‹ Archives de neurologieChapitre 61 sur 67 · THÉRAPEUTIQUE CHIRURGICALE · texte numérisé non relu

THÉRAPEUTIQUE CHIRURGICALE

Dans le mois de juin de Tannée courante Ja mère revint me voir. Elle m'amenait son enfant en me disant que depuis trois mois il n'avait eu aucune des attaques dont ii souffrait constamment auparavant « ni petite ni grande » que lenfant, avant si turbulent, était devenu tranquille, car elle le laissait assis, et il passait dans cette position de longs moments qu'elle pouvait dédier aux soins du ménage, que, la rigidité de son bras et de sa jambe ayant disparu, il lui était facile de l'habiller et il pouvait se metire debout. Enlin, qu'il disait « pnpa, mnma et nené », et que quand elle l'appelait il se tournait de son côté, la regardait et souriait.

Tous ces faits, je pus les vérilier, et je dois confesser que je fus surpris en voyant un succès sur lequel je n'avais pas eu d'espoir. Ce n'est pas certainement son développement intellectuf^l qui causa ma surprise, car le vague de son regard, réfléchissant la nébulosité de son esprit, est le même que j'observai dans les premiers moments. Je fus surpris par la modification de la contracture et par la disparition de Tépilepsie.

Lorsque cet enfant était âgé d'un mois, on se rappellera qu'il souffrit d'une attaque convulsive, dont le bras et la jambe droits restèrent ballants, et ce ne fut seulement que six mois taprès que sa mère s'aperçut qu'ils étaient rigides, le bras adossé au corps, de manière qu'il lui était difficile de rhabiller. 11 était naturel de supposer que quelque lésion pathologique fréquente s'était produite dans le cerveau gauche, et qu'elle avait envahi, non seulement la région motrice, mais aussi la région frontale, puisque son intelligence ne se développait pas (hémorragie méningée ou intrahémisphérique, ramollissement, sclérose lobaire, pachyméningile, etc.).

Mais la craniectomie^en mettant à nu les membranes et la superficie corticale, ne me permettait pas de découvrir dans la petite extension ouverte qu'un léger œdème, incapable de produire des phénomènes aussi prononcés, permanents, et présentant tous les caractères des lésions désorganisalrices.

En effet, l'hémiplégie se produisit, et six mois après la contracture se présentait. Cette manifestation, lorsqu'elle se présente et survient avec cet intervalle, est considérée dans la clinique comme une conséquence de la dégénération secondaire. Ce symptôme révèle évidemment la lésion du cordon pyramidal, quoiqu'il ne soit pas possible d'affirmer Tintensité ou la nature de celte lésion.

La contracture post-hémiplégique chez l'adulte est généralement l'effet de la dégénération secondaire du faisceau

HÊMIPLÉGIB SPASMODIQUK INFANTILE. .465

pyramidal, mais, de même qu'il existe des cas qui ont présenté la contracture sans la dégcnération, produite par la simple compression des cellules cortico- motrices * (chez Tenfant, plus fréquemment que chez Tadulte), on ne peut pas établir une relation de Tétat du faisceau pyramidal déduite de la lésion cérébrale.

Cestan, dans le travail que je viens de citer, rapporte des observations qui ne permettent pas d'établir une règle à ce respect. Des cerveaux avec porencéphalie, qui est une lésion produite, d'après les anatomo-pathologistes, pendant la vie intra-utérine, avaient leurs cordons pyramidaux correspondants franchement dégénérés, alors qu'ils devaient se trouver en état agénésique d'après le développement et la pathogénie de ses lésions, puisque le neurone central manquait, tandis que, dans d'autres cas, la dégénération du cordon pyramidal ne s'est pas produite malgré l'existence d'adhérences méningées et de lésions méningo-encéphaliques, placées dans la région rolandique.

Ceci, qui constitue une rareté chez l'adulte, est observé plus fréquemment chez l'enfant, de manière qu'il n'est pas possible d'induire Tétat du faisceau pyramidal, quelque intense que soit la rigidité spastique. Une dégénération de quelques fibres seulement a produit d'énergiques contractures.

L'élude de Cestan rapporte beaucoup d'observations qui prouvent le fait précédent. P. Marie, en traitant de l'hémiplégie infantile ', dit « que l'on trouve presque toujours une sclérose descendante assez prononcée du faisceau pyramidal, quelquefois, au contraire, celle-ci est très peu marquée, elle peut même ne pas exister dans des cas vraiment exceptionnels ». P. Marie et E. Jendrassik ont publié, en 1885, l'observation d'un cas dont la maladie avait commencé à

* Le syndrome de Lille; par R. Cestan. Paris, 1899. Femme de cinquante-six ans entre à la Salpêtrière avec hémipl^j^ie produite deux ans auparavant. Bras contracture en flexion. Paralysie. Jambe légèrement rigide. Réilexes tendineux exngérés. Épilepsie jacksonienne du côté paralysé sans perle de connaissance. On trouve à l'autopsie une tumeur de la dure-mère, de la grosseur d'une mandarine, facilemnnt énucléable, qui a comprimé la région motrice gauche, a poussé en arrière la scissure de Sylvius et a aplati sans la détruire la circonvolution frontale ascendante. Aucune altération du cordon pyramidal. La plus grande partie des cellules pyramidales étaient intactes.

• Dictionnaire encyclopédique.

Arciuves, 2* série, t. XI. 30

466 THBRAPBUTIQUB CHIRUR6ICALB.

Tàge de trois ans par des convulsions épileptiformes qui se reproduisirent jusqu'à Tâge de six ans*. A cet âge, une paralysie et contracture du côté gauche se produisit avec participation du facial inférieur. Son intelligence s'afTaiblissait progressivement.

Hémiplégie spasmodique du côté gauche, avec Tavant-braâ en flexion et le pouce dans la paume de la main. Pied bot varus équin. Spasticité dans tous les segments de la jambe gauche, exagération des réflexes tendineux. L*enfant mourut à l'Âge de huit ans et demi de tuberculose pulmonaire. Sclérose lobaire de l'hémisphère droit, ayant l'écorce et les nucléoles centrales complètement atrophiés. Il n'y avait pas d'adhérences de la pie-mère. Diminution du nombre des cellules nerveuses, et lésions vasculaires dans la substance grise du lobe frontal.

On chercha immédiatement la dégénération descendante, que Von devait trouver d'après les lésions cérébrales et les symptômes présentés par le malade (contracture très prononcée). Au niveau du faisceau pyramidal croisé, les lubei^ nerveux étaient moins abondants; le tissu conjonctif était un peu plus épais, ces deux caractères se trouvaient des deux côlés de la moelle et ne me permettaient pas d'admettre qu un côté fût plus attaqué que l'autre, il ne fut pas possible de vérifier la dégénération du faisceau pyramidal droit en haut de l'entrecroisement. Etait-il question, dans cet enfant, d'un de ces derniers cas ?

En tout cas, il est rare qu'une contracture, produite dans de telles circonstances et avec l'intensité que présentait sa rigidité, se soit modifiée si notablement et en si peu de temps parce que dans tous les cas où ce phénomène s'est présenté il a été perdurable.

Quand celte contracture cesse, c'est à cause de Talropliie des muscles. Mais, dans ce dernier cas, les attitudes vicieuses des membres persistent, par les rétractions musculaires et fibreuses, attitudes qui peuvent manquer dans les grandes

* On trouvera de nombrtnix cas d'hémipléfjie spasmodique infantile, avec idiotie^ iml)écillité, arriération inteUectiielle, d'une part et coïncidant avec rhémiplégio, et, d'autre part, à une époque ultérieure d^épilepsie, dans les diverses publications du D^ Bourneville. de 1875 à c«> jour. M. P. Marie, d'ailleurs, en a utilisé quelques-unes dans son article du Dirf. encyclop.

HÉMIPLÉGIE SPASMODigUE INFANTILE. 467

articulations, mais qui généralement, si cela arrive, sont observées dans les petites articulations (la main en griffe ou déformations partielles des doigts). Mais il ne pourrait être question de ce cas non plus, puisque Tatrophie des muscles contractures n'existe pas.

Les faits cliniques démontrant que le syndrome, exagération des réflexes et la contracture sont les manifestalions d'une lésion pyramidale, sont si nombreux qu'ils font une loi neuropathologique, mais il doit exister quelques cas qui font exception, puisqu'il existe beaucoup d'enfants nés avant terme dont les cylindraxiles pyramidaux ne sont pas arrivés à la même hauteur que ceux de l'enfant né à terme, et dans lesquels il manque, par conséquent, non seulement la myélinisation comme dans ce dernier, mais aussi Taxe qui doit se couvrir de myéline, et ils ne présentent pas la rigidité que présentent d'autres enfants nés dans des conditions pareilles ; il existe aussi exagération des réflexes et contractures permanentes^ avec des lésions cérébrales destructives, sans que l'examen le plus minutieux ait pu découvrir des lésions pyramidales.

De même qu'on ne peut pas donner une explication physiopathologique de la cause qui fait que les réflexes ne s'exagèrent pas immédiatement après la séparation de Técorce et du faisceau pyramidal, écueil des théories encéphaliques autant que des médullaires, je ne sais pas comment la modiflcation de la contracture pourrait être interprétée, dans le petit malade qui nous occupe, après une simple ouverture du crâne qui ne montra pas de lésions méningées ni cérébrales appréciables, sans que l'on puisse nier pour cela leur existence dans les régions intra-hémisphériques.

Si l'on admet la surexcitabilité de la substance ganglionnaire sous-corticale par une lésion qui la sépare des couches corticales (Hilzig), l'intervention que j'ai pratiquée ne peut avoir eu aucune influence sur la restauration de sa connexion. S'il y avait eu une sclérose descendante, les tissus sclérosés excitant les centres sous-corticaux, la face des choses ne changeait pas davantage.

Je ne crois pas à propos de m'arrêter à examiner si les théories de Bastian, Van Gehuchlen, Monacnw, Grasset, ni les théories spinales de Charcot, Brissaud, Blocq, Vulpian, lesquelles sont le plus généralement acceptées, ou l'action

468 THERAPEUTIQUE CHIRURGICALE.

inhibitrice du faisceau pyramidal supposée par Marie, peuvent expliquer la modification de la contraclure chez cet enfant, parce qu'aucune de ces théories n'est susceptible d'être appliquée comme une interprétation de ce phénomène. Le phénomène s'est produit et je le consigne comme un fait notable.

La disparition des attaques épileptiques est digne d'attirer Tattenlion. En général, l'on observe qu'après une intervention crânienne, les attaques épilepliqucs, soient-elles produites par des traumalismes plus ou moins anciens, ou soit par d'autres causes, disparaissent pendant un temps plus ou moins long, pour reparaître ensuite. Carter Gray dit, dans la session du 18 novembre 1890, dans l'Académie de Médecine de New-York : « Que dans les prétendus cas de guérison, on ne peut pas assurer qu'elle soit due à l'acte opératoire, et qu'une opération quelconque, sur n'importe quelle partie du corps, ou, plus exactement, qu'une compression quelconque sur les nerfs périphériques, peut produire les mêmes résultats, comme White l'a démontré. D'ailleurs, on sait que dans beaucoup de cas d'épilepsie, il se passe des mois et des années sans qu'aucune attaque ait lieu. Et il est utile de rappeler que lorsque le phénomène était considéré comme un facteur important dans la genèse de l'épilepsie, on attribua plus tard à la circoncision les mêmes avantages que Ton attribue aujourd'hui à la trépanation *. »

Celte opinion de Carter Gray a quelque fond de vérité, mais elle est peut-être trop absolue. La manière avec laquelle Kocher * trace le problème est plus scientifique.

Il étudie les statistiques de MM. Graf et Braiin, lesquelles démontrent que les curations, au lieu d'atteindre les proportions de 60, 70 p. 100, comme on l'avait admis, ne dépasseraient pas 4 p. 100, et il soupçonne que la cause de ceci est due aux procédés opératoires, et il se demande s'il ne serait pas possible de les améliorer.

Les recherches de Schàr et de Berezowski confirment la manière de voir de Féré, par laquelle on obtiendrait les meilleurs résultats dans les cas où l'opération vise à supprimer

* Luigi Roncoroni. Trait, clini. delV Epilepsia, 1894. ■ Congrès de la Socii^lé de chirurjçie allemande dans la Semaine médicale, 1899. — Voir pages 370 et 387 du numéro de mal des Archives.

HÊMIPLBOIB SPASMODigUB INFANTILE. 409

une cause mécanique de l'épilepsie, comme dans les kystes ou les tumeurs.

Les guérîsons immédiates atteignent 68 p. 100 quand la dure-mère n*a pas été entamée et elles arrivent à 88 p. 100 quand cette membrane a été incisée. Quand il n'existe pas de lésion anatomique bien déterminée, Tintervention par l'ouverture durale donne 14 p. 100 de guérisons immédiates, tandis qu'elle donne 84 p. 100 quand la dure-mère a été incisée. Celte différence frappante fait confirmer Kocher dans la théorie qu'une des causes principales de l'épilepsie réside dans une exagération générale ou locale de la pression intracranienne, et il croit, ce qui est très vraisemblable, que l'ouverture dure-raérale, semblable à une soupape de sûreté, produit une action favorable.

Les expériences de Kiseljon, Todarsky (hyperémie et pression sanguine), Navrazky et Arent, ces derniers pratiquant la ponction lombaire à des épileptiques, ratifient les opinions théori(|ues et d'observation, lesquelles soutiennent l'augmentation de la pression intra-cranienne dans l'épilepsie.

Kocher a observé que, dans les cas de guérison définitive, le point trépané était resté fiexible, tandis que chez les malades attaqués de récidive, la perle de substance se trouvait remplacée par une membrane résistante et immobile.

Bourneville a insisté sur l'ossification des brèches et même sur la formation exagérée de l'os ; cela ajouterait alors une nouvelle cause à la production de nouvelles attaques *.

Boissier a fait connaître dernièrement la calotte d'une jeune fille de dix-neuf ans, laquelle ayant souffert la trépanation à l'âge de treize an^:, mourut en état de mal, et dont l'orifice de trépanation était presque comblé et « serait parvenu à une occlusion totale si la malade avait survécu ». Les trois premiers mois qui suivirent l'opération, il n'y eut pas d'attaques.

Dans 18 cas de fracture compliquée du crâne, Kocher n'a observé l'épilepsie consécutive qu'une fois, chez les autres patients, il existait une perte de substance molle, laquelle faisait lieu de soupape. 11 termine, appuyant sur l'importance

* Congrès d'aliénisles d'Aiij^ers {Archives de Seurologiey\Sd% ai Progrès 7né(/ica/, 1893 ; — Congrès international de médecine de 1900, section de neurologie).

470 THÊRAPEUTIQUB CHIRURGICALB.

d'inciser la dure-mère après la trépanation et de ne pas remplacer les rondelles osseuses.

Lannelongue craignait d'ouvrir la dure-raère, il ne faisait que des scarifications dans les cas de pachyméningite et, dans ce dernier cas, i^ conseillait de la suturer soigneusement, et il ne faisait pas la résection par crainte de la perle de liquide céphalo-rachidien, et parce qu'il ne croit pas à la régénération des os par la dure-mère '.Lucas-Championnière ne craint pas non plus la reconstitution osseuse.

Les pièces anatomiques de Bourneville et les expériences de Berezowski sur le rôle ossificateur de la dure-mère, ne permettent pas de mettre en doute son action ostéogénique. Ce sont là des pièces que chacun peut voir et qui parlent hautement.

Dans les congrès de sociétés allemandes de chirurgie, Yon Beck, Gussenbauer, Lawensteim et Von Bergmann furent d'accord avec la manière de voir de Kocher. Von Bergmann manifeste quelques réserves parce qu'il cn»it que raltéralion spasmophile congénitale ou acquise, soutenue parFéré,Joly, Ummerricht, est celle qui doit dominer dans le traitement chirurgical de Tépilepsie. Lawenstein raconta l'intéressante histoire d'une jeune fille qu'il avait opérée quatre ans auparavant en faisant l'incision de la dure-mère, cette jeune iille était attaquée d'épilepsie dès l'âge de huit ans, avec cécité complète et paralysie. Après l'opération, la paralysie, la cécité et les attaques disparurent définitivement.

La matière dont Kocher a formulé le problème a ouvert de nouveaux horizons au traitement chirurgical de l'épilepsie, et dans l'étude des cas opérés l'on est vraiment incliné à procéder en entamant la membrane durale, parce que non seulement elle maintient le cerveau emprisonné, en facilitant l'augmentation de tension, mais elle sert aussi à reconstruire l'os de nouveau.

Il serait hasardeux de déduire une conclusion définitive, mais je crois prudent, et peut-être profitable, de diriger les recherches dans ce sens. L'étude de Kocher est encourageante et le cas que j'ai observé, quoique unique, est, dans mon opinion et dans celle de mes confrères à la considération desquels je l'ai soumis, celui qui a présenté un succès plus complet.

* Congrès Français de chirurgie, 31 mars 1891.

HBHIPLBOIB SPASMODIQUË INFANTILE. 471

L'épilepsie, chez les hémiplégiques de celte nature, ne disparaît qu'au bout de trente ans en avant, et ce sont les cas où le traitement médical a le moins d'action. Il est vrai qu'il existe un incognito qu'il est difficile d'éclairer, car la nature anatoinique de la lésion qui produit le syndrome inQuera probablement dans les résultats. Mais malheureusement, ce diagnostic, dans l'état actuel, ne peut qu'être soupçonné ^

L'espace de temps qui s'est écoulé sans que les attaques se soient reproduites chez ce garçon, n'est pas assez long pour que l'on puisse alïirmer qu'elles ne reviendront plus. Cependant, comme la disparition des attaques n'a pas été le seul résultat de la petite cranîectomie, mais aussi la modification de la contracture, laquelle, à ma manière de voir, a rendu ce cas plus intéressant, je ne considère pas prématurée sa publication sans préjudice de faire connaître sa marche ultérieure.

En nous retournant les épreuves de son travail (mars 1901), M. le professeur Esïèves y ajoute les notes suivantes qui en augmentent l'intérêt.

Je n'avais pas revu cet enfant, dit-il. depuis le mois de novembre, je rexaminai de nouveau dans les premiers jours de ce mois. J'arrivai chez lui au moment qu'il déjeunait; il mangeait avec appétit, assis à côté de sa mère. Son aspect était le même que j'ai déjà décrit : regard si vague où il fait douter s'il n'est pas aveugle; il demeure toujours tranquille où on le place; sommeil et fondions générales sans altéraiion. Mais je sus que dans le mois de décembre il souffrit d'altérations gastro-intestinales, avec diarrhée abondante pendant presque tout le mois ; les derniers jours, quand les dépositions se produisaient il devenait « comme s'il était mort o.

Il y a déjà un an que ses attaques ont disparu complètement, et quoique je pense, malgré le laps de temps écoulé, le plus long peut-être qu'on a observé après des interventions opératoires, car généralement les attaques reparaissent entre trois ou cinq mois, quoique je pense je le répète, qu'il est prudent de ne pas déduire une conclusion définitive. C'est une observation qui devient chaque jour plus intéressante, et qui autorise à continuer ce procédé comme traitement dans tous les cas rebelles au bromure de potassium et au régime qn'on emploie généralement chez un épileptique.

Ce cas est d'autant plus intéressant qu'il a passé par une des

* Voir les observai ions de Bourneville dans VIconogr. de la Salpé trière de 1878.

472 THBRAPBUTIQUB CHIRUROICALB.

preuves les plus sérieuses, car rinfluence provocatrice de pliéiiomènes convulsifs (épilepsie) qu*ant les perturbatioas intestinales, est bien connue, et par-dessus tout cela, ilTaul remarquer la nature de son épilepsie. Ces piiroxysmes syncopaux produits les derniers jours chaque fois que les dépositions avaient lieu, pendant lesquels reniant devenait « comme s'il était mort », je ne pourrais pas affirmer qu*ils ne furent pas des vcrlvjes épHeptU^ues, mais la coïncidence qui faisait qu'ils ne se produisaient qu'au moment des évacuations, me porte a les considérer comme étant des réflexes intestinaux vulgaires. 11 est fréquent d'observer que lorsqu'un épileptique a passé un temps sans attaques, lorsque celles-ci se reproduisent par une cause quelconque, elles se répètent pendant ud certain temps après que la cause a disparu.

Dans les premiers jours du mois de janvier de Tannée courante* ses fonctions intellectuelles se régularisèrenJ, ses forces furent toniliées, il commença à vouloir marcher tout >eul.

En le prenant de la main gauche il marche facilement. Son membre supérieur droit devient rigide en flexion, les doigts de la main flexionnés aussi, mais sans l'appliquer fortement au thorax, comme c'était sa position habituelle avant la craniectomie, ce qui dnmonlre que la contracture qtioique modilice grandement, n'a pas encore tout à fait disparu. Il fait usage de la main gauche pour prendre les objets qui tombent à sa portée. Les réflexes tendineux sont exa^'érés, toujours davantage dans le côté droit. Ce que j'ai observé de son état intellectuel, c'est que pendant le mois de décembre qu'il passa séparé de sa mère, il a oublié de dire u mama ».

J'ai opéré deux autres enfants; un d'eux, à peu près du même âge que l'antérieur, je l'ai perdu de vue; et l'autre âgé de sept ans, était un garçon très turbulent, soulTrant de très fréquentes attaques épileptiques, qui se répétaient journellement; il est maintenant plus tranquille, il ne soufl're qu'une attaque par jour de 4 à 5 heures après-midi. J'opérai ce garçon le mois d'octobre de l'année passée; les attaques ont diminué peu à peu jusqu'au nombre indiqué.

Si je peux arriver à quelque déduction quant à l'espérance que l'on peut abriter sur le succès de cette intervention, c'est que les attaques ne disparaissent pas brusquement après l'opération.

Chez ces deux petits malades, j'ai observé une diminution graduelle, jusqu'à la disparition complète, chez le premier des enfants au bout de cinq mois, et chez le second, dans ce même laps de temps, elles étaient réduites à une seule. Il semble que l'habitude convulsive ne se perd pas tout à coup malgré la plus grande expansibililé cérébrale ^

* Nous invitons notre distingué collaborateur à nous tenir au courant de riiistoire de ses opérés. (H.)

HEMIPLEGIE SPASMODIQUB INFANTILE. 473

Épilepsie et trépanation.

. Le cas suivant, emprunté à M. \e D*" Gilles de la Tourelle, vient s'ajouter à tous ceux que nous avons publiés sur le peu d'efficacité de la trépanation contre l'épilepsie.

« Je soigne depuis deux ans environ, dil-il, un jeune homme qui, à Fâge de douze ans, reçut sur la léle un objet très lourd qui lui occasionna une fracture du crâne avec enfoncement, bientôt suivie d'accidents épilepliques généralisés, intenses et fréquemment répétés. // fut opéré trois fois. On enleva d'abord une portion d'os qui n'était plus de niveau avec la surface du crâne et comprimait le cerveau. Une seconde fois, on agrandit le trou de trépanation, une troisième fois on incisa et on libéra la diirc-mère qui était adhérente. Il conserva ses accès d'êpilepsie. Les choses allèrent ainsi pendant près de 8 ans ; il prit un peu de bromure à doses interrompues. En fin de compte, on vint me consulter pour les accès qui allaient en augmentant. Je le soumis à un traitement bromure à la dose assez forte de 6, 7 et 8 grammes qui fut scrupuleusement suivi, espaça et fit disparaître presque complètement les accès. Ce n'est pas la gu'rison, mais la vie est redevenue possible et le malade peut se livrera quelques occupations. »> (Lt Traitement pratique de f Epilepsie, p. 85.)

En présence d'un traumatisme tel que celui du malade de M. G... de la T..., c'est-à-dire avec enfoncement du crâne, le traitement chirurgical devrait intervenir de suite.

Lorsqu'on suit les malades pendant plusieurs années (deux, trois, quatre, cinq ans), on voit presque toujours, malheureusement, réapparaître les accès. Nous taisons de nouveau, appel h tous nos confrères qui ont opéré des épilepliques, ou voient des épilepliques naguère opérés, pour qu'ils nous envoient — ou publient ailleurs — les cas qu'ils observent soit dans les asiles, soit dans leur clientèle. Bouhneville.

Alcoolisme de l'knfance et dr l'adolescence. — La Société médicale de Reims s'est occupé récemment de la question si grave de l'alcoolisme. Nous relevons ie fait suivant : « M. Golleville a dans son service de THôtel-Dieu un jeune alcoolique de quinze ans qui boit chaque jour à la cave trois bouteilles de vin et est déjà atteint de cirrhose. » — Ce fait s'ajoute à tous ceux que nous enregistrons presque mensuellement dans les numéros des Archives de Nt'uroloyie et qui, réunis, permettraient de faire une thèse très intéressante au point de vue clinique et social.

SEMEIOLOGIE.

Un nouveau signe physique spécial à rintozication alcoolique". <c le signe de Quinquaud » ;

Far le D' Kd. AUBUY, Iiilcruc à l'asile do Mar^viile.

Il est utile en Lien des cas de rechercher les habitudes alcooliques; si celte recherche c.>t parfois facile, et permet d'arriver à la cerlitude, très souveul, au contraire, on ne peut ac<|uérir que des présomptions : il n'existe, en effet, aucun critérium, surtout à l'égard des buveurs modères ; les troubles digestifs ou nerveux qui sont fréquents chez les alcoolisés ne sont nullement spéciiiques, en effet ils peuvent se rencontrer chez des imlividus sobres comme ils peuvent manquer chez des buveurs avérés, aucun d'eux n'est suffisamment précis. De plus une telle recherche est délicate, elle exige des questions ou des examens bien connus du public; le malade se mélie, et par intérêt ou amour- propre cherche à dissimuler. Il n'est pas toujours aise de faire étendre la main pour constater du tremblement; bien des gens surprennent ainsi la pensée du médecin et peuvenl se blesser du procédé.

Notre attention a été attirée en ces derniers temps par notre chef de service M. Paris sur un signe nouveau d'alcoolisme propre à l'alcoolisme, et jusqu'ici peu connu, décrit par un médecin des environs de Rouen M. Maridort. Ce dernier, habitant une des régions les plus alcoolisées de France, a donc un champ d'expérimentation assez étendu, et son opinion à cet égard a par conséquent une réelle valeur. Ce signe qu'il recherche quotidiennement a été étudié, paraît-il, par Ouinquaud mais sans en avoir jamais parlé, et sans laisser aucune publication à ce sujet. Il est ainsi décrit : « Ordonner à l'individu d'écarter les doigts, de les étendre et de les appuyer fortement et perpendiculairement contre le fond de

SIGNB PHYSIQUB SPÉCIAL A l/lNTOXICATION ALCOOUQUB. 473

voire main : pendant les deux ou trois premières secondes, vous n'éprouvez rien d'extraordinaire, mais bientôt vous sentirez de petits chocs, comme si les os de chaque doigt se repoussaient brusquement Tun l'autre et venait frapper votre paume *. »

Nous avons recherché ce signe chez les malades de l'asile de Maréville en employant le manuel opératoire que nous venons de décrire, voici les résultats q'ie nous avons obtenus. Nous ferons d'abord quelques remarques. La crépitation varie d'intensité et de nature suivant les individus, c'est tanlôt un frottement léger, tantôt un véritable craquement analogue à celui que l'on perçoit dans une arliculalion atteinte d'arthrite sèche. L'intensité est plus grande chez les hommes aux larges surfaces articulaires que chez les femmes. 11 n'est pas nécessaire de faire appuyer fortement les doigts; une pression modérée suffit en général, une pression trop forte produit la fatigue et masque la véritable sensation. Il faut aussi se méfier du frottement de l'extrémité des doigts contre la peau épaisse de la paume de la main, il produit, surtout si la peau est sèche, une impression assez analogue à celle qu'on devrait ressentir, mais pouvant avec de l'habitude en être facilement distinguée.

Les malades de l'asile peuvent évidemment être considérés comme sobres, car il n'est alloué à chacun d'eux que la ration quotidienne réglementaire ; jamais il n'est distribué d'alcool, mais quelques-uns boivent de temps en temps un peu de bière. A ce régime les alcooliques peuvent éliminer rapidement leur poison ; aussi la plupart de ceux que nous avons pu voir, ne présentaient plus de signes physiques d'intoxication ; en outre nous n'avons jamais eu à examiner que d'anciens alcoolisés, sobres depuis plusieurs jours au moins.

Nous avons commencé nos recherches chez les épileptiques. Sur cinquante-deux femmes observées tant en état de mal que dans des moments sans crises, une fois seulement le signe de Quinquaud existait : c'était chez une ancienne fille soumise âgée de trente ans, entrée récemment, ayant déjà subi une vingtaine de condamnations pour ivresse publique. Dlpsomane, elle trouvait le moyen malgré une surveillance assidue de voler le vin de ses compagnes. Cepen-

* Médecine moderne, 18 juillet 1900. Moniteur thérapeufiquejy novembre 1900.

476 SÉMÉIOLOGIE.

dant parmi nos épileptiques H existait encore d*anciennes buveuses, mais elles étaient toutes entrées depuis cinq ans au moins, et il ne subsistait plus chez elle aucun signe apparent de leur intoxication passée.

Passant ensuite aux paralytiques généraux, nous avons obtenu le résultat suivant. Vingt malades (hommes et femmes) atteints de paralysie générale vraie, mais sans alcoolisme, ont donné un résultat négatif. Neuf autres paralytiques anciens alcooliques se répartissaient ainsi :

4 malades entrés avant 1900, signe négatit. 1 malade entré en janvier 1900, signe négatif. 1 — — avril — — négatif.

i — -- mai — — positif.

1 — — juin — — négatif.

1 — — novem. — — positif.

Donc deux signes positifs seulement.

Nous avons terminé nos recherches en examinant dans la division des hommes et dans celle des femmes, soixante et un alcooliques atteints de folie alcoolique, proprement dite, ou de troubles mentaux avec alcoolisme. Ces soixante et un malades peuvent se répartir au point de vue du résultat en deux catégories : 1" malades anciens ; i"" malades nouveaux entrés dans ces deux dernières années.

La première catégorie comprenait quarante-deux individus entrés avant 1899. AuL*un de ces individus ne présentait plus de signes physiques d'alcoolisme, à part un léger tremblement chez quelques-uns, bien que les troubles psychiques aient persisté. Trois de ces malades entrés en 1889, en 1895 et 1897 présentaient de la crépitation des phalanges.

Ayant été étonné par la présence du signe de Quinquaud chez ces malades, nous avons poussé notre enquête plus loin, et nous avons appris que ces trois malades n'étaient pas aussi tempérants que les autres. Un d'eux était un homme travaillant librement dans l'asile, et buvant de temps à autre un verre de vin supplémentaire, les deux autres étaient deux femmes, deux dégénérées inférieures, dont une vivant dans le quartier des épileptiques volait le vin de ses compagnes les plus affaiblies, et dont l'autre à l'asile depuis plus de onze ans faisait des échanges avec ses voisines, buvait leur vin et les payait en retour de quelque service. Il n'en fallait pas

SIGNE PHYSIQUE SPECIAL A l'iNTOXICATION ALCOOLIQUE. 477

plus peut-être pour que chez des gens déjà intoxiqués, un faible supplément d*alcool entretint des manifestations légères.

La deuxième catégorie comprenait dix-neuf aliénés entrés depuis deux ans. Dix cas élaient positifs; sur ces dix cas : quatre entrés en 1899 et 1900 présentaient un tremblement intense, deux des troubles parai ytiformes avecsteppage, quatre enQn ne présentaient plus que des troubles mentaux divers. Sur neuf cas négatifs, trois fois il n'exislait plus de tremblement, deux fois le tremblementétait très fort, et dans un cas accompagné d'amblyopie.

Nous nous résumerons donc en disant que nous n*avons trouvé le signe de Quinquaud ni chez les épileptiques, ni chez les paralytiques généraux. Les alcoolitjues seuls nous Tont donné avec assez peu de régularité et de fréquence. En dehors de l'asile, au contraire, sans avoir fait une véritable enquête, nous Tavons cherché chez des étudiants ou des ouvriers quand l'occasion s'en présentait. Nous avons alors été frappés du grand nombre de cas positifs. Quoique notre étude sur ce point n'ait pas été rigoureuse, nous pouvons dire cependant que le signe de Quinquaud se rencontrait non seulement chez des individus que nous connaissions comme des buveurs habituels, mais aussi chez d'autres qui boivent peu et qui passent pour être sobres ; il est vrai que pour beaucoup la sobriété n'exclut pas un alcoolisme mitigé. Néanmoins dans totis les cas où ^abstinence était indiscutable il nous a toujours fait défaut^ de plus rare à l'asile où les malades sont forcément tempérants, il est fréquent au dehors où la liberté de boire est absolue. Nous pouvons donc conclure que le signe de Quinquaud est vraisemblablement un phénomène pathologique.

E&t-il spécifique à l'alcoolisme ? Nous n'oserions l'affirmer, nos recherches, et vraisemblablement celles de Quinquaud lui-même, ayant été loin de donner des résultats rigoureusement probants. Etant donné qu'on peut le rencontrer chez des individus ayant fait peu d'excès, qu'il disparaît rapidement après le sevrage chez les uns, qu'il persiste au contraire longtemps dans les mêmes conditions chez d'autres, et qu'enfin chez certains buveurs d'habitude il peut faire complètement défaut, il nous semble qu'il serait prudent de restreindre sa valeur séméiologique. On peut en tout cas affirmer que lors-

478 SÉMÉtOLOOlB.

qu'on le rencontre, on se trouve en présence de quelqu'un dont l'abstinence n'est pas absolue.

Il parait de plus être un signe habituellement précoce puisqu'il existe si fréquemment au dehors en l'absence de toute autre manifestation pathologique de Talcoolisme. Disparaissant rapidement après le sevrage il peut être considéré comme un signe d'alcoolisme entretenu.

Quelle en est la pathogénie ? Il nous semble difficile de l'élucider dès h présent, mais il paraît certain qu'il n'est pas en rapport avec le tremblement puisque nous l'avons cherché en vain chez des malades présentant un tremblement très accusée Voilà quelles sont les conclusions auxquelles nous sommes arrivés, ce sont celles aussi du D"* Maridort qui nous les a confirmées dans une lettre récente.

Si la valeur spécifique de ce signe pouvait être démontrée, on aurait au moins un moyen de diagnostic bien utile, sans parler de l'avantage momentané qu'il possède d'être inconnu du public, et de pouvoir être facilement appliqué. En pathologie mentale il pourrait montrer dans quelle mesure des excès alcooliques ont joué un rôle dans l'étiologie d'une affection, et servir ainsi à préciser le diagnostic. Il nous a aidé de cette façon dans un cas en mettant notre esprit en éveil. Une femme âgée chez laquelle on avait signalé des excès alcooliques, était considérée comme atteinte de troubles dus à la ibis à l'alcoolisme et à la sénilité ; elle ne présentait aucun signe physique d'alcoolisme, même pas le signe de Quinquaud si précoce cependant, nous avons conclu que les excès alcooliques, insuffisants pour déterminer une intoxication physique légère étaient conséquence et non cause de l'altération de l'état mental. Le signe de Quinquaud pourrait être encore un élément de diagnostic différentiel dans les cas d'hébétude soit qu'ils soient consécutifs à des attaques d'épilepsie pendant la nuit, et jamais constatées de jour, soit qu'ils lassent suite à l'alcoolisme, à la confusion mentale ou à un choc cérébral. Il en serait de même pour des hallucinations terrifiantes et pour une foule d'autres symptômes qu'on pourrait peut-être mieux interpréter.

* Ne serait-il pas plutôt un phcuomi>ne de même ordre que les craquements musculaires ou tendineux observés chez certains névropathes, en particulier chez les neurasthéniques et les hystériques et dont Teiplication est encore à donner.

REVUS DE THÉRAPEUTIQUE. 479

Il serait trop long de signaler tous les cas dans lesquels il est important de savoir Tusage que fait un individu des boissons alcooliques, chose que chacun nie au médecin. Il nous semble cependant que le signe que nous venons de décrire pourrait beaucoup aider au choix d'un personnel de surveillance dans les asiles ou les hôpitaux, à défaut d'autres renseignements, et qu'il ne serait pas à dédaigner pour un contrôle périodique tel que celui des aiguilleurs et employés de chemins de fer, ou pour l'examen de malades à opérer avant la chloroformisaliou ; peut-être pourrait-il faire éviter bien des accidents.

Ces conclusions sont peut-être un peu avancées, nous espérons qu'elles sont conformes à la vérité, mais nous souhaitons surtout que d'autres recherches viennent définir le « signe de Quinquaud » mieux que nous n'avons pu le faire, el en montrent la valeur clinique. Nous avons simplement voulu attirer l'attention sur une particularité intéressante à étudier.

REVUE DE THÉRAPEUTIQUE

IX. Sur la manvaise direction donnée au traitement des buveurs,

par George R. Wjlson. (The Journal Meutal Science^ octobre 1893.)

On ne trouve f;uère à relever dans ce mémoire assez long que deux points originaux : Tauleur pense que les doctrines médicales actuelles (hérédité, névroses, elc ) trouvent trop d'excuses aux buveurs; il est aussi d'avis que les p.irenls et les amis du buveur au lieu de s'ingénier à dissimuler ou à excuser son vice devraient au contraire le rendre public afin d'éveiller le sentiment de la honte ; il ne serait mémi' pas éloigné de préconiser les châtiments corporels chez les buveurs invétérés. H. de MusGaAV£-CLAY.

X. Un cas d'hématoporphynnrie ; par Kkith-Campbell. (Tne Journal of mental Science, avril 1898.)

L'hématoporphynurie et ses rapports avec l'administration du sulfonal ont vivement attiré l'attention dans ces derniers tcmps^

480 ^ REVUB DE THÉRAPEUTIQUE.

cl si ToD n'a pu préciser la nature des phénomènes qui provoquent cette modification urinaire, Je tableau clinique des symptômes qui raccompagnent est maintenant nettement tracé. Le cas observé par Tauteur et dont il publie Tobservation détaillée est un cas typique et complet, suivi d'autopsie. H est remarquable par la faible dose de sulfonal employée (1 gr. 80 en deux doses, trois jours avant rentrée à Tasile), si faible que Ton peut légitimement se demander si elle doit être mise en cause. Des cas de ce genre ont été décrits dans lesquels les malades n'avaient pas pris de sulfonal.

Le pronostic en pareil cas est toujours au moins grave ; il devient tout à fait mauvais lorsque surviennent des symptômes paralytiques et surtout lorsque Tactivité diaphragmalique est le moins du monde comproniise. R. de Muscrave-Clat.

XI. Notes Bor un cas d'empoisonnement par Tif ; par Bedford Pibrck. ( The Journal of Mental Science, avril 1898.)

Jeune femme de vingt-six ans al teinte de folie puerpérale avec tendance au suicide : vers Noël, elle devient plus gaie et concourt à la décoration des salles au moyen de plantes vertes ; le 27 décembre, en sortant de table, elle tombe, la face se cyanose, les pupilles se dilatent, la respiration devient stertoreuse, et la malade meurt en un quart d'beure. A l'autopsie, on trouve l'estomac rempli de feuilles d'if.

L'auteur rappelle les quelques cas analogues qui existent dans la littérature médicale; les exemples connus démontrent que la plante mâle est plus toxique que la plante femelle. L'action physiologique de Tif estdue à un alcaloïde, la toxine, qui n'a été jusqu'ici qu'imparfaitement isolé ; cet alcaloïde a une action marquée sur le cœur pour lequel il est un tonique puissant. La manière dont l'if détermine la mort mérite d'être signalée ; ordinairement il n'y a aucun symptôme prémonitoire, tout au plus un peu de mal de tête ou de légers troubles gastriques; mais le plus souvent la mort survient avec une soudaineté terrible. — 11 est donc indispensable de ne pas planter d'ifs autour des asiles, et de ne pas employer les branches de cet arbuste dans la décoration des salles.

R. DE MUSGRAVE-CIAT.

XII. Sur le traitement de la folie par la médication thyroïdienne ;

par J. MiDDLEMASS. (Tkc Journal of Mental Science, janvier 18D9.)

Nous reproduisons ici textuellement les conclusions très détaillées de cet important travail : i^ la glande thyroïde contient une ou plusieurs substances qui, médicalement administrées, sont capables d'exercer sur l'organisme une puissante influence; 2"^ ce fait est prouvé dans la plupart des cas par une élévation de température

RBVUE DE THERAPEUTIQUE. 481

qui peut aller jusqu'à quatre degrés (Fahrenheit) au-dessus de la normale ; 3® Dans un certain nombre de cas cette élévation de température est très légère ou fait même entièrement défaut; 4" 11 est actuellement impossible de prévoir les cas où cette élévation existera, et ceux où elle manquera; 5<* L'état ambiant de la température influence dans une certaine mesure la réaction; 6^ La fréquence et le caractère du pouls sont modiOés dans tous les cas oiî Ton fait usage des préparations thyroïdiennes.

7^ Ces modilications consistent en une augmentation de la fréquence, et une augmentation initiale suivie d'une diminution dans le volume du pouh; 8" Comme ce signe est constant, tandis que l'élévation de la température ne l'est pas, c'est l'action sur le pouls qui devra servir principalement de guide pour montrer que les doses administrées sont suffisantes; 9* Comme le médicament s'accumule, et ne s'élimine pas rapidement, il faut avoir soin de ne pas pousser trop loin les doses; 10^ En règle générale, des effets avantageux complets sont obtenus avec des doses de 6J grains par jour (le grain anglais vaut 6 centigrammes) pendant six jours; mais, dans certains cas, une dose moindre est suffisante, et dans d'autres 90 grains sont tolérés sans accidents.

11° Dans quelques cas, de petites doses, administrées pendant une longue période de temps, produisent une réaction suffisante; 12^ Il est absolument indispensable de faire, chez tous les malades, avant de commencer le traitement, un examen attentif des poumons et du cœur; 13*» Dans les cas où la phthisie est active, ou même assoupie, la médication thyroïdienne augmente toujours l'activité du processus morbide ; 14^ Comme la médication thyroïdienne agit aussi avec une grande puissance sur le cœur, les lésions de cet organe et particulièrement celles qui déterminent des irrégularités daction constituent une contre-indication formelle à son emploi.

15" Pour la même raison, pendant l'emploi des doses fortes, le malade doit être maintenu au lit, et y rester pendant quelques jours après la suspension du traitement; lO'^Les préparations thyroïdiennes provoquent des troubles digestifs, que l'on réussit ordinairement à éviter en les donnant dans du beef-tca tiède (non chaud) et en mettant le malade à un régime alimentaire léger et facile à digérer; 17° Après la suspension du traitement, les toniques et un régime alimentaire, particulièrement substantiel, seront prescrits avec avantage; iH^ Dans la grande majorité des cas, la médication thyroïdienne exerce aussi une influence bien nette sur l'état mental ; IQ^'.Chez beaucoup de malades, elle exerce une action nettement stimulante sur l'écorce cérébrale.

20O Dans la plupart des cas, il y a une tendance à la reproduction des symptômes mentaux primitifs; 21*^ L'interprétation de la façon dont les préparations thyroïdiennes agissent pour amener la guéri- Ahi.HiVKS, 2' série, t. XI. 31

482 RBVUB DB THBRAFBUTIQUB.

son est encore obscure ; 22^ Il est parfaileraent clair que les effets bienfaisants sont entièrement iiidépendaats de la réaction de température; 23'* Par conséquent Tidée directrice initiale du traitement, à savoir : la prodution d*un état fébrile, n'est pas entièrement justifiée par les résultats ; H"^ 11 est actuellemens tout à fait impossible de dire quel sera, au point de vue mental» le résultat du trai^ tement thyroïdien.

25'' 11 est également impossible de dire dans quelles formes de maladies mentales il donnera des résultats avantageux; 26^ Dans la série de cas étudiée par Tauteur, Tâgedos malades qui ont guéri a toujours été de vingt-quatre à trente-cinq ans. et à lexception d'un seul, tous étaient atteints d'une forme ou d'une autre de mé> lancolie; i7^ L'âge de ceux chez lesquels on a constaté une amélioration marquée variait dans des limites beaucoup plus étendues, et l'âge ne parait pas être la seule influence qui agisse sur les chances de guérison, pas plus après la médication thyroïiiienne qu'après toute autre médication; 28^ Les femmes paraissent plus susceptibles d'amélioration par le traitement thyroïdien que les hommes ; 21)<> La raison de cette différence est inconnue.

30" Même dans les cas que Ton considère comme désespérés, la médication thyroïdienne produit souvent une amélioration tellement grande que le degré de la démence est considérablement diminué; 31"^ Chez aucun malade le traitement n'a été suivi de résultats fâcheux, grand soin ayant été pris d'éliminer ceux qui étaient porteurs de lésions physiques; 32MI est extrêmement probable que le traitement thyroïdien fournit un élément pronostique sur en ce qui touche les chances de guérison ; c'est-à-dire que si le malade ne présente pas d'amélioration sous l'influence de ce traitement, ses chances de guérison sont pratiquement nulles.

R. de MusGAAVB Clay.

Xlir. La punition considérée comme coBséqn^nce donlonr^uBe de la conduite; par Charles Mercieh. (The Journal of M*'ntal Science, octobre 1899.)

L'auteur rappelle que dans un précédent travail, il a posé trois principes : l"" d'abord qu'un aliéné ne devait pasélre puni comme une personne saine d'esprit; 2^ ensuite que certains aliénés ne devaient pas être punis du tout; 3^ enfin que la majorité des aliénés devait être punie pour le plus grand nombre de ses méfaits. 11 ajoutait que, en fait, le système des punitions était sur une grande échelle, appliqué aux aliénés. A cela, dit-il, on a répliqué qu'on appliquait en effet aux aliénés un système de punitions et de récompenses qui seraient des punitions et des récompenses s'il ne s'agissait pas d'aliénés, mais qui, parce qu'il s'agit d'aliénés cessent d'en être : en un mot, on punit les aliénés, mais on ne

REVUE DE THERAPEUTIQUE. 483

veut pas le reconnaître. On prétend ne pas punir Taliéné parce qu^oD le prive simpU;ment d'une chose qui lui est agréable, mais cette privation est pénible, et par conséquent elle est une punition : car l'auteur définit la punition : une conséquence douloureuse de la conduite.

Nous sommes dans un monde où nous avons, dans une certaine mesure, la faculté de délcrminer notre conduite : quelques-uns de nos actes nous donnent du plaisir, d*aulres de la douleur : quand un acte cause de la douleur, cette douleur est la punition de cet acte. £t il va de soi que si Tacte entraine du plaisir nous avons une tendance à le répéter, et que s'il entraine de la douleur, nous faisons un effort pour l'éviter : donc la punition détourne de la répétition de l'acte.

La punition peut venir des choses ou des personnes. Le D'Rayner dit que le sentiment de ven^^eance qui est au fond de la punition, qui e^t infligée par le milieu social, la différencie de celte que nous recevons des objets inanimés : s'il s'agit du punisseiir, soit; mais s'il s'agit du puni, les motifs du punisseur lui sont parfaitement- indifférenis ; la punition, d'où qu'elle vienne, l'empêchera dans une certaine mesure de renouveler l'acte qui l'a provoquée. Si les aliénés ne doivent, en aucun cas, être punis, il ne reste plus qu'à bouleverser le monde en leur faveur. On dira que c'est pousser les choses a l'extrême; mais il faut que les partisans du système do l'abstention de toute punition — système que pas un seul d'entre eux ne met rigoureusement en pratique, — voient bien nettement où leur théorie les conduit : la seule justificalion de leur théorie, ce serait que la punition ait perdu tout son effet sur les aliénés, et que ceux-ci ne fussent plus capables d'être dctournés d'un acte par la prévision de ses conséquences certaines ou probables. Kn est-il ainsi ? Est-ce que les aliénés qui travaillent dans les ateliers ne prennent pas les précautions nécessaires pour ne pas se blesser avec leurs outils? Kst-ce que les femmes employées à la buanderie ne prennent pas soin de ne pas s'échauder? Est-ce que tout aliéné qui possède un peu d'argent le gaspille d'une façon désordonnée. Il faudrait pourtant démontrer cette imprévoyance des aliénés pour pouvoir soutenir qu'ils ne sont pas influencés par la crainte des conséquences fâcheuses de leurs actes, ce qui revient à dire par la crainte du châtiment.

Mais si Tiniluence du châtiment sur la conduite n'est presque jamais totalement abolie chez l'aliéné, elle peut fort bien être modifiée, et il n'est pas sans intérêt de rechercher de quelle manière. La conduite est certainement le résultat de l'attraction pour le plaisir et de la répugnance pour la douleur; mais on peut l'envisager à un autre point de vue et la considérer comme le résultat d'un antagonisme entre 1 impulsion qui pousse vers un acte et la faculté de contrôle qui permet de s'en abstenir. A ce point de

484 RBVUB DB THBRAPhUTIQUB.

vue la folie peut diminuer les effets du châtiment de deux manières : en augmentant Timpulsion, ou bien en diminuant le pouvoir de lui résister. Il est évident que dans les formes d'aliénation mentale qui exagèrent à un degré extrême Tun de ces deux étals (énergie de Timpulsion, faiblesse de la résistance) aucun châtiment ne doit être infligé.

Il y a très peu de fous, dît encore l'auteur, qui soient totalement fou>; chez la plupart d'entre eux il y a une sphère d'activité, petite chez les uns, mais grande chez les autres, dans laquelle ils sont gouvernés par les mêmes motifs que les gens raisoiniables, et dans laquelle aiissi la punition est efiicace, et par conséquent légitime.

U. DE Muscrave-Clay.

XIV. Note sur le sulfonal, avec un cas de névrite périphérique toxique consécutif à son emploi; par John Siitctiffk. (TUa Journal of Mental Science, octobre 1899.)

11 s'agit d'un malade atteint de mélancolie aiguë qui, ayant présenté pendant un mois des symptômes d'extrême agitation, fut soumis au traitement par le sulfonal : la dose que l'auteur prescrit généralement, c'est-à-dire 40 grains (2 gr. 40 centig.) n'ayant pas amené de calme, cette dose fut portée quotidiennement pendant six jours (avec un effet modérément accusé, mais néanmoins utile) à 80 grains (4 gr. 80 centig.). Le malade a présenté rapidement des phénomènes classiques de névrite périphérique : il est actuellement en bonne voie de guérison, et les périodes d'excitation n'ont pas reparu. L'auteur ajoute que, depuis deux ans qu'il emploie continuellement lé sulfonal, il n'a jamais eu d'accidents sérieux, tels que hémato-porphyninurie, troubles gastro-intestinaux, éruptions cutanées, dépression cardiaque, etc., et qu'en revanche il en a toujours retiré de réels avantages.

il. DE Musorave-Clay.

XY. Le refus de nourriture chez les aliénés, avec une méthode d'alimentation artificielle qui n'est pas généralement connue;

par A. H. Newt. (The Journal of Mental Scûmce, octobre 1899.)

Après avoir passé en revue les divers modes usités d'alimentation artificielle des aliénés, l'auteur propose le suivant qu'il a pratiqué avec succès depuis trente ans et qui est suffisamment simple et facile pour être à la portée de tout le monde. On place le malade dans la position couchée ou à demi couchée et l'opérateur lixe la tête soit avec le bras gauche, soit en la prenant entre ses genoux: un drap est enroulé autour des jambes du malade, et un aide agenouillé à côté des jambes saisit les poignets et les .abaisse, en évitant toute pression sur le corps ou sur les membres. Alors

REVUB DB THÉRAPEUTIQUE. 485

Popéraleur introduit Tindex de la main gauche dans la joue que Ton distend le plus possible : on empêche ainsi toute contraction de Torbiculaire des lèvres et du buccinatcur et le malade est dans Timpossibilité de cracher les aliments. Ou verse dans la poche formée par la joue distendue environ deux cuillerées à soupe d'un aliment liquide qui descend graduellement dans le tube digestif. Il n'est pas nécessaire d'écarter les dents, car même si l'on ne peut pas profiter du vide que laisse fréquemment une dent manquante, le liquide a largement la place de passer derrière la dernière molaire pour arriver jusqu'au pharynx. Si cependant le malade s'obstinait à refuser d'avaler, il suffirait de pincer légèrement le nez pour mettre obstacle à la respiration nasale et forcer le malade à respirer par la bouche; le succès est certain, puisque, pour respirer, il faut qu'il avale. Quand le malade a été alimenté de celte façon pendant quelques jours et quand il s'est aperçu qu'il était absolument sans défense, il se fatigue ordinairement d'une résistance inutile et recommence à s'alimenter volonlairemenl. L'auteur espère que ceux qui prendront la peine d'essayer ce petit moyen ne tarderont pas à abandonner pour toujours la sonde œsophagienne. H. oë Musgrave-Gray.

XVI. Les grandes opérations chez les aliénés : Notes sur un cas de cataracte; par J. H. Tull \Val«h.

C'est l'observation résumée d'une double opération de cataracte pratiquée chez un aliéné. R. de Musgrave-Clay.

XVH. Un cas d'idiosyncrasie remarquable à l'égard du chloral; par

Arthur W. Wilcox. (The Journal of Mental Science, avril 1900.)

Il s'agit d'une malade de quarante-quatre ans, anémique et atteinte de manie aiguc, qui à la suite de l'administration de doses relativement faibles de chloral présenta tous les symptômes de la scarlatine (éruption, œdème de la face et des paupières, angine, température élevée, et ultérieurement desquamation, pas d'albumine). Comme il y avait à ce moment dans l'asile un cas de scartine on n'eut aucun doute sur le diagnostic. Le début de la scarlatine était du 12 septembre. Une fois guérie, elle redevint agitée ; vers le 4 janvier on lui redonno une potion au chloral, pour calmer cette agitation, et la malade est immédiatement reprise d'une éruption scarlatineuse, également suivie de desquamation. En février, nouvelle agitation, nouvelle potion au chloral, cette fois encore suivie d'une éruption semblable. Enfin le chloral administré une dernière fois à la dose de cinq grains (0,30centig.) détermina en quelques heures une vive rougeur de la face avec irritabilité cutanée, et la malade donna des signes d'agitation et de mauvaise humeur.

486 REVUE BB THÉRAPEUTIQUE

Divers auteurs ont décrit un rasli scarlaliniforme avec desquamation après l'usage prolongé du chloral à hautes doses. Gan-od dit que ce rash ressemble plus souvent à l'urticaire. Fowler dit qu'on peut trouver de Talbuminurie; dans le cas actuel II n'y en a jamais eu. L'élévation de la température est un fait di^ae de remarque, le chloral étant plutôt un agent anli-lhermique. il e^t à noter qu'une fois chez cette malade une seule dose de 10 crains (0,60 centigr.) a fait monter la température de 3*^ (Fahrenheit). L'engorgement ganglionnaire, Toodème de la face, l'angine, la rapidité avec laquelle la langue s'est revêtue d'un enduit épais, sont encore des phénomènes dignes d'être mentionnés. £nûn on a observé que les personnes saines d'esprit qui ont contracté depuis longtemps l'habitude de faire usage du chloral deviennent irritables, et plaignardeg; or, une seule dose de 0,30 centigr. a suffi chez la malade en question pour provoquer ces symptômes à un degré très accentué. R. de MasGRAve-GLAY.

XVI n. Traitement des aliénés phthisiques par Visolement et le plein-air, avec notes sur soixante-quatorze cas traités de cette manière; par David Blair. (Tlie Journal of Mental Science, avril 1900.)

L'auteur résume ainsi les résultats obtenus :

Le plus grand nombre des malades, relativement, se composait d'epileptiques, et ce sont eux qui ont été les moins accessibles au traitement. Parmi les autres, tous étaient à une période plus ou moins avancée de la maladie, quelques-uns même n'étaient entrés à l'hôpital que pour mourir. Mais chez 23 malades, la tuberculose a été enrayée d'une manière effective et leur état a été beaucoup amélioré. Deux d'entre eux, outre ramélioralion marquée de leur état pulmonaire et de leur santé générale, ont guéri de leur folie, et ont obtenu leur sortie.

Pratiquement, les malades suspects bénéficient tellement du traitement au point de vue de la santé générale qu'on ne tarde pas à pouvoir sans inconvénient les réintégrer dans les salles générales. Mais le bénéfice de cette méthode n'a pas été limité aux sujets en état d'imminence morbide, ou actuellement atteints par la- maladie. Il est incontestablement résulté un avantage réel du simple isolement, car depuis son introduction dans l'asile le chiffre de la mortalité par phthisie a baissé de près de moitié.

Pour des raisons que l'auteur a indiquées, l'isolement complet de tous les phthisiques n'a pas été possible, jusqu'ici, mais il le sera bientôt. Même en tenant compte de cette impossibilité, et en admettant la possibilité d'une simple coïncidence dans la diminution du chiffre de la mortalité, l'auteur estime que les résultats obtenus démontrent suffisamment que l'isolement et le traitement

REVUE DE THERAPEUTIQUE. 487

hygiénique de la phthisie sont, dans une certaine mesure, des moyens efficaces, et sont aussi applicables aux aliénés des asiles qu'aux autres catégories sociales. R. de Musgraye Clay.

XIX. La technique de la ponction lombaire ; par Lewis'A. Conner. {The XtW'York Médical Journal, 12 mai 1900.)

Depuis Quincke, la ponction lombaire s'est tellement répandue qu'il n'est pas surprenant que de nombreuses variétés se soient introduites dans la technique.

L'auteur rappelle d'abord quelques données anatomiques, ainsi que les attitudes qu'on a proposé de donner à l'opéré, et les divers points d'élection préconisés par les différents auteurs.

Dans la détermination de ce point d'élection, il faut se souvenir i^ que raiguillo doit pénétrer facilement dans l'espace sous-arachuoïdien ; 2*^ que la ponction doit être faîte au point où l'on risque le moins de léser le tissu nerveux contenu dans le canal rachidien; 3^ que le liquide évacué doit être aussi riche que possible en sédiment. — On répond suffisamment à la première de ces exigences en pénétrant par l'un quelconque des espaces lombaires ou par l'espace lombo-sacré. — La seconde condition est réalisée pour peu que l'on opère au-dessous de la troisième lombaire, — et la troisième en ponctionnant dans l'espace lombo-sacré. — Quelle que soit la position que l'on fait prendre au malade (et qui peut être dictée ou modifiée par les circonstances) il importe d'obtenir le maximum de flexion ventrale du sujet.

L'anesthésie est le plus souvent tout à fait inutile : Tinsensibilisation de la peau (cocaïne, stypage) est sufilsante. — L'asepsie doit être aussi parfaite et aussi rigoureuse que pour n'importe quelle grande opération. Les points de repère sont faciles à trouver sauf chez les sujets très gras ou très musclés : pour eux on se souviendra de la rii^le de Jacoby (une ligne partant du sommet des crêtes iliaques passe parla quatrième apophyse épineuse). — L'appareil instrumental, que l'auteur décrit avec soin, est connu.

Quand tout est préparé et le point où Ton veut opérer choisi, on marque avec le doigt de la main gauche l'espace interapophysaire et Ton introduit l'aiguille en un point situé en face du bord supérieur de l'apophyse épineuse inférieure, et sur une ligne située un peu en dehors d'elle, c'est-à-dire à quelques millimètres de la ligne médiane; l'aiguille est dirigée Irrs légèrement en haut et vers la ligne médiane de manière à ce qu'elle soit sur celte ligne médiane au moment où elle pénètre dans l'espace sous-arachnoïdien : chez l'enfant, on rencontre le liquide à une profondeur de deux ou trois centimètres, et chez l'adulte, aune piofon leur de quatre à sept. Si l'on rencontre une résislance osseuse, on retire légèrement l'aiguille et on la pousse de nouveau sous un angle un peu différent.

488 REVUE DE THÉRAPEUTIQUE

— Dans la position horizontale le liquide s'écoule ordinairement goutte à poulie; dans la position verticale il sort sous forme de léger (ilel. Il vaut mieux le laisser couler que de l'aspirer avec une seringue, procédé qui diminueirop brusquement la pression el donne lieu à des symplômcs fâcheux.

La quantité de liquide à évacuer dépen<l du but de la ponclion d'abord ; celle-ci peut être en efTet exploratrice ou thérapeutique ; mais il faut se guider principalement sur Télat du malade, el arrêter immédiatement l'écoulement en cas de céphalalgie, de tecdance à la syncope ou de modiUcalion du pouls. — Pour retirer Taiguille il faut employer une certaine force. — L"S accidents sont rares, et le plus souvent sans importance et sans gravité, bien qu'ils puissent devenir ennuyeux. — Les cas dans lesquels il existe depuis déjà assez lonîçtemps une augmenlaiion considérable de la pression cérébro spinale, par exemple les cas de tumeur cérébrale, sont ceux qui paraissent le moins bien supporter la brusque soustraction d'une grande quantité de liquide céphalorachidien. H. DE Mi:SG!lAVK Cl\y.

XX. — De l'importance médicale des écoles auxiliaires pour les enfants arriérés; par Laquer (de Francfort-sur-le-Mein). Tiré du XXV"' C():igrè.< annuel des ncurolofjiics et aliénisles de l'Allemagne duSudj à Hadc-les-Bains, 27 mai 1900.

Le médecin praticien des grandes villes sait, par expérience' qu'une grande partie des troubles fonctionnels du système nerveux de la grosse armée des neurasthéniques, hypochoudriaques, hystériques, doivent élre mis sur le compte de la débilité mentale congénitale. Les succès scolaires et les examens heureux D*inlirment pas celle manière de voir parce qu'il ne s'agit, en respècc. que de produits purement mécaniques de la mémoire, lin tous cas, les éléments suivants sont intéressants. En dehors de la Prusse, il n'y a pas encore beaucoup d'écoles auxiliaires, en Allemagne, pour les arriérés. Dresde a été la première ville allemande qui, sur la motion des professeurs Kern et Staetzner, a créé une classe auxiliaire pour arriérés: c'était en 18G7. Géra, Apolda, el, en 1881, Brunswick, à l'instigation du D' Berkhan,, suivirent cet exemple. Les classes auxiliaires donnèrent graduellement naissance à des écoles à plusieurs degrés, il en fut de môme pour Leipzig, Dresde, Elberfeld, Dusseldorf, Cologne et Francfort-sur-le-Mein. En 1897, il y avait en Allemagne quarante<trois villes, en Suisse trois villes pourvues d'installations de ce genre.

A Krancforl-sur-Ift-Mein, où l'école en question fonctionne depuis onze ans, on vient de construire un bâtiment moderne à cet usage. Il se compose de six classes. On y reçoit, avant tout, les élèves, ndemnes de troubles visuels et auditifs, qui dans les écoles com-

REVUE DE THERAPEUTIQUE. 489

munales (populaires) n'ont pu réussir, après les avoir assidûment fréquentées pendant deux années, à apprendre les matières de la dernière classe.

Au début de la présente année, 47 garçons et 5b filles étaient mis à lu disposition de Técole auxiliaire, ce qui fait i /2 p. 100 pour les 20.000 élèves environ des écoles primaires. 43 enfants seulement étaient admis, parce que Técole auxiliaire ne reçoit que vingt à vingt-cinq enfants par classe, alors que Técole ordinaire en admet au maximum soixante pour les classes élémentaires et quarante pour les classes supérieures, Chaque enfant possède un ccrlificat sanitaire et sa feuille individuelle ; on y inscrit les indications nécessaires sur les tares héréditaires, les maladies qu*il a eues, les conditions domestiques et sociales des parents, les pro^ grès et les travaux qu'il a accomplis, les passages aux classes supérieures, ainsi que l'observation médicale détaillée.

Le maître ou la maîtresse accompagne l'enfant pendant cinq ans jusqu'à la seconde classe. A quatorze ans les enfants quittent l'école. L'enseignement n'y a lieu que le matin. En toutes les classes, on fait simultanément renseignement sur les mêmes matières, de sorte que l'enfant, suivant ses dispositions, peut être affecté à une classe inférieure ou à une classe plus élevée.

Sur la religion, l'histoire, l'histoire naturelle, l'enseignement ne dure qu'une demi-heure. Les leçons de chose?, les exercices manuels, les exercices de diction, et de traitement des vices du langage occupent une large place dans le plan de l'enseignement. Chaque heure est suivie de dix à quinze minutes de repos. Chants, jeux, exercices en liberté, devoirs très courts à faire à la maison, réduction des punitions au minimum.

Sur 137 arriérés, observés en 1899, beaucoup présentaient, outre la défectuosité intellectuelle, d'autres signes de dégénérescence : paralysies infantiles hémilatérales, cérébrales et spinales, maladie de Littie, chorée congétinale, lipomatose des muscles, rachitisme, végétations adénoïdes de la cavité nasopharyngienne, dont Vablaliûri fut sans influtnce sur l'attention et, variétés crâniennes, malformations des oreilles, nystagmus et strabisme, furent fréquents. Rareté de Tinégalilé des pupilles. Six élèves durent être transférés à l'asile d'idiots. Un put revenir à l'école ordinaire. Même alors qu'il a quitté l'école, l'élève n'est pas perdu de vue. Il est difficile de les placer. Le gouvernement saxon alloue par an 150 marks de récompense aux maîtres ouvriers qui ont appris avec succès leur métier aux élèves des écoles auxiliaires de Dresde et de Leipzig.

La ville de Brunswick remet nux conseils de revision la liste des élèves sortis afin qu'on évite les inconvénients chez les conscrits de l'interprétation erronée et de l'ignorance de leur étal mental.

Les classes supplémentaires annexées en beaucoup de villes aux

écoles ordinaires, ou qui doivent leur êlre aunexées (Berlin) sont moins pratiques, comntie le pensent aussi nombre de pédagogues, que ces écoles auxiliaires. Il existe une sorte de concurrence entre les asiles d'idiots et les écoles auxiliaires. Quand les conditions sociales des parents sont très mauvaises, ce qui est Thabitude, i*internaf, comme à Leipzif?, est en bien des cas préférable. Quand les conditions du fo3'er domestique sont bonnes, les É... auxiliaires sarQsent. Les enfants atteints d'imbécillité morale ont du être tenus éloignés de Técole auxiliaire.

En résumé : i*^ le médecin a besoin de la collaboration des maîtres, de leur observation prolongée dans Técole; 2*^ la surveillance par le médecin des écoles auxiliaires et, dans les petites villes, des classes auxiliaires, est indispensable ; 3^ Torganisation doit en être élaborée par les médecins et les maîtres en commun ; 4° rimbécillité morale relève d'établissements spéciaux (d'éducation coercitive) ; 5^ les enfants qui ne font pas de progrès à fécole auxiliaire doivent être placés dans les asiles d'idiots ; 6*^ il n'y a que VtnstiUUioi des médecins des écoles qui puisse nous garantir le diagnostic bdtif, essentiel, de l'imbécillité, le diagnostic diiTcrenliel entre rimbécillité morale et rimbécillité intellectuelle, et nous permeltre de séparer les arriérés par défaut de développement des organes des sens, de la parole, etc. ^ P Kkraval.

LUI. FauMe grossesse; par G. Findlay. (The journal of meutal Science, janvier 1900.)

11 s'agit d'un de ces cas qui ont été souvent décrits sous le nom de « grossesses de la ménopause » et dont Pajot donnait jadis la description la plus humoristique. Le point intéressant de Tobservation actuelle c'est que la malade a poussé l'erreur jusqu*à ses dernières limites en se croyant prise des douleurs de l'en fan tement,

* Nos lecteurs que cette question intéresse, trouveront des renseignements ciélaillés dans la collection des Archives de Seurohffie, dans nos Compte rendus de Bicôtre, les Procès verOaiw de la Commission de s'irveillance des aailes d'aliénés de la Seine, enfin dans les volumes du Congrès international d^assistance publique de 1900. — Tout ce qui est dit p.irM. Laquer est ce que nous nous efforçons de faire comprendre à l'Adaiinislriilion de notre pays. \B.).

et en faisant appeler l'auteur pour la délivrer. Celle malade, ù.gée de cinquante-quatre ans, était saine d*esprit; il faut donc voir là, non une hallucination, mais bien plutôt un exemple d'auto-suggestion intense. R. de Musgrave-Clay.

Nous avons eu Toecasion de voir un cas qui se rapproche du précédent, M™* X..., âgée alors de quaranle-cinq ans, a eu ses règles le i février 1897. A partir de là, elle a eu des dégoûts, des envies.de vomir, a Moi, dit-elle, qui prenais une absinthe de temps en temps, j'étais écœurée quand je passais devant des gens qui en prenaient. » Son ventre gonflait. Elle sentait comme des mouvements, < mais pas forts. » Un chirurgien, un gynécologiste, un accoucheur des hôpitaux l'ont examinée et lui ont déclaré qu'elle n'était pas enceinte et n'avait pas de iibromes, qu'elle devenait simplement obèse. Persuadée, malgré cette affirmation, qu'elle était enceinte, elle a régularisé sa situation et a épousé son amant. Elle a préparé le berceau et la layette. A huit mois, elle a eu des a douleurs dans les reins et quelque chose qui poussait. » Depuis le iJ février, néanmoins, tous les mois, elle aurait eu ses règles, mais passagères et peu abondantes.

L'erreur, dans ce cas, concernant une femme très nerveuse, est d'autant plus surprenant qu'elle avait eu une fille autrefois et fait plusieurs fausses couches. Depuis qu'elle a constaté son erreur elle a eu des idées de suicide, ce qui se voit parfois. Les journaux politiques du mois de mai ont signalé un nouveau cas de fausse grossesse, celui de la reine Draga, de Serbie, dont nous aurons peut-être l'occasion de parler. Bourneville.

LIV. Contribution à Tétude de la paralysie progressive infantojUTÔnile ; par Gianxuli. (Riv. sp. di f'nn., i81)i», fasc. 3-4.)

Deux observalions dont Tune s'accompagne de ces phénomènes dits hallucinations hygriques. A ce propos l'auteur rapporte deux autres faits, relatifs à des adultes ayant présenté les mômes hallucinations et suivis d'autopsie. Dans ces deux cas, les lésions anatomiques présentaient une diffusion unifornic sur les lobes cérébraux de nature à exclure d'emblée l'idée d'un rapport entre les hallucinations hygriques et l'existence d'une lésion en foyer de récorce. [Tailleurs, excepté le cas de Tambroni, dans toutes les antres autopsies, on a noté l'atrophie diffuse des circonvolutions qui se rencontre communément dans la démence paralytique. Aussi, est-il impos.-ible de circonscrire le siège cortical de cette voie sensitive. La sensibilité hygrique ne semble plutôt pas être

49i REVUE DE PATHOLOGIE MENTALE.

une sensation indépendante de la sensation tactile ; mais uo attribut de celte dernière qui se reflète dans les pliénomènes hallucinatoires de la même manière que dans les hallucinatioos visuelles et auditives se reflètent tous les multiples attributs, reliés à chacun de ces sens. G-la n'est pas seulement prouvé par les lésions anatomiques dilTuseà de Técorce^mais aussi parcelle observation qu'aux hallucinations hygriques font souvent cortège d'autres hallucinations complexes et que, comme tous les autres troubles sensoriels elles sont sujettes à des rémissions et à des exacerbations et peuvent môme s'élever à la dignité de véritables délices. En dehors de leur rareté, ces hallucinations n'ont rien de véritablement particulier par rapport aux autres. Baillarger pensait qu'elles se rencontraient fréquemment chcE les paralytiques. Le fait est exact. Cependant Uamadier les a notées chez un épileptique, Tambroni chez un hypochondriaque^ Gristiani, Alessi et Fronda chez deux paranoiaques et un hypochondriaque.

J. SÉGLAS.

LV. Étude clinique sur les psychoses névralgiques; par Mligazzim et Pacetti. {Hio, sp. difren., tb9J, l'asc. 3 4;.

Les auteurs distinguent suivant la forme de névralgie quatre groupes de psychoses dus à la prosopalg-e, à la migraine, à la céphalalgie ou aux névralgies extraencéphalalgiques. Ils subdivisent ensuite chaque grouj e en trois formes selon la durée et l'intensité de la psychose, une forme abortive, une forme aiguë ou transitoire de quelques heures à une ou deux semaines, une forme prolongée pendant des semaines ou des raoi«.

Ce sont les céphalalgies qui fournissent les formes les plus nombreuses de psychopathies ; puis viennent les migraines. Plus rares sont les psychopathies ducs au prosopalgies et aux névralgies périphériques. Les formes prolongées qui se développent à la suite de la migraine et de la prosopalgie sont très rares, elles sont plus souvent provoquées par la céphalalgie et la névralgie intercostale. Les formes abortives sont presque exclusives de la céphalalgie. Les formes hallucinatoires, associées à un degré plus ou moins grave de confusion, dominent dans les psychoses névralgiques d'origine encéphalique: rares sont les délires paranoïdes. Un étal d'angoisse associé à de la dépression et à des interprétations délirantes est presque caractéristique des psychoses névralgiques, d'origine extra -encéphalique. Les psychoses névralgiques dans leur ensemble frappent plutôt Thomme que la femme ; les formes abortives dominent exclusivement chez la femme, tandis que les formes transitoires ou aiguës sont plus fréquentes chez Thomme.

Pour ce qui est de l'étiologie et de la nature de ces psychopathics, les auteurs attribuent une grande importance à riiéréditèet

REVUB DB PATHOLOGIB MENTALE. 41)3

ne pensent pas qu'il s'agisse là d'accidents de nature hystérique ou épileplique.

Au point de vue symptomalologique les formes ont-elles un aspect spécifique? Tantôt elles révèlent l'aspect d'un état émotionnel pathologique simple ou accompagne d'inlerprélalions délirantes ; d'autres fois on a affaire à des délires hallucinatoires, à des impulsions épileploïdes, à des délires paranoïdcs. Mais ces états ne se distinguent pas en eux-mêmes de ceux que l'on rencontre communément en d'autres circonstances.

Quelques considérations médico-légales à propos des actes impulsifs qui se manifestent fréquemment dans les psychoses névralgiques terminent cet important mémoire. — Vingt observations personnelles. J. Séglas.

LVI. La démence organique chez la femme hystérique ; par xV.-L. L\o{:BOU:-ciiifiE [Obozrêfiié psichiiUrii^ IV, 1899.)

Observation d'une femme de 28 ans. Hérédité. Caractère hystérique, symptômes et accès d'hystérie. Puis les accès changent de nature : la malade urine sous elle et se mord la langue ; ils sont suivis de troubles somatiques et psychiques, tels que : hémiparésie passagère, excitation motrice, confusion mentale et hallucinations. Bientôt se développe une démence progressive. L'apparition et l'aggravation de ces accidents a nettement coîinciJé avec l'entrée en scène d'attaques épileptiformes et apoplectiformes, d'origine corticale, comme en témoignent de l'agitation, de la confusion mentale, un délire interrompu, des hallucinations de la vue, les hémiparésies passagères. Avec raffaiblisscment des facultés, se montre de l'inégalité des pupilles dont la réaction à la lumière et à l'accommodation diminue : on constate de l'achoppement syllabique, un syllabage traînant, une paréfie du facial gauche, du tremblement de la langue, des muscles de la face el surtout des lèvres, tous signes d'une lésion du cerveau. Il est très-probable qu'il s'agit d'une paralysie générale, à forme démentielle, compliquée de symptômes représentant les empreintes d'une hystérie antérieure. Une éruption avec un violent coryza seraient en faveur de la syphilis secondaire. P. Kewaval.

LVII. Du sourire obsédant; par \\,-M. Biichterew (Obozrénic psichialrii, IV, 1899).

Il s'agit d'un professeur neiiraslhéniciuc, qui sourit malgré lui, mal à propos, sans raison, juste au moment où il aurait le plus besoin de garder son sérieu.x. Ce sourire incoercible diminue quand le malade parle, il peut même disparaître, mais pour revenir après. il fuit quand il est distrait, pour réapparaître dès qu'il y pense. 11

404 RE VUB DB PATHOLOGIB MBNTÀ UU

ne le tourmenl« qu*eh face du monde. Ce sourire ne s'aceompagne d'aucune idée risiblë, au contraire, il s'associe à un sentiment de timidité qui se traduit par l'expression des yeux ; il date d'uoe vingtaine d'années, mais il n*y a que^huit ou neui' ans qu'il a pris cette forme obsédante. Le patient a maintenant trente-cinq ans. M. Bechterew pense que la neurasthénie a engendré une timidité irrésistible, qui se traduit par le sourire en question ; il pèse d'autant plus au malheureux qu'il dévoile son trouble et s'installe sur son visage tout à fait à contre-temps. P. K£a.\VAL.

LVIII. Epilepsie procursive ; par I.-W. Borowikow [Obùzrénié psichialrii, IV, iî

Los attaques présentaient, dans l'observation en question, les caractères suivants : 1*^ elles commençaient presque toutes, plus ou moins, par un cri accusé, qui se produisait en même temps que la perte de connaissance ou avec le début du mouvement automatique; 2^ toutes se sont accompagnées d'inconscience ; 3*^ elles ont consisté eu mouvements rapides, plus ou moins compliqués d*aspect intentionnel, généralement assez courts; 4<* pendant leur exécution, les yeux du malade étaient ouverts, ses pupilles, dilatées, ne réagissaient point à la lumière, le regard était dirigé en avant sans objet; 5<^ le malade n'urina jamais sous lui pendant l'attaque, ne se mordit pas la langue, n*écuma point, n'eut pas d'albumine dans l'urine. 11 semble y avoir eu des auras représentées par la sensation d'une alêne transperçant le crâne entre les tempes, par un engourdissement de tout le corps, par un trouble vague de la respiration et des tiraillements des extrémités.

Les renseignements montrent que cet individu est issu d'une famille scrofuleuse, adeclée de syphilis héréditaire, dans laquelle le syslèmc nerveux serait le locus mvions resistenliœ : paraplégie maternelle, paralysie infantile ou rachitisme d'une sœur. Le malade même, à douze ans, eut une peur terrible, à la suite d'une morsure de chien. A dix-sept ans, il fut frappé par un cheval à la tête. Il s'en suivit, dans les deux cas, des pertes de connaissance ; la perle de connaissance dura, dans la seconde circonstance, vingtquatre heures, et il garda le lit ensuite trois semaines environ. Déjà, à la suite de la première secousse émotive, il eut des attaques rappelatit Tautomalisnie ambulatoire, dont il guérit. Après la seconde, il eut des attaques de petite epilepsie, ayant bien des traits communs avec l'épilepsie vraie. P. Keh.wal.

LIX. Des états mentaux qui sont à la limite de l'aliénation mentale et de la raison; par P. U. Kusk.nbach. {OOozrénié psichiatrii, IV,

L'auteur examine les allures des diverses formes mentales qui ae

. RBVUB DB PATHOLO0IÉ MBNTALB. 49*^

sont pas (ie l'aliénation mentale confirmée. D'abord un nombre énorme de psychoses se développe peu à peu, lentement ; on observe donc une période prodromique, intermédiaire entre la santé et la folie, incomparablement plus fréquente que dans les affections somatiques. Quelques maladies mentales, telles que le déiii*e chronique primitif et la paralysie générale, débutent parfois par un stade extraordinairement long qui dure des mois et qui constitue une phase fioue. Les loques, les personnes présentant des particularités qui les éloignent de la sphère psychique normale, sans qu'on puisse les tenir pour folles, représentent d'autres exemples de celte légion : les uns sont mal construits de naissahce, les autres sont désorganisés depuis une maladie qui a nui au système nerveux^ depuis môme une affliction mentale incomplètement guérie, ou sont sous le coup d\me iiivolutioii physiologique du cerveau sénescent. Il existe une sénilité à progression lente qui ne verse pas dans la vraie démence sénile. Ktude de la dégénérescence mentale, notamment de rimbéciilité, de la folie morale. Les limites de la folie sodt encore évidentes ciiez les sujets qui pendant toute leur vie sont en proie à des anomalies de l'humeur surtout dépressives, qui, sans être maniaques ni mélancoliques, sont continuellement mal à l'aise ((iyseslhésie personnelle) : tels les neurasthéniques et les hypochondriaques. il parait également certain que des gens ne souffrant d'aucune maladie mentale, peuvent être le jouet d'illusions et d'hallucinations sensorielles, sans perdre la disposition de leur conscience, ni la vigueur de leur esprit : histoire de la télépathie, des religions, etc.

Des obsessions et des idées absurdes sont capables de hanter des^ individus non aliénés. Le début de la folie systématisée ne laisse pas de donner matière à une interprétation souvent délicate. II en est de même pour les troubles de l'instinct sexuel, pour les actes irrésistibles, tous symptômes susceptibles de produire, avec d'autres éléments morbides, de vraies maladies mentales, mais qui, par eux-mêmes, ne sont pas de la foHe.

Les déséquilibrés, qui frappent par Tétrangelé de leur conduite,, ne sont point des aliéné?, et ne peuvent proliter de l'immunité attachée à ce diagnostic tant qu'ils n'ont pas franchi les bornes de la folie.

Quelle cause peut bien, dans les diverses catégories passées précédemment en revue, mener l'homme à la limite de la folie? Peutêtre qu'un de ces jours l'élude d'une anatomie plus iinede l'écorce du cerveau nous permettra d'y localiser les différentes fonctions psychiques, de même qu'on y a localisé toute une série de fonctions physiologiques.

Pour terminer, M. Rosenbach discute les rapports de la folie et du génie. Nous i^'norons les conditions du système nerveux qui président à la création du terrain propre au-talent et aux tendances

géniales. Récemment, Flechsig a essaye de rattacher le talent & un développement spécial de parties séparées deTécorce cérébrale, et d'établir un rapport entre les aptitudes intellectuelles et le développement inégal des centres du cerveau. Attendons. Au point de vue psychologique, la ressemblance entre le génie el la folie doit être regardée simplement comme superficielle et illusoire. Ces deux révélations du monde psychique représentent, au contraire, deux extrêmes, et ne prêtent à confusion que les cas, sans doute parfois observés, où Ton constate un talent unilatéral associé à diverses défectuosités mentales. 11 n'y a pas de lien intime entre le génie et la folie ; si les confins de la folie dépendent d'un développement inégal, défectueux, des centres psychiques, le génie tient à u n développement démesuré, hypertrophique, pour ainsi dire, de ces centres. Ces deux particularités opposées se peuvent combiner, et, en ce cas, surgissent des types d'individualités déséquilibrées, douées de talents partiels. - P. Keraval.

LX. Cas original de névrose traumatique ; par M. Schaikkwitsch. [Obozrénk psichiatrii, IV, 1899.)

Dépression avec obtusion intellectuelle, retard et espèce d'extinction de la vie mentale. Contracture des muscles deltoïdes, trapèzes ; rigidité du biceps brachial et, en partie, du fessier. Hypertonie peu importante des muscles ciliaires. Ce n'est une affection organique classée ni du cerveau ni de la moelle. Le chloroforme montre qu'il s'agit d'une maladie nettement fonctionnelle. 11 existe des préoccupations hypochondriaques, un rétrécissement concentrique du champ visuel, une analgésie peu marquée, une vive réaction du cerveau sous le chloroforme. Les comméraoratifs révèlent: un traumatisme à l'âge de treize ans, qui n'eut pas de conséquences morbides. Mais il y en eut un second, un peu avant le service militaire. Le malade, à cette occasion, éprouva une violente terreur, perdit le souvenir, demeura souffrant. Au service, il eut à tirer de lourds fardeaux, qui ont pu agir sur un terrain prédisposé. Il aurait eu aussi à subir des injures, des coups, de la part surtout des sous-ofliciers. La sommation de l'ensemble de ces facteurs a abouti à ce que nous voyons. P. Kkhaval.

LXI. Des sensations anormales obsédantes et des erreurs senso* rielles obsédantes; par W.-M. Bechterew. (Obozrénié paivhialrii^ IV, 1899.)

Il convient d'appeler sensations obsédantes des sensations anormales, plus ou moins élémentaires, qui prennent une forme obsédante en telles ou telles circonstances. Ainsi, des malades, qui éprouvent une sensation pathologique ou désagréable quand ils

touchent de leurs doigts n'impoHe quel étranger, en sont affectés: il en est qui ressentent une sensation anormale obsédante de cécité, Timpossibilité d'ouvrir les yeux, Timpression d'éclairs dans la vue quand ils ne peuvent fumer à temps. Il en est chez lesquels la lumière électrique engendre des séries de sensations désagréables. Nombreux exemples. Ces sensations ne se limitent pas à la sensibilité générale, elles atfectent les sens spéciaux : exemples.

Voici maintenant des phéno.iliènes plus complexes, auxquels le travail cérébral participe, bien que l'impression soit moins vive que dans l'erreur sensorielle proprement dite. Le malade, par exemple, qui a la sensation que Tobjet qu'il voit devant lui se meut droit sur lui, no voit en réalité pas ce mouvement ; celui qui est obsédé du mouvement derrière lui d'un cheval, de son sosie, n'entend vraiment pas derrière lui les bruits de pa<«, il les sent pour ainsi dire en lui. De même le malade qui croit qu'il marche en l'air a parfaitement conscience qu'il marche sur le sol, mais il éprouve la sensation correspondante. Révision de l'opinion de quelques auteurs sur les illusions et les hallucinations obsédantes.

Les hallucinations obsédantes ne sont pas très rares. On les observe à l'état épisodique dans beaucoup de psychoses. Particulièrement instructifs sont les cas où elles se développent presque isolément et constituent le symptôme principal, avec conservation de la conscience et du jugement relativement à ce symptôme. Enumcralion de faits pour chaque sens. De même que les sensations obsédantes, les hallucinations obsédantes peuvent s'observer sur les divers organes des sens, les unes de coacert avec d'autres désordres de la sensibilité, les autres plus ou moins isolément. Toutes, elles ont une persévérance extraordinaire et tourmentent les malades de leur persistance. Tantôt ceux-ci les critiquent, tantôt ils les reconnaissent comme phénomènes réels. Cette dernière idée est presque la règle quant aux sensations qui se rapportent au domaine du corps du malade. Les erreurs sensorielles obsédantes sont le plus souvent crues par le patient : néanmoins, il n'est pas rare de voir des malaies ne pas perdre tout à fait le jugement au sujet de leurs hallucinations, surtout si ces erreurs sensorielles n'altei;:nent pas le plein degré de sensations réelles, affectent la forme de pseudo-hallucinations ou hallucinations incomplètes : l'organe sensoriel semble, dans l'espèce, avoir quelque importance. Des hallucinalions de la vue, par exemple, plus ou moins isolées, paraissent plus compatibles avec le jugement que des hallucinations obsédantes de la sensibilité générale ou du nerf olfactif.

Les erreurs sensorielles obsédantes sont : les unes primitives, les aultes secondaires. Celles-ci embrassent celles qui dérivent d'idées délirantes s'objectivant sous une forme sensible. Les primitives sont des hallucinations obsédantes ne procédant pas d'idées obsédantes; elles sont autonome?. P. Keraval.

AiiCHiVF.s, 2« .série, t. Xï. 32

LXII. Cas de folie communiqnée; par E. W. Griffln. (The journal of nienial science, janvier 1900.)

Cette intéressante observation est résumée par Tautear de la manière suivante : Deux sœurs, M»« M... et M«"« T... vont voir leur sœur M"»® C... atteinte de troubles mentaux, Pendant toute une sem&ine elles soignent la malade jour et nuit, sans prendre presque ni repos ni sommeil. Le huitième jour, M™* M... part pour rentrer chez elle, en bonne santé, mais le lendemain des symptômes de folie se manifestent chez elfe. Le huitième joar M'"* T... dont la raison se trouble est emmenée par son mari. Les deux malades ont attribué leur désordre mental temporaire au manque de sommeil et de repos. D'après les renseignements recueillis il semble que le délire de M"»<^ M... et de M»° C... ait été le même, mai> sous une forme atténuée que celui delà sœur qu'elles étaient allées soigner : il y avait une grande agitation, des idées délirantes agréables, des hallucinations de la vue et de Touîe. Ces deux cas se rattachent évidemment à cette forme de folie que Régis a décrite sous le nom de « folie simultanée » ; ils montrent par un exemple frappant comment on peut devenir fou par la société d'un fou, non pas du tout par un transfert direct des idées morbides, comme dans la folie à deux, mais sous l'inflnence d'impressions pénibles, et aussi des fatigues éprouvées pendant les soins donnés au malade. En somme les points les plus remarquables de cette observation sont les suivants : 1° la cause déterminante acte la même dans les deux cas, à savoir la maladie de M*™* G... qui a été dans celle affaire Pagent véritablement actif; 2® la forme de la folie et Tétai mental ont été absolument similaires; 3^ dans les deux cas la guérison a été calme et ininterrompue; 4® il n'y avait ni prédisposition héréditaire, ni tendance névropathique accusée: 5* les deux sœurs étaient des personnes intelli^'entes et a«sez instruites pour leur condition (femmes de fermiers). La troisième sœur qui a guéri chez elle avait souffert de céphalalgies périodiques et de troubles gastriques. Elle n'avait pas d'enfants; 6** les trois sœurs étaient très attachées les unes aux autres.

R. DE Mifgrave^Clay.

Page 1