LÉSIONS DU FOIE
Le 15 juillet dernier, MM. Cornil et G. Petit ont communiqué à l'Académie des sciences une note sur la cirrhose alrophique du foie dans la distomatose du Bœuf. J'en trouve le texte dans les Compter rendus mis en distribution avant-hier ; la lecture de cette note m'engage à présenter à l'Académie quelques observations (2).
J'ai moi-môme étudié les lésions déterminées dans le foie par la présence de Douves dans les canaux biliaires. Mes observations ont porté sur des foies de Mouton envahis à un haut degré par la petite Douve (Dicrocœlium lanceatum) et sur un foie d'Annamite, provenant des hôpitaux d'Hanoi et envahi à un degré excessif par la Douve chinoise (OpUthorchis sinensis). On peut évaluer à plus de dix mille le nombre des parasites qui remplissaient les canaux biliaires de ce foie d'Annamite ; j'ai pu distribuer très largement de ces Douves à la plupart des helminthologistes fcançais ou étrangers, j'ai pu en envoyer de larges provisions à un bon nombre de Musées, et cependant il en reste encore en ma possession une quantité considérable. Un foie parasité à ce point ne pouvait manquer d'attirer mon attention ; en outre des Vers que j'avais pu en extraire par simple pression ou par quelques sections du parenchyme hépatique, la profondeur de l'organe renfermait encore des légions de parasites, dont l'étude anatomo-pathologique allait permettre de constater les relations avec le tissu ambiant.
Je présente à l'Académie une vingtaine de préparations microscopiques, provenant les unes du foie de Mouton, les autres du foie d*Annamite. En les examinant, on pourra se rendre compte
(1) Communication faite à l'Académie de médecine, le 23 JuUlet 1901. Cf. Bulletin de VAcad, de m'd., (3), XLVI. p. 204-212.
(2) Cornil et G. Petit, La cirrhose alrophique du foie dans la distomatose des Bovidés. Comptes rendus de l'Académie des sciences, CXXXIII, p. 478, 15 iuillet
des lésions profondes qu'a subies l'organe, lésioas sur lesquelles je reviendrai tout à l'heure.
Au moment où je faisais ces recherches, je n'ignorais pas que l'étude anatomo-pathologique de la distomatose chez le Mouton et le Bœuf avait été faite d'une façon très complète, voilà onze ans déjà, par le D' Schaper, qui a publié à ce propos un long mémoire orné de cinq planches (1). Cet auteur a parfaitement décrit les lésions caractéristiques, leurs premières manifestations et leur marche progressivement envahissarnte ; en un mot, il nous a laissé un mémoire très détaillé, auquel on ne saurait ajouter graud'chose.
Il était hors de doute que des lésions identiques s'observeraient dans l'espèce humaine, chez des individus dont les canaux biliaires seraient envahis par de nombreux parasites. Néanmoins, la chose valait la peine d'être vérifiée et méritait une description spéciale.
J'avais précisément à ma disposition un foie très favorable à des recherches de ce genre ; je ne manquai point d'en faire l'étude, comme en témoignent les nombreuses préparations que je présente à l'Académie. Ces préparations achevées, j'étais en train de rédiger le mémoire projeté, quand je reçus un fascicule des Ziegler's Beitràge qui contenait un travail du professeur Katsurada, de rUniversité d'Okayama, au Japon, traitant la môme question (2). J'abandonnai donc la rédaction commencée et, considérant comme acquises les notions nouvelles qui venaient d'être publiées, je ne manquai pas de les exposer avec détails dans mes cours de cette année et de mettre mes préparations sous les yeux des étudiants, pour leur démontrer les lésions que je venais de leur décrire; bien plus, quelques-unes de ces préparations ont même figuré plusieurs fois parmi celles que les candidats à l'examen pratique d'anatoroie pathologique avaient à reconnaître.
(1) A. Schaper, Die Lebercgelkrankheit der Haussâugelhiere. Eine &tlologi9che uDd pathologisch-analomlsche Untersuchung. Deutsche Zeilschrift fur Thierniedicin, XVI, p. 1-95, 1890.
(2) P. Ratsurada, Beilrag zur Kenntniss des Distomum spalhulalum. Zikolbr's Heiiràge zur pathol. Anutomie, XXVIll, p. 479-505, 1900. — K. Yamagiwa, Einige Bemerkangen zu dem Aufsatz des Herro Katsurada : Beitragzur Kenotniss des Distomum s pal hulatum,- Ibidem, XXX, p 155-168, 1901 . —F. Katsurada, Einige Worle der Erwlderung an Herrn Yamagiwa. ibidem, XXX, p 169-174.
Puisque je m'étais laissé devancer par un autre observateur, il me semblait donc inutile de publiera mon tour un mémoire sur un sujet désormais défloré, auquel je ne pouvais rien ajouter d'essentiel. Je ne serais certainement pas sorti de cette réserve, si la note de MM. Cornil et Petit ne me donnait l'occasion de préciser certains faits et de rectifier quelques assertions.
Ces deux observateurs parlent, en propres termes, « du remplissage de tous les canaux biliaires interlobulaires par les Distomes à tous leurs degrés de développement, depuis les œufs innombrables jusqu'aux animaux adultes )>. Il y a, dans cette formule, une fausse interprétation des faits, qu'il serait fâcheux de laisser se propager, vu l'autorité légitime dont jouissent les publications des deux auteurs susdits.
Les Trématodes ne se rencontrent dans les canaux biliaires de l'Homme ou des Mammifères qu'à l'état de Vers adultes, qui pondent des œuis. Ceux-ci commencent à se segmenter dans l'appareil génital de la Douve, mais ces premières phases du développement sont très lentes et, chez beaucoup d'espèces, Fasciola hepatica, par exemple, ne vont même pas jusqu'à la constitution de l'embryon.
Contrairement à ce que laisse entendre la note de MM. Cornil et Petit, l'embryon est incapable d'éclore, ou du moins de poursuivre et d'achever son évolution dans l'organisme d'un être supérieur, tel que le Bœuf ou l'Homme. Il n'est donc pas exact de dire qu'on puisse jamais voir les Douves, dans les canaux biliaires interlobulaires, « à tous leurs degrés de développement, depuis les œufs innombrables jusqu'aux animaux adultes».
Leiir évolution est bien différente. Les œufs tombent dans l'intestin et sont finalement rejetés au dehors avec les déjections. Si les hasards de la dissémination à travers l'espace les amènent dans l'eau, ils y achèvent leur développement, déjà plus ou moins avancé dans l'organisme de leur hôte, puis mettent en liberté un àliracidium, embryon cilié qui nage dans l'élément liquide à la façon d'un Infusoire. Le Miracidium est condamné à une mort rapide, à moins qu'il n'ait la chance de rencontrer, au hasard de ses déplacements, un Mollusque qui puisse lui donner abri et dans les tissus duquel il puisse poursuivre son évolution. Les chances d'une pareille rencontre sont bien peu nombreuses, et c'est assurément pour parer dans la mesure du possible aux pertes résultant
de la mort de la plupart des Jlftractdtttm,'que la Nature a doné les Trématodes d'une fécondité excessive : sur le nombre immense d'œufs pondus par chacun de ces animaux, il en est du moins une petite quantité qui pourront arriver dans Teau des ruisseaux ou des étangs et y donneront naissance chacun à un embryon cilié.
Cette première condition favorable étant réalisée, et l'on voit combien de périls l'entourent, la suite de l'évolution de la Douve n'est nullement certaine. Il est indispensable, avons-nous dit, que l'embryon cilié pénètre dans le corps d*un Mollusque ; mais parmi les Mollusques d'espèce variée qui peuplent nos eaux douces^ tous ne sauraient convenir et jouer avec un égal succès le rôle d^hôtes intermédiaires à l'égard du Trématode. Il existe, au contraire, une spécialisation remarquable : pour s'en tenir aux Douves de nos pays, les seules d'ailleurs dont les métamorphoses compliquées soient actuellement connues, on sait que la grande Douve du foie (Fasciola hepatica), qui se rencontre chez le Mouton, le Bœuf et l'Homme, ne peut parcourir les phases diverses de son développement que dans le corps de la Limnœa truncatulay petit Gastéropode pulmoné qui abonde dans les ruisseaux et les eaux stagnantes de nos prairies ; on pense de môme, sans en avoir encore une preuve absolue, que la petite Douve du foie (Dicrocœlium lanceatum) va se loger dans le corps du Planorbis marginatus, autre Gastéropode pulmoné, qui vit dans les mêmes lieux que le précédent. Supposez qu'il y ait un chassé-croisé entre les Miracidium de nos deux Douves : aucun d'eux, n'ayant rencontré son hôte approprié, ne pourra se développer.
On conçoit donc que, même quand les œufs ont été entraînés par le vent ou la pluie jusque dans l'eau où vivent les Mollusques, les embryons ciliés aient bien peu de chances de rencontrer l'hôte qui leur convienne et de poursuivre leur développement. Aussi la Nature, pour assurer, malgré tous ces obstacles, la perpétuité de l'espèce, a-t-elle pris un véritable luxe de précautions, dont le Règne animal tout entier ne nous offre qu'un très petit nombre d'exemples.
Sans entrer dans des détails trop techniques, indiquons rapidement les phases successives que traverse la Douve au cours de son développement.
Le Sporocyste dérive du Miracidium par une simple mue; il est
déjà logé dans les organes du Mollusque et produit, par un actif phénomène de bourgeonnement interne, un grand nombre de Rédies, qu'il met en liberté par simple déchirure de sa paroi. Chaque Rédie se comporte de même et donne naissance, par bourgeonnement, à une seconde génération de Rédies. Il peut se produire ainsi, dans le cours d'une même saison et dans le corps d'un même Mollusque, un certain nombre de générations de Rédies qui dérivent toutes les unes des autres.
Finalement, la dernière de ces générations produit, parce même procédé de bourgeonnement interne, des êtres d'une structure très particulière, auquel on a donné le nom de Cercaires. Chaque Cercaire est finalement destinée à devenir une Douve adulte, par une métamorphose très simple que nous indiquerons tout à l'heure.
Au cours du développement des Trématodes, il se produit donc successivement plusieurs générations agames, qui ont pour résultat essentiel de multiplier dans des proportions considérables le nombre des individus jeunes, si bien que l'œuf de la Douve ne produit pas une Douve unique, mais bien un nombre très élevé de Douves. Les Cestodes nous présentent des phénomènes analogues, bien que morphologiquement beaucoup plus simples : tandis que le Gysticerque ou larve cystique du Ts&nia solium ne porte qu'une seule tôte, d'où dérivera un seul Ténia adulte, le Cœnure ou larve cystique du Tœnia cœnunis porte plusieurs têtes, d'où dériveront tout autant de Ténias, et l'Hydatide ou larve cystique du Tœnia echinococcus produit intérieurement, par un phénomène de bourgeonnement compliqué, un très grand nombre de têtes, dont chacune est capable de devenir un Ténia adulte.
Pourvues d'une longue queue et douées d'une grande agilité, les Cercaires quittent le corps du Mollusque, nagent dans Teau, puis finissent par s'enkyster à la surface d'une plante aquatique. Un Mouton ou un Bœuf, qui viennent s'abreuver au ruisseau ou brouter l'herbe qui croît sur ses bords, vont donc pouvoir avaler les Cercaires, soit en déglutissant le Gastéropode qui les héberge encore, soit en buvant l'eau où elles nagent, soit en mangeant l'herbe où elles se sont posées. Le premier de ces procédés est sans doute hors de cause en ce qui concerne Tinfestation de THomme, du moins par les Douves de nos pays, qui se développent dans des Mollusques non comestibles, mais il nous montre de quelle façon
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peuvent nous aborder des Trématodes logés dans les tissus de Mollusques d'eau douce que, dans certaines autres contrées, on aurait l'habitude de manger crus.
Les deux autres provenances du parasite sont valables aussi bien pour THomme que pour les animaux, puisqu'il suffît, pour s'infester, de boire l'eau des étangs ou des ruisseaux, ou de manger les plantes, telles que le Cresson, qui y poussent normalement.
Arrivées dans l'intestin par l'un quelconque de ces trois procédés, les Cercaires remontent par le canal cholédoque jusque dans les canaux biliaires, perdent leurqueueetse transforment ainsi en jeunes Douves. Celles-ci n'ont plus qu'à grandir pour devenir adultes et aptes à pondre des œufs.
Telles sont, d'une façon concise, les métamorphoses que subissent les Douves du foie. On voit donc qu'il ne saurait y avoir jamais dans les canaux biliaires que les Douves et leurs œufs.
Dans aucun cas, les parasites ne sont capables de se multiplier dans le foie : quand ils s'y rencontrent en nombre excessif, comme cela arrive souvent chez le Mouton pour la petite Douve (Dicrocœlium lanceatum) et chez l'Homme pour la Douve chinoise (Opiuhorchis sinemis\ leur grand nombre tient uniquement à des infestations répétées, continues, grâce auxquelles ils s'accumulent à eux-mêmes, d'autant plus que certaines observations de Douve hépatique (Fasciola hepatica) dans l'espèce humaine démontrent que les helminthes de ce groupe sont doués d*une très grande longévité et peuvent rester des mois et des années dans les voies biliaires.
.Dans ces conditions, il est aisé de comprendre que l'organe hépatique ne reste pas indifférent en présence de parasites aussi nombreux, aussi permanents, et qu'il s'établisse, d'une manière lente et progressive, des lésions qui, avec le temps, pourront présenter un caractère d'exceptionnelle gravité.
Ces lésions, Schaper et Katsurada (1) les décrivent de la même
(1) Cet auteur déalgne h tort la Douve chinoise sous le nom de Dislomum spathulalum Leuckart. 1876. Cette dénomination doit être remplacée, pour des raisons de priorllé, par celle de Dintomum sinense Cobbold, 1875. J'ai étnbU, en 1895, le genre Opisthorchis pour les Distomes chez lesquels les testicules sont en arrière de l'appareil génital femelle. Le parasite qui nous occupe rentre dans cotte catégorie : son nom déflnlUf est donc OpUlhorchis sinensis ^Cobbold, 1875) B. Blanchard, 1895.
manière, le premier ctiez le Bœuf et le Mouton, le second dans l'espèce humaine ; MM. Cornil et Petit ont retrouvé ces mêmes lésions, et les préparations que je présente à TAcadémie vont permettre à mes collègues de constater, chez le Mouton et chez l'Homme, en quoi elles consistent. Ces faits étant connus, j'en donnerai une très brève description.
Si Ton examine un foie de Mouton normal, non parasité, on constate que les lobules sont fusionnés les uns avec les autres^ le tissu conjonctif étant ici réduit au minimum. T^s espaces interlobulaires qui, chez d'autres espèces animales, sont marqués par un amas triangulaire de tissu conjonctif, dans lequel rampent d'une part, les branches terminales de la veine porte et, d*autre part, les caoalicules biliaires sortant des lobules, ne sont indiquées ici que parla section de ces vaisseaux ou canaux, à lumière étroite, et autour desquels le tissu conjonctif fait à peu près complètement défaut.
Examinons au contraire une coupe d'un foie de Mouton envahi parla petite Douve (Dicrocœlium lanceatum) : l'aspect est bien différent. Il en est de même dans le foie d'Annamite envahi par la Douve chinoise : en sorte qu'on peut réunir en une même description les apparences constatées dans les deux cas.
Les lésions sont de deux sortes : elles portent tout à la fois sur les canaux biliaires et sur le parenchyme hépatique.
Les deux Douves que nous prenons comme types ont sensiblement la même dimension; VOpisthorchû sinensis, qui est le plus volumineux de ces deux Helminthes, a une longueur moyenne de 12 millimètres et une largeur de 3 millimètres. Quand ces Vers pénètrent dans les canaux biliaires, ils en obstruent complètement la lumière; l'obstruction est d'autant plus complète qu'ils sont plus nombreux et qu*ils remontent plus loin vers l'origine des canaux. Le premier résultat d'une telle invasion est donc la stase de la bile et consécutivement la dilatation des canaux. Ceux-ci acquièrent des dimensions considérables, en même temps que leur paroi, aussi bien dans sa couche épithéliale que dans sa couche conjonctive, subit de profondes modifications.
On s'accorde pour attribuer ces dernières à des causes purement mécaniques ; il est certain que de telles causes jouent un rôle important, mais il nous semble difficile de méconnaître que les Douves ne se comportent pas simplement comme des corps étran-
gers. En eflet, notre collègue M. Raillîet a démontré que la grande Douve du foie (Fasciola hepatica) se nourrit de sang, qu'elle puise directement dans les capillaires serpentant dans l'épaisseur des canaux ; on est donc conduit à admettre que les autres Douves, bien que de plus petite taille, ne sont pas sans agir, elles aussi, de la même manière sur la muqueuse des canaux biliaires. Il faut donc attribuer au parasite une large part dans la production des lésions, et cette conception est la seule, pensons*nous, qui rende compte d'une façon satisfaisante des modifications que Ton peut observer.
L'épithélium des canaux biliaires présente tous les signes d'une vive irritation catarrhale; les mucosités qu'il déverse dans les canaux sont reconnaissables sur les coupes et contribuent encore à Toblitération de ceux-ci. Les glandes subissent une hypertrophie considérable, qui s'accentue progressivement et qui arrive à constituer un adénome très étendu, dont on chercherait vainement un exemple dans d'autres tissus pathologiques. Des canaux biliaires de néoformation se montrent en grand nombre à côté du canal principal, avec lequel ils communiquent du reste; on peut donc voir sur une même coupe une sorte de nodule qui peut atteindre un diamètre de plusieurs millimètres et dans lequel on trouve côte à côte les sections d'un grand nombre de canaux. Tous ceux-ci présentent d'ailleurs les mêmes lésions, mais le canal principal, autour duquel sont venus se grouper tous les autres, est d'ordinaire le seul qui renferme les parasites. Ces derniers peuvent s'y trouver en nombre considérable ; il .est des coupes sur lesquelles on voit trois et même jusqu'à quatre et cinq Douves accolées les unes aux autres.
La couche conjonctive des canaux biliaires a subi de son côté une prolifération très active. Elle acquiert progressivement une énorme épaisseur : elle refoule devant elle l'épithélium et contribue ainsi à l'oblitération du canal ; elle refoule, d autre part, et comprime le tissu hépatique, qui va subir secondairement des lésions notables. Ce tissu conjonctif est formé de fibres, au milieu desquelles apparaissent des amas de cellules arrondies qui montrent que la prolifération est encore active ; on y voit également des vaisseaux sanguins qui résultent, sans aucun doute, d'une intensité plus grande de la circulation.
Cette poussée conjonctive, qui se manifeste autour du canalicule
biliaire, ne reste pas confinée en ce point ; elle fuse entre les lobules, réunit'les uns aux autres les espaces porte et repousse de tous côtés le parenchyme hépatique, aux dépens duquel elle se loge. On assiste ainsi à la production d'une cirrhose qui, avec le temps, acquiert des proportions considérables. Le tissu du fois, enserré de toutes parts au milieu de ce néoplasme qui l'étouffé, subit la dégénérescence granuleuse ou graisseuse, suivant les cellules, et s'atrophie petit à petit. Il ne m'a pas semblé que Torgane, considéré dans son ensemble, diminuât notablement de volume, mais MM. Cornil et Petit, qui ont étudié la maladie chez le Bœuf et qui ont sans doute observé de nombreux cas, estiment que la cirrhose conduit à une atrophie fibreuse du foie.
Des lésions aussi importantes ont un retentissement marqué sur la nutrition générale. L'arrêt de la bile, qui n'arrive plus qu'avec difficulté jusque dans l'intestin, a pour conséquence des troubles de la digestion et de l'absorption. La compression des branches de division de la veine porte détermine une stase sanguine vers les origines de cette même veine, d'où résulte évidemment l'ascite qu'il est si fréquent d'observer au cours de la maladie. Cette affection est donc au nombre des plus graves maladies parasitaires, d'autant plus que l'on est absolument dépourvu de tout moyen d'action sur les Vers logés dans les canaux biliaires.