XXI. CONTHIBUTION A L*£TUDB DB LA PARALT8IB ASCBNDANTB
Aiouâ ; par Richard Schulz et Friedreich SchuIiTzb (de Hei» delberg). [Arch. f. Psych. u. Nervenk., XII, a.)
Un homme de quarante-quatre ans, ayant eu quatre ans auparavant la syphilis, prend en quelques jours quatre bains de vapeur pour se débarrasser d^un coryza, le seul résultat obtenu se manifeste par la transformation en pesanteur de la fatigue légère qu'il éprouvait dans les jambes quatre semaines auparavant. En onze jours se développe de la parésie des extrémités inférieures, accompagnée de la disparition des réflexes patellaires; bientôt Ton constate une paraplégie flasque absolue et de la parésie du bras gauche, de la difficulté à manger, les masséters faiblissant en même t^mps que la déglutition devient pénible, de la paralysie des muscles de la nuque. Miction pénible; troubles purement subjectifs de la sensibilité des orteils ; suppression totale des réflexes cutanés et tendineux. En dépit du traitement mercuriel (frictions), associé à Tingestien d'iodure de potassium, à la révulsion et aux émissions sanguines locales, moins d*un mois après le début de raffection survenaient des troubles de la parole et de la respiration, de rincontinence d'urine, de l'impossibilité de produire l'effort physiologique. Les nerfs et muscles des extrémités inférieures ne répondent plus à l'excitation faradique ; on y constate au courant galvanique la réaction dégénérative. Les muscles fléchisseurs des bras sont également inexcitables à Télectrisation galvanique, les extenseurs présentant la réaction dégénérative. Inexcitabilité complète des nerfs des jambes même à l'aide de vingt éléments, les nerfs radial et cubital réagissant faiblement à leur sollicitation. L'application des courants continus ascendants le long de la colonne vertébrale^ jointe aux effets de la kathode sur les muscles et nerfs des membres inférieurs, détermine en vain une légère améliora-
tien ; la complication (l*une]bronchite catarrhale emporte le malade en huit jours. Durée de Taffection nerveuse : deux mois ; nul accident de décubitus. — Le microscope permet de reconnaître : àFétat frais, la réduction de la fibre musculaire qui apparaît comme poussiéreuse et dépourvue de striations transverses, le morcellement de la myéline dans les tubes nerveux, le ramollissement de la moelle ; — sur les préparations durcies, la tuméfaction du tissu conjonctif et des cylindres-axes, mais Tabsence de cellules granuleuses dans les faisceaux pyramidaux jusqu'à la hauteur de Tentrecroisement dans les cordons antéro-latéraux à la région dorsale inférieure et sur la limite des zones latérales des cordons postérieurs à la région dorsale supérieure; les muscles infiltrés de granulations graisseuses et de noyaux de hypergen^se.La substance grise des cornes antérieures avait ses grosses cellules tuméfiées, disparues par places (formation de vacuoles); mêmes boursouflements partiels le long des tractus de cylindres-axes qui en émanent, sur le noyau d'origine du facial, et dans les fibres radiculaires antérieures. En un mot, il s'agirait i*uïïe poliomyélite antérieure aiguë y la substance blanche ayant participé aux lésions, notamment les cordons latéraux : Vongine syphilitique semble de toute évidence aux auteurs de ce travail. Les troubles prononcés de Texcitabilité électrique constituent pour eux Toriginalité de l'observation dont ils maintiennent, au jour des démonstrations anatomiques, la dénomination : M. Fried. Schultze affirme du reste, en outre, qu'il vient d'observer un fait analogue tout récemment. P. K.
SOCIÉTÉ MÉDICO-PSYCHOLOGIQUE
Séance du it mars 4883. » Présidence de M. Motet.
M. Charpentier donne lecture d'un rapport sur les travaux de M. Pierret, candidat au titre de membre correspondant. M. Pierret est élu membre correspondant de la Société,
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M. Gahnier lit un rapport sur la candidature de M. Vallon, qui est aussi nommé membre correspondant.
Discussion sur Vavcait projet de loi modifiant la loi du ^0 juin i838. — M. MoTCT, établissant un parallèle entre Tancienne loi de 1838 et la nouvelle qui vient d'être déposée au Sénat, expose les garanties apportées à la sortie des aliénés des établissements publics et privés, par les modifîcations intercalées dans le texte soumis aux législateurs. Chemin faisant, M. Motet rend justice aux hommes qui, dans la rédaction de Tancienne loi, ont presque tout prévu et n*ont laissé que peu de prise à la critique la plus sévère.
M. FoviLLE demande si ^ d'après la nouvelle loi, un malade maintenu par décision de la chambre du conseil , aura le droit d*inferjeter appel; et, en se plaçant à un point de vue opposé, si un parent, qui a obtenu le placement d'un des siens, aura le droit de faire appel de la décision en vertu de laquelle le malade, déclaré guéri, sera rendu & la liberté. 11 me semble, dit-il, qu'il serait indispensable que la famille fût prévenue de là sortie imminente de son parent, quelques jours avant que la sortie ne devienne effective, de façon à permettre aux intéressés d'interjeter appel de la décision qui a autorisé cette sortie.
La question, on le voit, vaut la peine d'être discutée, et je fais appel à nos collègues pour savoir si de pareils cas se sont présentés à leur observation.
M. Blanche. — J'ai eu avec fllM. Foville et Christian à formuler des conclusions sur une demande en interdiction. Les premiers juges maintinrent le malade^à l'asile; mais, peu après, il fut interjeté appel de la sentence et le malade fut mis en liberté.
M. Foville se rappelle fort bien lecas auquel M. Blanche vient de faire allusion; il s'agissait d'une interdiction jugée en séance publique. La jurisprudence est établie sur ce point, mais reste muette quand il s'agit d'une demande de sortie. La décision, étant alors rendue en Chambre du Conseil, n'est point publique; il n'y a pas, à proprement parler, de jugement. Tous les intéressés peuvent-ils ou ne peuvent-ils pas faire appel d'une décision prise dans ces conditions ?
M. Blanche. — Cette guérison aurait mérité d'être discu* tée au sein de la Commission qui a élaboré le nouveau projet de loi.
M. Motet. — L'intervention de la famille ne peut avoir d'effet suspensif; si la mise en liberté est prononcée, le malade sortira immédiatement de l'asile.
M. Blanche. — Il me paraîtrait meilleur qu'il en fût autrement.
M. Foville. — Sans nuire à l'esprit de libéralisme qui a inspiré
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la loi, il serait bon d'insérer un article additionnel contenant l'obligation de prévenir la famille de la décision prise, afin de lui permettre de présenter ses objections et lui donner le temps d'énoncer les raisons pour lesquelles elle redoute la sortie qui vient d'être prononcée.
M. Motet. — Dès l'instant où la liberté individuelle est en jeu, il ne peut y avoir aucune raison de surseoir à une décision de sortie^ dont l'effet doit être immédiat.
M. Dagonet fait remarquer qu'en pareil cas la responsabilité du médecin est complètement dégagée.
M. Blanche. — Assurément, mais il ne s'agit pas seulement de responsabilité, il faut aussi penser aux dangers que court l'entourage de certains aliénés.
M. Beaume. — Ce point est d'autant plus important, que certains magistrats n'examinent même pas les dossiers avant de prendre une décision. Je connais un aliéné dangereux remis en liberté par un tribunal, sous prétexte qu'aucune autorité n'était intervenue dans sa séquestration; or, en réalité^ le préfet avait ordonné le placement d'oftlce.
. M. Motet. — 11 nous resterait encore bien d'autres questions à discuter. En voici trois que, pour ma part, je voudrais voir résolues par la nouvelle loi : 4<* les sorties à titre d'essai; 2^ le traitement à domicile des aliénés inoffensifs; 3<^ la situation des aliénés criminels.
Ces questions seront mises & l'ordre du jour de la Société.
Séance du 9 avn'H 883. — Présidence de M. Motet.
M. LE Président annonce la mort de M. Lasègue, et donne lecture du discours qu'il a prononcé au nom de la Société. La séance est ensuite levée en signe de deuil. M. B.
Séance du 30 avril 4883. — Présidence de M. Motet.
Prix EsquiroL Après la lecture du rapport de M. Cotard, le prix Esquirol est décerné à M. Millet, ancien interne de Sainte-Anne.
Eloge de Parchappe, M. Ritti prend ensuite la parole pour prononcer l'éloge de Parcbappe. M. B.
Séance du 28 mai 4883. — Présidence de M. Motet.
Les hypnotiques hystériques considérées comme sujets d'expérience en médecine mentale, (Illusions, hallucinations, impulsions irrésis-
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tibles provoquées ; leur importance au point de vue médico-légal); par Gh. Fébé. — L'état mental des hystériques a été le siget d'études très importantes de la part de MM. Huchard^ et Legrand du SauUe', nous ne chercherons point à ajouter aux travaux de ces auteurs en ce qui concerne les troubles spontanés de Tintelligence dans Thjstérie ; nous nous bornerons à Tétude d'un groupe de faits tout particulier.
Parmi les phénomènes si nombreux et si variés que Ton observe chez les hystériques et, en particulier, dans cette forme d'hystérie bien connue aujourd'hui sous le nom d'hystéro-épilepsie ou grande hystérie, ceux que Ton à groupés sous le nom d'hypnotisme sont sans contredit des plus curieux et des plus intéressants au point de vue spécial de la médecine mentale et de la médecine légale.
On comprend sous le nom d'hypnotisme plusieurs états nerveux différents qui peuvent être ramenés, d'après M. Charcot ^, à trois types fondamentaux : 1^ état cataleptique; 2^ état léthargique ; 3* état de somnambulisme provoqué. Nous allons rappeler brièvement les caractères principaux de ces trois états.
A, État cataleptique. — Il peut se produire : i® primitivement soQs l'influence d'un bruit intense et inattendu, d'une lumière vive qui frappe le regard, par la fixation prolongée d'un objet quelconque, etc. ; — 2^ consécutivement à l'état léthargique lorsque l'on ouvre les yeux du sujet dans un lieu éclairé. Le sujet cataleptique est immobile, comme pétrifié. 11 regarde fixement les yeux ouverts. Les différentes parties du corps sont susceptibles de conserver les attitudes qu'on leur communique pendant un temps très long sans qu'il se manifeste aucun des phénomènes qui accompagnent ordinairement l'effort. Les réflexes tendineux sont abolis, rhyperexcitabilité neuro-musculaire n'existe pas. Il y a insensibilité complète à la douleur ; mais les sens spéciaux et le sens musculaire conservent une partie de leur activité. C'est ce qui permet d'impressionner le sujet par voie de suggestion et de provoquer des hallucinations, des impulsions automatiques. Sous l'influence de la suggestion^ les attitudes fixes artificiellement imprimées aux membres font place à des mouvements coordonnés en rapport avec l'hallucination ; quand la suggestion a cessé, le sujet redevient immobile.
B. État léthargique. ~ Il est déterminé : <« primitivement parla fixation d'un objet quelconque, ou par Tocclusion avec compression
» H. Huchard. — Caractère, mœurs, état mental des hystériques {Archives de Neurologie, t. III, 188S.)
• H. Legrand du Saulle. — Les hystériques; étal physique et état - mental, actes insolites délictueux et criminels; In-S» 1883.
* Charcot. — Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1882.
légère desyeux^ etc. ; S^ consécutivement à Tétat cataleptique, par rocc]usion des paupières ou par le passage dans un lieu obscur. On entend un bruit laryngé spécial, il vient un peu d*écume aux lèvres et le sujet s'affaisse dans la résolution complète ; les membres sont flasques et pendants. Les réflexes tendineux sont exagérés. L*hyperexcitabilité ne uro -musculaire existe toujours à des degrés divers : les muscles se contractent sous l'influence d'une irritation mécanique, portant soit directement sur les muscles eux-mêmes, soit sur le nerf qui les anime; il s'agit d'une contraction permanente, d'une contracture qui ne se résout que par l'excitation des muscles antagonistes. Les téguments sont insensibles à la douleur, et, bien que les gens conservent un certain degré d'activité, le sujet se prête peu en général aux suggestions. Cet état est donc le moins intéressant au point de vue spécial qui nous occupe.
L'état cataleptique et l'état léthargique peuvent être localisés, en conservant tous leurs caractères à un seul côté du corps, suivant que l'on ouvre ou que Ton clôt l'œil du côté correspondant.
C. État de somnambulisme provoqué. — Il peut être provoqué primitivement par la fixation du regard ou par diverses pratiques (procédé de Faria, etc.). On le produit secondairement chez les sujets plongés dans l'état cataleptique ou l'état léthargique en exerçant une friction légère ou une simple pression sur le vertex. Dans cet état, qui correspond plus particulièrement àce qu'on appelle le sommeil somnambulique, les yeux sont incomplètement clos, les paupières souvent agitées de frémissements. L'hyperexcitabilité neuromusculaire n'existe pas, la résolution des membres est beaucoup moins prononcée que dans l'état précédent. Mais si, par l'excitation . mécanique des muscles ou des nerfs, on ne peut pas provoquer de contractions permanentes, il es>t possible par de légers attouchements (passes des magnétiseurs), par un souffle léger dirigé sur la peau, etc., de produire une rigidité musculaire spéciale, un état cataleptoïde différant de la contracture liée à l'hyperexcitabilité neuro-musculaire en ce qu'elle ne se résout pas par l'excitation des antagonistes et de l'immobilité cataleptique en ce qu'elle oppose une résistance quand on veut modifier l'attitude. — Les téguments sont insensibles à la douleur ; mais certains modes de la sensibilité de la peau, ainsi que le sens musculaire et les sens spéciaux sont le siège d'une hyperexcitabilité spéciale, grâce à laquelle par injonctions ou par suggestions on peut provoquer des actes automatiques très complexes. Cet état est celui qui se prête le mieux à notre étude actuelle. — On peut faire cesser cet état de somnambulisme provoqué, soit en ouvrant les yeux, le sujet tombe alors eu catalepsie, soit en les fermant et en comprimant légèrement les globes oculaires pour plonger le sujet dans l'état léthargique.
Lorsqu'on a présents à Fesprit les différents caractères de ces étals, il est facile de les reconuaitre sur un sujet hypnotique quelconque et d'éviter, comme on Ta fait trop souvent, d'attribuer à la léthargie ou à la catalepsie des phénomènes qui appartiennent au troisième état. 11 est indispensable, dans toutes les expériences faites sur les hjrpnotiques, de pouvoir déterminer à chaque instant et d'une manière précise dans quel état le sujet se trouve sous peine d'erreurs graves. Maintenant que nous sommes en mesure de nous placer dans ces conditions, nous allons passer à l'étude des phénomènes qui doivent nous occuper spécialement dans les divers états de l'hypnotisme.
I. Nous laisserons de côté l'état léthargique, parce que, bienquela sensibilité générale et spéciale ne soit pas totalement abolie, il est en général impossible d'impressionner le sujet avec assez d'intensité pour pouvoir communiquer avec lui et lui donner des suggestions ou des impulsions.
II. Dans la catalepsie j on peut communiquer avec le sujet par des procédés très divers. Et d'abord, par l'intermédiaire du sens musculaire : ainsi, si on donne aux membres une attitude tragique, de menace, par exemple, on voit les sourcils se froncer et l'expression de la physionomie se mettre en accord avec la position des membres (Braid, Gharcot et Richer *). Inversement, si on électrise les muscles de la face et que Ton donne artificiellement au visage l'expression de la terreur, les membres vont prendre une attitude correspondante (Chariîot et Richer*). Les phénomènes d'association se manifestent d'une manière instantanée pour ainsi dire et les attitudes plastiques ainsi obtenues sont aussi permanentes que celles de la catalepsie en général.
Le sujet cataleptique peut encore être impressionné par les organes des sens •. Ainsi, si on frappe vivement son attention en lui parlant brusquement, on peut lui suggérer l'idée qu'elle entend une voix amie ou détestée et tout de suite la physionomie prend l'expression de l'affection et de la joie, ou de la haine et de la terreur.
Si on attire son regard en agitant la main devant ses yeux et que, par des gestes appropriés, on figure un objet agréable ou horrible, on provoque les mômes modifications de l'expression ; on
• Gharcot et Richer. — Contribution à Vétude de l'hypnotisme chez les hystériques, {Archives de Neurologie, 1881 et 1883.)
• Gharcot et Richer. — Note on certain facts of cei^ebral automatism observed in hysteria, during ihe caialeptic period of hypnotism. (Journal of nervous and mental science, t. X, i883.)
• Bourneville et Regnard. — Iconographie photographique de la Salpé' trière, t. III, p. U9. — P. Richer. — Etudes cliniques sur la grande hystérie, '\n-^^l%%\.
les reproduirait de même en faisant porter les suggestions sur les sens du goût ou de Todorat.
Mais, tandis que, par Tin termédi aire du sens musculaire, on n'obtient que des attitudes flxes, des actes purement mécaniques en quelque sorte, lorsqu'on agit sur les sens spéciaux, on peut provoquer des mouvements automatiques combinés et rationnels d'une certaine durée. Ainsi, si on suggère an sujet Tidée d'un bruit terrible et continu ou d'un animal effrayant qui le poursuit, il fuit en poussant des cris de terreur ; si on lui suggère Tidée d'un oiseau qu'on lui met dans les mains, il le caresse pendant quelques instarfts avant de retomber dans l'immobilité cataleptique.
Dans cet état, les sens peuvent devenir le point de départ de mouvements automatiques beaucoup plus prolongés que l'on peut ^'expliquer par la persistance de l'impression sensitive et par une association d'idées antomatiques qui fait que le contact d'un objet suggère l'idée de s'en servir. La nommée B... étant plongée dans l'état cataleptique, on lui met dans les mains son crochet et son ouvrage commencé ; elle régularise la position des deux objets, et se met à faire des mailles, mais elle fait toigours le même mouvement et la même maille. Elle fait une tresse sans fin qu'elle ne relie pas au reste de l'ouvrage. Ce travail peut durer des heures, toujours avec la même régularité automatique. Un fait intéressant à noter, c'est que, pendant que le sujet est ainsi occupé à son travail automatique, si l'on vient à fermer un œil, le côté correspondant du corps tombe dans l'état léthargique, le bras reste immobile dans la résolution, tandis que l'autre main continue à faire les mêmes mouvements combinés qui sont devenus inutiles par leur isolement, mais qui ne cessent que lorsque l'objet tenu dans la main vient à tomber. Donc, même pendant l'activité automatique, il reste possible de dédoubler le sujet (hémicatalepsie, hémiléthargie).
D'autres actes analogues peuvent être provoqués par le seul fait de placer dans la main du sujet hypnotique les instruments qui servent à les accomplir, à condition, toutefois, qu'il en connaisse préalablement l'usage : un objet inconnu ne provoque aucune suggestion. Dans tous ces actes, il est difficile de dire quel est le sens qui prend le plus de part à la suggestion ; il semble, la plupart du temps, que ce soit le toucher.
Certains actes qui ne sont pas purement mécaniques, comme l'action d'écrire, par exemple, qui nécessite la mise en jeu, non seulement de la main qui trace les caractères, mais encore de la pensée qui les coordonne dans un certain ordre, ne peuvent pas être suggérés par la seule présence de l'instrument qui sert à l'accomplir. Si on met une plume entre les doigts de B... en catalepsie, elle prend l'objet^ mais mollement, et la laisse tomber au bout de quelques instants, sans avoir fait un mouvement pour
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s'en senrir. Si, tandis qu'elle la tient, on lui dicte à haute voix les mots les uns après les autres, ou mieux encore syllabe par syllabe, on arrire à lui faire tracer quelques phrases avec Torthographe qu'elle connaît; mais les lignes sont irrégulières, précisément parce qu'elle» sont écrites sous Tiniluence de suggestions successives et sans lien pour le sujet. Cependant, en prenant soin de rectifier la position de la main, on peut obtenir un autographe à peu près impossible à distinguer de ceux qui sont composés pendant la veille. Je n'insisterai pas maintenant sur les conséquences possibles de ces sortes d'actes suggérés pendant l'état cataleptique, et qui ne peuvent laisser aucun souvenir, puisque le sujet est absent au moment où il les accomplit.
Ces différenfs actes consécutifs aux suggestions provoquées par L'intermédiaire des organes des sens, montrent que les objets qui les déterminent sont sentis d'une façon précise, et que, lorsqu'il s'agit d'objets imaginaires dont l'idée a été inculquée soit par la voix, soit par les gestes, ces derniers sont sentis comme s'ils existaient réellement; les objets qui Ggurent dans une hallucination provoquée sont perçus comme des objets réels. Nous avons pu en fournir la preuve en particulier en ce qui concerne la vision i : si l'on fait approcher ou éloigner l'objet, on voit la pupille se dilater proportionnellement.
C'est là un phénomène qui écai^te toute idée de simulation. Ajoutons que, pendant la durée de l'hallucination visuelle, la sensibilité générale de l'œil est profondément modifiée chez certains sujets; en eifet, dans l'état cataleptique, la conjonctive et la cornée, en dehors du champ pupillaire, sont en général insensibles. Sur la plupart des sujets, on peut les toucher avec un corps étranger sans provoquer de réflexes palpébraux ; chez P..., par exemple, sitôt qu'on a développé une hallucination visuelle, la sensibilité des membranes externes de l'œil revient dans l'état où elle existe dans la veille. Ce fait vient à l'appui de ceux que nous avons déjà apportés pour établir la corrélation qui existe entre la sensibilité spéciale non seulement dans l'hystérie*, mais encore dans les lésions organiques du cerveau '. Jusqu'ici, nous n'avons parlé que des suggestions et d* hallucinations temporaires^ ne persistant que
* Ch. Féré. — Mouvements de la pupille et propriétés du prisme dans les hallucinations provoquées des hystériques. {Société de Biologie^ 17 décembre
1881. — Archives de Neurologie, 1882, t. III, p. 291.)
« Gh. Feré. — Note sur quelques phénomènes obsen^és du côté de l'œtl chez les hystéro-épileptiques, soit pendant Vattaque^ soit en dehors de V attaque. {Société de Biologie y 29 octobre 1881, ef Archives de Neurologie,
1882, t. III, p. 281.) — Hémi-hyperesthésie sensitive et hémi-anesthésie sensorielle. (Société de Biologie, 5 novembre 1881.)
s Gh. Féré. — ContribtUion à l'étude des troubles fonctionnels de la vision par lésions cérébrales, 1882, p. 147, 149, 198, etc.
pendant la durée de l'état cataleptique, et suivies d'actes automatiques relativement peu compliqués. Notons que l'on peut encore, pendant cet état, suggérer des hallucinations persistantes qui durent après le réveil, et dont la réalité est mise en évidence par ce fait que, dans Thallucination visuelle, on peut dédoubler l'image fictive en plaçant un prisme devant un des yeux ou en déviant mécaniquement un globe oculaire, toujours l'image fausse est placée conformément aux lois de la physique.
m. Mais c'est surtout dans Tétat de somnambulisme provoqué * que l'on peut étudier les hallucinations persistantes et complexes parce que les sens sont plus facilement impressionnés ; et, le sijget répondant beaucoup mieux aux interpellations, il est plus facile d'entrer en communication avec lui.
Dans le somnambulisme provoqué, on peut suggérer à l'hypnotique des illusions ou des hallucinations diverses de l'ouïe, de l'odorat, du goût, de la vision, du toucher, qui persistent quand le sujet est réveillé. En ce qui concerne les hallucinations visuelles, leur réalité peut être démontrée encore comme précédemment par la déviation du globe oculaire, par l'interposition d'un prisme devant Tun des yeux. Si l'objet de l'hallucination visuelle consiste en un portrait, par exemple, placé sur un plan fixe, sur une table, un corps quelconque placé sur la table masque l'image. Si, au contraire, la suggestion a placé le portrait sur un plan mobile, sur une plaque de carton dont les deux faces offrent une apparence tout à fait identique, l'image sera toujours vue sur la même face du carton, et quel que soit le sens dans lequel on le lui présente, l'hypnotique saura toujours placer les faces et les bords dans la position qu'il occupait au moment de la suggestion, de telle façon que l'image ne soit ni renversée, ni même inclinée. Si on renverse le carton suivant ses faces, le portrait n'est plus vu. Si on le renverse suivant ses bords, le poi'trait est vu la tête en bas. Jamais l'hypnotique n'est prise en défaut, qu'on lui couvre les yeux, que l'on se place derrière elle, pendant que l'on change les positions de l'objet, les réponses sont toujours parfaitement conformes.
Il faut remarquer que, pour que l'objet soit toujours vu suivant les mêmes proportions, il faut que le plan sur lequel son image a été suggérée soit toijgours à la même distance du si:get. Ainsi, supposons que l'hypnotique étant convenablement préparée, on place un ruban métrique sur une feuille de papier blanc et qu'on lui suggère l'idée que l'on marque un point noir en face de chaque division centimétrique : après le réveil de la somnambule, on lui dit de marquer un trait sur chaque point imaginaire ; elle fait une
^ Ch. Richet. — Du somnambulisme provogué {Journal de tÀnatomie et de la Physiologie^ 1875; Hevue philosophique, 1880; Archives de Physiologie, l«8i, etc.)
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série de lignes qui sont toutes à égale distance, mais séparées par un intervalle plus grand qu'un centimètre. L'erreur est due à ce qu'il a fallu rapprocher le papier pour tracer les lignes et que les intervalles, vus de plus près, ont paru plus considérables. En somme, cette erreur n'est qu'une preuve de plus de l'objectivité de la sensation. Quand l'objet sur lequel figure l'hallucination peut être éloigné ou rapproché, au gré de l'hypnotique, l'image est toujours vue avec ses dimensions exactes, comme le montre l'expérience suivante :
Sur une feuille de papier blanc, nous plaçons une carte également blanche ; avec une pointe mousse, mais sans toucher le papier, nous suivons le contour du carton en suggérant l'idée d^une ligne tracée en noir. Quand le sujet est réveillé, nous lui demandons de plier le papier suivant ces lignes fictives ; il tient le papier à la distance où il était au moment de la suggession, et il le plie en formant un rectangle exactement superposable à la carte.
Nous avons insisté en particulier sur les hallucinations de la vue, parce que ce sont celles dont la réalité peut être le plus facilement contrôlée, mais les hallucinations et les illusions provoquées de l'odorat, de l'ouïe, du goût, du toucher ne sont pas moins saisissantes.
Nous allons résumer quelques-unes des conséquences des suggestions, illusions ou hallucinations provoquées des sens supérieurs.
Vue, — On peut suggérer une appréciation fausse sur la forme d'un objet que le 8i]get verra plus grand ou plus petit ou déformé. Si, par exemple, on lui inculque l'idée que telle personne a une difformité quelconque du visage, on verra la somnambulique, encore plusieurs heures après son réveil, prendre une expression de dégoût ou d'horreur, et cela, toutes les fois que son regard se portera du côté de cette personne qui deviendra un objet de répulsion quelquefois permanente; nous avons employé cette manœuvre avec succès pour faire cesser des relations de certaines hystériques. L'illusion peut aller jusqu'à produire une erreur sur l'identité d'une personne : telle hypnotique à l'état de veille ira prodiguer des caresses à une personne qu'elle déteste notoireolent, si pendant le sommeil somnambulique on lui a suggéré l'idée qu'il s'agit d'une autre personne qu'elle aime, et l'erreur peut durer dans certains cas toute une journée jusqu'à ce que le sommeil naturel ou une attaque soit venue interrompre l'illusion. L'hallucination n'est pas moins persistante, le siyet pourra voir pendant toute une journée un objet imaginaire, une personne absente dont on aura évoqué la présence pendant le sommeil somnambulique.
Ouie. — Sous l'influence de la suggestion, l'hypnotique confond la voix d'une personne inconnue avec celle d'une personne connue
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et absente ; elle peut entendre des voix qui n'existent nullement, qui lui donnent des ordres, qui lui répètent des injures, des paroles obscènes, etc.
Goût. — Si on a présenté à Thypnotique un morceau de papier, par exemple, en lui disant que c'est un gâteau, à son réveil, elle va le manger avec délices. Dans d*autres circonstances, elle sera convaincue que les aliments sont empoisonnés. Si on lui a suggéré ridée d'une substance nauséeuse, la sensation pourra être assez intense pour provoquer le vomissement.
Odorat — Il peut devenir le siège de sensations erronées du même genre. Le sujet sentira, par exemple, qu'on lui envoie de mauvaises odeurs par le trou de la serrure, etc.
Il faut remarquer que les hallucinations provoquées peuvent être Mnîla<érate«; un objet fictif peut être vu d'un seul œil, une voix imaginaire entendue d'une seule oreille, etc., si l'auteur de la suggestion l'a voulu ainsi, tandis que, l'organe du côté opposé conserve sa sensibilité normale. Ou encore on peut suggérer une hallucination d'un côté, tandis que l'on supprime complètement la vue du côté opposé, qu'en inculquant en même temps l'idée de cécité, de surdité unilatérale. Dans d'autres circonstances, enfin, on peut suggérer des hallucinations difiérentes de chaque côté; M. Dumontpallier a déjà signalé des faits de ce genre.
Les illusions et les hallucinations de toucher revêtent des formes encore plus variées; tous les modes de la sensibilité de la peau peuvent être atteints ensemble ou séparément. Une des plus curieuses hallucinations de ce genre est celle qui résulte de la suggestion d'une plaie: le sujet décrit la douleur d'une manière dififérente, suivant qu'il s'agit d'une plaie par instrument tranchant ou par instrument contondant; toutefois, sa description ne répond à la réalité que s'il a antérieui*ement éprouvé un de ces accidents. Mais ce qui est le plus remarquable, c'est qu'eu même temps se développe l'hallucination de la vue : le sang coule, etc., et il résulte un délire systématisé plus ou moins persistant dans lequel l'halluciné se plaint de douleurs imaginaires, se fait des pansements appropriés, porte son bras en écharpe, tout comme s'il s'agissait d'une plaie véritable.
Gela nous conduit à dire que les illusions et les hallucinations des sens spéciaux peuvent être provoquées simultanément et se combiner : l'hypnotique peut être amenée, par exemple, k faire erreur sur l'identité d'une personne ou à accepter la présence d'une personne absente dont elle reconnaîtrait les traits, la voix, etc. On comprendra les conséquences possibles de cette illusion ou de cette hallucination, si un acte délictueux ou criminel venait à être commis sur l'hypnotique ou devant elle, dans ces circons* tances; il en résulterait une accusation portant sur un innocent et qui serait soutenue avec la conviction la plus profonde. L'illusion ou
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rhallucinaiiou peut porter sur l'acte lui-même et conduire à des conséquences analogues.
Ce n'est pas seulement sur les sens que peuvent porter les suggestions: il est possible de provoquer des illusions et des hallucinatiens viscérales ; la sensation d'un corps étranger dans l'intérieur du corps, etc., etc. Mais les suggestions les plus remarquables de ce groupe, celles dont Teflet est le plus facile à contrôler sont celles qui ont trait aux besoins naturels. S'il s'agit de la soif ou de la faim^ sitôt après son réveil l'hypnotique réclame avec insistance à manger ou à boire, et si on lui présente des aliments ou une boisson elle les avale gloutonnement. Si la suggestion porte sur le besoin d'uriner, etc., on voit le sujet à peine éveillé prendre une attitude embarrassée; cberche-t>on à le retenir en lui offrant ce qu'il convoite avec le plus d'ardeur, il ne tient aucun compte des offres qu'on lui fait et bientôt il s'échappe en courant pour aller satisfaire son besoin imaginaire. La suggestion de sensations gênésiques provoquerait des désirs tout aussi impérieux et dont on peut prévoir les conséquences.
G*est ici Je lieu de rappeler que, chez quelques hystériques, il existe sur certains points du corps des régions {zones éragénes) ^ qui ne sont pas sans analogie avec les zones hyslérogènes, et dont le simple attouchement, dans l'état de somnambulisn^ provoqué, détermine des sensations génitales assez intenses pour amener lorgasme. Une nommée W... offrait au niveau de la partie supérieure du sternum une zone de ce genre, dont la simple pression provoquait une sécrétion abondante de liquide vulvo-vaginal. Ces phénomènes ont été provoqués plusieurs fois, à l'insu de l'observateur, qui eût pu se trouver sous le coup d'une accusation des plus graves, s'il n'avait pris la précaution indispensable, dans ces conditions, de n'être jamais seul avec le sujet. Si nous rapprochons de ce fait la possibilité de suggérer à la somnambule l'hallucination de la présence d'un individu quelconque, on comprendra à quelles mystifications coupables on peut arriver.
Ce n'est pas tout : ce n'est pas seulement sur les sens et sur les viscères que peuvent se manifester les suggestions de sensations fausses, il est possible de suggérer l'idée d'une altération de structure de toute la substance; l'hypnotique, par exemple, va se réveiller tout étonné en disant : « Je suis de verre, ne me touchez pas ; » et, comme conséquence de cette idée fausse, il va se développer un délire systématisé. D'autres délires du même genre peuvent être créés à volonté, dès qu'on a suggéré une sensation fausse portant sur l'un quelconque des sens spéciaux.
Nous avons montré plus haut qu'O est possible de reconnaître
1 Ghambard. — Du somnambulisme en gériérrU; nature^ analogies j signification nosologique, elc. Thèse de Paris; 1881.
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que, dans les hallucinations sensorielles provoquées, les supercheries ne peuvent entrer pour rien. La simulation n'a aucune part non plus dans les phénomènes dont nous venons de parler ; la sincérite de la sensation et du délire est démontrée indirectement par Texpérience suivante : W...estdans le sommeil somnambulique provoqué ; nous lui inculquons Tidée qu'à son réveil son bras droit sera paralysé. Notre étonnement fut grand, quand^ à son réveil, nous la trouvons non seulement avec une paralysie flasque du bras droit, mais dans Timpossibilité d'articuler un mot : Tintelligence éuit intacte; elle comprenait parfaitement tout ce qu'on lui disait; mais la pointe de la langue était fortement attirée à gauche, et se mouvait difficilement. Le sujet ne pouvait pas deviner que cette coïncidence, intéressante à plus d'un titre, fût possible. Cette association s'explique par le voisinage des centres moteurs du membre supérieur dîroit et des muscles qui concourent à la fonction du langage articulé dans Técorce de l'hémisphère gauche du cerveau.
On pourra s'étonner que les sujets se réveillent ainsi avec une difformité grave ou dégoûtante, c'est à peine s'ils marquent du chagrin. S'il ne s'y joint pas une sensation fausse de douleur, il est rare qu'ils s'affligent; il semble qu'ils sont parfaitement rassurés sur l'issue de l'accident. Mais il ne faut pas oublier qu'il s'agit d'hystériques et que les hystériques supportent avec la plus grande indifférence toutes les misères qui surviennent spontanément et tout aussi brusquement du fait de leur maladie : on en voit, par exemple, rester coutracturées de plusieurs membres pendant des mois, sans marquer d'impatience, sans se plaindre de leur sort, comme le feraient des malades atteints de la même infirmité produite par une lésion organique. C'est là une particularité bien connue du caractère des hystériques.
En outre des illusions et des hallucinations, il est encore possible dans l'état de somnambulisme provoqué de suggérer des idées fUees, des impulsions irrésistibles auxquelles l'hypnotique réveillée obéira avec une précision mathématique. Ainsi nous montrons à la somnambule, sur un plan uni, un point fictif que nous ne pourrons retrouver que par des mensurations multiples et nous lui commandons d'enfoncer un canif sur ce point après son réveil : elle exécute l'ordre sans hésitation, avec une exactitude absolue en rapport avec la netteté de l'hallucination visuelle. Un acte criminel serait exécuté avec la même ponctualité. Notons que cet acte peut, à la volonté de l'expérimentateur, n'être accompli que plusieurs heures, plusieurs jours peut-être après la suggestion; les faits de cet ordre rapportés par M. Ch. Richet ^ ne sont point exceptionnels; nous en avons observé un certain nombre.
* Ch. Richet. — La pei^sonnalité et la mémoire dans le somnamhU" lisme. {Revue philosophique^ 1883, p. i25.)
11 faut remarquer que pour obtenir soit les illusions et les hallucinations, soit les impulsions irrésistibles, il est nécessaire que le somnambulisé ait répondu à Tordre de suggestion par un signe d'intelligence et de consentement; et, dans le dernier cas, l'acte est accompli avec d'autant plus de rapidité et d'énergie que la suggestion a été donnée avec plus d'autorité. Lorsque le commandement a été fait doucement, mollement, l'hypnotique se trouve, au réveil, dans mi état d'esprit très intéressant à étudier. On la voit inquiète, obsédée par l'idée fixe d'accomplir un acte ridicule et dégoûtant, d'aller embrasser un crâne, par exemple; elle hésite longtemps, quelquefois même elle exprime son hésitation: « Je suis donc folle! J'ai envie d'aller embrasser ce crâne. C'est absurde, je voudrais ne pas y aller, mais je sens que je ne résisterai pas, etc. ». Le fait est qu'elle y va. C'est la reproduction expérimentale de l'altération de la volonté qu'on retrouve dans certains aliénés qui, eux aussi, « voudraient bien, mais ne peuvent pas vouloir ^ )). La réaction individuelle' du sujet est atténuée; c'est l'auteur de la suggestion qui veut et il ne peut pas ne pas obéir. L'hypnotique est absolument le sujet de l'expérimentateur ; sa responsabilité morale est nulle.
Ces faits montrent que Thypnotique peut devenir un instrument de crime d'une effrayante précision et d'autant plus terrible que, immédiatement après l'accomplissement de l'acte, tout est oublié ; l'impulsion, le sommeil et celui qui l'a provoqué. Nous pourrions citer un certain nombre d actes, au moins inconvenants, commis par des hystériques, et qui n'étaient autre chose que des miniatures de crimes expérimentaux accomplis par un sujet inconscient, dirigé par un coupable resté inconnu.
11 faut noter que certains individus peuvent avoir sur une hypnotique donnée une influence spécialement active, une action élective, une puissance suggestive plus marquée que d'autres. D'autre part, une hypnotique peut résister à une suggestion déterminée qui se trouve en opposition, par exemple, avec un sentiment profond : une de nos malades avait conçu une affection très vive pour un homme, elle avait eu beaucoup à en souffrir ; mais sa passion n'était pas éteinte. Si on évoquait la présence de cet homme, elle donnait immédiatement les signes d'une grande affliction; elle voulait fuir, mais il était impossible de lui faire consentir un acte quelconque qui aurait pu être nuisible à celui dont elle avait été la victime; elle obéissaità tout autre ordre d'une manière automatique. En somme, la réaction individuelle, la volonté, n'est pas complètement abolie ; l'hypnotique parait conserver son identité morale pour les actes habituellement et énergiquement voulus ;
1 Billod. -^ Ànn. méd. psych,, 1847, et Des Maladies mentales et nerveuses, 1882, t. i^y p. 144.
• Ribot. — Maladies de la volonté, 1883.
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elle est complètement supprimée dans les autres circonstances.
Que Ton veuille bien considérer que l'état de sujétion de l'hypnotique, n'est point en contradiction avec ce que Ton observe à ]*état normal ; il s'açrit seulement d'une exagération des phénomènes, qui permet de mieux comprendre ce qui se passe chez les sujets, regardés comme sains d'esprit, et qui subissent d'une manière inconsciente l'influence d'une volonté étrangère se substituant à la leur, en les rendant pour ainsi dire insensibles à toute autre excitation extérieure. La résistance absolue de la somnambule dans une circonstance donnée met en évidence la nécessité d'être ce qu'on a l'habitude d'être. L'homme, dont la sensibilité est normale et est réputé en équilibre mental, réagit à chaque impression qu'il subH; mais la réaction n'est pas assez rapide pour qu'il ne tienne pas compte des impressions antécédentes. A l'état normal, le temps qui s'écoule entre l'excitation et le réflexe est assez long pour qu'on ait pu croire à un libre choix ; dans certaines conditions pathologiques au contraire, chez l'hystérique, par exemple, qui jouit d'une véritable hyperexcitabilité psychique, les réflexes sont plus brusques, parce que les sensations sont plus intenses, l'excitation la plus faible est immédiatement suivie d'une réaction dont la rapidité exclut l'idée de raisonnement, et qui rend compte de la mobilité de ces sujets. Chez l'hypnolique somnambuiisée, la réaction individuelle est supprimée, la volonté est annulée ou du moins atténuée dans la même proportion que la sensibilité. Pendant le sommeil somnambulique, l'expérimentateur exerce sur l'excitabilité du sujet une action inhibitoire qui se manifeste après le réveil, et d'où il résulte que la somnambule ne peut plus, pendant une période indéterminée, avoir de réactions propres et obéit passivement aux suggestions. En somme, dans tous ces faits, l'existence d'un libre arbitre et d'une responsabilité morale ne peut pas même être mise en question; il s'agit de modiGcations de la sensibilité qui commandent des modifications de réaction.
Lorsque des hystériques hypnotisables ont servi de sujet au même expérimentateur pendant plusieurs jours, elles finissent souvent par rester dans un état d'obsession permanente; elles sont possédéeSf pour ainsi dire, aussi bien le jour, pendant la veille, que la nuit dans leurs rêves. Cet état d'esprit s'accompagne d'hallucinations spontanées dont la forme varie, mais dont l'expérimentateur est toujours l'objet. Telle deviendra succube, telle autre sera tourmentée, embrassée, etc. Si plusieurs sujets se trouvent réunis dans les mêmes conditions et s'il y a des confidences échangées, il pourra en résulter une sorte d'épidémie de délire hystérique, dans lequel les hallucinations seront suivies d'impulsions, d'actes violents, etc., qui rendent compte des différentes péripéties du drame qui s'est terminé par la mort d'Urbain Grandier. Nous avons assisté à une
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ébauche de persécution de ce genre qui a suffi à nous montrer que ces sortes d'expérimentations devaient être conduites avec la plus grande prudence.
Dans cette étude succincte, nous nous sommes surtout attaché à montrer : !• que, dans divers états de l'hypnotisme, il est possible de provoquer des illusions^ des hallucinations, des impulsions irrésistibles, etc., dans lesquelles la supercherie ne joue aucun rôle ; 2« qu'en conséquence, on peut déterminer des délires expérimentaux d'un grand secours pour l'étude des délires spontanés ; 3* que la médecine mentale peut trouver dans Thystérique hjrpnotisable un précieux sujet d'expérience.
Mais la possibilité de l'expérimentation en médecine mentale n'est pas le seul point intéressant qui soit mis en lumière par ces faits, dont l'importance, au point de vue médico-légal, ne peut échapper. Nous avons cru d'autant plus important de montrer que l'hypnotique peut devenir un instrument de crime que des faits récents prouvent que l'expérimentation sur ces si:gets n'est pas seulement pratiquée par des médecins et dans un but de recherche scientifique.
M. Legrand du Saulle lit un rapport médico-légal sur un cas de vertige épileptique. (Sei*a publié in extenso,)