XX. LÉSION UNILATÉRALE DE LA MOELLE ; par le D r RlCHARD
Schulz (de Brunswick). (Centralb. f. New., n° 15, 1 er août 1880.)
Un homme de vingt-neuf ans fut frappé de plusieurs coups de couteau, dont un pénétra entre les apophyses épineuses des cinquième et sixième vertèbres dorsales dans une direction légèrement inclinée vers la droite. Le couteau resté dans la blessure n'avait été retiré qu'avec effort ; la sonde pénétrait dans la plaie jusqu'à la profondeur de cinq centimètres, en haut et en dehors, sans rencontrer de surfaces osseuses dénudées. Dès son entrée à l'hôpital, le blessé présenta: anesthésie du membre inférieur gauche, hyperesthésie et parésie légère du membre droit; en outre, dès le premier jour, selles involontaires 9 et rétention (Turine qui nécessita le cathétérisme. Trois semaines après son entrée, qui avait eu lieu le 8 novembre 1879, le malade était guéri de ses blessures et quittait l'hôpital.
Le 25 mai, il présentait l'état suivant :
Systè/nes osseux et musculaire bien développés ; faiblesse paralytique dans le membre inférieur droit, avec «tendance au tremblement, sensibilité douloureuse de la peau de ce membre et de la moitié droite du tronc ; sensation de fourmillement et d'engourdissement du -pied et de la jambe gauches. En marchant le malade traîne un peu la jambe droite.
Les extrémités supérieures sont normales ; l'extrémité inférieure droite a environ un centimètre de pourtour de moins que la gauche.
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Pas de différence de température ou de coloration aux membres inférieurs. Sensibilité et sens musculaire, normaux à gauche ; diminués à droite. Le malade, lorsqu'il a les yeux fermés, n'apprécie pas exactement les changements de position du membre droit. La force du membre droit est un peu diminuée, la motilité imparfaite, les mouvements sont pénibles et incertains. A gauche il n'y a rien de semblable. Il n'existe ni ataxie, ni raideur musculaire. Le tégument du membre inférieur droit et de la moitié droite du tronc, jusqu'à la ligrçe médiane, est fortement hyperesthésié. La limite supérieure de cette hyperesthésié est constituée par une ligne circulaire passant au niveau de la septième vertèbre dorsale. Au-dessus de cette ligne se trouve, toujours à droite, une zone d'anesthésie qui atteint la sixième vertèbre dorsale. Plus haut la sensibilité paraît normale. . ".
A droite, la sensation de fourmillement est très vive, le sens du toucher plus fin, celui de la douleur notablement augmenté, celui de la température normale. La sensibilité de la peau au courant galvanique ou faradique énormément augmentée, tandis qu'à gauche elle est normale ou même un peu diminuée.
A gauche, sur le membre inférieur et sur le tronc, les attouchements légers sont perçus et localisés assez rapidement et exactement. La pointé et la tête d'une aiguille sont distinguées ; mais une piqûre profonde n'occasionne pas la douleur. En un mot, augmentation des sensations tactiles et analgésie (jusqu'à la sixième vertèbre dorsale). Au-dessus de cette région analgésique existe, à gauche une petite zone d'hyperesthésie, Correspondant à la zone d'anesthésie du côté droit. Le sens de la température est normal à gauche.
Les réflexes tendineux, normaux à gauche, sont très augmentés à droite. Le plus léger choc sur le tendon rotulien détermine un clonus dorsal, soudain et énergique du pied droit ; les autres:réflexés de la jambe n'ont pas lieu.
L'excitabilité faradique et galvanique est la même des deux côtés. Pas de réaction de dégénérescence dans les muscles émaciés de la jambe droite. Evacuations alvine et urinaire normales; fonction génitale conservée.
Il s'agit ici évidemment d'une lésion hémilatérale de la moelle. L*insti*ument a atteint la moitié droite, entre la cinquième et la sixième vertèbre dorsale, par suite hyperesthésié et parésie à droite, analgésie à gauche. Il y a eu seulement analgésie, avec'
conservation de la sensation tactile, parce tjufc la partie postérieure des cordons latéraux a été sans douté seule atteinte, tandis que le cordon postérieur qui transmet les sensations tactiles, a été respecté.
Il est à remarquer que le sens musculaire est diminué à droite, preuve à l'appui de l'assertion de Brown-Séqu^rd que les voies de transmission du sens musculaire ne s'entrecroisent pas. Il faut noter aussi l'exagération des réflexes tendineux du côté parésié et la conservation de l'excitabilité électrique normale. Quant à l'hyperesthésie cutanée du côté correspondant à la lésion médullaire, l'explication physiologique est encore h chercher. D'après l'auteur ce fait se rattache à celui du trans-: fert dans les expériences métalloscopiques et lorsque ce dernier sera expliqué on comprendra du même coup la raison de l'hyperesthésie dans la lésion hémilatérale. R. Y. •
XXL Une application pratique du transfert ; par le D r H. Kaiser (de Dieburg). (Centrabl. f. nerv., etc., n<> 15, l or août 1880).
Longtemps avant que le transfert ait été étudié scientifiquement, l'auteur avait fréquemment appliqué avec succès sur lui-même un procédé qui relève évidemment du transfert. Voici en quoi il consiste : si l'on éprouve une douleur en un point quelconque, on porte toute son attention sur l'état de la sensibilité du point symétrique de l'autre côté du corps et l'on cherche à se figurer qu'il est le véritable siège de la sensation douloureuse. Pour rendre plus facile cette illusion, on excite les nerfs cutanés de ce point, par des frottements, des pincements légers, etc. En même temps, on s'efforce de se maintenir dans une tranquillité parfaite de corps et d'esprit, et l'on facilite la circulation du sang par une respiration méthodique, notamment en se servant de la portion supérieure du thorax. Lorsqu'on a réussi à percevoir la dou-, leur comme provenant de ce point symétrique (subsidiaire), elle cessé dans le point primitivement affecté ; mais le pluâ souvent elle y revient, atténuée pourtant; après quoi elle peut être déplacée de nouveau. Ces alternatives se répètent d'ordinaire plusieurs fois et avec une intensité décroissante.
Même lorsqu'il s'agit de névralgies non plus commençantes, mais liées à un état pathologique déjà établi, tel par exemple
qu'une carie dentaire, le procédé procure au moins un soulagement momentané. On pourrait l'essayer même dans certaines inflammations où la douleur est le premier symptôme. R. V.
XXII. « Nerveux » ; par le D r Sigmund Franck (d'Iéna.) (Centrabl. f. nerv., etc., 1880, n<> 16, l or août.)
L'auteur insiste sur le rôle prépondérant de l'appareil génital dans la pathogénie des affections nerveuses de la femme. Il est d'avis, non seulement que Ton doit, dans les désordres de toute espèce, rechercher avec soin et traiter les moindres affections locales de l'appareil utérin, mais il est convaincu que, même lorsqu'il n'y a pas de symptômes du côté de l'utérus, un traitement préventif (spéculum, cathétérisme utérin, etc.), a une influence psychique des plus utiles. R. V.
XXIII. Sur la contraction paradoxale; parle D r Albrecht Erlenmeyer (de Bendorf.) {Centrabl. f. nerv., etc., 1880, n° 17, 1 er sept.)
Le phénomène décrit sous ee nem par Westphal, consiste essentiellement en ceci : si l'on porte fortement dans la flexion dorsale le pied d'un malade couché, il arrive parfois qu'après un instant, le tibial antérieur sb contracte d'une façon plus ou moins durable, produisant l'adduction du pied qui lui est propre. Cette contraction peut durer de une jusqu'à vingt minutes et plus, après quoi elle disparait graduellement. Dans aucun cas de ce genre, on ne réussit à provoquer la contraction du tibial par la percussion de son tendon. En dehors de ce muscle, le même phénomène a été observé pour le long extenseur du gros orteil, l'extenseur commun des orteils, et une fois pour les fléchissants du genou. On voit qu'il s'agit là d'une contraction provoquée par le relâchement passif du muscle, ce qui justifie la désignation donnée par Westphal.
Erlenmeyer a constaté que cette contraction paradoxale échappe complètement au contrôle de la volonté, même chez les malades dont les muscles du pied avaient conservé toute leur mobilité. Ce fait, ainsi que la longue durée de la contraction, qu'il a vue atteindre trois quarts d'heure, le portent à croire qu'il s'agit en réalité d'une contracture jàisant la définition de MM. Ch. Richet et Brissaud : contraction déplus ou moins
longue durée d'un muscle, dont la volonté ne peut pas amener le relâchement *.
Or, cette contracture du tibial antérieur est-elle produite par le raccourcissement passif du muscle, comme l'admet Westphal, ou bien plutôt par rallongement du muscle antagoniste, le gastrocnémien ? Cette seconde hypothèse peut être justifiée par l'expérience : si pendant la contraction paradoxale du tibial antérieur, le pied étant par conséquent dans la flexion dorsale, on fléchit le genou du malade, et saisissant dans la main la masse du trijumeau, on la tire fortement dans la direction du talon, on voit le pied reprendre immédiatement sa position normale; le relâchement est instantané. Il est à remarquer que dans cette manière de procéder on évite absolument toute traction sur le tendon d'Achille et par suite tout réflexe tendineux.
On peut encore, le membre étant placé de la même façon, saisir le mollet à sa partie supérieure et le tirer de telle manière que la flexion dorsale du pied puisse se faire sans la moindre résistance. Dans les deux cas, il est tout à fait impossible d'obtentr la contraction paradoxale,
Westphal était parti de la supposition que la contraction paradoxale est déterminée par le raccourcissement passif du tibial, le relâchement jouant le rôle d'une excitation et il l'avait mise en contraste avec le phénomène du pied (réflexe du tendon de Erb) qui consiste dans la contraction du trijumeau provoquée par rallongement de ce muscle. D'où l'épithète de paradoxale.
Abstraction faite du mode différent de contraction, clonique pour le phénomène du pied, tonique pour la contraction paradoxale, Erlenmeyer pense qu'il y a là deux choses tout à fait distinctes et non opposées. Dans les phénomènes du pied : excitation d'un muscle par son allongement et réaction du même muscle par des contractions cloniques; dans la contraction paradoxale: excitation d'un muscle par ellongement de son antagoniste et réaction par une contraction tonique ou contracture.
La désignation de contraction paradoxale ne peut donc pas être conservée. Erlenmeyer propose celle de contracture par distension des antagonistes ; et pour la distinguer de la contrac-
1 Brissaud et Cta. Richet. — Faits pour servir à l'histoire des contractures. (Progrès médical, 1880.)
ture chirurgicale par allongement passif des antagonistes et par paralysie, enfin pour exprimer la relation, avec les affec-» tions du système nerveux central, et spécialement l'exagération des réflexes spinaux, il conviendrait d'ajouter les désignations de active et spinale. On aurait donc la contracture spinale active par allongement des antagonistes. Mais ce serait un peu long. Finalement Ërlenmeyer propose le mot de phénomène du muscle (Muskel phanomen) qui prendrait naturellement place à la suite des phénomènes du pied et du genou de Westphal. U faut se rappeler d'ailleurs que, d'après les observations de Brissaud et Richet sur les hystériques, la distension d'un muscle produit parfois la contracture de son antagoniste parce que tout allongement passif d'un muscle est accompagné d'une contraction inconsciente de l'antagoniste, ce qui leur fait supposer une excitation, d'une certaine durée, du centre spinal.
XXIV. Aphasie traumatique ; par G. Allen. (Neiv-York médical Times, janvier 1882.)
G. N,.., enfant de huit ans, vigoureux et bien portant, tomba d'un arbre élevé de trente-cinq pieds, sur le côté droit de la tête et du corps, et perdit connaissance. Il resta dans cet état pendant soixante-douze heures ; néanmoins, on pouvait le tirer de cette somnolence pour lui faire prendre ses remèdes et l'alimenter, de même que parfois il répondait directement aux questions qu'on lui posait en élevant la voix. D'abord, il fut inquiet, s'agita continuellement et délira même par instants. Les pupilles étaient contractées et paresseuses, mais revinrent à l'état normal à mesure que la réaction se prononça. Il n'y eut jamais de respiration stertoreuse. Dix-huit heures après lu chute, le malade parut posséder la faculté d'articuler nettement les mots, ainsi qu'on put s'en rendre compte, soit pendant le délire, soit à un autre moment. Mais cette période passée, il sembla totalement aphasique, et, même après le retour complet de la connaissance, il parut avoir complètement perdu la faculté de traduire ses actes par la parole, et être devenu incapable de se servir en aucune sorte du langage articulé. Il n'y avait pas d'aphonie, car lorsqu'il criait sa voix était naturelle. Lui faisait-on directement . u»e question, il remuait la tête, mais ne parlait pas. Lorsqu'on le priait d'articuler un . mot
donné, il prêtait attention, mais semblait n'avoir aucune idée du moyen par lequel il pourrait accomplir cet acte, et se mett tait alors à pleurer. La langue et les lèvres jouissaient de leurs mouvements normaux, la déglutition s'accomplissait parfaitement, et il n'y avait pas de paralysie des organes de la parole. Avec cette aphasie coexistait une légère hémiplégie droite. Pendant vingt-cinq jours, il y eut une hématurie considérable qui disparut promptement après l'administration de la térébenthine. Il y avait quelques contusions de la tête, l'une portant sur l'occipital gauche, et une autre plus étendue sur la région temporo-frontale droite. L'aphasie persista quatre jours et disparut graduellement, le malade commençant par des réponses simples et enrichissant peu à peu son vocabulaire, de telle sorte qu'à la fin de la deuxième semaine le langage articulé était redevenu normal. Il n'avait pas souvenir (Je l'accident; et, bien qu'il se rappelle quelques circonstances, il ignore la presque totalité des détails encore aujourd'hui, et cela depuis plus de quatre mois. L'hémiplégie disparut graduellement aveo l'aphasie. Pendant environ un mois, et comme dernier symp* tome, il fut fort émotionnable et criait et pleurait sans motifs, à la moindre excitation. L'auteur pense qu'il s'est agi là d'une contusion cérébrale portant sur la partie postérieure du lobe antérieur gauche, et intéressant une portion de la troisième frontale ainsi que son voisinage immédiat. G. delà T»
XXV. Des métastases des inflammations de l'oreille sur le cerveau ; par J.-A. Andrews. [New-York médical Journal, 1881, p. 160.)
Contrairement à l'opinion de Fallope, qui voyait dans l'écoulement de pus par l'oreille un effort de la nature pour déverser au dehors la matière morbide accumulée dans la tête, la nature des inflammations du conduit auditif est aujourd'hui un fait bien connu. Le professeur Trôltsch rappelle à ce propos la phrase digne de remarque d'un médecin américain, le docteur Clarke : « C'est un fait d'une telle importance d'avoir toujours l'attention dirigée vers l'oreille, dans le cours ou à la suite des fièvres éruptives, que le médecin qui négligerait ce soin ne peut être considéré comme ayant rempli son devoir envers son malade. » Tout le monde sait avec quelle rapidité, à la âuite d'un refroidissement ou d'une angine, l'inflammation s'étend de la
muqueuse pharyngienne i la muqueuse de l'oreille. On connaît aussi la fréquence des otites dans le cours de la grippe, de la diphthérie, de la coqueluche, de la scarlatine, de la rougeole, de la variole, de la fièvre typhoïde, de la tuberculose pulmonaire. La scrofule et la syphilis jouent aussi un rôle important dans l'étiologie des affections de l'oreille. Si on rapproche de cette fréquence de l'otite la parité et le nombre des complications qu'elle peut déterminer, on reconnaîtra l'importance méritée attribuée à cette affection.
Ce sont ces complications qui font l'objet du mémoire du D r Andrews. L'auteur est plus au courant des recherches publiées en Allemagne que des travaux français. Il ne cite pas et ne parait pas connaître le mémoire, classique en France, du professeur Brouardel, inséré dans les Bulletins de la Société anatomique, et où se trouvent étudiées toutes ces complications : méningite purulente, abcès du cerveau, phlébite ou thrombose des sinus ou de la veine jugulaire interne, hémorrhagie mortelle par perforation du canal carotidien, avec érosion de l'artère carotide, de la méningée moyenne, des grands sinus veineux, ou de la jugulaire.
A propos de l'abcès cérébral, l'auteur rappelle que, d'après une statistique de Meyer (de Zurich), les lésions de l'oreille tiennent à peu près le même rang que le traumatisme dans l'étiologie de l'encéphalite suppurée.
Toynbee a essayé d'établir le siège de ces abcès d'après la cavité de l'oreille lésée. Ainsi, l'inflammation du conduit auditif externe s'étendrait au sinus latéral et au cervelet ; l'inflammation de la caisse, au cerveau ; celle du labyrinthe, à la moelle allongée. Gull a modifié cette loi trop absolue de Toynbee ; d'après lui, le cervelet et le sinus latéral souffrent des lésions de l'apophyse mastoïde, tandis que le cerveau est menacé par les caries de la voûte de la caisse.
La marche de l'encéphalite suppurée varie suivant qu'elle est aiguë ou chronique. Dans la forme chronique, l'abcès s'enkyste, ce qui n'a pas lieu dans la forme aiguë. Dans le premier cas, la mort survient par rupture de l'abcès dans les ventricules ou sous les méninges, ou par un œdème aigu ; dans le second, par extension de la Suppuration et destruction de la substance cérébrale.
Dans l'abcès aigu, la maladie évolue vers la mort en huit à douze jours ; [parfois, elle se prolonge pendant trois à six
semaines. L'abcès chronique est caractérisé par une période latente prolongée, interrompue parfois par des accès de céphalalgie. Dans quelques cas, l'abcès évolue sans que lien ait pu faire soupçonner son existence. La durée de cette période latente varie de quelques semaines à plusieurs mois. Dans un cas de Harlin, le traumatisme, cause de l'abcès, datait de vingtsix ans.
D'après Schwartz, la thrombose ou la phlébite des sinus ne pourrait être diagnostiquée que lorsqu'il existe des signes de pyohémie. Les observations d'un grand nombre d'auteurs prouvent cependant que le signe indiqué par Gehrardt et Griesinger comme pathognomonique de cette lésion, l'œdème douloureux de la région mastoïdienne, a une grande valeur dans le diagnostic de la phlébite du sinus latéral. G. T.