DIAMÈTRES EN MILLIMÈTRES NOMBRE DES SUJETS
C'est-à-dire que la moyenne du diamètre de la pupille chez les sujets sains serait de 6 1/3 , bien entendu avec l'éclairage que nous avons indiqué. Ce •chiffre concorde d'ailleurs complètement avec celui que Follin attribue à la pupille normale [Traité de pathologie externe, t. IV, p. 205).
On voit que nos mensurations sont loin de confirmer les faits avancés par L. C. Gray; bien au contraire, s'il nous fallait absolument conclure dans un sens nous devrions plutôt admettre que chez les épileptiques la pupille estrétrécie. Mais nous ferons reinar-
quer toutefois que, parmi nos malades, un certain nombre sont âgées de plus de cinquante ans et ont par cela même une tendance au rétrécissement de la pupille, tandis que c'est chez les malades jeunes que nous avons rencontré les pupilles les plus larges. C'est ainsi que, si nous prenons les dix malades dont le< pupilles avaient dans la chambre noire un diamètre de sept millimètres et au-dessus, nous constatons que
7 sont âgées de 20 à 25 ans.
2 — — de 28 ans.
4 de 35 —
Nous joignons d'ailleurs à notre travail un tableau de l'âge des malades que nous avons examinées.
De 20 à 30 ans 21
De 30 à 40 8
De 40 à 50 . 7
Au-dessus de 50 47
Parmi ces dernières, une était âgée de soixante-dixsept ans, une de soixante-neuf, une autre de soixantesept ans.
Quant au second caractère attribué par L. C. Gray à la pupille des épileptiques, la rapidité plus grande de sa contraction, nous déclarons qu'il ne nous a pas # été donné de l'observer chez une seule des malades que nous avons examinées.
Ajoutons que sur nos cinquante-trois malades, nous en avons rencontré huit chez lesquelles existait une inégalité manifeste des pupilles ; dans six cas c'était la pupille droite qui était plus large que la gauche ; cette inégalité des pupilles était d'environ 1/3 de millimètre;
dans deux cas elle allait jusqu'à 2/3 de millimètre, nous nous bornons à signaler le fait, n'étant actuellement en état d'en tirer aucune conclusion.
EXTRAIT D'UN RAPPORT DE MM. LUNIER, FO VILLE ET MAGNAN, AYANT POUR OBJET : 4° DE DÉTERMINER LES CARACTÈRES SPÉCIAUX DU DÉLIRE CHEZ UN MÉLANCOLIQUE, QUI DANS UN ACCÈS D'AGITATION A CAUSÉ LA MORT D'UN DE SES AMIS; 2° D'INDIQUER LES MESURES A PRENDRE A L'ÉGARD DE CE MALADE SÉQUESTRÉ DEPUIS NEUF ANS;
Par V. MAGNAN.
G..., âgé de cinquante-trois ans, d'une santé physique robuste, d'une complexion un peu forte, d'un tempérament sanguin, est père de deux garçons bien portants et d'une fille mariée depuis huit ans et sans enfants; ses parents, morts à un âge avancé, avaient joui d'une bonne santé; toutefois, une tante paternelle a été frappée pendant douze ans d'aliénation mentale. Quanta lui, appelé le l ,r décembre 1847 aux fonctions d'instituteur public dans la commune de Brunvillers, il s'était toujours bien acquitté de sa tâche et n'avait rien présenté de particulier jusqu'en 1872. A cette époque, il perd en trois mois, son père, une tante et
sa femme ; ces deuils successifs l'impressionnent vivement; son sommeil se trouble, le travail lui paraît plus pénible et plus fatigant, et sentant ses forces diminuer, il croit devoir recourir, à titre de stimulant, à l'usage de boissons spiritueuses ; il prend de l'eau-de-vie tous les matins et sans jamais arriver à la dose ébrieuse, il se soumet à cette mauvaise hygiène qu'adoptent parfois des gens réputés sobres, qui n'est point assurément le propre de l'ivrogne, mais qui, néanmoins, devient peu à peu un des modes d'empoisonnement alcoolique des plus efficaces. Quoi qu'il en soit, la prédisposition maladive, jusque-là latente, trouve dans le concours fâcheux de ces circonstances, chagrins répétés et excès de boissons, des causes déterminantes suffisantes pour se traduire par un accès mélancolique avec hallucinations pénibles, scrupules, craintes de damnation et idées de suicide. Dès le commencement de janvier, il se montre découragé, il n'a plus de forces, il se croit incapable de continuer ses occupations, et l'avenir pour ses enfants et pour lui s'offre sous les apparences les plus lugubres. Peu à peu il s'imagine être la cause de la mort de son père, de celle de sa femme; il croit porter malheur à ceux qui l'entourent; il se reproche tout événement fâcheux dont il entend parler, et il croit avoir amené les désastres de la France. Progressivement l'excitation augmente, il est maudit, se dit le démon, l'Antéchrist; il sent sur son corps et autour de lui des odeurs de soufre; il doit en finir, dit-il, avec la vie, il se précipite sur le sol et se contusionne le crâne et la face. Des périodes de calme succèdent à l'agitation, mais il reste toujours sombre, en proie aux mêmes préoccupations pénibles.
Entré à l'asile de Clermont le 26 janvier 1873, les phénomènes aigus disparaissent en quelques jours, mais n'en laissent pas moins du malaise cérébral et une certaine tristesse. Toutefois, au bout d'un mois, très désireux de revenir chez lui, le convalescent obtient sa sortie par l'entremise et sur les instances du maire et de M. Lefèvre, curé de sa commune. Rentré àBrunvillers, le 27 février 1873, il est logé au presbytère où il prend également ses repas. L'amélioration s'affirme de plus en plus, et G..., au bout de quinze jours, se sentant plus solide revient chez lui avec sa mère et sa fille et essaye de s'occuper de la classe; mais les idées sont moins nettes, le travail plus pénible et la fatigue arrive plus vite. Le découragement ne tarde pas à se produire de nouveau, l'insomnie revient, et G..., vers la fin de mars, s'installe encore une fois au presbytère auprès du curé qui, malgré ses soixante-seize ans, veut lui donner des soins. Les troubles cérébraux augmentent, le malade ne dort pas, et devient de plus en plus inquiet. Dans la nuit du 5 au 6 avril, l'agitation s'accuse davantage ; G... sort de sa chambre en chemise, marche à grands pas dans le corridor, parlant, criant, demandant de l'air, prétendant qu'il étouffe . et cherchant à ouvrir les portes. Le curé accourt pour l'empêcher de sortir, et, probablement poussé par le malade, tombe à l'extrémité du couloir.
Au bout de quelques instants, suivant la déposition de l'abbé P..., couché également au presbytère dans la chambre voisine de celle du curé, G... se mit à gémir, à se lamenter et vint près de l'abbé P..., s'écriant : « J'ai tué mon rédempteur »; on accourt et l'on
trouve, en effet, le curé étendu sans vie, la face contre terre, une plaie à la région frontale gauche, et les narines remplies de sang coagulé ; tout à côté une large plaque de sang s'étale sur les dalles en briques du corridor.
D'après le rapport de M. le docteur Bernard, concordant du reste avec la déposition de M. l'abbé P..., il ne semble pas y avoir eu de coups, ni de violences. M. Bernard, dit en effet, dans ses conclusions : « Des faits et observations qui précèdent, je crois pouvoir conclure que la mort est le résultat du choc de la tête sur Pangle de la première marche de l'escalier du grenier déterminé par la chute du corps sur cette partie. »
Et plus loin, M. Bernard ajoute : « L'absence de lésions sur les autres parties du cadavre me fait supposer qu'il n'y a pas eu de lutte » .
Tel est l'événement regrettable qui a précédé ta seconde séquestration du malade à l'asile de Clermont ; comme après sa première eutrée, les accidents aigus, les lamentations, les angoisses, les terreurs, ont eu peu de durée, mais le malade est longtemps resté sous le coup d'une profonde tristesse, il se montrait sombre, taciturne, méfiant; ses facultés paraissaient oblitérées et ce n'est qu'à la longue, au bout de trois à quatre mois, qu'il s'est rendu compte exactement de sa situation.
Depuis lors, jusqu'en 1879, les notes médicales le constatent, il est survenu des phases dépressives alternant parfois avec de l'excitation; mais ces accès diminuant progressivement de durée et d'intensité n'ont plus reparu depuis 1879, ainsi que le constate
le docteur Frièse, à la date du 6 décembre 1880, dans son rapport qui se termine par cette conclusion : « Cependant, vu la longue rémission à laquelle nous venons d'assister sans qu'il ait rien présenté d'anormal dans sa raison, nous pensons qu'on peut acquiescer au désir de ses enfants de le voir revenir au milieu d'eux, en les obligeant à surveiller leur père, à ne jamais l'abandonner complètement à lui-même. Néanmoins, nous ne voulons encourir aucune responsabilité pour cette sortie. »
Depuis cette époque seize mois se sont écoulés et l'état mental de G... n'a subi aucune atteinte; entré au bureau d'admission le 1 er mars 1882, rien dans sa tenue, sa conduite, ses réponses, ses écrits, n'a révélé de désordre dans les facultés intellectuelles morales ou affectives; il nous a même été donné d'assister à une sorte d'épreuve en faveur de la résistance des forces mentales de G... Le 18 mars, en effet, il a été pris d'embarras gastrique fébrile, et malgré une fièvre intense, de la dépression physique, l'équilibre n'a pas été rompu et l'intelligence n'a subi aucune atteinte.
De ce qui précède, nous pensons devoir conclure :
1° Que G... a été atteint en janvier 1873 d'un accès mélancolique auquel des causes accidentelles, la mauvaise hygiène et les violents chagrins ont donné une plus grande activité;
2° Que le malade, sortie peine convalescent et rendu au même milieu, a été promptement repris des mêmes troubles intellectuels;
3' Que l'événement malheureux qui s'est produit
52 Recueil de faits.
n'est qu'un accident dans le cours d'un accès vulgaire de mélancolie, et non le résultat d'une impulsion liée à une forme particulière de folie instinctive ;
4° Que G... soit rendu au tuteur, son frère, qui le réclame, en attendant que l'interdiction prononcée par le tribunal soit levée, ce que permettrait l'état mental actuel de G..., s'il croyait devoir en faire la demande.
Notes et observations sur la microcéphalie; Par Bourneville et Wuillamié.
Notre but n'est pas d'entreprendre, quant à présent, une monographie didactique sur la microcéphalie, mais de placer sous les yeux de nos lecteurs plusieurs faits qui nous paraissent propres à éclairer cet intéressant sujet. Toutefois, avant d'aborder l'exposé du premier cas que nous avons observé, il nous semble utile de rappeler deux des travaux les plus importants, faits dans ces derniers temps sur la microcéphalie. Le premier, dû à l'un des hommes les plus éminents de notre époque, Charles Vogt, est intitulé : Mémoire sur les microcéphales ou hommes singes 1 ; — l'autre, élaboré sous les yeux de Broca, a pour auteur E. Ducatte et porte le titre suivant : La microcéphalie au point de vue de r atavisme*.
1 Genève, 1867. In-4° de 210 pages et 26 planches noires. » Thèse de Paris, 1880. In-4° de 96 pages.
Observation. — Père, oncle paternel et frère alcooliques. — - Mère : pertes de connaissances mal caractérisées. — Grand'mère maternelle : carcinome. — Autre frère : aliéné. — Excès de boissons. — Premier accès d'épilepsie consécutif à une peur à dix-huit ans ; délire consécutif ; deuxième accès à quarante-sept ans. — Troisième à cinquante ans. — Vertiges, hallucinations de la vue. — Intelligence médiocre. — Microcéphalie. — Suicide. — Poids de Vencéphale : 770 grammes. — Simplicité des circonvolutions cérébrales.
Cher... (Philibert- Auguste), âgé de cinquante-neuf ans, boulanger, puis infirmier, est entré à Bicêtre le 25 mai 1872 (service de M. Bourneville).
Antécédents. — Père, boulanger, alcoolique (vin blanc), mort d'un asthme symptomatique de bronch'ite chronique avec emphysème à l'âge de soixante-quinze ans; il avait des varices considérables; il n'aurait pas eu d'autre maladie. [Deux frères) le plus jeune est mort prématurément, on ne sait de quoi. L'autre a succombé à des excès de boisson (vin blanc). — Aucun renseignement sur les grands parents paternels.]
Mère : elle travaillait avec son mari ; elle était maladive. Vers l'âge de quarante à quarante-cinq ans, elle fut, durant trois ou quatre ans, sujette à des crises caractérisées de la façon suivante : elle tombait n'importe où, devenait très rouge, mais n'écumait ni ne se débattait. On prétend même qu'elle ne perdait pas connaissance (?). On attribuait ces accidents à la « force du sang » ; ils cessèrent à la suite d'une couche. Très active, prompte à se mettre en colère, elle n'avait cependant jamais été sujette à des attaques de nerfs; morte percluse de douleurs, aveugle et atteinte d'anasarque ; on ignore les maladies qu'elle a pu faire ; elle avait deux hernies, dont lune s'étrangla à soixante ans et fut opérée avec succès. [Grand'mère maternelle morte d'un carcinome de la cuisse; grand-père mort de vieillesse à quatre-vingt-huit ans et demi. Deux sœurs, l'une bien portante, mère de sept enfants en bonne santé ; l'autre morte en couches à quarante-sept ans. Un frère mort de fièvre typhoïde.]
Pas de consanguinité. Le mari n'avait qu'un an de plus que sa femme.
Trois enfants. 1° Notre malade ; 2° un garçon rhumatisant, qui avait « une espèce de goutte » ; il est mort à quarante ans à la suite d'excès de boisson (absinthe,) ; ses enfants se portent bien ; 3° un garçon très maladif « aurait un peu perdu la tête » à un moment donné, à la suite de chagrins de famille, mais cela « lui aurait passé », au moment où il allait entrer à Charenton. On ne connaît pas d'autre membre parmi les ascendants ou descendants ayant été sujet à quelque maladie nerveuse.
Notre malade. Bonne santé habituelle, a eu la rougeole, la variole et un abcès de l'oreille. Pas de convulsions ni de cauchemars, ni d'incontinence nocturne d'urine dans son enfance ; il n'était pas non plus peureux et n'avait eu aucune espèce de manifestation nerveuse. Caractère vif, et suivant lqi, courageux à l'ouvrage. Il dit que, pour son commerce, il était obligé de boire beaucoup (vin blanc), mais qu'il ne se grisait pas. Il n'a jamais été très porté pour les femmes, partant pas d'excès vénérien; il fume pour 1 fr. 50 et prise pour 25 centimes de tabac par semaine.
Le début de la maladie remonte à l'âge de dix-huit ans. C'est en effet à cette époque que, sous Timpression d'une vive frayeur (voleur caché dans la chambre à farine de son père), il eut sa première crise : il tomba privé de connaissance, et se débattit beaucoup pendant 7 à 40 minutes, puis il reprit connaissance, eut un peu de délire pendant environ une heure et s'endormit (c'était à minuit). Le lendemain il ne restait qu'une grande fatigue. Cela paraît avoir été un accès d'épilepsie. Telle est l'origine du mal; quant à son évolution, les renseignements fournis par le malade à son entrée (1872), diffèrent un peu de ceux qu'il nous a donnés dernièrement.
En 1872, il disait à M. J. Falret, qu'à la suite de ce premier accès il s'en serait reproduit d'autres tous les jours pendant un an; puis tous les huit jours pendant six mois; puis de nouveau tous les jours, offrant ainsi une sorte d'intermittence. A nous, au contraire, il déclare que son premier accès a été unique, et que ce n'est qu'à l'âge de 46 ans, en 1869, qu'il a eu son deuxième accès. Nous sommes porté à admettre de préférence cette dernière version : en effet Cher... a été soldat durant quinze ans et il est probable qu'on ne l'aurait pas gardé aussi longtemps s'il avait eu des crises nerveuses. Un autre fait viendrait à l'appui de cette opinion : en 1863, il est déjà venu à Bicêtre après avoir passé par la Préfecture de police ; au bout de trois mois, il a été transféré à l'asile d'Armentières, et aucun des certificats consignés sur les divers registres ne mentionne l'existence de crises convulsives observées à cette époque.
Ce serait donc en 1869 qu'il aurait eu son deuxième accès. Il était infirmier à Saint-Antoine; en rentrant un soir, il se sentit tout à coup mal à l'aise, et craignant quelque accident, il alla demander dans un poste qu'on le reconduisit à l'hôpital. 11 se tenait à peine sur ses jambes et pourtant il n'avait pas bu. Arrivé à la grille, il tomba privé de connaissance, assez brutalement pour casser un banc et se meurtrir les jambes. Ce deuxième accès fut semblable au premier, et suivi d'un délire de deux jours. Le troisième accès survint en 1872 alors qu'il retravaillait de son premier état, et fut suivi d'un 4 e quelques heures après. Cette fois pas de délire consécutif. 11 fut obligé de quitter sa place et entra comme infirmier à la Pitié. A ce moment, la maladie prit une marche rapide, Cher... tombait cinq à six fois par jour; il fut envoyé à Bicêtre parM.Féréol.
Durant les premiers mois de son séjour à l'hospice, on nota seulement de nombreux vertiges (15 à 20 par jour) et des hallucinations pendant la nuit : « la lumière de la salle lui apparaît comme une aile de moulin qui tourne; il voit aussi le voleur, etc. » Il est encore fait mention sur les registres auxquels nous empruntons ces détails, de tremblement de la main, de fourmillements à la plante des pieds. Si on faisait regarder à Cher... le plafond ou fermer les yeux, il tombait. Quand il marchait, il jetait la jambe, ses braslui faisaient l'effet d'être de plomb ; il se plaignait enfin d'un affaiblissement de la mémoire. — Les accès ont eu la marche suivante :
En 4872 40 accès.
En 1873 201 »
En 1874. . ' 15 »
En 1875 1 »
En 1876 » »
En 1877 1 »
En 1878 » »
En 1879 » »
En 1880 » »
En 188t » »
Etat actuel (16 août 1881). — Le malade n'ayant plus d'accès depuis plusieurs années, demande à passer dans l'une des divisions de l'hospice, afin d'avoir plus de liberté. Avant de procéder à ce passage, nous avons pris les renseignements qu'on va lire :
Tête remarquablement petite, aplatie latéralement, oblongue, vertex assez saillant; microcéphalie évidente à première vue.
Diamètre antéro-postérieur (compas Budin) 17 cent.
Diamètre transversal 12 cent. 2.
Circonférence de la calotte 48 cent. *.
La calotte crânienne paraît très petite par rapport à la totalité de la tête, si bien que celle-ci représente un ovoïde à petites extrémité supérieure, à grosse extrémité correspondant aux angles du maxillaire inférieur. Le front est peu haut (4 cent.), assez large (14 cent.), très fuyant latéralement, il n'est pas aplati sur la ligne médiane et offre la disposition de la grosse extrémité d'un œuf. Les arcades sourcillères sont peu saillantes.
Face régulière ; nez aquilin et fort; yeux ordinaires, iris grisbleu, pupilles égales; dents bien rangées et petites ; voûte palatine,
1 On verra plus loin, à l'autopsie, que la circonférence du crâne était beaucoup moindre , ce qu'explique l'épaississement exagéré du cuir chevelu.
régulière, symétrique, assez profonde; voile, piliers, amygdales réguliers; luette très longue. — Cote normal. — Thorax. L'épaule droite est portée plus haute que la gauche. Les membres supérieurs et inférieurs sont bien conformés; il y a une légère atrophie de la jambe droite, qui, autrefois, a subi une triple fracture et que le malade tient continuellement serrée par une bande circulaire « pour la soutenir » : Y humérus aurait aussi été fracturé une fois ; il n'y a pas de cal manifeste. Au bras droit, cicatrice d'une balle reçue en Afrique, laquelle aurait traversé le biceps.
Organes génitaux : verge très développée, testicules assez gros. Hernie inguinale droite, maintenue par un bandage.
Digestion. — Appétit bon, digestion facile, pas de vomissements, pas de gastralgie, pas de diarrhée, selles régulières ; rate et foie normaux. — Respiration : quelques râles sous-crépitants fins aux deux bases des poumons en arrière, sonorité normale. — Circulation : peut-être un léger souffle au premier temps et à la pointe; battements du cœur réguliers.
Sensibilité générale normale et égale des deux côtés du corps. — Vue un peu basse depuis quelque temps, mais juste ; ouïe, odorat, goût, conservés et normaux. — Force dynamométrique (Mathieu) : main droite, 37 kil. ; main gauche, 40 kil. — Taille : \ m. 61 ; poids, 52 kil. 7.
Peau. — Cheveux grisonnants, jadis noirs, assez abondants; sourcils et cils bien fournis, moustache et barbe grises, autrefois châtains, poils roux au pubis; les jambes sont presque glabres. Pas de trace d'adénite, ni de syphilis, de scrofule ou d'eczéma.
Intelligence. — A première vue, Cher... paraît assez intelligent; ses yeux sont vifs et parfois le regard est assez malin. Son instruction a été un peu négligée, il sait pourtant lire, écrire et faire les quatres règles. Il était adroit dans son métier ; il prétend avoir été sergent dans les chasseurs de Vincennes (?). Actuellement il travaille avec la plus grande assiduité au jardin, et gagne le maximum (40 cent, par jour) ; il économise avec soin, presque avec avarice, l'argent de son gain et passe pour avoir un petit pécule. Il est très sobre ici et ne sort pas. Naturellement gai, il raconte à ses compagnons une suite d'histoires drolatiques (moyen de faire des petits pains au lait sans lait, etc.). Il est un peu hâbleur en ce sens que, quoi qu'il entende raconter, il a toujours vu plus fort, et bâtit de suite son histoire, ce qui indique une imagination assez active. Il est de plus très chiffonnier et ramasse tout dans ses poches. Il porte toujours sur lui toutes ses richesses : une musette en toile pleine de victuailles, de quatre ou cinq porte-monnaies, de tabatières, de papiers, etc., etc. ; une grosse chaîne à laquelle sont appendus son porte-monnaie de service, les clefs des jardinets, son couteau ; à la boutonnière, son déboure-pipe. Toutes ses poches sont pleines. Il
a toujours une canne à la main. On voit par ces détails, que ce malade a réellement un cachet tout particulier.
23 août. On a trouvé hier, Cher... pendu à un clou dans la cave d'un employé. Jamais on n'avait remarqué chez lui de tristesse ni d'idée de suicide; au contraire, ces derniers jours il était tout heureux de passer aux vieillards et de pouvoir, par la suite, sortir librement pour aller voir ses amis. Peut-être était-il un peu soucieux depuis deux jours (?). Le matin, il avait remis son porte-monnaie à son camarade Mong.., en lui recommandant de ne pas l'ouvrir, ajoutant qu'il le reprendrait le soir. A. onze heures, il n'avait pas déjeuné et avait seulement bu son vin, il était retourné à son travail à midi et demi jusqu'à deux heures et demie, mais paraissait préoccupé; ensuite il est allé à la cantine de l'hospice avec des amis et, à partir de là, on l'a perdu de vue ; on le croyait retourné à son travail. A quatre heures, heure de la rentrée dans le service, on a remarqué son absence et les recherches n'ont fait découvrir que sa veste et sa canne. Enfin, à six heures, on l'a trouvé pendu dans une cave au moyen d'un cordeau de jardinage, les pieds touchant terre, un tréteau devant lui, le corps encore tiède, mais tout secours fut inutile.
Autopsie le 24 août à 9 heures et demie du matin. — Rigidité cadavérique très prononcée aux quatre membres et également des deux côtés. La face est pâle plutôt que congestionnée, les yeux entr'ouverts, mais non saillants; la langue est un peu tuméfiée et son extrémité fait saillie entre la moitié gauche des arcades dentaires. Au coUy il y a un sillon correspondant en avant à la partie supérieure du cartilage thyroïde, montant latéralement à droite de façon à atteindre à un centimètre au-dessous du cartilage de l'oreille, pour reprendre ensuite une direction horizontale et joindre en arrière la troisième vertèbre cervicale. Du côté gauche, il est horizontal et rejoint directement la même vertèbre. Il est plus profond sur la ligne médiane et latéralement qu'en arrière. Il est limité par des lèvres tuméfiées et violacées, la supérieure surtout et dans tout le trajet, l'inférieure en arrière seulement. La peau correspondante est brunâtre. Teint ecchymotique de la région cervicale postérieure et du cuir chevelu, lequel est bouffi, œdématié. Au niveau du sillon, le tissu est lardacé, nacré ; le sterno-rnastoïdien est déprimé et on n*î trouve pas de sang extravasé et coagulé entre les muscles de la région. Sur le corps aucune trace de violence. Pas de trace d'éjaculation ; verge semi-turgide.
Tête. Cuir chevelu excessivement épais. — Crâne très petit. — Calotte osseuse dure et dense, peu épaisse; frontal, pariétaux, minces. — Pas d'asymétrie appréciable de la base du crâne. — Dure-mère très épaisse. — Poids total de V encéphale : 770 gr. — Pas d'injection de la pie-mère.— Artères de la base, chiasma, tubercules mamillaires 9 pédoncules, réguliers, normaux et symétriques. — Cervelet et isthme,
130 gr.; cervelet seul, MO gr. — Hémisphères cérébelleux égaux; rien à la coupe. — Protubérance, bulbe, quatrième ventricule, rien.
Hémisphères cérébraux. — Le droit a 46 centimètres de longueur ; le gauche, tout en paraissant plus court à la vue, donne le même chiffre à la mensuration. Il pèse 5 gr. de plus que le droit.
Hémisphère cérébral gauche. — La pie-mère s'enlève très facilement; le ventricule latéral est petit dans toutes ses parties; rien à la corne d'Ammon, ni à la coupe des corps opto-triés.
'Face externe. — Lobule de Vinsula peu plissé; troisième circonvolution frontale bien dessinée ; première et seconde circonvolutions frontales très courtes et presque confondues; frontale et pariétale ascendantes régulières ainsi que le pli courbe; les trois circonvolutions temporales sont nettes; le lobule du pli courbe, le lobule pariétal, le lobe occipital sont très distincts, très simples et sans circonvolution supplémentaire. — D'une façon générale, les circonvolutions sont fermes et remarquablement peu plissées.
Face interne. — La scissure calloso-marginale, les sillons des circonvolutions sont ti'ès profonds. — La circonvolution du corps calleux et la face interne de la première frontale sont très peu plissées ; de même le lobule paracentral dont le sillon est reporté en avant ; rien de particulier au lobe carré, ni au coin, qui sont rudimentaires. La quatrième et la cinquième circonvolutions frontales sont nettement dessinées. Scissures perpendiculaire, externe et calcarine régulières.
Hémisphère droit. — Décortication facile, ventricule latéral très petit; même disposition que du côté opposé, même simplicité des circonvolutions. Pas de sillon au lobule paracentral ; rien à la corne d'Ammon.
Moelle. Plusieurs coupes n'ont pas fait découvrir de sclérose des cordons postérieurs.
Thorax. Quelques adhérences pleurales du côté droit ; pas d'ecchymose sous-pleurale. Les poumons s'affaissent incomplètement, ils sont un peu œdématiés. A la coupe, il s'échappe une notable quantité de sang, surtout des lobes inférieurs. Pas d'emphysème évident. Les bronches sont rosées, un peu injectées; le larynx n'offre ni ecchymose, ni fracture. Le cœur pèse 350 gr. ; pas d'ecchymoses péricardique ni sous-endocardique ; quelques plaques laiteuses, surtout sur la face antérieure des ventricules; légère surcharge graisseuse au niveau des sillons ; tissu ferme ; hypertrophie du ventricule gauche, dont le bord externe est tordu en S : la cavité du ventricule gauche est légèrement rétrécie, et sa paroi mesure trois centimètres d'épaisseur à sa base ; légère opacité de la valvule mitrale dont le bord libre est épaissi sur certains points, sans toutefois présenter de nodosités. A l'insertion inférieure d'une des valvules sigmoïdes de l'aorte, on trouve des nodosités calcaires.
Dans le cœur droit accumulation de caillots cruoriques. Sur l'aorte» au-dessous de la carotide primitive gauche, quelques plaques calcaires d'athérome. — Rien aux carotides.
Abdomen. — Aucune altération de l'œsophage ; la muqueuse stomacale offre de nombreuses et fines ecchymoses au niveau du petit cul-de-sac, du grand cul-de-sac, et de la courbure ; le foie pèse 4450 gr; pas d'ecchymoses, de kyste, ni de calcul; la rate pèse 90 gr.; pas d'ecchymoses, ni depérisplénite, normale à la coupe. Les reins sont égaux, pèsent 175 gr. chacun, se décortiquent facilement et n'offrent aucune lésion à l'œil nu. — Aucune altération de lavessie ni de la prostate. Dans le testicule gauche, petit kyste séreux entre la tête de Yépididyme et la glande.
L'histoire de Cher... présente un certain nombre de particularités qui méritent d'être mises en relief.
I. L' alcoolisme d'une part, l'existence d'accidents névropathiques de l'autre, nous paraissent avoir exercé une action sur la condition cérébrale de notre malade. Cette hypothèse trouve encore sa justification dans ce fait que son frère a été atteint d'aliénation mentale.
II. Vépilepsie est survenue à 18 ans, sans aucun prodrome, à la suite d'une peur; sa marche semble avoir été assez singulière. Il y aurait eu une première période durant laquelle on n'aurait observé qu'un accès, suivant une version, ou un certain nombre d'accès portant sur deux années environ d'après une autre version. Ensuite, il se serait produit une rémission, qui se serait prolongée jusque vers 46 ans. Peu après le retour des accès, Cher... est entré à Bicêtre où l'on a noté d'abord de nombreux vertiges, puis des accès multipliés (201 en 1873), enfin une disparition complète des crises de 1877 à 1881.
III. h' état intellectuel de ce malade n'offrait rien de bien saillant tout d'abord ; mais un examen plus attentif montrait que si Cher... était doué d'une imagination assez vive, avait une élocution facile, les autres facultés intellectuelles étaient plutôt au-dessous du degré moyen. Ses allures,' son bizarre accoutrement, sa manie de collectionner des objets disparates et de peu de valeur, rappelaient ce qu'on observe souvent chez les insuffisants, les imbéciles, etc.
IV. \J examen du cerveau est extrêmement curieux : il ne pesait que 640 grammes. Les circonvolutions étaient réduites aux circonvolutions élémentaires: c'est, en quelque sorte, un cer-
veau d'étude, ainsi qu'on peut s'en rendre aisément compte sur les Planches I et II. Toutes sont très distinctes, il n'y a pas de plis de passage. Des sillons assez profonds les séparent nettement les unes des autres. Notons aussi le développement assez accusé des lobes paracentraux et des lobes carrés. Ces derniers, ainsi que les lobes occipitaux, offraient d'assez nombreux sillons superficiels et les circonvolutions, sans être indurées, avaient dans une certaine mesure l'apparence de circonvolutions atrophiées.
Nous publierons prochainement une autre observation de microcéphalie et nous aurons sans doute l'occasion de revenir sur divers points de l'histoire de Cher..., que, pour le moment, nous croyons devoir laisser de côté..