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MESURES DE PRÉSERVATION

Les mesures de préservation doivent être multiples : elles tendent à détruire les larves et les nymphes vivant dans Teau, à chasser ou à détruire les Insectes adultes qui envahissent les habitations, à préserver les habitants contre la piqûre de ces Insectes, enfin à atténuer dans la mesure du jpossible le fâcheux efiet des piqûres.

Destruction des lanres et des nymphes. — Un certain nombre d^expérimentateurs, parmi lesquels il convient de citer tout spécialement Celli et Casagrandi (1), ont essayé les moyens les plus divers pour détruire, dans Teau où elles vivent, les larves et nymphes des Moustiques. Le permanganate de potasse, la chaux, le sulfate de fer, le sulfate de cuivre et un grand nombre d'autres substances ont été utilisées dans ce but, mais sans qu'on en ait obtenu des résultats bien appréciables. On peut sans doute, grâce à elles, obtenir la mort plus ou moins rapide des larves et des nymphes, mais les autres habitants des eaux meurent également ou du moins sont fortement incommodés; en tout cas, l'eau cesse d'être potable. On ne saurait donc préconiser de semblables méthodes, qui ont encore l'inconvénient d'être coûteuses.

Si l'on verse dans l'eau une poudre insecticide, telle que celle que l'on peut obtenir avec les fleurs non épanouies de Chrysanth^mum cinerariœ-folium, les Insectes meurent rapidement : une fois que la poudre est tombée au fond, l'eau a repris sa limpidité première, et son ingestion ne cause aucun accident à l'Homme et aux animaux. Les êtres qui vivent dans cette eau n'en sont aucunement incommodés, sauf les larves d'Insectes en général, qui manifestent une extrême sensibilité à l'égard des substances que la poudre insecticide laisse en dissolution. Ces substances gardent longtemps leur activité et les eaux traitées de la sorte restent longtemps sans être habitées par des larves.

Malgré l'avantage réel que présente une semblable méthode,

(1) A. CsLU und 0. Casagrandi, Ueber die Vemlchtung der Mosqultos. Beitrag zu UntersnchuDgeD mit mosqnitotMenden Stoffen. CentralblaU fur BakterioL^ XXVI, p. 396, 1899.

ainsi que Fermi et Lumbau (1) l*ont vériûé, elle n'a pour nous qu'un intérêt de curiosité. En effet, nous possédons des méthodes destructives des larves qui sont bien supérieures à celle dont il vient d'être question. Nous voulons parler du procédé américain, qui consiste à répandre du pétrole à la surface de l'eau. Ce liquide s*étale en couche mince et forme entre l'eau et l'atmosphère une pellicule que larves et nymphes rencontrent forcément, lorsqu'elles montent à la surface pour y effectuer leurs échanges gazeux. On sait en effet que, bien que vivant dans l'eau, les larves et les nymphes des Moustiques ont une respiration aérienne : qu'elles restent en permanence à la surface, comme les larves d*Anophcles, ou qu'elles n'y viennent que de temps à autre, comme celle des Culex, elles obéissent les unes et les autres à cette loi impérieuse de venir puiser dans l'atmosphère l'oxygène nécessaire à l'hématose.

Or, que se passe-t-il, si les larves et les nymphes trouvent à la surface une mince couche de pétrole? Ce liquide est éminemment toxique pour les Insectes; il fuse par capillarité à travers les stigmates jusque dans les trachées; il englue les valves, poils ou autres appendices qui entourent les stigmates, en sorte que ranimai emporte avec lui une gouttelette huileuse, qui obture l'orifice des voies respiratoires et détermine promptement l'asphyxie. Le pétrole n'est pas la seule substance qui agisse de la sorte; les huiles à faible densité, et l'huile d'olive elle-même, ont la même action. Toutefois, le pétrole agit plus vite que les autres substances oléagineuses, évidemment parce que, en outre de son rôle mécanique, il jouit également de propriété toxiques.

Il suffit d'une quantité minime de pétrole ^pour détruire la totalité des larves et des nymphes, même si celles-ci sont excessivement nombreuses. Une dose de O^'^'l à (y^2 par mètre carré de surface est très suffisante, mais il vaut mieux employer des doses beaucoup plus fortes, pour parer à la rapide évaporation du pétrole et pour ne pas avoir à recommencer trop fréquemment la pétrolisation des eaux. Dans la pratique, la surface à recouvrir de pétrole étant connue, il suffira de verser une

{!) C- Fermi e S. Lumbau, Contributo alla proQlassl dalla malaria. Teotativi di prolezioDc deirUorou conlra le Zanzarc mediante mezzl chimicL Ànnali d'igiene speriju,, X, p. 89, 1900. — Liberazione di uaa città dalle Zanzare. Ibidem, X, p. 93, 1900. — BefreiuDg oioer Stadt tod den Mûcken. Ceniralblatt fur BakterioL, XXVIil, p. 179, 1900

LES MOUSTIQUES DE PARIS 62d

quantité de liquide égale à 5 ou 10 centimètres cubes par mètre carré. Pendant la saison des Moustiques, on aura soin de renouveler cette opération tous les quinze jours et l'on peut être assuré que les eaux traitées de la sorte seront totalement débarrassées des larves et des nymphes.

Les animaux d*autre espèce qui peuvent vivre dans ces mêmes eaux ne sont nullement incommodés par le pétrole répandu à la surface. Dans la région de Bakou, il existe à la surface de la mer Caspienne une couche de pétrole tellement épaisse que parfois elle prend feu, auquel cas l'incendie se propage sur une très grande étendue ; dans ces parages, les Poissons, les Mollusques et une foule d'autres animaux ne sont pas moins nombreux que partout ailleurs ; il est donc évident que le pétrole ne nuit en aucune façon aux animaux aquatiques qui respirent l'oxygène dissous dans l'eau. Le pétrole, d'ailleurs, ne se dissout pas dans l'eau et reste strictement confiné à la surface.

Fermi et Lumbau ont cherché à le rendre moins volatil en le mélangeant à des substances capables de l'arrêter sans afiaiblir son pouvoir d'expansion. La lanoline, la vaseline, etc., ont été expérimentées dans ce but, mais les résultats obtenus sont médiocres et ne méritent pas de nous arrêter.

C'est donc le pétrole, à l'exclusion de toute autre substance, qui doit être employé pour débarrasser les eaux des larves et des nymphes de Moustiques. Ce liquide a l'avantage de s*étaler de lui-même, de se trouver partout et d'être très peu coûteux.

Grâce à ces procédés, Fermi a pu faire disparattre les Moustiques qui ravageaient littéralement la petite ile d'Asinara, au nord-ouest de la Sardaigne. Il est non moins facile de débarrasser une ville telle que Paris de ceux qui l'infestent.

Destmction des Monstiques adultes. — Celle-ci ne peut se faire avec quelque chance de succès que s'il s'agit de purger des appartements non habités, des Moustiques qui sont venus les envahir. On doit alors répandre dans les appartements des vapeurs ou des fumées en quantité suffisante pour qu'elles atteignent tous les recoins, pénètrent dans toutes les fissures et y attaquent les Insectes qui ont pu s'y réfugier. Les vapeurs d'essence de térébenthine, d'iodoforme, de chloroforme, d'éther, etc., expérimentées dans un espace restreint, ont donné quelques résultats; ceux-ci

ont été moins manifestes avec le menthol^ le camphre, Tail et d'autres substances. Les fumigations de tabac se sont montrées les plus efficaces; puis vient la fumée de fleurs de Chrysanthème, de feuilles fraîches d'Eucalyptus, de bois de Quassia, de Pyrèthre et, en général, la fumée d'un bois quelconque. Les vapeurs d'acide sulfureux et de chlore sont très actives. Mais on conviendra qu'aucun de ces procédés n'est pratique et ne pourrait être appliqué couramment.

Les courants d'air chassent les Moustiques ; on sait bien, dans les pays chauds, que les mouvements de l'éventail ou du panka suflisent à les écarter. A Paris, si l'on est trop importuné par eux, on peut faire usage d'un ventilateur électrique placé non loin du dormeur. On peut également brûler dans la chambre des cônes ou pastilles formés de fleurs de Pyrèthre mélangées à une substance combustible : les vapeurs qui se répandent ainsi engourdissent les Moustiques pour plusieurs heures ; ils ne meurent pas, mais on peut du moins passer une nuit tranquille. On vend en Italie, sous le nom de zanzolina (1), une poudre à brûler, constituée par un mélange de boutons floraux de Chrysanthemum cinerariœ-loUum et de racine de Valériane : une cuillerée de cette poudre, brûlée dans une chambre de 30 à 40 mètres cubes, ne tue pas non plus les Moustiques, mais les endort pour six heures environ.

Les brûleurs de divers modèles, qui sont en usage depuis quelques années et qui sont basés sur le principe de la combustion lente des vapeurs d'alcool au contact du platine incandescent, répandent dans l'atmosphère des vapeurs odorantes, parmi lesquelles le formol ou aldéhyde formique. Le formol, comme on sait, est un antiseptique puissant; dans les conditions susdites, il agit aussi comme insecticide. On aura donc avantage à répandre dans sa chambre, une heure avant le coucher, des vapeurs de formol, qui ne tarderont pas à difluser dans tout l'espace et tueront, ou plutôt mettront en fuite les Moustiques. On a soin de laisser une fenêtre ouverte, afin que ceux-ci puissent sortir. Quand la combustion dure depuis assez longtemps, on ferme la fenêtre et on peut venir se coucher en toute sécurité. On peut

(1) De Zanzola^ Moustique.

ejicore comburer par cette même méthode de la teinture de Pyrèlhre.

Précautions à prendre contre les piqûres. — La moustiquaire est seule véritablement efficace; nous dirons plus loin quelles conditions elle doit réaliser. Si les Moustiques ne sont pas très nombreux, ou si Ton n*est pas très sensible à leur piqûre, il pourra suffire de se badigeonner la figure et les mains avec une substance capable de les détourner. Dans les villes du Midi, on vend à cet effet de la teinture de Pyrèthre, et l'on assure en retirer de bons résultats. Au Mexique, on fait usage d'une macération de bois de Quasjfia amara. M. L. Gérardin, ancien interne en pharmacie des hôpitaux de Paris, m'assure avoir depuis longtemps observé que les Moustiques n'attaquent jamais les personnes qui, en se couchant, prennent la précaution de se passer sur la peau une éponge imbibée d'une macération à^Qunma amara, rendue imputrescible par quelques gouttes de chloroforme.

Rien desurprenant à cela, car on sait que les meilleurs papiers tue-mouches sont à base de quassine. Le Moustique, avant d'enfoncer ses stylets dans la peau, explore celle-ci avec les labelles ou lobes charnus de l'extrémité de sa trompe : on conçoit très bien qu'il s'envole et ne pousse pas plus loin l'exploration, si la peau a une saveur désagréable. Dans son admirable mémoire sur les métamorphoses des Cousins, Réaumur a une page charmante, dans laquelle il explique les raisons qui font que les Insectes ne s'attaquent jamais à certaines personnes. Il ne doute point que cela ne résulte du goût de la peau et il prévoit qu'un certain jour on pourra trouver des substances qui, étalées sur la peau des gens que visitent les Moustiques, donneront à celle-ci la saveur répulsive. La prévision du célèbre naturaliste est donc actuellement accomplie, tout au moins dans une certaine mesure.

Tout récemment, Fermi et Lumbau se sont posé la même question. Ils ont essayé de mille façons diverses, mais les résultats qu'ils ont obtenus ne sont guère encourageants. La méthode indiquée ci-dessus est donc, jusqu'à plus ample informé, la moins inefficace.

Traitement des piqûres. — On a préconisé contre les piqûres de Moustiques une foule de formules. Quand les piqûres sont peu

graves^ il suffit de les badigeonner, à plusieurs reprises, soit avec de l'eau de Cologne mentholée à 4 ou 5 p. 100, soit avec de Talcool mentholé à 10 p. 100. '

Un procédé très commode et à la portée de tous consiste à déposer sur la papule une épaisse couche de teinture d'iode. Aucune méthode n'est plus efficace ; toutefois, si les papules siègent sur la face, il pourra être préférable de les badigeonner avec un mélange de 5 grammes de formol du commerce avec 10 grammes d'alcool à 90o et 10 grammes d'eau. Le formol pur ne saurait être employé, parce qu'il détermine une brûlure au premier degré.

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