L. JOUBIN
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Celle vie parlagée enlre ses éludes, ses devoirs de professeur el sa famille dura jusque vers 1854.
Pour être plus Iraoquille el n'élre dérangé par aucune obligalion imporlune, il s'élait inslallé dans la banlieue de Rennes, dans une vieille petite maison, alors en pleine campagne, ressemblant plutôl à une ferme qu'à Thabilation d'un savant. Il avail un assez grand jardin, une grande salle au rez-de-chaussée el une cuisine assez vasle. Vivant là comme un ermite, il avail jugé sans doute que la cuisine el la vaisselle étaient absolument inutiles ; aussi avail-il transformé le rez-de-chaussée de sa maison en un aquarium, el les assielles, les verres el les carafes en autant de récipients où il faisail des cultures (le mol esl de lui) d'Infusoires, de Rotifëres, arrivanl à les trier, à les nourrir, de façon à n'avoir qu'une espèce par vase ; loul cela élait dans un ordre admirable ; ses notes, vérilable journal de l'aquarium, el donl je n'ai malheureusement relrouvé que des fragments, atleslenl le soin minutieux avec lequel tous ces récipients élaienl numérotés el les expériences conduites. Cependanl Dujardin, gardien^aloux de ce sanctuaire, consentait quelquefois à y laisser pénétrer de rares néophytes : l'abbé Hodé fut du nombre, el c'est de lui que je tiens ces délails. Il ne fui pas le seul. J'ai déjà dit la place que les alTections de famille lenaient dans le cœur de Dujardin. Une de ses nièces m'a raconté qu'ayant alors six ou sepl ans, elle avail quelquefois la permission d'accompagner son oncle dans la mystérieuse cuisine lorsqu'elle avait été bien sage ; mais on ne pouvail lâcher la main du savant qui craignail qu'un petit doigt indiscret, Irempé dans une assielle, puis dans une autre, ne vint altérer la pureté des cultures si laborieusement sélectionnées.
Cet emploi inatlendu de la vaisselle ne devait guère gêner Dujardin dans son ménage. J'ai relrouvé dans ses papiers quelques feuillets où, avec le soin qu'il apportait en loul, sont inscrites ses dépenses : quelques sous de lait, des fruits, du bouillon, presque jamais de viande, en faisaienl tous les frais. Il ne faudrait cependanl pas conclure de celte modestie que Dujardin était avare; bien au contraire, tous les témoignages que j*ai recueillis s'accordent pour vanter sa bonté, sa générosité et son extrême charité. Ses habitudes élaienl simples, voilà tout.
Celle vie retirée, cette solitude qui durait les deux tiers de
NOTICES BIOGRAPHIQUES. — F. DDJARDIN
l'année, pesaient cependant à Dujardin. Je trouve dans une lettre du 3 janvier 1849, écrite à sa femme, les lignes suivantes : u II est bien certain que sans mes études continuelles je serai déjà mort d'ennui et de. tristesse, moi qui étais fait pour la vie de famille, pour le mouvement quotidien et perpétuel qui m'avait eptouré pendant plus de vingt-quatre ans, et dont j'avais cru d'abord que je
Fig. 1. — Maison de Dajardin, près l'église Saint-flélier.
ne pourrais pas me passer. Mais la nécessité, de sa main de fer, nous force à subir ses tristes conditions. Je m'efforce d'espérer un changement favorable dans notre position et malheureusement chaque jour semble mettre un grain de sable dans l'autre plateau de la balance. »
La petite maison de Dujardin, qui existe encore et dont on peut voir ici une photographie (fig. 1), touchait à l'église Saint-Hélîer, alors pauvre paroisse de village, actuellement incorporée à la ville de Rennes, mais plus délabrée encore qu'il y a cinquante ans.