L. JOUBIN
légale, aux expertises commerciales. On se demande, lorsqu'on se reporte aux moyens si rudimentaires dont il disposait, à l'état de la science à cette époque, comment il a pu arriver à rassembler et à grouper tant d'observations. Ce petit livre représente une somme de travail réellement effrayante.
C'est encore à propos des études de microscopie de Du jardin qu'il convient de citer ses travaux sur les spermatozoïdes qui sont exposés dans une série de mémoires de 1837 et 1838. Ces petits corps, qui avaient donné lieu aux descriptions et aux interprétations les plus fantaisistes, sont décrits pour la première fois avec de très bonnes figures chez divers animaux. L'auteur mit en évidence la présence du noyau dans la tète, la pièce intermédiaire, la longueur exacte du filament caudal chez l'Homme et divers Mammifères ; il le fit voir également chez les Poissons où il avait été nié ', il montra la membrane ondulante de la queue du spermatozoïde de la Salamandre ainsi que la forme allongée de sa tète.
C'est aussi pendant ces années si fécondes, que Dujardin a publié une note sur les globules du sang ; il étudie Taction de divers réactifs sur les corpuscules sanguins, notamment sur les globules blancs dont il constate les contractions araiboïdes, et la nature analogue à celle du sarcode des êtres inférieurs ; il les avait vu s'étirer à leurs points de contact.
Dans une autre note (1836), il avait montré que les canalicules de l'ivoire des dents ne sont point tapissés, comme on le croyait, par un épithélium, mais remplis par un filament sarcodique.
En collaboration avec Verger il donna en 1838 une note sur. l'histologie du foie, dans laquelle le lobule hépatique, tel que nous le concevons aujourd'hui est parfaitement décrit, surtout au point de vue de ses relations avec les veines porte et sus-hépatique et avec les capillaires veineux qui les réunissent. L'importance de cette note me paraît injustement méconnue, car, si je ne me trompe, nulle part avant lui l'élément hépatique n'avait été décrit avec autant de netteté et d'exactitude, dans ses rapports avec l'appareil vasculaire.
Reprenons maintenant l'ordre zoologique dans l'examen des travaux de Dujardin.
L'étude des Éponges lui fournit, en 1838, l'objet d'un court mémoire dans les Annales des sciences naturelles; mais si la note est brève, elle n'en est pas moins importante car elle contient trois découvertes du plus grand intérêt. Il y décrit pour la première fois une Éponge qu'il nomma Halisarca, à laquelle, plus tard, le grand spongiologue anglais Johnston a donné le nom complet de Halisa/rca Dujardivi; elle est remarquable par ce fait, extraordinaire chez les Éponges, qu'elle n'a pas de spicules; encore actuellement elle embarrasse fort les classifîcateurs qui ne savent trop où la ranger.
On discutait beaucoup à cette époque sur la nature animale ou végétale des Éponges. Dujardin trouva les cellules que l'on nomme aujourd'hui les choanocytes, mais toutefois sans voir la collerette qui les surmonte, ce qui n'a rien de surprenant, puisqu'on ne la met en évidence qu'au moyen de réactifs alors inconnus; il découvrit le flagellum de ces singuliers éléments, les globules amiboides circulant dans le corps de ces êtres, et trancha du coup, dans le sens de l'animalité, la question qui divisait les naturalistes et qui n'a plus été mise en discussion depuis. Enfin, dans ce mémoire, il démontre que les spicules sont une production des tissus de l'animal et non pas une cristallisation indépendante comme celle que l'on trouve dans les tissus de certains végétaux.
Les recherches de Dujardin sur les Cœlentérés ne sont pas moins intéressantes. Elles font l'objet de plusieurs mémoires, de 1843 à 1845. Il complète et étend la découverte toute récente, par Sars, de la Méduse intercalée dans le cycle évolutif des Hydraires; il en trouve plusieurs formes nouvelles dont il suit le développement et étudie le rôle, notamment dans la ponte. Il décrit avec beaucoup d'exactitude les capsules filifères que nous nommons actuellement les nématocystes, et montre que cet élément est commun aux Hydraires, aux Acalèphes et aux Anthozoaires. Il faut lire le passage où il résume la biologie des Hydraires et les relations de leurs différentes formes. En voici quelques lignes :
(( De ces observations il résulte qu'une Méduse est bien réellement une phase du développement d'un Polype hydraire, la phase de fructification et non sa larve; non plus que le polype n'est la larve de la Méduse, c'en est la phase végétative. Le Polype hydraire,