SOCIÉTÉ PSYCHIATRIQUE DE BERLIN
Séance du 45 mars 4884 1.
L'ouverture de la séance par M. le président Lœhr comporte des communication d'ordre administratif. M. Dôrrenberg occupe le siège de secrétaire au lieu et place de M. Sch^efer, empêché par la maladie.
La première communication d'intérêt scientifique apaartient à M. R. Schrœter, de Dalldorf. Elle a trait à la nécessité de donner des congés hors de Vasile aux criminels psychopathes. Ce travail concerne à la fois les aliénés criminels qui, vu leur état mental, sont innocents de tout crime, à la fois les criminels aliénés c'est-àdire les malfaiteurs devenus fous pendant leur séquestration. Les renvois auraient pour raisons générales l'encombrement produit par les versements fréquents qu'opèrent les prisons dans les asiles et l'organisation des asiles qui est loin de correspondre aux conditions exigées pour la garde d'individus dangereux ; outre qu'ils dégrèveraient le budget de l'établissement, voici les considérations humanitaires et pénales qu'il importe de soupeser. Le licenciement serait effectué par la direction centrale sous les auspices et indications du médecin, faisant ou non reprendre le malade par ses parents, absolument comme les aliénés assez améliorés pour être rendus à titre d'essai à leurs occupations. Quoique se plaçant au point de vue de la santé, le psychiatre serait en règle avec le § 23 du Code pénal allemand qui ordonne la remise delà peine aux condamnés s'étant bien conduits pendant les trois quarts du temps de leur châtiment. Dans les deux cas, il s'agit de fournir aux malheureux l'occasion de reprendre une profession honorable, sauvegarde ultérieure d'une rechute mentale et morale, et souvent de rendre un père de famille aux siens. Bien plus, les établissements d'aliénés sont, par la vie de famille qu'on y rencontre, bien plus propres à préparer le relèvement, le retour à la vie sociale. D'ailleurs, le théâtre de l'essai sera le voisinage ; l'amélioration suffira toujours pour que, la force morale étant revenue, les conditions soient favorable anx habitudes d'honnêteté et de raison : car le progrès à réaliser dans les maisons pénitenciaires ou psychiatriques consiste précisément à ne pas oblitérer, chez les sujets qui leur sont confiés, le sens de la vie sociale. — Pour cher-
1 Voir Archives de Neurologie, t. II, p. 293. Séance du 15 décembre
cher les indications individuelles qu'il faut interroger avant de conseiller le congé du criminel aliéné, on doit examiner : 4° le côté moral de l'individu, 2° l'acte accompli par lui, 3° les formes de la psychose, 4° le degré d'empire mental qu'il a récupéré. Une longue observation peut déceler le caractère normal, l'existence d'anomalies congénitales ou habituelles, le rapport exact qui lie l'action à la folie, la fourberie du sujet et le degré de conscience, l'évolution morbide, la périodicité des manifestations (épilepsie), les impulsions irrésistibles, les hallucinations dans leurs relations avec l'acte, le poids de l'intelligence et de la volonté dans l' autorépression du délire, la nature alcoolique des phénomènes, l'état des habitudes antérieures; tels sont les éléments dont on tiendra compte avant de permettre le congé en supposant que le stade de calme maximum de la psychose soit atteint. — La récidive d'un crime n'entraînera pas la détention à perpétuité s'il s'agit d'un aliéné criminel dont la nocuité a récidivé avec un nouvel accès de folie; la nature psychopathique étant patente, se montrer circonspect à l'avenir mais en étudiant le genre de crime commis, la façon dont il a été pratiqué, enfin les éléments psychologiques : on se représentera le danger des hallucinés en proie au délire des persécutions, des états impulsifs, des phénomènes d'angoisse, d'une agitation violente périodique sous l'influence ou non de l'alcoolisme, sans proscrire de la vie commune ceux qui réguliers et calmes depuis longtemps, ont l'intelligence affaiblie mais inoffensive. Les mêmes formules éclairciront la décision du médecin à l'égard des criminels aliénés; mais ici on se souviendra que la continuation de la peine interrompue attend toujours. Cette décision aura pour objectif de procurer au malade un champ de travail ordinaire et de groupe autour de lui toutes les conditions favorables à sa réhabilitation, tout en ne le perdant pas de vue. — Le moment du traitement "qui conviendra au licenciement dépendra de l'ancienneté de l'amélioration et de sa rapidité rapprochées de la gravité du crime, pour les aliénés criminels. Le § 3 de la loi oblige les aliénés criminels à une année au moins d'internement quand on envisage les grandes pénalités. — Si l'aliéné ne revenait pas à l'expiration du congé, la loi aurait la même action sur lui que dans le cas de mise en liberté provisoire des gens tarés ; seulement généralement cette infraction résulterait chez nos malades de la crainte qu'ils auraient de perdre une situation acquise en chômant le temps nécessaire à leur voyage à l'asile, de fausses idées sur une nouvelle décision possible du directeur à leur égard, de temporisations imputables à leurs occupations. Aussi importe-t-il d'engager la responsabilité des parents ou des patrons par des certificats d'embauchages ; on obtiendrait de la sorte des renseignements précis sur son malade. — Les formalités que l'autorité remplirait se bornant à ce qui a été mentionné plus haut, pour les
aliénés criminels ou les criminels aliénés de peu d'importance, comporteraient, quand le congé devrait atteindre un temps assez long, un certificat de légitimation délivré par le directeur de l'asile, visé par la police au lieu d'habitation, les cas douteux pour la mise en liberté à titre d'essai réclamant qu'on avertît directement les autorités. Les autres criminels aliénés, les aliénés ayant commis des crimes graves, les récidivistes pourraient rentrer dans la catégorie des individus que l'autorité surveille et pour qui elle exige une demande spéciale d'élargissement de l'asile avant toute décision. De môme la prolongation du congé qui prépare la réintégration totale dans la société imposerait l'avertissement de l'autorité, a fortiori quand celle-ci se réserve une restriction préalable. Le congé définitif nécessiterait toujours la pose de cette question à l'autorité. — La demande de grâce est un devoir pour ces malheureux suffisamment guéris pour gagner leur pain au dehors, mais désormais impuisants à supporter la peine qu'ils avaient encourue.
Usiter pour tous ces malades le même mode de traitement qu'on emploie vis-à-vis des autres aliénés, substituer la main secourable de l'aliéniste à celle du geôlier, dispenser le congé sur des éléments d'appréciation scientifiques qui en indiquent l'étendue, préparer la rentrée honorable, déraciner ce préjugé que le criminel aliéné est la combinaison d'un double danger : voilà le but. Pour l'atteindre et convaincre de l'inanité des craintes, une observation longue, attentive, spécialisée au côté moral et à l'élément dangereux du malade, un traitement approprié et l'obligation d'une personne responsable chargée du libéré sont suffisants. Au travail, et notamment" à celui de l'agriculture qui a déjà produit de bons effets, il faut joindre le travail social par des mises en liberté provisoires accordées de bonne heure. Elles produiront à leur tour un résultat quand en môme temps que de toutes les causes d'excitation psychique on aura débarrassé l'aliéné vivant en paix des tracasseries administratives et policières.
L'auteur prie en conséquence l'assemblée de provoquer la nomination d'une commission chargée d'examiner son projet et particulièrement : 1° La question des congés à accorder aux criminels aliénés pour les cas où le médecin aurait obtenu une transformation intégrale des facultés morales sans la guérison complète de la psychose ; — 2° celle de l'expiation de la peine après l'obtention de la guérison à l'asile, en tenant compte de la durée du châtiment et du séjour à l'asile, ainsi que de la nécessité de renvoyer des criminels aliénés qui, guéris, ne pourraient supporter néanmoins le fardeau de leur punition ; — 3° le mode de contrôle à exercer sur les criminels aliénés, qu'ils soient en congé ou renvoyés définitivement.
11 demande que la commission se compose de juristes expéri-
meutes et de médecins aliénistes pratiques qui veuillent bien assurer la mise en œuvre d'un fonctionnement compatible avec la sécurité des citoyens. 11 serait utile de former une société de prévoyance s'occupant d'aider les malheureux en question à leur sortie, entre celles qui se proposent isolément cet objectif soit pour les aliénés soit pour les condamnés.
La discussion extemporanée à laquelle prennent part MM. Ideler, Lœhr, Jastrowitz, Edel, Reinhardt décèle une tendance favorable à de telles conclusions. Mais à raison de l'importance des propositions émises et de leur nouveauté, pour faciliter d'ailleurs l'exposé des -conceptions contraires qui se sont fait jour au sein de l'assemblée, M. le président, d'accord avec la Société, nomme une commission chargée de formuler nettement les points à traiter dans la prochaine séance. Cette commission se compose de MM. Jastrowitz, Ideler, Mendel, Schreter, Ziinn.
Sous le titre de Contribution à la casuistique des blessures de Vécorce du cerveau, le D r Richter communique l'histoire d'un malade et son autopsie. 11 s'agit d'un aliéné offrant des phénomènes de démence paralytique tout à fait au début que l'on trouve un jour en proie, probablement à la suite d'une chute, à toutes les manifestations d'une affection cérébrale grave. Comme le patient chancelle sans présenter de symptômes de paralysie, on pense à une de ces hémorrhagies qui rappellent les hématomes de la méningo-périencéphalite chronique diffuse avec complication de méningite. Cinq à six jours après l'accident, la sensibilité est extrême dans tous les membres et au tronc : intégrité de la motilité ; la tête qui auparavant était agitée de tremblements par accès demeure immobile. Dilatation pupillaire; pas de paralysie faciale. Parole précipitée mais obtusion intellectuelle cédant bientôt à lasomnolence. Mort dix jours après l'accident. L'autopsie montre à droite et en avant trois déchirures dure-mériennes. Une triple fracture s'étend : de l'extrémité de l'occipital au sommet du temporal gauche, du milieu de l'occipital au trou déchiré postérieur droit, et sur le tiers externe de la face antérieure du rocher droit. Une hémorrhagie a détruit le pied de la troisième circonvolution frontale, le sommet de la seconde frontale et le gyrus rectus avec l'olfactif, du côté gauche ; il en est de même du point de jonction de la frontale et de la pariétale ascendantes à leur partie inférieure, du pied de la seconde frontale, de la surface de la première temporale et de la totalité de la troisième temporale à son bord supérieur. Hémisphère droit indemme.
Un épanchement sanguin occupe le corps calleux vers son tiers postérieur au voisinage de la voûte à trois piliers. Les dépressions de la base du crâne sont inondées de sang à gauche. L'existence d'une suffusion sanguine dans l'aponévrose épicrânienne à la région pos 4 érieure gauche prouve que le malade a reçu le choc sur l'occiput
de ce côté ; de là les trois fractures et, la pression s'effectuant vers les régions antérieures droites, les déchirures artérielles dans les circonvolutions du côté gauche et sur une petite zone du côté droit, accompagnées des dilacérations de la dure-mère opposées. M. Richter explique l'absence d'aphasie malgré la lésion classique par la conservation de la paroi externe de la troisième frontale, de celle qui forme la limite de la branche ascendante de la scissure de Sylvius; il rapproche de la destruction des circonvolutions temporales du côté gauche la difficulté que le malade avait à fixer les sons pour comprendre ce qu'on lui disait (aphasie sensorielle de Wernicke), tandis que les altérations des circonvolutions motrices à l'extrémité du sillon de Rolando ne furent pas suffisantes pour produire la paralysie du facial et de l'hypoglosse. Le tremblement de la tête serait dû, pour l'auteur, à l'excitation d'un récurrent par le processus encéphalique du côté gauche.
Discussion.
M. Jastrowitz, prenant en considération les lésions des circonvolutions temporales, inclinerait, si les résultats cliniques n'y contredisaient pas, à penser à un trouble dans la réception des sensations sonores ; sur l'assertion de M. Richter que le malade, incapable de répondre aux questions, ne réagissait que très peu, il croit que le tableau symptomatique est impuissant à décider si l'aphasie fut ataxique ou sensorielle.
Pour M. SchrOter la perception encore partielle au début disparut plus tard. M. Jastrowitz explique la confusion des phénomènes malgré l'étendue des lésions par la conservation d'un certain nombre d'éléments au milieu des extravasats. La modification et l'incertitude des symptômes excluent toute conclusion.
M. Reinhardt, vu Tathéromasie des artères cérébrales, pense qu'une série de poussées exsudatives ont succédé au premier épanchement sanguin jetant le désarroi dans la symptomatologie, tandis que M. Richter attribue les modifications séméiologiques à l'ascension fébrile. Du reste, ajoute ce dernier, sur une question de M. Lœhr, la coloration était partout homogène excepté au pourtour de l'artère sylvienne où l'on trouvait un début de suppuration et de détoloration.
Une seconde communication du D r Richter concerne un cas de périencéphalite purulente consécutive à une infection septique. Le paralysé général dont il s'agit, arrivé à la période de démence, subit pour une arthrite fongueuse une double désarticulation du pouce droit et du petit orteil gauche. Il meurt au bout de quatre jours après élévation thermique de 40° ; 40°,4 ; 43°, I . On trouve à l'autopsie une leptoméningite purulente englobant lamoitié antérieure de l'écorce. Absence d'autre foyer en aucune région du corps. M. Richter est d'avis dans l'espèce que l'affection mentale, si elle peut retarder la
guérison des plaies, n'a rien à voir avec la septicémie laquelle pénètre l'organisme sous la forme d'un contagium vivum d'origine extérieure. La sélection du foyer pour ce cerveau déjà enflammé est loin d'être la règle, témoin deux autres cas décrits par lui dans lesquels des paralysés généraux infectés par la résorption septique virent leur processus encéphalitique s'améliorer nonobstant, témoin chez ce dernier aliéné les accidents du décubitus avec fièvre, sans que la périencéphalite prenne la marche aiguë : ces différences doivent tenir et à la malignité du principe infectieux et au caractère de l'inflammation cérébrale chez tel ou tel individu.
L'auteur rappelle à ce propos le travail de M. Stenger, celui-ci recommandant non de pratiquer des frictions médicamenteuses sur le crâne des paralytiques curables» mais d'exercer une dérivation sur leurs extrémités inférieures par des avivements. Les deux dernières observations recueillies ici témoignent de la valeur du bien fondé d'une telle méthode.
Avant de lever la séance, l'assemblée fixe comme date de sa prochaine session le 15 juin de la même année. (Allg. Zeitsch. f. Psych. u. psych. gerichtl. Medic., XXXVIII, % et 3.)
P. Keraval.
Séance du \ 5 juin \ 88 1 .
À la suite des communications administratives de M. Lœhr, président, M. Schrœter vient soumettre à l'appréciation de la Société quatre des conclusions adoptées par la commission dont il est le rapporteur, relativement au Renvoi provisoire ou définitif des criminels et délinquants aliénés (Voir la séance du 4 5 mars dernier). La discussion, à laquelle prennent part MM. Zinn et G uttstadt, entraîne des modifications dans la rédaction des divers paragraphes examinés. On s'arrête en définitive au texte des trois propositions suivantes :
1° Les criminels et délinquants aliénés qui se trouvent dans les asiles doivent être soumis, quand il s'agit de leur accorder un congé temporaire ou définitif, aux mêmes mesures que tout autre psychopathe, à la condition que leur peine ait été subie ou que l'eïamen prescrit par le paragraphe 51 du Code pénal allemand ait été effectué. — Il va de soi que les aliénés à tendances criminelles ne sauraient être libérés sans la plus extrême circonspection préalable ;
1° La sortie limitée ou décisive d'un criminel aliéné, actuellement dans un asile et qui n'aurait pas purgé sa condamnation, incombe à la décision de l'autorité chargée de dispenser les mêmes faveurs aux détenus de l'établissement pénitencier dont est sorti le
délinquant en question pour entrer dans l'asile. La réintégration de tels aliénés de l'asile à l'établissement pénitencier dépend de la direction de l'asile, voire de l'autorité préposée à rétablissement psychiatrique ;
3° L'installation de divisions réservées aux délinquants et criminels aliénés dans les grands établissements pénitenciers s'impose de toute nécessité ; il serait surtout indiqué d'établir un service spécial de cet ordre commun à plusieurs établissements correctionnels, le service étant fixé dans l'un de ceux-ci.
M. Guttstadt complète la discussion par quelques chiffres concernant la fréquence de la folie chez les délinquants ; il les emprunte à tous les établissements pénitenciers ou de détention qui assortissent au ministère de l'intérieur dans une période de dix années. Tous les ans on compterait cinquante-huit hommes et treize femmes devenus aliénés sur l'effectif d'ensemble des établissements, soit 0,08 p. 400 quant au sexe masculin, 0,07 chez le sexe féminin. La proportion des psychopathes serait de 0,18 p. -100 pour les hommes et 0,20 p. 100 pour les femmes détenus dans les maisons de correction. Ces chiffres, qui pourraient bien être trop faibles (affirmation sur ce point de M. Schrœter), sont complétés sur la demande de M. Zinn par l'énoncé du temps qui s'est écoulé entre l'infraction à la loi et l'admission dans l'asile d'aliénés. Sur les sept cent dix-neuf criminels et délinquants aliénés qu'observa M. Guttstadt dans la même période (583 hommes, 136 femmes), il s'est écoulé moins de trois mois de détention avant l'explosion de la folie chez 30,4 p. 400 des hommes et 40,16 p. 400 chez les femmes.
M. Zinn affirme que le nombre des criminels aliénés que Ton rencontre dans les asiles est bien au-dessous de la quantité relativement grande des cas de psychoses qui existent en réalité dans les établissements pénaux. 11 cite des cas de délinquants continuellement atteints par des peines disciplinaires à raison de leur mutinerie et qui incontestablement étaient sous l'empire d'une entité psychique morbide passant inaperçue aux yeux du médecin de l'établissement; d'autre part les médecins des prisons et établissements pénitenciers, redoutant l'habileté des simulateurs, ne se rendent que trop tardivement à l'évidence de Ja folie.
M. L^hr comprend d'autant mieux la mise à exécution de l'article 3 dans le royaume de Prusse que la Saxe en a donné l'exemple. C'est dans cet Etat, à Waldheim, qu'on a tenté pour la première fois de combiner à un établissement pénitencier un asile hospitalier autonome confié à la direction d'un psychiatre.
M. Dœrrenberg lit un mémoire sur les examens de Vurine chez les aliénés. Après avoir rappelé l'influence du système nerveux sur la nutrition et les sécrétions, après avoir émis l'opinion que bien des hallucinations du goût et de l'odorat peuvent être rattachées à des
Sociétés savantes. i2à
anomalies dans les sécrétions afférentes à ces organes, il se propose de déterminer les anomalies chimiques de l'urine dans leurs rapports avec les formes des psychoses. L'auteur a analysé avec le plus grand soin la plus grande quantité des urines des aliénés à des moments du jour identiques; ces recherches, pratiquées à Schweizerhof, ontporté sur toutes les substances, sur tous les groupes chimiques que cette humeur renferme. Ce sont notamment les urines de la nuit de dix aliénées en proie à des entités psychopathiques diverses, examinées pendant longtemps par séries de trois à quatre jours consécutifs, qui lui ont fourni les conclusions suivantes. L'acide urique a été trouvé en plus forte proportion (1 par rapport à 25 d'urée) en un cas de catatonie et dans les divers états d'agitation maniaque (1 : 22) ; la quantité en était considérablement diminuée dans quatre observations dont trois avaient trait à des modalités un peu différentes de la folie du doute, et la quatrième concernait une mélancolie récente teintée de délire des persécutions. Les sulfates doubles avaient subi une augmentation de 25 p. 100 chez les maniaques agités, de, 46 à 4 8 p. 400 dans la mélancolie en question, alors que leur proportion se trouvait moindre de 5 à 7 p. 400 dans les trois cas do folie de doute.
A la suite de quelques remarques présentées par MM. Sponholz, Muller et Zinn, M. Lœhr invite les jeunes médecins à poursuivre leurs recherches en commun sur ce sujet dans les établissements auxquels ils sont attachés en adoptant un plan uniforme et une méthode d'examen déterminée.
Plusieurs communications inscrites à l'ordre du jour ayant été retirées, M. Lshr appelle l'attention sur un sujet dont bien des points demeurent encore dans l'ombre, sur les folies périodiques. Il en communique à la Société un fait remarquable par la régularité des accès. La malade dont il s'agit, atteinte de perturbation psychique secondaire, est en proie depuis plus de six mois à une agitation périodique par époques régulières parfaitement délimitées de trente-six heures; c'est-à-dire qu'à un laps de temps de calme durant trente-six heures, caractérisé par de la faiblesse intellectuelle, succède une hyperexcitabilité accompagnée d'une agitation modérée, d'un mutisme prononcé. Cet état progresse modérément; mais au bout de trente-six heures apparaît un accès de violente agitation avec cris, promenade, sévices contre l'entourage, malpropreté. Après trente-six heures de durée cet état cède la place à une nouvelle période de moyenne agitation avec loquacité qui dure un temps égal pour être remplacée à son tour par une période de calme et ainsi de suite. La fin de chaque période est marquée par la diminution de l'agitation au regard de l'hyperexcitabilité du corps de chacune d'elles, mais le début de toute phase nouvelle tranche nettement sur celle qui a précédé : les anomalies dans la durée précitée ne dépassent jamais une demi-heure.
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M. Benno communique un cas de paralysie progressive périodique. Il concerne un homme de trente-neuf ans, qui, dès le SI mars \ 878, était au stade initial de la paralysie générale ; on constatait en même temps chez lui les troubles de la motilité appartenant au tabès, de la blépharoptose du côté gauche et de la mydriase, ainsi qu'une perforation tympanique (otite moyenne) du côté droit. Une courte rémission fut bientôt suivie de deux accès épileptiformes à la fin d'août. Ace moment tous les phénomènes mentionnés s'aggravent, l'oreille témoigne d'une nouvelle poussée inflammatoire, et peu à peu les bruits anormaux perçus comme tels par le malade se transforment en hallucinations; en même temps, angoisse précordiale intense, excitabilité psychomotrice prononcée. Telle est du moins l'image de chaque paroxysme, les stades intermédiaires étant caractérisés par le calme, l'enjoûment de l'humeur. C'est dans la première semaine d'octobre que se produit Y alternance régulière à type tierce des phases d'agitation; elle se continue jusqu'à la fin de décembre, l'agitation se montrant dans les heures tardives de l'aprèsmidi et du soir et affectant une violence d'autant plus grande que les paroxysmes précédents ont été moins vifs et que la pause de calme a duré plus longtemps. Les rémissions observées ne constituaient pas de simples périodes d'épuisement nerveux, car on remarquait pendant leur évolution l'animation psychique normale et la participation du sujet aux occupations de la maison, aux conversations et promenades de l'asile; il recevait avec plaisir les visites de ses parents, lisait, jouait aux échecs, etc. En outre, alors que durant les stades d'agitation il ajoutait foi sans critique aux hallucinations et à leur teneur terrifiante (accès d'angoisse), il racontait en riant pendant les rémissions que des voix stupides (sic) lui rappelaient par exemple qu'il y a dix ans il avait été trouvé gisant dans la rue en état d'ivresse.
M. Gock apporte à ce propos une observation également remarquable. La malade dont il s'agit, après n'avoir pendant dix jours présenté d'autre symptôme qu'un défaut de discernement, tombait tout à coup dans le calme et le mutisme; l'expression de la physionomie devenait rigide et morose, et sans se soucier le moins du monde des personnes de son entourage, elle allait et venait continuellement. L'impulsion motrice s'accroissant les jours suivants au point de persister jour et nuit et de revêtir un caractère automatique, on dut l'alimenter artificiellement : gâtisme. Jamais on n'observa d'idées délirantes ni aucune manifestation de cet ordre. Cet état durait treize ou quatorze jours, se terminant aussi brusquement qu'il débutait. Puis les allures presque normales notées plus haut reparaissaient pendant dix à onze jours, sans que la patiente se souvint de ce qui s'était passé au cours de la période d'agitation ; elle savait simplement que quelques jours s'étaient écoulés, desquels elle n'avait aucune mémoire. La maladie ne concordait pas
avec les époques menstruelles, les règles venant régulièrement tant lors de l'accès d'agitation qu'en dehors de lui. L'emploi du ni tri te d'amyle, qui semblait indiqué à raison de la pâleur du visage au début de l'agitation, demeura sans résultats; le bromure de potassium administré à la dose de douze grammes par jour dans l'intervalle des crises fit disparaître la régularité du type dans sa période et dans sa durée. — La séance est levée sur cette communication. (AUg. Zeitsehr. f. Psych. u. psych. gerichtl. Mediz., XXXI X, 4.)