‹ Archives de parasitologie (volume 4)Chapitre 2 sur 169 · L — MORPHOLOGIE · texte numérisé non relu

L — MORPHOLOGIE

J'ai d'abord observé macroscopiquement et très soigneusement les cultures, dans les ditïérentes conditions de température où elles

avaient été placées, en notant chaque jour les progrès du développement du mycélium sur différents milieux nutritifs. Pour l'étude microscopique, j'ai employé deux procédés : !« l'examen extemporané après dissociation des filaments mycéliens dans l'acide acétique : 2« l'étude du Champignon dans la cellule humide, les ensemencements étant faits sur bouillon en goutte pendante, d'une façon aseptique, pouréviter que les Bactéries ne viennent gêner la végétation du mycélium. J'ai observé toutes les cultures chaque jour, quelquefois heure par heure, surtout dans les premiers stades du développement. Toutes les figures que je donne ont été dessinées à la chambre claire.

Je n'ai pas l'intention de m'occuper, dans ce travail, de l'étude systématique des familles auxquelles appartiennent les Champignons que j'ai étudiés. Je me suis contenté d'examiner avec détail quelques espèces plus particulièrement intéressantes au point de vue pathologique, dans le but d'établir leur diagnose aussi rigoureusement que possible. Toutes ces espèces appartiennent aux genres suivants : Mucor, Rhizopns, Rhizomucor, Aspergillus.

Genre Mucor.

Pour le genre Mucor, mes observations ont porté sur les espèces suivantes : M, racemosus, M, corymbifer, M. Truchisi et M, RegnierL

1® Mucor racemosus Fresenius, 1850.

Saccardo (1) donne la description suivante du Mucor racemosus : u Hyphis sporangiferis septatis, bifurcatis vel irregulariter ramosis, 0,5 — 0,4 cm altis ; sporangiis terminalibus, globosis minutis, 40-68 /A diam., pallide luteis, vix perspicuis, columella ovali ; sporis numerosis, globoso-ovoïdeis, 5 8=4-5, hyalinis; zygosporis globosis, episporio flavo brunneo, striato, 70-84 ^x diam. »

L'exemplaire que j'ai étudié a des caractères absolument semblables : en effet, arrivé à maturité, il se présente macroscopiquement sous forme de filaments enchevêtrés, formant un duvet blanc très serré à la surface du substratum ; sur ce mycélium s'élèvent des hyphes sporangifères verticales, très peu enchevêtrées; les sporanges sont d'une couleur gris jaunâtre.

(1) p. A. Saccardo, Sylloge Fungorum omnium hncuaque cognitorum. Palavii, 1888; cf. VII, p. 192.

a V. SAVOIRK

Au microscope, on reinai'que que le mycélium est furmé de filaments enchevêtrés, non anastomosés, ramilîés seulement dans la partie supérieure des pédoncules spnrangifères et aux environs des chlamydospores. Le diamètre de ces filaments varie entre 3u 2, 6fi cl 9 u, suivant l'âge de la culture ; ces dimensions ont été mesurées sur une culture en cellule humide sur bouillon, du troisième au cinquième jour après l'ensemencement.

Fip. 1. — Macnr Toeemmaf. — 1,2,3, diverses moiies de raraifirulion des liyphes sporanKif^res ; 4, doux sporan);<i» don[ lu mirmbrHne n'est pas CDCore eu m pli- le ment liqui'lico.

La ramilication des hyplies sporangifères est très variable et très irrégulière : quelquefois on ne constate qu'une simple bifurcation ou une trifurcatiun, mais, dans ce c<is, jamais les trois lilamenls résultant de la division du lilament principal ne prennent naissance au même point, en un mot je n'ai jamais vu de rani itication en forme

MYCOSES IMtitMÎS ET LKI'RS l'AltASlTKS 91

d'ombelle OU de coiymbe; d'autres lois, asseK loin de rextrémité ■d'un long filament terminé par un sporange, naissent de nombreux fdaments assez courts, terminés eux aussi par un sporange (fig. I, 1-3).

Les sporanges sont sphériques et de petite taille; le diamètre de ceux que j'ai mesurés varie entre 37 f* et (iO f*. lis sont de couleur jaune pâle et la membrane est très peu transparente. Cependant, lorsqu'ils sont arrivés k maturité complète, on distingue facilement les spores à travers la membrane. Cette membi-aneesl dillluente, elle disparaît par liquéfaction lorsque les spores sont mises en liberté, mais elle peut se liquétier plus rapidement dans une partie

Fig. à. — UuetSr raceminniti. — 1, li'tps sporlf^rcs jnunoK: i, t^tos sporifi'res adultes; 3, IMps sporLfirPS mùms : i. sporna en liberli' ; ;>, uno col u nielle.

quelconque du sporange que dans d'autres; alors quelques sport>s s'écliappenl d'abord pai' celle ouverture, tandis que les autres con servent l'aspect d'une masse sphérique, pai-ce qu'elles sont encore maintenues en place par le reste de la niembnine incoinplèleinent liquéfiée. Ceci pourrait donner lieu à une eii-euretlairecraireà la persistance d'une portion de la membrane et à une sorte de déhiscence poricide(rig. 1, 4). On peut facilement éviter cette erreur

en laissant le sporange qui présente cette particularité sous le champ du microscope et en portant le tout à l'étuve à 25<>, le lendemain, généralement, la membrane est complètement liquéfiée et on voit les spores disséminées irrégulièrement autour de lacolumelle.

La columelle est ovale, elle mesure 18 u à 30 /z en hauteur et 9 ^ à 15 /A en largeur (fig. 2, o).

Les spores sont ovoïdes; elles mesurent 6 à 8,tA de long sur 3 à 6 u de large; elles sont transparentes et très nombreuses (fig. 2, 4-5).

Je n'ai pas observé de zygospores; par contre, j'ai vu de nombreuses chlamydospores dans les cultures en cellule humide : ces chlamydospores, qui apparaissent surtout dans les cultures âgées de trois ou quatre jours, sont ce forme sphérique avec, quelquefois, un prolongement en forme de boudin ; leur diamètre est en général voisin de 20 p ; on voit à linlérieur de nombreuses granulations protoplasmiques (fig. 3, 5).

Saccardo ne parle pas des chlamydospores. Quant aux figures de ces organes données parles autres auteurs, elles me paraissent n'offrir qu'une idée imparfaite de leur forme et de leur disposition. J'insiste sur ce point, parce que de nombreuses observations mont permis de constater les deux principales formes qu'affectent ces chlamydospores. En effet, dans les figures, elles sont généralement représentées sous forme de corps ovoïdes, dun diamètre à peine supérieur à celui du filament sur lequel elles ont pris naissance ; elles sont en outre beaucoup trop rapprochées les unes des autres et affectent une disposition en chapelet. De plus, les auteurs ont toujours omis de représenter le petit prolongement en forme de boudin que possèdent quelques-unes d'entre elles, ainsi que la cloison transversale qui existe assez souvent sur le tilament dans leur voisinage (fig. 3, 1 et 5-7).

Après avoir répété ces observations un grand nombre de fois, j'ai conclu que le Champignon que j'avais étudié était bien le Mucor racemosus. Ce Cryptogame provient de lésions cutanées observées dans ces dernières années chez un grand nombre de Chevaux d'un régiment de cavalerie d'une armée étrangère.

Les poils de ces animaux, examinés au microscope, ne présentaient pas de lésions trichophytiques. Ensemencés en milieu stérile, ils n'ont donné comme culture de Champignon que le ifwcor racfmoaus ; mais il ne s'ensuit pas que la présence de ce Champignon

MYCOSES INTERNES ET LEL'HS PARASITES

dans les lésions observées sur les animaux en question soit la cause de la maladie. En effet, s'il n'existe aucun doute sur l'existence de ce Cryptogame comme parasite dans le conduit auditif externe, par exemple dans les cas d'otomycose, son rôle pa-

ii>

Fig. 3. — Mucor racemosus. — 1-4, chiamydospores sphériques; 5, prolongement en forme de boudin; 6, chiamyaospore terminant un filament; les autres dessins représentent diverses formes de ces organes.

thogène comme producteur de mycoses internes reste encore à démontrer, me semble-t-il, quoique Bollinger cite un certain nombre de mycoses de l'appareil respiratoire chez les Oiseaux,

et ■•

12 V. sAVornÉ

dues à ce Champignon (1). Les inoculations de spores de Mucor racemosus que j'ai pratiquées sur le Lapin et sur le Cobaye ont tou jours été négatives; ce qui tient, je crois, à ce qu'il y a trop de différence entre la température optima, qui est de 2o« pour ce Champignon, et celle du sang des animaux mis en expérience, qui est de38o au moins pour le Lapin et le Cobaye et certainement supérieure pour les Oiseaux que cite Bollinger. Le Mucor racemosus, qui végète très bien à 2;>, produit à peine quelques filaments mycéliens à 37», sur les milieux nutritifs qui lui sont le plus favorable. On peut en conclure qu'il lui est difficile, sinon impossible, de végéter dans des organes qui sont à une température d'au moins 37", au milieu desquels il se trouve constamment en lutte avec les phagocytes. Ainsi son rôle comme producteur de lésions parait devoir être écarté.

2" MrcoH coRYMBU'EK Lichthcim, 1882.

Voici la diagnose de ce Champignon lelleque la donne Saccardo : « Mycelio niveo demum pallide griseo, hyphis mycelicis in substrato vel per aerem exeuntibus, hyalinis; hyphis sporangiferis non erectis (verticalibus), racemose ramosis, apice 1-12 sporangia racemosa gerentibus; sporangiis etiam maturitate hyalinis, piriformibus, majoribus usque ad 70 u. diam, mediis ooGO u; minoribus 10-20 ui. Tunica levi hyalina; columella conica, sursum expansa, subinde papillala, brunneola; sporis ellipticis 3 -= 2, hyalinis.»

L'exemplaire dont j'ai utilisé les spores pour les inoculations m'a été communiqué par Lucet. Ses caractères sont les mêmes que ceux que donne Saccardo. Les spores, toutes déforme ovoïde, dont j'ai pris les dimensions, mesuraient en moyenne 9 ^i de long sur 6 u de large. 11 faut aussi signaler une particularité des chlamydospores: ces organes, dont le diamètre oscille aux environs de 35 u, peuvent affecter deux formes différentes :

1» La chlamydospore se présente sous forme d'une verrue pédiculée, à protoplasma homogène, naissant sur un filament mycélien non loin de son extrémité.

2« L'organe prend naissance au point de bifurcation d'un filament; en ce cas, une portion du protoplasma est très homogène, tandis

(1) Bollinger, Ueber Pilzkrankhoiten hOhorer und niedorer ïhicre. Aerztliches lïilelligenz-BUitt, Hcft 9-H, 1880.

que l'autre peut être creusée de vacuoles. Les filaments mycéliens sont toujours assez grêles (7 à 8 /a de diamètre), on constate souvent des vacuoles dans leur protoplasma.

3° MucoR Truchisi Lucet et Costantin, 1901.

Le Mucor Triichisi^quï, par ses caractères généraux, se rapproche beaucoup du Mucor corymbifer, en diffère cependant par certains détails dont l'importance a permis à Lucet et Costantin d'en faire une espèce nouvelle. Je ne puis donc ici que résumer en quelques lignes les principaux caractères du Champignon, que ces auteurs ont décrit avec tant de soin (1).

Le Champignon a été isolé de croûtes épidermiques provenant d'un Cheval atteint d'une teigne produite par le Trichophy ton minimum.

Lucet et Costantin font remarquer judicieusement que le Mucor Truchisi ne jouait probablement aucun rôle pathogène dans la lésion. On pourrait rapprocher cette observation de celle que j'ai faite plus haut à propos de la présence du Mucor raccmosm dans des lésions cutanées observées sur les Chevaux d'un régiment de cavalerie. Macroscopiquement, les cultures sur les milieux solides d'un usage habituel se présentent sous forme de filaments blanc grisâtre, qui deviennent légèrement bruns quand la culture vieillit. La culUire devient rapidement grisâtre, dans la partie qui est en contact avec l'air.

Dans les tubes de pomme de terre, le mycélium se dirige vers le compartiment inférieur et ne tarde pas à l'envahir complètement.

L'extrémité lerminale des hyphes est en forme de corymbe, tendant fréquemment à prendre la forme d'ombelle, par suite de l'allongement exagéré des filaments les plus extérieurs. La membrane des sporanges est translucide, sans ornements; les sporanges sont sphériques. La columelle est piriforme, colorée en brun. Les spores sont ovoïdes, un peu allongées.

Les dimensions des différents organes de ce Champignon sont les suivantes : pédicelles, 2 à l^i de diamètre ; sporanges, 35 ;* de diamètre ; columelles, de 20 m, à 30 p. de large ; spores. 4 a de long sur âfx") de large.

(1) Ad. Lucet et Costantin, Contribulions ù l'ôtude des M ucorinées pathogènes. ÀrchiceH de Parasitolugie, IV, p. 262, 1901.

4® MucoR Regnieri Lucet et Costantin, 1901.

Le Mucor Regnieri est voisin du Mucar Truchin, cependant les différences qui existent entre ces deux Champignons sont assez importantes pour que Lucet et Costantin aient cru bon d'en faire deux espèces.

Le feutrage formé par le mycélium du Mucor Regnieri est moins serré quecelui du Mucor Truchisi, par contre la fructification s'étend dans toute la longueur du tube, aussi la couleur de la culture estelle uniformément grisâtre. De plus la culture n'envahit pas le compartiment inférieur des tubes de pomme de terre.

Genre Rhizopus.

Dans le genre Rhizopus, j ai étudié deux variétés dune même espèce.

lo Rhizopus equinus Costantin et Lucet, 1903.

L'exemplaire que j'ai étudié est typique, il m'a été communiqué par Lucet. Je ne ferai donc que reproduire la diagnose de ce Champignon, telle que l'ont établie Costantin et Lucet (!) : « Champignon présentant au début des pédicelles simples d'ordinaire sans rhizoïdes, droits ou courbés, et plus tard des bouquets de pédicelles fréquemment (mais pas toujours) pourvusde rhizoïdes. Cutinisation ocracée pAle des pédicelles. Columelle de teinte pâle. Spore arrondie, quelquefois un peu anguleuse, lisse, 4 /x. Espèce pourvue de chlamydospores. »

Ce Champignon présente les particularités suivantes, que j'ai toutes constatées et qui correspondent bien à la description de Costantin et Lucet. Sur milieu solide, le mycélium, d'abord blanc et floconneux, donne de petites têtes noires correspondant à des sporanges situés au sommet de pédicelles très courts. La culture prend alors un aspect grisâtre, puis les filaments situés au-dessus du substratum prennent un plus grand développement; ils s'entremêlent et forment un feutrage épais, qui finit par remplir le tube de culture. Si la culture a été faite dans un matras à fond plat, ce feutrage peut avoir jusqu'à plus de 2^^ d'épaisseur. En

(1) Costantin et Lucet, Sur un Rhizopus pathofçène. Bulletin de la Société luycologique de France^ XIX, p. 200, 1903.

vieillissant, la culture prend une teinte brune ocreuse et s'affaisse sur le substratura.

Les différents organesde ce Champignon que j'ai mesurés avaient les dimensions suivantes : le diamètre des filaments mycéliens

Fig. 4. — Rhizopus equinua. — 1-4, columolles de formes et de dimensions différentes, après la mise en liberté des spores ; 5, une hyphe sporangifëre Agée de cinq jours.

varie entre 8 p et 12 fA, les sporanges de forme sphérique ont en général leur diamètre compris entre 60 f* et 70 f*, les columelles sont sphériques ou subsphériques : elles mesurent de 20 a à SOf^de diamètre (fig. 4). Le plus souvent ces columelles ne sont pas

CP

Fig. 5. — K/iùopus equinus. — 1, 2, chlamydospores dans une culture âgée de trois jours ; 3, spores.

exactement sphériques et le plus grand diamètre est toujours le diamètre transversal, c'est à-dire le diamètre perpendiculaire à l'axe de l'hyphe sporangitère, les spores ont un diamètre qui varie entre 4 u et 8 u. (fig. 4, 1). Les chlamydospores sont très

nombreuses dans les cultures en cellule humide, surtoulà la température de37"et vers le troisième jouraprës l'ensemencement ; elles se trouvent pour ainsi dire constamment au sommet duo angle droit formé par un coude brusque du mycélium, elles sont !>phériques et donnent un ou deux filaments très courts, rampant à la surface du substmtum ; leur proloplasma est granuleux et le filament mycélien qui leuradonné naissance produitassez souvent dans leur voisinage quelques filaments analogues à ceux qui donnent les chlamydospores(fig. 5, 1).

2" Rhiïoi>us eqvinls var. ».

Cette" espèce , a été isolée d'un moût de pommes au laboratoire

de bactériologie de lEcole de médecine de Hennés. Elle se

!, Rhi:opait ei/iiin gt'Iosé agtes (le huit jon

rappmrlie beaucoup du Hhizoptiit equinus par certains caractères iiiorplioldfîiciut's, eu diffère noiahlement par ses caractères biologi(|ues ; en effet, si on ensemence le même jour deux matras de moût de bière gelosé, l'un avec le Rhiiopmequînus type, l'autre avec

MYCOSES INTERNES ET LKl'RS PARASITES

le Rhizopus equiniis OL et qu'on les place à l'étuve k 37®, au bout de deux jours on peut constater que le Hhizopus eqninns donne à

Fig. 7. — Rhizopu^ equinvs «. — 1, un ieune sporange naissant k Vaxtrômité d'un long filament recourb<^ ; 2, 3, rhizoïdes; 4, thalle.

Fig. 8. — Rhi:iopus equinus «. — 1, 2, sporanges jeunes ; 3, sporange à maturit(^ ; 4, î), rhizoïdes ; 6, thalle.

Fig. 9. Rhizopus equinus «.

— Sporange en voie de déhiscence ; i, columclle ; 2, spores.

peine quelques filaments rampants à la surface du substratum, tandis que le mycélium du Rhizopus equinus a se présente déjà sous forme d'un léger duvet floconneux blanc. Au quatrième jour, ladif- Archives de Parasitologie, X, n* 1, 19(X). 2

P. SAVOIRK

férence s'accentue encore plus; le Rhizopus equinus « commence déjà à produire des têtes sporangifères grises, alors que leRhizopm equinxts est encore à l'état de duvet blanc. Les jours suivants, la différence entre les deux espèces s'accentue encore : en effet, tandis q.ue le Rhizopus equinus se présente sous forme d'un duvet blanc, quelquefois haut de plus de deux centimètres et à peine sporulé, le Rhizopus equinus a, au contraire, reste affaissé à la surface du substratum et prend rapidement une teinte gris foncé, due à la présence de nombreux sporanges complètement développés (fig. 6).

Fig. 10. — Rhizopua equinus a. — 1-4, chlamydosporos sph6ri({ucs en dilT^ronLs points du mycf^lium ; 5, chlamydospores oblongues.

Au point de vue morphologique, les rhizoïdes sont bien développés; souvent les sporanges naissent à l'extrémité d'un filament

MYCOSES INTERNEES ET LEl'RS PARASITES 19

recourbé en forme de boucle et prenant naissance en un point quelconque du mycélium (fig. 7). Le diamètre des filaments mycélien^ varie entre 15 et 25 f*. Les sporanges sont sphériques, leur diamètre est de 35 ù 70 p (fig. 7, 1 ; fig. 8, 2-3) ; la déhiscence se fait par liquéfaction progressive de la membrane. Les columelles sont sphériques ou presque, leur diamètre oscille entre 20 et 50 ;* (fig. 9). Les spores sont sphériques, ariant ventre 5 et 7 f* de diamètre. Les chlamydospores naissent en général sur de petits diverticules du filament mycélien principal (fig. 10, 1-2) ; elles sont en général sphériques et présentent quelquefois un ou plusieurs petits prolongements en forme de boudin (fig. 10, 1) ; d'autres fois, ellessont allongées et se présentent simplement sous forme de renflements du mycélium, à protoplasma fortement granuleux (fig. 10,2). Leurs dimensions varient entre 20 et 40 a. On remarque rarement la présence de cloisonnements sur le filament mycélien aux environs des chlamydospores.

Genre Rhizomucor.

Dans ce genre, qui ne fut d'abord qu'une simple section créée dans le genre Mucor par Lucet.et Costantin, j'ai étudié une seule espèce, le Rhizomucor parasiticm, décrit en 1900 par ces auteurs (1). C'est Gedoelst qui a élevé cette section à la hauteur d'un genre, en raison de son nom spécial, qui indique bien ses caractères transisitoires entre les genres Mucor et Rhizopus,

Rhizomucor parasiticus Lucet et Costantin, 1900.

Cet exemplaire typique m'a été communiqué par Lucet. qui donne de cette espèce la diagnose suivante, que je reproduis textuellement :

« Rhizomucor. — Section nouvelle du genre3fMCor.Mucoréeà stolons et à rhizoïdes irréguliers et à pédoncules fructifères ramifiés; columelle entourée à la base de débris de membrane du sporange, cette dernière s'insérant en haut du pédoncule.

« Rhizomucor paranticus, — Espèce nouvelle gazonnaute, de couleur brun fauve, grisiUre, gris de plomb ou gris de souris. Pédon*, cules fructifères de 12à 14 y. de large sur 1 à 2 ^"^ de long, le plus sou-

(1) Lucet et Costantin, Rhizonntcor parasiticus yO^spdce pathogène derHommo. Rente générale de botanique^ XII, p. 81, lîKX).

20 p. SAVOURÉ

vent en grappe simple ou corymbe, seulement au sommet sur une longueur de 300 ^i; sporanges de 80 à 37 ii, columelle ovoïde, piriforme, cutinisée, légèrement brunâtre, de 70 à 30 ;* de haut, sporanges latéraux semblables, mais plus petits. Pédicelles rarement une deuxième fois ramifiés. »

Ce qui différencie le genre Rhizopus du genre Mucor, c'est que les stolons rampants, qui permettent à ces Cryptogames d'envahir très rapidement la surface des milieux nutritifs, présentent de place en place, dans le premier genre, des digi talions en forme de racine qui s'enfoncent dans le substratum : ce sont les rhizoïdes. C'est aux points où se trouvent ces rhizoïdes que s élèvent les hyphes ou filaments sporangifères; de plus, le pédoncule fructifère ne se ramifie pas. Dans le genre Mucor, au contraire, les pédoncules fructifères sont quelquefois très ramifiés, mais, par contre, on ne trouve pas de rhizoïdes. Le Champignon décrit par Lucet et Costantin présente des caractères communs à ces deux genres : il a des rhizoïdes comme les Rhizopus, mais il a des pédoncules fructifères ramifiés comme les Mucor; c'est ce qui leur a permis, à juste titre, d'en faire une espèce nouvelle sous le nom de Rhizomucor pardsiticus. En effet, ce Champignon est essentiellement parasite, il tue rapidement les Lapins et les Cobayes auxquels on l'inocule et il est même nocif pour l'Homme, car il a été isolé par Lucet des crachats d'une malade soignée par le D^ Lambry, de Courtenay (Loiret), malade qui présentait à l'auscultation des signes évidents de tuberculose pulmonaire.

Je cite ici l'observation de cette malade, telle qu'elle est consignée dans le travail de Barthelat (1), d'abord à cause de sa date récente et ensuite parce qu'elle fait prévoir que les mucoromycoses ne sont peut être pas si rares qu'on est porté à le croire.

(( Madame N. A..., 30 ans, mariée, pas d'enfants, malade depuis dixhuit mois, a subi sans succès divers traitements pour une maladie dite d'estomac ; de taille moyenne, plutôt maigre, peu colorée, physionomie mobile, agitée par un tic des paupières et un spasme des commissures des lèvres, regard fuyant, aspect hystérique.

Régulièrement réglée, sujette au moment de ses époques à des poussées congestives de la face.

Cinquième enfant de père et mère vivants et bien portants, a perdu une

(1) G. J. Barthelat, Les Mucorinces pathogènes et les mucoromycoses, chez l'Homme et les animaux. Archives de Parasilologie, VI, 1903.

sœur mariée, morte à 3o ans de tuberculose à marche rapide, les autres enfants n'ont aucune tare apparente.

Pendant l'hiver 1889, cette femme est tombée à Teau : il en serait résulté un gros rhume guéri sans aucun traitement.

De 1889 à 1895 n'a plus jamais toussé.

En avril 1895, à la suite d une violente émotion, Madame N. A..., ayan dû accomplir un long trajet, à pied, la nuit, dans la neige, a été prise de vertiges, d'étou déments, de palpitations.

Lentement l'appétit a disparu, faisant place à un état nauséeux persistant, avec sensation de pesanteur à l'épigastre.

La toux apparaît en juin 1895, le matin seulement; elle estsèche, quinteuse accompagnée d'une expectoration très rare.

A aucun moment de sa maladie, Madame N. A... n'a eu de frissons, de sueurs ni de lièvre.

La malade accuse une gène récente en avant, du côté droit de la poitrine, entre la clavicule et le sein.

Elle souffre d'une douleur spontanée au niveau du bord spinal de l'omoplate du même côté.

Elle définit ainsi la gène qu'elle éprouve : c'est un chatouillement continuel, « quelque chose qui m'aiguillonne dedans », et elle porte la main au-dessus du sein droit.

Quelques mois plus tard, ces mêmes symptômes s'étendront à la même région du côté gauche.

Pas d'enrouement : le pharynx et Famygdale droite sont le siège d'une rougeur diffuse peu intense, pas de granulations pharyngées.

Cette malade n'a jamais eu d'épistaxis ni d'hémoptysie, même à l'époque des congestions menstruelles qui lui causent des bouffées de chaleur à la face.

La langue est étalée, saburrale, l'appétit capricieux; les quintes de toux du matin occasionnent des nausées qui ne se reproduisent jamais dans la journée ; la dentition est en bon état.

A la percussion, pas de modification appréciable de l'élasticité ni de la sonorité.

A l'auscultation, à droite, dans le tiers supérieur, l'inspiration est rude, nettement saccadée, divisée en deux temps égaux ; l'expiration esta peine perceptible et n'est pas sensiblement prolongée.

Quelques sibilances se font entendre en avant; quelques râles fins, secs, à l'inspiration seulement, en arrière, entre l'angle supérieur de l'omoplate et la gouttière vertébrale.

Je constate en avant et en arrière, à droite, une pectoriloquie aphone manifeste; elle existe également à gauche, mais moins accentuée et de ce côté ne s'entendent ni râles ni sibilances.

Les crachats sont rares, expulsés le matin seulement par quelques quintes de toux qui n'ont lieu ni le jour ni la nuit; ils sont comi)acts,

très mobiles, faits de mucus dense, peu acérés, et colorés par de petits Ilots d'un gris bleu pâle.

Ces symptômes, rapprochés des antécédents héréditaires, imposent l'idée d'une tuberculisation à marche lente, accomi>agnée de troubles gastriques chez une névropathe.

Cependant, la toux se manifeste le matin seulement, elle est suivie de l'expulsion de crachats très rares et d'un aspect et décoloration insolite.

Le D' Lambry s'adresse à Lucet pour l'examen microscopique et la recherche du Bacille de la tuberculose. Les examens sont négatifs pour le Bacille de Koch, mais décèlent la présence de spores et de fragments de mycélium. Les crachatts, ensemencés sur le liquide de Raulin, donnent à plusieurs reprises des cultures de Rhizomucorparcuiiticus, Le D' Lambry termine ainsi son observation : « Les crachats recueillis fréquemment, parfois en ma présence, dans des tubes stérilisés, bouchés à l'ouate, et restant négatifs quant au Bacille de Koch, le traitement n'aura plus eu vue que le Mucor, toujours très abondant, et l'état de neurasthénie. »

L'iodure de potassium administré au début, étant mal toléré, il fallut y renoncer et le remplacer par diverses préparations arsenicales : granules d'arséniate de soude, d'acide arsénieux, sirop de phosphate de chaux arsénié, liqueur de Fowler ; préparations associées aux amers et à l'hémoneurol Cognet, jusqu'au retour de l'appétit et au relèvement de l'élat général.

Lente au début, l'amélioration s'accentua après deux mois de tâtonner ments; l'appétit revint, ta toux fut moins quinteuse, plus rare, les crachats perdant progressivement leur coloration vert bleuâtre.

La malade, en décembre, pesait 49 kilos ; elle atteignait o4 kil. 500 et et 58 kil. enfin.

Elle se remit à l'ouvrage qu'elle avait abandonné depuis plusieurs années.

A la lin de juin, je recueillis plusieurs crachats très teintés de noir, M. A. Lucet n'y trouva que des particules de charbon et de très rares filaments très grêles de Mucor,

En juillet, l'état de la respiration peut être considéré comme satisfaisant, les bruits anormaux ont entièrement disparu et la pectoriloquie aphone n'est plus perceptible.

Non seulement la malade suftit aujourd'hui aux soins de sa maison, mais elle a repris l'alimentation habituelle de nos campagnes. »

Genre Aspergillus.

J'ai employé pour les inoculations trois espèces d'Aspergillus : i^ A. fumigatus, 2« A, oryzœ, .> A. mlphureus.

Je n'ai pas étudié la morphologie de ces trois espèces, qui m ont, été communiquées par M. Lucet. Je me contente de reproduire ici la diagnose de VAspergillus /wm/r/afMs, d'après Saccardo:

ÀspERGiLLUs FUMiGATus. — « Hyphis sterilUfUs parcis ; fertilibus assurgentibus^ cylindricis, 1/6-13^^ long., sursum semim crassioribm, fumoso-griseis ; vesictda spliœroidea, 16/30 fx. diam., basidiîs crebris radiantibus subfuligineis ; conidiis sphœricis, levibus, 2,5^1 diam. , viridulis.

Hab. In lingua humana et in pulmonibus Otidis tardée in Germania ( 1 ) .

En effet, ce Champignon se trouve souvent dans des lésions pulmonaires à type tuberculiforme observées chez les Oiseaux ou chez les personnes qui vivent en contact avec certaines espèces de ces animaux, les gaveurs de Pigeons par exemple. D'ailleurs, et c'est ce qui est le plus intéressant, Torigine saprophytique de l'aspergillose ne fait aucun doute aujourd'hui, car on sait que les spores d'Aspergillm fumigatus se rencontrent fréquemment sur les graines dont se nourrissent les Oiseaux et aussi sur les pailles et fourrages que manipulent tous les jours les gens qui sont chargés du soin des animaux de basse-cour. Tout cela a été démontré par Rénon (2).

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