SUR UN CAS DE FRAMBOESIA OBSERVÉ EN ALGERIE
lent ou dans le fond des ulcérations, la consistance plus molle, le groupement. Les cultures, elles-mêmes, nous permettent de séparer les deux aiîections ; le Botryocoque si spécial de Dor se différencie très nettement du Staphylocoque vulgaire que nous avons isolé. Il est à remarquer cependant combien sont suggestifs des cas comme celui que nous étudions actuellement. Il est certain qu'un Staphylocoque, même banal, peut déterminer par sa présence dans les tissus une réaction telle de la part de ceux-ci, qu'il en résulte la multiplication de leurs éléments constitutifs et une néo-formation cellulaire. Peut-être y a-t-il, dans ces [)roductions si mal connues encore, au point de vue de Tétiologie et de la pathogénie, une série d'échelons correspondant à des diflférencialions morphologiques et biologiques d'un même agent pathogène. Peut-être le Botryocoque n*esl-il que l'un des termes ultimes de la différenciation fonctionnelle et acquise d'un Staphylocoque banal? Toutes ces questions sont encore beaucoup trop incertaines pour qu'on puisse prendre V)Osition en faveur de telle ou telle opinion. Quoi qu'il en soit, notre cas personnel ne paraît pas pouvoir rentrer dans le cadre pathologique de la bolryomycose, telle que l'ont décrite Dor et Poncet.
Il nous reste à examiner l'hypothèse de frambœsia. Généralement la frambœsia, dans sa forme typique et bien caractéristique, a une évolution fébrile, s'accompagne de douleurs articulaires et procède par ï)oussées aiguës de papules ou papulo-pustules, disséminées sur les divers points du corps, auxquelles fait suite la transformation papillomateuse. Cependant, Davidson (p. 513) reconnaît que l'éruption peut n'être précédée d'aucun phénomène prémonitoire, et Manson (p. 425) admet que ces symptômes sont difficilement perceptibles et échappent à l'observation. D'un autre côté, le même auteur nous apprend (p. 429) que l'affection peut se borner à l'apparition d'un ou deux amas papilliformes et se limiter à une région circonscrite de la peau. Entin, il signale comme siège le plus fréquent de cette maladie les extrémités inférieures. D'ailleurs, l'enquête officielle faite sur l'ordre du gouvernement britannique dans les Indes anglaises, en 1873, a bien mis en lumière ce fait que souvent, Tunique manifestation de la maladie est la lésion cutanée.
La maladie que nous avons observée peut donc rentrer dans le
groupe des frambœsia, puisqu'elle s'y rattache par sa conformation, son mode d'évolution (développement), et ses caractères nettement infectieux.
L'objection que cette affection est exclusivement tropicale, n'a guère de valeur, car tous les jours on s'aperçoit que les maladies ont des foyers plus étendus qu'on ne l'avait cru jusqu'à présent. Il n'y a donc rien d'impossible à ce que la frambœsia soit observée en Algérie; d'ailleurs, Scheube mentionne l'Algérie comme une des contrées dans lesquelles elle peut se développer.
Nous pensons que l'affection congénitale de notre malade, qui n'est ni de la lèpre, ni de l'elephantiasis, n'a eu sur l'accident local que nous étudions, aucun rôle actif si ce n'est celui de permettre, en tant que terrain favorable, l'évolution du germe infectieux. H est évident, à notre avis, que les papillomes ne sont qu'un épiphénomène accidentel, n'ayant aucune dépendance directe avec la maladie héréditaire signalée en passant. D'ailleurs, nous avons l'intention de continuer à étudier le sang de notre malade où nous n'avons pu encore rencontrer aucun parasite, filaire ou autre.
Conclusion. — La femme P. a présenté un cas de frambœsia localisé au membre inférieur gauche. Cette maladie paraît causée par le Staphylocoque que les cultures nous ont permis de retirer du sang et que les coupes nous ont montré envahissant les vaisseaux et les tissus dans leur voisinage. Ce Microcoque semble n'être qu'une variété du Staphylocoque pyogène doré, ayant perdu une partie de ses propriétés biologiques.