SOCIÉTÉ PSYCHIATRIQUE DE BERLIN
Séance du iojuin 4882.
M. Lœhr, en sa qualité de président, communique à l'assemblée l'état de ses affaires et lui fournit un court rapport sur l'année sociale qui vient de s*écouler. On procède ensuite, conformément aux statuts, au renouvellement du bureau : M. Lœhr est à l'ananimité choisi de nouveau comme président, M. Bemhard est nommé secrétaire.
M. Lœhr prend la parole sur Yexamen dans les asiles d'aliénés des états psychiques douteux. Cette question était en somme la même que celle traitée à la séance de décembre {88i ■, ainsi qu'au Congrès des aliénistes allemands (Eisenach, septembre 4882 *)^ nous nous contenterons de reproduire les conclusions de l'auteur :
I* Quand, dans un cas douteux, il sera nécessaire de rechercher si un individu, préventivement arrêté, est aliéné ou non, la mai-
I Archives de Neurologie^ t. V, p. 400.
»W.. t. VI, p. IS3.
son de santé pour ps7choi>athes conslituera le lieu le plus propre à se rendre compte de Tétat mental ;
2<^ Lorsque des actes criminels graves motivent l'examen de l'état psychique, Tasiie d'aliénés n'est pas disposé de telle sorte qu'on soit en mesure de répondre du sujet que l'on vous confle, de s'assurer de l'auteur du crime. Pour acquérir cette garantie, il faudrait construire des aménagements spéciaux ; mais on donnerait alors à l'asile une cellule de prison qui ne serait plus favorable au traitement médical des malades, au parfait développement des soins hospitaliers; l'aspect de l'établissement serait impropre à dissiper les préjugés que le public conserve encore à l'égard des asiles d'aliénés ;
3<^ Pour concilier les droits des malades avec la sécurité publique, le mieux est de transporter l'individu à examiner dans un établissement d'aliénés rattaché k un établissement pénitentiaire, ou à un asile pénitentiaire vrai, comme cela se pratique en Saxe, ou sous une autre forme en Angleterre. De tels errements, que Ton commence également à suivre en Amérique rallient en ce moment les suffrages d'autres États cultivés;
4<* Tant qu'il n'existera pas de construction de ce genre, il faudra s'en remeUre au directeur de l'établissement psychiatrique du soin de décider, après examen préalable de l'individu en question, s'il veut le recevoir en observation dans son asile, ou si celui-ci ^oit rester dans la prison jusqu'à ce qu'on ait posé le diagnostic ;
5<^ Si, en dépit de sa résistance motivée, le médecin de l'asile est forcé de recevoir l'individu à examiner, il devra décliner formellement toute responsabilité & l'égard de l'obligation de s'assurer de la personne du sujet qu'on lui impose.
La discussion, à laquelle prennent part MM. Schrœter, Zinn, Reinhard, Edel, Lœhr, aboutit & l'abstention de conclusions touchant un problème qui doit faire l'objet du prochain Congrès des aliénistes^ Tout le monde est d'avis qu'il y a actuellement des lacunes à combler.
M. Mendel communique à la Société un fait de paralysie progressive des aliénés. Il s'agit d'un homme entaché d'hérédité ayant commis des excès de boisson, des excès vénériens. Dès l'âge de trente-quatre ans, on constatait une dilatation de la pupille gauche ; à trente-six ans, dilatation de la pupille droite. Ce n'est qu'à trente-huit ans qu'apparaissent les premiers symptômes psychiques (idées d'empoisonnement, tentatives de suicide) ; plus tard mégalomanie, accès épilepti formes et apoplectiformes survenant coup sur coup, et entraînant une démence très prononcée, paralysie générale et contractures. Mort douze ans après l'apparition de la première modification de la pupille» huit ans après l'occurrence des
^Archives de Nt^urolngie, l. VI, p. 139.
premiers symptômes psychiques. L'autopsie témoigne de Taspect macroscopique des lésions de la ménin^'o-encéphalite, surtout au niveau de riiémisplière droit dans les lobes pariétaux. Le microscope décèle l'existence d'une encéphalite interstitielle généralisée de Tartérite de Heubner, de la dégénérescence stéatopigmentaire du noyau de Toculo-moteur commun, de la dégénérescence des pyramides dans les cordons latéraux (préparations à l'appui). L'orateur fait remarquer : 1<^ la longue durée de la maladie ; S*^ la paralysie prématurée de Toculo-moteur commun ; 3« la sclérose des cordons latéraux dans ses rapports avec les contractures; 4« la nature du processus rapprochée de la syphilis artérielle; le cas sera publié i;) extenso.
Discussion : M. Jastrowitz met en lumière que Albr. de Grœfe a considéré la dilatation pupillaire qui saute d'un côté h l'autre comme pathognomoniquc d'une affection organique du cerveau. 11 ne tend pas à admettre que la paralysie générale procède d'une encéphalite parenchymaleuse.
M. Mendel est d'avis que la remarque de Grœfe sur les pupilles sautantes s'applique à d'autres états de la pupille qu'à celui de son cas. Bien que l'on ne puisse admettre, dans l'espèce, une encéphalite parenchymateuse, il a constaté ce genre de lésion^ pendant l'évolution anatomique d'un stade précoce de la paralysie générale (stase lymphatique péricellulairc avec atrophie consécutive des cellules}.
M. Reinhard lit un travail sur Vemploi des bains pei^manents dans le décubitus gangreneux des psychopathes paralysés. Le mémoire sera publié en détail^
Au cours de la discussion, MM. Lœhr et Jastrowitz se rattachent à ce mode de traitement; ils emploient pendant le repos au lit des coussins d'eau et appliquent sur les ulcères de la poudre d'iodoforme. {Allg. Zeitshr., f. Psych,, XXXIX, 5.) P. Kkraval.
* On en trouvera l'analyse aux Revues analytiques.
BlBLlOGRAPHIIi
IV. Les phénomènes hystériques et les révélations de sainte Thérèse par G. Hahn, professeur de physiologie au Collège de la Compagnie de Jésus, il Louvain. (Mémoire couronné au concours de Salamanque; extrait de la Revue des Questions scientifiques ,
Nous nous bornerons à reproduire sans commentaires la conclusion de cette très intéressante étude :
« Nous nous sommes proposé d'examiner si les visions et les révélations de sainte Thérèse présentent un caractère surnaturel, susceptible d'être démontré avec toute la rigueur des procédés scientifiques. Dans cet examen, nous n'avons pas invoqué les garanties que peuvent fournir Tacte solennel de la canonisation et le caractère divin de l'Église dont Thérèse était membre; nous n*avons pas même profité des analogies que nous aurait procurées la comparaison des révélations de la sainte avec d^autres révélations d'une incontestable authenticité; procédé très légitime cependant, employé avec beaucoup de succès dans ce genre de questions par des théologiens éminents, et en parfaite harmonie avec les exigences d'une critique éclairée.
« L'analogie, en effet, est un puissant moyen d'investigation dans l'application des sciences expérimentales aux cas individuels; à l'égal des autres procédés d'induction, elle permet de remonter avec certitude jusqu'à l'origine des phénomènes, et il n'est pas rare de voir le médecin, par exemple, en état d'établir le diagnostic le plus assuré sur la simple ressemblance du cas qui se pose devant lui avec telle maladie dont ses observations antérieures lui ont révélé la cause ca'^hée et l'évolution intime. Mais c'eût été affirmer dans nos prémisses qu'il y a de véritables révélations, et, conformément à l'esprit de la troisième question du concours de Salamanque, nous avons préféré rester constamment sur un terrain accessible aux rationalistes.
« Nous n'avons pas prétendu découvrir ce caractère surnaturel, en étudiant telle ou telle révélation séparée de l'ensemble. Quand un fait de ce genre date de trois siècles, on conçoit aisément que les détails transmis par le témoignage incomplet des documents historiques puissent être insuffisants pour démontrer directement sa nature. C'est là ce que disait notre second chapitre.
'2sG niULiotiUArHiE.
« Au contraire, lorsqu'il est permis d'examiner et de comparer un grand nombre de faits semblables, la démonstration peut devenir abordable; alors môme que chaque fait isolé pourrait dériver de plusieurs causes différentes, il arrive que l'ensemble doit l'attribuer à une seule, à Texclusion de toutes les autres.
« Or, des faits comme ceux qui nous occupent ne peuvent avoir que deux origines différentes : ou bien Thystérie avec son cortège de symptômes hypnotiques, ou bien Taction d*un être supérieur, étranger & notre monde visible.
c( L'hystérie, dans ses manifestations ordinaires et pour ainsi dire vulgaires, est assez généralement connue ; mais la cause et le mécanisme des phénomènes étranges qu'elle présente, surtout lorsqu'elle est portée à son paroxysme, ne sont pas encore entrés dans le domaine de la vulgarisation. L'école de M. Charcot a fait faire à la théorie de ce mal des progrès considérables, et ces nouvelles observations sont de date si récente qu'elles pourraient fort bien n'être pas encore connues de tous nos lecteurs. C'est une lacune que nous avons voulu combler dans les chapitres III et lY. Nous y avons d'abord considéré les caractères de l'état hystérique, puis nous avons passé eu revue les diverses périodes de l'attaque, avec les modifications qui s'y introduisent parfois par l'immixtion de phénomènes hypnotiques.
« Après avoir ainsi déterminé la nature de cette maladie, dont les manifestations sont parfois si singulières, nous étions en mesure d'examiner si elle pourrait servir à expliquer les phénomènes extraordinaires dont l'âme de Thérèse fut le théâtre.
« Gomme les rationalistes ne lisent guère la Vie des Saints, et que, en dehors de l'Espagne, ils ne peuvent être très familiarisés avec les œuvres de la religieuse castillane, nous avons donné quelque développement au récit des événements qui ont rempli sa vie.
« Ces faits nous ont permis d'apprécier le caractère physique et moral de la sainte. Au point de vue physique, elle était aflligée d'une maladie épileptiforme, dans laquelle nous avons reconnu tous les symptômes organiques de la grande hystérie. Son organisme était singulièrement impressionnable, et cette grande excitabilité se trahissait au dehors par les troubles physiques qui caractérisent la névrose hystérique.
« Au début de notre travail^ nous avions déduit de l'observation expérimentale une corrélation à peu près constante entre le caractère physique et le caractère moral des hystériques : l'impressionnabiiité de l'organisme se communique généralement à Tintellîgence et à la volonté, qui deviennent à leur tour mobiles et variables. La réformatrice du Garmel fait exception à cette loi, et nous avons établi ce caractère exceptionnel sur des faits incontestables. Autant les hystériques sont généralement volages, incons-
lilUUOGKArUlE. '2H7
tantesy passionnées, autant sainte Thérèse était grave, réUcchie, patiente, persévérante.
« Dans l'acception commune, le mot hystérie embrasse & la fois les phénomènes organiques et les phénomènes intellectuels. Ce serait donc aller à rencontre de la vérité que de dire, sans correctif aucun, que la noble Espagnole était hystérique. Si l'exactitude exige le respect des nuances, à plus forte raison réclame -t-elle le respect des distinctions profondes et essentielles. Désireux d'éviter l'introduction de locutions nouvelles, je ne trouve, pour exprimer ma pensée, aucune formule plus satisfaisante que celle-ci : Thérèse souffrait d'une hystérie organique, elle n'était nullement atteinte d'hystérie intellectuelle.
« C'est même trop peu dire, car, sous le rapport intellectuel et moral, elle était au pôle opposé des hystériques ordinaires.
« Ces considérations, basées sur les faits, nous ont montré quel fonds nous pouvions faire sur la rectitude de son jugement. En dehors de ses révélations, elle nous a habitués à la plus grande exactitude dans ses narrations, à la franchise la plus entière. Ennemie de l'exagération, elle apporte dans Texamen des faits une intelligence droite et sûre d'elle-même. Il suffît qu'elle soit aussi scrupuleuse de la vérité dans l'exposé de ses visions, pour que nous soyons à même de les bien apprécier.
« Les manifestations extraordinaires dont elle fut l'objet se divisent en deux classes : aux unes, elle attribue le démon pour auteur; les autres, elle les rapporte à la Divinité comme à leur source. Que le phénomène se rapporte à la première classe ou & la seconde, nous ne la surprenons jamais en défaut dans sa description des faits.
« Pouvons-nous en dire autant de l'interprétation qu'elle leur donne ? Ces deux espèces de modifications internes ne sont point solidaires l'une de l'autre ; le défaut de science médicale pouvait fausser l'interprétation des premières, si exacte qu'en eût été l'observation. A notre avis, c'est ce qui est arrivé ; mais, évidemment, on ne peut pour cette raison mettre en suspicion les facultés intellectuelles de notre sainte, et vouloir que, par contagion, elles fussent infectées d'hystérie.
a Les manifestations divines ont de tout autres caractères, et comme, au rapport de Thérèse, elles ont été l'objetnon d'une déduction raisonnée, mais d'une intuition immédiate, si l'erreur s'y était glissée, elle eût atteint non l'interprétation des phénomènes, mais l'observation elle-même; fait très important à noter, car il pose très nettement la distinction entre les phénomènes divins et les phénomènes diaboliques. Nous avons examiné successivement les différents caractères des manifestations divines; nous avons discuté au point de vue purement scientifique les assertions de la sainte, et nous sommes arrivé à celte conclusion, que, si Dieu
*iS8 DIOLIOGKAPUIE.
n*était pas Tauteur de ces visions, il fallait choisir entre Thypothèse absurde d'une intelligence qui se trompe sciemment ellemême et rhypothèse insoutenable d^une personne éminemment sincère, ennemie au souverain degré de la divulgation des secrets de son âme, et ourdissant toutefois de plein gré un tissu de révélations fictives dans un but do déception. Aucune de ces deux alternatives ne paraîtra admissible & un savant de bonne foi, fut-il incrédule et rationaliste. C'est pourquoi nous croyons avoir prouvé que, quand les rationalistes accordent à sainte Thérèse de Jésus une grande promptitude et une grande force de réflexion, une connaissance claire, exacte et profonde des opérations de son âme, ils nous offrent, même sous ce point de vue, une preuve concluante pour démontrer que la sainte était parfaitement à même de distinguer entre le naturel et le surnaturel, et qu'elle n'est pas victime d'une illusion, quand elle parle de ce second ordre avec autant d'assurance que du premier.
c< Ces paroles, empruntées à la troisième question du concours de Salamanque, résument parfaitement notre travail et peuvent lui servir d'épilogue. >» Ch. F.
V. Die japanische kak-ke (Béribéri) ; par B. Schelbe. (Leipsig, 4882.)
C'est une monographie très complète tant au point de vue historique (très curieux chapitre sur les mentions faites de cette maladie dans l'ancienne littérature japonaise), qu'au point de vue clinique et anatomo-pathologique ; l'auteur rapporte un certain nombre d'observations suivies d'autopsies, soit personnelles, soit empruntées à d'autres auteurs.
La fréquence de la kak-kè (— maladies des jambes — , béribéri) serait considérable, puisqu'en 4878, sur un relevé des cas de celte affection dans les garnisons de différentes villes, on n'en a pas constaté moins de 38 cas sur 400 soldats ; il est vrai qu'en 4877, la proportion n'avait été que de 47 p. 400, mais c'est encore là un nombre très élevé.
La kak-kè s'observe surtout dans les grandes villes, dans les agglomérations d'individus, on la même vue plusieurs fois éclater sur des navires, — Le maximum de fréquence est pendant les mois chauds, et surtout pendant le mois d'août.
La kak-kè est extrêmement rare chez les Européens ; l'auteur n'en connaît que deux cas bien certains (un Allemand et une Anglaise) ; les hommes sont beaucoup plus souvent atteints que les femmes. C'est une maladie surtout de Tadolescence (maximum de fréquence, 15 à 25 ans). Au point de vue clinique, l'auteur distingue quatre formes de kak-kè : une forme rudimcntaire, une forme atrophique, une forme hydropique, une forme aigiiè pertiicieuse.
BIBLI06RAPHIB. 289
En somme, les symptômes principaux de cette maladie sont, d'après Scheube : \^ une paralysie motrice et sensitive, surtout des membres inférieurs, accompagnée quelquefois de phénomènes d'excitation, et coïncidant avec une atrophie des muscles; — 2* une affection du cœur constituée objectivement par Taccélération (80 à 100 et même 120) et Taffaiblissement des battements ; et subjectivement par des troubles d'intensité diverse pouvant acquérir le plus haut degré dans la dyspnée asphyxique terminale de la forme aiguë pernicieuse ; — Z^ les hydropisies, soit dans le tissu cellulaire sous-cutané, soit dans les cavités séreuses ; — 4* un abaissement de Caciivité rénale.
Quant à la nature de Taifection, l'auteur rappelle que Wernich et Anderson ont pensé que la lésion primitive siégeait dans la moelle, et le premier se basait sur l'existence fréquente de sérosité dans les méninges pour appuyer son opinion ; mais Scheube fait remarquer que les hydropisies existant très souvent dans la kak-kd, il n'est pas étonnant qu'elles atteignent aussi les méninges. D'ailleurs, dans les cas d' Anderson, de Simmons, de Baelz et de l'auteur où l'examen de la moelle a été pratiqué, on n'a pas trouvé de lésions ; dans deux autopsies cependant (Bacly, Scheube) on a vu l'atrophie de quelques cellules des cornes antérieures, mais ces lésions ne seraient que secondaires, et non primitives. La vraie lésion initiale serait périphérique et constituée par une névrite multiple à marche subaigué; et, en effet, Scheube a , dans deux cas , constaté l'inflammation des nerfs avec tendance à la cirrhose ; ces altérations étaient plus accentuées dans les petites branches que dans les gros troncs ; il a vu aussi que les muscles atrophiés étaient inGItrés d'éléments embryonnaires avec augmentation du tissu conjonctif, et en conclut qu'ils étaient le siège d'une inflammation aboutissant à Tinduration. Il pense que les lésions peuvent se propager aux racines médullaires, et croit môme dans un cas en avoir observé dans les ganglions spinaux et les racines adjacentes ; quant à l'atrophie des cellules des cornes antérieures qu'il a trouvée dans un cas, la regarde comme secondaire. D'ailleurs, l'aspect clinique de la maladie accuse bien sa nature périphérique; c'est ainsi que les troubles fonctionnels sont inégalement développés des deux côtés, quelquefois même une seule extrémité est atteinte ; l'atrophie musculaire est très précoce et très développée ; même dans les périodes peu avancées de la maladie, il y a diminution de l'excitabilité électrique. A ces troubles moteurs qui, il est vrai, peuvent se retrouver dans les affections médullaires avec lésions des cornes antérieures, il faut agouter, — et c'est là ce qui plaide pour la nature périphérique de la maladie, — l'existence de troubles trophiques et sensitifs, et notamment la sensibilité toute spéciale des troncs nerveux et des muscles & la pression.
AncHivKs, t. VI. 49
290 BIBUOORAPUIE.
' Quant à la dégénérescence graisseuse du cœur qu'il a vue quelquefois très intense, Scheube tend à l'attribuer à une névrite du pneumogastrique, ainsi que l'accélération des battements du cœur.
Les hydropisies, l'œdème devraient être rapportés soit aune paralysie des vaso-moteurs, soit au trouble trophique des parois des vaisseaux (Baelz), soit aux lésions des nerfs, et sont analogues à l'œdème des hémiplégiques et de certaines myélites.
Lai diminution de la sécrétion urinaire, rapparition de l'aibu- ' ininurie seraient dues à ralTaiblissemenl de l'action cardiaque.
En résumé, la conclusion de Scheube sur la nature de la kak-kë est la suivante :
' La kak'kè est constituée par une névrite multiple à marche subaiguè produite par un poison spécial.
La nature de ce poison est jusqu'à présent inconnue, mais il est probable que Ton a afiaire à une maladie de nature infectieuse.
P. Marie.
YL Note sur vingt^deux opérations de goitre ; par MM. Louis et Auguste Reverdin.
Ces vingt-deux opérations se répartissent de la façon suivante : M extirpations totales de la glande thyroïde (14 g. parenchymateux 5 g. kystiques, < g. lobule), 2 extii^pations partielles (1 g. parenchymateux, 1 g. lobule, yénucléation (g. lobule), 2 incisions avec résection partielle de la paroi (g. kystiques).
Ces différentes méthodes opératoires sont décrites avec soin ; - leurs applications respectives, les avantages et les inconvénients qu'elles présentent sont très judicieusement exposés.
Sur ces vingt-deux opérations, deux seulement ont été suivies de mort, toutes les autres ont guéri : dans un seul cas, il y a eu récidive & la suite d'une extirpation partielle, ce qui a nécessité une ' opération complémentaire. 11 n'est question ici que des goitres proprement dits et non des diverses tumeurs malignes de la thyroïde.
La guérison a toujours eu lieu rapidement (27 jours à Thôpital,
• 8 & la clinique). Les malades ont été pansés d'après les règles les plus strictes de la méthode antiseptique, et, le plus souvent, la réunion a eu lieu par première intention.
Ce simple exposé suffira, nous l'espérons, à montrer l'intérêt
chirurgical de ce travail, et nous regrettons de ne pouvoir lui
donner plus de développement, mais cette brochure se recommande
encore à un autre point de vue , ainsi que nous allons essayer de
-le démontrer en passant en revue les accidents consécutifs à l'ex-
• tirpation du goitre.
Ces accidents sont divisés en immédiats et consécutifs : les accidents
immédiats sont Vhémorrhagie et la sufocation. L'extrême gravite que peuvent revêtir ces deux complications, et particulièrement la dernière, doivent engager le chirurgien à ne pas pousser trop loin Tanesthésie, ou même, ainsi que Je conseillent MM. Reverdin^ à s'en passer tout à fait.
Parmi les accidents consécutifs, les plus constants sont les troubles de la phonation (raucité de la voix, aphonie) et de la déglutition (dysphagie), l'hypertrophie de la cicatrice, quelques troubles circur laloires (refroidissement, petitesse du pouls), et enfin des accidents nei'veux (tétanie, hystérie, myxœdèine ?) sur lesquels nous devons insister particulièrement.
La tétanie s'est présentée chez trois femmes nullipares qui avaient subi l'extirpation totale de la glande. ^— C'est au moment où on faisait lever ou asseoir les malades pour le pansement que se sont déclarés les phénomènes tétaniques (contracture des doigls, de la main, des membres supérieurs, etc.) — Billroth avait déjà signalé cette complication qu'il avait observée également chez des femmes et après Textirpation totale (48 fois sur 68 opérations). — C'est là, d'après les auteurs, un phénomène réflexe lié, sans doute, à une irritation du grand sympathique sans qu'il soit nécessaire de faire intervenir les organes génitaux de la femme dans la pathogénie. Kocher ayant observé un cas de tétanie chez un jeune garçon.
V hystérie a succédé chez une malade à l'extirpation totale (mutisme subit, crise de dyspnée, anesthésie, hyperesthésîe ovarienne, etc.), et le développement de la névrose a coïncidé avec l'apparition de troubles menstruels. — Chez une autre malade, au contraire, hystérique avant l'opération, les attaques disparurent après Textirpation de la thyroïde. On ne saurait actuellement tirer/ de ces deux faits isolés et contradictoires, une preuve de l'influence de la suppression du corps thyroïde sur les phénomènes hystériques.
A côté de ces accidents, dont le mécanisme duit s'expliquer par une modiflcation du système nerveux sympathique, nous devons maintenant en signaler d'autres d'une interprétation un peu plus difflcile et encore peu connue : « Ceux-ci sont tout à fait spéciaux « à ïextirpation totale et se caractérisent par une pâleur progressive « de la face, une tuméfaction œdémateuse des mains et du visage « (lapression du doigt ne laisse pas d'empreinte), de la fatigue et de a la faiblesse générale, de la maladresse dans les mouvements et w quelques troubles inteUectuels plus ou moins a^ccusés (lenteur de « la parole, diminution de la mémoire, etc.) » C'est toujours deux ou trois mois après l'opération çt après ui^e période de bren-ètre assez marquée, que ces accidents se développent. Ils disparaissent, en général, mais toujours très lentement et après une période stationnaire souvent fort longue.
Quelle peut être la pathogénie de ces accidents? Il est incontes-
992 INDBX BIRMOORAPHIQUB.
table que ces phénomèaes se rapprochent beaucoup de ceux que l'on observe chez les crélins, mais raiialogie que nous signalons est encore plus frappante si on les compare à ceux du myxœdème. Ce qui conQrme ce rapprochement, c'est l'état d'atrophie de la thyroïde qui a été signalé dans beaucoup d'observations de myxœdème. De là à supposer que la suppression de la glande thyroïde dans un cas,ratrophie de cette même glande dans Tautre, retentissent sur la composition du sang et sont la cause de Tinflitration des tissus par la mucine (Ord.), la transition semble logique. Pourtant cette théorie hématopsiétique, malgré ce qu'elle a de séduisant à première vue, est rejetée par MM. Reverdin. — S'appuyant sur des arguments qu'ils nous est impossible de reproduire ici, ces auteurs préfèrent accorder, dans la pathogénie de ces accidents, un rôle prépondérant aux lésions nerveuses sympathiques résultant de l'opération.
Le corps thyroïde serait un centre d'innervation vaso-motrice dont la suppression modifierait les échanges organiques et déterminerait Tinfiltration des tissus par la mucine.
Pour se prononcer entre ces deux théories, il faudrait préalablement savoir si la mucine est réellement la cause du myxœdème et si la bouffissure, signalée par MM. Reverdin, a bien la même origine ; il faudrait en outre rechercher d'où provient la formation exagérée de cette substance et quelle est l'altération du sang qui résulte de la suppression de la glande thyroïde.
Toutes ces questions sont encore à l'étude : ce n'est que par de nombreuses observations et de nouvelles recherches expérimentales qu'elles pourront être élucidées.
Pour n'avoir pas résolu cet intéressant problème de physiologie, le travail de MM. Reverdin n'en est pas moins remarquable : il établit, d'une part^ le brillant parti que l'on peut tirer de l'intervention chirurgicale dans la thérapeutique du goitre; il nous montre, d'autre part, qu'i! pourrait bien exister certaines relations, plus étroites qu'on ne l'avait cru jusqu'ici, entre le crétinisme, le myxœdème ou état crétinoïde et les accidents que nous venons de signaler et auxquels les auteurs proposent de donner le nom de myxiBdéme opéraUdre, G. D.
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