Acsariens
Les Acariens sont des animaux qui sont presque tous parasites, au moins à l'un des stades de leur évolution. Des animaux de cet ordre s'observent fréquemment, à l'état d'ectoparasites, aussi bien sur les Moustiques de nos pays que sur ceux des régions exotiques.
Les Acariens subissent des métamorphoses plus ou moins complètes ; ils passent, le plus souvent, parles états successifs de larve hexapode, de nymphe oclopode et d'animal adulte pourvu d'organes génitaux. C'est ordinairement à l'état de larve hexapode qu'on les trouve sur les Moustiques; leur étude est assez laborieuse
(1) R. Blanchard, Hirudineen. Hamburger Magalhaensische Sammelreise, p. 15, 1900. — Sanguiluelas de la Peninsula iberlca. Ànxiles de la Soc, espanola de hist, n^t., XXII, 1S93. — Hirudinées des Açores et de Syrie. Revue biologique du Nord de la France, VI, 1893.
et il est généralement impossible d'arriver à une détermination précise, tant les états larvaire et adulte diffèrent l'un de l'autre. La difficulté est d'autant plus grande que les Acariens des pays exotiques ont été très peu étudiés jusqu'ici, a Malgré de nombreux travaux, dit en effet Trouessart (1), les animaux de ce groupe sont encore très mal connus, et, si les priocipaux types d'Europe ont été décrits, on peut dire que tout est à faire pour ce qui a rapport aux types exotiques. »
Ajoutons que tous les liquides, et particulièrement les liquides organiques en décomposition, sont des milieux très favorables au développement de certaines espèces. On peut voir des Sarcoptides détriticoles envahir les tubes d'alcool, dans lesquels on conserve les Culicides, surtout quand beaucoup d'individus sont rassemblés dans un même tube et qu'ils y font un long séjour ; il faut avoir soin de ne pas confondre ces espèces saprophytes avec de vrais parasites des Culicides.
Les Acariens parasites se conservent le mieux, en préparations microscopiques, dans le Baume du Canada, la glycérine pure ou la gélatine glycérinée. Il est utile d'éclaircir la préparation en la faisant bouillir pendant quelques instants,dans une solution faible dépotasse : mais cette petite opération demande une certaine habitude. Une goutte d'essence de cèdre peut remplir le même usage ; enfin le lactophénol de Amann (2), employé ailleurs avec avantage pour l'étude des Muscinées (3), nous a donné également de bons résultats, mais il faut qu'il soit fortement dilué, et il est nécessaire de suivre l'éclaircissement sous le microscope. A l'exemple de M. Trouessart, nous montons la préparation dans la gélatine glycérinée.
Les Acariens, ectoparasites des Culicides, ont été signalés déjà par divers auteurs. Grassi les a indiqués le premier : il se borne à dire qu'il a vu un Acarien, ectoparasite chez un Anophèles maculipennis adulte, mais sans préciser de. quel Acarien il pouvait bien s'agir.
R. Blanchard en a observé deux cas, l'un chez un A. maculipen-
(i) E. Trouessart, Récolte et recherche des Acariens. Comptes-rendus des séances du Congrès international de Zoologie. Paris, p. 164, 1889.
(2) J. Amank, LactophcDol. Journal de botanique de Morot, 1896.
(3) M. Langbron et H. Sollbrot, Muscinées de la Céte-d'Or. Publication de la Revue Bourguignonne de l'Enseignement supérieur. Dijon, 1898; cf. p. 19.
nis de Basiia, l'autre chez un A. bifurcatùs de Charbonnières, près Lyon. « Le premier de ces Insectes, écrit-il, portait à la face inférieure de Tabdomen une double rangée longitudinale de cinq à six Acariens globuleux, d'un brun clair; on eût dit deux rangées de perles. Le second ne portait qu'un seul parasite. Dans les deux cas, j'ai eu affaire à des larves hexapodes d'Hydrachnides, indéterminables ; elles ressemblaient beaucoup à la larve de Ne$œ<i ftêscata. »
Giles a également observé trois spécimens de larves hexapode d'Acariens, trouvées en Palestine, sur 4- maciUipennis ; elles étaient pourvues d'un appareil suceur à peu près aussi large que long, (( paraissant formidable pour un aussi petit Insecte ». Il s'agissait là, sans doute, de larves &Hydrachna.
Laveran a rencontré plusieurs Acariens, dans l'alcool ayant servi à conserver des Culicides du Haut-Tonkin. D'après Trouessart, qui les a déterminés, il ne s'agissait pas de véritables parasites, mais de détriticoles venus après la mort des Culicides ; on peut les rapporter aux trois espèces suivantes :
lo Tyroglyphus Siro (L.) ou Acarus domesticus des auteurs ; 2o Cheyletus eruditus (Schrank), plus gros, à fortes mandibules avec peigne, venu pour dévorer les précédents ;
30 Gamasus sp., un jeune, nymphe indéterminable.
Sur un Culex du Tonkin et sur un A7U)pheles de Madagascar. Laveran a également signalé la présence de larves hexapodes d'Hydrachnides indéterminables; dans le premier cas, étant donnée la coloration verdâtre de l'animal, on peut supposer qu'il s'agissait d*une larve d^Arrhenurus; dans le second, très probablement d'une larve d'Hydrodroma ou de Nesœa,
A. Hodges parle aussi d'Acariens parasites, ressemblant à des Tiques, et trouvés dans TOuganda sur des Mansoniaei sur des Anophèles paludis. Dans certains endroits, près de 50 Vo des Moustiques étaient attaqués et l'on ne trouvait pas moins de neuf parasites, sur chaque Moustique. La teibtedu parasite dépendrai! delanourriture de son hôte ; il serait toujours rouge sur un Moustique gorgé de sang. Les Acariens, parasites de Moustiques ayant sucé du sang humain renfermant des Filaria perstans^ ne présentaient rien qui puisse être rapporté à cet Helminthe. En revanche, et le cas est intéressant à noter, les Acariens semblent exercer une action
path<^èiie sur les Culicidesqui les bébergent; ceux-ci« deviennent généralement apathiques et ne vivent que quelques jours en captivité. »
Les Moustiques de l'Ile Madeline, Wis., sont souvent parasités par de petits Acariens rouges qui se fixent sous leurs ailes et leur font perdre leurs forces. R. Blanchard pense qu'il s'agit ici, non d'une Hydrachnide, mais d'une larve de Trombididé, qui passe sur l'Insecte quand celui-ci est posé sur les plantes : la Mouche commune et les Sauterelles ont souvent sur les ailes ^tes parasites de ce genre. Quant à nous, nous n'avons jamais observé cette lootlisation spéciale du parasite sous les ailes.
Fearnside a vu, sur le Culex pipiens ayant sucé du sang, de petits Acariens rouge vermillon, qui pourraient être aussi des Trombidions; ceux qui étaient fixés au thorax étaient de couleur grise. Ces Acariens se nourrissent aux dépens de leur hôte : leurs mandibules, pénétrant entre les somites, atteignent l'estomac où ils puisent directement la nourriture; la teinte rouge proviendrait de l'hémoglobine, qui se décomposerait dans l'estomac du Moustique.
Gros, Ed. et Et. Sergent, d'autres encore,' ont signalé la présence d'Acariens parasites des Culicides; nous aurons l'occasion de revenir sur leurs travaux, à propos de la biologie de ces Acariens.
Nous avons également rencontré, sur des Culicides de Madagascar, des Acariens ectoparasites, se rapportant le plus souvent à des larves d'Hydrachnides indéterminables. Dans l'alcool ayant servi à conserver ces Culicides, nous avons aussi trouvé des Acariens libres, mais c'étaient le plus souvent des Sarcoptides détriticoles, à part quelques larves d'Hydrachnides qui avaient dû se détacher des Moustiques.
Ainsi que le professeur R. Blanchard l'a établi le premier, c'est donc surtout au groupe des Hydrachnides qu'appartiennent les Acariens à l'état larvaire qu'il est si fréquent de trouver en parasites sur les Moustiques. Ces parasites se nourrissent aux dépens de leur hôte et peuvent, dans certains cas, entraîner sa mort rapide. Ils méritent donc de fixer notre attention.
Différents auteurs nous ont fait connaître les mœurs de ces Arachnides; Kramer (1) a donné des tableaux qui permettent
(i) p. Kramer, Die Hydraehniden. Dos Thier- wnd Pftanzetileben des Siisstoassers. Leipzig.
d'arriver, pour l'adulte, à la détermination des genres ; il a caractérisé en outre quatre types larvaires, dont il a donné une bonne description. La larve, ainsi que Dugës l'a reconnu des premiers, est aquatique comme l'adulte, mais peut passer une partie de son existence à lair libre, comme parasite des Insectes.
Walckenaer et Gervais(t) ont étudié la biologie de la larve d^HydrcLchna cruenta. Tout d'abord, les larves vivent librement dans l'eau ; « mais à une certaine époque, elles se fixent à divers Insectes et les modifications qu'elles éprouvent ont fait dire à Dugès qu'elles passaient à l'état de nymphe. Ainsi fixées sur le corps de quelque Insecte aquatique, elles peuvent être emportées à tair sans danger. Dès la fin de Tété et durant l'automne, on en trouve déjà de fixées sur le corps et les membres, sur les filets caudiformes, sur les élytres de la Nèpe et sur d'autres parties cornées qu'elles perforent d'un trou fort étroit, mais bien reconnaissable à l'aide d'une forte loupe. Elles attaquent aussi les Ranatres et diverses espèces de Dytiques, l'Hydrophile, etc.; sur les Coléoptères, elles préfèrent les parties membraneuses. Les Nèpes, les Ranatres, etc., sont souvent chargées de ces parasites, que la plupart des observateurs ont pris pour des œufs. Swammerdam les nomme des lentes ; mais il a constaté qu'il en sortait une petite Hydrachne (Biblia naturœ, tab. II, fig. 4 et fig. 5).
(( Malgré l'allongement considérable du corps des nymphes d'Hydrachnes, leur suçoir, Técusson qui leur forme une espèce de céphalothorax, et leurs pattes ne grandissent pas. Souvent même les palpes ont disparu en partie ou en totalité, et Tespace membraneux qui sert de jonction entre le corps et le suçoir s'est allongé en forme de cou. C'est que, dès que le corps commence à s'allonger, les palpes et les pattes se retirent en dedans, suivent le corps dans lespèce de sac que forme en arrière la peau distendue et abandonnent ainsi leur fourreau que les violences extérieures peuvent rompre aisément. La larve est ainsi passée à l'état de nymphe dont nous avons parlé. Son œsophage cependant n'a pas cessé de traverser le suçoir enfoncé dans les téguments de l'Insecte nourrisseur et un prolongement membraneux en forme d'entonnoir, qui a pénétré peu à peu jusque dans les chairs mêmes de celui-ci, y
(i) Walckenaer et Gervais, Nouvelles suites à Buffon. Paris, 1844; cf. III.
retient si fortement le suçoir, qu'il y reste encore attaché avec une portion des enveloppes, lorsque THydrachne a brisé ces dernières.
« Après ces opérations, l'animal n'est pas encore entièrement parfait ; il a encore une mue et un petit changement à subir. Au lieu d'une plaque cordiformé, ses organes génitaux n*ont qu'une dépression en fente superficielle ; sur les côtés, à quelque distance, sont deux plaques ovales grenues. Après avoir vécu ainsi quelques semaines, et pris un notable accroissement, ces individus impubères, ou présumés tels, vont se fixer à l'aissetlle d'une feuille de Potamogéton où ils subissent une nouvelle mue. »
Donc la larve d'Hydrachne, emportée dans l'air par un Insecte, vit aux dépens de celui-ci et se comporte comme un vrai parasite ; c'est sur cet Insecte qu'elle accomplit ses différentes mues et passe à l'état de nymphe, c'est de cet Insecte que, par une dernière mue, se détache l'Hydrachne adulte, abandonnant sa dépouille de nymphe. Toutefois Pérez (1) admet que le parasitisme vrai n'existerait pas d'emblée ; les larves hexapodes seraient d'abord de simples commensaux ; elles se promèneraient sur le corps de l'Insecte, en s'accrochant aux poils ; ce n'est que plus tard qu'elles enfonceraient leur rostre à travers les téguments de leur hôte, pour se nourrir à ses dépens.
Ces larves d'Hydrachnides sont parasites de beaucoup d'animaux, en dehors des Moustiques. Soar (2) a recherché sur quels animaux on les rencontrait ; il n'en signale pas sur des Culicides. Il signale par contre la présence sur les Corisa Geoffroyi, les Notonecta glauca^ de larves et de nymphes du genre Hydrachna ; sur les Nepa cinerea^ les Ranatra^ et même sur des Poissoijs, il a trouvé des larves se rapprochant de celles de V Hydrachna gbbosa de Geer.
Nous nous sommes demandé de quelle façon les larves d'Hydrachnides venaient infecter les Culicides.
Nous avons essayé de réaliser cette infestation avec des larvés de Diplodontus fUipes^ provenant de la ponte d'adultes recueillis à l'étang d'Ursine, près de Chaville. Le récipient où se trouvaient les œufs renfermait également des larves et des nymphes de Culex
(1) Ga. Pèslez, Sur les lurves d'Hydrachnes. C. R. de la Soç, de biologie, p. 263. i9Û4.
(2) C. D. Soar, Note on t&e occurrence of larval water Miles on variout aqoaUc animais. Journal of the Quekett micr. Club, p. 65, 1901.
Àrchwe$ de Parasitoloyie, IX, n< I, 19C5. ô
pipiens. A partir du jour de l'éclosion des Hydrachnes, nous avons examiné méthodiquement aussi bien les larves et nymphes que les Moustiques qui quittaient leur enveloppe nymph^le et passaient à rétat adulte : nous n'avons pu, dans aucun cas, les voir attaqués par les larves du Diplodonte; bien plus, ces larVes semblaient s'écarter des larves et des nymphes de Moustique.
Ce résultat négatif tient peut-être à la nature même du Moustique sur lequel nous avons expérimenté. En effet, nous avons opéré exclusivement sur le Culex pipiens ; or, il ressort de toutes les observations recueillies jusqu'à ce jour, que les larves d'Hydrachnides n'ont encore été vues que sur des Anophèles. Les constatations de Gros, de Macdonald à Rio-Tinto (Espagne) et de Ed. et Et. Sergent en Algérie sont d'accord sur ce point.
Ces derniers ont fait des observations intéressantes. De mai à octobre, ils ont vu que les Anophèles maculipennis de la plaine de la Mitidja ou des vallées de la Kabylie, pouvaient porter à leurs différents états de larve, de nymphe et d'Insecte adulte, des larves d'Hydrachne. Au moment où la larve d'Anophèles subit la mue qui la fait passer à l'état de nymphe, le parasite passe sur cette dernière ; quand éclot l'Insecte parfait, il quitte encore la dépouille de la nymphe pour se fixer à celui-ci. Bien plus, THydrachne peut changer d'hôte : Ed. et Et. Sergent ont pu faire passer sur Anophèles algeriensis des Acariens primitivement fixés sur .4. maculipennis ; il eût été intéressant de réaliser une semblable expérience avec les Culex. L'action de THydrachne sur l'Anophèle serait à peu près nulle ; dans leurs élevages, les auteurs que nous citons, n'ont pas vu que les larves, nymphes ou adultes parasités» même abondamment, fussent soumis à une mortalité plus forte que les témoins. Cette constatation est en désaccord avec l'opinion de Hodges, déjà mentionnée plus haut.