THÉRAPEUTIQUE CHIRURGICALE
Hémiplégie spasmodique infantile avec épilepsie.
Cranieclomie avec éversion durale.
Modification de la conlraclure el disparition des accès
depuis un an ;
' Par le 1)' J.-A. ESTEVES, Professeur agrégé do la facuUé et riiédectu des hôpitaux de Bucnos-Aires.
L*idée de Fuller (de Montréal) de pratiquer la craniectomie à un idiot afin de donner de l'expansion au cerveau, réalisée dans l'année 1878, et émise onze ansvplus lard par Guéniot, comme étant susceptible de quelque utilité dans les casde synostose prématurée des os du crâne, et pratiquée en grande échelle par Lannelongue dans Tannée 1890 et les suivante?, fut accueillie partout avec un grand enthousiasme, en Tespérance d'avoir trouvé le moyen de transformer en d'utiles individus des êtres négatifs, dépourvus des qualités supérieures du cerveau humain. Beaucoup d'années n'étaient pas écoulées que déjà l'inefficacité d'une opération qui avait fait naître tant d'espérances était démontrée.
M. Bourneville, dans une très intéressante communication
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qui eullieu àTAcadémiede Médecine de Paris au mois de juin 1893, démontra, non seulement rinefficacité de la craniectomie employée comme moyen pour produire le développement cérébral, en modifiant favorablement le fonctionnement de cet organe, mais il apporta aussi les preuves anatomopathologiques d'une éloquence irréfutable, par lesquelles il démontra Tinanité d*un tel procédé pour le traitement des idiots et arriérés. Les cas que je connais confirment pleinement l'opinion formée par le savant de Bicètre, et à l'appui de laquelle, chaque année, depuis 1891 , il publie de nouveaux faits.
Chez un enfant opéré par le D"" M. Castro, au lieu d'une croissance dans le côté opéré, on observa, après un certain temps, une atrophie de ce côté du crâne.
Tous ces faits confirment une fois de plus l'axiome anthropologique qui dit : « Le cerveau forme le crâne )>; l'espérance est donc frustrée de prétendre modifier le contenu en interrompant la continuité du contenant.
D'autre part, les solutions de continuité produites par la craniectomie simple pour obtenir non plus le développement du crâne, sinon l'expansion du cerveau, étaient chimériques, car la dure-mère empêche ce résultat dès le commencement en ossifiant plus tard les brèches ouvertes, comme quelques calottes d'opérés l'ont démontrée
La craniectomie est incluse dans les procédés chirurgicaux qu'on a employés pour le traitement de l'épilepsie, soit que celle-ci reconnaisse un traumatisme pour cause, soit dans l'épilepsie essentielle, principalement après que les travaux de Chaslin furent connus. Les résultats laissèrent beaucoup à désirer, et les restrictions de la majorité sont très justes.
Telle était ma manière de penser lorsque, au mois d'août de l'année 1899, on me conduisit un petit idiot, qui souffrait de fréquents accès épileptiques.
Cet enfant, âgé de vingt-cinq mois, naquit à terme, accouchement facile. Son père et sa mère n'ont souffert d'aucune maladie, son père mourut de la variole en Tannée 1898. Sa mère est une femme jeune, bien développée, de tempérament tranquille et d'une santé très bonne. L'aîné des enfants a maintenant quatre ans, et sa première maladie a été la rougeole, qu'il a passé d'ailleurs sans
Ml y en a une belle collection au Musée du D^ Bounieville à Bicêlre.
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complications cet liiver, en mémo temps que son petit frère. C'est un garçon proportionnellement développé, intelligent et d'un boa caractère. — Les grands-parenls maternels vivent en bonne santé. La grand'mère paternelle mourut de cancer à la mamelle.
Quand ce petit malade avait uu mois, il soufTrit d'une attaque convulsive dont la jambe et le membre supérieur droit restèrent paralysés. La mère ne se rappelle pas s'il y eut déTiation de la ligure. [>epuis ce temps, on remarqua que renfatit ne donnait pas des signes d'intelligence, et les convulsions se répétaient fréquemment. Vers les onze à douze mois sa dentition commença, et sa mère observa que les membres paralysés étaient devenus durs, ce qui la gênait pour Tbabiller, le membre supérieur avec Tavant-bras en Qexion, était appliqué au tronc: le membre inférieur était aussi en flexion, la jambe sur la cuisse. Il ne pouvait pas se mettre debout. Les convulsions étaient très fréquentes. C'est dans ces conditions que je le vis.
Son aspect était plutôt sympatbique. La figure gentille, avec le ciàue bracbicépbalique, occipital aplati, montrant une déformation plus grande peut-être que celle qu'on observe cbez les enfantsqui sont continuellement coucbés.Le vague de son regard attirait l'attention. C'est en vain que l'on cberche à attirer son regard, il se meut en tous sens. 11 crie constamment, il remue inconsidérément son bras gaucbe, mais on n'obtient pas qu'il regarde, ce qui lit que sa mère le crut aveugle. Pendant la demi-beure que nous avons dédiée à l'examen de cet enfant, nous avons compté six attaques, produites en celte forme : la tête pencbée en avant, contracture générale en flexion, p&leur, un peu de salive écumeuse apparaît parfois entre ses lèvres, il semblait assoupi pendant quelques secondes, puis il rouvrait les yeux et tout était (ini. Ces attaques sont celles que sa mère appelle a les petites attaques», ce sont celles dont il souffre constamment. Il souffre aussi d'autres attaques où ses membres sont agités convulsivement, inclus les membres paralysés, de même que la figure.
La paralysie faciale n'existe pas. L'avant-bras droit en flexion sur le bras, les doigts sur la paume, la main en semi-flexion sur l'avant-bras; la partie inférieure de ce membre en pronation était entièrement appliquée au thorax, et il fallait vaincre une grande résistance pour la séparer quelque peu.
La jambe en flexion sur la cuisse, celle-ci légèrement sur le bassin, le pied en varus équin, ayant les doigts fortement étendus, principalement le gros doigt, on pouvait l'étirer, mais pas autant que le pied gauche.
Les réflexes étaient exagérés dans ces deux membres, mais ils Tétaient davantage dans le membre droit. Le phénomène de Babinski s'observait dans le pied gauche; dans le pied droit la position du gros doigt était, à l'état habituel, la même que la posi-
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lion prise au moment de se produire le réflexe inverti, c'est-à-dire en extension forcée. Quant à la sensibilité générale, ce que je peux dire, c*est qu'il retirait les membres ou la partie dans laquelle on lui faisait une excitation douloureuse, étant impossible de faire une investigation délicate.
II était âgé de quatorze mois quand je Texaminai et opéré, et jusqu'alors il n'avait pas donné le moindre signe d'intelligence. Lorsque je voulus le mettre debout, il appuyait, pendant de légers instants, le pied gauche par terre, mais le pied droit se flexionnait davantage sur la cuisse, en augmentant la contracture, le membre supérieur s*appliquait en même temps, avec plus de force contre le thorax. Le reste de ses fonctions était normal.
Je lui prescrivis une potion au Brk que sa mère ne voulut pas lui donner. Elle revint me voir quelque temps après, me priant de faire tout mon possible, pour que son enfant éprouvât au moins un mieux, s'il était impossible de le guérir. Elle me dilqu'il avait pris toutes espèces de remèdes, sans qu'ils aient Tait aucun effet, et qu'elle croyait que seule une opération pouvait le guérir.
Toutes les raisons que je lui émis furent inutiles à la faire désister de son propos, et c'est dans ces conditions que je consentis à sa prière, en la prévenant que j'avais très peu d'espérance dans l'intervention chirurgicale que j'allais pratiquer.
Une cranieciomic comm^ celles qui, jusqu'ici, s'étaient pratiquées, me semblait aussi inutile que de rien faire, car la place où la solution de continuité devait se produire, était indiquée par l'excitation du centre cortical correspondant aux circonvolutions centrales gauches et n'importe qu'elle fût la cause, il aurait gagné, avec la simple section osseuse, autant que tous les cas connus.
En faisant l'inlervcnlion, puisque sa mère le désirait si vivement, mon objet n'était certainement pas de chercher à améliorer son état intellectuel, mais de pouvoir agir favorablement sur son état épileptique, cela m'induit à mettre en pratique ce que Bérezow^ki avait fait dans ses expériences sur Iff rôle osléogénique de la duremère : faire l'incision en suturant les bords au périoste.
Le 3 septembre, je faisais l'incision du cuir chevelu un peu en avant de la région rolandique, de manière que la brèche osseuse correspondit à la hcUsure, et que la cicatrice molle put s'af>puyer sur le pariétal, évitant ainsi les conséquences ultérieures.
Je sectionnai l'os dans une étendue de C centimètres de longueur sur 1 centimètre de largeur. La dure-mère avait son aspect normal. Je fis la section de la dure et en séparant les lambeaux je n'observai qu'un léger œdème sub-méningé. Je fis la suture des bords de la dure au périoste et la blessure du cuir chevelu, je plaçai ensuite un pansement simple que je laissai huit jours, au bout desquels la cicatrisation était complète, sans qu'aucun accident se soit produit.