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ANATOMIE BT PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUES DU TABES

voies centripètes, quel que soit le point de départ du processus pathologique, depuis les organes périphériques de ces voies jusqu'aux extrémités des collatérales et des arborisations terminales de leurs fibres constitutives.

La fonction des nerfs centripètes diffère avec celle de Torgane d'où ils partent. Vataxie centripète n'apparaft-elle qu'après la paralysie centripète des nerfs de la peau, des muscles, des articulations, etc. ? Doit-on Tattribuer à la paralysie simultanée de nerfs centripètes fonctionnellement différents ? « L'ataxie centripète se produit, écrit Hering, lorsque les nerfs centripètes des muscles sont incapables de fonctionner. » Il estime que l'ataxie est l'effet d'un trouble dans la tension musculaire réflexe. D'accord avec Tschirjew, il a insisté sur le trouble de la tension réflexe des antagonistes. Contrairement à l'opinion s&lon laquelle les antagonistes sont, dans un mouvement, innervés simultanément avec les agonistes (Duchenne, Brûcke, Hitzig, Rieger, Keaunis, etc.), Hering a observé que, chez l'homme, les antagonistes ne se contractent pas simultanément; qu'il y a des « pseudo-antagonistes», et que, chez l'homme comme dans les animaux, a les antagonistes se relâchent, dans l'exécution d'un mouvement, dans le sens des agonistes » (Hering et Sherrington). Des forces diverses s'opposent alors au déploiement de la contraction musculaire.

Dans le tabès, la tension réflexe des antagonistes est sûrement diminuée, et, secondairement, celle des ligaments articulaires. De cette diminution pathologique de tensions résultent, dans la contraction, l'exagération, la direction et la rapidité anormales des mouvements ataxiques, ainsi que leur incoordination.

Les hypothèses que la lecture .de quelques particularités notées dans les expériences de Mott et de Sherrington avait suggérées à Hering se trouvèrent confirmées dans les expériences instituées par lui-même sur des macaques, à Liverpool. Les savants anglais n'avaient rien rapporté expressément sur l'ataxie des singes dont ils avaient sectionné les racines postérieures (1895) : Hering avait eu Tintuition que, de ces expériences, pourrait sortir une démonstration de l'ataxie chez le singe ^

Après avoir sectionné, à droite, huit racines postérieures (III-VIII racines cervicales et I-II racines thoraciques) chez un singe, Hering observa, comme l'avait vu Mott et Sherrington, queTanimal ne pou-

* Cf. Margulies. On sectionna à un singe toutes les racines caudales à droite jusqu'à la 5* racine lombaire inclusivement; à gauche, les trois dernières : le jour suivant, il existait une ataxie très nette de l'extrémité postérieure droile ; elle traînait dans Texécution des mouvements un peu rapides; Tanimal ne s'en servait que d*une façon mai assurée pour grimper et pour prendre. Monatschr, f, Psych. u. Neurol. L Cité par Hering.

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vait plus se servir, pour saisir et pour prendre, de son extrémité paralysée; celle-ci n'exécutait plus que des « mouvements associés » mais incoordonnés, rappelant les mouvements semblables des tabétiques gravement atteints. Cependant un mouvement adapté peut encore être exécuté après la section des racines postérieures, et il y avait un grand intérêt à Tétudier par comparaison avec ceux que les tabétiques parviennent à réaliser. Tous les nerfs centripètes ne sont pas en effet, chez ces malades, mis à la fois hors de fonction. Hering savait, par ses expériences antérieures sur les grenouilles et sur les chiens, qu'il n'est pas nécessaire de sectionner toutes les racines dont les prolongements innervent une extrémité pour produire Tataxie, mais que celle-ci est d'autant plus accusée qu'un plus grand nombre de racines ont été coupées. Molt et Sherrington connaissaient, de leur côté, que s'il reste une seule racine intacte, le singe pouvait encore se servir de son extrémité pour saisir, et que cette racine était la VHP cervicale, laquelle, selon Sherrington, se distribue à la main entière. Aussi, chez le second singe, dont six racines postérieures (IV, V, VI, VII, racines cervicales, I et II racines thoraciques) furent sectionnées à droite, on ne sectionna qu'à gauche la VIIl*' cervicale. Or des le lendemain de l'opération, Hering put voir qne le singe se servait des deux extrémités antérieures pour saisir. Toutefois, pendant, que l'extrémité gauche exécutait ses mouvements sans trouble apparent, il en était autrement de l'extrémité droite : de la main gauche l'animal saisissait un quartier de pomme d'une manière tout à fait normale ; avec la droite, il manquait presque régulièrement sou but par défaut d'adaptation; aussi cessait-il de se servir de cette extrémité; il en était ainsi le deuxième jour. Â partir du troisième jour, Hering ne le vit plus employer l'extrémité droite pour saisir la nourriture et, pendant les onze jours que dura l'observation de ce macaque, il continua à étendre son extrémité supérieure gauche lorsqu'on lui présentait un fruit. Il ne cherchait pas davantage à prendre les mouches avec la main droite, ce qu'il faisait assez souvent avec la main gauche. Bref, il n'exécutait pas à droite les mouvements spécialisés, ou « Sonderbewegungen » de Munk; il ne s'aidait de la main droite que pour grimper, c'est-à-dire pour les « Principalbewegungen » de Munk^ circonstance qui semble indiquer que, dans l'acte de grimper, contrairement à ce qui à lieu dans l'exécution des mouvements isolés et distincts, une extrémité ne laisse pas de subir l'influence des autres extrémités employées au même exercice. En vain pour le forcer à saisir la nourriture de la main droite, Hering lui lia-t-il les autres extrémités: l'animal ne le fît point. Gomme ce singe devait servir à d'autres expériences, il

* Jules Soury. Le Système nerveux central, structure et fonctions, etc. Paris, G. Carré et Naud, 1899, t. II, p. 1106 et suiv.

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renonça à lui paralyser la main gauche; peut-être alors se serait-il servi de la main droite pour saisir la nourriture. Un troisième singe, auquel huit racines furent coupées à gauche (IV, V, VI, Vil racines cervicales et I-IV racines thoraciques, par conséquent non la VIII* oervicale) et qui, quelques mois avant, avait subi Tablalion de la région des extrémités sur Thémisphère gauche^ se servait toujours de sa main gauche pour saisir la nourriture, mais en présentant constamment aussi des phénomènes iVataxiey d*autant ^ plus intenses chez ce singe qu*il avait deux racines de moins que le précédent. En outre, ce singe présentait un trouble de coordination des mouvements des doigts pour les opérations de la préhension . Hering est porté à croire qu'avec le temps, chez le singe comme chez le chien, Tataxie doit diminuer. Le degré d'intensité de celleci dépend bien du nombre des racines postérieures sectionnées ; plus ce nombre est petit, moins Tataxie est grave et plus elle s'amende avec le temps.

Le degré de Tataxie ne dépend pas seulement des nerfs centripètes de l'extrémité affectée, mais aussi d'autres nerfs centripètes, tels que Voptictis. Ainsi, lorsqu'on bande les yeux d'un chien ataxique (par résection des racines 'postérieures), l'ataxie augmente manifestement ^ Sous les désignations variées de compensation des troubles, de restitution de fonctions, de suppléance d'une fonction par une autre, etc., il a longtemps existé, dans la physiologie et la pathologie du système nerveux central, une opinion tout à fait erronée si, par ces expressions, on entend autre chose qu'une diminution partielle des troubles de la motilité. Avec Munk et Hering, nous devons, une fois de plus, nous élever, au point de vue de l'histoire des faits et de la critique des doctrines, contre l'opinion de ceux qui parlent de suppléance ou de restitution complète de ces fonctions, d'une disparition des troubles de coordination après la section des racines postérieures d'une extrémité, car cela, affirme Hering, est tout à fait en contradiction avec les faits observés ^.

Le tabès ne saurait être appelé, selon Obersteiner, du moins au sensétroitdu mot, une maladie générale du système nerveux; mais ce n'est pas non plus une affection uniquement limitée à la moelle épinière^. Dans la moelle épinièi-e des tabétiques on trouve toujours une dégénération des cordons postérieurs, et des parties de ces cor-

* Cf. A. Bickel. Ueber Einfluss der sensiblen Nerven und der Labyrinthe auf die Bewegunrjen der Thiere. Mit einem Nachwoit von J.-ll. Ewald. Pfluger's Arch. Bd LXVII, 1897.

* Cf. Jules Sourv. Les fonctions du cejifeau. Paris, bureaux du Progrès médical; Alcan. 2« édit., 1892, p. 29, 81, 114, 155, 166, etc. et 400. — Le Système nerveux central, t. II, 962-3.

' Obersieiner. Die Pathogenese der Tabès dorsalis, (XII intern. med. Congr. zu Moskau. Neurol. CentralbL, 1897, 872.

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dons qui sont les prolongements intraméduUaires des i\icines pos* térieures. Les fibres endogènes de la moelle ou ne sont pas affectées ou ne le sont que secondairement. Les autres altérations typiques de la moelle épinière des tabétiques concernent simplement les fibres nerveuses qui se distribuent à la substance grise (cornes postérieures, colonnes de Glarke, collatérales réflexes des cornes antérieures) et qui représentent soit les prolongements directs des fibres des racines postérieures, soit les collatérales de ces prolongements. « Le tabès se caractérise donc par une dégénération des prolongements intraméduUaires des racines postérieures. Mais comme toutes les racines postérieures ne sont pas également, et moins encore simultanément, affectées par le processus morbide et qu'un certain nombre d'entre elles peuvent même en demeurer tout à fait indemnes, on ne saurait non plus désigner le tabès comme une affection systématique. »

Quant au point de départ de Taffection, voici les différentes parties du système nerveux qu*énumère Obersteiner, et dont la lésion pourrait avoir pour effet la dégénération ascendante :

4® Les nerfs périphériques, y compris leurs terminaisons périphériques (Leyden). Les altérations, d'ailleurs fréquentes, que Ton constate ici, sont bien plus petites que celles des ra^nnes et des cordons postérieurs, Obersteiner déclare insuffisantes les hypothèses proposées pour rendre compte de la marche du processus depuis les nerfs périphériques jusqu'aux racines postérieures, en passant par les cellules des glanglions spinaux.

2P Les cellules des ganglions spinaux (Stroebe, Oppenheim, Marie, Babes). Les altérations relevées ici sont le plus souvent de nature tout à fait minime : elles ne suffisent point pour expliquer la dégénération. D'ailleurs, dans le cas d'une lésion de déficit des cellules des ganglions spinaux, les nerfs sensibles périphériques devraient être aussi altérés, et de la même manière que les racines postérieures.

3<» Les racines postérieures : a) à leur pénétration dans la duremère et l'arachnoïde, elles seraient comprimées, irritées ou dégénéreraient du fait d'un processus de prolifération parti de la gaine nerveuses ; p) en traversant la pie-mère et la couche externe de uévroglie, également par un phénomène de compression dû à la méninge. En d'autres termes, une méningite pourrait être la cause du tabès.

i^ La partie intramédullaire des racines postérieures dégénérerait seule ou avec sa partie extraméduiiaire.

Bref, la pathogénie du tabès nous est aussi inconnue que le mécanisme de son action.

De l'historique critique du développement de nos connaissances sur les lésions anatomiques du tabès dorsalis de 1827 à 1894, il résulte et demeure acquis que, dans cette affection, les fibres

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radiculaires postérieures des cordons postérieurs de la moelle épinîère, ou, en d'autres termes, comme Ta établi Redlich, les racines postérieures dans leur trajet intra-médullaire, dégénèrent. Dans le tabès, certaines parties seulement des racines postérieures sont-elles affectées, ayant un siège tout à fait déterminé, un trajet défini et peut-être même aussi une fonction spéciale ? La lésion tabé tique des cordons postérieurs serait alors une dégénération systématique au sens de Strumpell et de Flechsig, une affection élective des racines postérieures, au sens de Mayer. S'agit-il, au contraire, d'une affection des racines postérieures intéressant certains segments de la moelle et amenant la dégénérescence de leurs fibres ou territoires radiculaires? C'est ce que Leyden, et Redlich, qui est arrivé à cette conception d'une manière indépendante, soutiennent et enseignent^.'

Avec une dégénération fort avancée d'une moitié des cordons postérieurs dé la moelle, l'autre moitié doit très rarement être iDtacte ; très souvent la dégénération locale de ces cordons, présente, des deux côtés, de notables différences. Elle est, par exemple, dit Redlich, plus intense d'un côté que de l'autre ; elle peut n'exister que d'un seul côté; enfin elle peut exister, quoique des deux côtés, à différentes hauteurs. La dégénération, dans le tabès, n'est donc pas toujours systématique; les deux moitiés des cordons postérieurs peuvent présenter à cet égard des différences quelquefois considérables, aussi bien dans la localisation du processus que dans son intensité : « Ces données, je puis aujourd'hui les confirmer de nouveau, écrit Redlich, après l'étude d'un très grand nombre de cas de tabès ; j'ai eu entre autres l'occasion d'observer un cas avec participation très inégale au processus des deux côtés, dont la symptomatologie clinique fit longtemps croire à un tabès hémilatéral. » Redlich a trouvé encore une confirmation de ses recherches personnelles dans les résultats d'un travail de Laehr*.

Laehr a montré, par l'examen des troubles de la sensibilité de soixante tabétiques, qu'il existait chez ces malades une hypesthésie assez régulière, et relativement précoce, sur le tronc, hypesthésie qui ne correspondait pas à la distribution des nerfs périphériques, mais à celle des racines spinales, surtout aux racines dorsales moyennes. Plus tard, ces hypesthésies ont pu s'étendre soit en haut, partant aux bras, soit en bas, et déterminer ainsi des troubles de sensibilité dans les jambes. Quoique ces hypesthésies

* Emil Redlich. DiePathologie der tabischenHintersirangerkrankung, Ein Beitrag zurAnatornie und Pathologie der Rûckenmarkshinterstr'dnge, Au6 dem. Laborat. von Prof. Obersteiner in Wien). lena, 1897.

' Laehr. Veber SensibilitàtsstÔrungen bei Tabea dorsalis und ihre Loca lisation. Arch. f. Psych. Ed. XXVII.

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existassent des deux côtés, elles n'étaient point du tout symétriques, et Laehr convient même qu'au début J'hypesthésie n'était pas toujours bilatérale. Ainsi, tandis qu'il faut rapporter, dans le tabès, à une dégénéralion locale de la moelle lombaire et de la plus grande partie de la moelle dorsale les cas où les extrémités inférieures et tout le tronc présentent des phénomènes d'anesthésie étendue, on doit rattacher les hypeslhésies d'abord isolées» et s'étendant par bandes, du tronc, à des dégénéra lions locales, isolées, de quelques paires rachidiennes de la moelle dorsale moyenne et supérieure. Les petites différences anatomo-palhologiques existant entre les deux côtés de la moelle se manifestent également dans la symptomatologie clinique.

Dans la plupart des cas de tabès, les troubles de localisation des sensations et les altérations de la sensibilité a la douleur sont, on le sait, plus précoces que les lésions de la sensibilité tactile : « On observe assez souvent dans le tabès, que là même où des dégénérations considérables, et non, par conséquent, des altérations ou lésions anatomiques initiales, ont envahi des territoires circonscrits de la moelle lombaire, il n'existe, en dépit d'une ataxie prononcée, de troubles du sens musculaire, de la sensibilité à la douleur, etc., qu'une altération encore relativement peu intense de la sensibilité tactile, m Aux symptômes les plus précoces du tabès appartiennent, dans les cas ordinaires, Vabolition des réflexes patellaires, les douleurs lancinantes, le phénomène de Romberg, Vataxie des extrémités inférieures et des troubles du sens musculaire.

Or, pour que le réflexe patellaire existe, il est de nécessité que le courant nerveux, apporté par les racines postérieures, arrive à la corne antérieure, ce qui a lieu par les collatérales réflexes ; celles-ci partent du cordon postérieur au niveau du territoire indiqué par VVestphal comme siège du réflexe patellaire ; il est situé aujourd'hui dans la région de la deuxième lombaire. Gomme, dans les cas de tabès ordinaire, la région de la moelle lombaire présente des signes de dégénération locale, et comme les collatérales réflexes de la moelle lombaire supérieure participent du même processus, on s'explique sans plus l'absence du réflexe patellaire. Si la dégénérescence tabétique se localise plus bas, dans la moelle sacrée, on constate la perte du réflexe tendineux d'Achille. Même explication pour les symptômes correspondant au tabès cervical.

Gomment Vataxie se produit-elle dans le tabès? demande à son tour Redlich. Leyden et Goldscheider admettent aujourd'hui que, dans l'ataxie spinale, il existe toujours une diminution de la sensibilité, tout au moins de la sensibilité motrice; on doit entendre par là que pour l'exécution correcte des mouvements, non seulement les sensations cutanées et celles des parties profondes sont

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nécessaires, mais que l'exacte coordination des mouyements dépend aussi de courants nerveux centripètes, inconscients, de nature surtout réflexe. Rcdlich invoque ici les idées d'Exner sur la c( sensomobilité ». Exner insiste sur Timportance des réflexes tendineux, mais il montre qu'ils ne sont qu*U7ie forme des régulations inconscienles de nos mouvements dues à un travail d'élaboration sous-corticale (ou spinale) des courants centripètes. On sait, en outre, que d'autres impressions sensibles ont une part considérable dans l'exécution régulière de nos mouvements, celles de la vue surtout. La sûreté, la coordination exacte des mouvements subit le contre-coup des troubles de ces fonctions : Valaxie en résulte, l'ataxie centripète d'IIering S déterminée par la suppression du courant afférent. .« Et ainsi l'on comprendra, écrit Redlich, que, même avec une sensibilité relativement intacte (les impressions centripètes conscientes continuant d'être transmises au cerveau ), une ataxie puisse se manifester, ataxie résultant de la perte de la régulation inconsciente, réflexe, des mouvements. » Si Ton applique ces données à l'ataxie du tabès, on verra que dans les cas où, sur une étendue considérable, toutes les flbres radiculaires postérieures sont dégénérées, où, par conséquent, toutes les fonctions centripètes sont troublées, l'ataxie des mouvements doit en résulter. Mais c'est là un cas relativement rare : d'ordinaire, aux stades initiaux du tabès, on observe plutôt l'ataxie des extrémités inférieures, surtout dans les mouvements des articulations du pied et du genou, accompagnée de troubles très peu accusés de la sensibilité, intéressant spécialement le sens. musculaire. Et voici comment, dans la théorie de Redlich, opposée à celle de Strûmpell et de Flechsig, il est possible d'expliquer ces phénomènes ataxiques par l'extension segmen taire de la dégénération tabétique.

Qu'on suppose un cas dans lequel une série de racines soient affectées — d'ordinaire ce sont les racines lombaires : — cette lésion entraîne celle des fibres radiculaires montant dans le cordon postérieur, une dégénérescence des fibres se rendant à la substance grise de la moelle, avant tout, des collatérales réflexes qui s'arborisent dans cette substance grise. Nous rapporterons à la disparition de ces dernières fibres les troubles de régulation inconsciente, réflexe, de la motilité au sens d'Exner; l'ataxie résultera de cette disparition. Si une seule racine dégénère, cette lésion de déficit pourra, jusqu'à un certain point, être compensée, car chaque fibre radiculaire envoie des collatérales sur une longue étendue de son trajet, et, d'une manière correspondante, chaque région motrice de la moelle épinière reçoit des collatérales pro-

* Ewald Bering. Ueber centnpetale Ataxie. Praç. raed. Wochensch.,

venant de racines différentes. Mais que plusieurs racines dégénèrent, comme dans le tabès, l'ataxie s'en suivra. Si les excitations réflexes n'existent plus du tout du fait des dégénérations étendues des cordons postérieurs; si, d'un seul mot, la plus grande partie des excitations centripètes fait défaut, la motilitéj comme telle, est lésée, et non pas seulement et uniquement la coordination motrice.

Et Redlich invoque encore ici la sensomobilité d'Exner et les résultats des expériences d'Hering touchant les troubles de la motilité consécutifs à la section des racines postérieures. Luimême signale les troubles si graves de la motilité qu'on observe aux stades terminaux du tabès, quand les malades sont confinés au lit, quoiqu'on ne puisse confondre naturellement cette paralysie apparente avec celle qui résulte d'une lésion de la voie motrice.

Ajoutez, toujours comme effet de cette dégénération, les lésions destructives, la dégénérescence des flbres ascendantes du cordon postérieur qui s'arborisent dans les noyaux de la moelle allongés, noyaux d'où part, après entre-croisement, un nouveau faisceau afférent, physiologiquement identique à celui des cordons postérieurs, qui, sous le nom de ruban de Reil médian^ monte et parvient (indirectement) à l'écorce du télencéphale. « Nous pouvons chercher avec sûreté, je le crois, écrit Redlich, dans le cordon postérieur, les fibres qui servent à la fonction consciente du sens musculaire^ au sens large du mot (Wagner, Bechterew, Obersteiner, Kôlliker). Il est d'ailleurs vraisemblable qu'une portion de la voie ascendante passant par le cordon postérieur n'arrive que jusqu'à l'écorce du cerveau, et que les fibres de cette voie s'arborisent en partie dans des centres sous-corticaux, en d'autres termes, que tous les faisceaux afférents du cordon postérieur ne servent poiat a des sensations conscientes, et qu'une partie des excitations que ces faisceaux transmettent est élaborée dans des centres sous-corticaux, sans doute aussi dans le cervelet » (p. 102).

Dans les cas récents de tabès, alors que les dégénérations sont nettement décelables dans la moelle lombaire et dans la moelle dorsale, elles s'atténuent toujours en remontant dans le reste de ce grand centre neveux. Il en résulte que si une partie considérable des processus nerveux réflexes qui sont élaborés dans la moelle épinière ont à souffrir de ces lésions, un petit nombre seulement de fibres s'clevant vers le cerveau et servant aux sensations conscientes, se trouvent lésées dans leur fonction. On comprend donc que, même dans des cas d'ataxie grave, on ne constate quelquefois que des troubles relativement légers du sens musculaire. Plus tard la perte de cette fonction aggrave, on le conçoit, d'autant l'ataxie. Au point de vue de la distribution des lésions dans le tabès, ce sont les racines lombaires qui sont le plus souvent

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tout d'abord atteintes; ce âont donc dans les extrémités inférieures, spécialement dans leurs segments périphériques, que se manifestent les premiers troubles. Redlich a confirmé le fait qu'une dégénération des fibres des colonnes de Clarke appartient aux signes les plus précoces du tabès lombaire ; en d'autres termes, les fibres radiculaires postérieures, ou leurs collatérales, qui pénètrent dans les colonnes de Clarke, dégénèrent de très bonne heure ; ce fait s'explique par le rapport anatomique étroit existant entre les territoires radiculaires primitivement affectées dans le tabès et les colonnes de Clarke. Les effets de ladégénération de ces fibres apparaîtraient déjà dans les symptômes initiaux du tabès : « On peut aujourd'hui tenir pour tout à fait certain, écrit Redlich, que le cervelet exerce une influence déterminante sur les fonctions motrices, spécialement des extrémités inférieures, et qu'il en est surtout ainsi pour les fonctions statiques. Le cervelet reçoit de différents côtés les courants nerveux qui l'incitent à l'accomplissement de cette fonction ; la moelle épinière est sûrement une de ces sources d'énergie. Un grand rôle pourrait bien revenir ici aux excitations centripètes transmises par le faisceau cérébelleux direct. Or ces excitations sont en grande partie sous l'influence des collatérales des fibres radiculaires postérieures qui s'arborisent dans les colonnes de Clarke. Cette hypothèse sur le rôle des colonnes 4le Clarke s'accorde avec le mode de connexion qu'affecte ce centre nerveux dans la moelle épinière, en particulier avec les parties qui sont en un rapport direct avec les extrémités inférieures, alors que nous avons montré que Vinfluence exercée par le cervelet sur la motilité a surtout une importance particulière pour les mouvements des extrémités inférieures. Si donc, dans le tabès, on constate une dégénération très précoce de ces fibres, il est de toute évidence que l'influence exercée à l'état normal par le cervelet sur les fonctions statiques, sur la locomotion, etc., doit en subir le contre-coup. Aussi, parmi les symptômes du tabès, le pliénomène de Romberg, les troubles manifestes de la démarche, paraissent devoir être rapportés à ces perturbations de l'influence du cervelet sur la motilité des extrémités inférieures. La lésion destructive des fibres nerveuses dont il s'agit peut bien, jusqu'à un certain degré, être compensée, lorsque les mouvements sont dirigés et réglés par d'autres organes des sens. Mais si ces régulations font défaut, si les impressions optiques, par exemple, sont supprimées par l'occlusion des yeux, l'ataxie deviendra naturellejnent plus manifeste. Certaines anesthésies, au sens étroit du mot, celles des plantes des pieds, par exemple, des articulations des pieds, etc., exagéreront encore ce phénomène à un degré considérable. 9

Redlich, pour compléter ces considérations si intéressantes sur la production de l'ataxie dans le tabès dorsalis, examine l'état

des roQCtions de la sensibilité dans le labes de Friedreich. Ici aussi on rencontre une ataxie, et une ataxie où Télément cérébelleux accompagne nettement la forme spinale de cette affection ; les troubles du sens musculaire n'y sont point rares non plus. « Rappelons, dit Redlich, qu'on trouve, dans le tabès de Friedreich, une dégénération très intense des cordons postérieurs entraînant la disparition des collatérales réflexes. Il existe donc une dégénération des colonnes de Glarke ; mais ici les cellules ellesmêmes de ces colonnes sont dégénérées, aussi bien que les fibres du faisceau cérébelleux direct. Le caractère cérébelleux de l'alaxie^ je le ferais dériver ici de cette participation étendue du faisceau cérébelleux de la moelle épinière (et vraisemblablement des fibres spinO'Cérébelleuses et cérébello- spinales) au processus tabétique. D'autre part, on reconnaît généralement que les racines postériewes proprement dites, la zone marginale de Lissauer, les fibres des racines postérieures pénétrant dans la substantia gelatinosa, sont peu allectées. Or, c'est précisément dans ces fibres qu'on doit chercher les voies de la sensibilité cutanée; il serait donc permis de s'expliquer ainsi la persistance de la sensibilité cutanée dans le tabès de Friedreich. »

D'une manière générale, la sensibilité cutanée est moins alTeclée dans les affections du système nerveux que la motilité. Ainsi la section des nerfs mixtes elle-même peut ne pas déterminer des troubles de la sensibilité, ou ces troubles peuvent disparaître bientôt. 11 doit donc exister des dispositions structurales qui compensent jusqu'à un certain point la perte des fibres servant à la conduction des impressions de la sensibilité. Dans certaines affections des nerfs périphériques, par exemple dans la polynévrite, où le tableau clinique peut ressembler beaucoup au tabès, il existe une ataxie prononcée accompagnée de troubles d'ailleurs relativement faibles de la sensibilité. On ne connaît aucune preuve directe qui permette d'admettre qu'ici les fibres servant à la régulation centripète des mouvements ont plus souffert que celles qui servent aux fonctions de la sensibilité consciente. Anatomiquement, les nerfs sensitifs ont subi la même lésion dégénérative. C'est une preuve nouvelle que la sensibilité cutanée consciente doit suivre des voies que n'interrompt point la destruction même d'un nombre considérable de fibres. On sait aujourd'hui qu'un territoire cutané n'est pas innervé par une seule racine : il reçoit des fibres sensiliyes de plusieurs racines, quelquefois de trois. Il existe certainement à la périphérie plusieurs dispositions anatomiques (anastoi^oses, plexus, etc.), auxquelles s'ajoutent les connexions centrales, qui facilitent les transmissions d'une excitation à d'autre3 parties. Aussi longtemps qu'une ou deux des racines qui innervent un territoire cutané conservent encore un nombre suffisant de fibres saines, aucun trouble considérable de

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