‹ Archives de parasitologie (volume 3)Chapitre 6 sur 127 · L. JOUBIN · texte numérisé non relu

L. JOUBIN

Ses travaux géologiques ne me retiendront pas longuement, car ils sortent trop du cadre de ces Archives, Ce sont ses œuvres de début ; elles se rapportent presque exclusivement à la Touraine, à sa constitution géologique, à ses minéraux et à ses fossiles. A propos de la description d'un puits artésien creusé à Tours, il a fait connaître le premier le phénomène du rejet à U surface du sol de graines et de fragments d'Insectes transportés pendant de longs trajets souterrains, en suivant le fond des bassins géologiques. Il a décrit des poudingues formés de spicules d'Épongés, donné un important mémoire, avec six planches, contenant la description des fossiles, alors peu connus, des faluns de la Touraine, étudié les Polypiers de la craie, constaté la présence de trous de communication entre les loges voisines des Bryozoaires, d'où il conclut que l'on ne peut admettre une vie isolée pour chacun des individus ; c'était un premier pas dans la théorie des Colonies animales. Il avait gravé lui-même cinq planches d'un mémoire sur les Bryozoaires fossiles, mais elles n'ont jamais paru, bien qu'elles aient été présentées à l'Académie des sciences. Enfin, pendant son séjour à la Faculté de Toulouse, il a donné une intéressante description d'une tète d*Hyamofion trouvée sur les bords du Tarn.

En botanique, on doit à Dujardin une Flore complète d'Indre-et- Loire, publiée avec la collaboration (insignifiante d'ailleurs) de deux autres personnes; c'est le résumé de plusieurs années d'herborisations méthodiques. Sa seconde thèse pour le doctorat èssciences avait pour objet l'étude de quelques végétaux inférieurs et en particulier des Nostoc. On trouve enfin de lui une note sur I9 structure microscopique de la pulpe des graines oléagineuses.

En physique, on peut citer de lui, outre son appareil d'éclairage du microscope, l'invention d'un système de lentilles et de prismes pour observer les raies du spectre. C'est lui aussi qui a découvert que la térébenthine permet de limer le verre sur lequel on en verse, de l'équarrir et de le couper sans le casser. Ce procédé est encore aujourd'hui d'un usage courant.

Ces recherches, pour ainsi dire accessoires, n'occupent qu'une place restreinte dans l'ensemble de son œuvre. C'est en zoologie que ses travaux lui assurent une place éminente.

Versé de très bonne heure dans la connaissance des mathématiques, de la physique, de la chimie, Dujardin avait acquis une précision d'esprit, une rigueur de raisonnement qui furent la caractéristique de ses travaux. Il appliqua aux sciences naturelles les principes des sciences exactes et c'est en grande partie à cette méthode qu'il dut ses découvertes les plus importantes. D'autre part, sa grande habileté manuelle lui permit d'apporter dans les dissections, dans le dispositif de ses appareils, dans l'exécution de ses dessins, que souvent il gravait lui-même sur cuivre ou sur acier, une ingéniosité de perfectionnements qui constituaient toujours des progrès sur les méthodes contemporaines.

Ses premiers travaux zoologiques portèrent sur les êtres microscopiques. 11 débuta en 1835 par la découverte des Rhizopodes, groupe qui depuis lors a conservé non seulement cette dénomination, mais les caractères fondamentaux qu'il lui avait attribués. J'ai déjà fait ressortir l'intérêt de cette observation qui lui permit de reconnaître la véritable nature des prétendus Céphalopodes microscopiques qui ne sont que des Rhizopodes à coquilles calcaires, tellement abondants dans certains terrains qu'ils en constituent presque à eux seuls les assises les plus épaisses.

C'est l'étude de ces êtres rudimentaires qui le conduisit à la découverte de la matière vivante primitive, (Ju Sarcode, 11 fît constater aux naturalistes incrédules la réalité de « cette substance animale primaire qui s'étend et pousse comme des racines », dépourvue d'organes, et pourtant capable de se déplacer. Il réussit à détruire la coquille de ces Rhizopodes pour en extraire l'animal, opération d'une délicatesse infinie qui lui permit de montrer les lobes qui se recouvrent successivement et forment tout ce qu'il y a de vivant dans ces petits êtres d'apparence si complexe.

11 constata la formation des pseudopodes en fils, en réseaux, en lobes, si importants aujourd'hui pour la distinction des diverses sections des Protozoaires ; il vit les courants protoplasmiques du sarcode qui amènent dans le corps les particules alimentaires le long des pseudopodes. Ses figures de la Gromie et de la Miliole sont devenues classiques, on les reproduit partout, sans d'ailleurs indiquer leur provenance. Cherchant plus tard à rassembler des faits justifiant de plus en plus l'établissement de ses Rhizopodes, il

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montra ridentité des Amibes avec eux, la seule différence sérieuse étant Tabsence d'une coquille.

C'est de cette époque, à propos des premières publications de Du jardin sur les Protozoaires, que date le commencement de sa célèbre polémique avec Ehrenberg, dont j ai parlé plus haut. Le savant allemand, qui est d'ailleurs un très grand naturaliste, prétendait voir dans les êtres les plus inférieurs les organes que Ton trouve dans les plus élevés. Il soutenait, notamment, que les Infusoires contenaient un tube digestif pourvu d'une quantité variable de poches latérales, d'estomacs, d'où le nom qu'il leur donnait de Poly gastriques. Il y voyait aussi des vaisseaux, des nerfs, des organes génitaux. Ne trouvant rien de tout ce que son contradicteur annonçait, constatant, outre des erreurs manifestes, le vague des descriptions et des dessins, se fondant sur les doutes qu'Ehrenberg élevait lui-même à chaque instant, le naturaliste français chercha tout d'abord une base plus solide, appuyée sur des faits incontestables, pour asseoir une théorie des Protozoaires; il la trouva dans sa découverte du Sarcode. Je lui emprunte ici deux passages qui mettent en lumière la rigueur de sa méthode et la netteté de sa formule du Sarcode.

« Quand un fait, en opposition avec les systèmes, vient à se produire, il doit rencontrer une foule de résistances à vaincre ; mais enfin quand il se montre avec évidence, il est admis, au moins comme un fait exceptionnel par tous les observateurs consciencieux ; cependant, quand d'exception en exception, on arrive à un ensemble d'observations qui toutes admettent le même mode d'explication, alors il est permis de douter que ces faits soient des exceptions réelles. Tel est le point où je crois être arrivé et lorsque j'aurai publié successivement les observations sur lesquelles je fonde mon opinion, on jugera si je me suis écarté de la vérité. » (1)

Voici, extraite du même mémoire, sa défmition du Sarcode :

« Je propose de nommer ainsi ce que d'autres observateurs ont nommé une gelée vivante, cette substance giutineuse, diaphane, insoluble dans l'eau, se contractant en masses globuleuses, s'attachant aux aiguilles de dissection, et se laissant étirer comme du mucus, enfm, se trouvant dans tous les animaux inférieurs interposée aux autres éléments de structure. »

(i) Annales des Sciences naturelles, 18^, p. 3&3.

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Il constate ensuite que la potasse hâte sa décomposition, que l'acide nitrique et l'alcool le coagulent, qu'il peut se produire des vacuoles dans sa masse, etc.. On n'a, depuis Du jardin, pas changé grand'chose à ces définitions ; on y a fait des additions et surtout on a remplacé le mot de Sarcode par celui de Protoplasma.

Dans le môme mémoire il démontrait encore l'inanité des prétendus estomacs décrits par Ehrenberg; il fit voir que ce sont de simples vésicules se formant au-dessous de la bouche autour des aliments qui baignent dans une gouttelette liquide. C'était le renversement de la théorie des Polygastriques. J'ai parlé plus haut de l'accueil défavorable qui tout d'abord fut fait aux découvertes de Dujardin; je n'y reviens donc plus. Il faut seulement faire remarquer qu'elles se sont imposées, et que, de Tautre côté du Rhin, on cherche maintenant à les attribuer à von Sîebold. Or, il est vraiment curieux que, dans les papiers mis à ma disposition par la famille de Dujardin, se trouve précisément une lettre de Siebold, dont on trouvera ci-contre le fac-similé et dans laquelle le célèbre naturaliste allemand se déclare convaincu de la justesse des critiques formulées par Dujardin contre les théories d'Ehrenbergl

Mais Dujardin était tenace ; il avait conscience qu'il était dans le vrai et aucune difficulté ne pouvait le faire reculer. Il rédigea en 1838 un nouveau mémoire qui lui servit de thèse de doctorat. Il établit l'historique des Infusoires (Protozoaires actuels), montra les suppositions, les erreurs, les théories invraisemblables auxquelles ils ont donné lieu et qui provenaient souvent de la tendance des naturalistes (( à généraliser d'une manière affirmative ce qu'on a présenté dubitativement dans tous les cas particuliers, comme si une somme de doutes pouvait produire une affirmation )).

Reprenant l'étude du sarcode, Dujardin complète sa définition de 1835, reconnaît chez les Protozoaires la présence d'une couche superficielle plus dense que l'interne, constate la présence des granulations accessoires chez les plus élevés, prouve que des fragments dilacérés de Sarcode peuvent donner naissance à de nouveaux individus. Je ne puis entrer dans le détail de ce livre qui contient encore une foule de renseignements sur les orifices, les vésicules pulsatiles à orifices temporaires, sur les courants internes de l'endosarc qui entraînent les vacuoles alimentaires.

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