C. NICOLLE ET PINOY
étudié par lui et qui concernait une italienne vivant depuis longtemps aux Etats-Unis, Wright, examinant après dissociation les grains (noirs et petits, analogues à de la poudre à canon) y rencontra deux ordres de corps: des hyphes cloisonnées et ramifiées; des corps arrondis et réfringents portés par ces hyphes; ces éléments étaient unis entre eux, surtout à la périphérie, par un pigment ou ciment brunâtre très compact.
Wright obtint des cultures du parasite su r gélose glucosée et sur pomme de terre. II les décrit comme constituées par un mycélium blanc, velouté, formé de filaments radiés et cloisonnés, ayant un diamètre de 3 à 8 fi. Il observe aussi la formation de sclérotes. La description botanique et l'étude biologique du Champignon de Wright sont trop incomplètes pour que Ton puisse se prononcer. Toutefois, d'après les photographies des cultures, étant donnés aussi les milieux peu favorables sur lesquels Wright a fait ses ensemencements, il est possible qu'il ait eu une forme stérile du mycélium du Sterigmatocystis nidulans.
Les recherches des auteurs qui suivirent furent moins complètes. Elles présentent néanmoins un réel intérêt.
Laveran (1), dans la communication qu'il présenta à l'Académie de médecine, décrivit le parasite vu par lui sur des coupes comme formant un feutrage de filaments mycéliens, longs, ramifiés, cloisonnés, d'une largeur de 3 à 4^, disposés par articles inégaux, ayant leurs extrémités libres, accoudées et ne présentant pas de spores. Les pièces examinées par Laveran provenaient d'un cas observé par Bouilard, Chabaneix et Brumpt (2) à Djibouti.
Ce dernier (3) observa un autre cas dans TOgaden, au cours de sa traversée de l'Afrique. Il le décrit de la façon suivante: filaments mycéliens très nombreux, très larges (jusqu'à 30, 40 /a et plus) ramifiés; les tubes terminaux cloisonnés offrent une largeur de 2 u à 2pi 5. Une tentative de culture sur moelle de Dourah et sur pétiole de Palmier stérilisés donna un résultat douteux. Depuis cette époque, Brumpt a eu l'occasion d'étudier plusieurs pièces de mycétome ; les dernières lui ont été envoyées de Madagas-
(i) Bull, de VÀcadémie de médecine, p. 773, i902.
(2) ÀrchivetdeParasitologie, 1901; Annales d'hyg. et de médxoloniales, i90i.
(3) Archives de Parasitologie, p. 151, 1902.
CAS DK MYCÉTOME EN TLNISIE 457
car et des Indes. 11 résume ainsi les caractères qu'il reconnaît au parasite de la variété noire (1).
Madurella, n, g, — Mucédinée à thalle blanc, vivant en parasite dans divers tissus animaux (os, muscles, tissus conjonctifs), possédant dans sa vie végétative des filaments d'un diamètre toujours supérieur à l.u et pouvant atteindre 8 à lOfx . Ces filaments sont cloisonnés et se ramifient de temps à autre; ils sécrètent une substance brune. En vieillissant, ces filaments s'organisent en sclérote et leur paroi s'imprègne quelquefois de pigment brun. Dans ce sclérote se rencontrent en quantité variable des corpuscules arrondis de 8 à 30 ;a de diamètre (chlamydospores).
Récemment Boulïard (2) nous a donné une très bonne étude d'un cas observé à Djibouti en 1903, intéressant parce que c'est un cas de mycétome non suppuré. Ici, le grain noir est une sorte de sclérote constitué par un feutrage mycélien très lâche au centre, très serré à la périphérie. Le mycélium est cloisonné et ramifié. Les articles, très courts et moniliformes à la périphérie (8 à 12 ^u), sont rectilignes et très longs au centre (30 à 40 f*). Très fins au centre (1 à 2 p) ils s'élargissent et arrivent à la périphérie à mesurer au maximum 4 fide large. Sur le trajet du filament mycélien, se voient des articles renflés, généralement ovoïdes, quelquefois régulièrement sphériques et mesurant alors jusqu'à 20/x dediamètre. Ils sont surtout nombreux à la périphérie du grain. A l'examen microscopique, le pigment paraît de couleur marron; il est périphérique et ne pénètre le grain que dans une très minime épaisseur.
CONCLUSIONS
De l'étude de notre cas et de l'examen des travaux antérieurs, nous croyons pouvoir tirer les conclusions suivantes :
lo Sous le nom de mycétome ou de PieddeMadura, on doit comprendre non pas une seule maladie, relevant dans tous les cas de 1 action d'un seul et même parasite, mais un aspect clinique qui peut être le résultat de l'envahissement de certains tissus par plusieurs espèces microbiennes.
(1) C. R. Soc. de biologie, 17 juin 1905.
(2) Annales d'hygiène et de médecine coloniales^ 19(H>.