XV. Procédé pour couper les accès d'agitation chez les
MALADES ATTEINT8 DE PSTCHOPATHIES CHRONIQUES, A LAIDE DES INJECTIONS DE QUININE ET DU BROMURE DE POTASSIUM ;
par Richard Kohn {Arck. f. Psych. n. Nervenk., XL 3.)
Ces accès, qui se montrent de temps à autre, sont précédés de prodromes extrêmement fugaces qui, à raison de leur valeur, variable suivant les cas, échappent à une description fondamentale d'autant que, l'évolution étant rapide, ils indiquent souvent moins l'approche que le début de l'accès. Citons la congestion, Thyperémie céphalique , les battements carotidiens, l'agitation, l'anxiété, le marmottement ; un pouls petit, dépressible et des convulsions fibrillaires à la langue, accompagnées d'état sabural et de tremblement des doigts en ce qui concerne les exacerbations de la folie systématique (Meyer). Souvent, ajoute M. Kohn, avant même qu'aucun signe psychique se soit montré, la pupille change, témoignant d'un trouble de circulation précédant ceux de l'innervation (manie périodique, folie systématique, hystérie) : il en est de même du changement dans les habitudes (Reimer). Quoi qu'il en soit, c'est au moindre symptôme suspect qu'on agira. — L'auteur relate une observation, qu'il considère comme manie simple, datant déjà de treize ans dans laquelle des agitations périodiques croissaient en durée : sous l'influence de quatre, cinq, six grammes de K Br, répété jusqu'à trois fois par jour, ces accès ont disparu au bout d'un an de traitement. Un second succès a trait à une lypémanie religieuse : deux eUrois grammes matin et soir arrêtèrent deux accès envoie d'évolution.
Les résultats heureux à l'aide de la quinine furent obtenus grâce à des injections hypodermiques de quatre seringues de la solution suivante au début de l'accès :
Chlorhydrate de quinine. 2 gr.
Glycérine ) K
Eau distillée j ° 6
REVUE DE PATHOLOGIE MENTALE. Wt
Les quatre seringues représentent 80 centigrammes de la substance active, équivalent à 4 et 5 grammes de quinine en ingestion buccale. L'absorption en est très active et rapide, l'auteur n'ayant jamais eu à noter, ni nausées, ni vomissements, ni aucun phénomène d'irritation locale, quand il eut soin d'employer la solution chaude et bien divisée. Très forts bourdonnements d'oreilles : deux observations à l'appui. Dans l'une il s'agissait d'une hystérique ovarienne dont les accès menaçaient d'antrainer le suicide : disparition complète des crises sous l'influence de l'injection. Dans l'autre qui concerne une maniaque ayant déjà eu de longs accès, chaque dose de 0,80 calme la malade ; en même temps, abaissement de sa température de 38 à 37°, et du pouls de 136 à 100 : une série de douze injections, soit 3 gr. 20, décidèrent de la persistance de l'amélioration.
M. Kohn croit que la quinine agit simplement sur le cœur parce que le pouls présente une réduction plus forte que la température, et qu'en aucun cas il n'eut à noter de phénomènes cérébraux. Le bromure agirait plutôt sur les cellules corticales. P. K.
XVI. Le réflexe tendineux dans la paralysie générale des aliénés ; par J.-G. Shaw. {Archives ofmedicine. New- York, août 1881).
M. Shaw a étudié le réflexe tendineux, sur soixante et onze hommes et sur onze femmes. Chez les soixante et onze hommes, il était normal dans vingt-huit cas, diminué dans huit, absent dans treize, exagéré dans vingt-deux. Chez les onze femmes, il était normal sept fois, une seule fois il était absent, et dans trois cas il était exagéré. La moelle a été examinée dans dixhuit cas ; quand les réflexes étaient normaux, la moelle n'offrait aucune lésion ; quand ils étaient exagérés, il existait une dégénération secondaire, symétrique des cordons latéraux. Dans quelques cas d'abolition complète, il y avait en même temps une contracture marquée, qui ne dépendait pas de la sclérose latérale, mais d'une sclérose périphérique due à une méningite chronique.
Dans les cas d'abolition, il y avait soit une sclérose fasciculée postérieure, soit une sclérose corticale peu marquée dans la même région. Quelques observations montrent que l'exagéra-
tion du réflexe correspond à une difficulté marquée de la parole et à des attaques hémi-parétiques. Cette connexion est susceptible d'une démonstration anatomique sur laquelle l'auteur reviendra. % Gh. F.
XVII. Sur la polie morale; par J.-R. Gasquet. (The Journal of Mental Science, avril 1882, p. 1.)
M. Gasquet pense que si Ton éprouve quelque difficulté à concevoir une folie morale distincte de la folie intellectuelle, cela provient surtout de ce que Ton ne tient pas suffisamment compte de la complexité des processus mentaux qu'implique le plus simple des actes moraux ; il se propose de rechercher à quel point de ces processus mentaux que Ton désigne sous le nom de moraux, la folie peut intervenir pour les priver de leur caractère normal. L'auteur écarte tout d'abord, comme n'appartenant pas au domaine de la folie morale, les actes accomplis, soit sous l'influence d'une impulsion irrésistible, soit sous l'influence d'une passion violente.
Ce qui constitue essentiellement un acte volontaire, c'est d'abord une délibération, et ensuite une détermination : l'auteur examine successivement ces deux processus. En ce qui touche la délibération, il est clair qu'elle devient impossible lorsqu'un ou plusieurs des faits nécessaires pour former un jugement sont inconnus; elle est non moins impossible lorsque des illusions ou des hallucinations font entrer en ligne de compte des faits qui n'ont rien de réel. Ce que les personnes étrangères à l'étude de la folie conçoivent moins facilement, c'est que les faits puissent être exactement connus sans que leur valeur morale et leurs rapports soient sainement appréciés. C'est pourtant ce qui arrive, et l'on trouve de ce fait un exemple, sans conséquences sociales fâcheuses, dans la mélancolie sans hallucinations, où les malades ont une connaissance très correcte des divers événements de la vie, et voient cependant dans tous ces événements, sans distinction, des motifs de tristesse. Il résulte des études qui ont été faites sur la folie morale que cet état se rencontre surtout dans deux cas : tantôt, en effet, il précède ou suit un état de folie plus manifeste, tantôt il constitue un héritage reçu de parents névropathes. Dans le premier cas, les jugements moraux d'ordre .général demeurent intacts ; c'est leur application aux cas par-
ticuliers qui devient impossible : c'est alors que Ton voit les malades changer brusquement de sentiments à l'égard de leurs proches, changer, sans motifs, de religion, d'occupation, d'habitudes, et perdre la juste notion de leur équilibre budgétaire. Le second cas est encore plus grave : là, tous les jalons moraux sont déplacés, le critérium des actions individuelles fait totalement défaut, la notion du bien et du mal est troublée, ou, ce qui est plus fâcheux encore, complètement retournée.
La physiologie peut nous rendre compte de tous ces symptômes ; prenons par exemple le dernier cas examiné : « Il est évident que, quelle que soit l'hypothèse. adoptée relativement aux rapports qui existent entre le corps et l'esprit, tous les centres corticaux doivent être capables d'agir ensemble, et que quelques-uns d'entre eux doivent être ordinairement associés, (soit d'une façon congénitale, soit par habitude) et qu'il y a là une condition indispensable de l'activité normale nécessaire à l'esprit pour découvrir les rapports mutuels des idées. Supposons maintenant que quelques-uns de ces centres soient dissociés, ou que, par malformation congénitale, certaines cellules corticales, qui normalement doivent être séparées, se soient reliées les unes aux autres, et nous concevons facilement le mécanisme suivant lequel peuvent se produire, soit des associations d'idées anormales, soit un état d'insensibilité morale. »
L'étude des lésions somatiques, pouvant influer sur la détermination morale, est plus difficile, et fait intervenir la question du libre arbitre. On se trouve alors en présence de deux théories : suivant l'une, la volonté agirait à la façon d'une force prépondérante indépendante ; son rôle serait analogue à celui de la main qui pèse sur l'un des plateaux d'une balance ; — suivant l'autre, et pour continuer la comparaison, le rôle de la volonté consisterait à augmenter pour ainsi dire les poids placés dans l'un des plateaux par. l'importance particulière attachée à la valeur des motifs que ces poids représentent, tandis qu'en refusant toute attention à la valeur des motifs opposés, elle diminuerait au contraire cette valeur. Dans cette dernière hypothèse, qui parait à M. Gasquet beaucoup plus vraisemblable que la première, on voit que le processus mental, tant dans sa partie positive que dans sa partie négative, se réduit purement et simplement à un phénomène d'attention.
a Or, il est généralement admis par les physiologistes que la fonction cérébrale nécessaire à l'attention consiste en un processus d'inhibition s'exerçant sur les centres corticaux (analogue à celui qui gouverne les régions inférieures du système nerveux) et que Ferrier localise dans les lobes antérieurs du cerveau. » Il n'est donc pas étonnant, lorsqu'une lésion cérébrale affecte dans une mesure plus ou moins considérable les centres cérébraux les plus élevés et ceux qui sont le siège du pouvoir d'inhibition, que l'esprit devienne incapable d'examiner, au moment de prendre une détermination, les deux côtés de la question. « Telle est, il me semble, dit M. Gasquet, l'explication de cette perte complète de puissance sur soi-même, de cette entière sujétion aux passions, et spécialement aux passions les plus impérieuses, que l'on voit se manifester soudainement à la suite d'une insolation, d'une lésion de la tête, d'une affection fébrile aiguë, ainsi qu'à la première période de la paralysie générale. » R. de M. -G.
XVIII. De l'emploi de l'atropine comme agent sédatif ; par J.-R. Gasquet. (The Journal of Mental Science, n° d'avril 1882.)
L'importance que M. S. Ringer attribue à l'atropine comme sédatif et comme hypnotique a conduit M. Gasquet à essayer cet alcaloïde dans les cas où jusqu'ici il avait obtenu de bons résultats de l'hyoscyamine ; il l'a employé dans deux cas de manie chronique avec idées de violence et de destruction, et dans un cas de folie chronique avec hallucinations terrifiantes de l'ouïe; il regrette de n'avoir pu jusqu'ici l'expérimenter dans des cas aigus. Il a paru à l'auteur que l'action de l'atropine était moins puissante que celle de l'hyoscyamine ; les malades sont maîtrisés par le médicament d'une façon moins complète, et les tentatives de violence, quoique très atténuées, reparaissent par intervalles. Les effets de l'atropine sont aussi moins prolongés, et il est souvent nécessaire d'y avoir recours deux ou trois fois dans les 24 heures. En revanche, on constate chez les malades moins de stupeur et d'accablement que sous l'influence de l'hyoscyamine. En somme, si incomplets que soient ces premiers essais, leurs résultats sont encourageants ; l'atropine aurait en outre, si sa valeur thérapeutique était reconnue égale à celle de l'hyoscyamine, l'avantage de coûter environ quinze
fois moins cher que cette dernière, et cette considération n'est pas à dédaigner dans les grands établissements. R. deM.-C.
XIX. GuÉRISON, AU BOUT DE TROIS ANS ENVIRON, d'un ACCÈS DE MANIE AVEC PRÉDOMINANCE DES HALLUCINATIONS DE L'OUÏE ;
par Bacon. (The Journal of Mental Science, n° d'avril 1882.)
L'observation peut se résumer ainsi : Femme de trente-troiç ans, mariée, entrée à l'asile en mai 1874. Manie aiguë avec tendance à la violence et à la destruction. Pendant 13 mois, oç ne constate que des améliorations courtes, passagères et insignifiantes ; la malade est sale et méchante. En juin 1875, elle est plus propre, plus calme et dort bien ; mais les hallucinations persistent sans modification. — En août 1875, abattement marqué. — En décembre 1875, rechute ; elle retombe aussi bas que jamais. — En 1876, amélioration générale, coupée cependant de quelques rechutes : la conduite reste un peu bizarre, les hallucinations persistent. En février 1877, elle est assez bien pour qu'on la laisse sortir un mois, à l'essai : au bout du mois la sortie est maintenue, la malade paraissant guérie. Le docteur Bacon avait beaucoup hésité à la laisser sortir; mais, vers la fin de 1881, il a su par le mari de la malade que la guérison était demeurée complète, et qu'il ne restait d'autre trace de la maladie mentale passée qu'un peu d'irritabilité dans le caractère. — En général, on considère les hallucinations de l'ouïe comme caractéristiques de l'incurabilité des affections mentales ; c'est pourquoi l'auteur a pensé que l'observation qui précède méritait d'être publiée. R. de M. C.