PRODUITES PAR LES PARASITES AINI>1AUX
PAR
le Professeur R. BLANCHARD
Par leur découverte de la toxine diphtérique (1888-1890), Roux et Yersin ont fait faire à la Bactériologie et, d'un façon plus générale, à la pathogénie des maladies infectieuses un progrès considérable. De cette manière a été acquise une notion nouvelle, dont la portée pratique et philosophique est inappréciable, à savoir que les phénomènes complexes, jusqu'alors très confus, qui constituent le cortège symptomatique d'une infection, reconnaissent au moins deux origines distinctes : les uns, locaux ou se faisant sentir à faible distance, sont dus à l'action directe de l'agent infectieux et à la défense de l'organisme envers celui-ci; les autres, généralisés ou lointains, résultent de l'action de certaines substances excrétées par les microbes. Ces substances, encore mal définies chimiquement, sont communément api)elées toxines, dénomination qui a le double mérite d'énoncer qu'elles sont douées de propriétés délétères et de ne préjuger en rien de leur constitution. Elles sont déversées par les microbes au sein même des tissus ou à la surface même des membranes où pullulent ces j)arasites : absorbées par la circulation, elles se disséminent dans tout l'organisme et, suivant leurs aflinilés particulières, exercent leur nuisance sur tel ou tel organe, exactement comme le ferait un poison minéral ou organique, injecté dans les veines ou sous la peau.
Cette notion, aujourd'hui classique, a éclairé d'une vive lumière les coins les plus obscurs de la pathogénie. Par une exagération commune, on a estimé que la production des toxines était caractéristi- (jue des bactérioses, c'est-à-dire des maladies infectieuses proprement dites, et on a pensé (|u'elle n'existait ni dans les mycoses ni dans h's zooses ou maladies produites par des parasites animaux.
(1) Rapport présenté à la Iroisirmo soclion (Pathologie) du H'' Congrès interna tional de Médecine vétérinaire, réuni A Uudapesl du ',\ an 9 septembre iOCKi.
SUBSTANCES TOXIQIKS 85
Mais il y a de sérieuses raisons de penser, encore que la démonstration n'en soit pas péremptoire, que les mycoses elles-mêmes peuvent s'accompagner de la formation de toxines plus ou moins actives. Pour ma part, j'ai fait connaître un Blastomycèle capable de végéter dans le péritoine de l'Homme, tout en causant une émaciation progressive de celui-ci; inoculé expérimentalement à divers animaux, il provoque chez ces derniers une mycose viscérale généralisée et les fait également maigrir d'une façon très mar quée. Voilà, semble-t-il, le résultat d'une intoxication progressive de l'organisme; le fait était particulièrement frappant chez le malade, puisque le Champignon vivait dans sa cavité péritonéale comme un véritable saprophyte. Divers auteurs, entre autres Savouré, se sont également préoccupés de la production de toxines par divers Champignons pathogènes; leurs résultats ne sont pas concordants, mais le fait même de l'élaboration des toxines ne peut [)lus guère être révoqué en doute.
Des substances toxiques peuvent-elles de même être produites par les parasites animaux? A ne s'en tenir qu'à des considérations de physiologie générale, la réponse doit être affirmative. Les toxines microbiennes ou mycosiques ne sont, en somme, que des produits d'excrétion ou de désassimilation rejetés par les organismes parasitaires; or, on sait que les excréta des animaux supérieurs sont chargés de substances vénéneuses. Ce phénomène biologique est général; les animaux inférieurs, à quelque groupe qu'ils appartiennent, ne peuvent donc manquer d'y obéir; ils ne diffèrent entre eux que par l'abondance relative des substances nuisibles élaborées et parla nature chimique, c'est-à-dire par le pouvoir toxique de ces dernières. Or, dans le cas des parasites internes, ces substances sont déversées dans l'organisme de l'hcUe; elles doivent donc avoir sur celui-ci une action nocive plus ou moins manifeste.
Telle est la conclusion à laquelle nous conduisent les considérations théoriques. 11 nous reste à établir jusqu'à quel point elle est corroborée par les faits actuellement connus. Nous suivrons, [mur cette démonstration. Tordre zoologique.
HÉMOSPORIDIES
On a émis diverses théories pour expliquer la genèse des accès fébriles au cours du paludisme; aucune d'elles n'est acceptable.
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Je crois avoir donné la seule explication rationnelle, en attribuant ce phénomène à la production de toxines par les Hématozoaires (Plasmodium vivax de la fièvre tierce, PL mahriae de la quarte, PL falciparum de la pernicieuse).
(( La fièvre, ai-je dit (1), est le résultat d'une intoxication et non d'une réaction spontanée de l'organisme. Les schizontes, dont l'évolution est si rapide et qui détruisent un si grand nombre de globules rouges, sont le siège d'échanges nutritifs très intenses : comme tout être vivant, ils éliminent des déchets chargés de substances toxiques. Tant que les schizontes sont confinés dans les hématies, les toxines s'accumulent à l'intérieur de ces dernières; donc aucune répercussion possible sur l'organisme. Mais voici les mérozoïtes en liberté : les toxines sont alors déversées dans le sang et les phénomènes d'intoxication s'ensuivent. L'accès fébrile prend donc naissance : il est d'autant plus violent que les toxines sont déversées dans le plasma en plus grande abondance, autrement dit que les hématies parasitées sont elles-mêmes en plus grand nombre; il dure tant que les substances toxiques n'ont pas été éliminées par la sueur et l'urine. La toxicité urinaire augmente, en effet, à la suite des accès de fièvre, ainsi que Brousse, puis Roque et Lemoine l'ont reconnu dès 1890.
« Cette théorie de l'accès fébrile est la seule conception qui puisse mettre d'accord les données actuelles de la science avec les faits cliniques et expérimentaux ; elle explique d'une façon très satisfaisante la périodicité des accès. Depuis sept années, nous l'enseignons dans nos cours publics et il nous est arrivé aussi de l'exposer par écrit (2). Elle a été reprise plus récemment par J. Regnault (3). »
En outre de la toxine pyrétogène, dont l'existence ne saurait être contestée, Regnault admet aussi une toxine hémolytique. Cette hypothèse est très acceptable; toutefois, la diminution du nombre des hématies s'explique suffisamment par l'action destructive des
(1) R. Blanchard, Les Mousliquei^^ histoire naturelle et médicale, Paris, F. R. de Rudcval, grand in-8* de xiii 673 p., 1903; cf. p. 459.
(2) R. Blanchard, Climat, hygiène et maladies, in Madagascar au début du XX' siècle. Paris, F. R. de Rudeval, 1902; cf. p. 419. — Les Moustiques propagateurs de maladies. La Nature^ II, p. 163, 15 août 1903.
(3) J. Regnault, Toxines pyrétogènes dans le paludisme. Renie de Médecine^ XXIIJ, p. 728, septembre 1903.
SI BSTAXCES TOXIQUES 87
schizontes, qui ne sauraient mettre leurs inérozoïtes en liberté sans réclatement des hématies; les débris de celles-ci sont alors saisis, puis digérés par les phagocytes.
SARCOSPORIDIES
L'œsophage du Mouton est très fréquemment parsemé, à sa face externe, de nodules blanchâtres pouvant atteindre la dimension d'un haricot ; ils sont constitués par une Sarcosporidie (Balbiunia gigantea Railliet). Pfeifïer(l) a reconnu que l'extrait aqueux ou glycérine de cette formation parasitaire, inoculé au Lapin, produit à faible dose des accidents fébriles et à dose plus forte le collapsus et la mort. Laveran et Mesnil (2) ont repris cette étude, tant avec l'extrait aqueux ou glycérine qu'avec une poudre obtenue par la dessiccation du kyste parasitaire; ils appellent sarcocystine la toxine inconnue que Pfeilïer avait mise en évidence.
Le Lapin est d'une extrême sensibilité à l'égard de ce poison; il est tué par une dose d'un demi-milligramme (0 gr. 0005) de Sarcosporidie fraîche ou d'un dixième de milligramme (0 gr. 0001) de poudre sèche par kilogramme d'animal, ce qui représente une dose infime de toxine. Les autres animaux sont beaucoup moins sensibles : le Cobaye résiste 200 fois plus que le Lapin; le Rat et la Souris résistent davantage encore. L'extrait aqueux, chauffé pendant cinq minutes à lOO^ ou pendant vingt minutes à Ho^, perd toute son activité; une température de 55 à 57», agissant pendant deux heures, atténue notablement sa virulence.
Par ses propriétés générales, la sarcocystine se rapproche donc de certaines toxines microbiennes et des venins. Il est particulièrement intéressant de la rapprocher de la toxine des Hémosporidies, dont elle partage l'action pyrétogène; son pouvoir hémolytique mériterait d'être contrôlé.
CCSTODES
La question de la toxicité des Cestodes se présente sous divers aspects, suivant que l'on envisage l'état larvaire ou l'état adulle de ces helminthes.
(1) L. Pfeiffer, Die Proiozoen a/s Krankheitserreger. lena, G. Fischer, 2. Auflagfi, 1891 ; cf. p. 123-127.
(2) A. Laveran et F. Mesnil, De la sarcocystine, toxine des Sarcosporidies. C. H. de la Soc. de Biologie, p. 311, 1899.
88 n. BLANCHARD
Cestodes à Fétat larvaire. — Le licfuide des Hydatides (Echin(h coccm polymorphus) contient une leuconiaïne, ainsi que l'ont établi Mourson et Schla^denhauffen».
Dans les conditions normales, la cuticule stratifiée s'oppose à ce que ces toxines filtrent à travers son épaisseur et se répandent dans le sang en sufiisante quantité pour causerdes accidents. Mais que, pour une raison quelconque, la poche parasitaire vienne à se rompre, les toxines sont absorbées par les lymphatiques et les capillaires et passent dans la circulation générale.
En 1886, j'ai trouvé dans ces données l'explication des accidents consécutifs à la rupture, traumatique ou chirurgicale, des kystes hydatiques, accidents jusqu'alors incompris et au premier rang desquels figure l'urticaire (1). Mon opinion à ce sujet a été confirmée ultérieurement par divers observateurs, notamment par Debove (2), Achard et Roy.
11 est donc établi que les Hydatides élaborent des substances toxiques; il en est sans doute de même pour les Cysticerques. Dans l'un et l'autre cas, il semble bien que ces substances s'accumulent dans le liquide de la vésicule et soient, dans les conditions normales, sans action sur l'organisme parasité.
Les autres Cystiques des Téniadés se comportent d'une façon identique et le fait de la toxicité du liquide vésiculaire acquiert ainsi la signification d'un phénomène général.
Mourson et SchlagdenhauITen (1882) ont également trouvé chez le Cysticercus tenuicollis, larve du Tœnia marginata, une leucomaïne qui provoque des phénomènes d'intoxication très semblables aux précédents: urticaire, péritonite, entérite, anémie; injecté dans les séreuses d'un La])in, le liquide vésiculaire cause l'anémie et la mort. On comprend maintenant pourquoi un Chien, auquel Leuckart avait fait ingérer une vésicule de Cœnnrm cerebralis, a pu succomber en moins de vingt heures à une grave inflammation de l'estomac et de l'intestin. De même, ces observations physiologiques donnent la clef d'une pratique usitée parles Kirghises, qui,
(1) R. Blanchard, Traité de Zoologie médicale. Paris, 2 vol. in 8% 1885-1888; cf. ï, p. ii'J (fascicule 2, paru le 10 juillet 188G).
(2) M. Debove, FHtholofçio de l'urUcaire hydalique. C. tt. Acad. des se, CV, p. 128.3, 1887. — De l'intoxicalion liydatiquc. Bull, et mém. de la Soc. méd. des hupitaiu- de Paris ÇV,, V, p. 113 118,^1888.
SUBSTANCES TOXIQL'KS 89
au dire de 0. von Linstow, empoisonnent les Loups et les Moutons avec le liquide vésiculaire du Cœnurus serialis.
Les sucs qui imbibent le corps même du Cysticercus pisiformis et de ï Echinococcus polymorphus, extraits par compression, sont capables de tuer la Grenouille en paralysie. Vaullegeard (1) y a reconnu l'existence de deux substances : l'une est un alcaloïde soluble dans l'alcool, l'autre est une sorte de toxine-ferment insoluble dans l'alcool. La plupart des accidents causés par leç Vers cystiques sont locaux et de nature mécanique; mais parfois éclatent des accidents généraux, tels que l'anémie, et Vaullegeard est enclin à y voir une action chimique, tenant à ce que la toxineferment diffuse à travers les membranes et agit sur le sang et sur le système nerveux.
Cestodes adultes. — Les helminthes intestinaux sont munis d'un appareil excréteur bien développé; ils déversent dans l'intestin leurs produits de désassimilation. Ceux-ci sont apparemment expulsés en proportion notable avec les matières fécales, mais une quantité plus ou moins grande peut aussi être absorbée par la muqueuse intestinale, soit d'une façon régulière et permanente, soit avec des recrudescences passagères, tenant ou bien à une moindre résistance de l'organisme, ou bien à une plus grande activité vitale de l'helminthe.
Ces toxines excrétées par les Cestodes, quelle est leur action? D'après certaines observations cliniques et des expériences encore peu nombreuses et d'ailleurs contradictoires, on a attribué aux Cestodes une action bactéricide et une action toxique; examinons ces deux points.
Action bactéricide. — C'est à G. André, actuellement professeur à la Faculté de Médecine de Toulouse, que revient le mérite d'avoir, le premier, attiré l'attention sur l'action bienfaisante des Cestodes et spécialement du Tœnia saginata au cours de la tuberculose pulmonaire : en 1878, il rapporte 17 observations où le Ténia a favorablement influencé, à des degrés divers, l'évolution de la phtisie (2).
(1) A. Vaullegeard, Étude expérimentale et critique sur l'action des Helminthes. — I. Cestodes et Némalodes. Bulletin de la Soc, linnéenne de Normandie, (5), IV, p. 84-142, 1901.
(2) G. André, Contribution à l'étude de la contre-fluxion dans la phtisie pulmonaire. De l'utilité du Ténia dans cette maladie» Paris, Masson, ln-8' de 34 p., 1878.
Pi*ès de vingt ans plus tard, (irancher(l) signale des faits ana logues; il rapporte trois observations de tuberculeux « auxquels le Ténia semble avoir été beaucoup plus utile que nuisible )).
La question entre dans la voie expérimentale avec Picou et Ramond, qui signalent l'action bactéricide de l'extrait de Tœjiia saginata à l'égard de divers microbes intestinaux saprophytes ou pathogènes, en particulier du Bacille de la tuberculose (2). Cette action bactéricide est confirmée par Janimes et Mandoul : elle constitue une propriété commune à tous les Ténias et résulte d'une sécrétion spéciale; cette substance, injectée au Cobaye, exerce sur la marche de la tuberculose expérimentale une action retardatrice très marquée (3).
Le pouvoir bactéricide des Cestodes est donc bien établi. 11 s'explique par divers travaux de physiologie : VVeinland (4), puis Dastre et Stassano (5) ont montré, en effet, que les Vers intestinaux se défendent contre l'action digestive en sécrétant une antikinase, comme le fait la paroi intestinale elle même; d'autre part, Delezenne et Nicolle (6) ont établi que la paroi intestinale se défend contre les microbes |)ar les propriétés bactéricides du mélange de suc pancréatique et de suc intestinal; Jammes et Mandoul (7) ont confirmé l'ensemble de ces faits.
Action toxique. — Divers médecins finlandais et russes ont constaté l'existence d'une forme particulière d'anémie pernicieuse chez des individus porteurs du Bothriocéphale large (Dibothriocephalus latus) et la rapide guérison de cette anémie par une cure anthelminthique. Signalés d'abord par Hoffmann à Dorpat et
{ij GRAscHER,BtiUetin médical y 1897. ^
(2) R. Picou et F. Ramond, Action bactéricide de l'extrait de Ténia incrme. C. R, de la Soc, de Biologie, p. 176, 1899.
(3) L. Jammes et H. Mandoul, Sur quelques propriétés des sucs helmintliiques. Bulletin de la Soc. d'insl. nat. de Toulouse, 6 juillet 1904. — Sur les propriétés bactéricides des sucs helminthiques. C. R. de l'Àcad. des se. y 25 juillet 1904.
(4) E. Weinland, l'eber Antifermente. Zeitschnft fiir Biologie, XLIV, p. 1-16, 1902. — Zur Frage weshalb die Wand von Magen und Darm wâhrend des Lebens durch die proteolytischen Fermente nicht angegriffen wird.ifrirfem, p. 45430, 1902.
(5) Dastre et Stassano, Existence d'une antilânase chez les parasites intestinaux. C. P. Soc. de Biologie, LIV, p. 130, U102. — Antikinase des macérations dM.scaris et de Txnia. Ibidem, LV, p. 2(j4, 190:i.
(0) Delezenne et Nicolle, cités par Metchnikoff, Les microbes intestinaux. Bulletin de l'Institut Pasteur, I, p. 227-228, 1903.
(7) L. Jammes et H. Mandoul, Sur la biologie des Cestodes. C, R. Acad. des Sciences, CXL, p. 271-273, 1905.
SIBSTANCES T0X1QI:E.S «)1
Botkine à Saiut-Pélersbourg, puis par Huneberg à llelsiiigfors (1) et par Reyher à Dorpat (2), ces faits ont pris une importance considérable à la suite des observations de Schauman à la clinique médicale d'Helsingfors (3).
Dans sa magistrale monographie, le médecin finlandais décrit les phénomènes cliniques et la symptomatologie de l'anémie bothriocéphalique; nous ne pouvons entrer ici dans le moindre détail à cet égard. 11 se livre en outre à une étude coinparative du sang chez trente-huit malades. Les altérations de ce liquide sont les mêmes que celles observées par Ehrlich et d'autres dans la vraie anémie pernicieuse : diminution de la densité, chute considérable du nombre des hématies, dont le diamètre est devenu variable et qui perdent plus ou moins la faculté de se disposer en piles. En somme, l'anémie bothriocéphalique et l'anémie pernicieuse de Biermer ne sont qu'une seule et même maladie.
Divers faits plaident en faveur de cette doctrine. Par exemple, Askanazy a observé une femme atteinte d'une anémie grave, qui revint à la santé après exi)ulsion de soixante-sept Bothriocéphales (4).
Et pourtant, Biermer lui même, Quincke, Immermann, Lilten, Neubecker (iî) et d'autres, contestent cette assimilation : ils ont observé l'anémie pernicieuse en certains pays d'Allemagne ou le Bothriocéphale est inconnu; l'helminthe ne peut donc jouer aucun rôle dans l'étiologie de l'affection. D'ailleurs, les porteurs de Bothriocéphales se chiffrent par milliers, alors que l'anémie pernicieuse se montre rarement; on peut rencontrer un plus ou moins grand nombre d'exemplaires de l'helminthe incriminé,
(I) J. VV. RuNEBERG, Ueber Bothriocephalus latus und perniciôse Anâmie, Tageblatt der 59, Yersammlung deutscher Naturforscher und Aerzte, p. 147, 1886; Deutsche med. Woch., p. 7(fâ, 1886; Wietier med, Woch., p. 1377, 1886; Munchner med. Woch., p. 770, 1886; Àllgeineine med. Central-Zeitung, p. 1424, 1886. — Bothriocephalus latus und perniciôse AnAmie. Deutsches Archiv fiir klin. Med., XLI, p. 304, 1887.
(â) (j. Keyher, Entozou and pernicious anseniia. Lancet, I, p. 234, 1887.
(3) 0. Schauman, Zur kenntniss der sogenannten Bothriocephalus-.ln(>mie. Berlin, 18d4.
(4) Askanazy, Bothriocephalus- Xn&mie und die prognostische Bedeutung der Megaloblasten im anâmisctien Blute. Zeitschrift fiir klin, Med., XXIII, p. 492,
(5) O.NEVBECKERf Bothriocephalusanàmie ohne Bothriocephalen. Kônigsberg, Inaug. Diss., 1898.
chez des individus qui continuent à jouir d'une santé parfaite. Dans le Holstein, où le Bothriocéphale n'est pas rare, Heller n'a jamais observé un seul cas d'anémie; il cite le cas d'une femme atteinte d'une affection mentale, mais non d'anémie, qui portait dans son intestin jusqu'à soixante-dix huit Bothriocéphales.
Pour concilier ces deux thèses contradictoires, Shapiro admet que, dans certaines conditions, le Bothriocéphale sécrète une toxine qui pénètre dans la circulation et y provoque Thémolyse. Vlaiev a voulu mettre en évidence cette toxine supposée, mais divers extraits du Ver, injectés au Lapin et au Pigeon, sont demeurés sans effet. Schauman et Tallqvist, reprenant ces expériences, ont obtenu un tout autre résultat (1) ; ils ont provoqué une anémie grave chez le Chien, mais non chez le Lapin. Rosenqvist confirme enfin la production d'une toxine par le Bothriocéphale (2) : celte substance, dont la nature chimique est inconnue, dissout en masse les hématies, décompose les albuminoïdes et produit la dégénérescence graisseuse de divers organes.
Il n'en reste pas moins à expliquer pourquoi le Ver est inofTensif dans un grand nombre de cas et se montre pathogène dans un petit nombre d'autres. Avec Shapiro, Viltshur et Ehrlich, on peut admettre que c'est seulement l'helminthe malade ou mort qui produit en quelque abondance la toxine anémiante. Chez douze malades qui furent guéris par l'expulsion du parasite, Viltshur a constaté que ce dernier était mort, en état de décomposition ou simplement malade, ce qui se reconnaît à l'altération des œufs. Courmont et André ont fait la même observation.
Commune et grave en Finlande, fréquente aussi dans certaines parties de la Russie, l'anémie bothriocéphalique passe inaperçue dans la Suisse française, où pourtant le parasite est très commun. Mais ce serait une erreur de croire à son absence : depuis que Fédorov a attiré l'attention des médecins français (3) sur cette
(1) 0. Schauman und T. W, Tallqvist, l'ebor die blutkôrpcrchcnauflôsenden Eigcnschaftcn des brcilon Brandwurms. Deutsche med. Woch., p. 312, 1898.
(2) E. Rosenqvist, Ucbcr don Eiweisszorfall boi dor perniciôsen, spociell der durch Bothriocephalus /«/«s hervorgerufenon Anâmie. lierliner klin. Woch., 1901. — l'cber den Kiwcissstofhveehsol boi der perniciôsen Anâmie, mit spezieller Berûcksichtigung dev Jiothriocephaluii-Anîimie. Zeitschrift fur klin. Med.^ XLIX, p. 193-320, 1903.
(3) N. FÉDOROV, L'anémie bothriocéphalique. Archives de Parasitologie, VI, p. 207-244, 1902.
forme clinique, Bard en a observé deux cas à Genève (1), puis Gourmont et André en ont étudié à Lyon un cas très intéressant (2). Elle a été constatée aussi en Suède, en Roumanie par Babès (3) et aux Etats-Unis par Meyer et Thomson (4).
Cette action toxique n'est pas spéciale aux Bothriocéphalidés, mais se constate aussi chez les Téniadés; il est du moins tout un ensemble de faits qui peuvent s'expliquer de la sorte. Mingazzini chez Dipylidium caninum et chez Moniezia expansa (5), Calamida chez D. caninum et chez Tasnia ccenurus (6), Messirieo chez T. solium et T. saginata (7), observent que la surface du corps excrète une substance active qui, injectée aux animaux sous forme d'extrait alcoolique, glycérine ou aqueux, produit des accidents marqués.
L'extrait de Tasnia ccenurus, par exemple, provoque une intoxication aiguë, qui amène rapidement la mort. Injecté à faible dose sous la peau ou dans le péritoine du Chien, du Lapin ou du Cobaye, il amène une chute brusque de la température, puis de la parésie du train postérieur, des convulsions toniques et de la contracture. En moins de huit heures se manifeste une leucocytose intense, avec abondance d'éosinophiles; en même temps, les globules rouges
(1) L. Bar», L'anémie bothriocéphaliquc. Semaine méd,, p. 241, 19Q2.
(2) .1. Gourmont, Anémie pernicieuse à Bothriocéphale. Semaine méd., p. G, 1903. — J. Gourmont et André, Sur un cas d'anémie pernicieuse à Bothriocéphale. Journal de physiol. et de paihoL générales, V, p. 353, 1903.
(3) V. Barbes, Sur le Bothriocéphale et l'anémie bothriocéphalique en Roumanie. Bulletin de l'Acad. de méd. (3), XXXIV, p. 214, 1895. — A vrai dire, l'observation rapportée par Babès est un peu sommaire et ne démontre pas indubitablement qu'il se soit agi d'anémie bothriocéphalique.
(4) A. Meyer, Two cases ofpernicious anapmia due to Dibothriocephalus latua. Médical News, LXXXVI, p. 633, 190:i. — W. G. Thomson, A case of Dibothriocephalus latus infection, causing pernicious anaemia; with complète recovery. Ibidem y p. 635.
(5) P. Mingazzini, Trattato di zoologia medica. Roma, in-8*, 1898; cf. p. 310.— Ricerche sul veleno degli Elminti intestinal!. Rassegna internaz. délia med. vioderna, II, n* 6, 1901. — Sull'esistenza di una secrezione emessa dalla superficie del corpo dei Gestodi adulti. Rendiconti delta R. Accad. dei Lincei (5), X, p. 307-314, 1901.
(6) D. Calamida, Ulteriori ricerche sul veleno délie Tenie; memoria preventiva. Riforma med.^ III, p. 364, 1901. — Weitere Untersuchungen iiber das Gift der Tânien. Centralblatt fur BakterioL, XXX, p. 374, 1901.
(7) G. Messineo, Sul veleno contenuto in alcune Tenie dell'Uomo, Ricerche sperimentali. Rassegna internaz. délia med. moderna, 1, 1900. Atti delVAccad. Gioenia di se. nat. in Catania (4), XIV, 1901. — G. Messineo e D. Calamida, Sul veleno délie Tenie. Ricerche sperimentali. Riforma med.j III, p. 171-173,1901. Bollettino delta R. Accad. di med. di Torino^ VII, 1901. — Ueber das Gift der Tânien. Centralblatt fiir Bakterinl., XXX, p. 346, UK)1.
commencent à se dissoudre. En moins de deux jours, les cellules hépatiques ont subi presque entièrement la dégénérescence graisseuse.
D'autre part, Dirksen a cité récemment (1903) le cas d'un individu atteint d'anémie grave, qui fut guéri très rapidement après l'évacuation de douze Tœnia solium.
VauUegeard s'est également préoccupé de la question. L'extrait aqueux de Maniezia Neumanni, du Mouton, injecté dans le péritoine du Cobaye, produit de l'agitation, puis de l'abattement et des frissons, mais l'animal se rétablit. L'extrait de Tœnin serrata dans le sérum de Hayem cause des troubles marqués et même la mort chez la Grenouille, mais la macération de 70 grammes de ce même Ténia ne provoque chez le Chien que quelques frissons et de la dilatation pupillaire, qui durent peu de temps.
Les phénomènes sont plus accentués avec un Bothriocéphalidé du Turbot (Bothriocephalus punctatus Rud.). L'extrait aqueux est filtré, puis injecté à la Grenouille : il la tue en paralysie, par arrêt respiratoire et avec allai blissement des battements du cœur. Cet extrait est légèrement opalescent ; l'alcool en précipite, en même temps que des albuminoides inertes, une sorte de ferment soluble, doué d'une toxicité énergique. Il reste en dissolution dans la macération une substance alcaloïdique qui, après filtration et évaporation dans le vide, s'obtient sous l'aspect d'un résidu jaunAtre, très soluble dans l'eau.
La toxine, en solution aqueuse, n'est pas notablement modifiée parl'ébullition ; en injection hypodermique, elle tue la (irenouille ; elle agit sur les centres nerveux et provoque d'abord une excitation intense, puis une phase d'activité, une respiration saccadée et intermittente, enfin la paralysie et l'arrêt de la respiration. L'alcaloïde a j)lutôt une action curarisante ; la Grenouille y est très sensible, mais le Hat se montre très résistant.
D'après VauUegeard, ces deux substances à fonction chimique et physiologique si différente se retrouvent en quantité plus ou moins grande chez tous les Cestodes, aussi bien à l'état larvaire qu'à l'état adulte. Il estime que certains symptômes observés chez les animaux parasites sont dus à l'action de ces substances.
En regard de ces faits, nous devons rappeler maintenant l'opi-
nion ou les observations de Cao (1), de Lynch (2) et de quelques autres, qui n'admettent pas l'action toxique des Cestodes.
Jammes et Mandoul (3) font observer que les parasites de ce groupe sont fréquents chez les animaux domestiques, sans que ceux-ci présentent la moindre altération de leur santé. 11 en est de même dans Tespèce humaine : en compulsant les registres du dispensaire de Toulouse depuis décembre 1890, nos deux auteurs arrivent à conclure que les troubles observés chez les enfants et pouvant être imputés aux helminthes sont trcs rares et ne dépassent pas 2 pour 100 des cas de parasitisme constaté. L'action toxique des helminthes leur semble donc difficile à admettre.
Pour trancher la question, ils entreprennent diverses expériences. Ils obtiennent par trituration le suc des Tœnia saginata et serrata, ainsi que du Moniezia expansa, en variant les méthodes d'extraction. Ce suc est injecté sous la peau, dans le péritoine, les veines, le rachis ou le crâne de divers animaux (Chien, Cobaye, Lapin, Pigeon), mais sans jamais produire aucun phénomène d'intoxication. Nos deux expérimentateurs admettent donc que les troubles observés chez des individus porteurs de Vers intestinaux ne peuvent être dus qu'à des actions mécaniques, aux variations de la sensibilité des hôtes et au nombre des parasites; ils ne sauraient être rapportés à des propriétés toxiques habituelles des helminthes.
Par une méthode différente, Isaac et von den Velden relèvent la doctrine de la toxicité des Cestodes (4) : ils voient se former une précipitine dans le sérum d'individus traités par un extrait de Bothriocéphale large. Cette observation est bientôt confirmée par Fleckseder et Stejskal, mais presque aussitôt Le Dantec (5) vient aflirmer que le sang de l'individu parasité par le Tœnia saginata ne
(1) G. Cao, La prctesa tossicita dei succhi dcgii clminti intestinal!. Riforma mcd., III, p. 795, 1901 ; IV, p. 593, 1901.
(2) R. Lynch, Vers inlestinaux in Grancher et Comby, Traité des maladies de l'enfance. Paris, 2« édition, 1904 ; cf. Il, p. 404-453.
(3) L. Jammes et H. Mandoul, Sur l'action toxique des Vers intestinaux. C. H. de iÀcad. des sciences, CXXXVIII, p. 1734, 1904. — A propos do l'action toxique des Vers intestinaux. Bullelin de la Soc, d'hisL naU de Toulouse, 1904.
(4) S. Isaac und von den Velden, Eine spezifischc Prâzipitinrealction bel Bothriocephalus latus behcrbergenden Menschcn. Deutsche med, Woch., XXX, p. 982, 1904.
(.")) A. Le Dantec, Recherches expérimentales démontrant la non-toxicité du Ténia inerme. C. R, de la Soc. de Biologie, I, p. 151, 190;î.
96 R. BLANtJlAUD
contient aucune précipitine spécifique et ne possède aucun pouvoir spécial vis-à-vis du parasite : d'après nos conceptions actuelles de rimmunité, cela revient à dire que le pardsite lui-môme est sans action sur le sang.
Tel est l'état de la science, en cette question de la toxicité des Cestodes. Deux écoles sont donc en présence : l'une admet la toxicité de ces parasites, l'autre repousse cette doctrine. 11 serait prématuré de conclure en faveur de Tune ou de l'autre opinion. Nous dirons simplement que la question des précipitines est encore si neuve et si peu claire qu'il nous semble hasardeux d'en tirer, en l'espèce, une conclusion ferme.
TRÉMATODCS
Le Mouton, quand il héberge dans ses voies biliaires un très grand nombre de Fasciola hepatica et de Dicrocœlium lanceatum, est atteint d'un état anémique plus ou moins grave, que les vétérinaires connaissent bien sous le nom de cachexie aqueuse. L'Annamite ou le Japonais, dont le foie renferme également un très grand nombre d'Opisthorchis sinensis, est atteint d'un état cachectique tout semblable, souvent mortel. Dans l'un et l'autre cas, le parenchyme hépatique est le sioge de lésions anatomo-palhologiques absolument identiques (I).
A ne considérer que l'anémie, on peut soutenir que celle-ci résulte simplement de la perte de sang causée parles parasites; on sait, en effet, qu'ils se nourrissent non pas de la bile dans laquelle ils sont plongés, mais de sang qu'ils puisent directement, par succion, dans les capillaires des canaux biliaires. On peut admettre aussi, non sans vraisemblance, eu égard au degré de l'anémie, que celle-ci est la conséquence d'une intoxication. Je ne sache pas qu'on ait encore fait des numérations de globules du sang, des dosages d'hémoglobine ou toute autre recherche tendant à établir la cause et la marche de l'anémie. Je dois dire toutefois que, à mon sens, la Bilharzie (Schistosomum hœmatobium), qui vit dans les veines et, par conséquent, est dans les conditions les plus favorables pour agir directement sur les hématies, ne me semble pas exercer d'influence particulièrement néfaste sur ces dernières.
(1) R. Blanchard, Lt^ions du foio déterminoos par la prc'soncc des Douves. Archives de Paraaitologie, IV, p. .iHl-iWlï, \\)0\.
NÉMATODCS
Les Nématodes sont entourés d'une épaisse cuticule cliitinoïde (1), qui les protège efficacement contre les agents chimiques, ainsi que je l'ai montré, voilà plus de vingt-cinq ans (2). En particulier, celte cuticule les rend inaccessibles à la destruction phagocytaire : aussi les Nématodes viscéraux, qui viennent à périr dans l'intimité des organes, subissent-ils la dégénérescence calcaire et persistentils indéfiniment, dans leur forme et leur taille, sous l'aspect crétacé. Une enveloppe douée d'une telle résistance met également ces helminthes à l'abri de l'action microbienne ; aussi le pouvoir bactéricide fait-il défaut chez eux. En est il de même pour le pouvoir toxique ? C'est ce que nous devons examiner.
On sait depuis longtemps que certains Nématodes produisent une irritation de la peau ou des muqueuses. En 1888, nous résumions en ces termes nos connaissances à cet égard (3) :
(( D'après von Siebold, l'humeur exhalée parla Pilaire de Médine serait acide et les Nématodes ne seraient pas tout à fait inoiïensifs sous ce rapport. En étudiant Ascaris megalocephala, Miram fut atteint à deux reprises d'accidents morbides : éternuement, gonflement des caroncules lacrymales, abondante sécrétion de larmes, vives démangeaisons et gonflement des doigts. Des accidents analogues ont été éprouvés par Cobbold, Bastian et Huber.
« Bastian a observé que le Ver est capable de produire des accidents, même lorsqu'il est conservé dans l'alcool depuis un certain temps. Nous avons pu nous-même constater la réalité de cette assertion : une étudiante en médecine, en disséquant des Ascarides du Cheval, conservés dans l'alcool depuis quelques jours, eut le front couvert de vésicules séreuses qu'on eût prises pour des bulles d'urticaire ; ces vésicules disparurent rapidement et, le lendemain, il n'y en avait plus trace. »
Nuttall admet aussi l'action toxique des Ascarides (4); il rappelle
(1) Chez les Ascarides, les Géphyriens (Sipunculides) et les Oligochètes [Lumbrieus), cette cuticule serait formée d'une matière albuminolde ; chez les Hirudinées, elle serait constituée par de la vraie chitine. — Cf. Ad. Reighard, Ueber Cuticularund Geriist-Substanzen bei wirbellosen Tieren. lieidelberg, in-8« de 46 p., 1902.
(2) R. Blanchard, Sur la préparation et la conservation des organismes inférieurs. Revue internationale des sciences, III, p. 245, 1879.
(3) R. Blanchard, Traité de zoologie médicale, 1885-1889 ; cf. I, p. 673, nov. 1888.
(4) G. H. F. Nuttall, The poisons given ofl by parasitic Worms in Man and animais. American Naturalist, XXXIII, p. 247, 1899.
Archives de Parasitologie, X, n* 1, 1905. 7
les observations de Miram et celles de von Linstow. Ce dernier note que ÏAscaris megalocephala, du Cheval, exhale une forte odeur poivrée, qui provoque les larmes ; il louche son œil et aussitôt se déclare une forte conjonctivite avec chémosis. D'autres, dans des conditions analogues, ont éprouvé de la pharyngo-laryngite avec aphonie.
Les Ascarides renferment donc un liquide organique très irritant. Mingazzini extrait par compression le suc de l'Ascaride du Porc et expérimente son action sur divers animaux. De son côté, Vaullegeard entreprend des recherches semblables, mais plus complètes. Il comprime un certain nombre d'exemplaires de ce même parasite et obtient un liquide jaune ambré, légèrement rougeâtre. A la dose de 2^^^, ce liquide tue le Cobaye en 30 à 40 heures, avec congestion des poumons; à celle de lO^^^^, il produit du sommeil, puis de la tristesse, de la fatigue et des vomissements chez le Chien, mais non la mort; tout accident disparaît en 24 heures.
A l'aide de précipités, de filtrations et de lavages successifs, Vaullegeard isole deux toxines : l'une, soluble dans l'eau, mais insoluble dans l'alcool, agit sur le système nerveux; l'autre, soluble dans l'eau et l'alcool, mais insoluble dans l'éther, est curarisante, mais à un moindre degré que la substance analogue rencontrée chez les Cestodes.
Les Ascarides sont le plus souvent inoiïensifs et ne manifestent leur présence par aucun signe clinique; mais il n'est pas rare d'observer chez les individus qui hébergent de tels parasites un ensemble très varié de symptômes nerveux que l'on désigne sous le nom d'helminthiase. On les considère généralement comme des phénomènes réflexes déterminés par les Vers, qui excitent les plexus nerveux de la tunique intestinale; on pourrait aussi les envisager comme le résultat d'une intoxication, et Vaullegeard adopte résolument cette interprétation :
« Il est certain, écrit-il, que les symptômes qui font la base du diagnostic ordinaire sont bien dus aux parasites, car ces troubles (dilatation de la pupille, irrégularité de la respiration, sommeil agité, irrégularité de la circulation, convulsions, paralysies) sont précisément ceux que j'ai pu produire dans mes expériences sur le Chien, le Cobaye, la Grenouille. J'en conclus que ces désordres
sont dus à raction chimique. Les produits toxiques pourraient même, en agissant sur la respiration, expliquer la croyance populaire que les enfants peuvent être étouffés par les Vers. »
Quelque ingénieuse ou séduisante que puisse paraître une telle théorie, nous ne l'admettons pas volontiers; elle est évidemment exagérée, sinon totalement inexacte. Guiarl a reconnu que Y Ascaris conocephala du Dauphin produit des érosions de la muqueuse : par celles ci le parasite entre en contact avec le plexus qu*il irrite, tout comme il ouvre la porte aux infections. En effet, la présence des Ascarides dans l'intestin grêle de l'Homme coïncide assez souvent avec l'explosion d^accidents typhoïdes, qui s'amendent plus ou moins promptement après l'expulsion des parasites. Ces symptômes sont incontestablement le résultat d'une intoxication, . mais il reste à décider si celle-ci est d'origine microbienne ou de nature helminthique. Nous penchons vers la première opinion ; l'absence de roséole, invoquée en faveur de la seconde, ne nous parait pas être un caractère suffisant, attendu que les taches rosées abdominales sont loin d'être toujours très apparentes dans la vraie fièvre typhoïde. Il est encore démontré par Guiart que la fièvre typhoïde n'est pas uniquement sous la dépendance de l'Ascaride, mais peut trouver aussi son point de départ dans des piqûres effectuées sur la muqueuse intestinale par un autre Nématode, le Trichocephalus trichiurus.
D'ailleurs, l'action toxique que Mingazzini et Vaullegeard attribuent aux Ascarides et aux autres Nématodes est formellement contredite par d'autres expérimentateurs. Cao (1) inocule aseptîquement à divers animaux les sucs et extraits de Moniezia expansa et de l'Ascaride du Porc : il n'observe aucune action toxique ou hémolytique. Jammes(2) constate aussi que les extraits organiques provenant de Nématodes intestinaux (Ascaris lumbricoides,A.suilla, A. megalocephala, Oxyurus vermicularis) ne sont pas toxiques dans les conditions normales, mais possèdent, au contraire, un pouvoir antitoxique manifeste; ces produits peuvent cependant, sous certaines influences (abaissement de la température, action de l'eau, irritation de la paroi du corps, etc.), subir de telles modifications
(1) CAO. Riforma medica, III, p. 7ÎK), 1901.
(2) L. Jammes, Recherches expérimentales sur la toxicité des Vers intestinaux. Assoc. françaUe pour l'avancement des sciences, XXXI, 1, p. 241, 1902.
qu'ils puissent devenir toxiques; de là les accidents qui s'observent parfois chez ceux qui manipulent les Ascarides. Janimes et Mandoul confirment ultérieurement ces données. Allaria (1), opérant in vitro sur divers Ténias et Ascarides, n'obtient aucune action hémolytique.
Cependant, divers auteurs font jouer un rôle important à une telle action, en certaines affections parasitaires. Par exemple, dans l'uncinariose, les uns estiment que l'anémie s'explique suffisamment par les petites hémorrhagies intestinales que le malade subit d'une façon incessante ; c'est la thèse que j'ai toujours défendue et que Vaullegeard adopte également. Les autres, au contraire, admettent qu'à cette cause initiale d'anémie vient tôt ou tard s'en ajouter une autre, d'autant plus prompte et plus efficace que les Vers sont plus nombreux, à savoir une action hémolytique, résultant de l'absorption d'une toxine spéciale.
Lussana émit l'un des premiers cette doctrine : il put extraire de l'urine des malades atteints d'uncinarioseuneptomaïne qui, injectée au Lapin, provoqua une hémolyse intense ; mais l'urine contient normalement beaucoup de toxines et tout porte à croire que la substance hémolysante ainsi mise en cause n'avait aucune relation réelle avec les parasites de l'intestin.
Leichtenstern ne méconnaît pas l'action directe de ceux-ci, mais il pense que la marche progressive de l'anémie est finalement due à une action toxique. Zinn et Jacoby vont même jusqu'à dénier toute action anémiante appréciable aux Uncinaires elles-mêmes, malgré les multiples hémorrhagies capillaires dont elles sont cause; ils admettent que l'anémie est uniquement due à l'absorption de toxines élaborées par ces helminthes : suivant ces auteurs, les indigènes des pays tropicaux, par exemple les nègres d'Afrique résistent très bien aux attaques du parasite, par suite de l'accoutumance ou d'une immunité naturelle. Mais l'assertion que les nègres africains ne sont pas atteints par l'uncinariose est très contestable; les nègres d'Amérique, mieux connus que ceux d'Afrique au point de vue pathologique, mais d'ailleurs de même race que ceux-ci, sont atteints d'anémie uncinarienne dans de fortes proportions.
(1) G. B. Allaria, Riccrche sulla tossicità dcgli elminti intestinali. Scrilti med. in onore di C. Bozzolo, Torino, 1904 ; cf. p. 785-798.
Est-ce à dire que l'Uncinaire soit réellement dépourvue de toxicité? Deux grosses glandes, apparemment venimeuses, courent SOUS son tégument et viennent s'ouvrir au dehors dans la région du cou : il n'est pas impossible qu'elles sécrètent une substance active, que la muqueuse intestinale est capable d'absorber. Ce n'est là qu'une hypothèse, mais elle est d'autant plus digne déconsidération que des organes glandulaires de celte sorte sont très peu répandus chez les Nématodes. Peut-être les larves sont-elles douées elles-mêmes, sous une forme non encore définie, d'une toxicité analogue? Looss a constaté (1897) qu'elles provoquent des vomissements et de la diarrhée chez les animaux soumis à l'infestation expérimentale.
Tout bien considéré, nous ne pouvons pas admettre que les Nématodes soient, dans les conditions normales, capables de provoquer des intoxications appréciables. Une substance toxique ne peut agir sur l'organisme qu'autant qu'elle est en dissolution ou en dilution dans le sang : l'absorption d'une telle substance reste évidemment incomplète, quand celle-ci est produite par des helminthes intestinaux; elle est totale, au contraire, quand les Vers qui la produisent vivent dans le tissu conjonctif (Filariamedinénsis), dans les vaisseaux lymphatiques (Filaria Bancrofti) et surtout dans les vaisseaux sanguins (Fi/am noctuma, F. diurna, F. perstans, F. immitis, Sclerostomum equinum, etc.). Or, malgré l'opinion de Vaullegeard en ce qui concerne la F. immiiis du Chien, il ne me semble aucunement démontré que tous ces Vers, qui sont parfois excessivement nombreux et dont les produits d'excrétion ou de sécrétion circulent dans le sang, soient effectivement la cause de troubles imputables à une intoxication.
ACANTHOCÉPHALCS
Mingazzini broie et comprime le corps de l'Echinorhynque du Porc (Gigantorhynchus gigas) et obtient ainsi un extrait qui, en injection sous-cutanée, tue le Lapin et le Cobaye, en provoquant des symptômes comparables à ceux produits par l'extrait de Ténia. Il admet que la substance toxique ainsi obtenue est celle-là même qui est éliminée parles parasites vivants et, par conséquent, que de telles expériences reproduisent avec plus d'intensité l'action pathogène exercée normalement par les parasites.
CONCLUSIONS
La question traitée en ce rapport est encore trop nouvelle pour qu'il soit possible d'en tirer des conclusions bien probantes. Nous croyons pourtant pouvoir formuler les propositions suivantes :
lo Tous les animaux excrètent des toxines ; l'action exercée par celles-ci chez les animaux d'expérience doit varier dans des proportions notables, d'une part, d'après la composition chimique des toxines, d'autre part, suivant la résistance spécifique ou individuelle des animaux.
2* Les parasites animaux ne peuvent échapper à cette loi générale. Ils excrètent donc normalement des substances toxiques etil est certain, au point de vue absolu, que celles-ci agissent sur l'organisme de l'hôte. Toutefois, plusieurs cas peuvent se présenter.
30 Les parasites de l'intestin (Cestodes, Nématodes, Acanthocéphales) et des voies biliaires (Trématodes), considérés dans les conditions normales de leur parasitisme, ne produisent aucune intoxication certaine, les substances toxiques qu'ils rejettent étant éliminées par la voie intestinale et n'étant absorbées qu'à trop faible dose pour exercer une action délétère.
4" Les helminthes sanguicoles (Bilharzie, Pilaires, Sclérostomes) ne causent de même aucune intoxication appréciable : leurs toxines sont déversées dans le sang d'une façon permanente, mais elles s'en échappent de la môme façon par le filtre rénal ; elles ne s'accumulent pas dans le plasma sanguin en quantité suflisante pour causer des accidents perceptibles.
5<* Il en est de môme pour les Protozoaires sanguicoles, tels que les Trypanosomes, qui sont libres dans le plasma sanguin et dont, par conséquent, les produits de désassimilation sont éliminés par le rein, au moins dans une large mesure, au fur et à mesure de leur arrivée dans le sang.
6<* Les Hémosporidies du paludisme accomplissent leur schizogonie k l'intérieur des globules rouges et accumulent autour d'elles leurs toxines. Le phénomène achevé, les globules éclatent et mettent les mérozoïtes en liberté ; en môme temps, les toxines sont déversées dans le sang. Cette arrivée soudaine de substances toxiques dans le sang détermine une réaction fébrile plus ou moins
intense, qui dure jusqu*à ce que le poison soit complètement éliminé par Turine et par la sueur. L'arrivée par à-coups des toxines dans le sang a pour conséquence une réaction intermittente de l'organisme : d'où le caractère périodique de la fièvre.
7<> Certains Protozoaires parasites sont limités par une membrane propre plus ou moins épaisse, autour de laquelle se condense encore le tissu conjonctif : tel est le cas pour les Sarcosporidies en général et pour les Balbiania en particulier. Le parasite accumule en lui-même, dans son kyste, ses produits de sécrétion et de désassimilation; ceux-ci échappent à la diffusion osmotique ou ne la subissent que dans une trop faible mesure pour pouvoir provoquer des accidents. La toxicité de ces produits, et spécialement leur action py rélogène, est pourtant très grande : elle peut être mise en évidence par des expériences qui consistent à les inoculer aux animaux de laboratoire.
8^ Le cas est absolument le môme pour les Cysticerques et les Hydatides : entourés d'une cuticule qui s'oppose dans une large mesure aux échanges osmotiques, ces parasites ne déversent en dehors d'eux qu'une quantité négligeable de leurs toxines ; ils les accumulent, au contraire, dans leur liquide vésiculaire. Ces toxines sont donc, dans les conditions normales, sans action sur l'hôte; mais que, par suite d'un traumatisme ou d'une intervention chirurgicale, les vésicules se rompent, leur liquide se répand dans les séreuses ou dans le tissu conjonctif: il est absorbé avec ses toxines et celles-ci provoquent des accidents morbides plus ou moins graves.
9^^ Un phénomène analogue se produit à la suite de la rupture de la Pilaire de Médine : le liquide qui remplit le vaste sac utérin et dans lequel nagent des myriades d'embrj^ons, se répand dans la plaie et y cause une irritation plus ou moins vive. Celle-ci n'est point imputable au frétillement des embryons vivants, comme Davaine l'a prétendu, mais ne peut tenir à une autre cause qu'à la présence de substances toxiques, du groupe des leucomaïnes ou des ferments solubles (1).
10® La Filaria medinensis, même quand l'Homme en porte un certain nombre d'exemplaires, n'est vraiment dangereuse que dans le cas susdit et qu'au moment où se forme l'abcès sous-cutané qui
(1) R. Blanchard, Traité de zoologie médicale. Paris, 2 vol. in-8*, 1885-1889; cf. II, p. 3i, 1889.
doit assurer son élimination. La toxine qu'elle contient n*agit d'aucune manière sur l'organisme en toute autre circonstance, même au moment où le Ver croît, s'accouple, se déplace à travers le tissu conjonctif , en un mot, au moment de sa plus grande activité physiologique.
11" Les toxines organiques des Nématodes, celles qui deviennent libres par simple rupture de leur corps (Pilaire de Médine, Ascarides) ou qu'on obtient soit par macération en divers liquides (eau, glycérine, etc.), soit par compression, soit encore par extraction au moyen de l'alcool, ne sont pas éliminées par les Vers en quantité suffisante pour exercer une action malfaisante. Les expériences qui démontrent la nuisance de semblables préparations sont tout artificielles et ne renseignent aucunement sur l'action réellement exercée par les Vers sur l'organisme parasité.
12p Une conclusion toute semblable s'impose à l'égard des Acanthocéphales, des Trématodes et des Cestodes.
13° Une telle opinion est peu compatible avec la théorie bothriocéphalique de l'anémie pernicieuse progressive. Malgré les nombreux travaux dont elle a été l'objet, l'étiologie de cette affection reste très obscure. Toutefois, on peut admettre que le Dibothriocephalus latus, soit dans les conditions normales, soit sous des influences spéciales, excrète une toxine particulièrement active, douée de propriétés hémolytiques. Si l'on tient compte des observations de Villshur et de Courmont et André, l'hémolysine en question serait produite par les Bothriocéphales malades ou morts.
14° Le Bacille du tétanos, le Bacille pyocyanique, le Staphylocoque, d'autres microbes encore, fabriquent des hémolysines très actives, qu'ils ne laissent pas diffuser, en sorte que ces microbes ne produisent pas d'une façon sensible la destruction des globules rouges du sang. Le Streptocoque excrète, au contraire, une hémolysine qui détruit les hématies dans l'organisme même, du vivant de l'animal. Des variations toutes semblables peuvent s'observer chez les Vers; elles sont d'accord avec les conclusions formulées plus haut et donneront sans doute l'explication qui nous manque actuellement, quant à l'étiologie de l'anémie bothriocéphalique.
Major A. Buchanan, Malarial fevers and malarial parasites in India, Calcutta, 2* édition, in 8 de x-216 p. avec 16 planches, dont 12 en couleur, 1903. — Prix, cartonné : 7 sh. 6 pence = 9 fr. 40.
Ce livre est un guide pratique pour l'étude des Hématozoaires du paludisme. Les trois formes parasitaires sont admises et successivement décrites.
Les méthodes pour l'examen du sang et la recherche des parasites sont bien exposées; elles sont un peu vieilles, vu la date de publication, et l'auteur en est resté à la méthode de Romanovsky ; mais on sait que celles de Leisliman, Giemsa et autres plus récentes n'en sont, en somme, que des dérivés.
Les relations des Hématozoaires avec les Anophelinae sont l'objet d'une bonne étude. L'auteur est ainsi amené à donner d'assez longs détails sur ces Insectes, leur anatomie et leurs métamorphoses, le tout en se plaçant constamment au point de vue de la recherche de laboratoire.
Cet ouvrage, rapproché de ceux de Giles, de James et Liston, de Christophers, etc., témoigne, chez les médecins de l'armée des Indes, d'une culture scientifique à laquelle on ne saurait trop rendre hommage.
F. Dévé, Las kystes hydatiqu£s du foie. Paris, F. R. de Rudeval, in-18 de III 197 p., 1905. — Prix, broché : 3 fr.
Les lecteurs de ces Archives connaissent les remarquables travaux que le D' DévÉ poursuit, depuis plusieurs années, au sujet de l'échinococcose. Ils se rappellent le mémoire, publié ici même, où le professeur rouennais a établi sur des preuves définitives la réalité de la métamorphose vésiculaire du scolex. La connaissance de cette évolution, si inattendue et si intéressante au point de vue zoologique pur, est venue éclairer d'un jour tout nouveau une série de faits cliniques inexpliqués et de complications opératoires dont la pathogénic était, jusqu'à présent, restée des plus obscures.
Le livre que le professeur Dévé publie aujourd'hui et dans lequel il étudie la forme commune et la localisation la plus habituelle du parasite échinococcique — les kystes hydaliques du foie — constitue la mise au point à la fois la plus documentée et la plus originale de cet important chapitre de pathologie humaine.
Après un résumé clair et précis de l'histoire naturelle du parasite, où se trouvent exposées les notions zoologiques nouvelles auxquelles nous venons de faire allusion, l'auteur entre dans la description des lésions
délerminées dans les tissus par le développement des vésicules parasitaires. Il insiste sur la fréquente multiplicité des tumeurs hydatiques chez les malades, en précise la pathogénie et montre la part importante qui revient, dans ces lésions, au processus qu'il a si justement décrit sous le nom d'échinoœcœse secondaire. Il étudie ensuite, de façon approfondie, les conditions étiologiques de l'aflection. Ce chapitre extrêmement docu> mente doit être lu et médité non seulement des médecins, mais aussi des vétérinaires et des hygiénistes. Il est, d'ailleurs, complété par un chapitre de prophylaxie, qui lui sert en quelque sorte de corollaire et dans lequel le professeur Dévé, après avoir précisé les conditions du problème, en indique la solution simple et rationnelle.
Les autres chapitres, consacrés à l'étude clinique, au diagnostic et à la thérapeutique chirurgicale des kystes du foie, ne sont pas moins remarquables. Il nous est impossible, dans une aussi brève analyse, d'en donner un résumé, même rapide ; leur lecture s'impose aux praticiens et aux chirurgiens.
Comme le dit le professeur R. Blanchard à la fin de la préface qu'il a écrite à ce travail: (( Le présent ouvrage résume de la façon la plus claire et la plus méthodique non seulement les observations capitales du savant professeur de Rouen, mais aussi l'histoire tout entière du Tœnia echinococcus,,,. Ce livre est le seul qui expose, suivant le point de vue moderne, ce très important chapitre de pathologie. 11 a été rédigé aussi bien pour les étudiants que pour les praticiens ; il ne peut manquer d'obtenir un vif succès auprès des uns et des autres.»
L'Enseignement de la Médecine coloniale. — Nous reproduisons ciaprès deux lettres qui touchent à cette importante question.
A Monsieur le D' Raphaël Blanchard Professeur à la Fa/mlté de Médecine de Paris,
Rio de Janeiro, le 14 juin 1905.
Très honoré Confrère,
Le gouvernement du Brésil se préoccupe en ce moment de la réorganisation des études médicales de ses Facultés. Etant donnée la haute compétence dont vous jouissez dans le monde scientifique et la très juste renommée qui entoure votre personnalité, particulièrement dans mon pays, je prends la liberté de m'adresser à vous, spécialement dans le but d'obtenir une réponse à la question suivante :
En l'état actuel de nos connaissances médicales, la création, dans les Facultés de Médecine du Brésil, d'une chaire spéciale de clinique des maladies tropicales, à laquelle serait adjoint un laboratoire, vous paraitelle nécessaire ou non ?
Vous parait il que l'on puisse penser à faire une réforme dans l'enseignement médical d'une Faculté d'un pays tropical, comme le Brésil, sans se préoccuper très attentivement de ce qui a trait à la pathologie tropicale ?
Je vous serais très reconnaissant si vous vouliez bien, dans l'intérêt supérieur de la science, donner une réponse à ma question.
Veuillez agréer, etc.
D' Miguel Couto.