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A PROPOS

DE ï;éléphantiasis du scrotum

PAR

RAPHABLi BliANCHARD

Je ne saurais dire quel auteur a signalé pour la première fois réléphantiasis du scrotum; des renseignements précis me manquent encore à cet égard. Je crois du moins que Dionis, qui, au commencement du XVIII® siècle, enseignait la chirurgie au Jardin du Roi, fut des premiers à parler de cette singulière production néoplasique. La description et la figure qu'il en donne méritent d'être reproduites ici, d'autant plus qu'elles semblent être très peu connues.

« 11 y a, écrit Dionis (1), des sarcocelles de toutes sortes de grosMurs, Fabricius dit en avoir vu de la grosseur de la forme d*uo chapeau ; mais en voicy un que je vous présente (Og. t) qui est si'prodigieusement gros,qu*ii parottroit incroyable s*il n'avoit été mandé par une personne qui n'est pas capable et qui n'a aucun intérêt d'en imposer au public.

» Cestà un pauvre Mc\labou à qui cette effroyable tumeur est survenue dans le scrotum et qui la porte encore présentement, il est a Ponlicheri dans les Indes Orientales, et c*est un H. P. Jésuite qui me Ta mandé, et qui après en avoir fait désigner la ligure me l'a envoyée : la voilà que j'ai fait graver, et voici la Lettre qu'il m'a écrite, que je rapporte icy sans y avoir changé un seul mot.

)) Comme je suis fort persuadé que vous êtes-curieux sur tout ce qui regarde le corps humain, j'ai crû que je vous ferois plaisir de vous faire part d'une curiosité des Indes, qui me pareil fort extraordinaire.

» Il est venu cette année un pauvre Malabou de cinq lieues d'icy qui a voit un sarcocéle inégal dur comme une pierre, il a voit un pied trois pouces et six lignes de longueur, et un pied trois pouces de largeur sur le devant, parce que sur le derrière il étoit plus petit ; il avoit de circonférence trois pieds six pouces et sept lignes, il pesoit autant que je Tay pu juger soixante livres. J'ay cru que je ne devois pas manquer à vous en envoyer la ligure, ce que je fais avec bien du plaisir, afin que vous en puissiez mieux juger : voicy comme cela luy est arrivé à ce qu'il m'a dît.

(1; Dionis, Cours d'opérations de chirurgie, démontrées au Jardin Royal. Paris, 2 édition, in 8' de XXl\-784 p., 1714; cf. p. 311-313.

A PROPOS DE L ELEPHANTIASIS DU SCRUTUU S8

n A l'âge de dix ans il luy vint une lumeur au Krotum. les Malabous l

b\g I — El phantl «lidu scrolii n d.ipr s Dlonls (l'iii. lu}' jirrcerfDi, il en sertit de la matière bien loiiable. l'ayant pensé peu-

eOÛ R. BLANCHARD

dant quelque tems ils ûrent fermer cette playe, trois ou quatre mois après il commença de sentir une pesanteur & cette partie, il n*y Gt rien de quelque temps, et ensuite il commença à s*enfler un peu ; il lut trouver l'homme qui Tavoit traité autrefois ; cet homme luy mit quelques remèdes, cela ne pût pas Tempècher de croître de la grosseur que vous voyez dans cette planche, au commencement il ne pouvoit point marcher, mais la misère l'obligea d'aller demander l'aumône de portes en portes, il s'est accoutumé de marcher peu à peu, et de présent il ne luy fait pas beaucoup de mal, mais cela l'embarasse fort par sa pesanteur, et parce qu'il est obligé de marcher fort large.

» L'année prochaine je vous envoyerai le derrière de la figure, alîn que vous en puissiez mieux juger ; s'il se présente quelqu*autre chose, je vous en ferai part, supposé que cela vous fasse plaisir, oomme je n'en doute pays ; et si j'osols. Monsieur, vous demander la même chose, je le ferois, mais ne l'osant pas, je vous laisse la liberté de le faire ou de ne pas le faire.

» Que si vous me jugez capable de quelque chose dans ce pals cy vous me feriez un sensible plaisir de m'employer en tout ce qui dépendra de moy ; je vous feray voir par mon attachement que je n'ay pas de plus grand plaisir au monde, que de rendre service à une personne qui a tant de zèle pour la conservation du corps humain : J'espère, Monsieur, que vous en serez bien persuadé, puisque je suis avec respect de tout mon cœur.

Monsieur,

À Ponticheri ce 45. Votre trés-humble et très-

Février 1710, au obéissant servi teurt

Royaume de Car- Mazaret,

vata, aux Indes de la Compagnie de Jésus. »

Orientales,

On a publié, depuis quelque dix ans, un grand nombre de figures représentant des individus atteints d'éléphantiasis du scrotum. En voici quelques-unes qui font partie de mes collections (fig. 2-5). Les figures 3 et 4 représentent un même malade, du nom de Soalala, qui fut opéré par le Di^ Conan, médecin de la marine. La figure 5 montre le résultat de ropéralion chirurgicale et l'état des parties un an après celle-ci.

On pourrait multiplier ces figures dans de larges proportions, car cette atroce infirmité n'est point rare, dans la plupart des pays où sévit la filariose, et il est facile de s'en procurer des photographies. J'en possède encore un bon nombre d'inédites, qui ne sont ni plus ni moins intéressantes que celles que chacun connaît. C'est

A PROPOS DE L'ÉLépHANTIASIS DO SCflOTl'M 601

uniquement parce qu'ils me fouraisKent l'occasioa de rectifier une erreur, à laquelle je suis d'ailleurs étranger, que je donne encoi e ici les quatre Tigures ci-jointes {Tig. 6 9).

Ces ligures proviennent de photographies laites par L. V. tîueil, pharmacien de 2" classe des colonies, mort de la lièvre jaune au

H. BLANCHAItn

Sénégal en 1900. Elles coacernent un indigente venu à l'iiàpiul de Saint-Louis, en mars 1899, pour un volumineux élépbsntiasis du scrotum qui datait de quali-e ans. Ce malade Tut opéré par le D^ Kieller, médecin en chef «les colonies ; bien que l'opération eût

Ole pratiquée dans de bonnes conditions, avec une perte de sang très minime, il alla en.s'anémiant rapidement et mourut le 21 mars ; son sang ne renfermyil que iKK» 000 globules rouges p;ir millimèhe cube.

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