SESSION DE CARLSRUHE
Séance du 45 octobre 4881.
La séance est ouverte à trois heures de l'après-midi par M. le curateur Fischer, qui, après avoir exposé les questions d'ordre administratif intéressant l'assemblée, propose de décerner la présidence à M. de Rinecker. Celui-ci est éJu par acclamation. — Son premier soin est de consacrer à la mémoire du D r Fischer, conseiller intime aulique, décédé depuis la dernière séance, de chaudes paroles de regret. L'assistance se lève en l'honneur du collègue défunt.
M. Kirn traite ensuite de Vimportance médico-légale des impulsions sexuelles perverses. Cette définition embrasse toute impulsion génitale qui se manifeste sous un mode différent des errements naturels et cherche sa satisfactiou en des procédés anormaux. M. Kirn distingue une impulsion sexuelle ayant trait à des individus d'un sexe différent encore impubères et une perversion génitale s'exerçant pour un même sexe. A la première catégorie ressortit par exemple la recherche libidineuse des fillettes non adultes par des vieillards ou des individus sénescents en apparence comme au moral, (amnésie, déchéance morale); la démence sénile vraie exige l'acquittement légal ; la constatation des symptômes de l'af-
132 S0CIÊTB8 SAVANTES.
faiblisseraent psychique devrait, dit l'auteur, comporter toujours l'admission des circonstances atténuantes. Le second groupe comprend, sous le nom de sensation sexuelle contraire (inversion du sens génital de M. Charcot), l'amour de l'homme pour l'homme, de la femme pour la femme *. Les observations de ce genre ont le plus souvent à leur actif étiologique l'hérédité et le nervosisme : eu tenant compte en outre de la périodicité des manifestations chez certains individus, M. Kirn se range à l'opinion de Westphal pour qui le cerveau de tels sujets a subi l'imprégnation morbide de la transmission héréditaire; M. Kirn en rapporte du reste deux nouveaux faits ayant entraîné condamnation pénale, malgré la constatation d'anomalies psychiques; c'est tout au plus si le tribunal admit des circonstances atténuantes.
M. FuasTNER,sans méconnaître les lacunes législatives, fait remarquer que les impulsions sexuelles perverses se montrent également chez des paralysés généraux, des crétins, etc.. et que, par conséquent, chaque cas doit mériter un examen individuel avant de supporter une conclusion quelconque. Ainsi à côté de l'entité : inversion du sens génital, il existe une forme morbide identique chez l'onaniste auquel on ne saurait évidemment prodiguer aucune indulgence. La prudence du médecin légiste doit être d'autant plus grande que tout dernièrement, lors de la publication des mémoires visés ici, on eut affaire à des cas de simulation, le criminel raffiné empruntant aux résumés les éléments psychopathiques qui lui étaient nécessaires. En ces trois dernières années, M. Furstner vit neuf individus de celte sorte reconnus par lui comme simulateurs. La constitution complète et définitive du type pathologique peut seule servir le médecin ; or il est encore à l'étude.
M. Kirn réplique qu'il propose simplement d'éclairer juges et jurés sur un cas particulier, le rapport médico-légal étant notoirement incapable à lui seul d'atteindre ce but. Si, comme il le croit lui-même, la sensation sexuelle perverse n'est qu'un symptôme, au moins est-elle un symptôme important exigeant une attention sérieuse.
Professeur Jolly. De la capacité de tester des aphasiques. A propos du testament d'un aphasique datant de 1682 (collection Pi ta val) et reconnu bon par le tribunal, l'auteur appelle l'attention sur les diverses opinions de la jurisprudence allemande en cette question à l'égard des aphasiques simultanément agraphiques. Le nœud du sujet est le suivant. A quel point l'aphasique a-t-il ses facultés psychiques oblitérées, que le symptôme observé provienne d'un simple trouble fonctionnel ou d'une affection du cerveau ? A intensité égale, l'aphasie par ammésie se rattache à une perturbation mentale plus grave que l'aphasie par akinésie. La pathogénie ne
1 Voir les Archives de Neurologie, t. HT, p. 53.
permet pas encore d'asseoir un jugement précis sur Tune quelconque de ces formes; l'examen minutieux du malade incombe à chaque cas particulier. En générai, profanes et médecins tendent à surtaxer ce qui reste d'intelligence à l'aphasique.
M. Freusberg. Disposition et aménagement de l'asile d'aliénés de la Lorraine à Sarreguemines. L'établissement nouvellement construit a été livré pendant l'été de 4880 1 . Il peut recevoir 450 malades et comporte avec les services hospitaliers une superficie de sept hectares. Il réalise en somme le système des pavillons, chaque division (des hommes ou des femmes) comprenant des corps de bâtiments pour pensionnaires, aliénés calmes, demi-agités, paralysés généraux, épileptiques; il existe en outre un baraquement-hôpital. Au centre, entre les deux divisions, sont situés les bâtiments de l'administration, l'église avec la salle des fêtes (non encore construite), les locaux de la cuisine, le logis des machines, la buanderie, les bains centraux, la salle des morts. Total : dix-huit édifices entre lesquels il n'y a pas de voies de communication couvertes. Chacune des constructions occupe le centre de cours qui les desservent, cours par lesquelles il faut absolument passer pour atteindre le bâtiment. Seules les cours des aliénés agités et des demi-agités sont entourées de murs ; les autres sont ceintes de taquets en bois. Les huit édifices réservés aux tranquilles, demi-tranquilles, gâteux paralytiques et épileptiques, hommes et femmes, se décomposent en deux segments n'ayant de commun que le réfectoire médian. Chaque section consiste en une salle de réunion, un ou plusieurs dortoirs, plusieurs chambres d'isolement et un cabinet d'aisance, le tout sans corridors. La lumière et l'air sont versés à flots par des fenêtres disposées sur les parois opposées. — Les cellules et les chambres d'isolement sont constamment placées aux angles des constructions, de sorte qu'il n'y ait nulle part adjacence de ces pièces. Le bâtiment des agités embrasse, outre les quatre cellules des angles, quatre autres pièces de même sorte en saillie sur le front de la construction, qui sont pourvues d'une antichambre enclavée entre le lieu d'habitation et le dortoir. — Le chauffage s'effectue par des poêles chez les agités, par la vapeur d'eau dans les autres divisions. Les lieux d'aisance se composent de sièges se déversant deux à deux en une même cuvette d'où une chasse d'eau conduit les matières dans l'égout. — M. Freusberg, après avoir critiqué au cour3 de sa desciiption le mode de groupement des pavillons et leur seul accès par les cours, fait remarquer que toutes les précautions prises dans un but d'isolement n'étouffent pas complètement les cris perceptibles encore par les habitants des cellules du côté opposé. Il insiste par conséquent sur la nécessité de s'entourer de conseils médicaux quant aux détails de construction et d'installation des
* Voir les Archives de Neurologie, t. III, p. 108.
nouveaux établissements. Sur le territoire de l'asile, qui est de quarante-sept hectares, on trouve à quelques minutes de l'établissement un domaine disposé pour une colonie agricole.
M. Furstner s'enquiert du mode de transport qu'on a usité vis-àvis des malades de Maréville. — L'établissement, continue M. Freusberg, possède un embarcadère à lui sur la voie. On a donc pu transférer directement les aliénés par wagons. On n'eut à déplorer aucune incartade, peut-être parce que le changement de conditions plaisait aux sujets en question. Plusieurs d entre eux durent simplement s'abstenir de liaison amicale, le personnel ne parlant que peu français. — À la demande de M. de Rinecker,'l'orateur répond que le coût total a été de 2,700,000 marks (3,375,000 francs).
M. Schule. Des incidents d'ordre chirurgical chez les aliènes. Sous ce titre, l'auteur se propose exclusivement de passer en revue, pour aiguillonner la surveillance préventive, les traumatismes et lésions que se sont infligés les malades sous l'influence de leurs impulsions délirantes et de leurs sensations pathologiques. Il s'en tient à ceux qui ont guéri, laissant dans l'ombre les lésions osseuses. Nous relevons : l'arrachement des cheveux et de la barbe, un des aliénés espérant que la place de chaque poil serait désormais occupée par une plume comme il convient aux anges; — trois cas de céphalhématome ; — la perforation du tympan à l'aide de petits morceaux de bois; — l'amputation totale de la langue par une jeune fille monomaniaque à l'aide d'une alêne ébrôchée ; — une section du pneumo-gastriqne au cou (mort en huit jours) avec tous les symptômes y afférents que nous a appris la physiologie expérimentale; — un suicide dénotant la persistance et l'opiniâtreté énergique que l'on connaît des monomanes de cette catégorie, le patient s'étant tranché la gorge à l'aide d'un petit couteau caché par lui dans un espace interdigital. A côté de l'ingestion d'animaux vivants et d'éclats de verre, nous trouvons l'histoire d'un malade qui, après avoir avalé la moitié de sa cuiller, n'eut des coliques et du mélsena que trois mois après; au bout d'un an et demi se forment des abcès dans la région inguinale droite, abcès qui persistent jusqu'au jour où, dans la profondeur de la poche (un mois de durée), on pêche le manche de l'instrument. Un cas de phlegmon du cou à la suite de la déglutition d'un paquet d'aiguilles. Deux femmes étaient tourmentées du désir de s'enlever les mamelons. Les castrations, arrachements et amputations volontaires du pénis, l'introduction de corps étrangers contondants ou tranchants dans le vagin, d'un crochet de fer dans l'anus participent des histoires déjà connues.
Le D r Rieger mentionne à cette occasion un cas dans lequel l'aliéné s'était avec les doigts luxé le globe oculaire et déchiré le nerf optique sous prétexe qu'une voix lui commandait de s'arracher l'œil.
Le D r Gutsch demande quels sont les cas récents de guérison des psychoses réflexes (sympathiques) par l'extirpation de la cicatrice pathogénétique. M. Furstner en rapporte un; mais il pense qu'en somme il y a bien peu de faits de ce genre où Ton doive manifestement attendre des résultats d'une opération.
Séance du \ 6 octobre.
L'assemblée décide d'abord de tenir le prochain congrès de nouveau à Carlsruhe. MM. Schûle et Kirn sont élus comme organisateurs. Le D r Fischer prend l'engagement de communiquer à cette époque son rapport sur les cellules capitonnées.
M. Landerer. Douze thèses à l'appui de la fondation de<t colonies d'aliénés : confirmation expérimentale par une pratique de quinze années à la colonie de Freihof. Les résultats objectifs apportés par Fauteur en faveur du travail en liberté des malades émanent d'une observation de trois mille malades, le groupement colonial ressortissant à environ quarante hommes sur un effectif général de trois cent cinquante (population mêlée). Voici ses conclusions textuelles :
4° L'encombrement croissant des asiles d'aliénés joint aux progrès constants de la dépense publique pour ces malades impose l'obligation d'installer des établissements d'évacuation, réservés par exemple à ceux d'entre eux devenus incurables. Il s'agirait qu'ils pussent y trouver à meilleur compte un mode de traitement aussi' bon, voire meilleur, que dans les systèmes employés jusqu'à ce jour.
2° Un grand nombre de psychopathes incurables peuvent parfaitement se passer des asiles modernes dont les services scindés entraînent bien des frais. Beaucoup n'ont besoin que d'un ensemble de soins ressortissant à une commune organisation du traitement et du travail, le fusionnement dégrevant le budget.
3 e On pare bien mieux aux besoins actuels en utilisant, selon les circonstances, des locaux déjà existante plutôt qu'en fondant ces hospices d'infirmes connus sous le nom d'asiles d'aliénés dont les sujets languissent dans l'incapacité et l'inertie somatique. Une simple adaptation aux besoins spéciaux nous donne une colonie d'aliénés comme annexe aux asiles fermés.
4° Le traitement des aliénés dan3 les familles est impraticable, vu les conditions de notre existence actuelle.
5° Vouloir organiser la colonie dans l'établissement ou construire des asiles d'aliénés agricoles en poursuivant l'espérance de faire travailler le terrain, le sol par les malades, constituent autant d'illusions erronées que l'expérience condamne, parce qu'on ne peut compter que sur une fraction des aliénés pour le travail et que le re-
crutement d'une population de journaliers s'opère lentement. L'implantation d'un asile doit précéder l'institution agricole ; c'est lui qui doit enfanter la colonie. Les avantages financiers et thérapeutiques imputés à l'organisation d'Alt-Scherbitz, comparés aux résultats des modes en usage jusqu'ici, demandent plus ample démonstration.
6° Une colonie ne peut se développer que comme annexe immédiat à un établissement fermé. Elle ne saurait en être éloignée de plus de quelques kilomètres 1 , vu que les soins émanent forcément de l'asile. Toute distance plus considérable nécessite l'installation dans la colonie même de services analogues à ceux de l'asile ; ce qui vicie le caractère social du système et annihile les bénéfices économiques par l'impossibilité du prompt emploi des déchets et de l'adaptation ménagère proprement dite.
7° La colonie n'a pas besoin de médecin ; le personnel dirigeant se résume en un agriculteur ; les mêmes médecins fonctionnent à la colonie et à l'asile.
8° La colonie et l'établissement dépendent d'une seule et même direction économique et médicale.
9° C'est l'élève des bestiaux 1 qui doit être l'objet d'une colonie d'aliénés ; cette exploitation plus qu'aucune autre renfermant en soi tous les avantages curatifs et pécuniaires des colonies au regard des autres genres d'occupations.
4 0° Le nombre des aliénés capables de colonisation est moindre qu'on ne le croit généralement; de plus, ils fournissent en somme peu de travail, il est impossible d'apprécier même approximativement leur production laborieuse en nombres ou en fractions, en prenant pour unité la capacité de travail des gens bien portants.
U° L'avenir de la colonie, son développement, ses avantages thérapeutiques et financiers sur ceux des autres modalités curatives dépendent de la rondeur du terrain et de la facilité avec laquelle son sol se laisse cultiver.
12° La culture horticole n'a nul avantage sur les autres formes d'occupations champêtres, ni au point de vue médical ni au point de vue économique ; elle devient par suite insoutenable.
M. Kirn, regrettant que M. Landerer ne puisse préciser ses indications, quant à la différence entre les prix du traitement à l'asile et à la colonie, M. Landerer réplique que l'économie gît justement dans l'adjonction du système agricole à une distance relativement faible de l'asile, ainsi que dans la communauté d'administration, de personnel.
M. FHjrstner rappelle que Kœppe comptait cinquante travailleurs pour un effectif de deux cents aliénés. M. Landerer répond que lui,
1 A Freihof, la distance est d'un kilomètre.
2 On en exclut l'élevage des chevaux, qui exige une égalité d'humeur impossible à exiger dans l'espèce.
sur trois cent cinquante malades obtient en moyenne trente à trentesix journaliers qui se résument en dernière analyse en douze colons solides. L'installation des repas à la colonie, dit ensuite M. Landerer, pour répondre à une interrogatipn du même collègue, comporte le transport des aliments le malin, à midi, le soir, en des vases appropriés.
M. Schule regrette de ne pas voir de médecin en permanence à la colonie ; il lui paraît au moins indispensable que les travailleurs aliénés soient visités de grand matin avant la besogne. Tel n'est pas l'avis de M. Landerer, qui en vingt ans n'a jamais eu à constater de cas urgent nécessitant un médecin résidant.
M. Freusberg. Combien y a-t-il de travailleurs bien portants sur le nombre ? Dix. — Que fait-on dans le cas d'une crise paroxystique d'agitation se déchaînant soudain ? Le malade est immédiatement réintégré à l'asile, la colonie ne renfermant rien pour parer à ces éventualités.
M. Furstner. En dehors des colons habituels évalués, environ à trente, tire-t-on, selon les besoins, de l'asile d'autres travailleurs?. Rarement. M. Landerer fait en outre remarquer que les femmes ne sont en général employées qu'aux temps des récoltes.
M. Rieger communique à l'assemblée les notes prises par lui à la colonie française de Fitz-Jamesà Clermont (Oise), lors de son séjour à cet asile pendant quelques jours. 11 les tient du directeur M. Labitte.
M. Kretz. De Vhyoscy aminé. Les études ont été faites avec l'hyoscyamine de Merck, employée aux doses progressives de 5 mill. à i, 2, 3 cent, par jour soit à l'intérieur en gouttes, poudres, etc., soit en injections hypodermiques. Les principaux symptômes observés sous cette influence furent : sensation de constriction thoracique, dyspnée, asthénopie avec sensation de mouches volantes démangeaisons désagréables, sécheresse pharyngienne polydipsie avec mouvements de déglutition forcés, nausées,senti ment de pression céphalique avec étourdissements (oscillations et disparition du sol sous les pas); la confirmation objective résulte de l'observation du ralentissement respiratoire se transformant bientôt en une fréquence des mouvements thoraciques, de la diminution du nombre des battements du pouls faisant aussitôt place à leur exagération, enfin d'une mydriase double égale et constante. L'auteur a également vu de la parésie des membres inférieurs entraînant parfois une chute, mais il n'eut à noter aucun phénomène univoque constant, du côté de la nutrition, ni ces manifestations désagréables imputées au remède employé à petites doses telles que collapsus, pouls filiforme (impureté de la préparation ?) Cette substance ne s'accumule pas ; la durée de ses effets n'a rien d'uniforme. Les altérations du cœur, la propension
aux fluxions et stases, les dégénérescences séniles imposent une prudence spéciale dans son emploi. Conclusions:
I. L'hyoscyamine agit: 1° sur le sensorium. D'où un effet hypnotique pur et un effet calmant; 2« sur les centres moteurs; 3" sur les nerfs moteurs et sensitifs.
II. L'hyoscyamnie convient: 1° dans les cas où d'autres narcotiques y compris la morphine sont abandonnés; 2° quand domine l'élément moteur (manies chroniques à rémission ou folies circulaires) ; 3° lorsque la démence s'accompagne de l'excitation de certaines sphères sensitives.
M. Rieger. De l'albuminurie dans les maladies cérébrales. Ayant eu l'occasion d'être consulté au sujet d'une des malades de M. Hagen (observation III du travail : les maladies des reins comme cause de psychose *), malade auparavant observée par le professeur Jolly [Berlin. Klin. Wochensch., 4873, 21), l'auteur a déduit de la suite de l'histoire qu'il s'agit non d'une néphrite ayant causé la psychose, mais d'une maladie cérébrale héréditaire, dont M. Hagen n'avait vu que le premier acte. V albuminurie était ici le symptôme de l'affection mentale d'autant qu'il n'y avait pas d'œdème et qu'on nota de l'ischurie. La patiente, qui avait complètement guéri de la totalité de ses premiers accidents, a d'ailleurs été reprise de troubles mentaux quelques années plus tard et se trouve aujourd'hui en état de démence avec agitation périodique... M. Rieger rapproche de ce fait l'albuminurie expérimentale de Cl. Bernard, celle du delirium tremens (Furstner), des épileptiques, des hystéro-épileptiques, de l'éclampsie puerpérale (tantôt lésions des reins, tantôt reins indemnes), et fait ressortir que la fugacité du symptôme est une preuve de son origine. « Certainement, ajoute-t-il, les observations d'albuminurie nerveuse se multiplieront à mesure qu'on les recueillera sans prévention etqu'on se préoccupera simplement de déterminer l'enchaînement étiologique des manifestations sans s'inquiéter de la question de pathogénie. Toute décision sur son origine vasomotrice ou autre est laissée à la recherche du physiologiste, de l'expérimentateur et du clinicien. »
M. Jolly admet en principe la thèse de M. Rieger, mais dans le cas considéré, l'intensité de la néphrite ressort de la durée de l'albuminurie (3 semaines) ; elle peut donc tout au moins avoir contribué à la production des phénomènes cérébraux.
M. Fcrstner. L'albuminurie, au même titre que l'hyperthermie, la glycosurie, l'excitabilité motrice, doit prendre rang parmi les symptômes des affections cérébrales.
M. Rieger admet que l'on puisse considérer son observation comme douteuse : il faut pour conclure définitivement des faits indiscutables
t Voir aux Revues analytiques.
avec autopsie. Mais il rappelle que le diagostic néphrite exige le concours des œdèmes rapides, des douleurs, de l'état trouble caractéristique d'une urine fréquemment sanglante. L'ordre du jour étant épuisé, le président clôt la séance en remerciant ses collègues de leur active collaboration. (Allg. Zeitsschr. f. Psych. u psych. gerichtl. Medic, XXXIX. I.) P. K.
De Vataxie locomotrice d'origine syphilitique (tabès spécifique) ; par A. Fournier. Masson édit. 4882.
Un certain nombre d'auteurs, et Ducbenne tout le premier, avaient signalé la syphilis dans les antécédents des ataxiques ; mais c'est M. Fournier qui, dans ses leçons faites à Lourcine, a, le premier, cherché à établir une relation étiologique entre la vérole et le tabès dorsal. Cette première tentative fut froidement accueillie en France : MM. Grasset et Vulpian furent à peu près les seuls à l'accepter et à l'appuyer. A. l'étranger, au contraire, de nombreuses publications favorables virent le jour pour ainsi dire coup sur coup, et il convient de signaler en particulier celles de M. Erb. Cependant on s'était surtout livré sur cette question à une étude de détail et chaque observateur n'apportait qu'un nombre limité de faits. M. Fournier rentre en campagne avec un total de plus de cent observations personnelles; et de l'ensemble de ses recherches sur les faits où les conditions étiologiques ont été notées d'une manière précise, il résulte que quatre-vingts ataxiques sur cent ont eu la vérole ; la syphilis semble jouer souvent le rôle de cause effective. L'ataxie est une manifestation appartenant presque exclusivement à la période tertiaire : elle peut apparaître à toutes les étapes de cette période, mais elle est surtout fréquente de la sixième à la douzième année. Les causes adjuvantes qui déterminent la localisation de la syphilis sur les cordons postérieurs de la moelle épinière, sont personnels ou héréditaires; parmi les premières, toujours les excès de tout genre et surtout le surmenage nerveux ; parmi les secondes, l'existence chez les ascendants de maladies quelconques du système ner-
veux cérébro-spinal. — D'après les faits de M. Fournier, l'âge auquel fait invasion l'ataxie d'origine spécifique est compris entre vingt-quatre et cinquante-neuf ans. Elle est de beaucoup moins fréquente chez la femme.
L'ataxie se produit de beaucoup le plus souvent à la suite de syphilis originairement bénignes, eu égard à la fois au petit nombre des accidents, à leur peu d'intensité et de durée. Presque toujours la syphilis a été insuffisamment traitée au début.
On ne peut pas s'attendre à voir l'ataxie d'origine syphilitique se présenter avec des symptômes bien différents de ceux de l'ataxie ordinaire: toutefois M. Fournier fait remarquer que si le tabès spécifique débute le plus souvent par des douleurs fulgurantes qui peuvent rester isolées pendant longtemps, ces douleurs offrent ce caractère qu'elles sont souvent très peu intenses et très propres à tromper l'attention du médecin qui doit mettre en œuvre les médications spécifiques dès l'apparition de douleurs pouvant se, rapprocher des douleurs fulgurantes proprement dites. D'ailleurs, étant donnée l'importance des indications thérapeutiques qu'on peut en tirer, il est plus indispensable que jamais d'établir au plus tôtle diagnostic du tabès spécifique ; aussi M. Fournier insiste-l-il avec soin sur la symptomatologie de la période de début, préataxique du tabès; en particulier sur les troubles oculaires et génito-urinaires. Au début de la période ataxique, l'incoordination motrice peut passer inaperçue non seulement du malade, mais encore du médecin : M. Fournier décrit cinq procédés pour découvrir l'ataxie naissante : 1° faire marcher le malade au commandement : a)\e malade étant assis le prier de se lever et de se mettre en marche aussitôt levé ; b) faire marcher le malade en le priant de s'arrêter court, aussitôt qu'il en recevra le signal ; c) lui faire faire un mouvement subit de volte-face; 2° signe de l'escalier, (gêne surtout pour descendre) ; 3° signe fourni par l'occlusion des yeux (signe de Romberg), le malade appuyant sur les deux pieds ; 4° signe déduit de l'attitude à cloche-pied ; o° station à cloche-pied avec occlusion des yeux, M. Fournier attache une importance considérable à l'absence du réflexe rotutien qu'il a toujours constatée quand il l'a cherchée même au début de la période préataxique.
Les troubles oculaires peuvent rester plusieurs années à l'état d'isolement ou du moins n'être accompagnés que de troubles fort peu accentués; il en découle, dans l'ordro de faits actuels, la nécessité de rechercher avec soin le tabès sur tout sujet qui se plaint d'un affaiblissement visuel, et en outre d'analyser minutieusement les troubles fonctionnels de l'œil au point de vue de leurs caractères et de leur évolution, puis de considérer l'état de la pupille. Très souvent les troubles de la vision débutent par un seul œil ; ils ont une évolution lente, continue, graduellement progressive. L'amblyopie s'accompagne d'un certain degré de dyschromatopsie et sur-
tout d'un rétrécissement concentrique du champ visuel avec échancrures en forme de secteurs.
M. Fournier insiste sur les formes associées, mixtes et complexes de l'ataxie, qui seraient particulièrement communes dans le tabès spécifique en raison de la tendance que présente la syphilis à multiplier ses lésions et à les disséminer sur les divers départements du système nerveux. Arrivant au traitement, M. Fournier pose en principe que les agents anti-spécifiques doivent être mis en usage le plus tôt possible et de la façon la plus énergique. Les résultats de ce traitement diffèrent absolument suivant l'époque de la maladie où il intervient. Dans le tabès ancien et confirmé, on n'en peut pas attendre la guérison, mais tout au plus un soulagement éphémère de quelques symptômes. Dans le tabès moins ancien, tantôt le traitement a une action isolée sur divers symptômes, qu'il amende dans des proportions plus ou moins considérables; tantôt il a une action temporaire sur l'ensemble de la maladie qu'il paraît arrêter dans sa marche au moins momentanément; tantôt enfin le traitement a une action persistante sur le tabès qu'il immobilise en l'état avec ou sans amendement de quelques-uns des symptômes déjà développés. En somme, il serait certain, d'après les faits personnels de l'auteur, que le tabès, même avancé, peut être modifié dans ses symptômes et son évolution par le traitement spécifique. Il est vraisemblable que cette influence serait beaucoup plus considérable encore sur le tabès récent. Un certain nombre d'observations appartenant à d'autres auteurs viennent d'ailleurs appuyer la curabilité au moins relative du tabès spécifique.
Après avoir répondu aux diverses objections faites par ses adversaires, M. Fournier appuie la doctrine du tabès spécifique sur les arguments suivants : \° fréquence extrême des accidents syphilitiques chez le3 ataxiques ; 2° développement du tabès presque exclusivement dans la période tertiaire de la vérole ; 3° association fréquente des phénomènes tabétiques avec divers symptômes communs de la syphilis, les paralysies oculaires en particulier; 4° influence dans certains cas du traitement spécifique, quand il est employé à temps; 5° coïncidence, au cours de l'ataxie de manifestations d'autre siège, et de nature incontestablement syphilitique; 6° impossibilité absolue qu'on éprouve fréquemment à trouver à l'ataxie une autre cause que la syphilis. Il en découle comme déduction pratique la nécessité de traiter énergiquement et longtemps la syphilis à ses débuts, en prévision de cette manifestation si redoutable. * Ch. F.
Asiles d'aliénés de Vaucluse et de Ville-Evrard. — Dans sa séance du 4 i juin, le conseil général de la Seine, sur le rapport de M. Bo urne ville, a voté une augmentation de traitement de 300 fr. aux internes des asiles de Vaucluse et Ville-Evrard, pour suppléer à toute indemnité de déplacement.
Asile de Clermont. — Nous n'entrerons pas dans la polémique soutenue dans les journaux pour ou contre le maintien des asiles privés pour les aliénés. Nous rappellerons seulement que l'asile de Clermont, qui recevait naguère à la fois des malades payants et des malades entretenus par plusieurs départements, ne recevait plus de nouveaux malades du département de la Seine depuis plusieurs années. L'administration, complétant cette mesure, sur l'avis du conseil général, va retirer tous ses malades transférables, placés antérieurement dans cet asile.
Nécrologie. — Le D r Firmin Lagardelle, médecin en chef de l'asile d'aliénés et professeur chargé du cours clinique des maladies mentales à la Faculté de médecine de Bordeaux, vient de succomber à une longue et douloureuse maladie.
M. Lagardelle est né à Verdun-sur-Garonne (Tarn-et-Garonne), le 30 mars 4 838. Reçu docteur de la Faculté de médecine de Paris en 4 865, il fut successivement directeur de la maison de santé d'Ivry, médecin adjoint de l'asile d'aliénés de Dijon (4865), médecin adjoint de l'asile de Bordeaux (4866), médecin en chef à Niort, à Moulins, à Marseille, à Lyon, puis enfin à Bordeaux (4 879). L. Lagardelle avait inauguré à Marseille des conférences cliniques sur les maladies mentales.
Statue de Ph. Pinel. — Dans sa séance du 47 mai, le conseil municipal a voté, sur le rapport de notre ami M. le D r Dubois, un crédit de 4.589 fr., destiné à la construction du piédestal qui doit soutenir la statue de Philippe Pinel.
Société contre l'abus du tabac — Prix. Parmi les questions qne cette Société met au concours pour 4 882, voici celle qui intéresse plus particulièrement nos lecteurs :
Prix de trois cents francs, fondé par M. Decroix. — Étudier l'influence du tabac sur la criminalité : faits judiciaires, contrebande,
incendies, rixes, empoisonnements accidentels ou volontaires, etc. (Ne pas confondre l'influence des liqueurs alcooliques avec celle du tabac.)
Tentative d'assassinat du D r P. Gray par un aliéné. — Le superintendant de l'asile des fous reçut, le 46 mars, un coup de pistolet d'un aliéné nommé Remshaw. La balle (calibre 38) frappa un peu en dehors de l'angle externe de l'œil gauche, et, suivant une diagonale, passa en arrière du nez, traversa la joue droite, sortit au-dessous de l'angle externe de l'œil droit et franchit la fenêtre située environ à cinq pas de l'endroit où le docteur était assis. Entendant un homme s'approcher, celui-ci s'était retourné ainsi qu'il le faisait en pareille circonstance. Ce mouvement lui sauva probablement la vie, car autrement la balle aurait atteint le cerveau. L'assassin n'était pas interné dans l'asile, mais était employé aux bains turcs d'Utique. Depuis dix-huit mois, il se considérait comme envoyé par le ciel pour tuer le D r Gray.
A la date présente, M. Gray, malgré la gravité de la blessure, est dans un état satisfaisant et nul doute que, dans quelque temps, il n'ait complètement recouvré la santé. (Louisville M éd. News, 8 avril 4882.)
— Moins heureux que le D r Gray, le D r Adams, médecin à l'asile de Kalamazo (Michigan), frappé d'an coup de couteau par un aliéné, a succombé le lendemain. Le surveillant fut également blessé en essayant de désarmer l'aliéné.
Aliénés incurables et tranquilles. — Après avoir donné le mouvement de la population de l'asile d'aliénés de Danvers (Massachuchet», The Alienût and Neurologist nous apprend que, dans son rapport, le D r Goldsmith regrette qu'on amène à l'asile beaucoup d'aliénés âgés et décrépits plutôt pour mourir que pour être traités. Il dit que si les parents et les amis de ces malades avaient pour eux suffisamment d'affection, ils pourraient les soigner à la maison. Le D r Goldsmith n'est pas le seul à formuler ces plaintes. A Danvers on fait les plus louables efforts pour réaliser l'hôpital ouvert et le traitement des aliénés en dehors de l'asile, système qui est appliqué, par exemple à Woodilee, près de Glasgow. — Nous estimons, de notre côté, que si les administrateurs étaient bien imbus de ces idées, il serait possible de retirer des asiles — pour les rendre aux familles — un certain nombre d'aliénés chroniques, tranquilles, à la condition d'allouer aux familles indigentes un secours mensuel. Cette mesure contribuerait à resserrer les liens de la famille et allégerait les dépenses que les départements s'imposent. Il va de soi que cette mesure ne devrait être appliquée qu'aux malades dont la situation est suffisamment bonne pour ne pas exiger, auprès de lui, l'immobilisation d'un membre de la famille.
Blaise (H.). — Contribution à l'étude des oscillations spontanées et provoquées de la sensibilité dans Vhémianesthésie. Brochure in-8° de 31 pages. Paris, librairie Lecrosnier, place de l'Ecole-de-Médecine.
Boubneville et Teinturibr. — Le Sabbat des sorciers. Plaquette grand in-8«» carré de 40 pages, avec 25 figures dans le texte et une grande planche hors texte, en vente aux bureaux des Archives de Neurologie. Il a été tiré de cet ouvrage 500 exemplaires numérotés à la presse : N°» 1 à 300 papier blanc vélin. Prix : broché, 3 fr. (pour nos abonnés, 2 fr. 50); — N°» 301 à 450 papier parchemin. Prix : 4 fr. (pour nos abonnés, 3 fr. 50) ; — N°» 451 à 500 papier Japon.JPrix : 6 fr. (pour nos abonnés, 5 fr.).
Buccor.A (G.). — La riproduzione- délia percezioni di tnovimento nello spazio tatille. Ricerchi di psicologia sperimentale. Estratto dalla Rivista ai filosofia scientifica. — Torino, Presso il prof. Morselli, via délie Scuole, n° 5.
Neumam (E.). — Les appareils électro-médicaux à l'exposition d y électricité. Brochure in-8° de 32 pages. Extrait de l'Union médicale. Paris, librairie Doin, 8, place de l'Odeon.
Westphal. — Zur localisation der hemianopsie und des Muskelgefûhls leim Menschen. Extrait der Archiv fur psychiatrie, t. VI, 1879. Brochure in-8° de 24 pages, avec 2 gravures hors texte.
Westphal. — Erkrankung der hinterstrdnge bei paralytisched geisteskranken. Extrait der Archiv *ùr psychiatrie, t. XII, n» 3. Brochur» in-8° de 8 pages.
Westphal. — Ueber cine fehlerquelle bei intersuchung des kniephûno* mens und ùlei* dièses selbst. Extrait des Archiv fur psychiatrie, t. XII, n« 3. Brochure in-8° de 15 pages.
Le rédacteur-gérant, Boubneville.
Lwliu, Cl). HMtitftflY, imp. — 781
Vol. IV. Septembre 1882. N* 11.
NOTE SUR L'ACTION DES COURANTS CONTINUS ÉTUDIÉE AU DOUBLE POINT DE VUE PHYSIOLOGIQUE ET PATHO- LOGIQUE ;
Par A. ESTORG , interne des hôpitaux de Montpellier.
I. En étudiant l'action physiologique des courants continus, nous avons été frappé des variations considérables que présentait la résistance éprouvée par le courant à son passage à travers les tissus. Elles se produisaient surtout d'un sujet à l'autre, mais existaient aussi chez le même individu, électrisé à diverses reprises. Ce fait, nous l'avons vu plus tard, avait été déjà signalé plusieurs années auparavant par M. le D r Vigouroux {Gazette médicale, 1879). Il est alors venu à l'esprit de notre maître, le professeur Grasset, sous la direction duquel se faisaient nos recherches, d'examiner ces variations de plus près, et de les analyser avec quelque précision. Grâce au D r Regimbeau, qui a bien voulu mettre ses appareils à notre disposition, et
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nous aider de ses conseils, il nous a été facile de réunir à ce point de vue de nombreux documents.
Nous avons employé pour cela la méthode suivante : Le pôle positif était placé sur le sternum et le pôle négatif sur une partie quelconque, mais toujours la même, de Pavant-bras. Nous faisions eusuite passer un courant assez faible pour être longtemps supporté (dix éléments par exemple). L'instant précis de la fermeture une fois noté, nous relevions exactement le nombre de divisions parcourues à chaque minute par l'aiguille galvanométrique, jusqu'au moment où celle-ci restait définitivement immobile; le maximum d'intensité était alors atteint et l'examen terminé.
Par ce procédé des expériences nombreuses ont été faites, et nous avons constaté que, chez deux sujets soumis à l'action d'un même courant, la résistance peut varier de deux manières : tantôt, et c'est le cas le plus ordinaire, le maximum de déviation est différent; élevé pour l'un, il Test moins pour l'autre, quelle que soit la durée de l'application du courant. Tantôt, au contraire, le cas est moins fréquent, l'aiguille arrive au même maximum, mais accomplit sa course, en des temps inégaux; elle se déplace rapidement chez le premier sujet, avec moins de vitesse chez le second.
Ces éléments, déviations galvanométriques d'une part, temps employé à les parcourir de l'autre, nous ont servi à dresser des courbes avec lesquelles on compare aisément les résultats de plusieurs examens électriques. La seule inspection de notre Planche III permet de s'en rendre compte. Deux courbes y sont tracées : l'une est un exemple remarquable de faible résistance; le maximum est de 9 milliweber et se trouve atteint en