‹ Archives de parasitologie (volume 2)Chapitre 40 sur 104 · RECHERCHES EXPÉRIMENTALES · texte numérisé non relu

RECHERCHES EXPÉRIMENTALES

En possession de ces données intéressantes à plus d'un titre, et afin de déterminer, d'une façon plus exacte et plus complète, la véritable nature des corpuscules déjà vus par Raynaud et autres, dont je viens à mon tour de constater l'existence et que je suppose appartenir au groupe des Saccharomyces, j'ai recours aux cultures. Mais, pour éviter les insuccès de ceux qui m'ont précédé et en vue d'obtenir, seulement et presque à coup sur leur évolution, j'emploie au lieu des milieux de culture ordinaires usités en bactériologie, deux substratums acides et sucrés, le liquide de Rauiin et celui de Cohn modifié par l'addition de 5 p Vo de glycose anhydre, milieux que je sais très favorables aux végétaux de la classe des Blastomycètes.

Mes prévisioQS se réalisent et rensemeDcement de quelques ballons, placés à l'étuve à 37°, me donne rapidement, abondamment et d'emblée à l'étal de pureté, de inagniiiques cultures d'une Levure bien vivace, que pour la facitilé de sa description je désigne, san y attac lier d'autre importance, sous le nom de Sacekaromyces îinguai pilosae qui rappelle son origine.

En présence de ces laits et à titre de contrôle, je prie le D' P. Lambry de bien vouloir me remettre, à la prochaine occasion, un nouvel échantillon de ces productions pileuses linguales. Avec une 1res grande amabilité, il se met à ma disposition et m'apporte

Fig, i, — MOme culture. Les cellules du Saechnriimyces ODt été colorées par le Gram. X ^^'

quinne jours plus tard, le produit d'un nouveau grattage. Comme dans le premier, j'y constate la présence des corpuscules de Raynaud qui, ensemencés dans les mêmes conditions, lournissent d'abondantes cultures de la même Levure.

A la fin d'aolll, un nouveau et dernier prélèvement donne encore un résultat identique sous tous les rapports, résultat que contrôle, sur ma demande, M. Boulanger, chef du laboratoire des Levures à l'Institut Pasteur de Lille, et à qui j'adresse ici tous mes remerciements.

flans ces conditions, je me crois en possession, sinon du parasite lui-même de la langue pileuse, au moins d'un Saccharomyces très intéressant, puisqu'il semble exister fréquemment au milieu des lésions qui caraclérisent cette afiection : aussi, j'institue à son sujet une série de recherches spéciales dans le but de déterminei'.

an A. LDCBT

il'une façon précise, ses caractères, les milieux dans lesquels il cultive, sa résistance à divers agents, son action pathogène, etc., recherches dont voici les résultats.

Morphologie. — Dans les milieux qui lui soal favorables, tels que le liquide de Raulin, ceux de Cohn ou de Charrin, préalablement glycosés. ou encore le mortt de bière, les jus de fruits ou de raisins et en général tous les milieux acides et sucrés, le Saecharomyces linguaepilosae, en pleine évolution, c'est-à-dire après quaranle-huit heures ou trois jours de séjour à l'étuve à 37°, apparaît, à un grossissement sulTisant et sans coloration spéciale, constitué par des cellules rondes, ovoïdes ou allongées. Celles-ci, en raison même de la variabilité de leur forme, possèdent des dimensions très inégales. Ayant de 4 à 8 i^ de diamètre lorsqu'elles sont rondes, elles peuvent atteindre 12, 13, 17 (l et plus encore de longueur sur une largeur moyenne de 6 |ji., quand elles présentent une forme allongée.

Limitées par une membrane d'enveloppe très apparente, assez épaisse et à double contour, ces cellules montrent un protoptasma

Ki|i. ;;. — r.ultum <le trois Jourii dans ilu Jus ik nlBin. I>i3 i-Hliilis ilu KIk. 11. — 1.» mimr. s irti).

Saccharomycei eunt plu» vi>lum[nciise», pljs Hllnnfii^cs. -, im.

hyalin ou très finement grpnu, dans lequel existent, dit!éremmenl répartis, de petits corpuscules réfringents plus ou moins volumineux et abondants. .Au nombre de im. deux, trois ou quatre au plus dans les formes rondes ou ovoïdes, mais courtes, et occupant alors un |)oint presque central, ces vacuoles sonl plus nombreuses

dans les formes allongées et généralement situées alors, dans les cellules jeunes, près des extrémités*; dans les autres un peu partout et au hasard (fig, 3, 5 et 6).

Du reste, la forme et l'aspect de ces cellules, le nombre et les dimensions des granulations réfringentes qu'elles contiennent, sont en rapport avec le milieu dans lequel on les cultive et Tâge de la culture. Sphériques ou ovoïdes quand la culture est jeune ou faite dans un milieu peu favorable et alors ne présentant seulement que quelques petites vacuoles réparties au milieu de leur protoplasma hyalin, elles sont d'autant plus allongées, plus riches en corpuscules réfringents et plus finement grenues que le milieu où elles sont cultivées est plus apte à leur entrelien et que leur développement est plus avancé. Parfois, dans ces cas, leur longueur est telle qu'on pourrait croire, à première vue, à l'existence d'un véritable mycélium (fig. 7, 8 et 9).

La méthode de Gram et celles qui en dérivent, colorent d'une façon très intense les éléments de ce Saccharomyces; pour cette raison, ces méthodes, excellentes pour différencier dans certains cas spéciaux, celte Levure d'autres éléments cellulaires avec lesquels elle pourrait être confondue, donnent de mauvais résultats quand on veut seulement en étudier la morphologie (fig. 2 et 4). Dans ce cas, il est préférable de recourir soit à la thionine phéniquée qui la colore plus légèrement, soit encore simplement et préférablement à la solution iodo-iodurée de Lugol.

Etudiées à l'aide de ce dernier moyen et avec un grossissement suffisant, les cellules du Sa^charomyees linguae-pilosae apparaissent colorées en jaune ou en rouge acajou clair dans tout leur ensemble et leur protoplasme laisse voir, outre les vacuoles déjà citées et également colorées, une infinité de très petites granulations brunâtres qui lui font perdre son apparence hyaline ou à peine grenue.

Si on ensemence une goutte de milieu favorable placée en chambre humide et sur platine chauffante avec quelques-unes seulement des cellules de ce Saccliaromyces, il est facile de suivre pas à pas leur développement et leur mode de reproduction qui se fait par bourgeonnement,

A Tune ou l'autre des extrémités de l'une de ces cellules, si elle est ovoïde ou allongée, parfois à toutes deux en même temps, ou sur un point quelconque de sa périphérie si elle est ronde, il

apiiai'ciiteii quelques heures ud pelit globule, un bourgeon saillanl, rond, à protoplasme homogène, qui, rapidement et progressivement s'acerott, augmente de volume, prés'eDie une ou deux vacuoles riTringentes, puis quitte la cellule-mère ou lui reste fixé. ConliouaDt à s'accrottre, cette nouvelle cellule, quand elle est arrivée à l'état adulte, forme à son tour des cellules-filles qui, i-oniiiie celles dont elles proviennent, lantAt se séparent et continuent » vivre d'une vie indépendante, tanldt restenl unies à la cellule-nitTC.

Dans le premier cas, le milieu de culture ne larde pas à être j)euplé de cellules isolées, rondes, globuleuses uu ovalaires, et r'est ce qui arrive quand la culture soutire, soit par insuttisance de matériaux nutritifs, soil par manque d'oxygène ( tig.

3 et 5).

Dans le secoud, les cellulestilles restant unies les unes aux autres , s'allongent, s'étalent, donnent naissance à leur point de jonction à des bourgeons laté niux et bientôt il existe une co- Fif;. 7. — Mèm<; i-uiiuiv upivs dévi" lonie assez nomttreuse, d'aspect bTîiri."iiurs''^'i «rVi->"iine "u?s 'a.Vonn*^ el '«sue d'utie même

Krapdr lonit.ipur el prnscntenl l'iis- cellule centrale,

pcct do lilHincnls mycéliens. ■- o<îO.

Quand il en est ainsi, et c'est la règle dans les milieux bien appropriés et très aérés, il y a une lendance marquante à la formation de filaments mycéliens (tig. 7, 8, 9). Les cellules-filles s'allongent considérablement, restent juxtaposées les unes aux autres au nombre de sept, huit, dix : les étranglements qui les séparent sont moins prononcés et présenteni ((uelque tendance à disparaître; les cellules-lilles latérales, qui naissent au niveau de ces étranglements, sont plus nombreuses; et enlin, il n'esl pas rare de voir la dernière, ta plus jeune cellule de ces filaments pseudo-niycétiens fournir, à son extrémité libre, terminale, ileux, trois ou ((uatre cellules nouvelles s'étalant en éventail el simulant les rameaux qui s'échappent d'un tronc central. -Mais là s'arréle cette apparence mycélienne.

ÉTUDE DE LA LANGUE NOIRE PILEUSE tTo

Cultures. — Le Saccharomyces Unguae-pilosae pousse dans des milieux très variés, naturels ou artificiels et quelle qu'en soit la réaction, neutre, Hicaline ou acide. Cependant, il en est qui lui conviennent niieu.\, notammeni ceux qui sont xucrés el parmi eux encore, ceux dans la cumpOsilion desquels entre la glyrose ou la lenulose el dont la réaction est acide. Par contre, il ne pousse ni dans les milieux Oiannités ou lactoses, ni dans le lail de Vache.

MËmc tullurt-, Ci:l aapuct iiscuilo-inycëlien oal en surtout ilu diïvoliippctnput ilc quulqurs c

exclusivement aérobie, il végète en surface en donnant dan-s les milieux liquides un voile plus ou moins épais et plissé suivant la qualité de ces milieux. Faisant fermenter les divers sucres qu'il utilise, il les transforme en alcool et en acide carbonique qui se dégage à la surface des cultures sous forme de grosses huiles gazeuses.

Il est eulin sans action liqiiéliaute sur la gélatine.

Commen<;ant à cultiver vers 12 <i 13", il donne son maximum de rendement entre 25" et itS». A 40"-41o, il pousse mal et cesse de se développera iâf-W».

Ensemencé sur pomme de terre naturelle, il y forme une mince couche brune, jamais très accusée, sêclie, maie. .\ la longue, la pomme de terre prend la niènie coloration que la culture qu'elle [lorte et qui, par suite, devient assez dillicile ii distinguer.

&ur gélose ordinaire el alcaline, il iloune naissance à un enduit peu abondant, ne s'écartaiit jamais de la strie d'ensemencement,

à bords irréguliers, à surface inégale, blanc, humide, d'aspecl brillant et muqueux.

Sur gélose acide et sucrée ou giyco-glycérinée,cet enduit est |>lus abondant, plus régulier, plus uni et légèrement tomenteux, tout en conservant ses autres caractères distinctifs.

Sur gélatine ordinaire et alcaline, à 20^, il donne un revêtement blanc, brillant, à surface inégale, à bords irréguliers, de consistance muqueuse et envoyant dans l'épaisseur de la gélatine des filaments bien développés, nombreux et serrés donnant à la culture, vue par sa face profonde, un aspect tomenteux bien caractérisé.

Sur gélatine acide et sucrée, le revêtement qu'il produit, toujours de coloration blanche, est plus compact, plus régulier. Mat, son aspect tomenteux, plus développé, s'étend à tout l'ensemble de la culture quelle que soit la face par laquelle on la considère.

Les bouillons simples, neutres, alcalins ou acides, de poule, de veau ou de bœuf, ne lui conviennent guère. Il cultive mal encore dans les mêmes milieux, peptonés et salés, tout. en y poussant plus abondamment. Toutefois, ces derniers se bonifient quand on y ajoute, soit de la glycérine, soit de la glycose, soit ces deux substances à la fois.

Végétant avec plus de vigueur dans les milieux d'origine végétale, eau de pommes de terre, de carotte, bouillon d'asperges, etc., il cultive mieux encore dans le moût de bière et surtout dans les jus de fruits (pommes ou poires à cidre, raisins). C'est notamment dans ces derniers, ainsi que dans les milieux artificiels glycosés ou lévuloses dont il va être parlé, qu'il acquiert le maximum de ses caractères morphologiques et qu'il atteint son plus grand rendement.

En ce qui concerne ceux-ci, non seulement j'ai utilisé les liquides de Raulin, de Cohn, d'Arnaud et Charrin, ces deux derniers préalablement glycosés à o pour 100, mais encore un certain nombre d'autres, inédits, conformes au tableau ci-contre qui |»résente, sous une forme comparative, les différentes combinaisons auxquelles je me suis livré pour varier ces niilieux artificiels qui tous, sans exception, sont favorables.

Si tous comportent, en proportion assez considérable, de l'azote, de l'acide phosphorique, des sels et du sucre, il n'en est pas moins vrai qu'il existe entre eux des différences sensibles; or, celles-ci

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étant sans influence bien appréciable sur le développement de ce Saccliaromyces, il en résulte une indication très nette, concernant la facilité avec laquelle il s^accommode des milieux les plus variés.

Du i*e&te, cette assertion se trouve encore confirmée par ce fait, qu'il est possible d'en obtenir des cultures encore relativement assez fournies, simplement dans de Teau distillée additionnée, à raison de 5 pour 100, de sucre candi, de glycose, de lévulose ou de maltose.

Dans les jus de fruits (pommes, poires, raisins), et dans les milieux artificiels ci-dessus, sa culture est apparente après un séjour de 8 à 10 heures à Tétuve à 37^ A cette époque, il forme déjà un léger voile superficiel blanchâtre, dont les limites s'étendent jusque sur les parois du vase servant de réceptacle; en même temps, le liquide nourricier est, dans tout son ensemble, louche, trouble. Au bout de 24, 36 ou 48 heures, ce voile a augmenté, alors que le milieu qui le supporte s'est éclairci. Dans les jours qui suivent, la culture continue son développement, toujours en surface : le voile qui la caractérise augmente d'épaisseur, de blanc, devient grisâtre, parfois légèrement roux (jus de fruits), se plisse et, s'étalant davantage sur les parois du ballon de culture, monte parfois à une hauteur très considérable, presque jusqu'au bouchon d'ouate; quant au substratum liquide, il reste limpide ou est à peine trouble.

Dans ce dernier cas, son aspect louche est souvent causé par l'agitation que provoque l'active fermentation du sucre à laquelle donne lieu la culture : fermentation caractérisée par la naissance de nombreuses et quelquefois volumineuses bulles gazeuses qui montent et viennent crever à la surface, en soulevant et disloquant quelque peu le voile qui la couvre. Il s'agit là, simplement, d'une abondante production d'acide carbonique, conséquence de la combustion du sucre.

Au bout d'un temps plus ou moins long suivant diverses influences (température, richesse en sucre du milieu nourricier), la culture diminue d'activité : les bulles gazeuses qu'elle produit deviennent plus rares; le milieu se trouble de nouveau s'il s'était éclairci, ou d'une façon plus accusée dans le cas contraire, par suite de la descente progressive d'un certain nombre de cellules se détachant du voile superficiel; celui-ci, à son tour, se segmente

et ses fragments tom])ent et s'accumulent, avec les cellules précédentes, au fond du vase de culture où ils forment un abondant dépôt que surmonte une couche liquide, alcoolique qui, peu à peu, se débarrasse de tous les éléments qu*elle contient encore en suspension, s'éclaircit et retrouve sa limpidité première. Cette dislocation, celte chute du voile, a lieu lentement, progressivement, par bribes, ou sous l'action de la moindre agitation, en gros blocs et tout d'un coup.

La culture est alors terminée par suite de Tépuisement, de la disparition et de la transformation des matériaux nutritifs que le milieu renfermait et qu'elle a utilisés, ou tout au moins de la plus grande partie d'entre eux.

A cette époque et souvent bien avant même, la culture possède une odeur très nette d'alcool, de fruits fermentes, qui parfois, est assez prononcée pour qu'elle imprègne l'atmosphère de l'étuve et soit perceptible à l'ouverture de celle-ci.

L'alcool ainsi produit est de l'alcool ordinaire, ainsi que j'ai pu m'en convaincre par les réactions suivantes qui le caractérisent, à l'exclusion des aldéhydes, de l'acétone, des alcools supérieurs et de l'acide acétique.

En distillant par fractionnement 500 gr. de liquide de Raulin dans lequel a été effectuée, jusqu'à épuisement du milieu, une culture de Saccharomyces linguae-pilosae, j'obtiens 50 cent, cubes d'une liqueur à reflets bleuâtres, irisés, à odeur chaude aromatique.— a), o cent, cubes de cette liqueur sont mélangés à une goutte d'acide chromique étendu d'eau, puis chauffés dans un tube à essais sur la flamme d'un bec de Bunsen; sous l'action de la chaleur, ce mélange, jaune orangé, vire au vert en même temps qu'il dégage une odeur très nette d'aldéhyde. — b), A 10 autres centimètres cubes, j'ajoute 2 grammes de carbonate de soude pur cristallisé et 0 gr. 1 d'iode pulvérisé, puis, je chauffe au bainmarie au voisinage de 60^ jusqu'à la disparition de l'iode; l'odeur safranée si caractéristique de l'iodoforme apparaît et par refroidissement, il se forme au fond du tube un léger dépôt jaune de paillettes chatoyantes que le microscope montre cristallisées sous forme de tables hexagonales régulières. — c). De Tiodoforme est encore obtenu, dans ces conditions, en remplaçant le carbonate de soude par de la potasse, et Tiode par un peu d'iodure de potassium

ioduré en solution. — d), S cent, cubes, traités par la même quantité d'eau chaude, ne laissent aucun précipité et conservent leur limpidité. — e). Enfin, je n'obtiens pas trace de coloration rose, en versant quelques centimètres cubes de cette liqueur, dans une solution de fuchsine décolorée par le bisulfite de soude en solution acide.

Après avoir ainsi déterminé la nature de cet alcool, j'ai cherché ù établir la quantité de sa production. Celle^i, mesurée à Taide du compte-gouttes pipette gradué de Duclaux, varie entre 1 et 5 pour 100, suivant les milieux utilisés et surtout selon la nature du sucre qui entre dans leur composition, toutes choses autres étant égales d'ailleurs. Alors, en effet, que les milieux à la lévulose en donnent 5 pour 100 (exactement 4.85), cette production tombe à 4 [)Our 100 dans ceux qui sont glycosés et à 1 ou i pour 100, au plus, lorsqu'il s'agit de la saccharose ou de la maltose.

Pour fabriquer cette dose d'alcool et pour subvenir aussi à son alimentation et à son développement, le Saccharomyces consomme les neuf dixièmes du sucre mis à sa disposition, au moins en ce qui concerne la glycose. Des milieux renfermant 50 gr. de ce sucre pour 1000, n'en contiennent plus effectivement, quand la culture est terminée, que 5 gr. 44 pour 1000.

Quant au poids de Levure développée dans un tel milieu, il équivaut à 11 gr. pour 1000 de liquide nourricier, en Levure sèche, c'est-à-dire après complète dessiccation à Tétuve à 40°, du filtre sur lequel elle a été recueillie. En Levure humide, ce poids atteint près de 100 gr.

Dans le but d'apprécier, au moins approximativement, l'influence des divers sucres sur le développement de ce Saccharomyces, je procède le 24 novembre à une série de cultures comparatives effectuées dans des conditions identiques de chaleur et d'aération dans une même quantité de liquide de Cohn auquel j'ajoute 5 p. Vo de glycose, de lévulose, de sucre candi, de maltose, de lactose ou de mannite. L'ensemencement a lieu à huit heures du matin avec une quantité de Saccharomyces sensiblement égale et de même origine.

Dans le ballon glycosé, la culture commence à être apparente vers une heure du soir. A six heures, elle forme une couche superficielle déjà épaisse et plissée qui, le lendemain à midi, s'est

ëtude de la langue noire pileuse ^1

étendue sur les parois et a envahi presque toute leur surface libre au-dessus du liquide nutritif.

Le ballon lévulose présente tout d'abord un léger retard, et ce n'est que vers six heures du soir, que la culture apparaît formant un très mince voile. Le 25, à midi, ce voile est aussi abondant, aussi plissé, aussi épais et aussi étendu au-dessus de la couche liquide que dans le ballon précédent. Dans tous deux, le milieu est trouble et il existe un léger dépôt.

Moins apparente encore à six heures du soir est la culture en milieu saccharose. Ici, le 25 à midi, le voile superficiel est mince, blanc, uni, sans plis et moins étalé sur les parois du ballon. Le liquide est limpide et sans dépôt.

Ce n'est que le lendemain matin de Tensemencement, soit le 23 H neuf heures, que le développement de la Levure se manifeste dans le vase contenant de la maltose. Le milieu, limpide et sans dépôt, présente à sa surface une très mince pellicule grisâtre, perceptible seulement lorsqu'on incline le ballon, par la trace qu'elle laisse sur les parois auxquelles elle adhère.

11 n'existe aucun développement dans les deux ballons contenant de la lactose ou de la mannite.

Dans les jours qui suivent, chacun de ces milieux garde son avance et l'accroissement de la culture se poursuit, rapide et abondant pour les glycosé et lévulose, moins vite et moins accusé pour les saccharose et maltosé, pendant qu'il reste nul dans ceux qui contiennent de la lactose et de la mannite.

Dans tous les milieux, quels qu'ils soient, la réaction se modifie sous l'influence du développement du Saccharomyces lingiuiepilosae. Ceux qui sont alcalins ou neutres, diminuent d'alcalinité ou deviennent acides, pendant que ceux qui sont acides voient leur acidité augmenter. C'est ainsi qu'un milieu saccharose alcalin, dont le titre est de 0 gr. 1387 de soude pour 1000, présente une acidité de 1 gr. 9720 pour 1000 évaluée eu acide sulfurique, après le développement complet de la culture qu'il fournit.

RÉSISTANCE A DIVERS AGENTS. — Le Soccluiromyces linyuae-pibsae résiste assez bien à diverses causes de destruction; mais, cette résistance est surtout accusée à l'état sec.

(•ne culture ellectuée dans du liquide de Raulin, conservée.

Archives de ParasUologie^ IV, o» 2, 1901. 19

iSi - A. LIÎCET

après son complet développement à 37^, à la température du laboratoire et à la lumière, est encore susceptible de donner des cultures positives, par ensemencement abondant, au bout de cinq mois (6 avril — 14 septembre).

Une culture semblable gardée à Tétuve à 37^ peut de même être rajeunie après trois mois (5 mai — 20 août).

Cependant, dans ces conditions à 37», toute vitalité est éteinte après quatre mois et demi ou cinq mois, alors qu'une culture sur pomme de terre, complètement desséchée, donne un résultat positif.

Ainsi, le 9 septembre 1900, j'ensemence avec un résultat favo rable, du liquide de Colin glycosé, avec une parcelle de Levure prélevée sur une vieille culture sur pomme de terre, desséchée et racornie par un séjour de cinq mois à Tétuve A 37^; tandis que j'obtiens un résultat négatif avec une culture du même âge (12 avril) faite dans du liquide de Raulin et conservée à la même température.

J'ai déjà dit qu'il ne cultivait pas k 50® : j'ajoute que laissé à (^ette température du 5 novembre au 7, soit 48 heures, en milieu liquide ou sur gélose, puis reporté à 37®, il ne pousse plus.

Chauflé en milieu liquide, dans de petites pipettes capillaires, il est enfin tué en 15 minutes à 70*\ alors qu'à l'état sec, sur des fils de soie, il ne meurt qu'après 2îi à 30 minutes de séjour à 100 degrés.

11 m'a paru intéressant encore de rechercher l'action que possèdent, vis-à-vis de lui, certains agents chimiques usuels.

Le 16 novembre, à sept flacons d'Erlenmeyer contenant chacun ;iO gr. de liquide de Cohn glycosé à 5 pour 100, j'ajoute 2 gr. 30, soit 0 pour 100, de solution de Gram, de salicylate de soude, d'acide borique, d'alun cristallisé, de teinture d'iode, d'acide picrique ou d'acide chromique. Ghacuil d'eux est ensuite et après stérilisation rapide, abondamment ensemencé avec une culture récente, puis j)orté à l'étuve à 38^

Or, seul, le flacon renfermant 5 pour 100 d'alun cristallisé fournit une culture positive. Aucun autre ne donne de résultat.

Pour compléter cette recherche et la parcelle de culture ensemencée ayant été, dans chacun de ces milieux, déposée avec précaution à la surface du liquide, afin qu'elle surnageât, le lendemain 17 novembre soit après 24 heures de contact à 38^ à l'aide d'un fort til de platine en spatule, j'en prélève une petite quantité que je

KTl'OK DE LA LANGUP: NOIRE PILEUSE i&i

reporte dans un milieu neuf sans addition d'aucune substance étrangère.

Dans ces conditions, les solutions salicylées et boriquées apparaissent n'avoir modifié en rien la vitalité des éléments du Saccharomyces qui ont été en contact avec elles. Les nouvelles cultures ainsi failes, se développent rapidement et abondamment. Mais, il n'en est pas de même avec les autres. Cependant, pendant que la solution de Gram et Tacide chromique ne font qu'apporter un retard de 24 à 48 heures dans l'apparition des cultures, celles-ci sont supprimées et tout développement est annihilé en ce qui concerne les parcelles ayant séjourné dans les milieux à la teinture triode et à Tacide picrique.

En résumé, non seulement Taddition à raison de 5 pour 100 aux milieux de culture, de teinture d'iode et d'acide picrique entrave le développement du Saccharomyces linguae-pilosae^ mais encore un séjour de 24 heures à 38^ de cette Levure dans de tels milieux, sufTit pour supprimer ses qualités végétatives. Ces faits ont leur importance au point de vue thérapeutique, les divers traitements utilisés jusqu'alors pour combattre la langue pileuse ayant presque toujours échoué.

Action pathogène. — L'action pathogène du Saccharomyces lingnaepilosae est peu accusée. J'ai pu, en eflet, Tinoculer, sans accidents consécutifs : à la Poule, dans le système veineux ; au Cobaye et au Lapin par voie sous-cutanée ou intra-péritonéale; à ce dernier, dans une des veines de l'oreille.

Cependant, il amène la mort de la Souris blanche en inoculation dans le péritoine et parfois même par simple injection sous-cutanée. Dans ce dernier mode d'infection, il provoque toujours, au point (l'inoculation, la formation d'une petite collection d'abord séropurulente, puis franchement purulente. Celle-ci peut s'ouvrir par mortification de la peau et le sujet guérit, ou au contraire, persister en provoquant l'amaigrissement et un otat cachectique quelquefois suivi de mort.

I. — Le 25 décembre 1899, j'inocule dans une des veines de l'aile gauche, un jeune Coq de l'année, avec deux centimètres cubes d'une culture récente en liquide de Raulin. Résultat négatif.

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