FERRIER
du cœur, légère hyperlophie de la raie débordant très légèrement les fausses-côtes. Rien aux poumons. Appétit assez bon, pas de coliques, ni constipation, ni diarrhée. Comme seul antécédent, accès de fièvres palustres en juillet 1904; les accès, d'abord assez fréquents jusqu'à la fm septembre, s'espacèrent de plus en plus; le malade n'a plus maintenant que deux légers accès au plus par mois. Les selles, examinées au microscope, renfermaient des quantités considérables d œufs d'Uncinaires: quatre ou cinq par champ du microscope.
Sur notre conseil, le malade entrcà l'hôpital, le 26 mai 1904. Mieux documenté que précédemment sur la médication de l'uncinariose, nous employons tout de suite le traitement recommandé par Malvoz, de Liège, c'est à dire l'emploi à intervalles rapprochés de l'extrait éthéréde fougère mâle, combiné à l'eau chloroformée et à l'eau-de-vie allemande.
Le 29 mai, notre malade prend 20 grammes d'eau-de-vie allemande et est soumis au régime lacté ; le lendemain, il absorbe, dans l'intervalle de quatre heures, 5 grammes d'extrait éthéré de fougère mâle, 400 grammes d'eau chloroformée et 20 grammes d'eau-de-vie allemande. Cette première partie du traitement amène l'évacution d'un nombre considérable d'Uncinaires, dont beaucoup ayant subi un commencement d'altération sous rinfluence des sucs digestifs.
Le 31 mai et le 1" juin, repos. Le 2 juin, purgation à l'eau-de-vie allemande. Le 3 juin, même traitement que le 30 mai; les Uncinaires expulsées sont très peu nombreuses.
Le malade sort de l'hôpital le 7 juin, plusieurs examens de selles étant restes négatifs.
Observation 111
Jean Navarro, âgé de 15 ans, jardinier, né à Mostaganem, est le frère du malade précédent. Son observation est identique. Comme son frère, il fut atteint de fièvres palustres à type tierce, au mois de juillet 1904; de temps en temps, encore quelques accès. Il présente les symptômes évidents d'une anémie extrême : soufTle sysloliciue à la base du cœur. Rate dépas sant légèrement le rebord des fausses-côtes. Pas de lésions organiques, ni constipation, ni diarrhée, appétit médiocre. L'examen du sang donne les indications ci-après :
Globules rougos : L8C0.000
Globules blancsf : 7.750
Hémoglobine 32 •/«
L'examen du sang après coloration indique une forte proportion d'éosinophiles. Œlufs nombreux d'Uncinaires dans les selles. Le traitement de Malvoz est commencé le ii juin et terminé le 11. Le sujet sort le 13 juin; on ne retrouve plus d'œufs dans les selles.
Les trois cas d'uncinariose que nous venons de relater soutbien d'origine autochtone, puisqu'ils ont été observés sur des Algériens
TROIS CAS d'UNCINARIOSE EX ALGÉRIE 81
de naissance, n'ayant jamais quitté leur pays, par conséquent ayant certainement contracté sur place le germe de la maladie. 11 est évidemment impossible d'indiquer avec précision quelle fut la voie de pénétration du parasite; cependant la profession des sujets offre peut-être à ce point de vue quelques éclaircissements. Nos malades étaient des jardiniers occupés à la culture maraîchère, dont l'arrosage était exclusivement exécuté au moyen de canaux d'irrigation; d'après les renseignements qui nous furent donnés, nos malades travaillaient généralement nu-pieds; or, on sait actuellement que, d'une part, la transmission de l'Uncinaire peut se faire aisément par répiderme et que, d'autre part, le sol humide, et plus particulièrement la boue, représente le milieu le plus favorable pour la conservation du parasite. Dans ces conditions, on ne peut s'empêcher d'établir un rapport étroit entre la contamination des sujets et leur profession, et de penser qu'ils ont peut être contracté leur maladie en marchant nu pieds dans la vase contaminée des canaux d'irrigation.
Quoi qu'il en soit, ces observations témoignent de l'existence de l'uncinariose en Algérie. Cette constatation paraît avoir une réelle importance. En effet, d'après les recherches bibliographiques que nous avons pu faire, dans le classique Traité de Zoologie médicale du Professeur R. Blanchard, dans la récente monographie des D's Calmette et Breton (1), dans la collection complète des Archives de médecine et de pharmacie militaires, dans les Archives de ParaûlologiCy etc., il semblerait que l'uncinariose n'existe pas en Algérie. En réalité, notre colonie ne posséderait point cet heureux privilège et, à notre avis, il y aurait d'autant plus lieu de tenir compte de l'avertissement, que l'Algérie n'est peut être pas un terrain défa vorable à l'extension de la maladie.
En eiïet, ce que nous connaissons actuellement de la biologie de l'Uncinaire et de sa répartition à la surface du globe n'est certainement pas fait pour nous rassurer, et il nous semble bien que, si l'Algérie n'est pas une contrée d'absolue prédilection pour le parasite, celui-ci ne doive pas y trouver d'obstacles très réels à son développement. ^
[\) A. Calmette et M. Breton, L'a«^i//o.siomiasf, maladie sâtiale {anémie des mineura); biologie, clinique, traitement, prophylaxie. Paris, in-8' de viii-S46p.,
Archives de Para^ilologie, X, nM, 190o <»
FERIUElt
Si nous consultons les travaux publiés pendant ces dernières années sur l'uncinariose, nous vojons que les conditions principales de la conservation et du développement des œufs et des larves du parasite dans le milieu extérieur sont : d'abord une tempérarature suffisante, puis Thumidité. « La température la plus favorable à Téclosion des œufs est de 2o« à 28«. A iO®, Boycott a vu naître quelques larves, mais leur vitalité reste très faible. Au-dessous de 12", l'évolution n'a plus lieu; elle peut s'eUectuer, quoique lentement, à partirdel5"(l). » La température moyenne du littoral algérien est de I60IO pour Oran, 20«63 pour Alger, 2io74 pour Bône (2); elle réalise donc des conditions avantageuses pour la conservation de rUncinaire et, loi*squ'elle s*en écarte, ce n'est que pendant une durée insulTisante pour atteindre le parasite dans son développement. Pourvu qu'elles soient à l'abri delà lumière, les larves résistent jusqu'à 300 jours, d'après Looss; on conçoit donc qu'elles puissent ainsi traverser sans encombre la période très courte de rhiver algérien.
Le sol humide, fortement imprégné d'eau, semble être le milieu le plus favorable à l'I'ncinaire, qui, par contre, à l'état d'œuf ou à l'état larvaire, succombe rapidement lorsqu'elle est soumise à la dessiccation. A priori, le sol algérien, réputé très sec, ne saurait donc pas lui convenir; cependant, pour soutenir cette opinion, il faudrait tenir peu de compte des modifications importantes que la culture peut apporter dans le sol à ce point de vue.
Les colons algériens usent, en effet, le plus possible du système des irrigations; c'est exclusivement au moyen de celles ci qu'ils pratiquent la culture maraîchère, qu'ils entretiennent leurs orangeraies et même, toutes les fois que la configuration du sol et les ressources en eau le permettent, ils emploient cet excellent moyen de fertilisation pour les terres ensemencées en céréales. Or, les irrigations, partout où elles existent, entretiennent forcément dans le sol l'humidité favorable à la conservation de l Uncinaire.
Le milieu algérien, climat et sol, paraît donc apte à recevoir et à conserver le parasite; et, ce qui peut augmenter les craintes à ce sujet, c'est l'extrême fréquence de la maladie en Egypte. Au Caire, Bilharz et Griesinger, étudiant la maladie connue sous le
(1) Calmettk et Breton, Loco cilato.
(2) RocHARD, Climat. Dictionnaire de mèd, et de chir. pratiquea.
TROIS CAS d'CNCINARIOSE EN ALGÉRIE 83
nom de chlorose d'Egypte, la rattachèrent à l'Uncinaire; en recherchant systématiquement le parasite au cours des autopsies, ils le trouvèrent chez le quart des sujets. Enfin, d'après les relevés établis par Patrick Manson et Oswald Baker, l'anémie uncinarienne serait un motif extrêmement fréquent d'exemption dans les conseils de revision égyptiens. Les conditions climatériques de l'Egypte, dont la température moyenne est de 22« (Rochard), ne sont pas tellement différentes de celles de l'Algérie que l'on puisse admettre que rUncinaire, fréquente dans l'un de ces pays, puisse difficilement vivre dans l'autre. Il est donc assez probable que le milieu algérien se trouve, à l'égard de l'uncinariose, dans un état suffisant de réceptivité. Par conséquent, à notre avis, il y a lieu de ne pas envisager avec indifférence sa contamination et de suivre avec une certaine attention l'évolution des foyers qui peuvent se produire. Pour arriver à ce résultat, il est utile d'être prévenu. La chose est d'autant plus indispensable que, dans un pays comme l'Algérie, où le paludisme sévit parfois avec une réelle intensité, on se trouve naturellement tenté de rapporter exclusivement à cette cause la plupart des anémies que l'on constate. La publication des cas que nous avons observés a pour but principal d'éveiller l'attention sur ce point et défaire songer qu'en Algérie les anémies graves ne sont peut-être pas toutes d'origine palustre.