CLINIQUE DES MALADIES EXOTIQUES
bilharziose, de filariose, de diarrhée de Chine, de dysenterie, d'abcès du foie, de paludisme, de lèpre.
Un certain nombre de ces dernières aflfecUons sont endémiques en Provence. Dans la saison chaude, la dysenterie n'est pas rare. J'ai opéré avec succès trois cas d*abcès du foie nostras (1) d'origine dysentérique. En septembre, beaucoup d'ouvriers qui vont vendanger en Camargue, reviennent au bout de trois semaines, avec des a€cès paludéens contre lesquels le bleu de méthylène (2) agit assez bien. Enfin, les cas de lèpre d'origine étrangère ne sont pas exceptionnels : Le D' Perrin a pu en réunir onze cas; en 1898, j'en ai communiqué deux observations à la Société de biologie (3). Je vous en présenterai un cas prochainement ; il en existe un autre à l'hospice Sainte-Marguerite. On m'a signalé deux lépreux autour de l'étang de Berre et peut-être pourriez-vous trouver à VitroUes, à une vingtaine de kilomètres d'ici, des formes de lèpre nostras atténuée. C'est, en eflet, un ancien foyer lépreux sur lequel j'ai fait quelques recherches.
A l'époque des Croisades, les lépreux furent relégués dans ce village et, par ordre du Seigneur, un écusson caractéristique était fixé sur leur maison. Au XVI® siècle, on y accunAula les lépreux qui suivaient les armées assiégeant Marseille. En 1821, dans un rapport inséré dans la Statistique des Bouches du-Rhône, le D^^ Valentin relate quelques cas de lèpre tuberculeuse, écailleuse, squameuse, de chute des phalanges, de granulations verruqueuses et confluentes couvrant le voile du palais et la luette, rétrécissant l'entrée
taire, 1884. p. 321 ; Bulletin de VÀcad. de méd., p. 770, 17 Juin 1884. — Sur la priorité de la découverte de ce microbe. Bulletin de la Société d* anthropologie de Lyon, séance du 4 décembre 1884. — Boinct, Des parentés morbides. Thèse d'agrégation, Paris, 1886, p. 130.
(2) DucLAUX, Du microbe du clou de Biskra. Académie de médecine^ 10 juin 1884. — DucLAUx et Hbtdbnrbigh. Archives de physiologie, 15 août 1884.
(3) Chantcmbssb, Du microl>e du t>outon du Nil. Annales de llnstitut Pasteur, p. 478, 1887.
(1) BoiKET, Des aticès du foie nostras d'origine dysentérique. Congres de médecine interne de Montpellier, 1898.
(2) BoiNET, Action thérapeutique du bleu de méthylène. Bulletin médical, 1892; — Marseille médical, 1892; Bulletin général de thérapeutique, Paris, août 1899.
i3) BoiNET, Revue de médecine, 1890; Marseille médical, 10 octobre 1892; Société de biologie, 24 janvier 1890: Journal des maladies cutanées, décembre 1892. Prix Monbinne de l'Académie de médecine, 1889.
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du pharynx, entraînant l'aphonie, d'ulcères rongeant la jambe, d'éléphantiasis, etc., qu'il a observés à VitroUes. 11 cite les noms de ces lépreux et nous avons fait une enquête sur leur descendance. Le frère d'une des autorités locales était lépreux, il avait perdu quelques phalanges des mains et des pieds; il se suicida de désespoir. 11 existe actuellement un cas semblable, mais ce malade ne veut se prêter à aucun examen. La plupart des descendants des lépreux mentionnés par le D' Valentin sont morts jeunes, vers l'âge de 40 ans ; souvent leurs enfants sont rachitiques, scrofuleux ou tuberculeux; ordinairement, ils sont réformés pour faiblesse de constitution ; ils offrent peu de résistance aux maladies. 11 est possible qu'il existe encore d'autres cas de lèpre atténuée qui sont cachés avec soin et échappent à toute investigation médicale étrangère.
D'une façon générale, la lèpre nostras a totalement disparu du reste de la Provence, qui en était infestée au VI® siècle. Elle y fut apportée par les Juifs qui se réfugièrent dans la Gaule méridionale et les Annales de l'Eglise d'Aix font mention d'une disposition du V® concile d'Orléans, tenu en 529, qui oblige les évéques à veiller à l'entretien des léproseries. En 1250, l'existence de ces hospices spéciaux est signalée dans les villes d'Arles, Cassis, la Ciotat, Martigues. La léproserie de Brignoles datait du Xi\^ siècle. Nous avons vu une série de documents relatifs aux lépreux enfermés, en 1427, à l'hôpital de Saint-Lazare, à Marseille. La léproserie d'Aix était située au quartier des infirmeries; une partie de ces bâtiments subsiste encore; elle dépendait de l'hôpital Saint- Lazare. Enfin, la léproserie des Martigues ne fut vendue qu'à l'époque de la Révolution et Fodéré a observé et traité dans le territoire de cette ville, des maladies ayant des rapports avec l'éléphantiasis. J'en ai vu un cas à VitroUes. Il nous reste à envisager le but de cette clinique des maladies exotiques. Elle présente les avantages suivants :
i^ Elle nous permettra d'étudier, au point de vue scientifique, quelques maladies tropicales insufiisamment connues.
2<> Elle servira d'asile momentané à ces malheureux, qui reviennent des colonies, dénués de ressources, minés par l'impaludisme et la dysenterie.
39 Grâce à cet enseignement pratique, les médecins ou les étudiants qui veulent exercer dans les pays chauds apprendront à