CONGRÈS ANNUEL DE LA SOCIÉTÉ DES MÉDECINS ALIÉNISTES ALLEMANDS
SESSION D EISENâCE.
Séance du 13 septembre 1882.
La table présidentielle est occupée par MM. Lœhr, Nasse, Zinn ; secrétaires : MM. Tuczek et Ullrich.
M. le président Nasse ouvre la séance par des paroles de bienvenue. 11 explique qu'on a choisi ce lieu de réunion pour le faire concorder avec celui du congrès des naturalistes. Berlin, qui avait d'abord été désignée, dut être abandonnée après l'incendie de l'exposition d'hygiène de cette ville. Lettres d'excuses de MM. Westphal, Hergt, Schtile, Jung, Sioli. La Société a perdu pendant l'année MM. Runge, Siebert, Levinstein; ces collègues laissent d'unanimes
regrets : l'assemblée s'associe aux paroles du président et se lève en rhonneur de leur mémoire. Appel nominal tenant lieu de présentation mutuelle.
L'ordre du jour appelle le rapport du bureau sur la mise à exécution des conclusions votées par la Société dans sa dernière séance *. — En ce qui concerne les asiles pour buveurs, aucune proposition n'ayant été soumise au Reichstag dans le courant de Tannée, le bureau s'est contenté d'envoyer au chancelier une longue lettre qui rappelle les décisions de la Société. M. Nasse fait ressortir en outre que, malgré le statu quo, la question prend de jour en jour plus d'importance dans l'opinion publique. En mars deiTiier, des médecins, des économistes, des ecclésiastiques, ont échangé, dans la province du Rhin, des pourparlers ayant pour but de fonder en Allemagne une société contre l'abus de l'alcool, à l'instar de colles de la France, de la Hollande el de la Belgique. Le 28 octobre prochain, à l'occasion du congrès ressortissant à la politique sociale et à la charité publique, doit se tenir àFrancfortsur-le-Mein une conférence sur ce sujet; des invitations doivent être lancées par toute TAUemagne aux hommes de toutes professions que la question intéresse. Il faudra saisir ce moment pour passionner le grand public, car c'est le seul moyen de supprimer les obstacles qui, se dressant encore devant nous, fout échec à la fondation des asiles pour buveurs et de faire reconnaître l'état d'esclavage psychique de ces malheureux.— Les modi/îcahons à faire subir aux cartes de recensement * des asiles ont également été soumises par. le bureau au ministère des cultes, au ministère de l'intérieur, à la chancellerie. Le mémoire adressé en triple expédition propose le type adopté par la Société, conformément aux conclusions votées par elle.
Enfin, le président consulte la Société sur l'opportunité de s'adresser, comme le demande M. le professeur Fûrstner, de nouveau au Conseil fédéral, afîn de faire entrer dans les eicamens probatoires la psychiatrie. 11 rappelle que la première pétition est demeurée sans réponse. M. Fûrstner insiste sur la nécessité de relever notre profession et d'éviter les scènes regrettables qui ont lieu à chaque instant publiquement, à propos des expertises médico-légales. Il veut des épreuves orales et la fréquentation d'une clinique, conformément aux décisions de la Commission compétente, consultative, réunie par le chancelier en 1878. La discussion à laquelle prennent part MM. Zinn etMendel, montre le bien fondé des arguments précédents. En conséquence, la Société invite le bureau à adresser de nouveau au ministre de l'intérieur
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une demande dans le même sens qu'en 1878, en arguant des nouveaux motifs. Adopté.
M. de RiNECKER entre et prend place à la table présidentielle. Acclamations de joie de l'assemblée en l'honneur de son jubilé; il y a cinquante ans que l'éminent professeur est docteur. Le président communique à la Société, à la satisfaction générale, qu'une adresse lui a été envoyée au nom de la Société. M. de Rineckrr remercie de ces attentions qui, affirme-t-il, constituent son plus beau cadeau.
M. Pelman. Soins préventifi à V égard des épileptiqves, — Il étudiera la question à lalumière du mémoire de Jolly, publié dans ]esArchiv fur Psychiatrie, Xlll, 2 *, tout en y apportant les résultats de son expérience personnelle. L'épilepsie comprend aujourd'hui des états divers, quant à la violence, à la durée, à la fréquence, qui revêtent les caractères communs d'intermittence, de convulsibillté, de vertige. C'est une maladie chronique qui souvent dure toute la vie et dont la complète guérison est une exception. L'auteur passe ensuite à quelques données statistiques concernant l'Allemagne. 11 existe en moyenne 4,5 épileptique pour i,000 habitants; la Prusse comprend 40,000 épiieptiques sur 20,000,000 d'habitants; l'empire allemand comprend 67,500 épiieptiques sur 45,000,000 d'habitants. La maladie porte chez 70 p. 400 des sujets sur les âges au dessous de vingt et un ans, chez 12 p. 100 sur les trois premières années de la vie. Les épiieptiques meurent généralement avant cinquante ans. Le sexe y est représenté à peu près en égale proportion. — Proportion des aliénés :
Duché de Bade, sur 4,38S aliénés, en 4868, 224 épiieptiques.
Duché de Wurtemberg, 7 p. 400 des aliénés sont épiieptiques.
Autres états allemands, 2,4 à 42,7 p. 400 des aliénés sont épiieptiques.
Asile de Stefansfeld, 5 p. 100 des aliénés sont épiieptiques.
Prusse, fin décembre 1876, sur 44,953 aliénés, 4,144 sont épiieptiques.
Province du Rhin, 1881 ; 23,3 p. 400 des aliénés sont épiieptiques. En somme 4/10 des épiieptiques sont en même temps des aliénés. Conclusions générales :
1^ C'est aux asiles qu'incombent les épiieptiques aliénés, qu'ils soient atteints de perturbation mentale Iransiloire ou chronique. 2oCeux qui, sans être aliénés, sont incapables de travail productif, et qui réclament un traitement hospitalier, doivent être répartis en des colonies organisées pour eux, colonies de grande étendue, établies à la campagne, où Ton puisse procurer aux malades des occupations fructueuses. 3® Les jeunes épiieptiques appartiennent
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de droit à des installations particulières, dans le genre des asiles d'idiots et qui, dans certaines circonstances, pourront être annexés aux asiles d'idiots. 4® C'est la bienfaisance privée, fût-elle d'ordre religieux, qu'il convient de faire intervenir pour ces fondations, quitte à l'Etat à la soutenir s'il le faut. o° Auxépileptiquesquin'ont pas besoin ou n'ont besoin que passagèrement de soins hospitaliers, on réservera le traitement policlinique et l'admission temporaire dans les hôpitaux ou hospices; des quartiers spéciaux devront être institués à cet elfet.
A la suite d'une longue discussion très nourrie, à laquelle participent MM. Binswanger, Pelman, Fûrstner, Mendel, Gudden, Zinn, Kessler, Rinecker, voici la motion générale adoptée à l'unanimité. « La Société, reconnaissant la nécessité de soins préventifs meilleurs et plus complets pour les épileptiques, invite le bureau, en s'adjoignant parmi ses collègues des collaborateurs compétents, à examiner à fond le sujet et à présenter un compterendu sur la question au prochain congrès ».
Le président propose ensuite de remettre au lendemain matin le mémoire sur le placement des criminels aliénés ; les membres de la Société seront plus dispos pour prendre part à la longue discussion que ce rapport soulèvera probablement.
M. ScHWAAB. Assistance des invalides psych(ypatkes de la guerre de 1870-71. — Sous ce titre, l'auteur attire l'attention de la Société sur le sort de ces malheureux, en réclamant son intervention. Trois catégories de vétérans aliénés ont, par suite de la nature même de leurs troubles intellectuels consécutifs au service de guerre, été exclus des bienfaits de la loi sur les pensions militaires. {^ Les uns étaient notoirement depuis longtemps atteints de raflediji mentale à l'époque du délai dernier de forclusion; par suite il y avait impossibilité pour eux à revendiquer, et, de plus, l'inteliijjnce ou la bonne volonté de leurs proches leur faisait défaut, fo Les autres à la même époque parfaitement aliénés refusaient de le reconnaître, et leur entourage les considérait non comme des fous, mais comme des individus moralement pervers. 3^ D'autres enfin au même moment étaient depuis longtemps en puissance de la maladie, mais elle n'était pas développée. Tous ces invalides méritent qu'on s'occupe d'eux parce qu'ils sont incapables de travail, parce qu'ils ont besoin de soins, et qu'enfin ils sont, beaucoup d'entre eux notamment, privés de leur libre arbitre. Gomme c'est la guerre qui est la cause de leur maladie, c'est à TÉtat qu'incombe le devoir de les assister.
Sur l'observation que les autorités que ce soin regarde n'ont jusqu'alors cessé de témoigner de leur bienveillance et de leur libéralité en pareille occurrence (Gudden, Loechner), que c'est affaire de réclamations relatives à chaque cas particulier et n
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d*une déclaration générale de la Société, M. Schwaab retire sa motion.
M. ZiNN présente, pour clore la séance, les comptes de la Société qui se résument en 228 marcs S2 de bénéfices en caisse. Vérification de MM. Fûrstner et Brosuis. Pendant cette vérification, MM. de Rinecker et Zuin sont élus de nouveau comme membres du bureau.
Séance du 16 septembre 1882.
Il parvient au bureau pour être distribué un tirage à part du Zeitseh. des Kônîgl. preuss. Staiist, Bureaus^ année 4882, intitulé : Les Infirmes dans la population prussienne au l'^^ décembre 4880, par le D' Guttstadt.
Le président ouvre la séance en donnant la parole au rapporteur, M. ZiNN, sur le placement des personnes aliénées ou suspectes ^aliénation mentale, qui sont, pour cause de crime o*i délit, inculpées, accusées ou condamnées. C'est le résumé de l'ensemble des questions scientifiques, administratives, hospitalières et pénales qui se rattachent à ce sujet ^ En voici les conclusions :
4* Dans les asiles d'aliénés, on ne peut ni ne doit prendre de dbpositifs spéciaui, ordonner des installations particulières pour les personnes déjà reçues à l'établissement comme aliénées ou soupçonnées atteintes d'aliénation mentale, qu'elles soient préventivement séquestrées, que leur peine ait cours, ou que leur temps de pénalité ait pris fin; le médecin prendra à leur égard les mêmes mesures que celles sur lesquelles il peut compter à l'éf^ard des malades dangereux, et rien de plus. Les principes, les précautions en usage pour le traitement, la surveillance et la sécurité des malades dangereux, leur sont seuls applicables. L'asile d'aliénés est impuissant en pareils cas à fournir contre les évasions, les suicides, les homicides et la sécurité publique les mêmes moyens de préservation que rétablissement pénitentiaire.
Il est du devoir des directeurs d'asiles de conserver à leur établissement son caractère hospitalier en toutes circonstances, et de décliner toute responsabilité à l'égard d'exigences plus étendues. 2^ L'instruction et l'expérience psychiatriques sont absolument indispensables aux médecins des établissements pénitentiaires. 3» Les psychoses aiguës, et celles que l'on suppose devoir évoluer promptement chez les prisonniers, seront traitées à la prison. 11 faut dans ce but créer des installations spéciales là où elles manquent. 4*» On doit s'efforcer d'ériger des établissements pénitentiaires et des prisons, pour les condamnés atteints d'affaiblisse-
ï Société psychiatrique de Berlin, 1882. [Archives de Neurologie, t. V, p. 40e.
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ment physique et psychique, semblables aux prisons d*inYaIides qui existent en Angleterre. C'est à ces prisons-là qu'il faut rattacher des quartiers d'aliénés qui satisfassent à toutes les exigences des soins à donner aux aliénés. On transférera dans ces quartiers tous les prisonniers en cours de peine devenus fous, à la condition qu'ils tombent sous le coup de la conclusion n" 3, qu'ils constituent des criminels proprement dits. Us y seront laissés tant qu'ils seront dangereux pour la sécurité publique. M® Les personnes qui en état d'aliénation mentale ont commis un délit ou un crime, seront traitées et soignées, tant qu'elles auront besoin de soins hospitaliers, dans un asile d'aliénés habituel, il n'y a pas lieu d'enfermer de tels malades dans un asile pour criminels aliénés, ou dans un quartier pénitentiaire d'aliénés. 6" Les personnes dont on instruit l'affaire ou dont l'état mental parait douteux à l'époque de l'acte délictueux, peuvent ôtre soumises à l'observation sans balancer dans un usile d'aliénés, si elles ne sont pas des criminels antérieurement condamnés et très dangereux.
Le rapporteur fait remarquer en terminant que ces conclusions toutes provisoires n'ont été rédigées par lui que pour fournir des points de repère à la discussion. Elle a lieu en eflfeL A la suite des développements présentés par MM. Gutsch, Gudden, Hitzig, Fiirstner, Ideler, Snell, Mendel, Binswanger, Nasse, l'assemblée se rattache unanimement à la motion de Zinn, dressée par lui sur les bases de ses conclusions. Cette motion, dont les termes contiennent la substance même des alinéas précédents, sera envoyée aux gouvernements des états confédérés allemands ainsi qu'au chancelier.
Après une pause d'un quart d'heure, on passe au débat touchant la communication de l'année dernière de Siemens sur les considérations pratiques et légales au sujet de V évasion des aliénés hors de l'asile. On se rappelle, en effet, qu'à la fin de sa communication ^ il soumettait ces deux points à la discussion de ses collègues :
4® L'asile a-t-il le droit d'user de moyens de violences envers ses malades, en dehors du territoire de l'établissement? 2o A qui incombe en cas d'évasion les dépenses de la réintégration? Il est en tout cas évident pour lui que l'établissement, qui a accepté la charge d'un malade, doit empêcher une évasion et s'efforcer, quand elle s'est produite, de réintégrer l'aliéné.
M. Zinn. Dans le Brandebourg, il faut que les autorités locales interviennent, et les dépenses sont débattues civilement; s'il y a faute de l'asile, la commune refuse de payer : d'où un procès.
M. Gudden. £n Bavière, les dépenses extraordinaires sont supportées par ceux qui doivent des aliments ; on y fait rentrer celles
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qui nous occupent, bien qu'on ne soit pas rigoureux à leur propos. Pourquoi, en effet, l'asile a-t-il laissé le malade s'évader ? En dehors du domaine de rétablissement, je le fais suivre, m'adressant au besoin à la direction de la police, et, en tout cas, ne requérant Tautorité locale de la commune que quand il est dangereux.
M. RippiNG traite la question au point de vue du droit. Gomme mandataire des personnes ou de l'autorité qui a fait enfermer l'aliéné, on a le droit de le réintégrer. L'emploi de la force ou plutôt son mode, dépend de la forme de la résistance (passive ou active), déployée par le malade. 11 faut toujours agir en bon père de famille. La mesure est impossible à déterminer; on veillera simplement du début à la fin de l'aventure à ne pas être taxé de négligence grossière, car c'est elle qui doit décider à la charge de qui les dépenses sont imputables.
M. HiTziG déconseille l'emploi de la force et porte la dépense au compte du coupable.
M. LE Président. Du moment où un malade a quitté l'établissement en s'évadant nous ne sommes plus en droit de le réintégrer que par voie judiciaire, en faisant valoir les motifs qui militent en faveur de sa réintégration. Nous n'avons pas à eu supporter les dépenses quand on ne peut démontrer notre culpabilité.
M. Tuczisn. Contiibution à Vétude de Vhypoclwndrie. — L'hypochondrie, considérée comme perturbation psychique, n'est pas une maladie autonome, c'est un symptôme partiel de mélancolie, ou de folie systématique. Elle se montre bien des fois dans les psychoses simples ou complexes sans que la nature hypochondriaque des idées délirantes serve au fond à déterminer le rang clinique de la psychose. Enfin, la mélancolie dite hypochondriaque ne se transforme pas en folie systématique, la folie systématique hypochondriaque n'aboutit pas à la démence.
M. Gnauck. Yalew de rhyoscyamine pour la pratique psychiatrique^. L'hyoscyamine amorphe contient surtout de l'hyoscine; or l'hyoscine est une préparation pure, qui, employée seule en injections cutanées à 0,0005 à 0,001 et 0,002 est hypnotique, mais très toxique même à ces faibles doses. L'hyoscyamine épurée, colorée, très peu soluble, excepté quand on ajoute beaucoup d'alcool, a des effets très peu constants, incertains et souvent toxiques à la dose moyenne de 0,04. Enfin l'hyoscyamine cristallisée, blanche, très pure à la dose sous-cutanée de 0,005 à 0,02 est celle qu'il convient d'employer, parce que, complètement pure, elle peut se formuler à des quantités tout à fait déterminées, elle hypnotise fortement et sûrement, produit très peu d'effets toxiques marqués et se prête très bien, vu sa solubilité, à l'injection hypo-
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dermique. Son action la plus importante est celle qu'elle produit comme hypnotique et cela sans qu'on obtienne d'effets toxiques. Elle agit plus rapidement et plus activement chez les aliénés, que chez les gens bien portants ; dix minutes après Tadministration, le pouls de 76 monte à 1 iO, <30, puis baisse parallèlement et c'est alors que se montre le narcotisme. Que ce dernier soit complet ou qu il se borne à une simple lassitude, le palient est calmé, quoique non analgésie. Le sommeil est long, dure toute une nuit. La meilleure formule d'injection est : eau distillée 20 gr., eau de laurier cerise 40 gr., liyoscyamine 30 centig. ; 1 centig. d*hyoscyamine«= 2 gr. de chloral ■« 3 centig. de morphine — 3 gr. de K. Br. M. Gnaccr a vu en des cas rebelles 3 centig. agir plus vivement que 12 centig. de morphine. Chez les agités, il faut sur le champ injecter I centig. ; chez les tranquilles, on part crescendo de 5 millig. On peut atteindre 2 et même Sceutig. Prodromes de l'intoxication : augmentation du délire, hallucinations spéciales (gros animaux), dilatation pupillaire maxima. Quand on n'observe pas du tout de dilatation pupillaire, c'est que le médicament restera impuissant. L'effet calmant subit exige une seule dose convenable; l'effet graduel émanera de petites doses répétées. Lorsque de petites doses demeurent inertes, mieux vaut augmenter d'un bond que de multiplier les doses; ce procédé est parfaitement compatible avec un traitement continué trois à quatre semaines. Cette prolongation est obligatoire pour les formes chroniques, entrecoupées d'accès d'agitation. Les accidents consécutifs sont entre autres le collapsus qui, très rare d'ailleurs, ne met jamais la vie en danger ; il est toujours facile de les éviter en se guidant sur la soif, la sécheresse buccale, la lourdeur de tête, l'abattement, la diplopie, en quelques cas l'aggravation de l'agitation (idiosyucrasie), tous phénomènes au surplus passagers et sans suite ; la morphine en est au reste un antidote excellent. La rougeur de la face, la sensation de brûlures et de piqûres par tout le corps avec éruption érythémateuse seront aussi prises en considération. La déchéance pondérale que détermine un long usage, n'atteignit jamais plus de 1,000 à l,bOOgr.; il ne faut toujours pas la confondre, non plus que Tinappétence qui l'accompagne, avec le mauvais état de la nutrition qui provient du délire morbide. En résumé, c*est un excellent médicament, et le seul obstacle que Ton rencontre à son emploi journalier, c'est son prix élevé. La daturine, dite légère, en serait le succédané; mais son action moins constante est un peu plus faible ; 4 centig. de daturine correspond environ à 0,008 d'hyoscyamine. L'auteur se loue, en terminant, des alcaloïdes de Merck (de Darmstadt).
M. Lœhr. Que faut-il faire des individus précentivement arrêtés chez lesquels on a diagnostiqué la psychose ? Généralement l'autorité judiciaire assigne aux prisonniers de ce genre, dangereux jxmr la sécurité publique, un asile d'aliénés, par l'intermédiaire de l'adminis-
tratioD, et ordonne leur mise en tutelle. Or, dans le cours de Tannée dernière les choses se sont passées autrement en trois cas particuliers à Berlin. Trois individus de ce genre ont purement et simplement été mis en liberté. Le premier était un escroc. Dans le second fait^ il s'agit d'une bonne d'enfants, ayant empoisonné Tenfant confié à ses soins avec de l'acide sulfurique. Enfin, la troisième observation concerne un jeune homme de 17 ans, atteint d'épilepsie avec hallucinations, accès d'angoisse et impulsions, qui deux fois admis à l'asile et congédié sur les instances et réclamations de sa mère, était arrêté pour meurtre commis sur la personne de celle-ci. Déclaré irresponsable, il était tout bonnement congédié. L'ayant de nouveau arrêté pour vagabondage, la police demandait naïvement s'il fallait le séquestrer à l'asile, ou le laisser en liberté.
Eh bien! ceci prouve pour M. Lœhr qu'il y a des lacunes dans la loi. Il en appelle à la motion du Reichstag, qui, consulté sur les paragraphes 51 et 58 du code pénal, émettait le vœu que le chancelier s'occupât de présenter un projet qui réglementât les errements à suivre pour empêcher les personnes dangereuses et irresponsables de nuire à nouveau Aucune suite n'ayant été donnée à ce vœu, il faudrait venir à la rescousse pour accélérer le résultat final, en insistant sur la nécessité de consulter le médecin expert sur la conduite à tenir, après le rapport, à l'égard du malade. C'est affaire à la Société.
Discussion : M. v. Guoorn. La police est armée; elle a le droit et le devoir d'ordonner, en pareille circonstance, sur la remarque indispensable alors du médecin du danger que le malade fait courir à la sécurité publique, la séquestration de l'aliéné et par suite de le rendre inoffensif.
Telle est également l'opinion de M. Zinn : Les lois existantes suffisent parfaitement. La police seule est coupable de négligence ; M.Lœchner partage complètement cette manière de voir. En conséquence, M. Lœhr retire sa proposition.
M. le président clôt la séance qui termine le congrès de cette année et souhaite que les membres de la société puissent se réunir en d'aussi bonnes conditions Tannée prochaine. MM. Benno, Eckelmann, Grunewald, Hans Lœhr, Matthaes, Poensgen, Sioli sont nommés membres titulaires. (Allg. Zeiisckr.f, Psych., XXXIX, 5.)