‹ Archives de neurologie (volume 4)Chapitre 15 sur 51 · SOCIÉTÉ PSYCHIATRIQUE DE LA PROVINCE DU RHIN · texte numérisé non relu

SOCIÉTÉ PSYCHIATRIQUE DE LA PROVINCE DU RHIN

Séance du 48 juin 4 881 K

MM. Hecker, Burkardt et Siebert sont nommés membres titulaires.

4* M. ScHOLZ communique à la Société un rapport médico-légal concernant un épileptique accusé d'incendie. 11 s'agissait d'un homme de trente-quatre ans ayant été atteint d'épilepsie à ia suite d'un traumatisme céphalique. Accès réguliers. La nuit, pertes de connaissance assez semblables au somnambulisme durant une heure et plus : amnésie complète. Aucune anomalie psychique dans l'intervalle. On l'accusait d'avoir,la nuit, mis le feu à un hangar éloigné delà

^Archiues de Neurologie, t. III, p. 108.

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maison voisine. Pris sur le fait, il s'était enfui. Le lendemain, II racontait à ses camarades quMI était Tauteur du crime, tandis que, dans les interrogatoires répétés qu'il subit, il prétendait s'être couché comme d'habitude et s'être levé à l'heure ordinaire le lendemain. M. Schulz conclut à Tirresponsabilité. L'observation à l'asile confirma le diagnostic : accès convulsifs réguliers avec états d'obnubilation passagère, mais durant un certain temps sous forme de somnambulisme. M. Schulz insiste à ce propos sur la différence entre la perte de connaissance envisagée au point de vue psychologique et médico-légal. Pendant la perte de connaissance, psychologiquement parlant, les actes n'émanent pas de conceptions en* chaînées; ils n'ont pas de but déterminé. L'état d'hypnotisme et l'obnubilation de la connaissance de Tépileptique diffèrent également. L'hypnotisé ne fait rien de lui-même ; il n'est que l'automate de la volonté de l'hypnotiseur : les phénomènes do l'hypnose émanent d'excitations qui vont agir sur les centres du patient, centres qui réÛéchissent les mouvements. Dans les états d'obnubilation psychique, l'activité autonome de la conscience n'est pas supprimée ; il existe toujours une certaine activité conceptuelle qui fournil l'acte, aussi l'absence de souvenir n'est-elle pas un symptôme constant et l'amnésie n'est-elle pas pathognomonique du trouble de la connaissance de l'épileptique. Inversement la persistance de la mémoire ne saurait être d'emblée considérée comme une preuve médico-légale à l'appui de la conscience de l'individu incriminé.

Nassb, qui eut le malade en observation à l'asile, constata les accès d'épilepsie, les accidents nocturnes, une grande irritabilité du caractère et des impulsions, même en dehofrs des accès. Il existait comme aura une odeur subjective de musc. L'historique de l'acte et la diversité dans les allégations du coupable lui font penser que l'individu a commis cette action dans un état de profonde somniation somnambulique.

2<* M. Oebec&e lit son mémoire sur \es Onctions {révulsives) du crâne dans laparalysie générale progressive. Il sera publié in extenso*. — La discussion que ce travail suscite met en lumière l'opinion de Nasse et de Ripping, qui dénient à la méthode toute espèce d'utilité.

Z^ M. Hertz. Rapport médico-légal sur un cas d affaiblissement intel!e*ituel aphasique. Ce rapport concerne un vieillard de 76 ans. resté aphasique depuis 186i, à la suite d'un traumatisme céphalique. Aphasie complète; le malade ne ^'exprime plus et ne comprend plus ce qu'on lui dit. Gomme on ne s'est pas occupé de refaire léducation de la fonction, elle s'est éteinte et a disparu presque complètement. On eut grande peine à lui faire comprendre

' Revues analytiques.

qu'il devait faire un héritage à Jfllich, endroit qu'il connaissait déjà avant 1861. Il ne saisit pas ce qu*on lui lit, ne comprend ni récriture, ni les caractères imprimés, ne peut compter jusqu'à dix. Les nouvelles monnaies lui sont absolument étrangères ; il en de même des jeux. Son vocabulaire courant est extrêmement restreint. . . Conclusion, a A la suite de cette blessure, B... est devenu à un haut degré muet et sourd pour la parole : il l'est resté. En même temps, il a été atteint dans la faculté de lire et d'écrire. Il n'a donc pas été à même d'acquérir des moyens adjuvants complémentaires pour se faire comprendre. Nous savons que la parole et la pensée sont des facultés connexes, que la défectuosité verbale est proportionnelle à la défectuosité intellectuelle; sans la parole ou ses succédanés, nous ne saisissons ni ce qui a rapport à notre personnalité ni ce qui concerne |celle des autres. Toute réduction dans la parole limite le champ de nos acquisitions et celui de la compréhension des notions de nos semblables... B... n*est pas un dément absolu, mais il est descendu à Tétat d'insuffisance intellectuelle de Tenfant. Sa pensée est aussi misérable que sa parole... »

Séance du 12 novembre 1881.

Les nouveaux membres admis sont MM. Roller, Schreiber, Rumpf, Gergens.

A la suite de quelques résolutions concernant certaines modifications à apporter aux statuts de la Société, on passe aux communications suivantes :

1» Ripping. Eapports des maladies de femmes avec les troubles psy» chiques de ces dernières. Publié in extenso *.

2o Schuchardt. Modifications pondérales qui suivent les accès d^épilepsie. Publié in extenso *;

3<* Eickholdt. Pathogénie des attaques de paralysie dans les maladies mentales. Sera publié *.

Séance du M juin 1882.

. M. LE Président informe l'assemblée de la mort de M. Runge (de Nassau). La Société perd en lui un collaborateur actif et ardent. L'assistance se lève en sa mémoire.

* Archives de Neurologie^ Revues analytiques, t. V, p. 37 J.

* /rf., irf., t. V, p. 370.

* Nous Tanalyserons alors.

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io M. U£RTi. Sur la Constatation de la cause anatomique du délire aiffuidiùpatkique. Cette cause réside dans la forme et le volume des deux trous déchirés postérieurs par lesquels la plus grande partie du sang veineux revient du crâne dans la veine jugulaire interne. Celui de droite est d'ordinaire le plus grand (74 fois sur 400 d'après Rûdinger); il reçoit le sang qui, de iasurfacedu cerveau, se jette dans le sinus longitudinal supérieur et de là dans le sinus transverse droit. Le trou de gauche reçoit le sang qui revient de la profondeur du cerveau et du cervelet et se jette dans le sinus droit pour gagner le sinus transverse gauche. RUdinger est le seul qui considère les différences de diamètre de ces canaux comme normales ; d'ailleurs, il ajoute qu'il ne les a jamais trouvés tous deux étroits absolument «t respectivement parlant. M. Hertz les a rencontrés dans la maladie en question tous deux rétrécis et dans des condi* tions telles que la circulation compensatrice ne se pouvait effectuer au moyen des veines émissaires qui passent par les trous du même nom. De là évidemment un rétrécissement du calibre interne des veines jugulaires entraînant la stase^ avec toutes ses conséquences, au point de vue des fonctions du cerveau. 1/auteur a actuellement observé onze cas de délire aigu idiopathique. Le dernier concernait une femme de trente-neuf ans qui, adroite, ne présentait pas de sinus transverse; les dépressions osseuses correspondantes manquaient également. La partie postérieure du trou déchiré postérieur ne contenaitque les nerfs ; la portion antérieure renfermait un sinus pétreux fort volumineux, aboutissant dans la veine jugulaire. Absence des veines habituelles ordinaires. A gauche, le trou déchiré postérieur mesurait pour plus grand diamètre 4!2 millimètres et 8 millimètres dans son plus petit, soit à peu près 4 millimètre de moins que normalement.

L'étude nosographique faite par M. Hertz à la lumière de ses observations, se résume ainsi : La maladie comprend deux formés dont révolution est indifféremment très prompte. Une forme maniaque; une forme mélancolique. Le stade prodromique est surtout long dans cette dernière. U se manifeste, surtout dans la forme maniaque, par de Texpansivité verbale et épistolaire. Six cas de récidive sous la même forme; quatre pour la manie, deux pour la mélancolie. Les causes sont la prédisposition, les malformations crâniennes. Le sexe concernait dans respèce,qua Ire hommesetsept femmes. L'âge variait de vingt à soixante-neuf ans. Le diagnostic n'est jamais facile quand on a affaire à une première atteinte; on ne sait si l'on est en présence d'une mélancolie anxieuse avec agitation, d'une manie avec fureur au début, ou, chez les individus d'un certain âge, à une paralysie progressive avec agitation prodromique, ou enfîn à une méningite. L'époque des règles favorise l'explosion de la maladie.

La fièvre ne saurait servir de guide, car, même à la période d'acmé, on constate de grandes oscillations thermiques. Signes favorables pour les deux formes : pouls constamment très rapide* désordre extrême dans les idées, loquacité saugrenue, prévention anxieuse, terreur, agitation motrice sans but, déchéance rapide consécutive à l'agitation, hallucinations sensorielles .terrifiantes. Signes particuliers à la forme maniaque : impétuosité enragée sans tendances aggressives, mais dangereuse pour la sécurité du malade, exagération des réflexes, insomnie, refus de nourriture, dysphagie* constipation, anurie, refroidissement des extrémités, enrouement, regard terne, coloration terreuse de la face. Quand l'agitation mo* tri ce cède, le patient reprend ses sens, éprouve une sensation forcée de bien être, devient gai et content. Pas de convulsions, du moins dans huit cas. Durée entre douze et dix* sept jours; mort dans huit observations dont deux de mélancolie. La mort résulte de préférence de paralysie du cœur. Quand il se montre des complications d'hypostasc pulmonaire, Thyperthermie est considérable. La transformation chimique du sang stagnant accélère la mort par la moelle allongée. L'autopsie décèle un type d'injection vasculaire des veines et des artères, sans œdème ni hydrocéphalie, dans le cerveau moyen, le cervelet, la portion supérieure de la moelle. Intégrité des artères. Coloration bleue, grise, (brune, des centres en question. Sang noir, dépourvu de consistance. Stases lymphatiques (vaisseaux et espaces) visibles à. Tœil nu.

Tous ces détails autorisent à substituer à la dénomination précédente celle à^hyperémie stasique vraie de l'encéphale par cause mécanique.

Traitement. Bains chauds avec fortes révulsions cutanées suivis d'enveloppement dans des couvertures de laine pour obtenir des sueurs profuses et prolongées. Convalescence de durée variable.

t^ Jehn. De la valeur thérapeutique des enveloppements [draps) humides dans le traitement des psychoses. Ce travail sera publié in extenso séparément ^

La discussion qui s'engage sur ce sujet met en relief l'opinion contradictoire de Ripping pour qui ce mode hydrothérapique ne s'applique qu'aux mélancoliques stupidcs à la condition qu'il soit continué longtemps, durant plusieurs mois. Il n'est indiqué que lorsque la nutrition, la circulation cutanée et la chaleur du corps sont considérablement diminuées. Il n'a pas de valeur quand on a affaire à de l'agitation motrice, qu'il s'agisse de la manie ou de la mélancolie.

3* Von VoiGT. Sur le délire d'épuisement.

L'auteur appelle de ce nom un processus pathologique qui se développe à la suite d'un violent épuisement psychique ou soma-

> Nous l'analyserons alors.

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tique, a une évolution courte, est polymorphe et changeant dans ses symptômes. Il fait généralement explosion, après\ine violente émotioo, brusquement; mais, quelque temps auparavant, le surmenage somatique et psychique s'était invariablement manifesté par toute sorte de malaises nerveux et des hallucinations isolées. Il débute la plupart du temps par un accès d'angoisse d'intensité variée, auquel succède une agitation rapidement croissante qui, en peu de jours, atteint son acmé, et demeure telle quelle» à part quelques oscillations vespérales, pendant plusieurs jours et semaines, pour tomber soudain. Souvent Tanxiété et la manie se relaient ; c'est là le cachet caractéristique de la psychose : selon que l'angoisse ou la turbulence prédomine, ou observe des conceptions et hallucinations tristes ou gaies. En même temps, tremblement généralisé, tremblement fibrillaire de la face, titubation, troubles légers de la parole, violentes palpitations de cœur avec irrégularité du pouls, alternative de congestion et de pftleur. Aussi, le pronostic paralt-il défavorable. Mais il n'en est rien, la guérison survenant en moyenne an bout de deux à trois semaines. L'amnésie totale au début de la convalescence fait place à une connaissance parfaite quand la guénson est devenue complète ; aloi*s aussi les idées délirantes perdent de leur corps et se rectifient spontanément. Autre forme : explosion non plus aussi soudaine ; prédominance des hallucinations au début; période d'acmé, comme plus haut* Ces entités se développent presque sans exception sur un terrain prédisposé pai' l'hérédité on autrement. 11 s'agit d'individus irritables, pleurards, dénués d'énergie, d'enfants en un mot. Quelquefois elles se greffent sur une psychose primitive dont elles constituent parfois le stade initial imprimant alors à la maladie un caractère dégénératif. Pronostic favorable, excepté quand il y a insufGsance intellectuelle congénitale : dans ce cas, la terminaison est la démence avec agitations périodiques. Rarement les malades viennent à l'asile à cause de la brièveté de révolution : douze cas sur 2,250 admissions. L'absence d'hyperthermie, le peu de gravité des phénomènes d'excitation et de paralysie psycho-somatiques différencient le délire. en question du délire aigu. 11 est plus intense et de moins courte, durée que le délire alcoolique.

Discussion : Nasse. De semblables états se voient aussi passagèrement en d'autres modalités psychopalhiques. Ils ne constituent donc point une entité particulière. D'ailleurs, jusqu'ici on a désigné sous le nom de délire d'épuisement et d'inanition des troubles psychiques à caractère dépressif qui succèdent à des maladies somatiques fébriles aiguës graves. (AUg. Zeitsschr, f. Psych, XXXIX, 6.)

P. Uraval.

15i SOCIÉTÉS SAVANTES.

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