CERVEAU ET PLUSIEURS FOYERS DE RAMOLLISSEMENT DE LA SUBSTANCE
CERVICALE ; par Erlitzky. {Ibid.).
Dans l'étiologie de ce cas — excès de travail intellectuel et sy-
philis, — Tauteur attire Fattention sur ie fait que la syphilis grave du cerveau avec les manifestations spécifiques primaires et secondaires très bénignes s'observe surtout chez des personnes qui travaillent beaucoup intellectuellement. La marche de la maladie est la suivante :
Trois ans après la syphilis primaire, — forme très bénigne — maux de tête et diplopie. Deux ans après, aphasie avec agraphie de peu de durée. Cinq mois après, à la suite des émotions, violentes dépressions, perte graduelle et profonde de conscience (connaissance), avec hallucinations variées et nombreuses. La température a monté plusieurs fois à 39^. Mort vers la fin de la quatrième semaine, après la dernière rechute. (Malheureusement, Tauteur |ne nous donne pas Tautopsie des autres organes.)
A l*autopsie du cerveau, on trouve : Artères athéromatenses surtout la syl vienne gauche; une de ses branches complètement oblitérée et un petit foyer de ramollissement dans la substance grise et blanche correspondant à la partie nourrie par cette branche (dans la partie postérieure de la troisième circonvolution frontale gauche). — Un pareil foyer de ramollissement dans la protubérance à gauche de la ligne médiane. L'examen microscopique montre une forte hyperémie de tous les capillaires de la substance grise corticale dont les parois sont épaissies par places. Les parois des petites artères sont épaissies et ont subi par places la dégénérescence graisseuse. — L*auteur explique la dépression profonde et les hallucinations par rhyperémie de la substance corticale due au foyer de ramollissement ; l'auteur fait la supposition qu'un faisceau de nerfs vaso-moteurs se trouve juste à cet endroit. Bubnopf.
SOCIÉTÉ MÉDICO-PSYCHOLOGIQUE
Séance du ZO juillet 4883. — Présidence de M. Motet.
IHscussion sur lapseudo-paralysie générale syphilitique.— M, Chab- PENTiER communique à la Société Thisloire d'une femme présentant des lésions syphilitiques qui simulaieuL une paralysie générale ;
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celte malade, lorsque M. Charpentier la vit pour la première fois en avril 1883, dans le service de M. Moreau de Tours à la Salpôlrière, était déjà gâteuse; elle passait ses journées accroupie sur une chaise, laissant écouler sa salive, la langue pendante, ne se remuant qu'avec peine et ne prenant sa nourriture que si on la stimulait vivement. Outre cet état mental, elle présentait à la région frontale gauche trois (tériostites gommeuses, une gomme de la paupière supérieure gauche, une atrophie des papilles constatée par M. Parinaud, une cicatrice à la narine gauche consécutive à une aliénation ayant dû avoir une durée fort longue, une déformation du nez avec perforation des veines, un écoulement nasal purulent, abondant et fétide et, enfin, un écoulement analogue par Toreille gauche, où, plus tard, M. Hermet constata une perforation à la moitié inférieure du tympan. La malade n'était pas visitée, elle était à la Salpêtrière depuis le 9 février, c'est-à-dire depuis deux mois, allant s'affaissantde jour en jour. Nul autre renseignement que ceux fournis par les certificats. Certificat d'entrée à la Salpêtrière : démence consécutive à la paralysie générale. Certificat de Saint-Anne, où la malade n'était restée qu'une journée : Affaiblissement des facultés mentales avec sensiblerie ; confusion dans les idées, incohérence, faiblesse musculaire. Certificat à la préfecture de police : Paralysie générale, affaiblissement des facultés, hésitation de la parole, inégalité pupillaire, inconscience de sa situation; arrêtée dans la rue, ne sachant plus retrouver son domicile. Sans chercher à préciser son diagnostic, M. Charpentier se fondant sur les manifestations syphilitiques, prescrivit quatre grammes d'iodure de potassium et des frictions mercurielles quotidiennement répétées. Quinze jours après le commencement du traitemenl , les sécrétions du nez et de l'oreille étaient taries, les gommes diminuées; la malade comprenait un peu, tendait le membre qu'on lui indiquait, marchait avec peine, essayait de sourire pour montrer qu'elle comprenait; mais les mots qu'elle prononçait étaient encore trop confus, le langage trop empâté pour être intelligible. Elle ne gâtait plus. Quinze jours plus tard, elle pouvait elle-même fournir les renseignements de l'observation. Elle est giletière, mariée, séparée de son mari; pas d'aliénation ni de maladies nei-veuses dans sa famille ; un écoulement vaginal après son maria^'e, pas de maladies depuis ; maux de gorge fréquents ; chute de cheveux. A la suite de céphalalgies frontales et occipitales, accompagnées de nausées et de vomissements, elle eut, il y a quatre ans, une attaque de nerfs avec perte de connaissance, mouvements impulsifs et écume. Depuis, ces attaques se sont renouvelées avec les mêmes caractères, mais plus généralement pendant la nuit; elles revenaient deux à trois fois par mois dans la dernière année. C'est à la suite d'une de ces attaques, qu'elle fut conduite a la prélecture de police, mais elle ne se rappelle pas dans
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quelles circonstances. jLes autres attaques étaient toujours accompagnées de perte de connaissance; mais presque toujours sans morsure de la langue, ni délire, jamais de paralysies, contractures ni troubles de la sensibilité. De moins en moins apte au travail, elle n'a jamais été malade et n'a pas présenté d'autres symptômes pouvant se rattacber à Tépilepsie. Elle n'a jamais remarqué les manifestations syphilitiques qu'elle présente ; elle ne se souvient pas avoir jamais déliré; au moment où elle fournit ces renseignements, la mémoire présente des lacunes ; elle a au moins conscience de sa situation, s'inquiète de son avenir et de sa famille ; elle cherche longtemps ses réponses, la parole est lente, empâtée, mais ni scandée, ni bredouillée; pas de frémissement vermiculaire de la langue, ni des lèvres; la physionomie a repris de l'expansion ; mais la commissure labiale droite est abaissée , elle serre moins bien de la main droite et traîne un peu la jambe de ce côté. Deux des trois gommes frontales ont disparu; elle travaille avec les in- Armières, mais ne peut lire, ni coudre à cause des troubles de la vue. M. Charpentier élimine l'hypothèse d'une coïncidence simple entre l'amélioration des troubles mentaux et celle des manifestations syphilitiques extérieures, en se fondant sur l'aggravation des deux crises de symptômes, tant que la thérapeutique spéciale n'est pas intervenue et sur leur amélioration rapide et parallèle dès le début du traitement. Après avoir diagnostiqué une démence d'après les symptômes éuumérés, M. Charpentier élimine successivement la démence avec stupeur mélancolique, la démence alcoolique, la démence post-épileptique, et conclut à une démence consécutive à une paralysie générale^ en se fondant sur les données du certificat de la préfecture, sur l'élimination des autres causes de démence, et en faisant remarquer néanmoins l'absence de tout délire, mais contradictoire, ambitieux ou autre, et l'absence de frémissement vermiculaire de la langue et des lèvres. Quant à la pathogénie, M. Charpentier élimine Tidée d'un foyer purulent ouvert par les fosses nasales et l'oreille, l'idée d'une méningite par irradiation d'une ostéite et admet une irritation méningitique subaiguë, lente, par nappe gommeuse, des méninges, ou de la substance grise ou par gomme développée à la face interne du crâne. 11 se demande également si, en raison de l'analogie de ces symptômes avec ceux delà paralysie générale type, on ne pourrait pas supposer dans ce cas et sous toute réserve néci'opsique, l'existence d'une diifusion proliférante cellulaire méningitiqueetencéphalique, analogue aux lésions de la paralysie générale, mais conservant en outre de Tétiologie de sa production, un modus vivendi qui lui a permis de céder à l'action du spéciQque.
M. Magnan. Nous devons tout d'abord remercier notre collègue M. Cliar|)entier de son intéressante communication. Quelle que soit la discussion que peut entraîner rinterprétation de ce fait, il n'en
restera pas moins ce résultat thérapeutique à savoir : une affection grave du cerveau très favorablement modifiée par une médication spécifique.
Si, sous ce rapport, l'observation n*offre aucune prise à la critique, il n'en est plus de même lorsque, restant sur le terrain où s* est placé M. Charpentier, on considère les signes présentés par sa malade comme semblables à ceux de la paralysie générale. Qu'il me soit permis de rappeler que j'ai eu l'occasion d'examiner cette malade avant son entrée à laSalpêtrière,et que j'ai été sollicité à l'examiner d'autant plus attentivement que le certificat de notre collègue M. Garnier portait paralysie générale. Entre autres signes, M. Garnier signale l'hésitation de la parole^ qui n'existait plus le lendemain, ce qui n'a rien d'extrordinaire ici, puisque la malade se trouvait sous le coup d'une attaque épilepti forme récente lorsqu'elle a été conduite à la préfecture de police. Tout le monde sait que, chez tous les épileptiques simples, l'attaque peut être suivie d'un trouble passager de la parole.
Pour ma part, je n'ai pas pu m'arrôter au diagnostic paralysie générale et j'ai conclu à l'affaiblissement intellectuel avec sensiblerie et faiblesses musculaires partielles, c'est-à-dire à l'existence d'une lésion circonscrite et non d'une lésion diffuse généralisée. La nature de la lésion ne pouvait être déterminée à ce moment, en Tabsence de tout renseignement, en l'absence aussi des manifestations syphilitiques dont M. Charpentier a été plus tard témoin. La malade en quittant mon service n'était donc pas, à mon avis, atteinte de paralysie générale. Voyons ce que disent les symptômes observés depuis cette époque par M. Charpentier et qu'il vient d'exposer avec tant de soin et de sagacité. Examinons d'abord la motilité : A deux reprises, M. Charpentier déclare que la parole était lente et empâtée, et, pour qu'il n'y ait pas de confusion, il ajoute qu'elle n'était ni bredouillée ni scandée. Or, pour nous tous, c'est déjà un renseignement précieux que la lenteur et l'empâtement de la parole.
L'hésitation du paralytique général est caractéristique, et, pour ma part, lorsque je tiens à bien faire pénétrer cette notion dans l'esprit des élèves, j'ai l'habitude de placer, à côté l'un de l'autre, cinq ou six paralytiques atteints, par la maladie, à des degrés propressivement plus intenses. Le premier, tout à fait au début avec ses accrocs qui commencent à paraître, un deuxième avec de l'hésitation intermittente, un troisième avec de l'hésitation continue, puis un paralytique offrant des coupures dans son langage, scandant les mots, puis en6n un paralytique psalmodiant.
Eh bien ! tous ces troubles de la motilité ont un air de famille, et quand on a ainsi suivi cette sorte de gamme, l'oreille perçoit des caractères communs entre l'hésitation légère du début et la parole scandée et psalmodiante de la fin. Je suis convaincu, pour
ma part, que le jour où nous aurons un moyen facile d'enregistrer la parole^ nous obtiendrons sur tous les tracés des signes qui nous permettront de lire ce caractère commun. Mais si, à côté du paralytique, nous plaçons des déments séniles, des individus atteints de ramollissement ou d'hémorrhagie cérébrale, des sujets avec des tumeurs, les troubles de la parole sont tout autres et c'est là que nous retrouvons la lenteur et l'empâtement. Si, avec M. Charpentier, nous poursuivons rénumération des symptômes, nous voyons que la langue restait pendante et embarrassée entre les dents. Quel est donc le paralytique général chez lequel, à moins de complication ou de lésion accessoire, on trouve la langue pendante ? Mais môme à la troisième période, la langue est mobile et tout le monde a remarqué le jeu de trombone qu'elle présente à ce moment, quand on invite le paralytique à la sortir hors de la bouche. L'hésitation de la parole, ce symptôme capital de la paralysie générale, n'existait pas chez le malade. Mais si la parole était empâtée, si la langue était immobile, il y avait aussi un abaissement de la commissure droite el encore une parésie du côté droit. Ce sont tout autant de symptômes absolument différents de ceux qui caractérisent la paralysie générale. Quelle est donc la signification de ces symptômes ? N'est-ce pas la manifestation d'une lésion circonscrite ? Et l'état mental ? Il y a surtout une profonde obtusion qui empêche la malade de prêter attention à ce que l'on dit ou à ce qui se passe autour d'elle ; toutefois lorsqu'on insiste, on arrive à se faire comprendre el à obtenir ce que l'on désire. Il faut dit, M. Charpentier, l'exciter et en quelque sorte la réveiller. 11 y a donc somnolence des facultés, l'oppression et non la perte réelle comme dans la paralysie générale. C'est avec la plus grande peine qu'on parvient à la faire manger, non parce qu'elle refuse ou qu'elle ne peut pas, mais parce qu'elle n'y songe pas ; en la stimulant elle reçoit les aliments.
Est-ce ainsi que se montre le paralytique général ? Celui-ci, môme à la dernière période (à moins de délire hypochondriaque), dès que vous le placez en face de son assiette, s'y précipite, et s'aidant, à la fois des mains et des lèvres, engloutit, si on ne le surveille, tout ce qui est à sa portée. Au bout de quinze jours, M. Charpentier observe que la malade répond quelques mots montrant qu'elle comprend les questions, mais elle éprouve rapidement une fatigue intellectuelle.
Quelque temps après on ne constate guère que quelques lacunes de la mémoire.
Nous ne trouvons pas dans cet état l'afTaiblissement réel et prématuré des facultés ; c'est, on le voit, de l'hébétude, de l'obtusion et de la diminution de la mémoire, le jugement et la portée intellectuelle ne sont pas abolis.
Quant aux lésions, ce qui s'est passé hors du crâne, les trois
Archives, t. VI. 27
gommes frontales, permettent de supposer qu'un travail analogue s'est produit dans la cavité crânienne. Une ou plusieurs gommes, avec l'irritation qu'elles développent dans le voisinage, expliquent suffisamment ce qui a eu lieu. Peut-être aussi Fostéite nasale n'estelle pas étrangère à la névrite optique constatée par M. le D^ Parinaud.
Il ne faut pas perdre de vue que les lésions permanentes ou d'une certaine durée, des lésions fixes en un mot, qu'elles soient limitées, circonscrites ou diftuses, donnent lieu souvent à des phénomènes intermittents, s'exaspèrent par intervalles. Pourquoi? c'est qu'avec la lésion fixe, immobile ou lentement croissante, se montrent des phénomènes accessoires surajoutés : congestion, œdème, troubles vasculaires de tout ordre sans compter l'irritation fonctionnelle ; ces phénomènes dont le développement est souvent très actif provoquent des accidents qui viennent troubler la marche de la maladie principale.
M. Garinikr. Il y a peut être aussi chez cette malade les éléments de deux maladies dilTéreutes : syphilis et paralysie générale. Un paralytique général peut en eÔet contracter la syphilis.
M. DhXAsiAUVE. On entend depuis quelque temps parler de pseudo-paralysie générale, il serait bon d'en finir avec ce mot qui ne veut rien dire et qui constitue une erreur clinique. On est paralytique ou on ne l'est pas. Il y a une paralysie générale type autour de laquelle viennent se grouper une foule d'autres formes ayant des caractères communs, mais aussi des symptômes dissemblables, qu'on ne peut détacher de la principale maladie pour créer une maladie nouvelle, la pseudo-paralysie.
M. Voisin a observé des syphilitiques en démence qui avaient la parole lente, avec des paralysies partielles et qui n'étaient que syphilitiques.
M. Motet, frappé des dissemblances qui séparent la paralysie générale des maladies qu'on désigne du nom de pseudo-paralysie générale, rappelle combien selon lui M. Lasègue avait raison de ne voir que la syphilis cérébrale là où M. Fournier croyait avoir une paralysie générale syphilitique. Marcel Briand.
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Séance du \'ô décembre 1882 *.
M. Lœhr ouvre la séance eu donnant connaissance à rassemblée des affaires qui concernent la société. Il si^'nale, en terminant, la mort de MM. Levinstein et de Gellhorn; l'assistance se lève en leur honneur. Il fait également connaître la motion de M. Falck qui propose que « dorénavant la Société tienne des séances régulières tous les deux mois. » Diaprés le § 7 des statuts, cette motion devra être discutée dans la séance générale annuelle du 15 juin prochain.
M. Frœnkel prend la parole sur le thème que voici: Crimes commis dans l'état d'inconscience. Il s'agit de deux faits à propos desquels un premier rapport avait mis en avant l'idée d'un affaiblissement psychique consécutif à des accès d'épilepsie agissant de concert avec l'ivresse. L'un a trait à un incendie, l'autre à un infanticide. Dans les deux cas, on avait affaire à des hommes mariés dopuis longtemps, originaires du môme village qu'ils habitaient et n'ayant, jusqu'en ces dernières années, donné aucun signe de dérangement moral. Leurs désordres datentdujour où des accidents épileptiques ont pris naissance, à la suite d'un traumatisme céphalique. La famille avait gardé sur ces phénomènes le plus profond silence, de sorte que Topinion publique les considérait comme de simplesbuveurs. Voici d'ailleurs, le résumé des particularités propres à chaque cas.
I. Homme de cinquante-deux ans ayant un frère cadet, épileptique dès l'enfance, rapidement tombé en démence, et un cousin germain idiot. 11 prétend en outre que son père, après avoir souffert de la goutte pendant vingt ans, aurait présenté de la déchéance psychique. Depuis l'accident, cause de son traumatisme, on aurait constaté chez lui des anomalies singulières du canictère. Un beau jour^ il quitte sans raison son travail, cherche dispute à sa femme qui est obligée de s'enfuir, et, peu après, on voit sa maison en feu. Sur ce, jérémiades hypocrites ou paraissant telles, en même temps qu'il va gêner la manœuvre des pompiers, puis on n'obtient de sa part que réponses variables, contradictoires, aveux sans vergogne, ou négations sans preuves, sans système. 11 s'agit de savoir: 1» s'il est bien épileptique; 2® s'il a commis l'acte incriminé sous une in-
* Voir les Archives de SearologiCj t. VI. p. 28i.
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Ûueii ce morbide entraînant Tirresponsabilité. L'observation à Tasile ayant révélé des attaques de çrand et de petit ma], M. Frœukel tend à croire aux allégations émises d*une épilepsie durant depuis trois ans et stimulée par Tivresse. Par suite, au moment de Tacte, rinpestion d'alcool avait provoqué, outre l'ivresse, Télat d'obnubilation épileptolde propre, à lui seul, à supprimer le libre arbitre. M. Frœnkel ajoute que de tels malades sont capables d'avoir des intentions perverses, sous pareilles influences, sans qu'ils soient pour cela responsables de leurs déterminations ; car, revenus à eux, ils n'ont pas conscience de la sollicitation de leur volonté dans un but criminel. Une ordonnance de non-lieu permit plus tard de constater déûnitivement la réalité de Topinion émise sur l'existence^ chez ces malades, d'états de somniation épileptolde.
II. H..., 42 ans, marié depuis dix-huit ans, rentre aussi inopinément de son travail, coupe la gorge avec un rasoir à son plus jeune enfant âgé de six ans, tente d'assassiner son fils de dix ans, et de se suicider. La rumeur publique impute cet acte à une jalousie que rien ne justifie; elle parle aussi d'excès de boisson depuis quelques années. L'enquête montre en outre que depuis une chute de voiture dans laquelle il fut presque écrasé, cet individu serait, à des périodes de quatre à six semaines, en proie à des accès d'épilepsie. Les circonstances qui précèdent, accompagnent, et suivent lacté criminel, sont identiques à celles du premier fait. Les réponses et les allures du sujet au milieu même du drame et immédiatement après la scène, font supposer la plénitude de la connaissance à l'instant considéré. Et cependant l'étude du malade révèle des idées de persécution greffées sur des hallucinations de la vue et de louîe, qu'un premier médecin attribue à des excès alcooliques prolongés, mais que M. Frœnkel impute à l'épilepsie qu'il constate à cette occasion. Le meurtre a été commis dans l'intervalle de deux accès, sous l'intluence d'une manie transitoire remplaçant à ce moment l'accès convulsif (équivalent psychique). Confirmation clinique ultérieure.
L'auteur rapproche de ces deux observations le fait de manie transitoire découvert par lui dans Tacite {Annales^W, chap. 54), relatif au préteur Plantius Silvauus; il croit que c'est le plus ancien.
Discussion. — M. Ideler renvoie au cas de Holzepfed (de Charlottembourg) dans lequel il s'agissait d'une épilepsie notoire datant de la jeunesse.
M. Lœur rappelle les analogies que l'on trouve dans les conceptions doubles (idéogénèse double] et dans l'hypnotisme.
M. Kyselein appelle l'attention sur les équivalents hallucinatoires qui peuvent durer plus de huit jours, comme il l'a observé dans un cas; les troubles sensoriels survenaient, dans Tespèce, quand on se servait d'atropine associée au K. Dr. et disparaissaient lorsqu'on traitait les malades par la morphine. j
M. Knecht a observé dans son établissement des états de pareille sorte plus de cent fois.
M. Idrler différencie les actes impulsifs inconscients des actes inconscients ayant l'air réûéchi. Cette distinction constitue aujourd'hui pour lui un fait patent.
M. RiCHTBR (de Dalldorf). Contribution à la casuistique des lésions de Vécorce du cei*veau. L'observation communiquée se rapporte à un homme de soixante- quatorze ans, ayant été atteint d'une attaque d'hémiplégie suivie dès l'abord de symptômes d'aliénation mentale qui prennent tout à coup un accroissement brusquo. M. Richter constate, à côté de l'affaiblissement psychique, une hémiplégie faciale gauche ne portant que sur la motilité, mais comprenant toutes les branches du nerf, voire le lingual et les rameaux du digastrique et du stylo-hyoïdien, ainsi qu'une hémiparésic du membre supérieur du même côté, avec hyperalgésie, épaississement et refroidissement des tissus. Les deux extrémités inférieures sont plus faibles, surtout celle de gauche. On observe tardivement de la dilatation pupillaire du côté gauche. Rien dans le domaine de la sensibilité, ni des organes des sens. L'autopsie révèle des plaques de ramollissement dans Thémisphère droit. Elles commencent dans le fond d'un sillon qui, parti de la scissure frontale parallèle, à peu près à 4a moitié de la hauteur de l'hémisphère, se porte en avant, intéressent par conséquent une petite partie de la seconde frontale, s'étendent sur la circonvolution frontale ascendante en son tiers moyen, envahissent la partie correspondante du fond du sillon de Rolande, de la paroi antérieure et de la paroi postérieure de la pariétale ascendante, et du fond de la scissure interpariétale (portion verticale parallèle au sillon de Rolando). La zone de destruction se continue dès lors sans interruption le long du sillon interpariétal jusque sur le lobule du pli courbe (gyrus angulaire) et, par les circonvolutions de passage, sur le lobule pariétal supérieur qui est intégralement envahi. Du lobule du pli courbe, l'altération passe dans la 2* circonvolution occipitale. Partout la lésion se borne exclusivement à la substance grise; elle n'occupe qu'une profondeur de t mil. dans la couche blanche sous-jacente. Pour M. Richter, les destructions résultent d'une hémorrhagie piemérienne diffuse qui se serait effectuée en bloc. L'auteur insiste sur l'étendue purement corticale du processus. U ajoute: a Bien que la paralysie des deux extrémités et du facial s'expliquent déjà par la lésion des circonvolutions ascendantes, le ramollissement du lobule du pli courbe peut être invoqué pour la pathogénio de la paralysie des extrémités, car j'ai, le 2 décembre 4882, pratiqué l'autopsie d'un homme qui avait été atteint d'une parésie des deux extrémités du côté droit et chez lequel je trouvai simplement un ramollissement jaune du gyrus angulaire du côté gauche. »
4*22 SOCTÉTÉS SAVANTES.
M. EcKELMANN. Lcmploi de Vxodoffmne chez les aliénés. Sous ce litre, M. Eckelmann restitue à l'iodofornie la place qui lui convient comme agent antiseptique. C'est un agent merveilleux dans la cliirurgie des psychopathes. Il ne faut pas s'inquiéter à l'excès des dangers toxiques signalés. L'auteur publie quinze observations dans lesquelles il s'est bien trouvé de son emploi à l'asile d'Eberswald ; il l'a, dans ces cas, employé avec succès souvent à des doses très considérables, car nous comptons dans l'un des fails 800 grammes utilisés en six mois. On n'a pas à redouter dans l'espèce d'action nocive sur l'état mental, seulement il faut s'entourer de précautions» examiner chaque jour le pouls et la température, analyser les urines. Voici au surplus les conclusions :
A. L'emploi de l'iodoforme doit être évité autant que possible : i* Chez les individus dont le cœur est peu énergique;
2*» Dans toutes les conditions qui favorisent l'absorption du poison par l'économie, c'est-à-dire : chez les sujets gras, car l'iodoforme est soluble dans la graisse — de concert avec l'acide phénique, qui favorise la mise en liberté de l'iode — dans les grandes plaies récentes, saignantes, parce que la décomposition des hématies, qui en résulte, libère l'oxygène qui chîisse l'iode du composé;
3* Dans les conditions qui entravent la rapidité d'élimination du poison, c'est-à-dire: dans la néphrite —(l'acide phénique pouvant déterminer une néphrite, c'est encore une raison pour ne pas l'associer à l'iodoforme) — dans les affections vésicales.
B. L'emploi de l'iodoforme parait indiqué : 4® Dans les lésions tuberculeuses; — î« Dans les conditions où aucun autre antiseptique n'est possible: chez nos malades agités et malpropres; — 3" Dans les plaies déjà infectées; — 4«» Dans les petites plaies récentes après qu'on s'est rendu maître de l'hémorrhîigie; — ;><> Dans les opérations autoplasliques;— 6" Dans les grandes opérations au voisinage des ouvertures naturelles.
C Mesures de prudence qui doivent présider à l'usage de l'iodoforme: i" Ne jamais employer l'iodoforme qu'à la dose la plus petite possible, car la gravité de l'intoxication est toujours en rapport avec la quantité du médicament usité; — 2® Contrôler chaque jour le pouls et la température; — 3° Examiner chaque jour l'urine; y rechercher les sels iodiques.
Il va de soi qu'on interrompt à la moindre menace d'intoxication, car on ne connaît pas d'antidote contre l'iodoforme.
Dans la discussion qui s'engage à ce sujet, MM. Eyselein, Richter, Eckelmann appuient les conclusions formulées. L'iodoforme en pansement sur les ulcères du col utérin n'a, entre les mains du premier orateur, jamais engendré d'accidents nerveux; Tétat psychique des aliénés n'a jamais été influencé par ce médicament, ni en mal, ni en bien, ajoute M. Richter: enfin, termine M. Eckelmann, si la
prudence est ordonnée chez les cardiaques et les rénaux, on ne saurait se passer de cette substance dans les cas de tuberculose chirurgicale.
M. Brrnhard communique à la Société Thistoire de deux cas de délire aigu survenu à la suite d'une psychose préalable. Il complique, dans le premier cas, une folie exaltée hallucinatoire ; une hystéromanie, dans le second. Les phénomènes caractéristiques furent constitués par un trouble profond dans la connaissance des sujets atteints, par une agitation motrice sans frein d*ordre impulsif, par des intervalles lucides contrastant au plus haut point avec l'irréûexion tumultueuse de l'automatisme des actes, par la participation des processus végétatifs à Taffolement psychomoteur, par l'issue mortelle en rapport avec ce surmenage. L'autopsie décela également, dans les deux observations, Thyperostose crânienne, et l'hypertrophie du cœur gauche, qui sont, pour M. Jehn [Archw, f. PsycA., VIII, p. 599), les deux facteurs des fusées congestives pathogénétiques dont le substratum anatomo-pathologique trouvé à lautopsie est représenté par Thyperémie cérébrale veineuse et la stase lymphatique. {Allg. Zeitsch, f. Psych, XL, 1 et 2).