PARALYSIE GÉNÉRALE ET SYPHILIS HÉRÉDITAIRE
Je puis donc affirmer que Victor est syphilitique de père et de mère et que lui-même a eu dès le bas âge des accidents secondaires de syphilis.
Il me semble difficile de souhaiter mieux en fait de preuve, et il est certain que notre malade est un hérédo-syphilitique. A noter aussi, au moins à litre de curiosité, — car ni sa sœur ni lui ne portent des traces de cette intoxication devenue aujourd'hui bien rare, même dans les Landes, — qu'il est fils et petit-fils de pellagreux.
Voici donc un nouveau cas de paralysie générale juvénile à Torigine duquel on trouve manifestement la syphilis. Je rappelle, en ce qui concerne mes quatre observations antérieures, que la première était relative à un jeune homme chez lequel la syphilis fut soupçonnée en raison d'une éruption suspecte ; que la seconde avait trait à un jeune homme qui, étant enfant, fut considéré et traité comme ayant été contaminé par sa nourrice; que la troisième et la quatrième enfin intéressaient une jeune fille et un jeune homme chez les parents desquels la syphilis fut nettement retrouvée.
J'ajoute qu'il en a été de même dans tous les cas où on a pu et voulu la chercher sérieusement, ainsi qu'on peut s'en convaincre en lisant les derniers travaux d'ensemble parus sur la question, en particulier l'excellente thèse du D' Thiry (de Nancy) \ et celle plus récente de mon élève M. Delmas ^ couronnée par la Faculté de médecine de Bordeaux.
Il y a là une accumulation de faits qui, dans la paralysie générale juvénile comme dans la paralysie générale des adultes, dénoncent nettement la syphilis et confirment ainsi le rôle capital de cette infection dans l'étiologie de la maladie à tous les âges, sous toutes ses formes et dans tous les pays.
Pour en terminer sur ce point, je note que la famille de notre malade, j'entends la descendance du premier lit de son père, sur laquelle nous avons des détails précis, présente les caractères de morti-natalité propres aux familles de syphilitiques tels que les a tracés notre éminent maître, le professeur Alf. Fournier ; avec ceci en plus de significatif que le fils
* Thiry. De la paralysie générale dans le jeune âge, (Thèse de Nancv, 1898.)
* L. Delmas. De la paralysie générale des adolescents. (Thèse de Bordeaux, 1899.)
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aine, antérieur à la syphilis paternelle, est, des cinq, le seul bien portant.
C'est, du reste, exactement ce que l'on retrouve dans la descendance des paralytiques généraux envisagée dans son ensemble, ainsi que nous l'avons récemment démontré *.
Forme démente. — La seconde particularité à relever dans notre observation, c'est la forme exclusivement démente, sans aucun délire, de la maladie chez le sujet.
Il en est ainsi, la plupart du temps, dans la paralysie générale juvénile qui, sauf de rares exceptions, où existe le délire mégalomaniaque habituel, se manifeste sous la forme purement démente.
Cptte particularité, qui se retrouve, bien qu'à un degré moindre, dans la paralysie générale de la femme, comme dans celle de l'adolescent, explique comment chez elle et chez lui la maladie, réduite mentalement à un lent et silencieux affaiblissement des facultés, reste parfois méconnue, ce qui l'y fait paraître sensiblement plus rare qu'elle n'est en réalité, et ce qui la fait prendre parfois, ainsi que je l'ai signalé *, pour de Vidiotie ou pour de la démence précoce. Le cas de Victor est à cet égard aussi démonstratif que possible, car ce jeune homme a pu, en pleine évolution de méningo-encéphalite, être incorporé dans un régiment et rester plus d'un an soldat sans que sa démence, déjà profonde, ait nécessité Fintervention du médecin et déterminé sa mise en réforme.
Ce fait hicn curieux et qui mérite d'attirer Tattention de nos confrères militaires, souvent aux prises avec des problèmes délicats de pathologie mentale, m'a été conûrmê dans les termes suivants par mon distingué collègue le médecin major X., que je remercie de ce complément si instructif :
« Victor L... a été hospitalisé le 2't mars 1898 pour fracture indirecte du fémur gauche au tiei^s moyen, consécutive à une chute déterminée par un faux pas dans la cour du quartier. Il est sorti de l'hôpilal par guérisoii le 28 juillet. Après une convalescence de deux mois dans ses foyers, il
* E. R^jjis. La descendance des paralytiques généraux {L'înfermédiaire des aliénisles et neurolorjistes, août, septembre, octobre 1899j et Ph. Uicard. La descendance des paralytiques généraux. (Thèse <ie Bordeaux, 1900.)
• E. Récjis. Quelques réflexions générales à propos de la paralysie générale juvénile. {Annales médico-psychologiques, m^Li-juin 1898.}