir jamais. Mais on ne trouve pas chez eux ces idées hypochondriaques de non existence ou de destruction analogues à celles des paralytiques généraux que nous avons signalées chez notre malade et que M. Gotard a aussi observées chez les siens qui sont avant tout, comme il le dit, des négateurs.
Qui nous porte maintenant à considérer cette maladie comme une forme particulière de mélancolie anxieuse ; et quel intérêt a-t-on à la séparer ? Les auteurs ont bien signalé chez certains mélancoliques les symptômes que nous indiquons. Marcé indique à une certaine période de la mélancolie Tapparition d'idées hypochondriaques d'un pronostic grave. M. Foville parle de la possibilité d'idées exclusivement religieuses et mystiques qui conduisent facilement les mélancoliques aux craintes de possession démoniaque. Mais nous ne voyons pas qu'on ait nettement distingué ces cas particuliers. Il nous semble cependant que l'on peut faire de ces cas une forme spéciale dans le grand cadre de la mélancolie. D'abord, à cause de la réunion des symptômes suivants : prédominance excessive des troubles de la sensibilité générale, différentes idées spéciales énoncées ci-dessus; puis, à cause de la marche différente de la maladie et de son mode de début chez des aliénés ayant déjà eu des accès mélancoliques antérieurs guéris ou en proie à des troubles mélancoliques. Si quelquefois le début est brusque, comme chez certains malades de M. Gotard, qui présentent de suite et dès leur premier a<*cès les symptômes spéciaux que nous avons
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décrits, d^autres fois aussi ces symptômes se présentent comme chez notre malade, non seulement à un deuxième accès» mais encore, dans le cours de cet accès lui-même, après une certaine période de délire mélancolique ordinaire. Cet état spécial serait alors une sorte d'aggravation de la maladie.
Quoiqu'il en soit^ une fois ra&ection constituée, elle suit une marche distincte.
La mélancolie anxieuse est une vésanie d*accès ou intermittente, tandis que dans ces cas particuliers, lorsqu'apparaissent les signes sur lesquels nous avons insisté, il n'y a plus d'intermittences, les rémittences même sont rares ; le délire se stéréotype et dure ainsi identique avec lui-même.
On comprend dès lors l'importance de notre distinction au point de vue du pronostic. La longue durée presque certaine de la maladie quand apparaissent les idées hypochondriaques et de damnation, la systématisation du délire indiquée par le vocabulaire spécial du malade^ la prédominance que les troubles délirants prennent alors sur les troubles mélancoliques, la fréquence des tentatives de suicide, tout cela assombrit le pronostic et fait de la maladie actuelle une maladie incurable.
En résumé les points principaux à signaler dans cette observation sont les mêmes que ceux mis en relief par M. Gotard dans son mémoire : nous les rappellerons ici :
V Anxiété mélancolique ; — 2* Idées de damnation ou de possession ; — 3» Propension au suicide et aux mutilations volontaires ; — 4« Analgésie ; — 5" Idées hypochondriaques spéciales ; — 6» Idées d*immortalité.
Nous avons exposé longuement les raisons qui nous ont empêché de faire de notre malade une délirante chronique. Malgré ses idées de damnation, nous n'avons pas songé à en faire une hystérique eu égard à l'absence chez elle des symptômes physiques, intellectuels et moraux caractéristiques de cette névrose. D'ailleurs les démoniaques hystériques sont rares à l'état isolé, surtout dans notre société actuelle et dans le milieu auquel appartient notre malade. Doit-on faire de cette sorte de maladie une nouvelle forme de folie religieuse se développant dans la mélancolie anxieuse comme se le demande M. Gotard ? Nous ne le pensons pas : le même auteur nous parait avoir tiré des conclusions bien plus conformes à la réalité des faits dans son étude sur ce qu'il appelle le délire des
négations, sorte de période secondaire de certains états mélancoliques analogues à celui de notre malade.
Pour nous, sans chercher à créer une espèce pathologique distincte, nous rangeons le cas que nous venons de rapporter et les autres semblables dans la forme dont ils se rapprochent le plus par Tensemble des symptômes observés; et c'est pour cela que nous croyons devoir faire de M"** A. M... une mélancolique anxieuse. Nous avons affaire alors à une forme particulière, grave de mélancolie anxieuse qui demande à être étudiée pour ne pas être confondue avec des cas qui s'en rapprochent, mais qu'une observation attentive, unie à la connaissance des symptômes et de révolution de la maladie, fera vite distinguer.
RKVUE GUITIQUE
JUMPING, LATAH, MYRIACHIT; Par G. GILLES DE LA TOURETTE.
En 1881, nous rapportions, d'après le D'Beard*, une série de faits particuliers observés aux Etats-Unis, dans la province du Maine, chez des individus sains ou tout au moins paraissant l'être, faits qui avaient pour caractéristique Vexcitabilité extrême du patient, qui, à la moindre excitation, faisait un saut [jumping) désordonné, répétait à haute voix l'ordre qu'on lui avait donné et l'exécutait irrésistiblement.
Un ou deux exemples seront plus démonstratifs que toutes les descriptions :
« Pendant qu'un sauteur^ dit le D^ Beard, était assis sur une chaise et coupait son tabac, je m'approchai de lui, et, le
» Voir les Archives de Neurologie^ 1881, n« V, p. 146-150.
JUMPING, LATAH, MTRIACHIT. 69
frappant subitement sur l*épaule, je lui dis : Jette-le. Aussitôt il lança son couteau qui alla se planter dans une porte vis-àvis et en même temps, répéta mon ordre : Jette-le^ avec une expression particulière de terreur et d*alarme. »
<( Deux sauteurs étaient-ils ensemble : Frappez - vous, commandait-on, et en même temps ils se portaient des coups fort violents. Lorsque le commandement était fait d'une voix brève et claire, le sauteur répétait de suite Tordre et Texécutait en même temps.
« Frappe », « frappe », disait-il, et il frappait; « Jette », « jette », répétait-il, et il jetait tout ce quHl avait à la main. Peu importait la langue employée : il répétait aussi bien du grec que du latin, pourvu que Tordre fût donné bref et sec et en quelques mots. U y avait là un véritable réflexe. »
Disons encore que le yum/^m^ semblait héréditaire. Dans la famille sur laquelle le D' Beard expérimentait, il y avait cinq sauteurs^ le père, le fils et deux petits-fils âgés de quatre et sept ans. Dans une autre, trois frères étaient atteints.
Aujourd'hui, nous possédons la relation * d'un état analogue qui existe non plus en Amérique, mais en Asie, en Malaisie. Le narrateur n'est plus un médecin, c'est un curieux, M. O'Brien, qui, néanmoins, a bien vu et rapporté les faits qu'il a observés, en s'abstenant de commentaires, h^ jumping américain est devenu, dans le langage malais, le latah qui, dans la circonstance, désigne tout à la fois Tindividu et l'état spécial de Tindividu qui en est affecté.
Cet état est fréquent parmi les Malais et les habitants des détroits : cependant, il n'est pas spécial à ces peuplades, car l'auteur a pu en observer plusieurs cas chez les Tamils, les Bengalais, les Sikhs et chez un Nubien de pure race.
L'acceptation malaise du mot latah est très large d'ailleurs : a elle englobe toutes les personnes d'une organisation nerveuse particulière, depuis ceux qui, par leur constitution mentale, paraissent absolument subordonnés à la volonté d' autrui, jusqu'aux personnes qui sont d'une nature plus ou moins excitable. »
Les Malais, qui sont d'un extérieur impassible, paraissent
1 Jowmal of the Straits branch ofthe royal asiatic Society. Singapore, juin 1883. Nous devons cette communication à Tobligeance de M. de Quatrefages.
70 RBVUB CRITIQUE.
cependant d'une susceptibilité extraordinaire, qui déteint sur les actes de leur vie journalière. « C'est, dit M. O'Brien, cette intense sensibilité nerveuse, qui, selon moi, est la base des phénomènes que je vais décrire.
« Classe A. — Dans cette classe, je placerai ceux qui sont affectés d'une façon extrême par un bruit violent et inattendu ou par la vue de quelque chose d'alarmant. Cette particularité peut être observée dans toutes les races, mais, chez le latah malais, il y a deux caractéristiques que l'on ne retrouve pas ailleurs.
<i D'abord, il est sous le coup d'une impulsion irrésistible qui le porte à s'élancer de suite sur l'objet le plus proche, animé ou inanimé : puis, à ce moment, il pousse une exclamation involontaire qui est toujours obscène \ ce. dernier phénomène se produisant dans l'un et l'autre sexe.
c Classe B. — Dans cette classe, je placerai les individus sîhcz lesquelles phénomènes nerveux se produisent en dehors de toute excitation apparente ou plausible.
« Un exemple, pris entre plusieurs, fera mieux comprendre : remontant un jour un fleuve en compagnie de bateliers, je prononçai le mot a/%aror (^t^aj/a); aussitôt un des hommes qui m'accompagnaient se mit à donner les signes de la frayeur la plus exagérée, cherchant avec anxiété des moyens de défense. Ses compagnons, auprès desquels je m'informai des causes de cette soudaine terreur, me dirent que cet homme était un latah^ mot qui, pour eux, expliquait tout. Quelques temps après, je tuais moi-même un alligator d'un coup de fusil. Ce même homme se précipita aussitôt sur lui, lui ouvrit la mâchoire avec un pieu sans donner aucun signe de frayeur, alors que ses compagnons se tenaient à une distance respectueuse de l'animal, qui peut-être n'était pas encore mort.
« Le mot tigre provoquait les mêmes phénomènes chez un médecin malais, qui était un des rares individus que j'ai connus osant seul, la nuit, s'aventurer dans les jungles.
« Classe C — Cette classe comprend les individus qui, sans y être sollicités, imitent les mots^ sons on gestes de ceux qui les entourent, tout en jouissant d'un état mental parfaitement régulier, dans l'intervalle de ces accès.
(( Cette propension à l'imitation est souvent combinée avec les autres phénomènes caractéristiques du latah, mais, dans beaucoup de cas, elle existe seule.
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« Un exemple entre autres : pendant un voyage à travers la péninsule malaise, en 1875, je pris à mon service un jeune Malais que ses camarades me signalèrent comme latah, bien que sa conduite et sa conversation ne me présentassent rien que de rationnel.
« Vingt-quatre heures plus tard, nous tirions en signe de réjouissance une fusée-signal et, je me préparais à en faire partir moi-même une deuxième, lorsque ce jeune garçon me poussa violemment de côté, m'arracha la torche des mains, alluma la fusée, et tomba la face contre terre en poussant un cri inintelligible, accompagné de tous les signes de la plus violente frayeur. Je fus très étonné, car la violence est tout à fait étrangère au caractère malais. Le lendemain, ce jeune homme était parfaitement raisonnable et respectueux; ce jour même, nous prîmes la mer, et, le voyant sur le rivage, j'agitai la main de son côté en signe d'adieu. Il se mit à agiter frénétiquement la main; la rivière faisant un coude, je le perdis de vue : à ce moment même, je me mis à siffler et fus très étonné, lorsque je Taperçus à nouveau, de le voir agiter encore la main et de Tentendre siffler un air européen qui lui était parfaitement inconnu.
« Quelque temps après, on me présenta une femme malaise âgée et très respectable. Je causai environ dix minutes avec elle sans rien soupçonner d'anormal. Tout à coup, celui qui me l'avait amenée enleva son habit : aussitôt elle commença à se déshabiller et elle se fût mise complètement nue si je ne m'étais interpt)sé.
« Ce qui me parut bizarre, ce fut la rage de cette femme contre l'instigateur de cet outrage fait à son sexe. Pendant qu'elle se deshabillait, elle ne cessa de l'insulter grossièrement, rappela « porc abandonné » et me supplia de le tuer.
a Je citerai en dernier lieu un cas qui eut une issue fatale : le cook d'un steamer était un latah des plus corsés. Il berçait un jour, sur le pont du navire, son enfant dans ses bras, lorsque survint un matelot qui se mit, à l'instar du cook^ à bercer dans*ses bras un billot de bois. Puis ce matelot jetason billot sur un tendelèt et s'amusa à le faire rouler sur la toile, ce que fit immédiatement le cook avec son enfant. Le matelot lâchant alors la toile laissa retomber son billot sur le pont : le cook en fit de même pour son petit garçon qui se tua sur le coup.
72 RBVUB CRITIQUE.
« Un de mes amis, habitant Singapour, me raconta qu'une Malaise latah voyant sa maîtresse déchirer une lettre et la jeter par la fenêtre s'empressa d'en faire autant d'un paquet d'habits neufs qu'elle portait.
« Classe D. — Les phénomènes qui se rapportent à cette classe d'individus sont encore plus incompréhensibles que les précédents :
« J'ai, à de nombreuses reprises, été en rapport avec des Malais affectés du latah^ qui, sans aucun effort de ma part, se sont de suite complètement abandonnés à ma volonté et à mon pouvoir absolu de direction. J'ai, à différentes reprises, essayé ma puissance sur ces sujets et dans toutes les directions possibles et j'ai acquis la certitude que, dans chaque cas, mon influence sur ces esprits malades était pratiquement sans limites.
« Comme je ne crois jouir d'aucune puissance particulière, je puis donc conclure que l'influence exercée n'est pas proportionnelle à l'intensité variable du caractère de celui qui la met en œuvre.
« Je n'ai expérimenté sur aucun de ces sujets pendant plusieurs années, mais je sais que le latah qui, au simple commandement, se tient sur la tête, saisit une barre de fer rouge, ou frappe un spectateur, est parfaitement conscient de son état d'abaissement mental et souffre beaucoup de sa dégradation d'esprit.
« Lelatakj qui se montre rarement chez les jeunes femmes^ est fréquent chez les femmes mûres et âgées.
« Chez les jeunes, il se caractérise par une absence complète de sens moral (qui du reste n'est pas la vertu caractéristique des belles Malaises).
« Les femmes d'un âge avancé présentent le même état, et, ce n'est pas là un des phénomènes les moins bizarres du latah, qu'un mot, un regard, un geste, puissent pousser une femme de soixante-quinze ans à se conduire comme une hétaïre de vingt ans. »
Ces faits si singuliers ne sont pas particuliers à l'Amérique ou à la Malaisie, pays qui jouissent d'un climat chaud, on les observe également en pleine Sibérie, ainsi que le D' Hammond
JUMPING, LATAH, MTRIACHIT. 73
en rapporte des exemples ' diaprés le témoignage d^ofBciers américains qui les ont observés.
« La compagnie se trouvait sur le fleuve Ussur, près de sa jonction avec TAmour dans la Sibérie orientale. Au moment où nous arrivions au rivage, nous nous aperçûmes que notre compagnon, un capitaine d*état-major de Tarmée russe, s'était approché subitement du pilote du navire, et sans motif, lui frappait le visage de ses mains. Après quoi, le pilote répétait exactement le geste qu'avait fait le capitaine et le regardait ensuite d'un œil courroucé.
c L'incident nous parut d'autant plus curieux qu'il dénotait une familiarité difficile à expliquer. Ensuite, nous vîmes le pilote faire un nombre indescriptible de ces mouvements, qui nous firent comprendre de quoi il retournait. 11 semblait affecté d'une maladie mentale ou nerveuse qui l'obligeait à imiter tous les gestes qui venaient frapper ses sens. Si le capitaine donnait brusquement, en sa présence, un coup sur son côté, le pilote répétait ce coup de la même manière et sur le même côté ; si un bruit se produisait inopinément ou avec intention, le pilote semblait forcé, contre sa volonté, de l'imiter à l'instant avec une grande exactitude. Les passagers^ par malice, se mirent à imiter le grognement du porc ou d'autres cris bizarres; d'autres battaient des mains, sautaient, jetaient leurs chapeaux sur le pont, et le pauvre pilote imitait tous ces gestes avec précision, autant de fois qu'on les répétait.
« C'était un homme de moyenne taille, de bonne mine, plutôt intelligent, si on en jugeait par l'expression de son visage. Comme nous quittions la rive pour nous embarquer sur le bateau à vapeur, un de nos hommes jeta son béret à terre. Observant le pilote, nous le vîmes également jeter son béret.
« Plus tard, nous fûmes témoins d'un incident qui nous prouva jusqu'où s'étendait son irresponsabilité. Le capitaine du bateau, tout en battant des mains, buta accidentellement et tomba pesamment sur le pont. Le pilote, sans avoir été touché par le capitaine, se mit à battre des mains, et voulant l'imiter jusqu'au bout, tomba précisément de la même manière et dans la même position.
»V. la Medicina contetnporanea, mars 1884, et V Union médicale, ou 24 avril 1884, à laquelle nous empruntons la traduction du mémoire du D** Hammond.
7i RfiVUB CRITIQUE.
« Le capitaine d'état-major nous assura que cette maladie était commune en Sibérie, et qu'il avait vu beaucoup de cas semblables du côté de Yakutsk, durant les hivers extrêmement froids qu'on y observe. Cette maladie est connue en Russie sous le nom de « miryachtt, »
Suivant le D' Hammond, il existe encore une maladie de même nature qui a été décrite en Allemagne sous le nom de schlafflrunkenheit , «Dans cet état morbide, un individu, étant subitement réveillé, commet des actes de violence et spécialement des assassinats. Dans certains cas, il semble sortir d'un rêve; dans d'autres, on ne peut invoquer cette cause. Ainsi, une sentinelle endormie, réveillée par un officier de service, se précipita sur celui-ci avec son sabre et l'eût tué si les assistants ne se fussent interposés. Il résulta de l'examen médical que cette action était involontaire et était la conséquence de la violente confusion mentale produite par un réveil subit, succédant à un profond sommeil. »
Nous ne chercherons pas à interpréter cet état bizarre, jumping du Maine, îatah de Malaisie, myrtachit de Sibérie, et peut être Isischlafftrunkenheit d'Allemagne, nous préférons apporternotre contingent à cette série d'observations connexes. Nous observons en effet, en ce moment, dans le service de notre maître, M. le professeur Gharcot, un cas qui, par bien des points, se rapproche de cet état singulier. Il s'agit d'un jeune garçon de quinze ans bien constitué, intelligent, raisonnant parfaitement, qui est affecté d'un hyperexcitabilité extrême, de tics particuliers, de soubresauts de la tête et du tronc à la fin desquels il prononce presqu'invariablement et avec force le mot de Cambronne. De plus, vient-on à parler devant lui, il se fait l'écho fidèle des deux ou trois mots qui terminent la phrase que l'on vient d'articuler.
Il y a là une source d'observations encore presque inexplorée, dont l'interprétation ne pourra être tentée que lorsqu'on aura recueilli un grand nombre de faits soigneusement observés et sans idée préconçue*.
i Depuis que cet article a été composé, nous avons eu la bonne fortune de rencontrer un deuxième sujet ; son observation et trois autres qui appartiennent à M. Charcot, seront rapportées dans un prochain travail sur ce sujet. (G. T.)